Ma mère, Isabelle, a toujours détesté le parfum, qu'elle considérait comme le signe de la vulgarité, et me répétait sans cesse qu'une femme respectable ne devait sentir que le savon. Malgré ça, mon rêve, à moi, Amélie, était de devenir parfumeuse, une passion que j'ai nourrie en secret jusqu'à mon admission à la prestigieuse école de Grasse.
C'était une victoire amère, car ma mère, refusant mon départ, avait finalement cédé sous une condition terrible : je ne devais jamais porter de parfum acheté.
Mais la veille de mon départ, dans un acte de pure cruauté, elle a détruit ma précieuse collection d'échantillons de parfums rares, des trésors accumulés depuis des années, en les noyant dans l'eau de Javel.
La violence ne s'est pas arrêtée là : à Grasse, elle m'a suivie, me surveillant constamment, sabotant mes créations en pleine classe et, le point culminant, a secrètement gâché mon parfum lors d'un concours d'intégration, me rendant la risée de tous avec une odeur fécale.
Quand j'ai entendu ma mère raconter à mes camarades de chambre que j'étais une « menteuse pathologique » et sans talent, quelque chose s'est brisé en moi.
Le chagrin, la honte, tout a disparu pour laisser place à un froid glacial : elle voulait me détruire ? Très bien.
Puisque c'était la guerre qu'elle voulait, c'était la guerre qu'elle aurait.
Ma mère, Isabelle, a toujours détesté le parfum. Pour elle, c'était un truc de filles faciles, un signe de vulgarité.
« Une femme respectable ne sent que le savon », elle me répétait ça depuis que j'étais petite.
Pourtant, moi, Amélie, je n'ai jamais rêvé que de ça : créer des parfums.
À 18 ans, j'ai été acceptée à la meilleure école de parfumerie de France, à Grasse.
Ça a provoqué la plus grosse dispute de notre vie.
« Tu veux devenir une de ces femmes ? Une traînée qui se vend pour de l'argent ? »
Son visage était tordu par la haine. Mon père, Jean-Pierre, était assis dans son fauteuil, lisant son journal comme si de rien n'était. C'était sa technique pour éviter les problèmes.
Finalement, après des heures de cris, elle a cédé, mais avec une condition terrible.
« Très bien, vas-y. Mais tu ne porteras jamais de parfum acheté. Tu n'utiliseras que ce que tu fabriques toi-même, pour tes études. C'est tout. »
C'était une victoire amère, mais c'était une victoire. Je me sentais enfin un peu libre.
La veille de mon départ, j'étais tellement excitée que je n'arrivais pas à dormir. J'ai passé des heures à admirer ma collection d'échantillons de parfums rares, des trésors que j'avais mis des années à trouver et à échanger. C'était toute ma vie dans une petite boîte.
Je me suis endormie en rêvant de Grasse, de champs de lavande et de roses.
Le matin, une odeur horrible m'a réveillée.
Une odeur chimique, agressive, qui piquait les yeux.
De l'eau de Javel.
Je me suis levée d'un bond. Ma valise était ouverte. Tous mes vêtements, que j'avais soigneusement pliés, étaient trempés, décolorés par des taches blanches hideuses.
Et ma boîte... ma précieuse boîte d'échantillons était par terre, ouverte.
Les petits flacons étaient brisés, le liquide précieux mélangé à l'eau de Javel dans une bouillie infecte qui avait rongé le bois.
Mon cœur a cessé de battre.
Tout était détruit. Des années de passion, de patience, anéanties.
J'ai hurlé. Un cri qui venait du plus profond de moi, un mélange de choc et de rage pure.
Ma mère est entrée dans la chambre, un sourire satisfait sur les lèvres.
« Alors, on crie comme une poissonnière maintenant ? »
Je tremblais de tous mes membres, incapable de parler. Je lui ai juste montré le désastre.
« C'est toi », j'ai réussi à articuler, ma voix cassée.
« Bien sûr que c'est moi », a-t-elle répondu calmement, comme si elle parlait de la météo. « Je t'avais prévenue. Pas de saletés de ce genre sous mon toit. Je t'ai rendu service, je t'ai purifiée. »
« Purifiée ? Tu as tout détruit ! C'était pour mes études ! C'était... tout pour moi ! »
Mes larmes coulaient sans que je puisse les contrôler. C'était comme si elle m'avait arraché une partie de moi-même.
« Ne sois pas si dramatique », a-t-elle dit en haussant les épaules. « Ce ne sont que des objets. Tu devrais me remercier. »
Ce détachement, cette cruauté froide, c'était pire qu'une gifle.
Je me suis souvenue de toutes les autres fois. Le dessin que j'avais fait pour un concours à l'école, qu'elle avait déchiré parce qu'elle le trouvait « trop coloré, trop aguicheur ». Le premier livre sur la parfumerie que je m'étais acheté avec mon argent de poche, qu'elle avait jeté au feu en disant que c'était de la « pornographie ».
Chaque fois que quelque chose me rendait heureuse, elle le détruisait.
Mon père est finalement apparu, attiré par mes cris. Il a regardé la scène, l'air mal à l'aise.
« Isabelle, qu'est-ce qui s'est passé ici ? »
« Rien du tout », a-t-elle répondu. « Je faisais juste un peu de ménage. Amélie est trop sensible. »
« Trop sensible ? » j'ai crié, exaspérée. « Regarde ce qu'elle a fait ! »
Mon père a soupiré. « Allons, Amélie, ce ne sont que des vêtements. On t'en achètera d'autres. Ta mère ne pensait pas à mal. »
Il n'a même pas regardé mes échantillons détruits. Pour lui, c'était insignifiant. Un coup d'épée dans l'eau.
« Elle ne pensait pas à mal ? » j'ai répété, incrédule.
Ma mère m'a fusillée du regard.
« Tu oses me manquer de respect ? Après tout ce que je fais pour toi ? »
Puis elle a sorti de sa poche ma lettre d'admission pour l'école de Grasse. Et un briquet.
« Tu veux vraiment partir ? Tu es sûre ? »