Partie I
Lille et une nuitIl regarde son corps sur le miroir de sa salle de bain et sa nouvelle compagne essaye d'entrer mais la porte est verrouillée. Il analyse les moindres détails de son propre visage et s'aperçoit que son innocence a disparu. À présent le voici dans le monde des quadras, de ceux qui souffrent en silence et qui souhaiteraient retrouver leur insouciance. Il n'aime pas lui montrer son corps en pleine lumière et c'est pour cette raison qu'il se cache d'elle. Ses abdominaux ne font qu'un, formant une bedaine qu'il essaye de rentrer mais rien à faire. La chemise extra slim qu'elle lui avait offerte l'année dernière pour son anniversaire ne lui va plus. Mais elle insiste de nouveau derrière la porte.
SANDRA : Tu veux bien mettre ta chemise bleu ciel ?
Il se regarde de nouveau et se dégoûte davantage quand il aperçoit son long nez pointu et la forme de sa mâchoire. Il ne s'est jamais senti très beau, mais ce complexe il le compensait avec sa voix, un timbre doux et chancelant qui rassure et qui démontre une grande assurance, ainsi qu'une posture aussi intellect que raffiné. Tout ce narcissisme ne peut plus être exercé, car le changement de son corps est dur à accepter. Et elle comment peut-elle le regarder. Ne voit-elle pas que le temps lui échappe ? L'amour n'a pas d'âge se dit-il pour se rassurer malgré leurs 12 printemps d'écart, quarante pour lui et vingt-huit ans pour elle. Mais ce fut son choix quand il quitta Aline son ex-femme, il y a trois ans pour une aventure littéraire. Après avoir ausculté son corps, ce fut le tour de son âme et de son amour propre, alors sans plus tarder il enfile son pantalon et sort enfin de sa salle bain.
SANDRA: Pourquoi tu t'enfermes ? Tu me fais des cachotteries ?
(Elle se colle à lui, avec les mains autour du cou.)
ENZO: Rien du tout, je réfléchissais à ce qu'on pourrait faire ce soir.
SANDRA: Et tu as une idée ?
(Elle continue à l'enlacer tendrement.)
ENZO: J'aimerais écrire, boire du vin, fumer et faire l'amour. Mais je manque d'inspiration ce soir.
SANDRA: Tu as le syndrome de la page blanche ?
ENZO: Ce ne sont que des bêtises, on a toujours quelque chose à écrire.
SANDRA: Alors qu'est-ce tu comptes écrire ?
ENZO: Une nouvelle ou une pièce.
SANDRA: Encore... tu n'en as pas marre d'écrire toujours la même chose.
Cette petite phrase toucha son amour propre, mais au fond il savait qu'elle avait raison.
ENZO: C'est une nouvelle mais dans un autre genre.
(Il se dirige vers son ordinateur portable.)
SANDRA: Qu'est-ce que tu fais ?
ENZO: Ben tu le vois bien, j'écris !
SANDRA: J'ai envie qu'on sorte ce soir.
ENZO: Demain si tu veux, là je suis exténué.
SANDRA: Mais pas pour écrire. Oh non je dirais même mieux. Tu vas surfer sur le net et lire toutes les critiques qui te concernent. Et tu auras l'impression d'être la plus grosse merde du monde. Fais comme tu voudras, mais moi en tout cas je sors.
ENZO: Non !
SANDRA: Comment ça non ? Tu as l'air inquiet tu crains que je plaise à quelqu'un d'autre hein ?
ENZO: Ce n'est pas le sujet.
SANDRA: Je te le redis, il est hors de question que je passe ma soirée à te regarder écrire. Je m'ennuie en ce moment.
Et soudain, il pensa à ce que lui avait dit son ex-femme, « je m'ennuie ».
ENZO: Écoute je te jure que demain nous sortirons. Je te le promets, mais je dois absolument écrire quelque chose ce soir et j'ai besoin de toi.
