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L'étreinte de la malédiction

L'étreinte de la malédiction

Auteur:: Daniel B
Genre: Romance
Prologue : L'Étreinte de la Malédiction Dans un monde où les ombres de la magie ancienne dansent encore parmi les vivants, une jeune femme nommée Élara Sylvestre vit en marge de la société, rongée par une malédiction qui pèse sur son existence depuis des générations. Il y a bien longtemps, une sorcière, blessée par la trahison d'un ancêtre d'Élara, a lancé un sortilège implacable : si Élara reste trop longtemps aux côtés de son âme sœur, cette personne périra, emportée par une force obscure. Condamnée à l'isolement, Élara erre dans les forêts épaisses, évitant tout lien profond, de peur de provoquer une tragédie. Mais le destin, capricieux et imprévisible, a d'autres plans pour elle. Un jour, alors qu'elle explore les ruines d'un ancien sanctuaire, elle croise la route de Kael Draven, un Alpha redouté et respecté, chef d'une meute de loups-garous. Kael est un être puissant, dominateur, habitué à dicter les règles et à imposer sa volonté. Lorsque leurs regards se rencontrent, une étincelle indéniable jaillit, et Élara comprend avec effroi que Kael est son âme sœur. Leur connexion est immédiate, intense, mais aussi terrifiante. Kael, habitué à prendre ce qu'il désire, refuse de laisser Élara s'éloigner, malgré les avertissements de la jeune femme. Pour lui, elle est sa destinée, sa compagne, et il ne permettra à rien ni à personne de les séparer. Mais comment concilier cette passion dévorante avec la malédiction qui menace de détruire ce qu'ils chérissent le plus ?

Chapitre 1 01

Les arbres chuchotaient sous la caresse du vent, leurs branches noueuses s'élevant vers un ciel chargé de nuages sombres. La forêt millénaire s'étendait à perte de vue, un labyrinthe de feuillages denses et d'ombres mouvantes où les secrets du passé s'attardaient encore, murmurant aux âmes perdues qui osaient s'y aventurer.

Élara Sylvestre connaissait ces bois mieux que quiconque. Depuis son enfance, elle en parcourait les sentiers escarpés, évitant les villages et les routes fréquentées, fuyant le regard des autres comme si leur seule présence pouvait éveiller les fantômes qui pesaient sur son existence. Ici, dans le silence vertigineux des sous-bois, elle pouvait exister sans craindre d'être la cause d'une nouvelle tragédie.

Sa malédiction était une cage invisible, un poids qu'elle portait depuis toujours sans espoir d'en être libérée. Elle se souvenait des larmes de sa mère, des murmures étouffés des anciens du village, des visages détournés lorsqu'elle passait. Mais par-dessus tout, elle se souvenait du premier être qu'elle avait aimé... et perdu.

Elle s'arrêta au bord d'un petit ruisseau, observant son reflet se briser dans l'eau trouble. Ses longs cheveux noirs cascadaient sur ses épaules, mêlés de brins d'herbe et de feuilles, vestiges de sa dernière course à travers la forêt. Ses yeux d'un bleu pâle, presque spectral, portaient la trace des années passées à lutter contre l'inévitable.

Un bruissement derrière elle. Elle se tendit, ses sens aiguisés par l'habitude du danger. Elle savait qu'elle n'était jamais vraiment seule. Parfois, c'était un animal curieux, une biche effrayée ou un renard en quête de nourriture. D'autres fois, c'était une présence plus menaçante, tapie dans l'ombre, attendant le moment opportun.

Cette fois, cependant, elle sentit une énergie différente. Quelque chose de puissant, de primitif.

Elle se redressa lentement, le cœur battant.

Et alors, il apparut.

Kael Draven.

Son nom résonnait comme une légende parmi les hommes et les créatures de la nuit. Un Alpha redouté, dont la seule présence suffisait à plier les plus téméraires sous son autorité implacable. Il se tenait à quelques pas d'elle, sa silhouette massive découpée contre le rideau d'arbres.

