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MON VOISIN, L'AMANT DE MA MEILLEURE AMIE

MON VOISIN, L'AMANT DE MA MEILLEURE AMIE

Auteur: L’univers d’Owen
Genre: Romance
Elle pensait simplement avoir un nouveau voisin. Lui ne pensait pas tomber sous son charme. Entre eux, l'attirance devient rapidement impossible à cacher. Chaque rencontre fait monter la tension, chaque regard devient une provocation et, malgré leurs bonnes résolutions, ils finissent par franchir une limite qu'ils auraient dû respecter. Mais leur histoire se complique lorsqu'une personne de leur entourage découvre leur secret. Sa meilleure amie, celle en qui elle avait une confiance absolue, commence à se rapprocher du voisin dans son dos. Pendant ce temps, le meilleur ami du jeune homme connaît une vérité qui pourrait détruire leur relation. Mensonges, jalousie, trahison, désir, rivalités et sentiments de plus en plus forts vont transformer leur aventure en un véritable piège. Car parfois, le plus dangereux n'est pas de tomber amoureux de la mauvaise personne... mais de découvrir que ceux qui nous entourent sont prêts à tout pour nous séparer.
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Chapitre 1 Chapitre 1

CHAPITRE 1 : LE DÉMÉNAGEMENT

Le soleil de fin d'après-midi peignait la rue d'une lumière dorée et paresseuse quand Emma sortit de l'épicerie du coin, les bras chargés de sacs en papier brun. La chaleur était encore lourde, cette chaleur particulière des débuts d'été qui colle à la peau et ralentit les pas. Elle remonta la petite rue pavée de son quartier, saluant d'un hochement de tête le boulanger qui rangeait ses étalages, et s'arrêta un instant pour respirer. Elle adorait cette rue, ses immeubles anciens aux façades de pierre ocre, ses platanes centenaires qui projetaient des ombres dansantes sur le trottoir. C'était son refuge, son petit coin de Paris où elle pouvait se sentir chez elle.

- Emma ! Emma, ma chérie, viens m'aider, je t'en supplie !

La voix chevrotante de Miss Gertrude s'éleva depuis le perron de l'immeuble voisin. La vieille dame, une petite silhouette frêle aux cheveux blancs impeccablement coiffés, s'agitait devant une montagne de cartons qui obstruait son entrée. Elle tenait un vase en cristal entre ses mains tremblantes et semblait sur le point de le laisser tomber à tout moment.

- Miss Gertrude, qu'est-ce que vous faites ? s'exclama Emma en déposant ses sacs sur le bord du trottoir. Vous savez bien que vous n'avez pas à porter tout ça toute seule !

Elle s'approcha rapidement et prit délicatement le vase des mains de sa voisine. La vieille dame poussa un soupir de soulagement et s'essuya le front avec un mouchoir en dentelle.

- Oh, ma chère Emma, tu es un ange. Ce sont les déménageurs, tu vois, ils ont laissé les cartons dans le hall. Je ne pouvais pas les laisser là, c'est une question de principe ! Et puis, j'ai pensé que tu pourrais peut-être...

- Vous pensiez que je pourrais vous aider à les monter ? coupa Emma en souriant. Bien sûr, Miss Gertrude. Vous n'aviez qu'à m'appeler.

Elle jeta un coup d'œil aux cartons. Il y en avait au moins une dizaine, empilés pêle-mêle devant la porte de l'immeuble. Certains étaient marqués d'inscriptions à la craie : "Livres", "Vaisselle", "Souvenirs". Emma fronça les sourcils.

- Mais attendez, vous ne m'aviez pas dit que vous déménagiez ?

Miss Gertrude eut un rire léger, presque gêné.

- Ce n'est pas moi qui déménage, ma chérie. C'est le nouveau locataire du troisième. Un jeune homme, très charmant, paraît-il. Il a emménagé ce matin, mais il n'avait personne pour l'aider. Alors j'ai proposé mon aide, et il m'a confié quelques cartons. Il doit être en train de monter les meubles.

Emma hocha la tête, intriguée. Le troisième étage était resté vide depuis plus de six mois, après le départ de la famille Martin. Elle s'était parfois demandé qui viendrait s'y installer.

- Un nouveau voisin, dit-elle, plus pour elle-même que pour Miss Gertrude. Eh bien, il faut lui souhaiter la bienvenue, alors.

Elle se pencha pour attraper le premier carton, mais avant qu'elle ait pu le soulever, une ombre se dressa devant elle. Une ombre grande, large, qui masqua le soleil et projeta une silhouette puissante sur le trottoir.

- Laissez-moi faire.

La voix était grave, chaude, avec un léger accent qui semblait flotter entre deux mondes. Emma releva la tête et ses yeux rencontrèrent ceux d'un homme. Un homme qu'elle n'avait jamais vu.

