Dans ma première vie, j'étais Juliette Fowler, la sœur cadette discrète, destinée à vivre dans l'ombre de Cécilia, la fiancée du magnat Alan Moore.
Mais Cécilia est morte, officiellement d'une maladie, peu après son mariage. J'ai trouvé des bleus, des indices glaçants que personne d'autre ne voyait.
Je savais qu'elle avait été assassinée, et j'avais les preuves pour le dénoncer.
C'est là que ma vie s'est brutalement arrêtée : un choc violent, l'odeur persistante de santal et le froid glacial de la Seine m'ont engloutie.
Jusqu'à ma renaissance. Je me suis réveillée, vivante, le jour même où Cécilia devait signer son contrat de mariage avec Alan.
Hors de question que l'histoire se répète. Cette fois, je prendrai sa place. C'est moi qui épouserai Alan Moore pour venger ma sœur et notre famille.
Dans ma vie passée, j'étais Juliette Fowler, la cadette insignifiante de la prestigieuse famille Fowler. Ma seule raison d'être semblait être de vivre dans l'ombre de ma sœur aînée, Cécilia, la fiancée du magnat Alan Moore. Pour prouver que je valais quelque chose, je me suis fiancée à un jeune artiste, un homme doux que j'aimais sincèrement.
Notre bonheur fut bref.
Peu après son mariage, Cécilia est morte. "Maladie soudaine", disait le rapport officiel. Mais je savais que c'était un mensonge. J'ai trouvé des bleus sur ses photos, des messages de détresse qu'elle n'a jamais osé envoyer. J'avais les preuves. J'allais tout révéler.
C'est là que ma vie s'est terminée. Un choc violent à l'arrière de ma tête, l'odeur âcre de santal, puis le froid glacial de l'eau de la Seine remplissant mes poumons.
Je me suis réveillée en sursaut.
Le soleil de Bordeaux filtrait à travers les rideaux de ma chambre d'enfance. J'étais vivante. Le calendrier sur mon bureau indiquait la date. Le jour de la finalisation du contrat de mariage. Le jour où Cécilia devait être promise à Alan Moore.
Je n'ai pas perdu une seconde.
J'ai dévalé l'escalier et fait irruption dans le grand salon où mon père, le patriarche traditionaliste des Fowler, s'apprêtait à signer les documents avec les représentants du groupe Moore. Alan n'était pas là, il n'en avait pas besoin.
« J'épouserai Alan Moore. »
Ma voix a tranché le silence pesant.
Mon père s'est levé, son visage rouge de fureur.
« Juliette ! Qu'est-ce que tu racontes ? C'est ta sœur aînée qui est l'héritière désignée, c'est elle qui doit assurer l'avenir du domaine ! C'est une question d'honneur et de primogéniture ! »
Un représentant du groupe Moore, un homme au sourire mielleux, a glissé une coupe de champagne dans ma main, un geste de générosité calculée. Je l'ai acceptée, mon visage impassible.
C'est à ce moment que Cécilia est apparue en haut des escaliers. Ses yeux se sont posés sur moi, et j'ai vu la même horreur, la même reconnaissance que dans les miens. Elle se souvenait aussi.
Elle a descendu les marches, sa main tremblant sur la rampe.
« Juliette, qu'est-ce que tu fais ? Tu es folle ? »
Je l'ai entraînée dans le couloir, loin des oreilles indiscrètes.
« Tu sais très bien ce que je fais. Tu te souviens de cet homme. Tu sais ce qu'il t'a fait. »
Ses épaules se sont affaissées. Le traumatisme de sa vie passée était gravé sur son visage.
« Je ne peux pas y retourner. Je ne peux pas... »
« Tu n'auras pas à le faire, » ai-je murmuré, ma voix dure mais protectrice. « Laisse-moi prendre ta place. Je vais te venger. Je vais nous venger. Je ne le laisserai pas nous détruire à nouveau. »
Notre rivalité passée n'était qu'une façade. Nous étions les filles Fowler, deux sœurs qui se comprenaient sans avoir besoin de mots. Elle, l'héritière parfaite, douce et obéissante ; moi, la rebelle qui cherchait à exister. Notre père avait toujours préféré Cécilia, voyant en elle la gardienne de la tradition. Il me voyait comme une déception.
Mais cette fois, ma rébellion allait sauver notre famille.
Je me souvenais de mon mari de ma vie passée, de notre bonheur simple, et de la nouvelle de la mort de Cécilia qui avait tout brisé. Cette rage, cette injustice, alimentaient ma détermination.
