Alors que le premier flocon tombait, on l'entendait chuchoter les secrets d'un comte hivernal prêt à commencer...
Un comte, non pour moi tout ceci ressemble à un cauchemar, alors que je descends de l'avion dans un pays dans lequel je ne pensais jamais venir... L'Islande... et surtout des températures négatives et de la foutue neige qui va faire onduler mes cheveux, même emmitouflé sous ce bonnet en laine.
Vous vous demandez certainement comment est-ce que je suis passée de Barcelone, où en cette période de l'année il fait trente degrés à l'ombre, à cette ville dont je ne saurais prononcé le nom oralement.
En fait, je suis invitée au mariage de ma meilleure amie de lycée, qui a tenu à porter une robe de la collection de ma marraine, assortie avec des bijoux uniques que j'ai confectionnés. L'idée en elle n'était pas stupide, si cela avait été sur une terre civilisée où je ne dois pas mettre une tonne de baume sur mes lèvres, pour qu'elles ne craquèlent pas.
Ma mère m'a pourtant fait une liste bien spécifique de produits à utiliser par ce genre de temps, mais j'ai l'impression que ma peau me brûle déjà le visage par ce froid. Je baisse un peu mes lunettes de soleil, cherchant ce foutu bus trente que je dois prendre pour rejoindre le chalet qu'elle a loué, dans un coin encore plus perdu qu'ici. La connaissant, elle a loué un truc au milieu de volcan et de geysers, dans lesquels je vais y finir engloutie. Blague de mon cher père quand je lui ai dit où je me rendais, sans me rappeler, que je pouvais oublier les petites tenues moulantes et short ras des fesses. D'un côté, cela l'arrange que ce soit dans un bled pareil, il est certain que je vais devoir me tenir à carreaux, puisque je ne pourrai utiliser mon corps pour la gente masculine. Mais il a oublié un détail, j'ai un atout de taille dans mon regard noisette, tout comme lui l'a utilisé avec maman. Mais d'un autre côté, loin de moi de vouloir batifoler avec un esquimau.
- Pardon, m'excusé-je en cognant un homme en passant.
- Tu pourrais regarder où tu vas ?! me balance-t-il et je m'arrête net en battant des paupières en le regardant.
Non, je ne suis pas sous le charme de son regard bleu, troublant et totalement intense posé sur moi, mais bien ahurie de la façon dont il vient de me parler.
- Quoi ?! lance-t-il voyant que je continue de le fixer.
- Un esquimau, fais-je avec un rictus narquois sur les lèvres.
- Tu me traites d'esquimau ? me demande-t-il vexé et je souris de plus belle.
- Ouais tu sais, un inuit... les gars avec de la peau d'animaux comme vêtement, qui mangent du poisson cru, lancé-je sur un ton sérieux.
Il esquisse un sourire amusé, et se penche vers mon visage où son souffle me chatouille. Je ne bouge pas d'un pouce, il m'en faut plus pour me faire tressaillir...
- Mais tu es une petite comique, sourit-il, mais fais attention que je ne fasse un trou dans le lac et que je t'y plonge.
- Je suis une excellente nageuse, lui fais-je pas du tout impressionnée.
- Tu as juste oublié un détail... une fois dans l'eau, je refermerai le trou pour que ton air hautain, n'éclabousse plus les gens.
- Mon-
Je scelle mes lèvres à l'instant, quand son ami blondinet lui tape sur l'épaule pour le prévenir que le bus arrive. Je lève les yeux au ciel, jurant déjà que ce séjour commence déjà bien, puisque ce mec prend le même bus que moi. Je suis le mouvement pour monter dans le bus, et je m'arrange pour me trouver à plusieurs banquettes de ce mec et son pote, qui entre parenthèse, n'est pas mal. Dommage qu'il fréquente ce genre de mec qui se prend pour un tombeur avec ses yeux bleu, presque transparent.
