Juché sur un tabouret beaucoup trop grand par rapport à la table sur laquelle il écrivait, Gasby étudiait et recopiait avec minutie les petites runes qui bariolaient les pages parcheminées de vieux grimoires que personne n'avait daigné ouvrir depuis des siècles. Pourquoi le faire? La magie avait depuis longtemps quitté la terre et tout le monde le savait. Pourtant, Gasby continuait à s'appliquer à sa tâche, comme s'il ignorait cette connaissance populaire.
Ses voisins le prenaient pour un fou, d'autres pour un arriéré qui aimait s'afférer au passé et pour le reste des habitants du village, ce n'était qu'un illusionniste qui essayait encore de faire revivre une gloire d'antan, beaucoup trop ancienne pour que quiconque s'en souvienne vraiment.
Sa famille, quant à elle, avait des avis différents sur la question. Caitlin, sa femme, aimait l'observer en cachette, un sourire indulgent sur le visage alors que son mari traçait avec soin les petits caractères sur le papier. Son fils aîné, Joseph, désapprouvait le comportement de son père qu'il qualifiait d'excentrique. Et pourtant, lorsqu'il entendait les autres habitants du village le critiquer, il était le premier à le défendre, parfois au prix de quelques bleus qu'il dissimulait avec de la terre. La petite dernière, Stephie, qui traversait la terrible crise de l'adolescence, lançait des coups d'œils exaspérés à son père et refusait même de rentrer dans son étude, se plaignant de la forte odeur de moisi et de poussière qui régnait sur la pièce.
En dépit de cette mosaïque d'avis, la famille restait soudée face aux regards beaucoup plus désapprobateurs des autres habitants. Ou peut être était-ce uniquement du désintérêt face à l'avis général. Le petit village de Hambliton n'était, après tout, pas connu pour sa grande ouverture d'esprit. Depuis que la magie avait disparue, plusieurs siècles auparavant, la population avait fini par apprendre à vivre sans ce qui, à une époque, avait semblé être normal. Maintenant, on ne voyait plus personne dessiner des cercles magiques à même le sol pour protéger sa maison ou attirer des objets d'un bout à l'autre du village. L'huile de coude avait remplacé la magie et c'était la seule chose qui ait vraiment du sens et pour laquelle on pouvait être admiré.
Malgré sa grande passion pour la magie, Gasby était apprécié dans le village, car même si ses études étaient infructueuses, il restait le meilleur menuisier de la région. Son travail valait bien quelques excentricités et certaines personnes vivant dans des villages éloignés, étaient prêtent à faire des voyages de plusieurs jours à cheval pour se fournir chez lui. Même si ses meubles avaient de drôles de symboles dans les coins ou les pieds. C'était sa femme qui s'occupait des gravures. Armée d'un petit stylet, elle suivait les runes que son mari avait tracé sur le bois, lui demandant de temps à autre ce qu'elles signifiaient. La plupart servaient à la protection mais certaines devaient venir renforcer la fonction de l'objet sur lequel elles avaient été gravées. Pour les berceaux, des runes de croissance, pour les lits conjugaux, des signes de fertilité et pour les tables à manger des symboles de robustesse. Joseph aidait parfois son père en agrémentant ses meubles de détails en fer forgé, mettant ainsi à profit ses talents de forgeron pour l'entreprise familiale. Stephie, quant à elle, se contentait bien souvent d'observer sa famille travailler tandis que sa voisine lui donnait des leçons. Parfois, son père la prenait avec lui alors qu'il faisait les comptes, bougeant les perles en bois usées de son boulier à une vitesse hallucinante. C'était un outil qui avait toujours fasciné la jeune fille et dès qu'elle en avait eu l'âge, elle avait apprit à s'en servir même si elle n'avait pas la dextérité de son père.
-Quand tu auras quinze ans, lui avait promis son père, je te laisserai tenir les comptes.
Et Stephie s'entraînait tous les jours dans la perspective où elle prendrait la relève.
Les jours s'écoulaient calmement au sein de la petite famille et comme tous ces moments heureux, on ne se rend compte qu'on les avaient que lorsqu'on les perd.
Le village de Hambliton était perdu au creux d'une vallée, protégée par deux grands pics qui, lorsque les jours raccourcissaient, plongeaient les habitants dans une nuit précoce. La végétation y était riche et les tous premiers habitants avaient installé des terrains agricoles dans la partie la plus illuminée de la vallée, juste à côté d'une rivière ce qui facilitait l'irrigation des différentes plantations. Bien que difficile d'accès, quelques voyageurs faisaient parfois des haltes dans le village, préférant passer par la vallée plutôt que de la contourner par les montagnes.
