Blake
J'ouvre la porte de l'appartement, et elle m'apparait enfin. Cela fait trois jours que je l'appelle sans cesse et qu'elle ne daigne pas me répondre. Mon coeur qui me faisait si mal durant ce temps, semble souffler un peu quand nos lèvres se rejoignent.
Pas de frein à notre baiser langoureux que nous échangeons, comme si nos bouches réclamaient la douceur de l'autre, et semblaient enfin apaisées. Je repousse la porte laissée entrouverte d'une main et je la prends à califourchon contre celle-ci, sans une once de délicatesse. Son corps est plus que réceptif au mien contre le sien, malgré que je le presse fortement.
Je veux qu'elle sente tout ce que je ressens depuis son message qui m'annonçait la fin de notre aventure. Un message qu'elle n'aurait jamais dû m'envoyer, après tout ce que nous avons vécus durant cette année. Un message dénué de sens pour moi, et pour elle aussi quand je sens ses mains me toucher aussi avidement.
Je peux sentir ses seins pointer de plaisir à travers son chemisier blanc satiné, que je suis en train de déboutonner impatiemment pour toucher enfin sa peau douce. Elle quitte mon torse nu qu'elle caresse et je fais glisser ce chemisier sur le sol. Nos bouches se quittent un instant, mais nos regards sont plongés dans celui de l'autre plus que jamais.
- Ne t'arrête pas Blake. Me dit-elle et je ne me fais pas prier.
Je reviens à sa bouche pour la conquérir, alors qu'une de ses mains glisse entre nous, défaisant maintenant mon pantalon pour que je puisse me libérer. Le bout de ses doigts sur mon gland suffit à me faire pousser un râle de plaisir. De ma main qui caresse sa poitrine, je descends entre ses cuisses pour déplacer son string et je peux sentir la chaleur qu'elle dégage. Les bouts de mes doigts ne font que l'efflorer, mais tout son corp frissonne à ce simple contact.
- Oh Shana. Murmuré-je en quittant sa bouche, pour prendre une bonne respiration , avant de mordiller son cou qu'elle me présente. Sa main accélère ses mouvements et je pousse un gémissement de plaisir, tout en glissant mes doigts entre ses lèvres, gonflées et humides, qui les engloutissent. Ses gémissements deviennent échos des miens et je la soulève un peu brusquement contre la porte.
- Ha. Pousse-t-elle de sa douce voix, avant de se mordre la lèvre.
J'aime quand elle mordille ainsi ses lèvres, mais par-dessus tout, les miennes. Son regard semble comprendre ce que je veux, et elle ramène son visage contre le mien en mordant doucement ma lèvre, avant de la sucer plusieurs fois. Je ne tiens plus à cet instant, et j'enlève mes doigts pour lui laisser le passage. Shana, tout en tenant un regard plus que sensuelle comme elle peut le faire, frotte mon gland sur ses lèvres qui sont prêtes à me happer à chaque passage.
- Laisse-moi entrer. Lui murmuré-je en mordillant à mon tour sa lèvre.
Shana esquisse un magnifique sourire, et je peux enfin entrer dans la chaleur de son intimité. Une simple pression profonde, pour la forcer à frissonner comme toujours pendant quelques secondes. Je ramène ma main dans sa nuque, que je serre pour la tenir contre mon visage, et je commence un rythme saccadé en elle.
Son souffle qui se mélange au mien, et son regard posé dans le mien remplit de désir, me rendent totalement à sa merci. Ses ongles s'enfoncent dans mes avant-bras, alors que je la prends encore et encore, faisant vibrer la porte, mais lui faisant pousser aussi des gémissements de plaisir plus aigus.
- Ah ! Ah ! Plus fort ! Me crie-t-elle en ramenant de force sa tête contre la porte, malgré ma main.
Ayant sa poitrine maintenant à ma merci, je mordille ce téton qui se présente à moi tout en accélérant la cadence et marquant de plusieurs mouvements profonds intermittents.