Il était grand, très grand, avec une carrure athlétique qui remplissait l'espace autour d'elle. Ses épaules larges étaient couvertes d'un simple t-shirt blanc légèrement ajusté, qui laissait deviner des bras musclés, des avant-bras où courait une fine cicatrice qu'on devinait ancienne. Ses cheveux, d'un noir profond et légèrement crépus, étaient coupés courts sur les côtés et plus longs sur le dessus, comme s'il s'était coiffé à la va-vite après une journée de travail. Mais ce qui captura immédiatement l'attention d'Emma, c'étaient ses yeux. Des yeux sombres, d'un brun presque noir, mais traversés d'éclats ambrés qui dansaient dans la lumière de l'après-midi. Ils étaient perçants, et pourtant, il y avait quelque chose de doux dans leur expression, quelque chose qui la déstabilisa instantanément.

Il la regarda, un sourire aux lèvres, et pendant une seconde, Emma oublia de respirer.

- Je suis désolé, dit-il en s'approchant. J'aurais dû être là pour aider Miss Gertrude. Elle est si généreuse, elle a insisté pour porter des cartons alors que ce n'était pas nécessaire.

Il attrapa deux cartons d'une seule main et les souleva comme s'ils ne pesaient rien. Ses biceps se tendirent sous le tissu du t-shirt, et Emma détourna les yeux, gênée d'avoir remarqué.

- Vous êtes le nouveau locataire ? demanda-t-elle, s'efforçant de retrouver une voix normale.

- Jaylen, répondit-il en tendant une main libre. Jaylen Evans. Et oui, je viens d'arriver. Enfin, je dis "arriver", mais je passe mes journées à transporter des cartons, donc je ne suis pas sûr d'être vraiment installé.

Il rit, un rire franc et chaleureux qui fit vibrer quelque chose dans la poitrine d'Emma. Elle serra sa main dans la sienne. Sa paume était large, chaude, ses doigts fermes mais pas trop forts. Un peintre, se dit-elle. Ou un musicien. Ses doigts étaient ceux d'un artiste.

- Emma, dit-elle en répondant à son sourire. Je vis au deuxième étage, juste en dessous de vous. Et je vous en prie, si vous avez besoin d'aide pour quoi que ce soit...

- Vous venez de m'offrir votre aide alors que je ne vous ai même pas demandé, la coupa-t-il en riant. Ça promet pour le voisinage !

Elle rit à son tour, surprise par la facilité avec laquelle la conversation s'engageait. D'habitude, elle était plutôt réservée avec les inconnus, mais avec lui, les mots venaient naturellement, comme s'ils se connaissaient depuis longtemps.

- C'est un principe chez moi, dit-elle. Ici, on s'entraide. Miss Gertrude m'a appris ça. Elle veille sur tout l'immeuble comme une mère poule.

Miss Gertrude, qui était restée en retrait, s'approcha et tapota le bras de Jaylen avec affection.

- Ce jeune homme est un amour, Emma. Il m'a offert du thé tout à l'heure, et il a même proposé de réparer ma porte d'entrée qui grince. Un vrai gentleman, je te dis !

Jaylen rougit légèrement, ce qui le rendit encore plus humain aux yeux d'Emma. Il avait l'air si sûr de lui, si imposant, et pourtant ce petit signe de gêne le rendait accessible, presque vulnérable.

- Ce n'était rien, Miss Gertrude. Juste un peu de courtoisie.

- Eh bien, moi je trouve que c'est très rare, de nos jours, déclara la vieille dame avec un air solennel. Et puis, vous avez ces yeux... vous savez, ces yeux qui voient les gens. Je vois ça tout de suite, moi.

Jaylen éclata de rire de nouveau, mais cette fois, son regard se posa sur Emma avec une intensité qui lui fit battre le cœur plus vite. Il la regarda comme s'il la voyait vraiment, comme s'il lisait en elle des choses qu'elle-même ne savait pas.

- Vous avez des voisins formidables, mademoiselle Emma, dit-il doucement.

Elle sentit ses joues s'empourprer. Il y avait quelque chose dans sa voix, dans la manière dont il prononçait son nom, qui la faisait vaciller. Elle avait l'impression d'être sur le point de tomber sans savoir où elle allait atterrir.

- Bon, je vais prendre un autre carton, dit-elle pour cacher son trouble. Si vous voulez bien me montrer où les mettre.

Jaylen hocha la tête et la précéda dans l'immeuble. Emma le suivit, les yeux fixés sur sa large silhouette qui montait les escaliers avec une aisance déconcertante. Ses pas étaient silencieux sur les marches de pierre, comme s'il faisait partie intégrante du lieu. Au deuxième étage, il ralentit et se tourna vers elle.

- Vous êtes au deuxième, dites-vous ? Alors on va se croiser souvent dans les escaliers.

- Ou dans l'ascenseur, ajouta-t-elle, tentant de paraître désinvolte. À condition qu'il fonctionne. Il est capricieux, l'ascenseur.

Jaylen sourit, un sourire qui relevait le coin de ses lèvres et lui donnait un air espiègle.

- Alors je prierai pour qu'il tombe en panne, dit-il.

Emma ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit. Il venait de lancer une phrase qui pouvait passer pour une plaisanterie, mais ses yeux disaient autre chose. Ils disaient qu'il la voulait dans son espace, qu'il brûlait d'envie de la revoir. Elle baissa les yeux, le souffle court.