Ces nomades étaient toujours très bien accueillis dans le village, car ils étaient porteur de nouvelles de l'extérieur et payaient souvent leur logement et nourriture avec des objets qu'aucun villageois n'avait vu. Ils étaient cependant rare et pendant les mois d'hiver, une demi-douzaine de cycles lunaires pouvaient s'écouler avant que quiconque ne soit de passage.
Un de ces fameux jours d'hiver, où il est bon d'être à l'intérieur et regarder la neige tomber à l'extérieur, emmitouflé dans d'épaisse peaux, Gasby était en train de travailler sur une commande faite par un riche commerçant d'une ville sur les plateaux. Il lui avait demandé de faire un meuble lui permettant de ranger plusieurs objets plats mais il voulait que les portes puissent refléter les personnes qui voulaient les ouvrir. Le menuisier avait donc fait appel à son fils qui lui avait proposé de placer des plaques en métal polie sur les portes. Le père et le fils était donc en train de dessiner le modèle du meuble lorsque Caitlin entra dans le petit atelier et jeta un œil sur les croquis.
-C'est une bien étrange demande que vous avez là, fit-elle remarquer. Il est pourtant si simple de se voir dans un cours d'eau.
-Peu de personnes vivent si prêt d'un point d'eau, remarqua son mari alors qu'il traçait les contours de la plaque de métal. Et puis c'est pour une personne qui voyage beaucoup. J'imagine qu'il préfère avoir son propre cours d'eau portatif. Et surtout, il a les moyens de se le payer.
Caitlin ne trouva rien à y redire et après un dernier regard vers la maquette, quitta la pièce. A peine avait-elle passé le pas de la porte que Stephie entra à son tour au pas de course, un air excité sur le visage.
-Un étranger est arrivé, s'écria t'elle, s'asseyant à la hâte sur une des chaises et manquant de la renverser. Et Avalone, la fille du tavernier vient de me dire qu'il s'agirait d'un conteur !
La réaction fût immédiate. Joseph se leva d'un bond, manquant de taper sa tête contre le plafond bas et Gasby fit un énorme trait au charbon en plein milieu de la plaque de métal.
-Un conteur ? Demanda son frère. Tu en es certaine.
-Absolument.
L'excitation se propagea dans la petite pièce comme une traînée de poudre et un grand sourire barra les visages du père et du fils à l'annonce. S'il y avait bien une chose qui mettait toute la famille d'un commun accord c'était les contes. Ils adoraient écouter les histoires que les voyageurs ne tardaient pas à raconter lorsqu'ils étaient de passage et s'il s'agissait d'un conteur, la qualité et le nombre de légendes qu'il allait pouvoir leur raconter n'allait être que plus important. Même Stephie qui désapprouvait de façon ouverte la fascination de son père pour la magie adorait écouter des histoires oubliées emplies de sorciers et de dragon. La décision fût rapidement prise de se rendre à la taverne le soir même et la petite famille retourna à ses occupations, Gasby essayant désespérément d'effacer la grande trace qu'il avait laissé sur le métal.
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A la tombée de la nuit, les hommes de la famille quittèrent leurs habits de travail pour enfiler des tenues plus formelles et lorsque tout le monde fût prêt, capes enfilées, ils quittèrent la petite maison pour rejoindre la taverne, à quelques maisons de là.
Lorsqu'ils entrèrent dans l'établissement, la chaleur envahie le corps de Gasby qui fût surpris de constater le monde qui s'était déjà réunis à l'intérieur. L'arrivée d'un étranger était cependant bien souvent le seul événement marquant et peu de villageois étaient prêt à rater le spectacle, aussi réfractaire qu'ils soient aux histoires.
Gasby repéra une table un peu en retrait par rapport à l'estrade, qui avait été installée pour l'occasion , mais parfaitement centrée et fit signe à sa femme et à ses enfants de le suivre. Il prit place et scruta l'aménagement de la pièce. Comme à chaque fois qu'un étranger passait par le village, le tavernier avait libéré l'espace au fond de son établissement pour laisser une place d'honneur au conteur. Les tables et les chaises avaient été organisées tout autour pour que les clients aient le meilleur point de vue possible et il avait recruté tous ses nombreux enfants pour aider au service. Hobson, le tavernier avait eu plus de chance que Gasby concernant ses enfants. Le menuisier avait eu beaucoup de mal à avoir Joseph, et la naissance de Stephie avait été comme un miracle, dix ans plus tard, alors que lui et sa femme désespéraient d'avoir d'autres enfants. A plus de cinquante ans, Gasby était fier de sa famille. Elle n'était pas grande, elle n'était pas riche mais c'était tout ce dont il avait besoin et il ne l'aurait changé pour rien au monde.
