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Ma Vengeance au-delà du Tombeau

Ma Vengeance au-delà du Tombeau

Auteur:: Polar Bear
Genre: Romance
Pour une simple dispute fabriquée par ma demi-sœur, mon père m'a enfermée dans le sauna du domaine. Il a ignoré mon asthme et a ordonné aux domestiques d'augmenter la chaleur toutes les trente minutes. Cinq jours plus tard, quand la police a enfin forcé la porte, je n'étais plus qu'une ombre calcinée fondue dans la pierre. Mon esprit, lui, est resté. J'ai flotté dans ce manoir, spectatrice impuissante de leur comédie macabre. J'ai vu Floria, ma demi-sœur, utiliser mon propre carnet pour falsifier une lettre de fugue. J'ai vu Nicole, ma belle-mère, consoler mon père en lui disant que j'étais une enfant ingrate partie sans se retourner. Elles buvaient du champagne et planifiaient leurs vacances pendant que mon cadavre pourrissait à quelques mètres d'elles. Mon père voulait croire à ce mensonge. C'était plus facile que d'admettre qu'il avait torturé sa propre fille à mort pour plaire à sa nouvelle femme. Mais le lieutenant Magnier n'a pas cru à la fugue d'une asthmatique partie sans ses médicaments. Il a traqué les incohérences, le silence numérique absolu, jusqu'à acculer mon père devant la porte verrouillée du pavillon. « Monsieur Soulié, ouvrez cette porte, ou nous l'enfonçons. » L'odeur de la mort a envahi la pièce, brisant le déni de mon père en mille morceaux. Son hurlement d'horreur face à mes restes n'est que la première étape de ma vengeance.

Chapitre 1

Pour une simple dispute fabriquée par ma demi-sœur, mon père m'a enfermée dans le sauna du domaine.

Il a ignoré mon asthme et a ordonné aux domestiques d'augmenter la chaleur toutes les trente minutes.

Cinq jours plus tard, quand la police a enfin forcé la porte, je n'étais plus qu'une ombre calcinée fondue dans la pierre.

Mon esprit, lui, est resté. J'ai flotté dans ce manoir, spectatrice impuissante de leur comédie macabre.

J'ai vu Floria, ma demi-sœur, utiliser mon propre carnet pour falsifier une lettre de fugue.

J'ai vu Nicole, ma belle-mère, consoler mon père en lui disant que j'étais une enfant ingrate partie sans se retourner.

Elles buvaient du champagne et planifiaient leurs vacances pendant que mon cadavre pourrissait à quelques mètres d'elles.

Mon père voulait croire à ce mensonge. C'était plus facile que d'admettre qu'il avait torturé sa propre fille à mort pour plaire à sa nouvelle femme.

Mais le lieutenant Magnier n'a pas cru à la fugue d'une asthmatique partie sans ses médicaments.

Il a traqué les incohérences, le silence numérique absolu, jusqu'à acculer mon père devant la porte verrouillée du pavillon.

« Monsieur Soulié, ouvrez cette porte, ou nous l'enfonçons. »

L'odeur de la mort a envahi la pièce, brisant le déni de mon père en mille morceaux.

Son hurlement d'horreur face à mes restes n'est que la première étape de ma vengeance.

Chapitre 1

Romane POV

Mon père a demandé où j' étais. Encore. Comme si mon corps n' était pas déjà là, quelque part, en décomposition, oublié au fond de ce puits de chaleur qu' ils appellent un sauna.

Je les ai vus. Tous. Leurs yeux vifs, leurs mains tremblantes. Ils savaient. Ils ont toujours su. Mais personne n'a rien dit.

Godelieve, notre gouvernante de toujours, a baissé les yeux, sa voix n'était qu'un murmure tremblant quand elle a désigné le pavillon de la piscine. L'endroit de ma punition. L'endroit de ma mort.

Mon père a tressailli, un tic familier dans sa mâchoire carrée. Il était furieux. Pas contre eux. Contre moi. Toujours contre moi.