Elle le suivit jusqu'au troisième étage, où l'appartement était grand ouvert. Des cartons s'alignaient dans le couloir, des meubles démontés étaient appuyés contre les murs. Il y avait des livres partout, des piles de livres qui débordaient des cartons et s'étalaient sur le sol. Un fouillis charmant, pensa-t-elle, une désorganisation qui ressemblait à une œuvre d'art.

Jaylen déposa les cartons qu'il portait et se tourna vers elle. Il lui prit le sien des mains avec une délicatesse surprenante, effleurant ses doigts dans le mouvement.

- Merci, Emma, dit-il, la regardant droit dans les yeux. Vraiment. J'étais venu ici avec l'idée de commencer une nouvelle vie, de faire des rencontres, et je tombe sur vous au premier jour. C'est une coïncidence, ou c'est le destin ?

Elle rit, un peu nerveuse, et s'écarta d'un pas.

- Je dirais que c'est Miss Gertrude qui a tout manigancé. Elle est experte en mise en relation.

- Alors je l'aimerai toute ma vie pour ça, murmura-t-il.

Un silence s'installa entre eux. Un silence chargé, électrique, qui faisait vibrer l'air comme avant un orage. Emma avait l'impression que tout son corps était en alerte, qu'elle percevait chaque détail de lui : son parfum boisé, le battement de ses cils, la manière dont sa pomme d'Adam remontait quand il avalait sa salive.

Elle eut soudain très chaud.

- Je, euh, je dois y aller, dit-elle en reculant vers la porte. Je repasserai plus tard pour voir si Miss Gertrude a besoin de quoi que ce soit.

- Emma.

Elle s'arrêta. La manière dont il avait prononcé son nom, à nouveau, lui fit l'effet d'une caresse.

- Vous m'avez dit que vous habitiez au deuxième ? J'ai besoin de brancher ma box internet, mais je ne sais pas où se trouve le boîtier central. Je pourrais passer vous demander ?

- Bien sûr, répondit-elle, trop vite. N'importe quand. Je suis souvent là.

Il hocha la tête, un sourire aux lèvres, et elle put jurer qu'elle voyait une lueur de triomphe dans ses yeux. Pas une lueur arrogante, mais une lueur heureuse, celle de quelqu'un qui venait de trouver ce qu'il cherchait sans même le savoir.

Emma descendit les escaliers en flottant. Ses jambes étaient légères, sa tête vide de toute pensée rationnelle. Elle avait rencontré son nouveau voisin, et il s'appelait Jaylen, et il avait des yeux qui savaient tout voir, et une voix qui promettait des choses qu'elle n'osait pas encore nommer.

Elle rentra chez elle, referma la porte derrière elle, et s'appuya contre le battant. Son cœur battait trop vite, sa respiration était saccadée. Elle fixa le plafond, là où se trouvait l'appartement de Jaylen, et sentit un frisson parcourir son échine.

Quelque chose venait de commencer. Quelque chose d'inattendu, d'incontrôlable. Elle le sentait au plus profond d'elle-même, comme une promesse dangereuse.

Son téléphone vibra sur la table de la cuisine. Un message de Julie : "Alors, tu as vu le nouveau ? On dit qu'il est canon !! 😏" Emma lut le message, sourit, mais ne répondit pas immédiatement. Elle leva de nouveau les yeux vers le plafond, écoutant les bruits sourds des pas de Jaylen qui arpentait son nouveau chez lui.

Un nouveau voisin.

Un nouveau regard.

Un nouveau commencement.

Elle ne savait pas encore que ce commencement la mènerait dans un labyrinthe de mensonges, de désir et de trahison. Elle ne savait pas que Julie, sa meilleure amie, convoiterait le même homme. Elle ne savait pas que les secrets de Jaylen, ceux qu'il portait comme des cicatrices, menaçaient de tous les détruire.

Mais pour l'instant, elle se contenta de sourire, le cœur battant, et d'attendre.

Car elle savait, au plus profond d'elle-même, qu'elle le reverrait. Bientôt. Et que rien, plus rien, ne serait jamais comme avant.

Chapitre 2 Chapitre 2

CHAPITRE 2 : L'INCIDENT DU COURRIER

Emma passa une nuit agitée. Elle s'était retournée dans son lit pendant des heures, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, à repasser en boucle l'image de Jaylen dans l'encadrement de la porte. Sa voix grave, son sourire, la manière dont il avait prononcé son nom comme s'il le goûtait. Elle se sentait ridicule, comme une adolescente qui aurait eu son premier béguin. Mais elle ne pouvait s'empêcher de sourire dans le noir, d'écouter les bruits venant du dessus, ces pas discrets qui lui rappelaient qu'il était là, juste au-dessus, à quelques mètres à peine.