Le regard de Gasby se tourna vers le comptoir où un unique client encapuchonné y été accoudé. Lui aussi paraissait en pleine observation de la salle, mais son regard qui brillait au fond de sa capuche semblait plus profond, plus intense, comme s'il était à la recherche de quelque chose en particulier. Gasby se demandait ce qu'il pouvait bien être en train de chercher. Pour sa part, il ne pouvait voir qu'un groupe de villageois, trop heureux d'avoir un motif de sortir de chez eux pour se rendre compte de quoi que ce soit d'autre.
Ce fût Grojer, le fils aîné du tavernier que brisa le contact visuel en apportant la commande. Jeune et bien armé, il avait la même carrure que son père, et il aurait été impossible pour ce dernier de le nier. Gasby le remercia et alors qu'il se retournait pour regarder l'étranger à nouveau, il se rendit compte que son siège était vide. Il poussa un soupir et s'adossa au dossier de sa chaise.
Tout à coup, les lumières s'atténuèrent alors que les enfants du tavernier s'affairaient à éteindre les différentes bougies qui éclairaient la pièce, à l'exception de celles qui illuminaient la scène. Dans un silence religieux, l'étranger, une masse complètement dissimulée par une cape de voyage couverte de poussière, monta sur l'estrade alors que toutes les personnes présentent dans la taverne semblaient retenir leur souffle d'anticipation.
Il prit place sur l'unique tabouret qui avait été placé au centre et il retira la capuche, dévoilant un visage ridé, des pattes d'oies marquant ses yeux. Il avait des cheveux courts, blancs comme la neige alors que certaines mèches plus sombres semblaient encore résister à l'hiver de la vieillesse. Lorsqu'il commença à parler, une voix roque s'éleva de sa bouche. Elle prit place dans l'ensemble de la pièce, comblant le silence et chassant l'anticipation.
-Avant de commencer, je voudrais vous remercier, déclara le conteur d'une voix posée. Il est rare d'être aussi bien accueilli et c'est avec grand plaisir que je vais partager avec vous ma meilleure légende. Notre histoire se passe dans un autre monde, à une autre époque. Un univers où les hommes voyagent dans des chevaux de métal, où les maisons sont plus hautes que des montagnes et où des pierres transparentes de la taille d'un ongle valent plus qu'une vache.
Des murmures discrets s'élevèrent dans la salle alors que le conteur fit une légère pause mais dès qu'il rouvrit la bouche pour parler, le silence se fit.
-Les hommes voyagent sur des dragons en acier qui fendent les cieux comme s'ils ne pesaient pas plus que les nuages, et ils communiquent entre eux à des kilomètres de distance, comme si un simple mètre les séparait. Dans ce monde étrange vivait un homme qui n'avait pas plus de cinquante printemps, mais que le temps avait marqué davantage que les sages de village. Cet homme s'appelait Gasnub, et il errait dans ce monde, sans racine, sans attache, inconnu aux merveilles de cet univers. Bien sûr, il avait une famille, où du moins, il pensait en avoir une, mais ses souvenirs étaient comme s'ils appartenaient à une autre époque, à un autre temps. Cet homme sans racine errait, à la recherche de ce qu'il lui semblait avoir perdu sans savoir de quoi il s'agissait réellement. Et comme toutes ces choses sans racine, il se mit à parcourir la terre, comme les feuilles portées au gré du vent. Il voyagea pendant des semaines qui se transformèrent en mois, qui laissèrent place aux années. Un soir, las de son interminable voyage, il décida de faire une halte dans un village situé exactement au centre d'un plateau s'étendant sur plusieurs centaines de kilomètres. Cependant, ce n'était pas un village comme celui-ci où les personnes du voyage sont accueillies avec plaisir et où elles peuvent échanger, peut être pour la première fois en des jours avec d'autres humains. Non, le conteur fit une légère pause et sa voix se fit plus grave, plus rocailleuse. C'était un village qui pillait les voyageurs, décrétant que c'était de la légitime défense envers des étrangers. Gasnub s'était donc arrêté à l'unique taverne du village qui n'offrait même pas de quoi coucher une nuit, et avait décidé de dormir dans un coin, près du feu en échange d'une somme conséquente d'argent, beaucoup trop importante par rapport au service qui lui était réellement rendu. Et lorsque notre voyageur se fût assoupie, le tavernier s'approcha de lui à pas de loup et lui planta un couteau dans le cœur.