Le vent souleva sa cape de cuir, révélant un torse sculpté par les batailles et les années passées à dominer les siens. Ses cheveux noirs, légèrement ondulés, tombaient sur ses épaules, encadrant un visage dur, marqué par la guerre et la fierté. Ses yeux, d'un doré incandescent, la fixaient avec une intensité troublante.

Élara sentit un frisson lui parcourir l'échine.

Elle savait.

Elle savait ce que ce regard signifiait.

Elle recula d'un pas, mais il ne bougea pas, se contentant de l'observer comme un prédateur évaluant sa proie. L'instant s'étira, suspendu entre la crainte et l'inéluctable.

Le destin, cruel et implacable, venait de frapper.

La brume s'élevait lentement du sol humide, serpentant entre les racines des vieux arbres comme des doigts fantomatiques cherchant à emprisonner les âmes égarées. Le silence qui s'était abattu sur la forêt était presque surnaturel, comme si la nature elle-même retenait son souffle face à l'inéluctable.

Élara sentait son cœur battre à un rythme chaotique, chaque pulsation résonnant dans ses tempes comme un tambour de guerre. Elle aurait dû fuir, tourner les talons et disparaître dans les profondeurs de la forêt avant qu'il ne soit trop tard. Mais elle était figée, prise au piège dans l'intensité brûlante du regard de Kael Draven.

L'Alpha ne bougeait pas, mais sa présence emplissait l'espace, exerçant une pression presque palpable sur son être. Tout en lui dégageait une puissance contenue, une force brute capable de broyer ceux qui osaient se mettre en travers de son chemin. Et pourtant, dans cette immobilité calculée, il y avait autre chose, quelque chose de plus profond, de plus ancien, comme si une force invisible l'avait mené jusqu'ici, jusqu'à elle.

Élara ferma les yeux une fraction de seconde, cherchant à rassembler ses pensées en proie au chaos. Elle connaissait la vérité. Elle l'avait toujours su. Le destin était un bourreau impitoyable, tissant ses fils avec une précision cruelle, et ce soir, il venait de resserrer son étreinte autour d'elle.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Kael avait avancé.

Le mouvement avait été imperceptible, fluide comme celui d'un fauve s'approchant de sa proie. Il était plus proche maintenant, si proche qu'elle pouvait sentir la chaleur émanant de son corps, une chaleur qui contrastait avec le froid mordant de la nuit.

Elle se força à parler, sa voix à peine plus qu'un murmure.

- Tu ne devrais pas être ici.

Un éclair passa dans les yeux de Kael, une étincelle dorée qui illumina ses iris fauves l'espace d'un instant avant de s'éteindre. Un sourire fugace effleura ses lèvres, un sourire dénué de toute douceur, empreint d'une certitude implacable.

- Et pourtant, me voici.

Sa voix était grave, rocailleuse, traversée d'une note rauque qui résonna dans tout son être. Il n'y avait ni question ni hésitation dans ses mots, seulement une vérité irréfutable.

Élara recula d'un pas, mais il avança à son tour, maintenant la distance entre eux, un jeu silencieux dont elle connaissait déjà l'issue.

- Tu ne comprends pas... souffla-t-elle.

Kael inclina légèrement la tête, l'observant avec une intensité qui semblait la disséquer.

- C'est toi qui ne comprends pas, Élara.

Son nom, prononcé par cette voix profonde, résonna en elle comme une invocation ancienne, un appel auquel elle ne pouvait pas répondre sans précipiter leur perte.

Elle sentit un vertige la saisir, un frisson lui parcourir l'échine alors que le poids invisible de la malédiction se rappelait à elle. Le froid de la nuit s'insinua sous sa peau, se mélangeant à la chaleur oppressante que dégageait l'Alpha.

Elle devait fuir. Maintenant.