- Shana. Grogné-je sentant le plaisir la remplir et ses yeux magnifiques reviennent plonger dans les miens. Je conquis sa bouche, la sentant totalement vibrer contre moi, et je ralentis un peu la cadence pour lui laisser le temps de profiter de ce moment de plaisir en elle.
Mais je reprends assez vite la cadence et notre baiser devient plus difficile. Nous haletons et nous nous mordons les lèvres, cherchant la langue de l'autre pour ne rien perdre de ce que nous vivons. Mais le moment que je redoutais temps arrive, quand je me décharge en elle.
Ses magnifiques yeux bleus se remplissent de larmes, et je sais à cet instant que notre aventure est belle et bien finie...
Shana
- Chérie, tu as vu ma veste noire ? Me demande James en apparaissant dans la cuisine, tout en faisant les derniers boutons de manchette de sa chemise blanche.
- Elle doit être dans la penderie non ? Lui répondé-je en achevant de mettre les œufs pas trop cuit dans l'assiette de Clara, qui va finir par rater son bus si elle ne se dépêche pas.
- Je ne l'ai pas vue. M'informe James et je soupire comme tous ces matins, où je cours de tous les côtés de la maison pour trouver ce qu'ils ne voient pas avec leurs propres yeux.
James était un grand footballeur du temps où nous étions au lycée, mais ma grossesse a mis un terme à ses rêves comme aux miens. Aujourd'hui, il travaille dans un bureau d'assurance la plus connue de L'Illinois, et moi, je suis juste devenue une femme au foyer ; laissant derrière moi mon plaisir pour la dance.
Nous voilà donc à l'aube de notre vingtième anniversaire de mariage, où je cours dans les escaliers de la maison en percutant presque le bac de jouets de Noa qui traine, à aller chercher sa veste noire. Comme je le pensais, celle-ci se trouve dans la penderie. Je l'attrape sur son ceintre, et je sors de la chambre en passant devant celle de notre fille Clara.
Je m'arrête en regardant notre grande fille, finir de se maquiller. Comme je lui ai toujours appris, un maquillage léger fera ressortir la couleur de ses magnifiques grands yeux bleu. Bien que je suis plus grande qu'elle, nous ne pouvons pas nier le fait que nous soyons mère et fille quand nous nous promenons dans les rues. Il faut dire que notre crinière blonde dont nous sommes fières toutes les deux, les aide à le savoir. La seule chose que ma belle Clara n'apprécie pas, c'est qu'on fasse l'amalgame sur le fait que nous soyons sœurs...
- Ma chérie, dépêche-toi. Finis-je par lui dire sentant l'odeur du pain grillé monter jusqu'à l'étage. Je file à nouveau dans les escaliers, où je retrouve James avec sa tasse de café en main, prenant ses mocassins dans l'armoire.
- Tu es un amour. Me fait-il quand je lui montre la veste en me pinçant les lèvres, retenant mon envie de lui dire d'ouvrir les yeux. James sourit, et il prend la veste de ma main en posant un baiser sur mes lèvres qui sont sèches.
- Tu piques. Lui fais-je remarquer.
- Ma patronne trouve que cela me donne un air plus convaincant. Me rétorque-t-il et un pincement se forme dans ma poitrine, comme à chaque fois qu'il parle de sa patronne. Une grande brune qui a hérité de la compagnie de son père. Le genre de femmes que je ne supporte pas, qui a tout pour elle, et ne connait rien de la contrainte familiale. Contrainte qui me rappelle dans la cuisine d'ailleurs.
- Noa, ne touche pas. L'arrêté-je en le voyant voulant prendre les tartines dans le toasteur. Je me ravise de lui toucher la main, et Noa recule pour rejoindre la table en ruminant. J'esquisse un sourire en le voyant s'assoir sur sa chaise, et prendre sa fourchette pour commencer à manger l'œuf plus cuit que celui de sa grande sœur.
