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L'Étreinte du Froid

L'Étreinte du Froid

Auteur:: Jasper Vale
Genre: Xuanhuan
Le froid. C'était la dernière chose que j'avais sentie en mourant, abandonnée dans la crypte familiale des Lefevre, mon sang se mêlant à la neige fondue. Antoine Lefevre, l'homme que j'avais été forcée d'épouser, me regardait avec des yeux vides, me blâmant pour la mort de Cécile, son « véritable amour », et me suppliant de la ressusciter avec mon don. J'avais secoué la tête, mon don n'étant que pour les parfums des vivants, et il m' avait laissée là, pour morte, m' accusant de tous ses malheurs, y compris la perte de son odorat. Puis, une lumière aveuglante m\'a ramenée à la vie, dans mon lit à Grasse, intacte et indemne, mais la date sur le calendrier m' a glacée : c\'était le jour où tout avait commencé, le jour où les Lefevre viendraient me chercher. Cette fois, le piège doré du mariage sans amour ne se refermerait pas sur moi.

Introduction

Le froid. C'était la dernière chose que j'avais sentie en mourant, abandonnée dans la crypte familiale des Lefevre, mon sang se mêlant à la neige fondue.

Antoine Lefevre, l'homme que j'avais été forcée d'épouser, me regardait avec des yeux vides, me blâmant pour la mort de Cécile, son « véritable amour », et me suppliant de la ressusciter avec mon don.

J'avais secoué la tête, mon don n'étant que pour les parfums des vivants, et il m' avait laissée là, pour morte, m' accusant de tous ses malheurs, y compris la perte de son odorat.

Puis, une lumière aveuglante m\'a ramenée à la vie, dans mon lit à Grasse, intacte et indemne, mais la date sur le calendrier m' a glacée : c\'était le jour où tout avait commencé, le jour où les Lefevre viendraient me chercher.

Cette fois, le piège doré du mariage sans amour ne se refermerait pas sur moi.

Chapitre 1

Le froid. C'était la dernière chose que j'avais sentie. Un froid glacial qui s'infiltrait dans mes os, plus terrible que n'importe quel hiver de Grasse. Mon sang, chaud et épais, s'écoulait de moi, formant une flaque sombre sur le sol en pierre de la crypte familiale des Lefevre. Il se mélangeait à la neige fondue, créant une vision macabre.

Au-dessus de moi, Antoine Lefevre, l'homme que j'avais été forcée d'épouser, me regardait avec des yeux vides de toute humanité. Son visage, habituellement si arrogant et parfait, était déformé par une folie obsessionnelle. Il tenait dans ses bras le corps congelé de Cécile Moreau, son véritable amour.

« Tu peux le faire, Jeanne », avait-il murmuré, sa voix rauque résonnant contre les murs de pierre. « Ton don... il peut apaiser les âmes, guérir les maux. Fais-la revenir. Ressuscite-la. »

J'avais secoué la tête, le peu de force qui me restait s'échappant en un souffle. Mon don était pour les parfums, pour les vivants. Je pouvais créer des fragrances qui calmaient un esprit tourmenté ou qui ravivaient un souvenir perdu, mais je ne pouvais pas ranimer les morts. C'était impossible, un blasphème.

Ma réponse silencieuse l'avait rendu fou de rage. La lueur d'espoir dans ses yeux s'était éteinte, remplacée par une haine pure. Il m'avait accusée de tout. De la perte de son odorat, de sa séparation d'avec Cécile, de la mort de Cécile elle-même, tombée d'une falaise un an plus tôt alors qu'elle cherchait une fleur rare. C'était moi, toujours moi, la cause de tous ses malheurs.

Il m'avait laissée là, pour morte, dans le froid mordant de la crypte, à côté de sa bien-aimée gelée. Mon sang continuait de couler, et l'obscurité m'enveloppait lentement.

Puis, une lumière aveuglante.

Mes yeux s'ouvrirent brusquement. Je n'étais plus sur le sol froid d'une crypte. J'étais dans mon lit, dans ma petite maison à Grasse, entourée de l'odeur familière de la lavande et de la rose. Le soleil de l'après-midi filtrait à travers la fenêtre. Je portai une main tremblante à mon cou. Aucune blessure. Mon corps était intact, chaud.

Je me levai, chancelante, et regardai le calendrier accroché au mur. La date me glaça le sang. C'était le jour. Le jour où la famille Lefevre, désespérée, était venue me chercher. Le jour où tout avait commencé.

J'étais revenue.

