Me voilà assise sur mon siège, la tête posée contre le hublot, à bord de cet avion à destination de l'île de beauté. Je suis partagée par les émotions, je ne sais pas encore si je dois pleurer, prendre mes jambes à mon cou et sortir en courant de cet endroit.
Je ne sais pas vraiment si je prends la bonne décision. Pour être honnête, je veux à tout prix quitter l'endroit où je vis. j'ai passé mes 18 premières années à vivre pour les autres, à m'inquiéter de ce qu'ils seraient bons de faire pour les aider. Je soigner leurs maux en oubliant les miens.
Je n'en veux à personne,
je pense sincèrement qu'avoir été présente pour tous ceux que j'aime m'a permis d'avancer, même si au fond je n'ai qu'enfermé mes problèmes en pensant à ceux des autres.
Ces derniers mois, il y a eu pas mal de mouvements, ma séparation avec John, sa tentative de suicide, les menaces de mort, le tribunal, les relations tampons pour oublier...
Jusqu'à aujourd'hui, tous les choix que j'ai pu faire, je les ai fait pour les autres.
Alors me voilà, j'ai acheté des billets, je décolle de Paris et j'arrive dans moins de deux heures en Corse.
J'ai découvert cet endroit l'été dernier après l'obtention de mon diplôme. Le meilleur ami de ma maman m'avait proposé de me faire visiter son île. Je pense qu'à cette époque, j'étais au bord de la dépression, mais la fierté me tenait debout.
Ces petites vacances ont tout changé, je suis totalement tombée amoureuse de cette ile.
J'avais de nouveau des projets, des rêves, j'avais pris ma décision, il fallait que je m'en aille, que je recommence tout, et là-bas me paraissait le meilleur endroit.
La personne qui m'a accueilli, ce monsieur d'une soixantaine d'année, venait de perdre sa femme d'un cancer, après des années de lutte, il était dévasté. Ma compagnie le rendait tellement heureux, il m'a fait découvrir tellement d'endroits différents, la mentalité des habitants est tellement accueillante et souriante, il fallait que j'essai.
Quelques mois après le retour de mes vacances, j'ai décidé de repartir, et ce coup-ci, définitivement, refaire ma vie, en repartant de rien. Je me suis promise d'être seule, de ne plus faire confiance aux hommes, de me concentrer sur moi-même, sur mon avenir, ce que je voulais devenir, ce que je voulais faire de ma vie .
Le départ a été difficile, j'expliquais à mes proches qu'il fallait que je m'en aille, que c'était devenu vital. Ma meilleure amie, Emy, elle a eu beaucoup de mal, elle a toujours été présente lors de mes périodes sombres même si elle ne connait pas toute l'histoire . Et aujourd'hui, j'ai dû lui dire au revoir, lui dire que je reviendrai pour les vacances, mais c'était différent. En pleurs, je lui ai promis de l'appeler régulièrement et de tout lui expliquer. Elle m'a promis de venir.
Dans quelques heures, j'ouvre un nouveau livre et je réécris tout sur une page blanche.
"Mesdames et messieurs, la température extérieure est de 26°C. Nous espérons vous revoir prochainement à bord de notre compagnie."
J'avance en tirant ma valise. Il est là, à m'attendre en salle de débarquement.
Louis, le meilleur ami de ma maman, le sourire aux lèvres, content de me revoir.
"Bonjour princesse, comment tu vas ? Toujours aussi belle. Mais dis-moi, tu ne manges pas chez tes parents ? Tu as encore maigri!, s'exclame-t-il en forçant les sourcils, Je vais m'occuper de te faire grossir, c'est mon objectif."
"
"Comment tu vas tonton ? Je suis contente de te voir, tu as bonne minute et pour mon poids c'est fait exprès, je sais que la nourriture est bonne chez toi, j'ai fait de la place!" ais- je finis par lui répondre en chuchotant dans l'oreille, après l'avoir pris dans mes bras, pour le remercier de son accueil.