- Bon. Me fait-il et je souris, contente qu'il me le dise. Un mot qui pourrait être anodin pour n'importe quel parent, mais venant de notre fils, c'est toujours un moment exceptionnel et rempli de fierté.
- Maman, je n'ai pas le temps de manger ! Me crie Clara en dévalant les escaliers.
- Tu exagères ! Lui rétorqué-je alors qu'elle embrasse son frère et qu'elle pique une pomme dans le panier sur le meuble.
- N'oublie pas que j'ai répétition de cheerleaders après les cours. Me rappelle-t-elle en m'embrassant, avant de disparaitre de la cuisine pour sortir en un souffle. James qui revient avec sa mallette, me regarde en souriant. Je glisse mes doigts dans mes cheveux, me demandant pourquoi je lui fais encore à déjeuner.
- Oh chéri ! M'exclamé-je alors qu'il repart dans le hall pour prendre ses clés.
Noa sursaute et je me rends compte que j'ai crié. Je lui souris pour lui montrer que tout va bien, et je rejoins son père qui ne lui a d'ailleurs pas dit bonjour. Un détail dont je n'épiloguerai pas maintenant, mais dont nous devrons finir par en parler plus tard. Je sais qu'il a du mal avec lui, depuis que nous avons diagnostiqué son TSA à quatre ans ; mais il faudrait qu'il apprenne à le gérer comme je le fais.
- Je passerai voir Bridget à son magasin aujourd'hui, nous devons parler de notre soirée.
- Votre soirée ? Me demande-t-il et je comprends qu'il a encore oublié.
Voilà bien un souci entre nous, je passe mon temps à retenir tout pour eux, mais aucun d'eux ne fait attention à ce que je dis ou fait. Cette impression me ronge vraiment intérieurement depuis quelques temps.
- Oui, tu sais notre soirée entre filles. Lui rappelé-je.
- Ah oui juste. D'ailleurs, Véronica en profitera certainement pour fêter son nouveau divorce. Me fait-il avec un air amusé.
Je souris à mon tour en acquiesçant pour confirmer. Je lui rappelle donc que je serai à la boutique de fleurs de Bridget jusqu'à la fermeture, et qu'il doit passer prendre Noa au centre en revenant du travail. James me promet qu'il n'oubliera pas et après un baiser furtif, il quitte à son tour la maison.
Je me retourne en soupirant vers le couloir, jetant un regard vers la cuisine où notre fils mange en compagnie de ses petits dinosaures qu'il affectionne plus que tout. Voilà donc ce que je répète tous les matins depuis presque vingt ans. Une routine qui semble plaire à beaucoup de femmes, mais pas à moi. Récemment, Noa a besoin de beaucoup plus d'attention et je n'ai pas une minute pour souffler. Heureusement, ce centre a accepté de le prendre trois fois par semaine pour que je puisse respirer un peu. Enfin, ce que je voudrais surtout, c'est que mon mari soit un peu plus présent ; mais je ne peux pas me plaindre. J'ai la vie que toutes les femmes de mon âge rêve, et j'ai des amies uniques en leur genre avec qui je vais bientôt passer une soirée mémorable.
- Maman.
- Oui Noa. Lui répondé-je, en achevant de lui mettre son manteau.
- Je... Je t'aime.
Des larmes de fierté coulent de mes yeux et je suis surprise quand sa main vient essuyer mes yeux.
- Merci mon amour. Lui dis-je
Du moins dans ma routine, Noa me fait des surprises tous les jours.
