JE NE PEUX PAS MOURIR, CELUI QUI MEURT OUBLIE
Louis Aragon
Je tente un vague sourire mais, mon reflet ne me répond que par une grimace. Du bout des doigts, je retire une saleté collée au miroir qui me fait face et me dévisage. J'ai un teint cadavérique, quelques heures au soleil amélioreraient sûrement cela, mais ici, il n'y a pas de soleil. Mon nez est légèrement retroussé, mes yeux bleus semblent sombres, entourés de cernes magistrales, c'est un spectacle auquel je me suis habitué, les cernes, la pâleur, les lèvres pleines et pulpeuses légèrement sèches, mes pommettes rosies et mes cheveux bruns ternes, presque noirs. Disons que je m'accorde plutôt bien à l'environnement.
- 614 ! je sursaute et fais face à Mr Darrow, celui-ci détaille mon corps d'un regard sévère. Encore en train de rêvasser ! Dépêche-toi !
- Navrée, Monsieur Darrow, j'y vais de ce pas.
Je récupère un élastique à cheveux et file, sentant son regard appuyé sur la courbe de mon dos.
- 614 ?
Je m'arrête net et ferme les yeux, lèvres pincées, prête à recevoir l'impact.
-Un problème, Monsieur ?
- Viens là.
Ma respiration s'accélère, je serre les poings et m'avance de quatre pas, laissant un mètre entre nous. Il s'avance, me dominant de sa haute taille. Je recule, mon cœur s'accélère. Il esquisse encore quelques pas dans ma direction et attrape un pan de ma tunique.
- Ta tunique est mal mise.
Je recule encore, mais mon dos se retrouve vite plaqué contre le mur, me voilà sans issue. Il s'approche encore, je sens son souffle sur ma joue, je frissonne de dégoût et ferme les yeux. Il passe sa main sous ma jupe et remonte le long de ma cuisse. Je n'ai rien mangé et, pourtant, un haut le cœur me prend. Cet homme doit approcher de la cinquantaine alors que je n'ai que dix-neuf ans. Son haleine putride m'empêche de respirer correctement, je suffoque. Je ne peux plus. Il me répugne.
Me servant de toute ma force, je le repousse des deux mains. Pris de surprise il ne réagit pas de suite, me laissant le temps de filer dans le couloir adjacent. Je suis rapide, mais il l'est plus. Quelle idiote j'étais de croire pouvoir lui échapper, c'est pire maintenant.
J'entends ses pas se rapprocher alors que j'atteins le grand escalier. Si j'arrive au sommet je serais dans le flux des autres et il ne pourra pas me rattraper. Mes pieds foulent le sol sans relâche, je grimpe les premières marches quatre à quatre en priant pour atteindre le couloir principal.
Malheureusement, les rêves sont trop beaux pour être vrai. C'est pourquoi ce sont des rêves. Il attrape mon poignet, m'arrêtant dans ma course et me tirant en arrière. Je dégringole les escaliers, évitant de peu la chute je me redresse, le regard fixé à mes pieds.
- Petite peste !
Sa voix est dure et son regard empli de mépris.
Soudain, ma joue me brûle et je suis au sol. Je mords ma lèvre inférieure pour ne pas crier alors que je sens le métal froid s'abattre sur mon dos. J'enfonce ma tête dans mes mains et me recroqueville sur le carrelage. Je n'entends rien, comme si j'étais soudainement coupée du monde extérieur. Je suis seule. Avec la douleur. La douleur intense. Puissante et persistante. C'est loin d'être la première fois que l'on me bat et, pourtant, c'est toujours aussi douloureux. N'y devient on jamais habitué ? J'en doute.
Et tout s'arrête. Tout est calme à nouveau. Mes oreilles sifflent et mon corps tremble. Je me sens faible, mais il faut que je me lève. Je dois me lever. J'essaie, mais mon corps ne me répond plus. Je ne peux même pas soulever mon bras, il me semble être enfermé dans une carapace inanimée. Les yeux à demi ouverts je n'arrive pas à percevoir clairement ce qui m'entoure, ma vision est floue. Un goût de sang envahit ma bouche, salé, métallique. J'aimerais me lever, me rincer la bouche et quitter cet endroit maudit. Encore un rêve inaccessible. Si au moins je pouvais perdre connaissance et ne jamais m'éveiller je serais délivrée.