Je suis un peu gênée par cet accueil réaliste, il est vrai que depuis août, l'année dernière, mon corps fait 10 kilos de moins. Je n'étais pourtant pas très grosse avant, du haut de mon 1m65, mon poids est de 46 kilos aujourd'hui. Blondes aux yeux bleus, j'ai conservé mes formes, mais il est vrai que mes côtes sont visibles . Je ne mange plus beaucoup et je vais courir 2 fois par jour, autant vous dire que mes kilos s'envolent assez rapidement.
" Allez, avance ! on rentre à la maison pour manger", dit-il en attrapant mes trois valises sur le tapis à bagages.
"Je te suis chef", dis-je en éclatant de rire.
"Il faudra quand même que tu m'expliques un jour, pourquoi tu as une valise à chaussures ? ..Trois valises, mon dieu,ces jeune!!"
je lui fais un clin d'œil en guise de réponse et le suis jusqu'à sa voiture. Nous arrivons dans sa magnifique villa, et Louis m'aide à monter à l'étage avec mes valises.
"Voilà princesse, tu connais ta chambre. Tu es ici chez toi. Si tu as besoin de quoi que ce soit, il suffit de me demander. J'ai promi à ta maman de prendre soin de toi" Dit-il fièrement
La chambre est comme je l'avais laissée il y a plusieurs mois lors de mes vacances. Mon oncle, enfin le meilleur ami de ma mère, m'a cueilli un bouquet de roses et l'a posé dans un vase transparent sur une des tables de chevets. Il y a une petite carte avec écrit:
.......... Tu es ici chez toi...........
J'ai dû rougir par tant de marques d'affection, je me suis retournée et lui ai répondu:
"Merci pour tout Louis, de bien vouloir m'aider à construire ma nouvelle vie. Je te promets de bouger rapidement pour trouver un emploi et prendre mon indépendance. Je veux te rendre fière. Merci pour les roses, elles sont magnifiques. Elles viennent du jardin?"
Je m'approche de la fenêtre pour contempler la vue. On y voit la mer au loin, la piscine en contrebas, entourée de fleurs colorées. Fenêtre fermée, je sens les odeurs différentes d'ici. La vue est incroyable.
"Tu ne me déranges pas, au contraire, je me sens moins seule, tu sais, depuis le départ de ma femme..., ses yeux se mettent à briller, mais il se reprend rapidement. Un homme d'ici ne devrait pas montrer ses émotions,Je te laisse t'installer, tu peux descendre à la piscine, je vais préparer le déjeuner."
Il ferme la porte derrière lui et part en cuisine. J'ai tellement de la peine pour cet homme. Il a passé des années au chevet de sa femme et aujourd'hui, il est seul dans cette grande maison. Il a deux enfants et deux petits-enfants qui viennent lui rendre visite le week-end. Mais j'imagine qu'il est dur de vivre seul après des dizaines d'années de vie maritale.
Après avoir rangé toutes mes affaires , j'enfile rapidement mon maillot de bain avant d'aller me poser sur un transat.
Louis m'interdit strictement l'accès de la cuisine, je n'ai pas le droit de l'aider.
Quelle idée!! cela me mettait mal à l'aise lors de ma première venue ici. Mais je sais aujourd'hui que ça lui fait énormément de plaisir de le faire, alors j'ai fini par accepter. de jouer à la princesse !!
Après avoir vidé la moitié de la bouteille d'huile de bronzage, et oui!! venant d'une région où il n'y a pas de soleil, je veux vite avoir une peau bronzée. J'envoie quelques messages à Emy pour la rassurer et lui dire que je suis bien arrivée. Je lui envoie quelques photos de la piscine et je finis par rejoindre Louis et nous nous installons pour manger.
Je ne sais pas si vous connaissez la Corse, ni même ses spécialités, mais la charcuterie ici est à tomber par terre, le vin, j'en ne parle même pas.
je mange volontier mon assiette, tous les légumes sont du potager, c'est un régal, aucun doute sur ma future prise de poids a ce rythme là !.
À la fin du repas, Maurice me demande
« As-tu trouvé les clés dans ta chambre ? »
« Oui, sur la table de chevet, mais tu sais, je perds beaucoup de choses, je suis un peu tête en l'air. Par sécurité, tu devrais me laisser uniquement les clés de la maison", lui dis-je en rigolant.