Blake
Je suis réveillé par le foutu réveil de Shawn qui n'arrête pas de sonner. Je passe l'oreiller au-dessus de ma tête, en grognant des mots qui brûleraient les oreilles du professeur de psychologie que je veux devenir. Enfin, c'est ce que ma chère mère voudrait que je fasse, mais franchement, je ne sais toujours pas si j'irai jusque-là. Dans une semaine, nous commençons notre année de stage dans un centre pour personnes présentant des troubles du comportement. Bien entendu mon cher professeur m'a assigné au service pour les enfants et jeunes adultes ; ce qui n'est pas vraiment ce que je voulais.
Moi, ce qui m'intéressait le plus était le service des suicidaires, des alcooliques et des drogués. Vous me direz, il faut être fou pour aimer cela, et bien pas moi.
- Blake, je me tire ! Crie Shawn, sachant très bien qu'il m'a réveillé pour rien puisque je n'ai pas cours avant midi. Je décide donc de me lever.
J'ébouriffe ma crinière noire en regardant la photo de papa posé sur mon bureau.
- Salut le vieux ! Lâché-je en passant devant lui, nu comme un ver pour me rendre à la salle de bain.
Je sens tout en pissant, l'odeur du café que mon colocataire a préparé avant de partir, et je secoue Gizmo avec mon pouce et mon index pour faire tomber les petites goutes. Ouais Gizmo. A vrai dire je suis fan des Gremlins ; ces petits monstres tout gentils qui après une telle heure se transforme en monstre si vous leur donnez à boire ou à manger. Je dirais que c'est mon cas quand je bois après minuit, et surtout le sien si de la nourriture fraiche est dans les parages.
Bon, j'avoue qu'habiter et travailler au-dessus d'un bar n'aide pas à le calmer ; mais cela paie le loyer et les frais de cours, puisque ma chère génitrice m'a coupé les vivres. Disons qu'elle n'ait pas apprécié que je détruise sa belle Lamborghini. Un détail que nous remettrons sur la partie Gremlins et les coups de minuit...
Je bois ma tasse de café, tout en attrapant un slip dans l'armoire et un froc pour me couvrir, avant de sortir sur la petite terrasse de notre appartement pour fumer une cigarette. Nous sommes en septembre et toutes ces petites fourmis de l'autre côté de la rue, me disent long sur leur vie.
La brunette avec des boucles qui cherchent tout le temps quelque chose dans son sac, cherche juste à éviter le regard du grand blond posé sur elle à l'arrêt de bus. Le groupe de jeunes filles qui rient à écorcher les oreilles de la vieille femme à côté d'elles, essaient de se faire remarquer du grand blond qui n'en a rien à faire. Ouais, c'est trop facile à cerner. Et pourtant, je n'arrive toujours pas à cerner pourquoi papa a fait ça...
Je prends une bonne respiration, ravalant ma souffrance qui vient de monter le long de ma poitrine et je décide de rentrer pour me servir une autre tasse de café. Je regarde le calendrier, Byron m'a mis en service tout le week-end. Il me semblait lui avoir dit que je ne voulais pas travailler le week-end avant le début de mon stage. Je vais avoir la tête dans le cul toute la journée, ou au pire, je serai excité comme une puce qui ne tient pas en place. Ouais, avec moi c'est tout ou rien.
Mon portable sonne, et je remarque que c'est Emi ; ma meilleure amie depuis toujours. D'ailleurs, c'est avec elle que j'ai appris l'anatomie féminine. Expérience qui aurait pu être mémorable, si au moment fatidique, elle ne m'avait pas lâché qu'elle aimait les filles. Un détail que du haut de mes seize ans, m'a coupé ma chique plus vite que mon ombre. Ouais seize ans !
-"Salut mon chou !"
- Salut ma belle. Lui répondé-je en regardant ce qu'il reste à manger dans le frigo, mise à part de la pizza froide et un reste de Durum.
-"Tu fais quoi de beau ?" Me demande-t-elle, ce qui signifie surtout qu'elle veut passer squatter l'appartement avec sa copine du moment. Ses parents sont très protecteurs, alors l'idée même qu'elle ramène une fille pour la sauter dans leur maison risque de finir en attaque cardiaque.