Je me cale sur mon siège, et je ferme les yeux, sachant que nous en avons pour un moment avant d'arriver à destination de ce nom imprononçable. Je repense à mon départ de Barcelone, où j'ai laissé Stefano, avec sa question en suspens. Car oui, d'après ma mère, je ne suis plus à cœur à prendre depuis longtemps, puisque j'entretiens une relation ambiguë avec lui depuis mon arrivée à Barcelone. Malheureusement, si je l'aimais tant que cela, je ne flirterais pas à gauche ou à droite dès que l'occasion se présente. Papa me dit de profiter de ma jeunesse, mais il me sermonne quand même quand je suis en webcam, et qu'il voit mes yeux vitreux, et encore imbibés d'alcool de la veille. Genre, tu sais ce qui peut arriver à une fille comme toi ?! Ou j'ai droit aux remontrances sur ma façon de me maquiller, qui est pourtant loin des produits de maman qui est mannequin. Je soupire une fois de plus, en sachant qu'à mon retour, je devrai enfin être sincère avec Stefano. Mais honnêtement, même si je l'aime beaucoup, il est beaucoup trop gentil pour moi... Mais d'un côté, je ne supporterais pas un mec qui me tiendrait tête... C'est moi qui mène la dance et pas le contraire !
- La vue est magnifique, dit une femme dans la rangée à côté.
J'entrouvre un œil, m'attendant à voir de la neige... ou une montagne, enfin un truc dans ce genre qui me conforterait à l'idée de rentrer en vitesse à Barcelone. Mais mon regard est ébloui en un instant par ce qui se trouve devant moi. Une immense montagne semble juger la capitale qui apparait enfin, et j'ai l'impression de voir une véritable carte postale à cet instant. Papa serait vraiment heureux de venir dans un tel endroit, pour prendre des tas de ph-
- Duncan, tu auras tout le temps de prendre des photos pendant le séjour, fait le blondinet.
Alors que j'ai réagi au son du clic de l'appareil photo qu'il tient en main. Ce n'est pas n'importe lequel, c'est un Nikon D810, papa en a un dans son atelier...mais il l'utilise rarement, seulement pour les voyages avec maman et Jack. Je suis étonnée qu'un idiot pareil, utilise un tel matériel de pointe alors que papa n'arrête pas de rabâcher que cet appareil photo coute la peau du c..
Je me retourne instantanément, au moment où son regard amusé se porte dans le mien, et je glisse ma main dans mes cheveux.
- Intéressant, l'entendé-je dire alors que nous arrivons enfin en ville.
Je ne sais pas de quoi il parle et je ne veux pas le savoir. Moi, je suis pressée de descendre de ce bus et de rejoindre Noëlla, pour enfin boire quelque chose qui réchauffera mon corps. Mes prières sont vite exaucées, et je me presse de descendre pour apercevoir ma blonde préférée qui n'a pas changée d'un pouce depuis qu'on se connait.
- Lyly-Rose ! s'écrie-t-elle en me rejoignant accompagné d'un grand brun.
Je reconnais son gars pour être son fiancé, et futur marié.
Après une accolade de folles comme nous aimons faire, je reprends ma valise, bien pressée de rejoindre enfin un endroit chaud.
- Il m'a pourtant certifié qu'ils seraient dans ce bus, lui fait son fiancé.
Je fronce un sourcil à cet instant quand son visage s'illumine, et je me retourne, pour remarquer le blondinet qui descend, suivi du gars hautain aux yeux bleu.
- Ton frère n'avait pas menti ! lance Noëlla à son fiancé qui s'empresse de les rejoindre.
- Son frère ? répété-je.
Ne me dites pas que... mais c'est bien dans les bras de cet idiot qu'il se lance, alors que moi, je comprends à cet instant, que mon séjour va être un calvaire, si on doit cohabiter ensemble durant quinze jours...
Lyly-Rose
-Bienvenue à Reykjavik, la baie des fumées ! fait le fiancé de Noëlla dont j'ai oublié le prénom.
Non pas qu'il soit difficile à retenir, mais si ce n'est pas une personne qui m'intéresse, je ne retiens pas vraiment les prénoms. Puis, assise sur la banquette arrière, à quelques centimètres de cet idiot, je n'ai pas envie de commencer à regarder tout ce qui se passe autour de moi, ni de jouer les touristes. Moi, ce dont j'ai envie là, c'est d'un bon bain chaud, et de pouvoir boire un verre d'alcool bien corsé pour me réchauffer. Et surtout effacer le fait que cela fait plus de neuf heures que je n'ai pas bu une goutte, et mon corps semble être sur le point de s'effondrer. Non, je déconne... Mais j'aimerais digérer le fait que je vais devoir me coltiner l'autre idiot durant les quinze jours à venir, il ne manquerait plus qu'il soit garçon d'honneur et que je doive me taper une danse avec lui durant le mariage. Pour le coup, je préfère me casser une jambe.
