J'étais Chloé, l'étudiante naïve en histoire de l'art, éperdument amoureuse. Une mascarade, soigneusement construite.
Il y a trois mois, j'ai orchestré ma rencontre fortuite avec Hugo. Il n'était qu'une porte d'entrée. Vers elle. Léa.
Léa, celle qui a coulé mon amie Manon, la laissant dans un état végétatif en Suisse, son nom souillé par des mensonges sordides. Hugo, son complice passif, a préféré la croire.
Je les ai infiltrés, jouant la petite amie idéale, subissant les humiliations publiques de Léa. Elle m'a chassée de la vie d'Hugo, m'a calomniée, puis a feint une tentative de suicide pour me faire passer pour le monstre.
« Pute ». C'est le mot que Hugo m'a jeté à la figure, le même qu'ils avaient utilisé pour détruire Manon. Ils pensaient m'avoir anéantie.
Mais ils ignoraient ma véritable identité, la force inflexible de ma haine froide. Ils avaient juste signé leur arrêt de mort. Cette nuit, la vraie Chloé Dubois se lèvera. Et la vérité, brutale et implacable, ouvrira leurs yeux pour la dernière fois.
Mon plan a commencé il y a trois mois, le jour où j'ai orchestré ma "rencontre fortuite" avec Hugo dans un marché bio de Saint-Germain-des-Prés. Je savais qu'il fréquentait ce genre d'endroits pour soigner son image de golden boy de La Défense. Je savais tout de lui, et surtout, je savais qu'il était la porte d'entrée vers elle. Léa. La fille qui a détruit ma seule amie, Manon.
Manon est dans un lit d'hôpital en Suisse, dans un état végétatif. Elle est la raison pour laquelle j'ai abandonné ma vie à New York, pour laquelle je vis dans une chambre de bonne de 9m² alors que mon père possède la moitié de l'avenue Montaigne. Pour elle, je suis devenue Chloé, une étudiante en histoire de l'art à la Sorbonne, un peu naïve, follement amoureuse.
Ce soir, c'est le premier test. Un apéro chez Hugo.
J'arrive, une bouteille de Sancerre à la main, un sourire parfaitement étudié sur les lèvres. L'appartement est rempli de ses amis, des jeunes hommes en chemise qui parlent fort de finance et de sport. Et puis, je la vois.
Léa est assise sur l'accoudoir du fauteuil d'Hugo, presque sur ses genoux. Elle est exactement comme sur ses photos Instagram : jean troué, débardeur un peu lâche, un air faussement négligé. Elle me dévisage de haut en bas.
« Alors c'est toi, la nouvelle copine de mon Hugo. »
Sa voix est rauque, un peu vulgaire. Elle ne se lève pas. Elle ne tend pas la main.
Je garde mon sourire.
« Bonjour, je m'appelle Chloé. Enchantée. »
Hugo se lève, un peu mal à l'aise. « Chloé, je te présente Léa, ma meilleure pote. »
Léa rit, un son sec. Elle prend le verre de vin d'Hugo et en boit une grande gorgée, ses yeux fixés sur moi. C'est une déclaration de guerre.
« Meilleure pote, c'est ça. On se connaît depuis le bac à sable, nous. Pas vrai, mon cœur ? »
Elle passe une main dans les cheveux d'Hugo. Il ne la repousse pas. Il rit, flatté.
« Arrête tes conneries, Léa. »
La tension est palpable. Les autres invités nous regardent en silence. C'est exactement ce qu'elle voulait. Me mettre mal à l'aise, me montrer que c'est son territoire.
Elle se tourne vers moi. « Alors, la Sorbonne ? Histoire de l'art ? Ça doit être chiant à mourir. Tu veux devenir quoi ? Guide de musée ? »
Elle se moque ouvertement. Elle me catalogue : "bourge", "coincée", "ennuyeuse". La proie parfaite.
Je réponds avec une douceur désarmante, une pointe de fausse innocence dans la voix.
« Je ne sais pas encore. J'aime juste les belles choses. Mais dis-moi, et toi, qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Ça a l'air passionnant. »
Mon regard est sincère. Ma question est polie. Mais c'est un piège. Je sais qu'elle n'a pas de vrai travail, qu'elle vit de ses placements de produits sur Instagram et de la générosité des hommes qu'elle manipule.
Elle est déstabilisée. Son sourire s'efface une seconde.