SANDRA: Tu as besoin de moi pour te donner l'impression d'exister et je ne suis pas ta muse, car je ne suis rien d'autre que ta secrétaire. Eh oui c'est moi qui corrige tes fautes d'orthographe, ta mauvaise syntaxe et ta grammaire niveau CM2. Parce que tu es paresseux et que tu refuses toujours de faire des efforts. Tu te contentes toujours de peu.
ENZO: Le problème c'est que si je n'écris pas maintenant, je perdrai mon élan.
SANDRA: Et sur quoi voudrais-tu écrire ?
ENZO: Je n'en suis pas encore sûr, mais j'ai déjà le titre La belle flamande
SANDRA: Tu me gonfles avec tes titres à la con. On dirait un titre érotique. J'ai besoin de sortir et j'ai besoin de voir du monde. Toi... tu ne sors pratiquement jamais, sauf pour te promener en solitaire en mode écrivain. Tu n'acceptes de me voir que le soir et pas avant 22 h. Je n'ai jamais vu ton éditrice là, comment elle s'appelle déjà ?
ENZO: Amanda.
SANDRA: C'est cela. Mais je veux qu'on sorte dîner, que tu me tiennes la main dans la rue et que tu me considères un tout petit peu. J'en ai assez d'être ton objet sexuel, que tu me fasses tout ce que ton ex-femme t'interdisait de lui faire. C'est vrai que c'est cool d'écouter de l'opéra sur France Musique, ou de regarder des films d'horreur en noir et blanc, mais par moment oui par moment j'ai envie de regarder The Voice, ou Scènes de ménage, de manger des chips. J'ai envie de me lâcher quoi ! Je ne suis pas une bohème.
ENZO: D'accord, c'est comme tu voudras, mais il faut absolument que j'écrive ce soir. Et s'il te plaît, reste avec moi, c'est toi qui me donnes envie de me surpasser.
SANDRA: Non... Tu te trompes complètement, j'ai juste réussi à flatter ton ego. Tu ne m'aimes pas. Tu n'éprouves que du désir. Tu as l'air d'espéré en ce moment et malheureusement je ne suis que ta roue de secours. Je t'entends faire des cauchemars la nuit et parfois tu pleures dans ton sommeil
ENZO: Tu n'as pas idée de la douleur que j'éprouve actuellement, car du jour au lendemain j'ai dû faire un choix. Celui de vivre ou de mentir. Quand Aline me disait je t'aime et que je lui répondais moi aussi, elle me serrait dans ses bras de toute son étreinte, mais mes sentiments allaient vers toi. Je culpabilise car je sais qu'elle souffre. Et j'ai de la peine pour elle. Si tu veux t'en aller, je ne te retiendrai pas. Mais je dois écrire.
Il prit place sur son bureau, se mit à écrire et Sandra s'allongea sur le canapé, en le méprisant du regard.
SANDRA: Je te hais d'amour.
La belle flamande
Les exilés
Le port de Porto Christo donnait une vue magnifique du balcon où était installé Andy. Il y avait tous ces bateaux alignés côte à côte, tout de prêt la gare routière ainsi que des touristes qui longeaient le quai du port. C'était un endroit très touristique, mais très reculé du sud de Majorque. Dans les alentours de Porto Christo ne s'y trouvaient que des clubs hôtels ou des boîtes de nuit. Mais Andy y avait loué une petite maison de trois étages tout près du port. Et cette vue sur cette infinie mer bleu marine assortie au ciel bleu azur lui procura enfin cette liberté tant attendue. À présent, trois visages lui apparaissent dont celui de sa mère Elena, qui sirotait un diabolo fraise à la terrasse d'un café tout près du port, dans une rue commerçante. Un endroit rempli de restaurant et de boutique. Un attrape-touristes qui sans s'en rendre compte achetaient des produits made in china. Et il y a le regard de Cassandra, cette femme qui changea sa vision sur la vie et sur lui-même avec elle il découvrit le monde de la manière la plus délicate qu'il soit. Il avait enfin compris que son destin était en marche. En se retournant, il aperçut Francis qui faisait danser la petite Kaïna ? Sa fille adoptive de douze ans, sur de la rumba congolaise. Mais elle accourut aussitôt dans les bras d'Andy, ce nouveau papa qu'elle voyait comme un homme bienveillant, capable de la distraire afin de lui faire oublier son traumatisme.