Je n'entends aucun « lève-toi », aucun « petite peste » je perçois seulement le sol s'éloigner de moi. Je suis soulevée par de puissants bras, mon visage se retrouvant collé à un doux tissu. Qui est-ce ? Certainement pas Monsieur Darrow, il ne dégage qu'une odeur pestilentielle alors que le tissu contre lequel mon visage repose sent plutôt bon. Mon corps étant plaqué contre le torse de l'inconnu, je crois sentir des muscles plutôt fermes roulés sous sa peau chaude. C'est un rêve. Je rêve, c'est certain, j'ai du recevoir un coup trop puissant et me voilà inconsciente à rêver d'un ange venu me sauver. Ou peut-être suis-je morte. Est-ce cela la mort ? Tout est calme, silencieux, réconfortant, nous faisant oublier la douleur et les problèmes, les chagrins et les rêves inatteignables. Mais je ne peux pas mourir, celui qui meurt oublie. Je ne veux pas oublier, ni le sourire de ma mère, ni les bras réconfortant de mon père et sûrement pas ce que j'ai subis les quinze dernières années. J'aimerais vivre encore, et voir le monde extérieur, sentir le soleil sur ma peau, le vent dans mes cheveux, j'aimerais entendre le gazouillis des oiseaux, voir la course souple de la biche. J'aimerais sentir la pluie dégouliner sur mon corps frêle et la neige se reposer sur mes cils. Je ne peux pas mourir.
Je puise dans mes dernières forces pour ouvrir les paupières sur mon sauveur. Des boucles brunes retombent sur ses yeux aussi bleus que les miens, bleus agités et sombres, sous son nez droit se trouve des lèvres pleines et bien dessinées. Il penche son visage angélique vers moi et me sourit malicieusement.
Puis mes forces me lâchent, je laisse ma tête retomber en arrière. Tout est noir. Mais je sais une chose.
Mon ange est Satan.
* * *
Ma tête est surélevée par un objet mou, duveteux, doux, parfait. Mon corps, quant à lui, repose sur une chose bien plus agréable que mon matelas habituel, mon corps est donc bien moins engourdi que la plupart du temps. Et je n'ai pas froid, pourtant la couverture qui me recouvre est légère. Je porte quelque chose de doux, de soyeux, clairement pas ma tunique de coton rugueuse, ce tissu s'apparente plus à de la soie. Je n'ose pas ouvrir les yeux de peur que ce bonheur s'efface. Mais la tentation est trop grande, autant savoir tout de suite si tout cela est réel ou si ce n'est que le fruit de mon imagination.
J'entrouvre les paupières. La pièce est plongée dans la pénombre, l'unique lumière proviens de chandelles placées le long des étagères sur le mur qui me fait face. Mes yeux s'habituent peu à peu à l'obscurité et je parvient à distinguer de longs rideaux retenus au pied du lit par des rubans. Le bois de celui-ci semble finement sculpté. Sur la droite, une fenêtre donne sur les plaines désertiques de l'enfer, il doit faire nuit, le ciel est noir, pas d'étoiles ni de lune comme s'est écrit dans les livres. À ma gauche, longeant le mur sur six mètres environ, se trouve une étagère pleine de livres, une immense bibliothèque, ici, je suis sûre de trouver des livres de poésie passionnants.
Des voix me parviennent du couloir, je me rallonge à la hate et remonte la couverture sur moi avant de fermer les yeux juste à temps, j'entends la porte s'ouvrir et se refermer. Quelqu'un avance, j'essaie de calmer ma respiration et reste immobile. Le lit ploie à côté de moi, quelqu'un est assis là, j'ose espérer que ce n'est pas Darrow. Mais je suis persuadée que non, Darrow serait déjà en train de me hurler dessus.
Une main effleure ma joue et passe une mèche de mes cheveux derrière mon oreille, je frissonne malgré moi. Le pouce de l'inconnu caresse délicatement ma pommette. Sa peau est chaude et douce.
- Si innocente. Si pure. Parfaite.
Sa voix est grave, lentement, il fait glisser son pouce le long de ma mâchoire et le passe sur ma lèvre inférieure.
- Je sais que tu ne dors pas. Tu n'as pas besoin de faire semblant ma belle.
Mon rythme cardiaque s'emballe, je sais qui est là avant même avoir ouvert les yeux. Mais j'obéis. J'ouvre les paupières et garde le regard fixé à son bras.
- Regarde-moi.
Je lève doucement les yeux et mon regard plonge dans la pénombre de ceux de Satan.
