(( VOIX D'AUTEUR ))
*Douala, en fin d'après-midi. Les rues vibrent des rires et des bruits de la ville. Les gens déambulent, savourant leurs repas avec appétit. Les odeurs de plats cuisinés se mêlent à l'air chaud, créant un contraste cruel pour Marlyse, qui se tient à l'écart, accroupie sur le sol.*
Je déambulais dans les rues de Douala, les pieds nus effleurant les pavés brûlants. Une douleur sourde dans l'estomac me rappelait chaque instant que cela faisait maintenant deux jours que je n'avais bu que de l'eau. La famine est une compagne implacable.
*À côté d'un restaurant bondé, je me suis installée sur le sol poussiéreux. Le restaurant était un monde de plaisir pour ceux qui avaient les moyens ; des gens se régalaient, rient aux éclats, tandis que d'autres laissaient leurs plats à peine entamés disparaître dans la poubelle.*
Les yeux rivés sur le sol, j'essayais de comprendre, de trouver une explication à ma condition. « Pourquoi moi ? Que suis-je donc pour mériter cela ? » pensais-je en silence. Le destin semblait me tourner le dos.
*Un miracle inattendu s'est produit alors qu'un homme, avec un geste rapide et sans un mot, déposa une pièce de 100 fr dans une assiette qui traînait près de moi. Quand je levai les yeux, il avait déjà disparu dans la foule.*
Je n'avais jamais mendié auparavant. Mais ce jour-là, je n'avais d'autre choix que d'accepter cette main tendue du destin. Peu après, une dame, probablement touchée par ma situation, ajouta une deuxième pièce de 100 fr à mon trésor naissant.
*L'espoir et la peur se mêlaient en moi. La peur de me faire accuser de vol, une douleur qui me hantait encore, me faisait hésiter à toucher à cet argent. La terreur de la punition, des coups reçus pour avoir pris ce qui n'était pas à moi, était encore trop vive.*
Le temps passa lentement. Au bout de trente minutes, l'assiette était pleine de pièces : un total de 625 fr. Le soleil commençait à se coucher, enveloppant la ville d'une lueur dorée. Je rassemblais mes pièces avec une prudence fébrile et me glissais furtivement hors du restaurant, ma nouvelle richesse en main.
*Dans ma fuite, je pouvais entendre des voix derrière moi, des murmures de méfiance. Je courais, la peur au ventre, sans me retourner.*
Essoufflée, je me réfugiai finalement devant un stand de beignets. Le vendeur m'observait avec curiosité alors que je recomptais l'argent. C'était suffisant pour une semaine, une lueur d'espoir dans un océan d'incertitudes.
*Alors que je réfléchissais à un endroit sûr pour cacher l'argent, mon cousin Marcel surgit.*
- « Marlyse, que fais-tu ici ? » demanda-t-il, la surprise dans la voix.
Ma réponse était tremblante, pleine d'une anxiété que je ne pouvais masquer.
- « Je... réfléchis, » murmurai-je, en espérant que ce simple mot suffirait à dissimuler ma réalitée.
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Marcel, en me laissant plantée là comme une idiote, m'a lancé avec une certaine désinvolture :
- « Tu réfléchis, hein ? Maman te cherche. Reste là à réfléchir, comme tu aimes la bastonnade. »
- « Elle me cherche pourquoi ? » demandai-je, l'angoisse palpable dans ma voix.
- « Tu as lavé le sol qu'elle t'a demandé de laver ? » demanda-t-il, presque avec indifférence.
- « Oui, je l'ai fait, » répondis-je, essayant de contenir mon stress.
Marcel ne m'accorda pas plus de temps. Il partit sans un regard en arrière, me laissant face à deux problèmes majeurs : garder mon argent en sécurité et affronter ma tante Véronique, qui cherchait toujours un prétexte pour me punir. Marcel était le fils aîné de ma tante, probablement plus âgé que moi, et mieux habillé. Il se dirigeait sans doute vers une de ses sorties habituelles.