« Haha, tu n'as donc pas compris. »
« Compris quoi ? » lui répondis-je.
« Sur ce trousseau, tu as le pass pour le portail électrique, la clé de la boîte aux lettres. J'imagine que ta meilleure amie Emy va t'écrire,( heu! il est au courant, nous avons des téléphones au 21e siècle ?)Tu as la clé de la porte d'entrée et celle de ta voiture. » je m'étouffe et recrache la gorgée de vin rouge que j'avais en bouche.
"ma voiture??!"
" Oui, tu sais, la vieille Ford, je m'en sers plus, elle dort au fond du garage, alors j'imagine que tu vas avoir besoin d'une voiture pour trouver un travail ou sortir avec tes futurs nouveaux amis."
" C'est tellement adorable, Louis, mais c'est trop. Je ne peux pas accepter tout ça. Tu en fais déjà beaucoup pour moi en m'accueillant ici. Pour le travail, la Micheline, ( petit train Corse), passe juste en bas de la colline. Elle dessert la ville. Je n'aurai pas besoin de voiture" ais-je répondu à bout de souffle.
Mes parents sont très modeste , ma mère me laissait conduire sa vieille Opel le week end sur ses jours de repos pour que je puisse aller travailler en boîte de nuit.
"Ça me fait plaisir, d'accord ? Mes enfants sont grands, tu es là à me tenir compagnie et je suis très heureux de pouvoir t'aider. Cette voiture va finir à la casse, alors ne dit pas de bêtises et prends la! . Elle ne risque rien, alors n'aie pas peur. Tu ne me dois rien, d'accord ? "Sa voix est assez sévère, j'ai bien compris qu'il était blessé de ma réaction.
C'est plus fort que moi, je pense que sur Terre, les seules personnes qui peuvent vous" entretenir "et vous aider quand vous êtes perdus, ça reste vos parents. J'ai eu beaucoup de mal à accepter sa proposition parce que pour moi, il n'avait pas à assumer une fille qui n'était pas la sienne, ni même m'aider. Alors j'ai soudain une idée et je lui propose:
"Ok, à une seule condition,! dès que je trouve un travail, je te la rachète?"
"Pff , si tu veux madame l'indépendante !"
Il se lève d'un coup et rouspette en se dirigeant vers sa cuisine.
je débarrasse tout en comprenant que j'ai vexé mon hôte .
Quelques jours sont passés depuis le dépôt de tous mes CV.
J'ai répondu favorablement à la première entreprise qui m'a contactée. C'est une grande enseigne de fast-food. C'est un endroit idéal. Il n'y a que des jeunes étudiants qui travaillent pour se faire un peu d'argent de poche. Ça me paraît la meilleure façon de rencontrer des jeunes de mon âge.
J'ai rapidement été accueillie au sein de l'équipe. Ils sont géniaux ! Je m'entends très bien avec tous les gars qui travaille au grill , je ne compte plus le nombre de fois où je suis partie en fou rire, j'ai un peu plus de difficulté avec les filles qui sont en caisses. J'ai un peu de mal avec les histoires à deux balles, les chichis, la jalousie. Enfin, vous connaissez, quoi. Je ne me prends pas la tête, un peu comme les garçons. Légèrement, je m'en foutiste sur les bords, vous voyez?
Parmi l'équipe , il y en a un qui sort du lot , Tiago, un portugais du même âge que moi. Il est simple, un peu naïf, mais très drôle. Nous travaillons tous les deux en équipe.Aujourdhui Il me harcèle toutes les 5 minutes , insistant pour que je cède ! il veut me présenter a son groupe d'amis ce soir :
"Fais-moi confiance! Ils vont t'adorer !ce soir, en sortant du service, on part ensemble chez Evan. On a organisé une fête, enfin, comme tous les week-ends" dit-il en rigolant.
" Je ne suis pas d'ici, tu le sais très bien Tiago, et vu la mentalité des filles ,dis je en montrant l'équipe des caissière entrain de salement démolir une collègue qui vient du continent et quelle nomme "la touriste"je ne suis pas certaine d'être à ma place "
"Fais-moi confiance! Ils vont t'adorer !ce soir, en sortant du service, on part ensemble chez Evan. On a organisé une fête, enfin, comme tous les week-ends" dit-il en rigolant.