Il ne sourit plus, son regard est puissant, envoutant, attractif. Les lèvres entrouvertes, je ne sais plus quoi dire. Les quinze dernières années je l'ai haï de tout mon être, ne souhaitant que sa mort. J'aimerais lui hurler dessus, le frapper, j'aimerais qu'il souffre autant que moi. J'aimerais lui crier qu'il n'est qu'une pourriture qui m'a retirée à ma famille, mais je sais que ce n'est pas uniquement de sa faute.
Je secoue la tête, me substituant à son regard hypnotique.
- Pourquoi suis-je ici ?
Un sourire malin fait son chemin sur ses lèvres.
- Et si on commençait plutôt par les présentations ?
- Je sais qui vous êtes, Satan.
Il lève les yeux au ciel. Continuez donc de rouler des yeux, peut-être finirez vous par trouver un cerveau là derrière.
- Satan... Quelle formalité. En effet, on me nomme Satan, Diable, Hades même dans certaines régions, mais vous pouvez m'appeler Will.
- Pourquoi m'avoir emmenée ici ?
- Vous m'intriguez, mademoiselle.
Non mais je rêve ! Je me redresse comme un i.
- Alors maintenant je mérite votre intérêt ? Ne le méritais-je pas lorsque, pendant trois ans, je vous priais de me laisser rentrer chez moi, ne méritais-je pas votre attention lorsque je pleurait au pied de votre trône, les mains en sang de trop m'être fait tapper sur les doigts ? Et lorsque je suis arrivée ici, ma mère venant de décédée et mon père déchu, je pleurais, et qu'avez vous fait ? Vous m'avez envoyé au cachot pour deux semaines avec pour seule nourriture un quignon de pain et une carafe d'eau. Savez-vous seulement que je suis tombée dans un profond coma après ceci ? J'ai passé un mois dans le coma et quand enfin je me suis éveillée, ils m'ont envoyé travailler sans même verifier ma santé.
Mes yeux lancent des éclaires, je suis debout au milieu de la pièce, je sais que mes yeux brillent alors je me retourne et avance jusqu'à la fenêtre pour pas qu'il me voit pleurer. J'essaie de calmer ma respiration et de faire cesser les spasmes qui prennent d'assaut tout mon corps.
- Ari. Fille d'Artemis et de Lucifer. J'ai bien connu ta mère.
- Ne prononcez pas mon prénom. Je vous interdit de parler de ma mère.
Ma voix persiste à trembler malgré mes efforts pour qu'elle ait l'air dure et sûre. Les larmes roulent sur mes joues pour aller s'écraser sur ma nuisette, celle ci est si légère que je me sens nu. Je m'essuie rageusement les joues du dos de la main.
- Eh...
Il attrape mon poignet et me tourne vers lui sans pour autant me faire mal. De son pouce il retire mes larmes de sous mes yeux. Je le repousse doucement.
- Ne me touchez pas.
- Pourquoi Darrow vous a-t-il battu ?
Je fronce les sourcils, surprise de ce brusque changement de conversation.
- Ne vous l'a-t-il pas dit ?
Je suis presque sûre que Darrow lui a déjà donné une bonne excuse et qu'il faudra que je le suive dans son mensonge si je ne veux pas finir au cachot.
- Je sais qu'il mentait, je sais toujours quand les gens mentent. Dites moi.
- Pourquoi vous le dirais-je ? Qu'est ce que j'y gagne ? Quelques semaines en cachot ?
- Ari je ne vous renverrais pas en service, c'est terminé.
Bouche bée je ne trouve plus les mots. Je ne vais plus servir ? Impossible, ça doit être une blague.
- Je ne vous crois pas.
Il sourit chaleureusement.
- Je vous assure que vous n'y retournerez pas.
- Comment puis-je être sûre que vous ne mentez pas ?
- Pourquoi mentirais-je ?
Je n'en ai pas la moindre idée alors je préfère de me taire.
- Dites-moi pourquoi Darrow vous a battu.
- Je l'ai contrarié.
Il semble sonder mon âme à travers mes yeux pour savoir si je mens.
- Comment ?
Je soupir, poings serrés.
- Ça n'a pas d'importance.
Je ne tiens pas à me rappeler ce qui c'est passé, je me retourne, les yeux dans le vague trainant sur le paysage désertique encore sombre. Quelle heure peut il bien être ?
- Ari.
- Qu'est ce que ça peut bien vous faire ?