Je pris la direction du maguida pour acheter quelques gâteaux et un morceau de chocolat, que je dégustai dans une maison abandonnée non loin. Ensuite, je creusai un trou discret dans le sol et y enfouis soigneusement mon plastique d'argent, en priant pour que personne ne découvre mon trésor.
*Avec une prudence fébrile, je rentrai chez moi, en ouvrant le portail avec l'espoir que ma tante ne me surprenne pas.*
- « Ngono, tu sors d'où ? » gronda ma tante Véronique en me voyant entrer.
- « J'étais derrière maman, » répondis-je, tremblante.
- « Derrière où ? Hein ? » poursuivit-elle avec une colère croissante. « Le dehors te donne quoi ? Ngono, tu es une bordelle ? Comme tes petites fesses et seins sont sortis, tu penses que tu es grande ? »
Je me taisais, le regard baissé. Ma tante ne tolérerait aucune justification. Chaque réplique était une chance de plus pour elle de me frapper.
- « Quand je parle, tu me regardes, OK ? » cria-t-elle.
*Elle me décocha une gifle puissante, m'envoyant repliée sur moi-même.*
- « Tu es folle ? Je suis ton égale ? C'est quel mépris ça ? Tu te prends pour qui, hein ? »
En baissant la tête, je me préparais à la pluie de coups. Pas question de discuter avec Véronique quand elle était en colère. Elle se mit alors à insulter ma feu mère, ce qui rajouta encore plus de douleur à mon humiliation.
- « Tu veux être une waka comme ta mère ? Tu sais où ça l'a menée ? Dans la tombe ! Je dis dans la tombe ! Incroyable cet enfant, je n'en peux plus ! Va planter les choux là-bas, et rapidement, tu ne te lèveras pas de là jusqu'à demain ! »
Ce qui me sauva fut l'arrivée de papa Philippe, le nouveau mari de Véronique, qui, contrairement à elle, était toujours très présent et bienveillant. En me voyant planter les choux, il intervint.
- « Véronique, c'est quoi ce traitement ? » demanda-t-il avec une voix empreinte d'incompréhension.
- « Comme quoi ? » rétorqua Véronique, visiblement agacée.
- « Ce n'est pas une façon de punir un enfant ! Si elle tombe d'une hémorragie, tu feras quoi ? » insista-t-il.
- « Tsuipp, nous avons été punis de la même manière, et nous sommes encore là ! » répondit-elle avec mépris.
- « Non, mais... » dit papa Philippe en se tournant vers moi, « ma fille, lève-toi. Demande pardon à ta mère et va te laver. Tu viendras manger après. »
Véronique n'hésita pas à répliquer :
- « Manger la nourriture de qui ? Pas la mienne ! Tu ne travailles pas, tu ne manges pas. »
D'une voix calme, je fis ce qu'on m'avait ordonné.
- « Excuse-moi maman, je ne recommencerai plus. »
Véronique répliqua avec une méchanceté non dissimulée :
- « Tsuipp, tu vas recommencer ! »
Elle me donna une nouvelle gifle, me propulsant vers l'arrière de la maison pour prendre un bain.
- « Dégage de là, sale fille ! » ordonna-t-elle.
Je les laissai discuter à la véranda. Papa Philippe, un enseignant dont je savais peu de choses, faisait de son mieux pour tempérer la sévérité de Véronique. Je l'entendais réprimander ma tante, demandant qu'elle réduise sa cruauté.
Malheureusement, j'avais passé la journée à puiser de l'eau sans manger. Il n'y avait plus de liquide à la maison. J'empruntai un seau et me dirigeai vers la source, espérant éviter une nouvelle gifle.
❣️ (( QUELQUES HEURES PLUS TARD))✨
je me retrouvais propre, bien lavée, mais avec seulement de vieux habits déchirés. Pour cacher mon slip, j'avais doublé deux habits, et comme mes babouches étaient abîmées, je marchais avec des plastiques aux pieds pour ne pas salir le sol de mama Véronique. En entrant dans le salon, papa Philippe, assis devant la télévision, me fixa avec étonnement.