« Elle a besoin d' une leçon, » avait-il grommelé, ses mots claquant comme des fouets. « Elle est rebelle, indisciplinée. Ma patience a des limites. »

Godelieve avait osé lever les yeux, juste un instant. « Monsieur, la chaleur... et son asthme... » avait-elle murmuré, la peur dans les yeux.

« L' asthme ? Une excuse de plus pour attirer l' attention ! » Il avait balayé ses craintes d' un revers de main. « Un peu de discipline ne lui fera pas de mal. C' est pour son bien. »

Ses veines pulsaient sous sa peau bronzée. Ses poings se serraient, écrasant l'air autour de lui. Il était une tempête qui n'attendait qu'à éclater.

« Je suis son père ! » avait-il tonné, ses mots résonnant dans le grand hall. « C' est mon rôle d' éduquer ma fille ! De la remettre sur le droit chemin ! »

Il parlait de son rôle, de son devoir. Mais il avait oublié. Oublié la fille qu'il prétendait aimer. Oublié ma mère, celle qui m'avait donné ce nom, Romane, et cette vie qu'il me retirait maintenant.

Godelieve avait ouvert la bouche, sans doute pour plaider ma cause une dernière fois. Mais un regard noir de mon père l'avait réduite au silence. Une peur glaciale s'était lue dans ses yeux.

« Quelqu' un l' aide, j' en suis sûr ! » Ses yeux balayaient le personnel, perçant chaque visage. « Elle ne peut pas être aussi insolente toute seule ! »

Quelqu'un m'aidait ? Oui. C'était la douleur. La douleur d'être invisible. La douleur d'être remplacée. Cette douleur était ma seule alliée.

Ils parlaient de moi au présent. Mais je n'étais plus là. Mon corps était une enveloppe vide, calcinée, oubliée là-bas. Je n'étais qu'un souvenir amer, une ombre qui planait sur ce manoir.

De mon perchoir invisible, je voyais la cruauté dans ses yeux. L'indifférence qui avait remplacé l'amour. Il ne me cherchait pas. Il cherchait une excuse. Une justification à sa propre faiblesse.

Puis, la porte du salon s'est ouverte. Floria. Toujours le timing parfait.

Elle est apparue, comme d'habitude. Ses cheveux blonds parfaitement coiffés, ses vêtements de marque, un sourire forcé collé sur ses lèvres. L'image même de la perfection fabriquée pour papa.

D'un coup, la tempête sur le visage de mon père s'est apaisée. Ses yeux, si durs un instant auparavant, se sont adoucis, remplis d'une tendresse qu'il ne m'avait jamais montrée.

« Ma chérie, tu vas bien ? » Sa voix, autrefois rauque de colère, était maintenant douce comme du miel.

Elle avait ce pouvoir. Le pouvoir de calmer la bête. Ou plutôt, de la rediriger vers sa vraie cible.

Floria s'est avancée, a posé une main délicate sur son bras, son regard empli d'une fausse préoccupation. « Je suis juste un peu secouée, papa. »

« Mon ange. C' est fini maintenant. » Il a serré sa main. « Romane ne te fera plus de mal. »

« Cette fille... » Il a secoué la tête, un dégoût palpable. « Toujours à semer le trouble. Toi, tu es si douce, si compréhensive. »

« Romane t' a brûlée, Floria. Volontairement. Je ne peux pas laisser ça passer. »

« C' était peut-être un accident, papa... » La voix de Floria était si fine, si fausse. « Elle était tellement jalouse du collier. »

« Un accident ? » Mon père a ri, un son sec. « Les accidents ne laissent pas de telles marques. Nicole me l' a dit. »

« C' est la jalousie, Floria. Pure et simple. Elle ne supporte pas que tu sois ici, que tu fasses partie de notre famille. »

Jalousie. Oui, il avait raison. Mais pas la sienne. La jalousie d'une enfant qui voyait son père glisser entre ses doigts, happé par un autre amour, une autre famille. Il avait préféré croire l'étranger à son propre sang.

Ai-je jamais été digne d'être aimée par lui ? Ou n'étais-je qu'un fardeau, le reliquat d'un passé qu'il voulait effacer ?