- Elle en met du temps, tu ne trouves pas ?
- N'ayez aucune crainte patron, elle est avec Daniel et il faut admettre que c'est un excellent pilote de bateau. Vous n'aimez pas être loin d'elle ?
- C'est qu'elle n'en fait toujours qu'à sa tête et parfois elle...
- Elle vous fait peur c'est ça. J'ai raison patron ?
- Francis je t'en conjure arrête de m'appeler patron. C'est frustrant.
- Quand nous étions à Rio et que nous sommes partis visiter l'orphelinat, les gens vous appelaient Patrao. Partout où nous allions, les gens vous respectaient et moi aussi je vous aime.
- Mais je t'avoue que j'ai comme un mauvais pressentiment.
- Ne vous en faites pas patron, vous pouvez compter sur nous, je vous suivrai jusqu'à la mort.
- Francis !
- Oui patron !
- Je sais qu'au fond de toi il y a de l'amertume et de la culpabilité. Chacun de nous portera son fardeau jusqu'à sa tombe et ce ciel bleu et nos voyages à travers le monde ne peuvent effacer ce que nous avons fait et ce que nous avons été. Tu penses que la mort te libérera de ton mal-être, en revanche je te demanderai une chose mon frère. Ne te sacrifie jamais pour moi. Ni toi ni Cassandra et même Daniel ne me devez quelque chose. Ce que j'ai fait... eh bien je l'ai fait sans condition, car maintenant nous sommes comme une famille et tu es le frère que je n'ai jamais eu.
Après avoir quitté Lille il y a sept ans de cela, Andy se mit à faire le tour du monde et c'était Cassandra qui du bout de son index choisissait les destinations sur un mini globe terrestre qu'il avait acheté dans une boutique, à Roissy Charles de Gaule. Au départ, il l'avait engagée en tant qu'auxiliaire de vie et leur premier pied à terre fut Rio et c'est là que commença leur nouvelle aventure. C'était la première fois qu'Andy quittait la France et avec sa nouvelle fortune, il aurait pu loger dans un hôtel cinq étoiles, ou même louer une villa luxueuse de six cents mètres carrés. Mais au lieu de cela, il loua une maison à l'architecture coloniale du 19e siècle, du temps où les Portugais avaient colonisé le Brésil. Les exilés tombèrent sous le charme de cette demeure avec un jardin de huit cents mètres carrés. Quand ils s'installèrent, ils décidèrent de ne rien changer afin d'être en harmonie avec le décor de chaque pièce. Andy lui avait promis la liberté, mais il ne savait pas comment la protéger, alors autant faire les choses simplement. Ne pas attirer l'attention et rester lucide. Ils vécurent modestement et sans démesure, car être riche est une question de savoir-vivre. Ils faisaient leurs courses dans les marchés, et consommaient des produits locaux, tout en s'adaptant au rythme de vie des Cariocas. Ils se déplaçaient la plupart du temps en taxi ou en bus. Ils évitaient les boîtes de nuit, préférant se poser dans un bar en écoutant les musiciens de passage. Quand ils se promenaient au marché, les vendeurs l'appelaient « Patrao » mais un homme noir au sourire écarlate l'interpella en français et ils s'arrêtèrent devant un stand de montre et de lunette contrefaçon. Et c'est à ce moment qu'ils firent la connaissance de Francis qui négociait le prix d'une paire de lunettes.
Francis habitait Rio depuis quatre ans et il y possédait un bar. Il faisait des allers et retours entre Rio et Catece chez un grossiste qui l'alimentait en alcool et en boisson. Chaque soir, il remontait dans son grand appartement, accompagné d'Almeida sa serveuse. C'était une belle brune à la peau suave avec qui il partageait uniquement son lit et quelques verres de cachaças. Il vivait juste au-dessus de son bar, dans le quartier de Rio. Cassandra ne put s'empêcher de lui demander s'il était Français et il répondit que non.