Le lendemain matin, elle se réveilla en retard. La lumière du jour filtrait à travers ses rideaux, et elle comprit immédiatement qu'elle avait manqué son réveil. Elle bondit du lit, enfilant à la hâte un jean et un t-shirt, et courut vers la cuisine pour avaler un café brûlant avant de filer au travail. Elle travaillait dans une petite galerie d'art du Marais, un poste qu'elle adorait mais qui exigeait d'être ponctuelle. Et elle était en train de devenir tout sauf ponctuelle.

Elle attrapa son sac, ses clés, et se précipita vers la porte d'entrée. C'est là qu'elle aperçut l'enveloppe glissée sous le seuil. Une enveloppe blanche, épaisse, à son nom.

Elle la ramassa et l'ouvrit avec une curiosité mêlée d'impatience. À l'intérieur, une lettre écrite à la main, d'une écriture masculine, élégante et un peu désordonnée.

"Emma, je suis désolé de te déranger si tôt. Il y a eu une erreur avec le courrier. La facture de mon électricité a été livrée chez toi par erreur. Je comprendrais si tu ne peux pas la rendre tout de suite, mais si jamais tu passes devant ma porte, je serais ravi de la récupérer. Et peut-être de te proposer un café en échange. Jaylen."

Emma lut la lettre trois fois. Ses doigts tremblaient légèrement. Il lui avait écrit. À la main. Avec une excuse à peine voilée pour la revoir. Elle sentit ses joues s'empourprer et eut soudain l'impression que la matinée venait de prendre une toute autre tournure.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre. Elle était déjà en retard. Mais une force irrésistible la poussa vers l'escalier. Elle monta les marches deux à deux, le cœur battant, et s'arrêta devant la porte du troisième étage. Elle frappa avant même d'avoir eu le temps de réfléchir.

La porte s'ouvrit presque immédiatement, comme s'il l'attendait.

Jaylen se tenait dans l'encadrement, une tasse de café à la main, un sourire aux lèvres. Il était vêtu d'un simple sweat à capuche gris et d'un jean usé, et ses cheveux étaient encore humides, comme s'il venait de prendre une douche. Une goutte d'eau perlait sur sa tempe et coulait le long de sa mâchoire. Emma suivit la trajectoire de la goutte avant de se forcer à lever les yeux vers les siens.

- Je vois que ma lettre a fonctionné, dit-il en riant doucement.

- Tu aurais pu simplement sonner, répondit-elle, tentant de paraître indifférente alors que son cœur s'emballait.

- Où serait le plaisir ? Une lettre, c'est plus romantique.

Il s'écarta pour la laisser entrer. L'appartement avait changé depuis la veille. Les cartons étaient en grande partie défaits, les meubles assemblés. Une grande bibliothèque couvrait tout un mur, remplie de livres de photographie, d'art, de poésie. Des tirages photographiques étaient accrochés aux murs, des paysages urbains, des portraits en noir et blanc, des images qui semblaient capturer l'âme des gens qu'elles représentaient.

Emma s'approcha de l'un d'eux, un portrait de femme âgée assise sur un banc, les mains croisées sur ses genoux, un sourire mystérieux aux lèvres.

- C'est toi qui as pris ça ? demanda-t-elle.

- Oui. C'était à New York, il y a deux ans. Elle s'appelait Martha. Je l'ai rencontrée dans un parc. Elle m'a raconté sa vie pendant deux heures, et je lui ai demandé si je pouvais la photographier. Elle a accepté. C'est l'une de mes photos préférées.

- Elle a l'air si... paisible. Comme si elle avait trouvé la paix après toute une vie de tempêtes.

Jaylen la regarda avec une expression nouvelle, presque surprise.

- Tu as raison. C'est exactement ce que j'ai ressenti quand je l'ai vue. Comment as-tu deviné ?

Emma haussa les épaules, gênée par son attention.

- Je ne sais pas. Je regarde beaucoup d'art, c'est mon métier. Je travaille dans une galerie.

- Une galerie ? s'exclama-t-il, les yeux s'illuminant. Quelle galerie ?

- La Galerie des Lumières, dans le Marais.

Jaylen siffla doucement.

- Je connais. Ils ont une excellente réputation. Tu dois t'y plaire.

- Énormément, confirma-t-elle. C'est mon refuge. Les jours où tout va mal, je me perds dans les œuvres. C'est comme une thérapie.

Il hocha la tête, compréhensif, et la rejoignit devant la photo. Ils se tenaient côte à côte, leurs épaules presque se touchant. Emma sentait la chaleur émaner de son corps, son parfum, un mélange de savon et de bois de cèdre.

- Je suis photographe, dit-il. Enfin, j'essaie de l'être. Je fais des reportages, des portraits, un peu de tout. C'est pour ça que j'ai déménagé ici. J'ai besoin d'un nouvel environnement, de nouvelles inspirations.

- Et tu as trouvé ? demanda-t-elle, la voix plus basse qu'elle ne l'aurait voulu.

Il se tourna vers elle, et son regard plongea dans le sien. Il était si proche qu'elle pouvait voir les reflets ambrés dans ses iris sombres, la ligne parfaite de ses lèvres, le battement de sa mâchoire quand il mordilla l'intérieur de sa joue, un geste qu'elle commençait à connaître.

- Je commence à croire que oui, murmura-t-il.