Godelieve s'était éloignée, murmurant avec le jardinier. Ils échangeaient des regards, des chuchotements. Des fragments de vérité qu'ils n'osaient pas articuler.

Le visage de Godelieve était une page de chagrin. Elle ne disait rien, mais ses yeux criaient l'injustice. Elle savait que mon père était aveuglé.

Floria, toujours dans son rôle, avait laissé échapper un soupir larmoyant, posant sa tête sur l'épaule de mon père. Un spectacle bien rodé.

« J'aimerais tant que tu sois mon vrai père, » avait-elle chuchoté, juste assez fort pour être entendue. « Tu es le seul qui me comprenne. »

Mon père l'avait serrée contre lui, un sourire doux sur les lèvres. Il était son héros. Son père rêvé.

« Je suis ton père, Floria. Pour toujours. » Ses mots, une poignardée dans mon cœur invisible.

C'est alors que Nicole, l'amour de sa vie, était apparue. Elle flottait dans la pièce, une vision de grâce et de froideur.

Mon père s'était redressé, son regard s'allumant. Ses yeux ne voyaient qu'elle. Toujours elle. Elle était sa lumière, sa raison d'être, sa justification.

« Mon amour, tout va bien ? » Sa voix était un murmure soyeux, un baume sur la colère de mon père.

Il avait aimé ma mère, c'est ce qu'il disait. Mais cet amour-là, pour Nicole, était d'une intensité différente. Une obsession. Une dépendance. Ma mère n'avait été qu'un tremplin. Nicole, elle, était son abîme.

J'avais vu Nicole s'installer ici, petit à petit, après la mort de ma mère. Chaque objet déplacé, chaque photo rangée, chaque pièce imprégnée de son parfum étranger. Elle avait effacé ma mère, puis moi.

Parfois, dans mon désespoir, je me disais que ma mère avait eu de la chance de partir si tôt. Elle n'avait pas eu à voir ça. Elle n'avait pas eu à voir l'homme qu'elle aimait se transformer en marionnette.

Ma mère avait cru en lui. Elle avait bâti son empire, lui avait donné sa fortune, son nom. Et il l'avait trahie. Elle n'avait pas vu le loup sous la peau de l'agneau.

Mais maintenant, je pouvais la rejoindre. Enfin. Dans un endroit où son amour était pur, sans trahison, sans mensonges. Où il n'y avait que nous, et la paix.

Si je devais renaître, que je ne sois jamais plus sa fille. Jamais plus l'héritière de son nom, de sa cruauté.

« Philippe, mon amour, nous ne devrions pas être trop durs avec Romane, » avait dit Nicole, sa voix pleine d'une fausse compassion. « Elle est jeune, elle fait des erreurs. »

Elle lui caressait le bras, son contact était si doux, si apaisant. Il avait fondu. Toujours.

« Elle m'épuise, Nicole. Elle ne fait que nous créer des problèmes. » Sa voix était fatiguée, mais la colère avait disparu.

« Nous sommes une famille, Philippe. Nous devons montrer l'exemple. La réprimander, oui. Mais pas la briser. »

La famille. Ce mot sonnait creux dans ma tête. Une farce cruelle jouée par des actrices de seconde zone. Elles parlaient de ne pas me briser. Elles m'avaient déjà pulvérisée.

Elles étaient restées là, Nicole et Floria, dans le salon climatisé, pendant que je brûlais. Elles avaient ri, échangé des potins. Ma souffrance n'était qu'un bruit de fond.

Le « sauna du pavillon piscine. » Un lieu de détente transformé en chambre de torture. Une ironie cruelle qui n'échappait qu'à eux.

Il fut un temps où j'étais fière de lui. Fière de son intelligence, de sa force. Fière d'être sa fille. Ce temps-là était mort bien avant que mon corps ne le soit.

Le sauna. C'était devenu mon tombeau. Ma cage ardente. Le lieu où ma vie s'était éteinte, souffle après souffle.

