La dernière chose que j'ai sentie, c'était le parfum entêtant de ma cousine Claire, mélange de pivoine et de musc blanc.
Puis, une douleur fulgurante a explosé sur mon visage, suivie du bruit sourd de mon corps heurtant le sol froid, et l'obscurité a tout avalé.
Je me suis réveillée à l'hôpital, le visage défiguré, mon corps brisé.
Quand mon père, le magnat de la mode, et mon frère sont enfin apparus, leurs paroles m'ont glacée : mon agression n'était qu'une mise en scène, un « incident nécessaire » pour annuler mon mariage et voler mes créations.
Claire, ma propre cousine, était la pièce maîtresse de leur machination, destinée à voler ma place auprès de mon fiancé Louis, et l'empire familial.
Chaque mot prononcé par ma famille, chaque "sollicitude" feinte, était un couteau enfoncé plus profondément, me laissant un goût amer de trahison.
Comment pouvaient-ils, les êtres les plus proches, me sacrifier ainsi pour le pouvoir et l'argent ?
Ma vie, ma carrière, mon visage : tout était détruit, et le monde entier était là pour me dépeindre comme une pauvre folle instable.
Mais au fond de cette douleur insupportable, une rage froide et déterminée a commencé à brûler.
Ils pensaient m'avoir détruite, mais ils venaient de créer une arme.
La dernière chose que j'ai sentie, c'était l'odeur entêtante du parfum de ma cousine Claire, un mélange de pivoine et de musc blanc. Puis, une douleur fulgurante a explosé sur mon visage, suivie par le bruit sourd de mon corps heurtant le sol froid des coulisses. L'obscurité a tout avalé.
Quand j'ai rouvert les yeux, une lumière blanche et agressive m'a aveuglée. L'odeur aseptisée d'un hôpital a remplacé celle du parfum. Une douleur sourde et lancinante martelait mon crâne et mon visage. J'ai essayé de bouger ma main pour toucher ma joue, mais une douleur aiguë m'a clouée sur place.
La porte de la chambre s'est ouverte doucement. Mon père, Jean-Luc Dubois, le grand magnat de la mode, est entré, suivi de près par mon frère, Marc. Leurs visages étaient des masques de préoccupation.
« Amélie, ma chérie, tu es réveillée. »
La voix de mon père était douce, presque un murmure. Il s'est approché du lit, ses chaussures italiennes en cuir brillant ne faisant aucun bruit sur le linoléum.
« On a eu si peur. Comment te sens-tu ? »
Marc est resté un peu en retrait, ses yeux fuyant les miens. Il a murmuré :
« Les médecins disent que tu as besoin de repos. Tout va bien se passer, Amélie. On est là pour toi. »
J'ai essayé de parler, mais seul un son rauque est sorti de ma gorge. Ma bouche était sèche, et chaque muscle de mon visage me faisait souffrir. Mon père m'a doucement caressé le bras.
« Ne parle pas, mon ange. Repose-toi. Le mariage avec Louis peut attendre, ta santé est la seule chose qui compte maintenant. Nous trouverons celui qui t'a fait ça, je te le promets. »
Ses paroles auraient dû me rassurer, me procurer un sentiment de sécurité. Mais quelque chose dans son regard, une froideur calculatrice que je connaissais trop bien, a fait naître un doute en moi. J'ai hoché la tête faiblement et j'ai fermé les yeux, feignant de me rendormir. Le poids de la douleur et des médicaments m'a aidée à paraître convaincante.
Je les ai entendus chuchoter, puis la porte s'est refermée. Je suis restée immobile, luttant contre le brouillard dans mon esprit. Quelques minutes plus tard, je les ai entendus revenir. Ils se sont arrêtés juste devant ma porte, pensant que j'étais profondément endormie.
« Elle est stable, » a dit Marc, sa voix basse et tendue. « Mais son visage... Père, c'est une catastrophe. »
« Une catastrophe nécessaire, » a répondu froidement Jean-Luc. « L'important est que Louis Mercier soit maintenant hors de sa portée. L'agression a servi nos plans. C'est Claire qui l'épousera. Le contrat avec Mercier Holdings est trop vital pour notre empire. On ne pouvait pas risquer qu'Amélie, avec ses idées indépendantes, fasse tout capoter. »
Le choc a paralysé chacun de mes membres. Le froid n'était plus seulement dans le regard de mon père, il envahissait toute la pièce, il s'infiltrait sous mes draps, il glaçait mon sang.