« Moi ? Je suis libre. Je ne suis pas une petite bourgeoise qui a besoin de papa et maman. »
La voilà, l'attaque attendue. Elle utilise son histoire, celle de la fille des banlieues qui s'est faite toute seule, pour se poser en victime et en héroïne.
Hugo ne dit rien, il semble apprécier la situation, être le centre de l'attention de deux femmes. Sa passivité est la même que celle qui a condamné Manon.
Je baisse les yeux, l'air un peu triste.
« Je suis désolée si je t'ai offensée. Ce n'était pas mon intention. »
Ma soumission la prend au dépourvu. Elle s'attendait à un combat, à des larmes. Je ne lui donne rien. Je la laisse seule avec sa propre agressivité. Les autres invités se détendent, recommencent à parler. J'ai gagné la première manche. Elle a l'air mesquine, et moi, je suis la gentille fille attaquée sans raison.
Je me tourne vers Hugo et lui souris, comme si de rien n'était.
« Ton appartement est très joli, chéri. »
Il me sourit en retour, soulagé. Il est si prévisible.
Pendant que je l'aide à servir le vin, j'entends Léa murmurer à un de ses amis en me regardant : « Elle ne va pas faire long feu, celle-là. »
Je continue de sourire. Elle n'a aucune idée de ce qui l'attend.
Les jours suivants, la guerre froide a commencé. Léa ne m'attaquait plus directement, mais elle utilisait son arme favorite : Instagram.
Dans ses stories réservées à ses "amis proches", dont Hugo faisait évidemment partie, elle postait des mèmes sur les "filles coincées" ou des citations sur "l'authenticité des vraies amitiés". C'était puéril, mais efficace. Hugo voyait ces piques quotidiennes, et cela entretenait l'idée que j'étais une intruse.
Je n'ai pas réagi. Au contraire, j'ai joué mon rôle à la perfection. Je suis devenue la petite amie idéale, celle qu'on voit dans les films.
Le week-end suivant, j'ai organisé un pique-nique au parc des Buttes-Chaumont pour Hugo et ses amis. Pas des chips et de la bière. Non. J'ai préparé une quiche lorraine maison, une salade composée colorée, des mini-sandwichs au saumon et à l'aneth, et un gâteau au chocolat fondant. J'ai apporté une nappe à carreaux, de vrais verres à vin et des serviettes en tissu.
Quand ils sont arrivés, ils étaient stupéfaits.
« Wow, Chloé, t'as fait tout ça ? » a demandé l'un des amis d'Hugo.
« C'est rien, j'adore cuisiner. »
Léa, qui était venue en jogging, les mains dans les poches, a levé les yeux au ciel.
« Un peu cliché, non ? La parfaite petite fée du logis. »
Personne n'a ri. Les autres étaient trop occupés à dévorer ma quiche. Sophie, la petite amie d'un des garçons, s'est assise à côté de moi.
« C'est délicieux, Chloé. Ne l'écoute pas, elle est juste jalouse. »
J'ai souri à Sophie. C'était le début de mon alliance.
Pendant que les garçons jouaient au football, je suis restée avec Sophie et l'autre petite amie présente, Camille. Je les ai écoutées, j'ai posé des questions sur leur travail, leurs passions. Je ne parlais pas de moi. Je leur donnais de l'importance.
Léa a essayé de s'incruster, de lancer des blagues graveleuses pour attirer l'attention des garçons, mais ça ne prenait pas. L'ambiance était différente. Ma "féminité" douce et attentionnée contrastait trop fortement avec son agressivité de "mec manqué". Pour la première fois, elle n'était plus le centre de l'attention. Elle était juste la fille mal élevée qui gâchait un joli pique-nique.
Mon plan fonctionnait. Je ne cherchais pas à la détruire frontalement. Je la rendais simplement obsolète.
Dans mon petit studio, le soir, je regardais des photos de Manon. Des photos d'avant. Quand elle souriait, ses yeux pétillant de vie, parlant de son rêve d'ouvrir un petit bistrot. C'est Léa qui a éteint cette lumière. Léa, et son père. Et Hugo, qui n'a rien fait.
Ma haine était une flamme froide et constante. Chaque sourire que j'adressais à Hugo, chaque plat que je cuisinais, chaque mot gentil que je prononçais était un pas de plus vers ma vengeance.
Je ne suis pas une gentille fille. Je suis l'héritière d'un empire. Et j'ai appris de mon père que pour gagner une guerre, il faut contrôler le terrain. Le terrain, ici, c'était le cercle social d'Hugo. Et j'étais en train de le conquérir, centimètre par centimètre.