La chaleur m'avait étreinte, une étreinte mortelle. L'air, épais et brûlant, me coupait la gorge. L'asthme, mon compagnon de toujours, était devenu mon bourreau. Chaque inspiration était une lame. Chaque expiration, un adieu.

Mon corps luttait, mes poumons brûlaient. J'avais cherché de l'air, de l'eau, une échappatoire. Mais il n'y avait rien. Que le vide. Et puis, le silence. Le grand silence.

Chapitre 2

Romane POV

Il y eut un temps où Philippe, mon père, n'était pas l'homme qu'il est devenu. Un temps où la fortune n'avait pas encore déformé son âme, où l'amour n'était pas une monnaie d'échange. Mais ce temps est lointain, presque une légende que même mon fantôme a du mal à se souvenir.

Nicole. Elle était son premier amour de jeunesse. Une flamme ardente qu'il avait cru éteinte le jour où elle l'avait quitté. Elle avait choisi un homme plus riche, une voie plus facile. C'était sa nature.

Sa famille, les Leger, l'avait toujours rabaissé. Un simple fils de paysan, sans fortune, sans lignée. Ils ne le croyaient pas digne de leur précieuse Nicole. Ces mots, je les ai entendus mille fois, même après ma mort, résonnant dans les murs de ce château.

Puis ma mère est arrivée. Ma mère, avec sa fortune, son nom, son domaine viticole ancestral. C'est sur son argent, son héritage, que Philippe a bâti son empire, le Cru Classé qui l'a fait roi à Bordeaux. Il n'a jamais admis que son succès venait d'elle. Il s'en est attribué tout le mérite, comme un usurpateur.

Ma mère était une femme forte. Elle avait vu le potentiel en lui, la flamme. Elle avait cru pouvoir le tempérer, le guider. Elle s'était trompée.

Un jour, le destin a frappé. Ma mère est tombée malade, une maladie foudroyante qui l'a emportée en quelques mois. Je me souviens de ses yeux, perdus, alors qu'elle me serrait une dernière fois. Elle savait. Elle savait qu'elle me laissait seule avec un homme qui n'était plus le sien.

Peu de temps après, Nicole a divorcé. Un hasard ? Je ne crois pas aux coïncidences. Pas dans cette famille.

Je l'ai vue revenir. Une ombre élégante glissant dans nos vies, comme un serpent charmant. Elle l'a reconquis avec une facilité déconcertante. Mon père, aveuglé par ce "grand amour" retrouvé, n'a rien vu. Ou n'a rien voulu voir.

Nicole et sa fille, Floria, ont emménagé. Ma chambre, mon espace, mes jeux, tout a été envahi. Floria, avec ses grands airs d'influenceuse, a commencé à se croire chez elle. Elle a pris mes affaires, mes robes. Comme si j'étais un fantôme avant l'heure.

Leur objectif était clair. Pas seulement mon père. Mais tout ce que ma mère m'avait laissé. Mon héritage. Ma place.

Floria avait des yeux d'envie pour tout ce qui m'appartenait. Surtout un objet. Un collier.

« Oh, ce collier Cartier, il est magnifique, Romane ! » Sa voix était mielleuse, trop mielleuse. « Mon père ne veut jamais m'en offrir un comme ça. »

Mon père, assis à table, a immédiatement réagi. « Chérie, je t'en achèterai un tout neuf, bien plus beau ! » Il souriait, ce sourire qu'il ne me réservait jamais.

Floria a fait semblant de rougir, un regard innocent vers le collier autour de mon cou. « Non, papa, c'est celui de Romane. C'est... c'est spécial. » Elle m'a regardée avec un sourire prédateur.

J'ai serré le collier. C'était le seul souvenir palpable de ma mère, son dernier cadeau avant sa mort. « Non, Floria. C'est à moi. Ma mère me l'a laissé. »

J'ai expliqué l'histoire du collier, comment ma mère me l'avait donné le jour de ses douze ans, me disant que c'était un trésor de famille qui me protégerait. Ma mère. Elle avait pressenti le danger. Elle m'avait prévenue.