Des exclamations outrées et indignées s'élevèrent des quatre coins de la taverne et le conteur attendit patiemment que ses auditeurs retrouvent leur silence avant de poursuivre.
-Mais notre histoire ne s'arrête pas là. Je vous l'ai dit, ceci est l'histoire de Gasnub. L'immortel Gasnub. Son châtiment est donc bien pire que la mort. (Le conteur fit une légère pause et Gasby eut l'impression que son regard le transperçait avant qu'il ne détourne le regard). Après avoir planté son couteau, le tavernier traîna le corps du pauvre homme à l'extérieur, et après l'avoir dépouillé de toutes ses affaires de valeur, l'attacha à un cheval grâce à une corde et s'élança au triple galop à travers la plaine. Une cinquantaine de kilomètres plus loin, il détacha le corps de l'étranger et l'abandonna aux animaux sauvages, espérant que son cadavre disparaîtrait rapidement. Mais contrairement aux espérances du tavernier, Gasnub n'était pas mort.
Une exclamation de surprise s'éleva de la foule et Gasby vit à une table devant lui un jeune garçon donner un coup de coude à son père, comme s'il avait deviné que le protagoniste n'allait pas se laisser tuer aussi facilement. Son père lui sourit et lui intima le silence en posant son index sur ses lèvres.
-Lorsque Gasnub ouvrit les yeux, poursuivit le conteur, il se trouvait dans une clairière, au bord d'un ruisseau et son corps était balayé par de petites vaguelettes qui venait lécher ses vêtements et sa peau jusqu'à son cou. Il n'avait aucune trace de blessure, ni d'entaille. Et chose plus étrange encore, bien qu'il se souvenait avoir passé la nuit dans une taverne dans un village au beau milieu d'un plateau désertique, la forêt verdoyante qui l'entourait ne laissait présager en rien que ce fameux village puisse être proche. Et pourtant, il n'avait pas pu parcourir plus de cent kilomètres à pied en un jour.
Des hochements de tête dans la foule, certains calculaient sur leur doigts alors que les regards de l'ensemble des villageois présents dans la taverne était rivé sur le conteur.
-Ne pouvant pas résoudre ce mystère en restant allongé au bord de l'eau, Gasnub se décida à reprendre son voyage où il l'avait laissé et entreprit de sortir de la forêt. Mais la tache se révéla plus complexe que ce que notre voyageur l'avait espéré et au bout d'une heure, les mains et les genoux écorchés à force d'avoir essayé d'escalader les arbres pour trouver la sortie, il finit par s'apercevoir d'un détail qui jusqu'à présent lui avait échappé. Au pouce de sa main droite, brillant légèrement avec le soleil qui perçait le feuillage des arbres, se trouvait un anneau en métal. Et ce n'était pas le seul anneau qu'il avait. Sa main gauche en était entièrement ornée: il avait une bague en os à son auriculaire, et une qui brillait comme le feu à son annulaire. Son majeur et son index avait quant à eux des anneaux en pierre et en ce qui semblait être de la glace mais qui ne fondait pas avec la chaleur. Son pouce gauche était, pour sa part, bagué de sang.
Une exclamation d'horreur se propagea dans la taverne et Gasby vit sa femme et sa fille se couvrir la bouche dans un même mouvement d'effrois, ce qui le fit sourire.
-Bien sûr, Gasnub essaya d'ôter ces anneaux qu'il ne se souvenait pas d'avoir enfilé mais même ses dents ne suffirent pas à les déloger et il ne parvint qu'à s'écorcher la peau des doigts. Décidant que mains bagués ou non, son voyage n'allait pas changer, il se remit en quête de ce qu'il pensait avoir perdu.
Le conteur prit une inspiration et toute l'assemblée fit de même, comme si son geste leur avait rappelé qu'ils avaient oublié de respirer.