- ARI.
Je frissone de dégoût en y repensant, je ne veux pas en parler. Cela dit je veux encore moins retourner là bas et, malgré le fait que rien ne me prouve sa sincérité je le crois.
- Il... Il voulais coucher avec moi... alors... alors je l'ai repoussé...
Je me retourne et le regarde. Il sert des dents, la mâchoire crispée, du sang s'échappe de ses poings serrés, un peu plus et il s'enflamme. La rage le consume. Il tourne les talons et quitte la pièce avec un "Je reviens tout de suite" suivie de la porte qui claque. Deux possibilités, 1: il a une envie d'uriner très pressante. 2: Darrow va passer le pire jour de sa vie.
Je soupire de soulagement. Ça aurait pu être pire.
Un sourire carnassier fait surface sur mes lèvres quand je réalise que l'on m'a laissé seule dans une pièce avec une immense bibliothèque. Je trottine jusqu'aux étagères et parcours des yeux les tranches des ouvrages, passant délicatement mes doigts sur le fin papier de leurs couvertures. Je m'arrête devant le rayon de poésie. Il y a plus de livres ici que je n'en ai vu dans tous le palais. Chez moi nous avions aussi une grande bibliothèque, encore plus grande que celle ci, mes parents aimaient venir s'asseoir dans les grand fauteuils, un livre à la main. Ça me contrariais car je n'avait pas le droit de faire du bruit dans cette pièce mais maintenant je comprends.
Je récupère un livre qui, à en juger par sa couverture, ne doit pas dater d'hier, et retourne me réfugier dans le grand lit en allumant la lampe de chevet.
* * *
- Je vois que vous avez trouvé votre bonheur parmi les livres que j'ai mis de côté dans votre bibliothèque.
Je sursaute et lève le nez du livre. Satan me regarde, un sourie satisfait aux lèvres.
- Euh oui, désolé, c'était trop tentant.
Je me lève et m'apprête à reposer le livre à sa place.
- Non, cette bibliothèque est à vous, vous pouvez vous servir. Je savais que vous aimiez la poésie mais je n'était pas sûre pour le reste alors vous pourrez aller vous servir dans la grande bibliothèque.
Mes épaules s'affaissent et ma bouche reste entrouverte plusieurs secondes avant que je ne me reprenne.
- Vous êtes entrain de me dire que cette bibliothèque est mienne ? Vous êtes sérieux ?
Il rit.
- Oui, cette chambre vous appartient, et la salle de bain adjacent elle aussi.
-Non, impossible ! Vous vous moquez de moi !
Il secoue la tête devant mon air ébahie. Je passe de simple servante n'ayant à peine de quoi manger à avoir une chambre et une salle de bain, même une bibliothèque !
- Eh bien...Merci infiniment monsieur...
- Will. C'est juste Will. Et vous ne devriez pas me remercier, c'est quelque chose que j'aurais du faire il y à de cela bien longtemps. Une promesse non tenue que je fini par tenir en espérant être pardonné un jour.
- De quoi parlez vous ?
Il secoue la main dans le vide.
- Rien, rien ne vous en faites pas. Vous souhaitez voir la grande bibliothèque ? Je suis certain qu'elle vous plaira.
J'acquiesce silencieusement et le suis.
Nous marchons à travers des couloirs luxuriant que je n'avais jamais vu avant, je suppose que peut de domestiques ont accès à cette partie du chateau. En fait, tout me semble plutôt jolie, les fenêtres sont entourées de magnifiques rideau brodés et la tapisserie n'a d'égales que les tableaux accrochés à intervalles régulier le long des murs. Au sol, se trouvent des tapis tous plus beaux les uns que les autres.
Dans ma tête se matérialise une image des dortoirs dans lesquels je dormais avec les autres servantes la nuit dernière, il est clair que cela ne ressemble en rien à ce qui se déroule sous mes yeux. Là bas les paillasses nous servant de lit sont dur et tout semble crasseux, il fait froid et l'ambiance est pesante, ça ne serait pas si terrible si les cinquante autres servantes ne me détestaient pas autant, deux fois par semaines elle décidait de me réveillé avec un seau d'eau ou de me jeter des cailloux en pleine nuit.
- Tu aimes ?
La voix de Will me ramène brusquement à la réalité mais je garde un gout amer dans la bouche.
- Disons que c'est bien mieux que ou j'ai vécu les quinze dernières années.