« Fais attention, ma chérie. Tout n'est pas ce qu'il semble. Les gens changent. »

Je n'avais pas compris à l'époque. Pas vraiment. Maintenant, chaque mot de ma mère résonnait comme un avertissement tragique.

J'espérais que mon père comprendrait l'importance de ce collier. L'importance de ce lien avec ma mère. Je l'ai regardé, cherchant une étincelle de reconnaissance.

Il a haussé les épaules. « Un vieux bijou. Je t'en offrirai un autre, Romane. Floria le veut. Donne-le-lui. » Sa voix était plate, dénuée de toute émotion.

Mon père avait changé. Il n'était plus l'homme que j'avais connu. Il était un étranger, un monstre.

J'ai reculé, le collier fermement dans ma main. « Non. Jamais. »

Ses yeux sont devenus jaunes. Une lueur féroce que je n'avais jamais vue auparavant. Ses poings se sont serrés. « Gardes ! » a-t-il hurlé.

J'ai su. C'était la fin. Je ne pouvais pas le laisser faire. Pas ça. J'ai brisé le fermoir du collier, les perles se sont éparpillées sur le sol en marbre, roulant comme des larmes. Un petit cliquetis. Un son définitif.

J'ai eu un rire amer. Il ne l'aurait pas. Personne ne l'aurait. La satisfaction était une épine froide dans mon cœur brisé.

Mon père était fou de rage. Il a ordonné aux gardes de ramasser chaque perle. De réparer le collier. Et de le donner à Floria.

Le collier a été réparé. Floria l'a porté, avec un sourire triomphant. Elle le manipulait maladroitement, comme un jouet neuf et fragile.

Trois jours plus tard, l'incident est arrivé.

Floria, s'ennuyant dans mon ancienne chambre à jouer avec un fer à lisser, le même fer à lisser qu'elle m'avait volé, a eu ce qu'elle a appelé « un accident. » Le fer a pris feu. Les rideaux ont flambé.

La fumée s'est propagée, piégeant Floria dans ma chambre, ma propre chambre qui avait été prise.

Les détecteurs de fumée ont hurlé dans tout le manoir, une cacophonie stridente.

Toute la maisonnée est accourue.

« Papa ! » Le cri de Floria a percé le mur de fumée juste avant qu'elle ne s'évanouisse.

Mon père, tel un héros, a foncé dans les flammes, sauvant sa « fille » au péril de sa vie.

Les pompiers sont arrivés, puis les médecins. Le feu a été maîtrisé. Floria n'avait que des brûlures légères. Mon père était indemne.

Quand Floria a repris conscience, elle a joué la victime parfaite. « Romane... Romane m'a fait ça... Elle a trafiqué le fer à lisser... »

Mon père était pris d'une rage que je n'avais jamais vue. Ses yeux étaient injectés de sang. « Elle a trafiqué le fer ? »

J'ai protesté, ma voix pleine de désespoir. « Non ! Je n'ai rien fait ! »

Il m'a giflée. La douleur a explosé dans mon visage, mais mon cœur était déjà brisé. C'était un coup de grâce.

Le personnel s'est détourné, les yeux baissés. Personne n'a bougé. Personne n'a dit un mot.

Nicole est intervenue, sa voix douce, mais ses yeux froids. « Philippe, mon amour, nous devrions la calmer. »

« La calmer ? » Mon père a rugi. « Elle a failli tuer ma fille ! »

Il m'a traînée par le bras, mes pieds raclant le sol, jusqu'au sous-sol.

Là, il a sorti le fouet d'argent. Un objet de torture ancien, transmis de génération en génération. Fait d'argent pur, il laissait des cicatrices qui ne guérissaient jamais vraiment.

« Pour ton insolence, Romane. Pour tes mensonges. Pour avoir touché à ma Floria. » Sa voix était glaciale. « Tu vas apprendre. »

Le premier coup a claqué. Une douleur inouïe. Mon âme, déjà chancelante, a crié.

Les coups se sont succédé, dessinant des croix sur mon dos. Des marques d'argent brûlant.