-La légende raconte, reprit-il de sa voix grave et rocailleuse, que ces bagues sont le symbole de l'immortalité de Gasnub et que quiconque souhaite embrasser la vie éternelle doit posséder les dix anneaux. Personne ne sait réellement ce qu'il est arrivé à Gasnub après cela, mais les rumeurs racontent qu'il continue à errer sur terre, à la recherche de ce qu'il lui semble avoir perdu. Cependant, j'ai une question à vous poser: l'immortalité vaut-elle des siècles d'errance pour une quête qui semble aussi vaine que futile? Car la recherche de quelque chose de perdu, n'a de sens que si l'on sait ce que l'on cherche .
Le conteur s'inclina et les auditeurs se levèrent d'un bond en applaudissant. Gasby siffla d'approbation entre ses dents et avant que le conteur ne disparaisse derrière les villageois qui s'étaient empressés d'aller discuter avec lui, il crut apercevoir l'éclat de cinq anneaux à sa main gauche.
-Je me demande ce que ça fait d'être immortel, fit remarquer Stephie alors que la jeune famille se dirigeait vers leur maison au bord du village. Vous vous imaginez? Avoir un temps indéfini. Je pourrais tout faire et tout apprendre!
-Et surtout tu serais invulnérable ! Renchéri son frère tu pourrais te blesser et ne pas craindre de perdre un doigt ou pire, la main, si ça s'infecte.
-Pourtant, intervint leur père sa voix calme contrastant avec celles excités de ses enfants, je ne souhaiterais l'immortalité même pas à mon pire ennemi.
- Vous dîtes ça, mais je suis persuadé du contraire, rétorqua son fils. Les livres de magie que vous passez tout votre temps libre à lire sont remplis de formule d'immortalité et il s'agit quand même de la magie suprême! Pouvoir déjouer la mort, vous vous rendez compte de l'univers des possibles qui s'offre à une personne immortelle ?
Gasby n'insista pas, laissant ses enfants discuter avec excitation de ce qu'ils feraient s'ils étaient immortels. Pourtant, et bien qu'il n'arrivait pas à savoir pourquoi, l'histoire de l'immortel Gasnub l'avait touché au plus profond de son âme, comme si elle faisait écho à quelque chose d'enfouis au fond de lui. Mais s'il y avait bien quelque chose que ses études de la magie lui avait appris, c'était que l'immortalité n'était pas quelque chose d'enviable, loin de là. Il se désintéressa très rapidement de la discussion qu'entretenait sa famille, sa femme ayant rejoint les enfants sur le sujet, et arrêta de prêter une oreille discrète sur la conversation. Il leva le nez vers le ciel, observant la lune briller dans la nuit noire, ayant presque atteint sa taille maximale. Il lui manquait sans doute deux jours avant d'être pleine. Il huma l'air sec pour une soirée d'hiver et alors que le froid descendait par sa trachée pour rejoindre ses poumons, il referma davantage sa cape autour de lui. Un léger vent flottait dans l'air et la petite famille pressa le pas pour rejoindre leur maison et se mettre à l'abris.
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Gasby ouvrit les yeux. Allongé dans son lit, il fixait le plafond, tout à fait éveillé. Il avait fait un rêve, un rêve étrange où il incarnait Gasnub et errait sur la terre sans but fixe. Il avait eu l'impression d'avoir perdu quelque chose et ce sentiment de perte l'avait emplit d'une profonde solitude. Puis, la couverture d'un livre était apparue devant lui "Gatsby le magnifique". Lui qui adorait les sorciers, il trouvait que Gasby le magnifique serait un bon surnom mais s'il devait payer le prix de la magie avec l'immortalité, il préférait s'en passer.
Il tourna la tête vers sa femme, endormie prêt de lui et tandis une mais pour glisser délicatement ses doigts dans sa chevelure, comme pour s'assurer qu'elle était bien réelle et que le rêve avait définitivement prit fin. Il remonta ensuite la couverture en peau sur Caitlin pour s'assurer qu'elle n'ai pas froid avant de se recoucher sur le dos et de fixer le plafond.
Il ne pouvait pas s'enlever l'histoire de l'immortel Gasnub de la tête, ni les anneaux qu'il avait cru apercevoir sur la main du conteur. Il les avait peut-être rêvé mais un doute s'était glissé dans sa conscience. Ce genre de doute insidieux qui ne demande qu'à être vérifié et Gasby avait la terrible impression que l'histoire du conteur n'était peut-être pas qu'une simple légende. Que l'histoire englobait bien plus que ce que l'étranger avait bien voulu conter. Et si Gasnub existait vraiment ? Et si c'était lui qui était venu raconter sa propre histoire ? L'immortalité était- elle donc possible ? Si c'était le cas, la magie existait encore sur terre.