Aussitôt dit, aussitôt fait, puisque en sortant de la Jeep, je manque de m'étaler comme une grosse merde dans la neige fraiche qui se trouve devant moi.
- Je serais toi, j'irai acheter de vraies bottes, me fait cet idiot amusé alors que je me tiens à la veste de son copain qui m'a empêché de tomber.
- C'est vrai que tu t'y connais en chaussures ! rétorqué-je en voyant les grosses bottines qu'il a au pied.
-Esquimau va, grommelé-je.
- Il a raison, me fait Noëlla en m'attrapant le bras, nous irons en acheter après que vous vous soyez installés.
- Tu es certain qu'ils sont frères ? lui demandé-je alors que son fiancé semble tellement souriant en prenant les valises.
- Tu apprendras à connaitre Duncan, et je suis certaine que tu l'apprécieras aussi, me dit-elle certaine d'elle en montant les marches du chalet.
- Moi, apprécier cet esquimau, souris-je narquoisement et Noëlla se met à rire.
Bien sûr que la situation l'amuse, et je suis certaine qu'elle a eu un malin plaisir en choisissant nos chambres, puisque ma chambre se trouve face à la sienne. On va oublier l'idée de dormir en string, il est capable de venir me prendre en photo. J'ai une mauvaise image des photographes à cause de mon père et des ses fresques dans sa jeunesse, dont je ne sais pas tout. Enfin, ce n'est pas parce qu'il a un appareil hors de prix, qu'il est photographe. Noëlla m'a expliqué que son fiancé venait d'une famille aisée, mais il va surtout falloir qu'elle me rappelle pourquoi elle se marie dans un bled pareil, alors que nous sommes tous américains.
- Je te laisse le temps de ranger tes affaires, me fait-elle alors que son fiancé l'appelle au rez-de-chaussée, et n'oublie pas d'appeler ton père pour lui dire que tu es bien arrivée.
- Je devrais peut-être lui proposer de nous rejoindre, lui fais-je sur un air narquois et elle se met à rire en sortant de la chambre.
Non qu'elle n'aime pas mon père, mais elle a eu le béguin pour lui dès qu'ils se sont rencontrés la première fois. Et il faut dire que mon père s'amuserait à mettre tout ce petit monde mal à l'aise... mais pour cela, je n'ai pas vraiment besoin de lui...
Duncan
- Je suis content qui tu aies su te libérer, me dit mon frère pour la dixième fois en une heure que nous sommes là.
- Je suis le seul qui soit positif quant à ce mariage, dois-je te rappeler ? en sortant mes appareils photos de mon sac.
Un pour chaque occasion, bien que le Nikon D810 soit celui que j'utilise principalement, puisque mon boulot est de prendre des vues touristiques pour un magazine de vacances. Mon frère n'est pas idiot, et il sait que je suis venu ici, un peu pour le boulot. Car il faut dire que dans notre famille, nous sommes tous éparpillés un peu partout, et surtout, nous ne nous parlons pas vraiment. D'ailleurs, ce mariage en Islande se fait en tout petit comité, d'après ce qu'il m'a dit, puisque les parents de Noëlla sont décédés il y a quelques années, et nos parents... ben, ce sont nos parents...
- En tout cas, merci à toi et Ayden d'être venu.
- J'aurais eu un peu de mal de faire les photos de l'église, en étant ton témoin, souris-je, et puis, nous sommes tous amis.
Damon acquiesce, et je sais qu'il est ému de la situation. Voilà la différence entre mon frère et moi, je suis simpliste, sans prise de tête et j'aime profiter de chaque instant. Lui quant à lui, est le genre de gars qui suit un trait depuis toujours, et qui ne connait pas vraiment le terme « s'amuser ». Donc, j'espère que pendant ces quinze jours, je vais pouvoir faire de lui un bout en train... Enfin, en évitant de m'approcher de cette nana, qui semble bien hautaine avec son regard de braise. Et pourtant, tout à l'heure dans le bus, j'ai eu un aperçu intéressant de son regard noisette, assez illuminé.
- Au fait, sois cool avec Lyly-Rose ! me lance-t-il.
- Qui ? demandé-je perdu ?
C'est là qu'il ouvre la porte, et que Noëlla et cette nana sortent de la chambre juste en face.