Sans un mot de plus, elle se retourna brusquement et s'élança dans la forêt. Les branches fouettaient son visage, les racines tentaient de la faire trébucher, mais elle ne ralentit pas. Son souffle était court, son cœur tambourinait contre sa poitrine alors qu'elle courait, encore et encore, comme elle l'avait fait toute sa vie.

Mais cette fois, ce n'était pas suffisant.

Un grondement sourd déchira la nuit.

Et avant qu'elle ne puisse réagir, une force implacable s'abattit sur elle.

Le monde bascula.

Le choc la projeta violemment au sol, l'air s'échappant brutalement de ses poumons dans un gémissement étranglé. La douleur irradia dans son dos tandis qu'elle luttait pour reprendre son souffle. L'herbe froide et humide s'écrasait sous son corps, et le battement frénétique de son cœur résonnait dans ses tempes comme un tambour de guerre.

Élara tenta de se redresser, mais une pression implacable l'immobilisa. Une main ferme, chaude, ancrée sur son poignet, la maintenait au sol. L'odeur boisée, brute et sauvage de Kael l'enveloppa immédiatement, aussi écrasante que sa présence.

Elle sentit son souffle contre sa joue avant même qu'il ne parle.

- Tu pensais pouvoir me fuir ?

Sa voix était un murmure grave, vibrante d'une note rauque qui fit frissonner chaque parcelle de son être.

Élara ferma les yeux, le souffle court, une panique sourde lui enserrant la gorge. Elle pouvait sentir la force contenue dans la prise de Kael, cette puissance brute prête à se déchaîner à tout instant. Il aurait pu lui briser le poignet d'un simple geste, et pourtant, il n'exerçait qu'une pression suffisante pour lui rappeler qu'elle ne partirait pas.

- Lâche-moi, Kael.

Il ne bougea pas.

- Non.

Le mot était tombé, tranchant comme une lame.

Un grondement sourd vibra dans sa poitrine, une menace silencieuse qu'elle n'osa pas défier. Pourtant, elle se débattit malgré tout, tentant de dégager son bras, de forcer la distance entre eux. Mais il était plus fort, et il ne céderait pas.

Elle ouvrit les yeux et croisa son regard.

Là, dans cette obscurité pesante, sous l'ombre mouvante des arbres, ses iris d'or brillaient comme deux braises vivantes. Il n'y avait ni colère ni amusement dans son expression, seulement une intensité brute, une détermination absolue.

- Je t'ai dit de me lâcher.

Un sourire fugace passa sur ses lèvres, un sourire sans douceur, empreint d'une certitude implacable.

- Et moi, je t'ai dit non.

Le silence tomba entre eux, aussi dense que l'obscurité qui les entourait.

Élara sentit sa respiration devenir erratique. Elle savait que lutter était inutile. Pas contre lui. Pas contre cette force implacable qui émanait de tout son être.

Mais ce n'était pas Kael qu'elle craignait le plus.

C'était elle-même.

C'était ce lien maudit qui pulsait entre eux, cette force invisible qui la rongeait déjà de l'intérieur. Elle pouvait sentir le fil du destin s'enrouler autour d'eux, inéluctable, et avec lui, l'ombre de la malédiction qui s'étendait sur leur avenir.

Kael ne savait pas.

Il ne comprenait pas qu'en la retenant ainsi, en la forçant à rester près de lui, il jouait avec sa propre mort.

Elle sentit une déchirure au fond de son âme, un désespoir glacé l'envelopper alors qu'elle murmurait d'une voix brisée :

- Si tu restes près de moi... tu mourras.

Un silence.

Un battement de cœur.

Puis un éclat doré traversa ses prunelles, un éclat brûlant, dévorant, un feu qu'aucune tempête ne pourrait jamais éteindre.

Et avec une certitude implacable, Kael répondit :

- Alors je mourrai.