Le silence s'installa, un silence lourd de tout ce qui n'était pas dit. Emma sentit ses doigts s'agiter nerveusement autour de l'enveloppe qu'elle tenait encore. Elle l'avait complètement oubliée.

- Ah, tiens, dit-elle en la lui tendant. Ta facture. La voilà.

Il la prit, mais ses doigts effleurèrent les siens dans le mouvement, et le contact électrique la fit sursauter.

- Merci, dit-il. Mais pour être honnête, je m'en fichais un peu de cette facture. Je voulais juste une excuse pour te voir.

Emma ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Elle était complètement désarmée. Il disait tout haut ce qu'elle pensait tout bas, ce qu'elle n'osait pas s'avouer.

- Tu es direct, dit-elle enfin.

- Je préfère être honnête. La vie est trop courte pour jouer à des jeux. Si j'ai envie de voir quelqu'un, je le dis.

Il s'approcha d'elle d'un pas, et cette fois, elle ne recula pas. Elle aurait dû. Elle aurait dû trouver une excuse pour partir, pour s'éloigner avant que quelque chose d'incontrôlable ne se produise. Mais elle resta là, plantée comme une statue, à boire ses paroles.

- Alors voilà, dit-il doucement. Je te propose un café, maintenant que tu es là. On peut parler de toi, de la galerie, de tout ce que tu veux.

Elle regarda sa montre. Elle était en retard. Mais soudain, cela n'avait plus la moindre importance.

- Un café, répéta-t-elle. Juste un café.

Il sourit, ce sourire qui faisait danser les lumières dans ses yeux, et se dirigea vers la cuisine. Elle le suivit, s'asseyant sur un tabouret de bar en face du plan de travail. Il préparait le café avec une concentration presque rituelle, dosant les grains, les moulant, versant l'eau chaude avec précision.

- Tu es un perfectionniste, remarqua-t-elle.

- Dans certains domaines, oui. Dans d'autres, je suis un chaos sur pattes.

Il lui tendit une tasse fumante, et leurs doigts se frôlèrent de nouveau. Elle prit une gorgée, et la chaleur du liquide se répandit dans sa poitrine.

- Alors, Emma, dit-il en s'asseyant en face d'elle. Raconte-moi tout. Qui es-tu, en dehors de la galerie ?

Elle parla. Elle parla de ses études d'histoire de l'art, de son rêve d'ouvrir un jour sa propre galerie, de ses parents divorcés qu'elle voyait trop peu, de sa meilleure amie Julie qui était comme une sœur pour elle. Elle parla longtemps, et il l'écouta avec une attention qui la faisait se sentir vue, comprise, importante.

Quand elle s'arrêta, elle se rendit compte qu'elle avait parlé pendant près d'une heure. Elle n'avait jamais été aussi à l'aise avec quelqu'un d'aussi rapidement.

- Julie, répéta-t-il en souriant. C'est elle, la fameuse meilleure amie ?

- Oui. Elle est géniale. Un peu envahissante parfois, mais toujours là quand j'ai besoin d'elle. Elle veut me marier avec le premier venu, comme si j'étais en danger de finir vieille fille.

Jaylen rit.

- Je comprends ce sentiment. Mon meilleur ami, Malik, est pareil. Il me harcèle pour que je sorte avec des filles qu'il me présente. Il croit que je suis trop solitaire.

- Et tu l'es ? demanda-t-elle, curieuse.

Il marqua une pause, ses yeux se perdant dans l'espace un instant.

- Peut-être. Je me suis souvent senti seul, même entouré. C'est pour ça que je prends des photos, je crois. Pour capturer des instants de connexion, des fragments de vie qui me rappellent que je ne suis pas si isolé que ça.

Elle sentit son cœur se serrer. Il y avait une fragilité en lui, une profondeur qu'elle n'avait pas anticipée. Il n'était pas seulement beau et charismatique ; il était sensible, blessé, véritable.

Son téléphone vibra sur le plan de travail. Le nom de Julie apparut sur l'écran. Emma hésita, puis décrocha.

- Emma ! s'écria Julie, la voix pétillante. Où es-tu ? Je suis passée chez toi, tu n'étais pas là. Tu es déjà au travail ?

Emma jeta un coup d'œil à Jaylen, qui la regardait avec un sourire amusé.

- Euh, non, je suis... chez le nouveau voisin. Je lui rends un courrier qui avait été livré chez moi par erreur.

- Le nouveau voisin ? Celui dont tout le monde parle ? OH MON DIEU, EMMA ! Tu es chez LUI ?

La voix de Julie monta d'un octave, et Emma dut éloigner le téléphone de son oreille.

- Julie, calme-toi, ce n'est rien, je prends juste un café.

- Un café ! Un café chez l'homme le plus canon de l'immeuble ! C'est une stratégie, je te reconnais là ! Alors, il est comment ? Est-ce qu'il est aussi beau que tout le monde le dit ?

Emma rougit profondément. Jaylen, bien sûr, entendait tout. Il haussa un sourcil, amusé, et Emma lui fit un geste désespéré pour lui signifier d'ignorer la conversation.