Un coup sec à la porte me fit sursauter. Je savais qui c'était. Je savais pourquoi ils étaient là. Le majordome des Lefevre, avec sa mine grave et son offre qui changerait ma vie. Dans ma première vie, j'avais accepté, pleine d'une compassion naïve. J'avais guéri Antoine Lefevre, riche héritier parisien qui avait perdu son odorat dans un accident mystérieux. Pour me remercier, ou plutôt pour tenir une promesse faite publiquement, sa famille m'avait offert sa main. Un mariage sans amour, un piège doré.

Cette fois, ce serait différent.

J'ouvris la porte. Le majordome se tenait là, exactement comme dans mon souvenir. Il me présenta la situation avec des mots choisis, la détresse de la famille, le désespoir de leur unique héritier.

Je l'écoutai sans l'interrompre, mon visage impassible. Quand il eut fini, je pris ma sacoche.

« Conduisez-moi à lui », dis-je simplement.

Le trajet jusqu'au manoir parisien des Lefevre fut un étrange voyage dans le temps. Chaque rue, chaque bâtiment ravivait des souvenirs douloureux. Mais la peur avait été remplacée par une froide détermination.

J'entrai dans la chambre opulente où Antoine se morfondait. Il était assis dans un fauteuil, le regard perdu dans le vide, l'incarnation de l'arrogance brisée. Sa mère, Madame Lefevre, se tenait à ses côtés, le visage marqué par l'inquiétude.

« Mademoiselle Dubois », dit-elle, sa voix tremblante d'espoir. « On nous a dit que vous aviez un don... que vous pouviez faire des miracles. »

Je m'approchai d'Antoine. Il ne leva même pas les yeux vers moi. Il empestait le renfermé et le désespoir. Dans ma première vie, cette vision m'avait fendu le cœur. Aujourd'hui, elle ne m'inspirait que du mépris.

Je me penchai vers lui, suffisamment près pour qu'il puisse sentir le parfum subtil de verveine sur ma peau. Je ne pris aucun flacon, ne fis aucun geste théâtral. Je le regardai simplement dans les yeux, qui se levèrent enfin vers moi, pleins d'une attente méprisante.

Je pris une inspiration lente et déclarai, d'une voix claire et sans appel :

« Il n'y a rien à faire. »

Le silence tomba dans la pièce, lourd et stupéfiant.

Madame Lefevre me regarda, incrédule. « Quoi ? Mais... on nous a dit... »

Antoine se redressa d'un coup, son visage passant de l'apathie à la fureur.

« Qu'est-ce que vous racontez ? Vous n'avez même pas essayé ! Vous êtes une charlatan ! »

Sa voix était forte, habituée à commander, à obtenir ce qu'il voulait. Il se leva, prêt à m'intimider. Mais je ne reculai pas. Je le fixai, un petit sourire glacial aux lèvres.

« J'ai essayé. J'ai senti. Il n'y a plus rien à guérir. Les nerfs olfactifs sont morts, complètement détruits. C'est irréversible. »

Chaque mot était un mensonge, bien sûr. Je sentais parfaitement bien que son mal était guérissable, une simple inflammation que mes concoctions pouvaient apaiser en quelques jours. Mais il ne le saurait jamais.

« Impossible ! » hurla-t-il, son visage devenant rouge de colère. « Vous mentez ! Vous êtes incompétente ! Dehors ! Sortez de chez moi ! »

Il attrapa un vase sur une table proche et le projeta contre le mur, où il se brisa en mille morceaux. Une rage impuissante, le caprice d'un enfant gâté à qui on refuse un jouet. C'était pathétique.

« Comme vous voudrez, Monsieur Lefevre », dis-je en haussant les épaules.

Je fis demi-tour, avec le calme d'une personne qui vient de remporter la première manche d'une longue partie.

« Adieu. Et bonne chance pour trouver quelqu'un qui acceptera de vous vendre de faux espoirs. »

Alors que je passais le seuil de la porte, Madame Lefevre me rattrapa, sa main agrippant mon bras.

« Attendez, s'il vous plaît ! Mademoiselle Dubois ! Il doit y avoir un moyen... Nous vous paierons le double, le triple ! N'importe quoi ! »

Son visage était un masque de désespoir. Une partie de moi, un vestige de l'ancienne Jeanne, ressentit une pointe de pitié. Mais le souvenir du froid de la crypte et de son fils me laissant mourir l'effaça aussitôt.

Je me dégageai doucement mais fermement.

« Madame, l'argent ne peut pas recréer ce qui n'existe plus. Votre fils est condamné à vivre sans odeurs. Acceptez-le. »

Je la laissai là, au milieu du couloir, et continuai mon chemin. Derrière moi, j'entendais Antoine crier.