La terreur la paralysa. Ce n'était pas une promesse d'amour ou un serment imprudent. C'était une vérité brute, un fait que Kael acceptait sans la moindre hésitation. Son regard ne vacilla pas, son corps ne recula pas. Il la dominait toujours de toute sa puissance, ancré dans cette certitude inflexible qui l'effrayait plus que la malédiction elle-même.

Élara savait qu'elle devait s'éloigner. Elle devait fuir avant qu'il ne soit trop tard, avant que la malédiction ne réclame son dû. Mais il était là, une ombre massive au-dessus d'elle, son corps irradiant une chaleur brûlante qui s'infiltrait dans sa peau, dans son sang, jusque dans les tréfonds de son âme.

Son cœur se débattait dans sa poitrine, battant à un rythme frénétique contre ses côtes, cherchant une échappatoire, une issue à cette prison invisible qui se refermait sur elle. Mais il n'y avait nulle part où aller.

Kael abaissa lentement son visage, et son souffle chaud caressa sa joue.

- Regarde-moi, Élara.

Elle secoua la tête, incapable d'affronter cette lueur dorée, incapable de voir ce qu'il lisait en elle.

- Regarde-moi.

La pression sur son poignet se relâcha légèrement, mais pas assez pour qu'elle puisse s'échapper. Juste assez pour qu'elle sente le contraste entre la force et la douceur, entre la contrainte et le contrôle absolu qu'il exerçait sur elle.

Elle releva les yeux.

Un frisson la traversa.

Kael n'était pas seulement puissant. Il était absolu. Une force brute façonnée par la nature elle-même, un être né pour gouverner, pour dominer, et pourtant...

Pour la première fois, elle vit quelque chose d'autre dans son regard.

Un écho de douleur.

Une solitude qui lui répondit en miroir, une faille imperceptible dissimulée sous la carapace de l'Alpha invincible.

Elle s'y attarda une fraction de seconde de trop.

Kael en profita.

Sa main quitta son poignet pour glisser sur sa joue, son pouce effleurant sa peau avec une délicatesse qui ne lui ressemblait pas.

Élara sentit une onde brûlante la traverser.

- Je ne crains pas la mort, murmura-t-il.

Sa voix résonna en elle comme une promesse silencieuse.

- Mais moi, je la crains pour toi, répliqua-t-elle dans un souffle.

Kael ne répondit pas immédiatement. Son regard s'assombrit légèrement, une ombre passant dans ses prunelles dorées.

Puis il se redressa enfin, libérant son corps de son emprise.

L'air s'engouffra dans les poumons d'Élara comme une bouffée salvatrice, mais elle ne se releva pas tout de suite. Elle resta allongée sur le sol, la poitrine soulevée par des respirations heurtées, les muscles tendus par la tension qui refusait de s'éteindre.

Kael recula de quelques pas, mais son aura restait oppressante, pesant sur elle avec la même intensité que ses mots.

- Tu peux fuir autant que tu veux, Élara. Tu peux me repousser, me haïr si cela te permet de survivre.

Sa voix était calme, trop calme.

- Mais sache une chose.

Il marqua une pause, et la nuit sembla retenir son souffle avec elle.

- Je ne renoncerai jamais.

Puis, sans un mot de plus, il tourna les talons et disparut dans l'obscurité.

Élara resta là, immobile, le regard perdu dans l'infini de la forêt, le cœur en lambeaux.

Car elle savait.

Elle savait que, quoi qu'elle fasse, Kael ne la laisserait jamais partir.

Chapitre 2 02

Élara sentit son cœur se serrer dans sa poitrine, un frisson d'angoisse la parcourant. Ses paroles avaient été un avertissement, une supplication, et pourtant, Kael n'avait rien montré d'autre que cette détermination qui frôlait la folie. Il ne comprenait pas, pas encore. Il ne voyait pas ce qu'elle portait en elle, ce poids qu'elle traînait depuis des années.