« Et les créations ? » a demandé Marc. « Le carnet de croquis a bien disparu ? »
« Oui. Tout a été pris, » a confirmé mon père. « Claire aura une magnifique collection à présenter. Ta collection, d'ailleurs. Tu as bien travaillé, mon fils. »
Une nausée violente m'a retourné l'estomac. Mon propre frère. Mon père. Ils avaient tout orchestré. L'agression, le vol de mes créations, la destruction de mon visage. Tout ça pour un mariage arrangé, pour le statut, pour l'argent.
Je me suis souvenue de tous ces moments où mon père louait mon talent, me disant que j'étais l'avenir de la maison Dubois. Je me suis souvenue des heures passées avec Marc à perfectionner un drapé, à choisir un tissu, pensant que nous partagions la même passion. C'était un mensonge. Toute ma vie était un mensonge. La confiance que j'avais en eux s'est brisée en mille morceaux, aussi défigurée que mon propre visage sous les bandages.
Quelques instants plus tard, ils sont rentrés dans la chambre. Mon père arborait le même sourire inquiet, la même fausse sollicitude.
« On a parlé aux médecins, Amélie. Ils sont très optimistes, » a-t-il dit en s'asseyant au bord de mon lit.
Je le regardais, mais je ne voyais plus mon père. Je voyais un monstre. Sa main s'est posée sur mon front, et j'ai dû retenir un frisson de dégoût. Le contact de sa peau me brûlait.
Marc a ajouté, en évitant toujours mon regard :
« On va te trouver le meilleur chirurgien plastique de Paris. Tu seras comme neuve. »
Leurs voix étaient devenues un bruit de fond insupportable. Chaque mot était un poison. La colère montait en moi, une rage froide et déterminée qui étouffait la douleur physique.
J'ai rassemblé mes forces. D'une voix qui n'était qu'un souffle rauque, j'ai décidé de les tester, de jouer leur jeu.
« Le chirurgien... » ai-je articulé avec difficulté. « Je le veux... maintenant. »
Je voulais voir leur réaction, voir comment ils allaient justifier le délai.
Le visage de mon père n'a pas cillé. Il a pris un air grave et paternel.
« Bien sûr, ma chérie. Mais les médecins sont formels, il faut attendre que l'inflammation diminue. Toute intervention prématurée pourrait aggraver les choses. Nous devons être patients. Ta guérison est notre priorité absolue. »
Le mensonge était parfait, lisse, impeccable. Il me tenait prisonnière avec ses fausses promesses, sa prétendue bienveillance. Ils n'allaient jamais m'aider. Ils allaient me laisser ici, cachée, brisée, pendant que Claire volait ma vie.
J'ai fermé les yeux à nouveau, mais cette fois, ce n'était pas pour feindre le sommeil. C'était pour cacher la haine qui y brûlait. La douleur dans mon visage n'était plus rien comparée à la trahison qui dévorait mon cœur. Ils pensaient m'avoir détruite, mais ils venaient de créer quelque chose de bien plus dangereux : une femme qui n'avait plus rien à perdre.
Le lendemain, le médecin est venu pour enlever mes bandages. C'était un homme plus âgé, avec des yeux fatigués qui semblaient avoir tout vu. Il travaillait avec une lenteur et une précision qui se voulaient rassurantes. Pendant qu'il dégageait mon visage, couche par couche, j'ai évité de regarder le miroir qu'une infirmière tenait à proximité.
Quand la dernière compresse a été retirée, un silence pesant s'est installé dans la pièce. Le médecin a longuement examiné ma peau, palpant doucement les contours de mes joues, de mon nez. Son expression est restée neutre, professionnelle, mais je pouvais sentir la gravité de la situation dans la tension de ses épaules.
« Les lacérations sont profondes, » a-t-il finalement dit, sa voix dénuée d'émotion. « Plusieurs nerfs faciaux ont été touchés. La cicatrisation sera longue et... compliquée. Il y aura des séquelles, c'est inévitable. »
Mon père et Marc, qui se tenaient près de la porte, sont entrés. En voyant mon visage, mon père a laissé échapper un hoquet de stupeur feinte.
« Mon Dieu... Amélie... »
Il a porté une main à sa bouche, ses yeux s'écarquillant dans une performance digne d'un acteur de théâtre. Marc, lui, a simplement détourné le regard, l'air malade. Sa culpabilité était palpable, mais sa lâcheté l'était encore plus.