- Yepa ! lancé-je en lui souriant.
La nana m'ignore totalement, mais j'ai bien eu le temps de voir son regard narquois croisé le mien avant qu'elle ne se détourne.
J'ai l'impression que ses petites vacances avec mon frère et sa fiancée, vont être bien amusantes avec elle. En tout cas, mon frère passe déjà sa main dans ses cheveux, en levant les yeux au ciel. Et oui, on ne me changera pas ! J'aime affoler les filles, et surtout les petites pestes dans son genre...
- Bon, je te laisse t'installer, puis nous irons faire des courses pour la soirée.
- Rassure-moi, on peut boire ? lui demandé-je en sachant que ce n'est pas trop son truc.
- Avec modération ! me lance-t-il.
- Tu devrais savoir que mon deuxième prénom est modération ! lui lancé-je en tapant sur son épaule avant qu'il ne quitte la chambre.
Je passe ma langue sur mes lèvres, en me retournant et regardant la vue sur les montagnes que nous avons du chalet, et je souris. Je pense que je vais pouvoir faire des photos exceptionnelles ici, et peut-être enfin pouvoir avoir un vrai contrat avec l'agence de voyage. Car je n'en ai pas parlé à mon frère, mais je suis un commis comme on dit... et si je ne trouve pas un vrai contrat, je vais devoir rentrer chez nos parents en Floride... ce qui ne m'enchante vraiment pas du haut de mes vingt-trois ans... Mais bon, nous sommes là pour nous amuser, donc je vais éviter de me faire du mouron pour l'instant...
Lyly-Rose
Après avoir enfin pris une bonne douche bien chaude, je sors de ma chambre pour aller rejoindre Noëlla avec qui nous allons aller me chercher des bottes. Pas de ces merdes espagnoles qui glissent...
Arrivée en bas des escaliers tournants, je remarque qu'il n'y a personne dans le chalet et je me dirige vers la grande cuisine, afin de voir s'il n'y a pas un truc à boire. Et quand je dis cela, je parle bien d'un alcool fort qui me permettra de supporter les températures glaciales de ce pays. Et dire que papa me disait « Vas-y ma princesse, tu verras comme c'est magnifique ! Les geysers, les aurores boréales, les sources d'eau chaude, la vue sous la neige... bla bla bla » Tu parles, je suis déjà congelée, rien qu'en regardant par les grandes fenêtres du chalet, où on peut voir cette foutue neige qui tombe.
- Je pense que je peux oublier de lisser mes cheveux durant le séjour, grommelé-je en décapsulant une bière.
- Yepa, il n'est pas un peu tôt pour boire ?
Je lève les yeux au ciel... il n'est pas encore parti pêcher... et possible se noyer dans un lac celui-là ! J'avale ma gorgée de bière, le laissant passer devant moi pour aller à la machine à boisson chaude.
- Cela doit être le décalage horaire, répondé-je en me détournant de lui.
- C'est vrai que tu as un décalage de huit heures avec Seattle. D'ailleurs, cela se voit à tes cernes, me fait-il en touillant son chocolat chaud.
- D'où j'ai des cernes, crétin ! m'exclamé-je ahurie, et en plus je viens d'Espagne, crétin d'esquimau !
- Crétin d'esquimau, rit-il d'un franc sourire.
- Tu préfères que je t'appelle « Inuit » ? lui demandé-je en me penchant sur la table où il s'est assis.
Je plonge mon regard le plus narquois dans le sien, et il tient celui-ci avec un sourire amusé sur les lèvres.
- Yepa, je sens qu'on va bien s'amuser durant ces vacances, me fait-il en portant son chocolat à ses lèvres.
- Tu n'as pas idée, rétorqué-je en me redressant.
Mon regard flamboie du défit que ce crétin vient de me lancer... mon pauvre, j'ai été élevée par le plus grand condescendant de la terre, et des petits con comme toi, j'en mange tous les jours au petit déjeuner. Mon cher esquimau, tu n'es pas encore prêt à passer des vacances d'enfer en ma compagnie.
- Lyly-Rose, tu aurais dû me dire que tu étais déjà descendue, fait Noëlla en arrivant avec Damon dans la cuisine.
- Nous en profitions pour faire connaissance, lui répond cet idiot.
- Ayden est déjà dehors pour aller aux courses, fait Damon à son frère alors que j'affonne le reste de ma bière.