- Je quitte l'appartement dans dix minutes. Lui dis-je avec un sourire en coin.
- "Tu es un amour mon chou !" S'exclame-t-elle ravie.
Et voilà, moi qui pensais flâner un peu avant d'aller à la bibliothèque, c'est raté. Je mets donc un T-Shirt uni noir de la marque Levis et ma veste en jeans, avant de sortir de l'appartement laissant les clés au-dessus de la double porte en bois pour Emi. Je descends les escaliers, et je sors par la porte de derrière pour rejoindre le parking de l'autre côté de la rue où j'ai garé ma vieille Impala. Je passe le trajet à regarder encore ses fourmis qui courent partout, en me disant que je suis bien loin de tous ses gens qui semblent avoir une vie bien remplie.
En ce qui me concerne, ma vie se résume à étudier pour comprendre ce qui a poussé papa à se suicider.
Shana
Ce soir, c'est enfin notre soirée tant attendue depuis des semaines, où je vais enfin pouvoir souffler. Enfin, quand j'aurai rangé tout le désordre dans le hall de l'étage que Noa a mis sur l'après-midi. Je regarde ma montre, il est déjà dix-sept heures et je ne suis pas encore allée prendre ma douche. Mon masque dans mes cheveux commence à durcir, ce qui n'est vraiment pas idéale, mais si je ne ramasse pas tout ce qui traine ; James va encore faire la tête en rentrant. Pour lui, cela lui convient depuis dix ans que je reste à la maison et que je ne donne plus de cours de danse ; comme cela la maison est toujours étincelante.
Alors, l'idée qu'il revienne du travail et trouve du désordre me rend plus qu'anxieuse. Je me souviens de ce jour, où je suis allée aider Véronica à la boutique de fleurs qu'elle tient, et que je n'ai pas eu le temps de laver son costume gris anthracite qu'il affectionne tant. Je pense que ce jour-là, je me suis rendue compte à quel point, il s'appuyait trop sur moi pour tout ce qui touche la maison. Il faut dire que je suis une femme au foyer parfaite pour lui, il n'y a jamais rien qui traine, au point que j'ai l'impression de vivre dans une maison clé sur porte. Une maison sans vie par moment que je me retrouve à rêvasser toute seule au milieu de la cuisine.
Mais ce n'est qu'un moment parmi tant d'autres... Car une fois ma famille rentrée, j'ai l'impression de devoir courir partout sans m'arrêter. Et cela passe de Clara qui ne retrouve pas une blouse pour sa sortie du soir, à James qui veut une bière en regardant le football, en m'occupant bien entendu de Noa et de ses besoins.
L'heure avance, alors que j'arrive enfin à prendre une douche. J'ai amadoué Noa pour qu'il regarde Jurassic Parc sur mon lit, pendant que je me lave. Une fois qu'on lui parle de dinosaures, celui-ci a le don de se tenir tranquille. Heureusement pour lui, comparé à son père, je suis fan aussi de ce genre de films. Ce qui fait que pendant que je sèche mes cheveux, devant la coiffeuse, mon regard se porte sur la télévision.
Mais je reviens sur ma montre que je remets à mon poignet, et je remarque qu'il est presque dix-huit heures et que James n'est pas encore là.
- Ne me dites pas qu'il a oublié ? Me demandé-je en attrapant mon portable qui charge pour l'appeler.
Celui sonne plusieurs fois, pendant le temps où je suis à la limite de me mordre les ongles que je viens à peine de faire. Et vu le temps qu'il m'a fallu pour les avoir potables ; ça serait dommage de les casser bêtement.
- "Allô ma chérie, excuse-moi j'ai dû sortir de la salle." Me fait James, et je me lève de ma chaise de ma coiffeuse vêtue de mon peignoir en satin rose.
- Tu es encore au bureau ?! Lui demandé-je ahurie.