"je capitule va pour ta soirée !"
Le service du soir se termine à 21h00.
Tiago est passé me récupérer à la maison vers 22h00, le temps de me doucher et d'enfiler un short, un débardeur et des petits talons.
Nous sommes arrivés au centre-ville peu de temps après.
Les terrasses sont pleines ,c'est dingue comme une ville se transforme la nuit tombé nous nous faufilons entre les tables pour réussir à acceder à l'immeuble.
Tiago passe devant moi. Il ouvre une porte au second étage en criant :
« C'est moi ! »
j'ai l'impression qu'il est chez lui !Je lui emboîte le pas avec timidité.
Arrivée dans la chambre, enfin, la suite, c'est immense, une équipe de trois garçons est face à moi en train de se servir des mélanges d'alcool un peu bizarres. J'entends des rires de filles venir de ma gauche où se trouve une salle de bain.
« Les gars, c'est Emma, la nouvelle dont je vous ai parlé », sort Tiago d'un ton fier me désignant comme un trophée.
« Salut », répondis je timidement.
« Charmant tout ça », répondit un type , me regardant de la tête aux pieds.
« Ta gueule, Miguel, n'écoute pas, c'est un coureur de jupon de première. Moi, c'est Evan », me rassure le propriétaire des lieux
J'ai dû lever la tête pour le regarder dans les yeux, du haut de son mètre 90, il est noir de peau, un style de basketteur à la NBA qui lui va vraiment bien . Je lui répond par un sourire il me tapote l'épaule et ajoute :
"Fais comme chez toi Emma, si Tiago te ramène ici, alors t'es digne de notre confiance.
" Merci Evan,"
Je n'ai pas eu le temps de finir qu'un type sort du balcon en essuyant sa bouche. (Ouais, je crois qu'il vient vraiment de vomir) Puis il se met a crier:
"Héee c'est reparti ! "
Je ne sais pas combien de temps je suis restée bloquée sur lui, il serait tout à fait mon style si j'étais sur le marché. 1m80, chatin foncé, coiffé très court sur les côtés et plus long sur le dessus, suffisamment pour les plaquer en arrière. Ses yeux sont d'un bleu électrique, sa barbe parfaitement taillée le corps d'un sportif ..
Putain reprend toi Emma qu'est ce qu'il te prend !
Je suis interrompue rapidement quand il s'approche rapidement de moi.
" Salut, moi c'est Loucas! "
"et moi sa copine, Julie » se fait-il couper par une toute petite femme très jolie, un peu trop vulgaire à mon goût, qui a de belles formes, une coupe au carré, blonde aux yeux verts. Deux autres filles se rapprochent également, Chiara, la copine de Evan, d'après sa présentation, et Anna, une blonde platine pulpeuse, très distinguée.
Soudain, j'entends Tiago dans une situation embarrassante pour lui a priori. Je souris, et continue de les regarder. Loucas et Tom le font perdre à un jeu assez stupide au passage. Il devait, à la suite d'un mot, ne pas être le dernier à faire un geste avec la main. Tiago, étant concentré à surveiller que les filles ne m'étouffe pas avec leurs questions, a perdu.
D'après ce que je comprends, il doit boire un mélange d'alcool horrible au vu de sa couleur.
"Non, les gars, c'est bon, je conduis, votre truc a l'air imbuvable en plus" répondit Tiago qui commence sérieusement à être là risée de tous.
Mon côté mère Thérésa prend le dessus à cet instant.
"C'est bon, je vais le boire pour lui ", dis-je .
Je regarde la couleur du liquide dans ce verre et avale cul sec son contenu. Mon Dieu, quelle horreur !
"Vous êtes des petits joueurs les gars, ce qu'on boit la d'ou je viens , ce nest rien à côté de ça." bon ok leur shooter est abjecte mais bien moins fort que la goutte du grand père d'Emy .
Je repose le verre dans la main de Loucas, qui se tient face à moi, amusé de la situation.
"Elle, je l'aime déjà!" crie Evan tout excité en s'approchant de moi et en me tapant dans la main.