-**Papa Philippe** : « Marlyse, c'est quoi ça ? »
Je restai silencieuse, gênée
- **Papa Philippe** : « Tes babouches sont où ? »
- **Moi** : « Elles sont gâtées. »
- **Papa Philippe** : « Mais tu as dit à ta mère ? »
Avant que je puisse répondre, mama Véronique fit irruption dans la pièce.
- **Mama Véronique** : « Philippe, tu ne connais pas cet enfant ! C'est la quatrième paire de babouches que je dois remplacer en un mois. Cette fois-ci, elle restera comme ça ! »
Papa Philippe, visiblement en colère, s'adressa à mama Véronique.
- **Papa Philippe** : « Véronique, c'est quelle histoire ça ? Même si elle perd ou gâte dix paires par mois, c'est ton obligation de lui acheter d'autres ou de réparer ce qu'elle a gâté. Elle est encore une enfant ! »
- **Mama Véronique** : « Un bébé ? À 11 ans ? »
- **Papa Philippe** : « Vraiment, je suis choqué. »
- **Mama Véronique** : « Pardon, laisse-moi tranquille, je n'ai pas d'argent. »
Papa Philippe ne dit plus rien et me demanda de le suivre jusqu'au boutiquier d'à côté, malgré le mécontentement de mama Véronique.
Chez le boutiquier, il me demanda de choisir deux paires de babouches et des friandises. Une fois la facture réglée, il me dit :
- **Papa Philippe** : « Si tu as un problème, viens me dire, tu as compris ? »
- **Moi** : « Oui, papa. »
- **Papa Philippe** : « OK. »
De retour à la maison, je me rappelai que je n'avais pas encore remercié papa Philippe.
- **Moi** : « Papa Philippe... »
- **Papa Philippe** : « Oui, ma fille ? »
- **Moi** : « Merci beaucoup, papa. »
Avec un sourire et une main affectueuse sur ma tête, il m'accompagna jusqu'à l'intérieur. Malheureusement, ma joie fut de courte durée. En entrant, je trouvai mama Véronique assise à la table, son téléphone à la main.
- **Mama Véronique** : « J'étais déjà en train de t'appeler ! Vous étiez où ? »
- **Papa Philippe** : « Faire ce que tu es incapable de faire. »
- **Mama Véronique** : « N'est-ce pas ? Tu finiras par te fatiguer seul. Viens manger. »
Sachant que la nourriture de mama Véronique ne me serait pas offerte, je me dirigeai vers ma chambre pour déguster mes sucreries dans la paix.
Quelques minutes plus tard, j'entendis mama Véronique m'appeler.
- **Mama Véronique** : « Ngono, viens manger ! »
Je pensai avoir rêvé, mais elle répéta avec insistance.
- **Mama Véronique** : « Ngono !! Je t'appelle, viens manger ! »
Je courus au salon, où elle me pointa une assiette de riz avec sauce d'arachide et du poisson. La joie me remplissant, je pris rapidement mon plat et m'assis par terre pour savourer chaque bouchée, me délectant de ce repas que j'avais attendu si longtemps.
- **Mama Véronique** : « Mal éduquée, elle ne sait même pas dire merci. »
N'étant pas habituée à ses faveurs, je m'exprimai d'une voix timide.
- **Moi** : « Merci, maman. »
Nous mangeâmes en silence. Après avoir terminé, je me retirai dans ma chambre.
Cette nuit-là, je dormis avec l'espoir que les jours à venir seraient meilleurs, convaincue que la présence de papa Philippe allait améliorer ma situation.
Le lendemain, je me levai très tôt. J'allai puiser de l'eau, balayai la cour et le salon, fis la vaisselle, puis, après avoir terminé mes tâches, m'étalai sur le sol de la véranda. Le sommeil m'envahit.
Les éclats de voix me réveillèrent. C'était mama Véronique qui criait.
- **Mama Véronique** : « Ngono, Ngono ! La bonne dame est allongée et endormie, ma maison est sale ! »
Étonnée par son agitation, elle me tira par le bras alors que j'étais encore allongée.