- "Nous avons une réunion." Me confirme-t-il et je glisse mes doigts dans mes cheveux en me mordant la lèvre.
- Tu as oublié que ma soirée avec mes amies était ce soir ? Lui demandé-je.
- "Ma chérie, je suis désolé. Je vais essayer de rentrer dès que je peux."
- " James, on vous attend ! "
La voix qui vient de résonner dans le portable derrière lui, n'est autre que la voix de sa patronne et je tressaille en serrant les dents.
- " Chérie, je dois y aller. Je..."
- C'est bon. Le coupé-je déçue. Mais que puis-je y faire ?
- "Essaye de joindre Clara. Je t'aime." Me fait-il avant de raccrocher et je regarde mon portable, totalement démunie de conviction. Je peux oublier tout de suite ma soirée...
Véronica
Je franchis le seuil de sa porte, totalement outrée qu'elle ose nous planter ce soir à cause du manque d'attention de sa famille. Et quand j'arrive, je la trouve en jeans et T-Shirt retournant dans la cuisine pour réchauffer le plat de Noa qui regarde encore ses dinosaures à la télévision.
- Où est-il ? Lui demandé-je en tapant mon sac à main sur l'ilot au centre de la cuisine.
- Il a une réunion qui n'était pas prévue. M'informe-t-elle en mélangeant son plat.
- Et Clara ne sait pas garder son frère ? Lui demandé-je en bougeant la figurine du dinosaure qui se trouve devant moi. Ce délire avec les dinosaures me dépassera toujours.
- Non, elle a une soirée de prévue. M'informe-t-elle.
- Shana chérie, as-tu pensé à appeler une baby-sitter ? Lui demandé-je.
- Véronica. Me fait-elle en se retournant enfin face à moi, baissant son regard, avant de regarder vers Noa dans le séjour.
- Tu sais très bien que Noa est différent des autres. Me dit-elle doucement.
- Mais c'est un enfant ! Lui rétorqué-je excédée qu'elle essaie de trouver des excuses pour ne pas venir. En presque vingt ans, elle a refusé quasiment toutes nos invitations, prétextant devoir s'occuper de sa famille. Et quand je pense à l'anniversaire de leurs trente ans en commun, je me souviens qu'elle courrait partout. James trouvant que c'était inconvenant de faire cela par un traiteur, promettant de l'aider à tout préparer. Mais ce fameux jour, c'est moi et Bridget qui l'avons déchargée de ses obligations.
Je décide donc de prendre mon portable, remplit de paillettes comme ma vie, pour composer le service de garderie le plus proche, alors qu'elle me toise. Ma chère Shana, je n'ai jamais eu peur de ton grand regard bleu depuis le collège, et ce n'est pas maintenant que je vais commencer. Je fais donc le topo à la dame que j'ai à l'appareil qui me certifie avoir la perle rare pour s'occuper de Noa et elle me confirme que celle-ci sera à la maison de Shana dans trente minutes. Juste le temps à miss lycée pour se préparer. Parce que sa tenue de femme modèle n'est pas du tout adaptée pour le genre de sortie que nous avons prévue.
Shana ronchonne, mais se décide enfin à monter à l'étage pour se changer, alors que je prends un verre de vin blanc dans son frigo, avant d'aller dans le séjour pour surveiller son fils. Celui-ci est assis sur le tapis du salon, avec une panoplie de dinosaures autour de lui, en train de faire des cris étranges devant la télévision. Mon dieu, c'est bien pour cela que je resterai célibataire toute ma vie. Les joies de la famille, qu'on me disait ; non merci pour les autres mais pas pour moi. D'ailleurs, en regardant les photos de famille qui trônent sur les meubles et les murs.