Ma voix est sèche et mon ton âpre. J'entends Will soupirer, les cinq suivantes minutes de trajet se font en silence. Puis nous arrivons devant devant une grande porte à double battant. Will les pousse et me laisse entrer en première. Malheureusement pour lui je m'arrête au seuil et contemple la pièce sidérée.
Je suis incapable de voir le bout de la pièce, c'est immense ! Les étagères remplies de livres s'enchaînent, interminable. Cette bibliothèque est bien plus grande que celle de mes parents. Au centre, à une quinzaine de mètres se trouve un cercle avec des fauteuils de cuir rouges et des tables en verre. mon souffle est coupé, je revois ma mère assise dans l'un de ces fauteuils un fin sourire aux lèvres alors qu'elle lit.
- Tu aimes ?
Je souris gentiment, je suis dans l'incapacité d'être méchante avec quelqu'un me présentant un tel prodige.
- J'adore.
Il me rend mon sourire et me pousse doucement, sa main au creux de mes reins.
- Tu peux te servir autant que tu veux, il faut juste que tu les remette à leurs place une fois que tu as terminé de les lire.
Je hoche la tête et me dirige vers la première rangée. De la philosophie, dans cette étagère ne se trouve que des livres de philosophie. N'en étant pas passionnée je passe à la suivante.
- De l'anglais ?
Je souris en coin, Will se rapproche pour me prêter son attention.
- C'est une langue que je connais bien, ma mère souhaitait que je sois capable de parler de multiples langues, elle me faisait donc prendre des cours d'anglais, d'espagnole, d'italien, d'allemand et de japonais. Petite, je la maudissait de m'apprendre toutes ces langues en plus des cours normaux que font tous les enfants. Mais finalement j'avait appris à parler anglais et espagnol presque comme si c'était mes langues natales, quant à l'italien je me débrouillait, niveau allemand j'étais un cas délibérément désespéré, mon professeur avait tout tenté, je ne comprenait toujours pas un stricte mot de ce charabia. Le japonais était bien difficile à apprendre mais mon professeur était excellent et il m'apprenait des proverbes, ce que j'appréciait particulièrement. Maintenant j'ai surement tout oublié des connaissance que l'on m'avait enseigné.
Cependant je compte bien m'y remettre. Je récupère donc un livre en anglais et passe à l'étagère suivante.
- Dis moi quelque chose en japonais.
Je m'arrete net et lui fait face, sourcils froncés.
- Pourquoi en japonais ? Je ne m'en souviens à peine.
Pendant une seconde j'ai cru voir un sourire triste se dessiner sur ses lèvres mais l'instant d'après il était à nouveau stoïque. J'avais du rêver.
- C'est une langue peu commune par ici. Ta mère l'aimait particulièrement, elle avait bien essayé de me l'apprendre mais le temps nous manqua.
Je reste sans voix, une boule dur se formant peu à peu dans ma gorge.
- Qui es-tu ?
J'essaie d'articuler mais c'est plutôt un couinement qui s'échappe de mes lèvres. Une lueur d'incompréhension passe dans ses yeux. Je dégluti, la gorge sèche et retourne aux livres dans les armoires qui me font face.
* * *
L'encre noir s'étend sur le papier fin, le bout de ma plume se baladant sur le grain blanc.
ICHIGO ICHIE
Littéralement "un temps une rencontre" mais la traduction que j'écris plus finement sons les lettres penchées est "chaque rencontre est importante car elle peut être unique". C'est le proverbe dont je me souviens le mieux car il était gravé dans l'ébène de notre porte.
J'enfouie ma lettre dans une enveloppe crème et fait rapidement fondre la cire couleur sang sur le papier immaculé, puis je récupère le sceau posé sur mon bureau, un oiseau en plein vol, signification de liberté. Je souris et presse le sceau sur la cire. au bout de cinq minute la cire est suffisamment sèche et je le retire pour voir mon oiseau sang s'envoler sur le papier.
Quelqu'un toque à la porte au moment ou je me lève. Je respire profondément et jette un œil à la nuisette que je n'ai pas quittée. Je lisse délicatement la soie et ouvre la porte.
- Bonjours ! me sourit gaiment une petite blonde. Je suis Maélysse, votre servante !
Pour le coup la mâchoire m'en tombe. Son sourire la fait resplendir et elle semble sincère, je ne l'ai jamais vu en bas, elle doit surement être à un rang plus élevé que je ne l'étais. Son visage est encore enfantin je lui donnerais dix sept ans tout au plus.