- **Mama Véronique** : « Tu es quel genre d'enfant ? Incapable de faire tes tâches ménagères ? Même balayer le sol ? Et les assiettes alors ? »
- **Moi** : « J'ai lavé... »
À peine eus-je le temps de finir ma phrase qu'une gifle me surprit.
- **Mama Véronique** : « Tu veux me mentir ? Ngono, tu me mens ? »
Je reçus des coups de partout. Mama Véronique utilisait sa babouche pour me frapper, sans se soucier des endroits où elle me touchait. Je me débattais, protégeant mon visage, et la douleur était telle que je n'avais plus la force de crier.
La voix de papa Philippe arriva comme un soulagement.
- **Papa Philippe** : « Véronique, c'est quoi ? Pourquoi tapes-tu cet enfant comme ça ? »
- **Mama Véronique** : « Philippe, quand je corrige ma fille, je te prie de ne pas te mêler. »
- **Papa Philippe** : « Crois-tu que ce soit une solution ? »
- **Mama Véronique** : « Je dis que non et non. Tu ne connais pas cette fille, elle est méprisante, têtue et paresseuse. Je la corrige pour son bien. »
- **Papa Philippe** : « Qu'a-t-elle fait ? »
- **Mama Véronique** : « Regarde l'état de la maison ! Regarde-toi-même ! »
- **Papa Philippe** : « Mais quand je suis parti ce matin, la maison était propre. »
- **Mama Véronique** : « Ce sont les esprits qui ont sali ça ? »
- **Papa Philippe** : « Je ne sais pas, mais je disais que la maison était propre quand je suis parti. »
Marcel entra dans le salon, interrompant la dispute.
- **Marcel** : « Ma'a, il y a quoi encore ? »
- **Mama Véronique** : « Tu es rentré à quelle heure ? »
- **Marcel** : « Ce matin. »
- **Mama Véronique** : « Et ma maison était comme ça quand tu es rentré ? »
- **Marcel** : « Non, j'étais tellement fatigué que je n'ai pas eu le temps de nettoyer derrière moi. »
Papa Philippe, d'une voix ferme, s'adressa à mama Véronique.
- **Papa Philippe** : « Tu vois où te mène ton impulsivité ? Tu as battu cet enfant pour rien. Tape aussi ton fils si tu es si forte. »
La honte se lisait sur le visage de mama Véronique. Elle se tut, et papa Philippe m'aida à me relever.
- **Papa Philippe** : « Va te laver et viens manger. »
Je pris un bain avec beaucoup de peine, l'eau me brûlant comme si j'avais des blessures partout. Après, je me dirigeai vers la cuisine pour manger le gâteau au chocolat que papa Philippe m'avait gardé.
- **Papa Philippe** : « Tu t'es arrêtée à quelle classe ? »
- **Moi** : « CP. »
- **Papa Philippe** : « Seulement ? »
- **Moi** : « Oui. »
- **Papa Philippe** : « Tu veux retourner à l'école ? »
Je hochai la tête, signe que oui. La présence de papa Philippe était un véritable réconfort pour moi.
Quelques jours plus tard, mama Véronique fut moins sévère, mais toujours distante. J'entendis une discussion entre papa Philippe et mama Véronique au sujet de mon école.
- **Mama Véronique** : « Pourquoi insistes-tu pour dépenser ton argent ? Elle n'a pas la tête à l'école. »
- **Papa Philippe** : « Quelle réflexion stupide ! »
- **Mama Véronique** : « L'argent que tu veux dépenser, donne-le-moi plutôt. »
- **Papa Philippe** : « Véronique, es-tu vraiment si cruelle ? »
- **Mama Véronique** : « Ngono est ma fille, et tu ne peux pas l'aimer plus que moi. »
- **Papa Philippe** : « En l'empêchant d'aller à l'école, tu l'aimes ? »
- **Mama Véronique** : « Je pense qu'elle devrait plutôt apprendre un métier. Couture, coiffure, des choses comme ça. »
- **Papa Philippe** : « Franchement, tu es pathétique ! »
- **Mama Véronique** : « Sors-moi toujours ton gros français ! »
- **Papa Philippe** : « La rentrée prochaine, je l'enverrai à l'école
Comment Marlyse va-t-elle survivre aux nouvelles tensions créées par le retour de sa sœur Natacha ?