- Julie, je te rappelle plus tard, d'accord ?

- Non, non, je veux des détails maintenant ! Je veux tout savoir ! Est-ce qu'il a un accent ? Est-ce qu'il est grand ? Est-ce que son appartement est cool ?

Jaylen pouffa de rire, et Emma sentit ses joues s'enflammer.

- Julie, je te jure, je te rappelle tout à l'heure. Je suis en train de...

- De séduire le nouveau voisin ? coupa Julie en riant. Va, va, je ne te dérange plus. Mais promets-moi de me raconter chaque détail, je veux tout savoir !

Elle raccrocha avant qu'Emma puisse répondre. Emma laissa échapper un soupir résigné et posa le téléphone sur le comptoir.

- Désolée, dit-elle. Julie est un peu... intense.

Jaylen sourit, un sourire qui faisait briller ses yeux.

- J'adore déjà cette Julie. On dirait une vraie amie, celle qui veut tout savoir pour être sûre que tout va bien.

- C'est exactement ça, confirma Emma. Mais c'est aussi une vraie pipelette. Je n'ose pas imaginer ce qu'elle va raconter à tout le monde.

- Elle va dire que la voisine du deuxième est charmante, intelligente, et qu'elle a un sourire qui pourrait faire fondre un glacier.

Emma resta figée. Il disait ça avec une telle sincérité qu'elle ne sut pas quoi répondre. Elle baissa les yeux, son cœur battant si fort qu'elle était sûre qu'il pouvait l'entendre.

Il se leva et s'approcha d'elle. Ses doigts effleurèrent son menton, relevant doucement son visage vers lui.

- Je suis content que tu sois venue, Emma. Vraiment.

Elle sentit sa main trembler légèrement. Il était si proche qu'elle pouvait voir chaque détail de son visage : une petite cicatrice sur sa lèvre inférieure, les ombres sous ses yeux qui trahissaient des nuits sans sommeil, la manière dont sa respiration s'accélérait légèrement.

- Je devrais y aller, murmura-t-elle, la voix à peine audible.

- Emma.

Son nom, encore. Il le disait comme une promesse, comme un secret qu'ils partageaient déjà.

- Je vais te laisser, dit-elle en se levant brusquement. Je suis déjà très en retard pour le travail.

Il la raccompagna jusqu'à la porte, et alors qu'elle passait le seuil, sa main attrapa la sienne. Un contact bref, à peine une seconde, mais qui électrisa tout son corps.

- À bientôt, Emma.

Elle ne répondit pas. Elle descendit les escaliers en courant, le souffle court, les jambes tremblantes. Elle referma sa porte derrière elle et s'appuya contre le battant, les mains sur son cœur.

Elle avait rencontré Jaylen pour la deuxième fois. Et chaque rencontre la laissait un peu plus éprise, un peu plus perdue, un peu plus dangereusement attachée.

Elle savait, avec une certitude absolue, que cette simple rencontre était le début de quelque chose de beaucoup plus complexe que ce qu'elle imaginait.

Et elle ne se doutait pas encore que Julie, sa meilleure amie, s'intéressait déjà, elle aussi, au nouveau voisin.

Chapitre 3 Chapitre 3

CHAPITRE 3 : LA SOIRÉE "BIENVENUE"

Emma passa la journée à flotter. Littéralement. Elle déambulait dans les salles de la galerie avec un sourire béat, répondait aux questions des visiteurs avec une lenteur inhabituelle, et manqua de renverser trois fois le café qu'elle servait aux clients. Sophie, sa collègue, la regardait avec un air amusé mêlé d'inquiétude.

- Tu es sûre que ça va, Emma ? Tu es complètement ailleurs.

Emma sursauta, comme tirée d'un rêve.

- Quoi ? Oui, oui, je vais très bien. Pourquoi ?

Sophie leva les yeux au ciel.

- Parce que tu viens de passer cinq minutes à fixer ce tableau sans cligner des yeux. Et parce que tu souris comme si tu venais de gagner au loto.

Emma rougit et détourna le regard.

- J'ai juste bien dormi, c'est tout.

- Bien dormi, répéta Sophie d'un ton sceptique. Bon, si tu le dis. Mais tu devrais peut-être arrêter de sourire comme ça, les gens vont croire que tu es folle.

Emma tenta de se reprendre, mais son esprit était obstinément retourné vers cet appartement du troisième étage, vers cette conversation, vers cette main qui avait effleuré la sienne. Chaque fois qu'elle y pensait, son cœur faisait un bond dans sa poitrine.

La journée s'étira, longue et douce, bercée par le souvenir de Jaylen. L'après-midi, son téléphone vibra. Un message de Julie : "Alors, toujours chez le voisin ? 😜 Je veux des détails. Tous les détails. Ce soir ? Chez toi ? Je passe vers 20h."

Emma hésita avant de répondre. Julie était sa meilleure amie, sa confidente, celle à qui elle racontait tout, absolument tout. Mais quelque chose la retenait de partager ce qui s'était passé avec Jaylen. C'était comme un secret précieux, un trésor qu'elle n'était pas prête à exposer. Pas encore.

