Le crissement des pneus, un choc.
Un accident de scooter m'a plongé dans le noir, mais m'a aussi offert une idée diabolique.
Quand j'ai rouvert les yeux à l'hôpital, j'ai décidé de prendre ma revanche : feindre une amnésie totale.
Chloé, ma petite amie, n'a pas hésité une seconde.
L'air plus agacée qu'inquiète, elle a montré sa meilleure amie, Camille, en déclarant : « Voici ta fiancée. »
Le choc a été plus violent que l'accident lui-même, mais j'ai tenu bon.
J'ai découvert très vite la vérité en surprenant Chloé au téléphone, révélant qu'elle m'utilisait comme excuse pour sa liaison avec un artiste prétentieux, Lucas.
Elle forçait Camille à jouer ce rôle, insistant que Camille ne m'avait de toute façon "jamais aimé".
Mon cœur s'est brisé, mais pas pour Chloé... pour Camille.
Comment une "meilleure amie" pouvait-elle imposer un tel mensonge et une telle humiliation à quelqu'un d'aussi doux ?
Chloé avait volé une partie de ma vie, une partie de mon cœur, mais j'allais lui montrer à quel point elle s'était trompée.
Le jeu venait de commencer, et j'étais prêt à le pousser jusqu'au bout pour la faire regretter son choix, quitte à me perdre en chemin.
Alors, je suis devenu le fiancé de Camille, et le destin, lui, avait d'autres plans.
Le crissement des pneus, un choc sourd, puis le noir. Quand j'ai rouvert les yeux, l'odeur d'antiseptique de l'hôpital a envahi mes narines. Ma tête me lançait, une douleur sourde et persistante. J'avais eu un accident de scooter en me dépêchant de rejoindre Chloé, ma petite amie. Rien de grave, une simple commotion, mais assez pour me donner une idée.
Une idée un peu folle, un peu méchante peut-être.
Chloé était là, à côté de mon lit, l'air plus agacée qu'inquiète. À côté d'elle, Camille, sa meilleure amie, me regardait avec une expression que je n'arrivais pas à déchiffrer.
« Théo, tu m'as fait une de ces peurs ! » a dit Chloé, mais son ton était léger, presque détaché.
C'était le moment. J'ai plissé les yeux, feignant la confusion la plus totale.
« Qui êtes-vous ? »
Chloé a d'abord paru surprise, puis un petit sourire narquois s'est dessiné sur ses lèvres. Elle a vu une opportunité, une porte de sortie. Sans une once d'hésitation, elle a pointé Camille du doigt.
« Je suis l'amie de ta fiancée. Voici ta fiancée, Camille. »
Le choc a traversé mon corps, bien plus violemment que l'accident. J'ai tourné mon regard vers Camille. Elle était pâle, ses yeux écarquillés par la surprise et la panique. Elle a ouvert la bouche pour protester, mais un regard dur de Chloé l'a fait taire.
Après une seconde qui a semblé durer une éternité, Camille a baissé les yeux et a hoché la tête, un mouvement à peine perceptible.
« Oui... c'est moi. »
Le jeu venait de commencer. Et j'étais prêt à le jouer jusqu'au bout.
Camille m'a ramené chez elle, dans son petit appartement douillet au-dessus de sa pâtisserie à Montmartre. L'odeur du sucre et du beurre flottait dans l'air, une odeur réconfortante mais totalement inconnue. Il n'y avait rien de moi ici. Pas mes livres sur le vin, pas mes photos, pas même une brosse à dents. C'était son univers, pas le nôtre.
Elle m'a installé sur le canapé, me demandant si j'avais besoin de quelque chose avec une voix douce qui contrastait avec le souvenir que j'avais d'elle, celui d'une femme froide et critique. Je l'ai observée, jouant mon rôle de fiancé amnésique à la perfection, essayant de comprendre son jeu.
« Je vais bien, merci... Camille. »
Prononcer son nom dans ce contexte était étrange. Elle a eu un léger sursaut, comme si elle n'était pas habituée à l'entendre de ma bouche.
Elle s'est excusée pour passer un appel, s'éloignant dans la cuisine. Je suis resté immobile, mais mes oreilles étaient grandes ouvertes. Le son de sa voix, bien que faible, m'est parvenu, mêlé au bruit de la circulation parisienne.
« Chloé, c'est de la folie. On ne peut pas continuer. »
La réponse de Chloé était nette, même à travers le téléphone.
« Oh, arrête de te plaindre. C'est juste pour quelques semaines. J'ai besoin de respirer, tu comprends ? Théo est tellement... collant. Son amour m'étouffe. Lucas est là, il m'inspire, j'ai besoin de ça pour mon art. »
Camille a protesté, sa voix tremblante. « Et lui ? Tu penses à lui ? »
« Lui ? Il m'adore. Il me pardonnera tout, comme d'habitude. Il croit que c'est moi qui l'ai aidé à Bordeaux, il me doit bien ça. Allez, sois une amie pour une fois. Tu ne l'as jamais aimé de toute façon. »
Un silence. Puis la voix brisée de Camille.
« D'accord. »
Elle a raccroché. Je l'ai entendue prendre une profonde inspiration. Mon cœur s'est serré. Pas pour Chloé. Pour Camille. Pour le mensonge qu'on la forçait à vivre.
J'ai fermé les yeux, décidant de pousser le jeu un peu plus loin. Quand elle est revenue dans le salon, l'air dévasté, j'ai souri faiblement.
« J'ai faim. »