Que cachent les véritables intentions de mama Véronique maintenant que papa Philippe est parti ?
Quel choc inattendu Marlyse devra-t-elle affronter pour bouleverser complètement son quotidien ?
(( VOIX D'AUTEUR ))
Natacha partait à l'école, étant donc loin de son école, mama Véronique avait payé une moto qui venait la prendre et la laisser tout les jours à la maison.
Entre temps moi, je faisais le ménage et j'allais au marché. Ma relation avec Natacha n'était pas très bonne car c'était plus que visible qu'elle était la digne fille de sa mère. Même dans nos discussions, elle trouvait toujours un moyen de m'humilier ou de me ridiculiser.
La belle vie que j'avais quand papa Philippe était avec nous, n'était plus que de vagues souvenirs. Il était bien vrai que je n'avais plus de problèmes de nourriture car je mangeais toujours les restes de Natacha, un mal pour un bien.
Natacha faisait la classe de 5ème, elle ne blaguait pas avec ses cours, et d'après les dires de sa mère, elle était toujours parmi les cinq premiers, la fierté de sa mère.
Quelques années plus tard, j'avais déjà 16 ans et ma situation n'avait pas changé sauf mon corps qui s'était développé donc j'avais des formes généreuses comme une adulte contrairement à Natacha qui était mince et qui paraissait toujours petite par rapport à moi.
Ma routine était ménage, marché et champs. Il y a plus de cinq que mon école était fini, juste après le départ de papa Philippe. Eh oui, mama Véronique m'emmenait travailler dans son champ et après la récolte, j'allais vendre les vivres au marché. Je ne me plaignais pas car la bastonnade avait considérablement diminué depuis mes 14 ans.
Étant délaissé à moi-même, j'avais un don pour la couture. J'avais tellement porté des haillons déchirés au point où je raccommodais mes habits, j'achetais des tissus de cuisine au marché et je me cousais des robes, jupes, et bien d'autres avec mon fil et l'aiguille.
Natacha qui pouvait s'acheter des vêtements digne de ce nom, enviait encore mes habits. Si bien qu'un matin je voulais aller au marché, mais je ne trouvais plus ma jupe portefeuille que j'avais cousu à peine deux jours. J'ai tellement cherché ça que je suis allé voir Natacha pour lui demander si elle n'avait pas vu ça quelque part
- Natacha s'il te plait, tu n'as pas vu ma jupe ..
- Pardon hein, je porte tes raccommodages là
- Je n'ai même pas fini de parler
- Pardon va chercher tes choses. Ne vient pas me déranger, je dois aller à l'école
Nous étions un samedi, j'ai laissé tomber, j'ai mis un kaba du même tissu, et je suis allé à l'attaque.
La journée là était un peu dure pour moi, même pour vendre deux tas de manioc ce n'était pas facile, le plantain alors n'en parlons plus. Je suis rentré plus tôt que d'habitude, et sur la route du retour, qui je vois ? Natacha avec ma jupe, elle causait avec un garçon. J'ai eu mal, au point où je l'ai appelé
- Natacha
Quand elle s'est retourné, la honte pouvait la faire disparaitre
- Natacha
- Quoi ?
- Tu fais quoi avec ma jupe ? Ce n'est pas toi qui m'a dit ce matin que tu fais quoi avec mes habits raccommodés ?
- Fiche moi le camp, qui t'a dit que c'est ta jupe ?
- Eehh Natacha, tu mens ? Remet moi ma jupe vite
- Dégage, ce n'est pas ta jupe !
- Tu ne me remet pas ma jupe ?
- Je dis que ce n'est pas pour toi, fiche moi le camp
L'on pouvait m'insulter pour ce qui ne m'appartenait pas, mais quand il s'agissait de mes effets, je perdais tout bon sens. Sans même qu'elle ne s'est rendu compte, je l'avais déjà giflé Natacha et s'en est suivi d'une bagarre qui a été séparé par Marcel.