- Vous êtes sérieuse ? je demande dubitative.
- Bien sûr ! elle hoche vigoureusement la tête faisant sautiller ses boucles dorées.
Je n'ai jamais eu de servante depuis que je suis ici, c'était plutôt mon rôle alors je ne sais pas trop comment réagir fasse à elle.
- Eh bien entrez, je lui ouvre la porte et la laisse passer avant de refermer. Euh je... Vous souhaitez boir quelque chose ?
Pour le coup c'est sa mâchoire qui tombe. Après être restée immobile cinq seconde elle explose d'un rire mélodieux. Je reste stoïque ne comprenant pas ce qui la fait rire.
- Je vous avoue qu'on me la jamais faite celle ci !
Elle passe son pouce sous ses yeux faisant mine d'essuyer des larmes. Une fois calmée elle me regarde en secouant la tête.
- Mademoiselle, ici c'est moi qui vous sert et non pas le contraire ! elle sourit gentiment. Venez, nous allons vous preparer pour le diner de ce soir.
- Euh..., je bégaie ridiculement et hoche la tête. D'accord merci.
Elle ouvre la porte de la salle de bain et me fait signe de la suivre.
- Vous pouvez prendre votre douche, le savon et le shampoing sont posés sur la petite étagère juste la.
Elle pointe une petite étagère de verre a travers les vitre de ce qui semble être une cabine de douche géante.
- Qu'est-ce que le shampoing ?
Elle abat sa tête dans sa main alors que je reste dans l'incomprehension la plus totale. Elle rit.
- Vous êtes très douée je vous assure ! Le shampoing se trouve être le savon pour les cheveux.
- Oh.
Interessant, la chose en elle meme semble être contenue dans une jolie petite bouteille, en bas on avait un carré dur avec quoi on se lavait corps et cheveux sous l'eau glacée.
- Vous pouvez prendre votre temps, nous avons environ deux heures et demi.
J'aquiesce et elle continue.
- Quand vous aurez terminé votre douche, enveloppez vous dans les linges que voici.
Elle pointe quelque chose à l'apparence duveteuse et douce avant de continuer
- Puis appelez moi, je viendrais vous aider avec les huiles et le reste. Personnellement je vais remettre de l'ordre dans votre chambre et regarder quelle tenue vous pourez mettre, je suis juste à côté.
Son charabia reste assez incompréhensible mais je fait mine de comprendre avant qu'elle ne s'eclipse aussi rapidement qu'elle est arrivée.
Je me débarrasse rapidement de mes vêtement et entre dans la cabine. Une fois la je me mord la lèvre en regardant la poignée qui, selon Maélysse, sert à régler la temperature et le jet. J'inspire profondément et tire la poignée vers moi en la mettant au milieu. Maélysse m'a dit que l'eau serait à temperature tiède lorsque que la poignée serait au milieu. Rien ne se passe pendant deux seconde puis je me prend un sceau d'eau gelée sur la tête je sursaute et sert les poing, habituée. Mais, au bout de quelques secondes l'eau devient plus agréable, mon froide, ça doit être "tiède". Je sourit de bien-être à mesure que la temperature augmente.
* * *
Apres avoir longuement laissé l'eau ruisseler sur mon corps j'entame le "shampoing". Une mousse blanche se répand dans mes cheveux. Je trouve ça franchement amusant mais m'empresse de finir de rincer. Je sort de la douche après m'être savonné en priant pour ne pas glisser et m'étaler sur le carrelage luisant. Je suis les conseils de Maélysse et attrape le tissu molletonneux blanc pour m'enrouler dedans. Je frissonne, l'air est frai et je suis trempée.
Ayant entrouvert la porte je me penche pour appeler la blondinette. Qui accourt en quelques secondes.
- Vous avez fait bien vite ! Mais vous sentez délicieusement bon, venez.
Toujours souriante elle m'emmène dans une pièce adjacent à la chambre, je n'avait même par remarqué la petite porte dans le mur à côté de la bibliothèque. Dedans se trouve une penderie pleine de vêtements extravagants et de tissus précieux. L'air et légèrement embaumé à la lavande et sur une exagère, un peu plus loin, se trouve un nombre incalculable de petits pots d'huiles et de crème. Des tiroirs couvrent les murs et un grand miroir me fait face à coté de l'évier en verre.
Maélysse se retourne et me fait face.
- Tu vas être magnifique !