Le mariage avec Alan Moore serait mon champ de bataille. Paris, son monde impitoyable. J'étais prête. Je sentais déjà les regards hostiles, les menaces invisibles qui m'attendaient.
Je devais être prudente, patiente. D'abord, comprendre le terrain.
Ma gouvernante m'avait déjà préparé un dossier. Alan Moore. Ses associés. Ses ennemis. Et surtout, Darlene Lawrence, sa maîtresse de longue date, une mannequin célèbre. Elle serait ma première adversaire. Une femme arrogante, sûre de sa position.
Elle ne savait pas à qui elle avait affaire. Pas à la douce Cécilia, mais à Juliette Fowler, revenue d'entre les morts pour réclamer justice.
Le mariage a eu lieu rapidement, une cérémonie somptueuse mais glaciale. Alan Moore était charismatique, son sourire parfaitement maîtrisé, ses yeux ne révélant rien. Il jouait son rôle à la perfection, et moi aussi.
Notre première confrontation avec Darlene Lawrence n'a pas tardé. C'était lors de notre première apparition publique en tant que couple, un gala de charité parisien. Elle s'est approchée, un verre de champagne à la main, son regard plein de mépris.
« Alors, c'est vous la petite nouvelle. J'espère que vous appréciez le collier. C'est moi qui l'ai aidé à le choisir. »
Elle parlait assez fort pour que tout le monde entende, une tentative évidente pour m'humilier.
Je n'ai pas cillé. J'ai souri poliment.
« Mademoiselle Lawrence, n'est-ce pas ? Le mannequin. Je suis Juliette Fowler. Pas la "petite nouvelle", mais Madame Moore. Quant au collier, il est charmant, mais un peu... commun. Mon père, le propriétaire de Château Fowler, a l'habitude de m'offrir des pièces uniques. Vous comprenez, la différence entre le prestige historique et la nouveauté tape-à-l'œil. »
J'ai ensuite imposé une punition immédiate et inattendue. J'ai fait un signe discret à l'organisateur de l'événement, un vieil ami de ma famille.
« Je crois que Mademoiselle Lawrence se sent un peu fatiguée. Peut-être qu'un peu d'air frais lui ferait du bien. Loin des photographes. »
J'ai ajouté, ma voix se faisant plus dure, menaçant d'impliquer ma famille :
« Ou je pourrais demander à mon père de retirer son soutien financier à cet événement. Je suis sûre qu'il comprendrait. »
Le visage de Darlene a blêmi. Humiliée et furieuse, elle a été poliment escortée vers une sortie de service. Elle a jeté un regard noir par-dessus son épaule, une promesse de vengeance dans ses yeux.
Plus tard dans la soirée, ma gouvernante, Hélène, m'a rejoint dans notre suite.
« Vous n'auriez pas dû faire ça, Juliette. Vous vous êtes fait une ennemie. »
« Je n'ai jamais eu l'intention de me faire des amies, Hélène. Je veux juste qu'on me respecte. Et je ne suis pas comme Cécilia. Je ne me laisserai pas faire. »
Soudain, la porte s'est ouverte. Alan Moore est entré, son regard intense fixé sur moi.
« Qui a dit que vous étiez comme votre sœur ? »
Il s'est approché, un sourire amusé sur les lèvres. Il a attrapé ma main et l'a portée à ses lèvres, un geste théâtral.
« C'était... impressionnant. Personne ne lui avait jamais parlé comme ça. »
J'ai retiré ma main, mon cœur battant la chamade. Je l'avais pris pour un intrus.
« Vous êtes qui, vous, pour entrer sans frapper ? »
Il a ri, un son qui a fait frissonner Hélène.
« Je suis votre mari, Juliette. Et j'aime votre audace. C'est rafraîchissant. »
Cette nuit-là, il est resté. Contre toute attente, il a passé la nuit avec moi, consommant notre mariage. Le lendemain, la nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre. Alan Moore, qui n'avait jamais montré le moindre intérêt pour sa fiancée, était soudainement obsédé par sa nouvelle épouse.
Les cadeaux ont commencé à affluer. Des robes de créateurs, des bijoux extravagants. Il me couvrait d'attentions, faisant de moi l'envie de tout Paris et la cible numéro un de Darlene Lawrence.
Je savais qu'elle ne resterait pas les bras croisés. Je sentais déjà son regard sur moi, une menace constante. Elle allait essayer de se débarrasser de moi. Je devais être prête.