Mais moi ce que je me souviens surtout, c'est de cette blonde enjouée qui aimait danser par-dessus tout et qui gérait comme jamais. Aujourd'hui, nous appelons cela le pôle dance, et je me souviens que toutes les filles étaient jalouse de la voir faire. Autant de souplesse et de sensualité dans chacun de ses mouvements, mettaient la trique à tous les gars qui se trouvaient au alentours. Je me souviens que James était dans un état de colère quand il arrivait dans la salle où nous répétions, et qu'il apercevait tous ses gars triquer autour d'elle. Mais elle était si naturelle, et si amoureuse de lui qu'il n'avait même pas besoin de s'en inquiéter. C'est le problème de Shana, elle était conquise par un seul homme, et elle n'a connu que celui-là si on peut dire. Par contre lui... Mais bon, c'était avant Shana, donc je ne reviendrai pas là-dessus.
La sonnette retentit en même temps que je l'entends enfin descendre les escaliers dans sa magnifique robe bordeaux très courte, comme elle mettait toujours, et je souris en voyant qu'elle rayonne. Cela fait plaisir de voir ma meilleure amie, enfin sortir.
Shana
Nous sortons enfin du restaurant, et je regarde mon portable en voyant qu'il est déjà vingt et une heure. Je le porte à mon oreille pour téléphoner à la maison encore une fois, et m'assurer que tout va bien avec Noa.
- Shana ! S'exclame Véronica en me faisant de grands yeux noirs. Je déglutis, avant de lui sourire pour remettre mon portable dans ma poche. Je dois encore un peu patienter, après tout, nous avons finies de manger ce qui signifie que nous allons bientôt rentrer.
- Bon, et si nous allions boire un verre ? ! S'exclame Bridget qui a déjà bu un peu trop.
Je sais qu'elle fête son cinquième divorce, mais elle pourrait faire preuve un peu de décence non ? Tout le monde nous regarde et je me sens d'un coup mal à l'aise dans ma robe qui est peut-être un peu trop courte. Mais je n'avais pas d'autre robes, et je n'ai pas eu le temps d'aller faire les magasins de la semaine. Entre les examens de Noa à l'hôpital, l'entretien de la maison et les corvées familiales... Heureusement, en cinq ans, je n'ai pas grossi, donc la robe que j'avais mis pour la soirée de promotion de James est encore confortable.
- Et où veux-tu aller ? Lui demande Véronica balançant ses longs cheveux noirs ondulés.
- Il y a un bar au coin de la rue qui est pas mal. Nous informe-t-elle en nous attrapant par les épaules. Je souris en acceptant, sachant que si je refuse, ces deux furies me dévoreront sur place. Je profiterai d'aller aux toilettes pour téléphoner à la maison et m'assurer que tout va bien.
Le bar en question s'appelle "After", un nom qui me fait penser à un film que Clara a regardé récemment qui parle d'un amour toxique entre deux jeunes gens. Mais ce bar, ne semble pas du tout sur cette ambiance. Je dirais que celui-ci est plutôt chic une fois entré dedans. La lumière n'est pas trop forte, et il y a de la musique assez entrainante. Véronica nous trouve une table dans le fond du bar, et je file aux toilettes pour téléphoner à la maison.
- "Bonsoir Madame Brownies." Me répond Nath, la baby-sitter et je tique en me rendant compte qu'il n'est toujours pas rentré.
- Tout se passe bien ? Lui demandé-je pour la dixième fois que j'appelle.
- "Noa est dans son lit avec ses dinosaures." M'informe -t-elle alors que des filles rentrent dans les toilettes en rigolant tellement fort que je dois sortir pour entendre quelque chose. Je m'avance vers le fond du couloir, essayant d'avoir moins de bruit quand je bouscule quelqu'un.
- Oh désolée. M'excusé-je au jeune garçon habillé d'un pantalon noir et d'une chemise blanche qui me sourit en retour. Il me fait signe de me mettre dans le coin et il repart vers la salle du bar.
Il y a au moins des jeunes bien éduqués dans ce genre de bar...