« Laisse-la partir, mère ! Je n'ai pas besoin d'elle ! Cécile va me guérir ! Cécile a déjà trouvé quelqu'un, un spécialiste bien plus compétent que cette paysanne de Grasse ! Elle trouvera le remède, j'en suis sûr ! »

Un sourire amer étira mes lèvres. Cécile. Bien sûr. Dans cette nouvelle vie, elle était déjà là, tissant sa toile autour de lui. Elle allait le mener à sa perte, et cette fois, je serais là pour regarder. Non pas comme une victime, mais comme une spectatrice privilégiée.

Alors que je sortais du grand portail du manoir Lefevre, mon assistant m'attendait, l'air inquiet. Il me tendit une lettre qui venait d'arriver pour moi.

« Mademoiselle, une nouvelle demande. C'est urgent, semble-t-il. »

J'ouvris la lettre. Le nom de l'expéditeur me fit marquer une pause. Louis Bernard. Un autre nom puissant de Paris, le principal rival en affaires des Lefevre. La lettre décrivait un accident tragiquement similaire à celui d'Antoine. Une perte d'odorat soudaine.

Dans ma première vie, je n'avais jamais entendu parler de cet accident. J'étais déjà prisonnière du monde des Lefevre. Mais cette fois... cette fois, les choses étaient différentes.

Je pliai la lettre et la rangeai dans ma sacoche. Une nouvelle porte s'ouvrait. Une porte qui ne menait pas à une prison dorée, mais peut-être, juste peut-être, à une véritable vengeance. Et à une nouvelle vie.

Chapitre 2

Le lendemain, je relus la lettre de la famille Bernard. La demande était polie, presque humble, un contraste frappant avec l'arrogance des Lefevre. Ils ne promettaient pas la lune, ils demandaient simplement un diagnostic, une lueur d'espoir pour leur fils, Louis.

Mon premier réflexe fut de refuser. J'étais venue à Paris avec un seul but : m'assurer qu'Antoine Lefevre paie pour ce qu'il m'avait fait. M'impliquer avec une autre famille riche, un autre héritier malade, c'était risquer de retomber dans le même genre de piège. L'ancienne Jeanne, la guérisseuse au grand cœur, était morte dans cette crypte. La nouvelle Jeanne était prudente, méfiante.

Je passai la journée dans mon atelier temporaire, un petit espace loué dans le Marais. Les odeurs de mes huiles essentielles, habituellement si réconfortantes, ne parvenaient pas à calmer le tumulte en moi. Je broyai des pétales de rose, distillai du jasmin, mais mon esprit était ailleurs, revivant sans cesse la scène de la veille. Le visage furieux d'Antoine, le désespoir de sa mère. C'était un début, mais ce n'était pas suffisant.

Trois jours plus tard, alors que j'avais presque décidé d'ignorer la demande des Bernard, une nouvelle enveloppe arriva. Elle ne contenait pas une lettre, mais une invitation. Un carton épais, gravé à l'or fin. Les Lefevre organisaient une grande réception dans leur hôtel particulier. Le but officiel était de lever des fonds pour une œuvre de charité, mais je savais, pour l'avoir vécu, que c'était surtout une démonstration de leur puissance et de leur influence.

Mon nom y était inscrit. Jeanne Dubois. C'était une provocation. Une façon pour Antoine de me montrer qu'il n'avait pas besoin de moi, que son monde continuait de tourner, brillant et magnifique, même sans mon aide. Il voulait me voir là, seule et impuissante, pour mieux savourer son futur triomphe.

Je décidai d'y aller.

Le soir de la réception, je croisai Madame Lefevre dans une boutique de luxe près de la Place Vendôme. Elle achetait une rivière de diamants. En me voyant, son visage se figea. Elle paraissait plus âgée, les traits tirés par l'inquiétude malgré le fard.

« Mademoiselle Dubois », dit-elle d'une voix basse, s'assurant que personne ne pouvait l'entendre. « Antoine... il va beaucoup mieux. Cécile... cette jeune femme... elle lui a trouvé un remède. Un élixir venu de très loin. »

Il y avait une note d'incertitude dans sa voix, un doute qu'elle essayait de masquer.

« Je suis heureuse pour lui », répondis-je, mon ton parfaitement neutre.

« Il dit qu'il commence à sentir à nouveau. Des odeurs faibles, mais... c'est un début. Il sera annoncé ce soir, à la réception. » Elle hésita, puis ajouta : « J'espère que... que vous ne lui en voulez pas. Il était sous le coup du désespoir. »

« Je n'en veux jamais aux gens qui refusent mon aide, Madame. Chacun est libre de ses choix. Et de leurs conséquences. »

Sur ces mots, je la laissai à ses diamants et à ses doutes.

Le hall de l'hôtel particulier Lefevre scintillait de mille feux. Les lustres en cristal répandaient une lumière dorée sur une foule élégante. La musique, le champagne, les rires... tout était conçu pour impressionner, pour affirmer une supériorité sociale et financière. Je me sentais comme un loup dans une bergerie.