"Ok, ce soir chez moi. Je te raconte tout. Promis."

Elle mentait. Elle savait qu'elle ne lui raconterait pas tout. Pas la façon dont il l'avait regardée. Pas la façon dont son cœur s'était emballé. Pas la façon dont elle avait eu envie de rester, de ne jamais partir.

Elle passa le reste de sa journée à essayer de se convaincre que ces sentiments n'étaient que de l'admiration, de la curiosité, rien de plus. Mais elle savait au fond d'elle-même que c'était bien plus que cela.

Lorsqu'elle rentra chez elle, elle trouva Julie déjà installée sur son canapé, un verre de vin à la main, l'air triomphant.

- Alors ? s'exclama Julie en bondissant. Raconte-moi tout ! Le nouveau voisin, cette légende urbaine qui fait saliver tout l'immeuble ! Je veux tout savoir !

Emma s'assit à côté d'elle, prit une gorgée de vin pour gagner du temps, et se lança dans un récit épuré, presque aseptisé : oui, il était sympa, oui, ils avaient discuté, non, rien de spécial ne s'était passé.

Julie écouta, les yeux plissés, un sourire entendu aux lèvres.

- Tu es une menteuse, Emma. Je te connais trop bien. Ton visage est tout rouge. Il s'est passé quelque chose.

- Il ne s'est rien passé, protesta Emma, sentant ses joues s'empourprer.

- Alors pourquoi tu évites mon regard ? Pourquoi tu joues avec tes doigts comme ça ? Tu le fais quand tu es nerveuse.

Emma laissa échapper un soupir. Julie la connaissait trop bien. C'était à la fois un réconfort et un fardeau.

- Bon, d'accord, il s'est passé quelque chose. Mais c'est juste... une attirance, tu sais ? Rien de sérieux. Il est beau, il est charmant, mais ce n'est pas le genre d'homme avec qui on s'engage.

- Pourquoi ? demanda Julie, les yeux brillants de curiosité.

- Je ne sais pas. Il a ce truc, ce mystère. On dirait qu'il cache des choses, des blessures, des secrets. Il est fascinant, mais il pourrait être dangereux.

Julie rit.

- Dangereux, c'est exactement ce qu'on recherche, non ? Un peu de frisson, un peu d'aventure. Tu n'as pas eu une histoire sérieuse depuis deux ans, Emma. Peut-être que c'est le moment.

Emma but une autre gorgée de vin, les pensées embrouillées. Julie n'avait pas tort. Sa dernière relation avait été un désastre, un homme qui l'avait trompée sans la moindre hésitation, un cœur brisé qu'elle avait mis des mois à reconstruire. Depuis, elle s'était réfugiée dans son travail, dans sa routine, dans l'absence de risques. Mais Jaylen était un risque. Un risque immense. Et pourtant, elle avait envie de le prendre.

Le téléphone d'Emma vibra sur la table. Un message. Elle l'ouvrit, et son cœur s'arrêta.

Jaylen : "Je viens de croiser Miss Gertrude. Elle m'a parlé de toi pendant vingt minutes. Elle m'a dit que tu étais aussi merveilleuse que je le pensais. Je voulais te remercier pour ce matin. Peut-être qu'on pourrait boire un verre un de ces jours ?"

Emma lut le message trois fois avant de répondre. Ses doigts tremblaient.

Julie s'approcha, lisant par-dessus son épaule.

- Eh ben, dit-elle, le sourire s'élargissant. Il ne perd pas de temps, celui-là. Qu'est-ce que tu vas lui répondre ?

- Je ne sais pas, murmura Emma. Je ne sais pas du tout.

- Réponds que oui ! C'est évident ! Il est beau, il est intéressant, il t'écrit un message comme ça... C'est un signe !

Emma la regarda, hésitante. Julie avait raison, bien sûr. Mais quelque chose la retenait. Un pressentiment, une petite voix intérieure qui lui murmurait que cet homme allait bouleverser sa vie, et peut-être pas dans le bon sens.

- Je vais réfléchir, dit-elle finalement. Je ne veux pas me précipiter.

Julie leva les yeux au ciel.

- Tu es toujours trop prudente, Emma. Parfois, il faut se jeter. Sinon, on rate les belles histoires.

Emma ne répondit pas. Elle savait que Julie ne comprenait pas. Julie était impulsive, passionnée, elle vivait ses histoires à cent à l'heure. Mais Emma, elle, avait appris à être prudente, à protéger son cœur. Et pourtant, ce cœur, il battait pour Jaylen, et il ne voulait pas écouter la raison.

Le lendemain, Miss Gertrude frappa à sa porte avec une proposition.

- Ma chère Emma, j'organise une petite soirée ce soir pour souhaiter la bienvenue à Jaylen. Rien de bien grand, juste quelques voisins, un peu de musique, des petits fours. Il faut que tu viennes, bien sûr ! Et amène ta charmante amie Julie, elle aussi.