Elle tenta une dernière fois de se dégager, mais sa tentative échoua encore. Le contact de Kael sur son poignet était comme un enchevêtrement de chaînes invisibles, chaque mouvement de sa main créant une sensation de fardeau supplémentaire, de lien invisible qui la rongeait.

- Tu penses vraiment que je vais t'abandonner maintenant ? demanda-t-il, sa voix aussi sombre que l'obscurité environnante.

Elle roula sur le côté, désespérée, le sol humide la soutenant à peine. Elle se haussait du sol avec difficulté, son corps épuisé, mais son esprit farouche. Elle devait partir, elle devait s'éloigner de lui. Elle ne pouvait pas être la cause de sa destruction.

- Tu ne comprends pas, Kael...

Elle s'interrompit alors qu'il se penchait, son visage si près du sien qu'elle pouvait sentir la chaleur de son souffle sur ses lèvres. Il l'étudiait intensément, comme s'il cherchait à percer tous les secrets qu'elle tentait de lui cacher.

- Ce que je comprends, Élara, c'est que tu m'appartiens, et je ne vais pas te laisser fuir. Peu importe ce que cette malédiction dit, je ne vais pas t'abandonner.

Elle détourna le regard, les yeux brûlants de larmes qu'elle refusait de laisser couler. Elle n'était pas faible, pas maintenant.

- Tu vas mourir... tout est déjà écrit. Je... je ne veux pas être responsable de ça.

Les mots semblaient s'échapper d'elle comme une confession trop lourde à porter, trop ancienne. Elle se redressa lentement, mais il l'en empêcha d'un simple geste, la repoussant doucement, mais fermement, contre le sol.

- Tu m'as dit que tu n'avais pas de choix, Élara. Mais c'est toi qui as choisi de me fuir. Tu m'as dit que tu n'étais pas la personne que je pensais que tu étais, mais maintenant je vois que tu me mens. Tu m'as déjà choisi.

Ses mots résonnaient en elle, comme un écho sourd. Elle ferma les yeux, une partie de son âme hurlant, une autre partie prête à se briser. Oui, Kael avait raison. Dans un autre monde, un autre temps, elle l'aurait choisi de bon cœur. Mais elle n'était pas dans un monde où les décisions étaient simples. Elle était dans un monde où la magie, la malédiction, et la souffrance étaient des maîtres invisibles, des fantômes qui dansaient autour d'elle.

Elle se leva lentement, son regard ancré dans celui de Kael, un défi silencieux dans les yeux.

- Je te l'ai dit. Si tu veux rester près de moi, tu mourras.

Il se redressa à son tour, sans hésiter, ne montrant aucune peur, aucune hésitation.

- Et si je te disais que je préfère mourir près de toi, plutôt que de vivre sans toi ?

Elle le fixa, se mordillant la lèvre inférieure. Il n'était pas raisonnable. Il ne comprenait pas. Il ne pouvait pas.

- Je suis une malédiction, Kael. Un fardeau. Je te fais souffrir sans même le vouloir.

Il s'avança vers elle d'un pas assuré, sa main effleurant doucement sa joue, sa peau chaude contre la sienne. Une sensation étrange, une chaleur réconfortante, mais dangereuse.

- Alors souffrons ensemble. Je suis prêt à tout pour toi, Élara.

Le monde sembla s'effacer autour d'eux alors qu'ils se faisaient face. Le vent soufflait à travers les arbres, brisant le silence entre eux, mais ils étaient seuls. Juste eux deux. La vérité se tint entre eux, lourde et incertaine. La malédiction les séparait, mais en même temps, elle les liait d'une manière encore plus profonde.

Élara se sentit prise au piège, mais il n'y avait pas de retour en arrière. Il n'y avait que lui. Et elle. Et la terrible certitude que quoi qu'il advienne, leur avenir serait marqué par la même ombre qui les poursuivait depuis la naissance d'Élara.