Et puis, ils firent leur entrée. Antoine, au bras de Cécile Moreau. Il marchait avec son assurance retrouvée, un sourire arrogant aux lèvres. Cécile, à ses côtés, était resplendissante dans une robe rouge qui attirait tous les regards. Elle était belle, d'une beauté fragile et calculée. Elle incarnait la parfaite rivale.

Antoine leva une coupe de champagne.

« Mes amis ! Je vous remercie d'être ici ce soir. Je voulais partager une grande nouvelle avec vous. Comme certains le savent, j'ai souffert d'un terrible malheur. Mais grâce à l'amour et à la détermination de ma merveilleuse Cécile, je suis sur le chemin de la guérison ! »

Il se tourna vers elle et l'embrassa fougueusement, sous les applaudissements polis de l'assemblée. C'était une mise en scène parfaite. Il me chercha du regard dans la foule et, quand il me trouva, son sourire s'élargit, triomphant. Il voulait me montrer ce que j'avais perdu, ce que j'avais refusé. Il voulait me faire regretter.

Je levai simplement mon verre dans sa direction, un geste silencieux et ironique.

Plus tard dans la soirée, Cécile s'approcha de moi. Elle se déplaçait avec la grâce d'une danseuse, son visage affichant une fausse sympathie.

« Mademoiselle Dubois. Je suis Cécile Moreau. Je suis navrée que vous ayez fait tout ce chemin pour rien. Antoine m'a raconté... C'est dommage que votre... don... n'ait pas fonctionné sur lui. »

Sa voix était douce, mais ses yeux brillaient d'une malice triomphante.

« Certains maux sont au-delà de mes compétences, en effet », répondis-je calmement. « Surtout ceux que l'on s'inflige à soi-même. »

Son sourire vacilla une seconde.

« Je ne vois pas ce que vous voulez dire. J'ai trouvé un remède, moi. Un remède que vous, la célèbre parfumeuse, n'avez pas su trouver. Peut-être que votre réputation est surfaite. »

C'était une attaque directe. Elle voulait m'humilier publiquement.

« Peut-être », dis-je en haussant les épaules. « Le temps nous le dira. »

« Oh, mais nous n'avons pas besoin d'attendre ! » lança-t-elle, élevant la voix pour attirer l'attention des invités les plus proches. « Faisons un pari, Mademoiselle Dubois. Un pari public. Je parie que d'ici un mois, Antoine aura totalement retrouvé son odorat grâce à moi. Et vous ? Que pouvez-vous accomplir en un mois ? »

Elle me regardait, sûre d'elle, persuadée que j'allais refuser ou me dérober. Les gens autour de nous s'étaient tus, curieux d'assister à ce duel inattendu. Antoine s'était rapproché, un air suffisant sur le visage.

Je bus une gorgée de champagne, lentement. Puis je posai mon verre.

« Très bien. J'accepte votre pari. »

Un murmure parcourut le petit cercle qui s'était formé autour de nous. Cécile parut surprise, mais se reprit vite.

« Et qui sera votre... patient ? » demanda-t-elle d'un ton moqueur. « Allez-vous guérir un caniche de son rhume ? »

Je la regardai droit dans les yeux.

« Mon patient sera Louis Bernard. »

Le nom eut l'effet d'une bombe. Le sourire d'Antoine disparut instantanément, remplacé par une expression de haine pure. Louis Bernard était son ennemi juré, son rival dans tous les domaines. L'idée que je puisse réussir là où il avait échoué, et avec son pire ennemi de surcroît, était un affront intolérable.

Cécile était décontenancée. Elle ne s'attendait pas à ça. Elle avait voulu me piéger, mais je venais de retourner la situation contre elle. Le pari n'était plus une simple démonstration de sa supériorité, c'était devenu un combat direct entre les maisons Lefevre et Bernard, avec moi comme arbitre.

« Vous... vous bluffez », bégaya-t-elle.

« Pas du tout », répondis-je, ma voix plus assurée que jamais. « Le défi est simple. D'ici un mois, nous verrons qui de nous deux aura véritablement guéri son patient. Le vôtre, Antoine Lefevre. Le mien, Louis Bernard. Lequel des deux sera capable de distinguer à l'aveugle les douze essences fondamentales de la parfumerie ? L'un de nous deux gagnera. L'autre perdra tout. »

Mon regard passa de Cécile à Antoine. Je savais ce qu'ils ne savaient pas. L'élixir qu'elle lui donnait était un poison lent, une concoction dangereuse qui ne faisait que masquer les symptômes tout en détruisant son corps de l'intérieur.

Ils venaient de tomber tête la première dans mon piège.

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