Celui-ci achève son chocolat chaud, et il met sa tasse dans le lave-vaisselle avant de me sourire. Je lui rends son sourire d'idiot, et je lève les yeux au ciel quand il se tourne vers son frère.
- Au fait belle-sœur, il y a une boutique de Damart dans la rue principale. Tu devrais y emmener ton amie, avant que le petit pois qui lui sert de cerveau, ne gèle.
- Dunkan ! s'exclame son frère alors que je cligne des paupières devant le regard amusé de cet abruti.
Noëlla me fait les grands yeux, me voyant serrer la bouteille entre mes doigts. Bien entendu qu'elle me connait pour ne pas supporter ce genre de petit con, mais je souris en regardant son fiancé.
- À propos, tu devrais acheter du poisson frais pour l'esquimau.
- Quel esquimau ? me demande-t-il perdu.
- Sérieux, fais un test pour voir s'il n'a pas été adopté ! lancé-je à Damon en souriant à Noëlla qui se retient de rire.
En effet, le ton est donné pour ses charmantes vacances...
Duncan
- Vous devriez faire un effort tous les deux, me fait mon frère alors que je regarde ce que nous allons prendre à boire avec le souper.
- Qui ? Moi et Ayden ? Ne t'inquiète pas, je ne compte pas me saouler, souris-je en prenant du Rhum.
- Je parlais de toi et Lyly-Rose.
- Yepa ? Je n'ai rien fait, ni dit de répréhensible, lui fais-je remarquer en prenant une deuxième bouteille.
- Frérot, Noëlla adore son amie, et je n'ai pas envie-
- Arrête de stresser, le coupé-je en plongeant un regard amusé dans le sien de le voir si tendu, nous n'allons pas nous battre. Et c'est juste amusant de la voir s'irriter.
- Tu devrais y aller molo, elle n'est pas si docile que cela d'après Noëlla. Elle n'aime pas vraiment qu'on lui tienne tête.
- Au fait, tu lui as dit que j'avais été adopté ? lui demandé-je en lisant ce qu'il y a écrit sur l'affiche des promotions.
- Non... enfin...
- Je ne t'en veux pas si c'est le cas. Après tout, ce n'est pas un secret que je ne sois pas vraiment ton frère. Enfin point de vue maternelle...
Damon glisse sa main dans ses cheveux, tout en pinçant ses lèvres. Je sais qu'il n'aime pas que je lui rappelle le fait que nous n'ayons pas la même mère. Il faut dire qu'étant mon ainé, sa mère et notre père m'ont adopté par compassion. Après tout, je suis le fils de la sœur de sa mère...
- Moi, je la trouve géniale.
- Ayden, venant de toi ce n'est pas un avis intéressant, lui fais-je remarquer en regardant les filles qu'ils regardaient il y a à peine deux minutes, tu sauterais sur tout ce qui bouge.
- C'est pour cela qu'on est inséparable ! me lance-t-il en faisant un check.
Sauf que pour moi, la différence, c'est que vu que je ne reste jamais à la même place, je peux me permettre ce genre de fresques. Mais lui restant à Philadelphie, je pense qu'il va arriver un moment où il n'y aura plus assez de filles en ville pour lui. Enfin, ce n'est que mon avis personnel. Car moi en ce qui me concerne, je ne suis pas contre de me caser... loin de là... j'ai toujours voulu trouver quelqu'un qui aurait la patience de m'attendre entre mes déplacements. Le plaisir de rejoindre le bitume de la maison, en sachant que l'on m'attend et que l'on m'aime. C'est étrange pour un garçon qui a vécu plus en compagnie de son frère, qu'avec ses parents, et qui n'est pas censé vouloir ce genre de choses. Et pourtant, malgré mon caractère, et mes fresques sexuelles, j'aimerais trouver la nana qui me comblera et me donnera envie de rentrer au plus vite à la maison.
Et alors que nous rentrons au chalet, et que Damon rejoint Noëlla pour l'embrasser, comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des jours, je souris en les regardant. Mon frère a trouvé celle qui lui donne envie de rentrer à la maison, et c'est le plus important en ce moment.