Elle ferma les yeux un instant, sentant la chaleur de sa peau contre la sienne, et elle murmura presque à elle-même :

- Alors sois prêt à tout perdre, Kael. Parce que je suis prête à te détruire.

Un sourire triste se dessina sur ses lèvres. Mais Kael n'eut pas peur. Pas cette fois. Il se pencha doucement, l'embrassant sans un mot, comme une promesse muette que la fin ne les séparerait pas. Que même face à la mort, ils s'accrocheraient à cette folie qu'était leur amour.

Et l'ombre, enfin, se resserra autour d'eux, inexorable, comme une vieille amie qu'ils ne pouvaient plus fuir.

La nuit s'étira en un silence oppressant, un écrin d'obscurité dans lequel Élara et Kael semblaient suspendus, enfermés dans une bulle hors du temps. Pourtant, malgré la douceur trompeuse de l'instant, elle sentait la menace qui planait au-dessus d'eux, cette malédiction invisible qui imprégnait l'air autour d'elle comme un poison insidieux.

Elle savait ce qui allait se passer. Kael ne voulait pas l'entendre, mais la malédiction n'avait jamais faibli, jamais hésité. Ceux qui s'étaient trop approchés d'elle avaient tous connu le même sort. Elle l'avait vu se répéter inlassablement. Des ombres du passé revenaient sans cesse la hanter, lui rappelant les visages de ceux qui avaient tenté de l'aimer, et qui, un jour, s'étaient effondrés sans un mot, emportés par un sort inéluctable.

Kael ne serait pas différent.

Élara le savait.

Mais ce qui la terrorisait le plus, c'était qu'une part d'elle ne voulait plus fuir.

Elle se redressa lentement, rompant la proximité entre eux, sentant l'air froid s'engouffrer entre leurs corps comme un avertissement. Kael la regarda avec intensité, ses yeux ambrés brillant sous le clair de lune. Il ne dit rien, ne chercha pas à l'arrêter. Il attendait. Comme s'il savait qu'elle était à un souffle de renoncer, qu'elle était sur le fil du rasoir entre son instinct et son désir.

Elle inspira profondément.

- Il faut partir, murmura-t-elle.

Kael haussa légèrement un sourcil, mais ne protesta pas. Il savait que ce n'était pas une invitation. C'était une tentative désespérée d'échapper à l'inévitable.

Ils avancèrent à travers la forêt, foulant le sol humide sous leurs pas silencieux. Les arbres se refermaient autour d'eux, hautes silhouettes tordues sous la lumière blafarde de la lune. Un brouillard léger rampait entre les racines noueuses, glissant sur la mousse comme des doigts invisibles cherchant à les saisir.

Élara connaissait ce chemin. Elle l'avait emprunté mille fois. Elle savait où il menait.

Au sanctuaire.

Là où tout avait commencé. Là où peut-être, tout pouvait se terminer.

Le silence n'était interrompu que par les bruits feutrés de la nuit, le craquement des feuilles sous leurs pas, et le souffle du vent qui murmurait entre les branches.

Mais quelque chose d'autre s'insinuait dans l'air.

Une présence.

Élara s'arrêta brusquement, tendant l'oreille. Son cœur accéléra instinctivement, ses sens s'aiguisant face au danger latent qu'elle percevait sans le voir.

Kael le sentit aussi.

Un frisson parcourut son échine alors qu'un bruissement sourd s'élevait dans l'ombre. Une sensation familière, oppressante, rampante. Quelqu'un les observait.

Elle tourna lentement la tête, scrutant l'obscurité.

Un éclat fugace. Des yeux rouges, dissimulés derrière le rideau de brume.

Le cœur d'Élara se serra.

- Ils sont là, souffla-t-elle.

Kael ne posa aucune question. Il connaissait déjà la réponse.

Les gardiens de la malédiction les avaient trouvés.