Emma sentit son estomac se nouer. Une soirée chez Miss Gertrude, avec Jaylen, avec Julie. Tout le monde dans le même espace, à se regarder, à parler, à déchiffrer.

- Je ne suis pas sûre, commença-t-elle.

- Pas de refus, ma chérie ! insista Miss Gertrude. C'est pour le bien du quartier ! Il faut que tout le monde se connaisse, que l'esprit de communauté vive.

Emma n'eut pas le choix. Elle accepta, avec la sensation désagréable que cette soirée allait être un tournant, un moment charnière dont elle ne maîtrisait pas les conséquences.

Ce soir-là, elle s'habilla avec plus de soin que d'habitude. Une robe simple mais élégante, un rouge à lèvres discret, ses cheveux lâchés sur ses épaules. Julie arriva chez elle, rayonnante, vêtue d'une tenue plus audacieuse, plus provocante.

- Prête pour la grande soirée ? demanda Julie en riant.

- Prête, répondit Emma, le cœur battant.

Chez Miss Gertrude, l'appartement était déjà plein de monde. Des voisins que Emma connaissait à peine, des visages amicaux, des sourires polis. Elle chercha Jaylen du regard, et le trouva immédiatement, debout près de la fenêtre, un verre à la main, en train de parler avec Malik.

Quand il la vit entrer, son regard s'illumina. Il s'excusa auprès de Malik et s'approcha d'elle, ignorant presque Julie qui se tenait à côté.

- Emma, dit-il, la voix basse, ravie. Tu es venue.

- Miss Gertrude est très convaincante, répondit-elle, un sourire aux lèvres.

- Je suis content qu'elle le soit.

Derrière elle, Julie s'avança, tendit la main à Jaylen avec un sourire éclatant.

- Bonsoir, je suis Julie. La meilleure amie d'Emma. J'ai tellement entendu parler de toi.

Jaylen lui serra la main, poli mais distrait. Ses yeux revenaient constamment vers Emma, comme s'il ne pouvait pas s'empêcher de la regarder.

- Enchanté, Julie. Emma m'a beaucoup parlé de toi aussi.

Julie rit, un rire léger et musical.

- J'espère que c'est que du bien !

- Que du bien, confirma-t-il, mais son regard était toujours fixé sur Emma.

Julie s'installa à côté de Jaylen et engagea la conversation avec une aisance naturelle. Elle parlait, riait, posait des questions, et Jaylen répondait, mais ses yeux revenaient sans cesse vers Emma, comme s'il cherchait une connexion qu'il ne trouvait qu'avec elle.

Emma observait la scène, un sentiment étrange dans la poitrine. Julie était magnifique, charismatique, et elle semblait s'intéresser à Jaylen, peut-être plus que de simple amitié. Elle voulait se persuader que ce n'était rien, que Julie était juste amicale, mais une petite voix lui soufflait que c'était plus compliqué que cela.

Soudain, Jaylen se tourna vers Emma, l'ignorant totalement.

- Tu veux voir les photos que j'ai prises ce matin ? demanda-t-il. J'ai fait quelques portraits dans le quartier.

- Avec plaisir, répondit-elle, soulagée.

Il lui montra les photos sur son téléphone, des images de la vie quotidienne, des gens dans la rue, des scènes de marché, des visages inconnus. Elle les regardait, fascinée par sa capacité à capturer l'essence des gens.

Julie s'approcha, regardant par-dessus l'épaule d'Emma.

- Magnifique, dit-elle, la voix pleine d'admiration.

Emma sentit une pointe de jalousie. Julie s'intéressait vraiment à lui. C'était évident.

Jaylen se tourna vers Julie et lui sourit.

- Merci. C'est un hobby, rien de plus.

- Un hobby ? s'exclama Julie. Non, c'est un talent. Tu devrais exposer.

- Peut-être un jour, répondit-il, et son regard se posa sur Emma, comme s'il cherchait son approbation.

Le reste de la soirée fut une valse de regards, de sourires, de conversations à bâtons rompus. Jaylen était constamment entre elles deux, partageant son attention, mais toujours ses yeux revenaient vers Emma.

Quand la soirée prit fin, Jaylen raccompagna Emma et Julie jusqu'à la porte.

- Je suis ravi de vous avoir rencontrées, dit-il, en regardant les deux amies. Emma, on se voit bientôt ?

- Bien sûr, murmura-t-elle.

Julie, elle, posa sa main sur son bras.

- Et moi, je peux venir te voir quand je veux, n'est-ce pas ?

Jaylen hésita une fraction de seconde.

- Bien sûr, dit-il. Vous êtes toujours les bienvenues.

Emma sentit un frisson lui parcourir l'échine. La soirée s'était bien passée, et pourtant un malaise l'habitait. Julie était trop intéressée, trop proche, trop présente. Elle avait volé une partie de l'attention de Jaylen, et cela la perturbait.

Mais ce qui la perturbait encore plus, c'était le regard de Jaylen quand il la regardait. Ce regard qui disait des choses qu'il n'osait pas encore prononcer.

Ce regard qui promettait des nuits sans sommeil, des rêves éveillés, et peut-être des larmes.

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