Le gars qui causait avec Natacha a fuit quand la bagarre a déclenché. Nous avons poursuivit, cette dispute à la maison, j'avais bien tapé Natacha, comme elle était mince là, je ne l'avais pas raté avec les claques de partout.
Natacha n'a pas cessé de m'insulter jusqu'à de qu'on arrive à la maison. Mama Véronique était dehors quand nous sommes entrés, c'est Marcel qui lui a dit
- Voilà alors ma'a, j'ai trouvé tes deux filles, au carrefour en train de bagarrer pour un homme
Mama Véronique a crié
- Quoi ?
Entre temps, Natacha et moi, étions en train de démentir ce que Marcel lui avait dit. Mama Véronique nous a demandé
- Qu'est ce qui s'est passé ?
Nous avons eu droit à la parole à tour de rôle. Elle a commencé avec Natacha qui a retourné la situation contre moi
- Ma'a c'est Marlyse, elle me trouve en train de causer avec mon camarade de classe, elle vient m'agresser que j'ai volé sa jupe. Alors que la jupe ci je l'avais acheté au petit marché
Mama Véronique en s'adressant à moi et en me dévisageant du regard
- Ngono c'est vrai ?
- Ma'a c'est faux elle ment, c'est ma jupe
- Vous me prenez pour une idiote ? Hein ? Ça ne va pas dans vos têtes ?
C'était la parole de Natacha contre la mienne, et comme d'habitude mama Véronique a pris le parti de sa fille
- Ngono, le mensonge te donne même quoi ? Natacha ne ment pas, toi tu es toujours dans le vol et le mensonge gratuit, tu n'as pas tes vêtements ? Tes choses ?
Natacha a enfoncé le couteau dans la plaie
- Ma'a c'est toujours comme ça, même mes slips disparaissent dans la maison, tout le temps, et ce n'est jamais elle
- Faut la laisser, c'est comme ça qu'elle ira même voler chez les gens, on va te brûler là-bas
Ça ne servait plus à rien de me défendre, alors je suis allé dans l'arrière de la maison pleurer comme un bébé. Les jours suivants, je ne parlais plus à la maison sauf pour répondre à une question ou pour rendre compte d'une commission.
Cette année là, Natacha préparait le baccalauréat, elle était la fierté de sa mère, si elle obtenait son bacc, elle devait être bachelière à 17 ans et pour une illettrée comme moi c'était un exploit.
Donc je supportais tout ce qui était course, commission, et travaux dans la maison car rien ne devait troubler Natacha pour qu'elle n'obtienne pas son examen. Entre temps, j'économisais pour me payer une formation en couture chez une voisine du quartier, voyant déjà que j'avais les 10.000fr qu'elle m'avait demandé, je suis allé voir mama Véronique pour lui informer de mon intention d'aller apprendre à coudre. C'est sous forme de moqueries qu'elle m'a répondu
- Toi en dehors des travaux champêtres, tu sais faire quoi ?
- Ma'a je veux apprendre
- Avec ta tête dure là, tsuipp Ngono dors comme tu as l'habitude de faire ici
- J'ai déjà payé
- Avec quel argent ? Tu m'as volé n'est ce pas ?
- Non maman, jamais, c'est l'argent que tu me donnes ici
- Si tu cherches un prétexte pour qu'on t'enceinte et que je te garde ici avec ton futur bâtard. Ngono ce ne sera pas chez moi pardon, donc fais comme tu veux pourvu que tu fasses mes travaux et mes commissions avant d'aller dans ta soi-disant formation.
- Merci ma'a
Pendant que j'étais en train d'aller au marché, je l'ai laissé s'exclamer en patois en disant que je perdais mon temps car au final, j'allais me retrouver à la rue ave un gosse en main.
Les semaines sont passées et finalement, j'ai commencé à aller me faire former. Comme j'avais l'habitude de coudre avec le fil et l'aiguille, ce n'était pas facile de coudre avec la machine et surtout de faire des patrons, la découpe, avant de coudre, il y avait un grand boulot derrière ces robes, pantalon, jupes, et chemises cousus.