Lyly-Rose
Plongée dans l'eau moussante du bain, je profite de me réchauffer encore une fois. Noëlla et moi, nous avons dévalisées trois boutiques, et si j'ai encore froid mes orteils avec les bottes d'esquimau que j'ai achetées, je fracasse la vendeuse. En tout cas, une chose est certaine, à mon retour à Barcelone, je me fais rembourser les autres...
Je regarde mon portable, posé sur le tabouret avec de l'hésitation dans le regard. J'ai déjà une dizaine de messages de Stefano, et je ne lui répondu à aucun. Non pas que je n'ai rien à dire, mais certainement pas ce qu'il attend de ma part. Notre relation est pour moi parfaite, pas de menottes aux poignets qui m'empêchent de batifoler comme je le veux, et surtout pas d'obligations. Car voilà bien quelque chose que je ne supporte pas. J'aime mon indépendance, et c'est une force que mon père m'a accordé sans détour. Alors, l'idée de me fixer, et de plus à mon âge... non merci ! Mon portable sonne et je sursaute presque, craignant que ce soit lui. Mais je reconnais la photo de ma sublime maman s'afficher, et j'essuie mes mains avant de l'attraper et de répondre.
- Bonjour maman.
- « C'est plutôt bonsoir pour moi » rigole maman.
- Ah oui le décalage, me rappelé-je.
- « Papa m'a dit que tu l'avais appelé et que tu étais déjà en hypothermie », rit-elle.
- Sérieux, il fait moins mille ! m'exclamé-je en pensant à mes pauvres orteils, et je ne parle pas des esquimaux de ce pays.
- « Des esquimaux ? Ma chérie, tu en Island, pas au pôle Nord » rit maman.
- Alors, ce mec vient du pôle Nord ! balancé-je en pensant au ton condescendant avec lequel il me parle.
- « Je vois. Mais pense d'abord à Noëlla, elle te considère comme sa sœur depuis le lycée. Ne fais rien qui mette une mauvaise ambiance lors de ce séjour. »
- Je sais, maman. Tu n'as pas besoin de me le rappeler. Et puis, si jamais ce mec me saoule, je le castrerai pour le reste du séjour, jubilé-je à l'idée.
- « Lyly-Rose Hanson ! »
- Je plaisante maman, la calmé-je.
Mais je ris intérieurement, en imaginant très bien mes orteils, écraser ce qui se trouve entre ses jambes pour en faire un soprano... ou alto... enfin, il couinerait, au lieu de parler. L'image est d'ailleurs plutôt plaisante. Je laisse maman me raconter la énième dispute entre grand-mère et marraine, et que papa comme toujours, a fini par s'enfermer dans son atelier pour ne plus les voir. Franchement, papa a une patience incroyable avec elles... personnellement, je les aurais balancées du balcon depuis longtemps. Mais bon, maman est un vrai anti-stress pour lui... enfin, si elle est dans les parages...
Je promets à maman de faire des efforts en ce qui concerne l'esquimau, et nous raccrochons. J'inspire profondément avant de mettre ma tête sous l'eau... au moins, elle n'a pas parlé de Stefano...
Une fois les cheveux séchés et habiller, je regarde le paquet de cigarette dans ma table de nuit. Je sais que j'ai promis à maman d'arrêter de fumer... mais j'ai aussi promis de me tenir convenablement. Alors, une cigarette ne me fera pas de mal, avant de manger avec l'esquimau. Je décide de m'emmitoufler dans la grosse couverture à carreaux qui se trouve sur le fauteuil, et je rejoins le balcon de la chambre pour me la griller tranquillement. J'avoue que ce n'est pas une laide vue, même si j'ai l'impression qu'il fait moins deux mille maintenant. Mais la vue du chalet sur les lacs autours et les montagnes, au coucher de soleil, est vraiment très beau. D'ailleurs, je suis certaine que papa serait déjà en train de les prendre dans son objectif. Détournant mon regard, en tirant sur ma cigarette, j'aperçois l'esquimau au fond du terrain sur une bute. Plissant mon regard, je remarque vite qu'il photographie la vue que nous avons. Je m'avance un peu plus pour le regarder, et alors que j'expire ma fumée de cigarette, comme s'il m'avait entendue d'où il était, il se retourne objectif toujours à l'œil dans ma direction, et je lui offre mon plus beau doigt d'honneur avant d'écraser ma cigarette. L'esquimau à cet instant, me sourit...
- Pauvre con ! balancé-je en retournant dans ma chambre.
Et merde, du coup, le souper va être intense.