« C'est encore pire que ce que j'imaginais, » a murmuré Jean-Luc, en s'approchant. « Ces monstres... ils vont payer pour ça. »
Je n'ai pas répondu. Je me contentais de les observer, mon nouveau visage me servant de bouclier. La douleur était une compagne constante, un rappel de leur trahison.
Plus tard dans l'après-midi, alors que je somnolais sous l'effet des analgésiques, j'ai entendu mon père au téléphone dans le couloir. Sa voix n'était plus celle d'un père éploré, mais celle d'un homme d'affaires impitoyable.
« Oui, lancez l'article, » disait-il d'un ton sec. « Quelque chose de subtil. 'Amélie Dubois, l'héritière fragile, aurait craqué sous la pression avant son mariage.' Suggérez une dépression, une instabilité émotionnelle. Il faut que l'opinion publique comprenne pourquoi Louis Mercier a besoin d'une femme forte et stable comme Claire à ses côtés. Discréditez-la, mais avec finesse. Faites-en une victime de sa propre faiblesse. »
Mon sang s'est glacé. Non seulement ils m'avaient agressée et volée, mais ils allaient maintenant détruire ma réputation, me salir publiquement pour justifier leur immonde complot. C'était une cruauté méthodique, calculée.
Le lendemain matin, Marc m'a apporté une tablette.
« Pour que tu puisses te distraire un peu, » a-t-il dit, toujours incapable de me regarder dans les yeux.
Dès qu'il a quitté la chambre, j'ai ouvert le navigateur. Le premier titre qui s'est affiché m'a sauté à la gorge. Un grand magazine de mode, un de ceux qui faisaient et défaisaient les carrières, avait publié un article : « La chute d'Amélie Dubois : entre génie créatif et fragilité psychologique. »
L'article était un chef-d'œuvre de diffamation. Il parlait de sources anonymes proches de la famille qui s'inquiétaient de mon "état mental précaire" depuis des mois. Il insinuait que mon "épisode violent" était en réalité une automutilation, une crise d'hystérie due à la peur du mariage. Les commentaires en dessous étaient un déferlement de haine et de pitié méprisante.
« Pauvre fille, elle a tout pour être heureuse et elle pète les plombs. »
« Louis Mercier a eu chaud, il a évité une folle. »
« C'est ça, les enfants de riches, pourris gâtés et instables. »
Chaque mot était un coup de poignard. Une vague de nausée m'a submergée, et j'ai senti le contenu de mon estomac remonter. J'ai à peine eu le temps de me pencher sur le côté du lit avant de vomir. La violence de la réaction physique m'a laissée tremblante, couverte de sueur froide.
Mon père est entré à ce moment-là, alerté par le bruit.
« Amélie ! Qu'est-ce qui se passe ? »
Il a vu la tablette allumée sur le lit. Il a pris un air outré.
« Qui t'a donné ça ? Je t'avais dit de ne pas lire ces horreurs ! Ces journalistes sont des vautours. Ne les écoute pas, ma chérie. Nous connaissons la vérité. »
Il a posé sa main sur mon dos pour me réconforter. Son contact était si répugnant que j'ai eu l'impression qu'un serpent venimeux rampait sur ma peau. J'ai eu un mouvement de recul si violent que j'ai failli tomber du lit.
Il a retiré sa main, surpris.
Pour la première fois, j'ai parlé d'une voix claire et froide, une voix que je ne me connaissais pas.
« Ne me touchez pas. »
Le choc sur son visage a été bref, vite remplacé par son masque d'inquiétude habituel.
« Amélie, tu es sous le choc. C'est normal... »
Je ne l'écoutais plus. Une lassitude infinie s'était emparée de moi. La colère brûlante avait laissé place à un désert de glace. J'étais fatiguée de leur comédie, de leurs mensonges, de leur hypocrisie. Je les regardais, mon père et mon frère, et je ne ressentais plus rien. Ni amour, ni haine. Juste un vide immense.
Je pensais à Louis. L'homme que j'avais cru aimer, l'homme que j'allais épouser. Était-il au courant ? Était-il une victime de ce complot, ou un complice ? Dans un sens, peu importait. Le lien qui nous unissait, ou que je croyais nous unir, était brisé à jamais. On ne reconstruit pas sur des ruines aussi toxiques. Mon avenir avec lui, ma carrière dans la mode, ma place dans cette famille... tout cela venait d'être effacé.
Ils avaient gagné cette bataille. Mais la guerre ne faisait que commencer.