Un grondement bas résonna, suivi d'un second, plus proche. Des ombres mouvantes se détachaient dans la brume, avançant avec une lenteur calculée, encerclant leur proie comme des prédateurs savourant l'instant précédant l'attaque.

Kael se plaça devant Élara, son corps tendu, chaque muscle prêt à exploser à la moindre provocation. Ses yeux s'illuminèrent d'une lueur dorée alors qu'un frisson d'énergie parcourait son échine.

Ils n'étaient pas seuls.

Élara sentait l'ombre de la malédiction se refermer sur elle, plus tangible que jamais.

Il était trop tard pour fuir.

Chapitre 3 03

L'air se chargea d'une tension électrique, une vibration sourde qui faisait écho à l'inéluctable. Les silhouettes se découpaient dans la brume, leurs yeux rougeoyants perçant l'obscurité comme des éclats maudits. Ils avançaient lentement, méthodiques, tels des spectres surgis des abysses.

Élara savait qui ils étaient.

Les gardiens de la malédiction.

Des êtres anciens, façonnés par la sorcière elle-même, destinés à veiller sur le poids de son courroux. Ils ne parlaient pas, ne négociaient pas. Leur seule mission était d'exécuter le châtiment à chaque fois que la malédiction était menacée.

Kael ne bougea pas, son regard fixé sur les ombres mouvantes. Il émanait de lui une force implacable, une autorité brute qui aurait pu intimider n'importe quelle créature de ce monde. Mais pas eux.

Ils n'étaient pas des ennemis ordinaires.

Élara le savait.

Elle se rapprocha de Kael, le frôlant à peine, mais il perçut son hésitation.

- Reste en arrière, grogna-t-il.

Elle serra les poings.

- Ils sont là pour moi, Kael. Pas pour toi.

- Alors ils vont devoir passer sur mon cadavre.

Elle ferma brièvement les yeux. Il ne comprenait pas. Il ne comprenait toujours pas. Ce n'était pas une bataille qu'on pouvait gagner.

Mais il était Kael Draven. Un Alpha. Un guerrier. Un être qui ne connaissait que la lutte et la domination. L'idée même de reculer lui était étrangère.

Le premier assaillant bondit.

Kael réagit avant même qu'Élara ne puisse crier son nom. Son corps pivota, sa main se refermant sur la gorge de la créature en une fraction de seconde. Il la projeta violemment contre un tronc d'arbre, un craquement sinistre résonnant dans l'air. Mais avant qu'il n'ait pu se préparer à la suite, un second gardien fondit sur lui, le griffant à l'épaule.

Kael grogna, ses yeux virant à l'or incandescent. L'air vibra autour de lui, son pouvoir pulsant dans ses veines comme une marée montante.

Mais ils étaient trop nombreux.

Élara sentit la panique l'envahir.

Elle ne pouvait pas le laisser les affronter seul.

Elle leva les mains, sentant l'énergie de la malédiction bouillonner en elle, une force qu'elle avait toujours tenté de réprimer. Mais ce soir, elle n'avait plus le choix.

Les symboles gravés sur sa peau s'illuminèrent.

Un cri perça la nuit, un hurlement déchirant qui ne venait ni d'un loup, ni d'un humain. Une onde de choc explosa autour d'elle, projetant les gardiens en arrière.

Kael tourna la tête vers elle, stupéfait.

Élara vacilla sous l'effort, sa vision troublée par la douleur qui pulsa dans son crâne. Elle sentit le sol se dérober sous ses pieds, mais avant qu'elle ne sombre, deux bras puissants l'attrapèrent.

Kael.

Son regard brûlait d'une rage contenue, mais aussi de quelque chose d'autre. Quelque chose qu'elle redoutait encore plus que la colère.

De la compréhension.

- Qu'est-ce que tu es ? demanda-t-il d'une voix rauque.

Élara n'eut pas la force de répondre.

L'obscurité l'engloutit.