Après le sixième coup, je suis tombée, mes forces m'abandonnant.

« Emmenez-la au sauna ! » a ordonné mon père, sa voix résonnant dans la pièce sombre. « Laissez-la là-bas. Trois heures. Toutes les trente minutes, quelqu'un montera la température. Et personne n'ouvre la porte. Pas un mot ! »

Ils m'ont traînée, à moitié consciente, vers le pavillon de la piscine.

La porte s'est refermée. Un clic sinistre.

Le premier jet de vapeur brûlante m'a frappée. Mon âme, affaiblie par le fouet, n'a pas pu me protéger.

À chaque bouffée de chaleur, j'ai senti mon énergie s'évanouir. La chair brûlait. L'odeur de mes propres cheveux, de ma peau rôtie, remplissait l'air.

J'ai supplié. Pour de l'eau. Pour de l'aide. Ma voix n'était qu'un filet.

Personne n'est venu.

Le cinquième jour. Mon âme a lâché, la première.

Et puis, Romane, mon corps, a cessé d'exister.

J'ai vu mon corps se décomposer. Liquide chaud s'infiltrant dans les fissures de la pierre.

Le personnel a senti l'odeur. Mais personne n'a osé défier mon père. Personne n'a osé ouvrir.

Chapitre 3

Romane POV

La nuit était profonde, enveloppant le domaine Soulié dans une étoffe d'encre et de silence. Seule la lune perçait timidement les nuages, jetant une lueur blafarde sur les silhouettes des grands chênes. C'était la troisième nuit depuis ma mort.

Godelieve, notre gouvernante, s'est glissée hors de son appartement de fonction, une vieille lampe à huile vacillant dans sa main tremblante. Elle se dirigeait vers le pavillon de la piscine. Je l'ai vue, mon cœur invisible se serrant.

Son visage était tiré, creusé par l'angoisse. Elle priait à voix basse, des murmures étouffés pour que je repose en paix. La petite flamme dans sa main dansait comme une feuille morte.

Alors qu'elle approchait, l'odeur l'a frappée. Un mélange rance de sueur, de décomposition et de quelque chose d'indiciblement doux, presque floral, mais écœurant. Elle a tressé des narines, une main à sa bouche.

L'odeur s'intensifiait à chaque pas qu'elle faisait. Elle savait. Elle sentait la mort. Je l'ai vu dans ses yeux.

Sous la porte du sauna, un liquide sombre et visqueux s'échappait, attirant des nuées d'insectes nocturnes qui tourbillonnaient dans le halo de sa lampe. C'était mon sang. Mes larmes. Ma sueur. Ma vie.

Une terrible prémonition l'a saisie. Elle a vacillé, le souffle court.

J'ai voulu la retenir. Mon corps d'ombre s'est interposé, un mur invisible, une supplication muette. Ne fais pas ça, Godelieve. Ne regarde pas.

Ce qu'elle allait voir, personne ne devrait le voir. C'était bien plus que la mort. C'était la fin de l'innocence. L'odeur seule était une torture. Je ne voulais pas qu'elle ait cette image gravée au fond de sa mémoire.

Godelieve était la seule qui m'ait vraiment vue. La seule qui ait essayé de me protéger, même faiblement. Elle avait le cœur pur. Elle ne méritait pas cette vision d'horreur.

Elle a reculé, ses mains tremblantes. J'ai senti ma force invisible la pousser, la repousser loin de l'abîme. Elle a obtempéré, ses pas hésitants s'éloignant lentement dans la nuit. Elle a fait demi-tour. Une victoire amère pour mon esprit tourmenté.

Le lendemain matin, mon père était d'une humeur radieuse. Il ignorait tout du pèlerinage nocturne de Godelieve.

Il tenait un paquet magnifiquement emballé, rubans de soie et papier irisé. Un cadeau.

C'était pour Floria. Toujours Floria.

Elle a laissé échapper un cri aigu de joie. « Oh, papa ! Tu es le meilleur ! »

Avec des gestes précipités, elle a déchiré le papier, les rubans volant dans l'air.