Les pensées de Gasby se remplirent de possibilités où ce qu'il avait lu dans les livres prenaient forme et où les sorciers réalisaient des rituels magiques à l'écart des regards indiscret et une boule chaude d'espoir se créa au fond de son estomac.
Sans doute était-il tellement plongé dans ses pensées qu'il ne s'aperçu pas tout de suite que la température commençait à monter dans la petite maison. Pourtant, les nuits étant fraîches, ce signe aurait dû l'alerter mais ses songes happèrent complètement son sentiment de danger.
Ce ne fut que lorsque d'infimes morceaux de braise commencèrent à passer devant ses yeux que Gasby comprit ce qu'il était en train de se passer. Il se redressa d'un bond de son lit et entreprit de réveiller sa femme à grand renfort de secousses. Lorsque enfin sa femme ouvrit les yeux et se rendit compte de la situation, Gasby l'intima à sortir de la maison au plus vite et il se précipita vers la chambre de son aîné qui était la plus proche et lorsqu'il l'eut réveillé, les deux se ruèrent vers la chambre de Stephie. La porte était déjà en feu, les flammes ayant léché les murs en bois de la maison à la vitesse de l'éclair.
-Sors de là, hurla Gasby alors que le feu atteignait le plafond.
Voyant que son fils allait répliquer, le menuisier le poussa vers l'entrée.
-Fais ce que je te dis. Sors!
Joseph sembla comprendre qu'il ne valait mieux pas insister et il se précipita vers la sortie non sans un regard vers son père.
-Je vais faire sauter la fenêtre pour que vous puissiez sortir, déclara-t-il avant de se hâter vers l'extérieur.
Seul face à la porte enflammée, Gasby chercha rapidement des yeux de quoi l'enfoncer mais la plupart du mobilier était déjà touché par le feu. L'esprit embrumé par la fumée toxique qui commençait à remplir ses poumons, Gasby se décida pour la méthode qu'il jugeait la plus simple et donna un grand coup de pied contre la porte qui, grâce à l'action des flammes qui l'avaient affaiblie, se brisa en morceaux libérant le passage. Il se précipita dans la pièce attenante et trouva sa fille, encore endormie dans son lit alors que partout autour de la chambre le feu commençais à se propager. Il se jeta sur elle, essayant de la réveiller en la secouant et voyant que ses efforts étaient vains, la chargea sur son dos avant de se tourner vers ce qui devait être la fenêtre. Comme promis, Joseph l'avait brisé de l'extérieur, mais le vent qui s'engouffrait par l'ouverture ne faisait qu'attiser le feu. Gasby se tourna vers la porte ravagée par les flammes et vit avec horreur le feu commencer à endommagé le toit, embrasant le chambranle. Cette sortie était impraticable, et s'ils ne sortaient pas vite, ils se feraient ensevelir sous des braises ardentes. Il pouvait entendre des cris provenir de l'extérieur alors qu'il cherchait désespérément un moyen de sortir, ne réussissant pas à discerner les paroles parmi les pleurs. Et tout à coup, alors qu'il commençait à perdre conscience sous l'effet du gaz carbonique, il sentit de l'eau s'abattre sur son visage. Il eut l'effet d'une décharge électrique, son esprit s'éclaircissant, alors qu'à travers la fenêtre d'où était venue l'eau, il apercevait son fils, un sot à la main avant que les flammes ne reviennent lécher les bords de la fenêtre. Et là, il vit le chemin vers la sortie.
-Encore, hurla-t-il, surpassant la quinte de toux qui l'envahissait. Encore, toussa-t-il, luttant pour continuer à respirer.
Il se rapprocha de la fenêtre en titubant, ignorant la chaleur qui lui brûlait le visage et pris sa fille dans ses bras. Un nouveau sot d'eau fût jeté et profitant du passage qu'elle avait créé, il lança Stephie par la fenêtre. Plusieurs personnes se précipitèrent pour la rattraper sans que Gasby n'arrive à savoir de qui il s'agissait. Il se prépara à sauter, attendant le prochain sot d'eau lorsqu'il entendit le plafond craquer de façon menaçante. Un regard vers le toit en chaume embrassé lui donna la détermination d'attraper les couvertures sur le lit de sa fille, de se recouvrir avec à la hâte et de sauter à travers la fenêtre en feu.