L'obscurité était lourde, poisseuse, comme une mer d'encre dans laquelle elle s'enfonçait lentement. Tout son corps semblait flotter entre conscience et néant, bercé par une vague de douleur sourde. Des fragments de souvenirs tournaient dans sa tête, des éclats d'un passé qu'elle tentait d'oublier, des visages effacés par le temps, des promesses brisées, et cette voix... cette voix qui murmurait son nom au milieu du chaos.

Élara ouvrit les yeux dans un sursaut.

Un plafond de bois brut s'étendait au-dessus d'elle, faiblement éclairé par la lueur vacillante d'un feu de cheminée. L'air portait l'odeur de la résine et de la terre humide, un parfum familier et apaisant. Son corps, pourtant, était une prison de douleur. Chaque muscle criait sous le moindre mouvement.

- Tu es enfin réveillée.

La voix était grave, rauque, imprégnée d'un mélange de soulagement et d'exaspération.

Kael.

Elle tourna lentement la tête vers lui. Il était assis à côté du lit, les bras croisés sur son torse nu, où une bande de tissu tâchée de sang entourait son épaule blessée. Ses yeux d'ambre la fixaient avec une intensité troublante, emplis d'une tension contenue.

- Où sommes-nous ? murmura-t-elle d'une voix rauque.

- Chez moi.

Elle fronça légèrement les sourcils. La cabane d'un Alpha ? Loin du territoire de la meute ?

- Pourquoi...

Elle tenta de se redresser, mais la douleur lui arracha un gémissement. En un instant, Kael fut sur elle, ses mains la retenant avec une douceur inattendue.

- Ne bouge pas.

Le contact de sa peau contre la sienne envoya une décharge brûlante dans tout son être. Elle aurait dû reculer, le repousser. Mais elle était trop faible.

- Pourquoi m'as-tu amenée ici ? souffla-t-elle.

Kael ne répondit pas immédiatement. Son regard la scruta, cherchant des réponses qu'elle-même n'était pas sûre de posséder.

- Parce que tu es à moi.

Les mots frappèrent comme une sentence.

Élara ferma brièvement les yeux.

- Non...

- Si.

Il ne flanchait pas. Il ne flancherait jamais.

- Tu es mon âme sœur, Élara.

Un frisson la parcourut. L'entendre de sa bouche rendait l'horreur plus réelle encore.

- Tu ne comprends pas, Kael.

- Alors explique-moi.

Il s'assit sur le bord du lit, son regard perçant le sien.

Elle détourna la tête.

Comment lui dire ? Comment lui faire comprendre que chaque minute passée à ses côtés le condamnait un peu plus ?

- Il n'y a rien à expliquer, murmura-t-elle.

Il soupira, sa patience visiblement à bout.

- Tu m'as sauvé la vie hier soir. Ce pouvoir... tu l'as toujours eu ?

Elle hocha lentement la tête.

- Il est lié à la malédiction.

- Quelle malédiction ?

Élara sentit son cœur se serrer.

Elle aurait préféré ne jamais avoir à prononcer ces mots.

Mais elle ne pouvait plus fuir.

- Si je reste auprès de toi trop longtemps... tu mourras.

Kael ne réagit pas immédiatement.

Puis, lentement, un sourire amer étira ses lèvres.

- Tu crois vraiment que je vais accepter ça ?

Élara sentit les larmes lui brûler les yeux.

- Ce n'est pas une question de choix, Kael. C'est une réalité.

Un silence pesant s'abattit sur eux.

Puis, d'un mouvement fluide, Kael se leva.

- Je trouverai un moyen de briser cette malédiction.

Son ton était une promesse.

Élara détourna le regard, le cœur en miettes.

Il ne comprenait pas encore.

Mais bientôt, il comprendrait.

Quand il commencerait à dépérir. Quand son souffle se ferait plus court. Quand son cœur ralentirait...

Quand la mort viendrait le réclamer.

Elle devait partir avant qu'il ne soit trop tard.

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