À l'intérieur, un pistolet. Un vrai pistolet, étincelant, avec des gravures complexes sur la crosse. Il était si beau qu'il en était terrifiant.

« C'est un Smith & Wesson 500, ma chérie, » a déclaré mon père, un sourire fier sur les lèvres. « Le plus puissant. Customisé pour toi. »

Il lui a expliqué les détails techniques, la puissance de feu, la précision. Comme s'il parlait d'un jouet.

Floria tenait l'arme, ses doigts minces caressant le métal froid. Elle l'a pointée vers la fenêtre, un sourire de rapace sur les lèvres.

« C'est magnifique, papa. Je l'adore ! » Sa voix était un chuchotement, mais ses yeux brillaient d'une cruauté qui m'a glacée.

À ce moment-là, Godelieve s'est approchée. Ses yeux étaient rouges, son visage marqué par une nuit sans sommeil. Elle se tenait droite, mais son corps tout entier dégageait une tension palpable.

« Monsieur, » a-t-elle commencé, sa voix étonnamment ferme. « Ne pensez-vous pas... qu'il est temps de libérer Romane ? »

Mon père a froncé les sourcils, son sourire s'effaçant. « Godelieve, je crois que ce n'est pas le moment de discuter de ça. »

« Il a été dit trois heures, monsieur, » a-t-elle insisté, ignorant son regard noir. « Pas trois jours. L'odeur... l'odeur est... »

Elle n'a pas eu besoin de finir sa phrase. L'odeur. Elle l'avait sentie. Elle savait. Une douleur aiguë a traversé son visage.

Floria est intervenue, sa voix douce et faussement concernée. « Oh, Godelieve, ne t'inquiète pas pour Romane. Je suis sûre qu'elle a compris la leçon. »

« Oui, papa, » a-t-elle ajouté, un regard manipulateur vers mon père. « Elle doit avoir beaucoup appris. »

Mon père a regardé sa fille, puis Nicole, qui hochait la tête en signe d'approbation. Son visage s'est adouci.

« Très bien, » a-t-il dit, un soupir d'agacement. « Laissez-la sortir. Mais qu'elle ne revienne pas ici. Elle est déshéritée. Elle n'est plus ma fille. »

Mes entrailles invisibles se sont tordues. Déshéritée. Plus sa fille. Quelle ironie. Il parlait de mon héritage, de mon nom, de ma vie. Tout ce que ma mère lui avait donné, tout ce qu'il avait volé.

Il était un meurtre. Un assassin. Il avait le sang de sa propre fille sur les mains, et il ne le savait même pas.

Godelieve a tourné les talons, entraînant avec elle quelques domestiques. Ils se sont dirigés vers le pavillon de la piscine, un groupe silencieux et apeuré.

L'odeur là-bas était insupportable. Plus forte, plus pénétrante. Elle s'était imprégnée dans chaque fibre du bois, de la pierre.

Un des jardiniers a vomi. Une femme de ménage s'est évanouie.

« Mais... qu'est-ce que c'est... mon Dieu... » Un des hommes a murmuré, ses yeux fixés sur la porte.

Mon père, Nicole et Floria se sont approchés, attirés par le tumulte. Ils ont également froncé le nez, l'odeur les atteignant enfin.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? » Mon père a demandé, un ton supérieur dans la voix. « Cette odeur est insupportable. »

Il s'est tourné vers Godelieve. « C'est Romane, bien sûr. Elle a dû... euh... se salir. Nettoyez ça, immédiatement ! »

« Ouvrez cette porte, bon sang ! » a-t-il hurlé, sa patience s'épuisant.

Les domestiques ont hésité, les yeux ronds de terreur. Finalement, deux hommes se sont avancés, leurs mains tremblantes. Ils ont déverrouillé la porte.

Une bouffée d'air chaud et vicié s'est échappée, portant avec elle l'horreur.

Au sol, un amas carbonisé et déformé. Une forme humaine, réduite à néant par la chaleur infernale. Mon corps. Ou plutôt, ce qu'il en restait.

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