- Je ne suis pas Français, mais j'ai vécu quelque temps en Belgique et vous d'où venez-vous ?
- Nous, de Lille dans le nord de la France, lui répondit Cassandra.
- Alors nous sommes comme on dirait voisins. Vous êtes venus un soir dans mon bar et sans le vouloir j'ai écouté votre conversation. Ça me fait vraiment plaisir d'entendre des francophones. Je m'appelle Francis, n'hésitez pas à revenir boire un verre un de ces soirs. Vous serez les bienvenus et il y aura aussi un concert prochainement.
Il avait un accent africain, mais plutôt anglophone, il devait faire environ 1m90 avec des avant-bras aux muscles saillants. Ce qu'on remarquait le plus chez lui c'était une énorme cicatrice sur sa main gauche. Parfois, de tels détails nous cachent de grandes histoires. Francis est né au Liberia, en 1977. Tout comme Andy, il ne connaissait pas son père, car sa mère fut violée par des mercenaires de Prince Johnson. Un ancien chef rebelle qui combattait une autre faction rebelle commandée par son rival Charles Taylor. Après la chute du dictateur Samuel Do, le pays fut divisé en deux parties, laissant place aux pillages et aux rackettes tout en faisant de nombreuses victimes. La situation du pays était devenue catastrophique et même les Nations Unies et la bien-pensance mondiale ne voulaient pas se salir davantage les mains dans ce continent. Des milliers de Libériens durent s'exiler dans les pays voisins, mais un jour un camp de réfugiés fut attaqué par des rebelles et la mère de Francis fut laissée pour morte.
Seul et orphelin Francis n'avait que deux choix, celui de travailler dans les mines de diamants qui servaient de monnaie d'échange contre les armes que leur vendaient les occidentaux ou alors devenir enfant-soldat en utilisant ces mêmes armes. Mais il pensait qu'il avait plus de chance de survivre avec une kalachnikov qu'un morceau de cailloux qui n'avait pas de prix. Pendant dix ans, il démontra une détermination féroce, exécutant les ordres sans se plaindre. Il savait qu'il devait survivre et peu importe le nombre de vies qu'il prendrait avec les assauts et les pillages. Mais il savait qu'il pourrait un jour contempler ce ciel bleu en toute liberté. Ensuite, Il devint mercenaire et combattit dans différentes factions rebelles, au Liberia, au Tchad, en Angola et au Rwanda et pour finir en République démocratique du Congo anciennement appelé Zaïre. En 1997, un chef rebelle du nom de Joseph Désiré Kabila rassembla plus d'une dizaine de milliers de mercenaires. Francis lui avait fait allégeance afin de destituer le président Mobutu. À seulement vingt ans, Francis ne pouvait compter le nombre de soldats qu'il avait combattus. Sa réputation n'était plus à refaire et chaque chef rebelle pour qui il avait guerroyé lui réservait un traitement particulier. Certains l'appelaient Achille ou Lancelot et d'autres le surnommaient Hercule. Chacun à son tour lui promettait une place de haut gradé, si jamais ils arrivaient à faire chuter le pouvoir. Mais ce que cherchait Francis n'avait pas de prix, car la liberté est un luxe que l'Africain ne peut se permettre. Il avait eu écho d'une phrase qu'avait prononcée le Che dans ses mémoires, quand il rencontra Kabila au début des années soixante, « Avec ce genre de dirigeants, l'Afrique restera dans le colonialisme et la servitude » ensuite il comprit bien plus tard que le berceau de l'humanité n'a jamais eu son destin entre ses mains. Après plusieurs semaines de dialogue, le dictateur Mobutu abdiqua puis s'exila au Maroc. Joseph Désiré Kabila accéda au pouvoir et instaura un nouveau gouvernement. Le nouveau chef des armées convoqua Francis en lui demandant s'il voulait faire partie de la garde rapprochée du nouveau souverain, mais il refusa.
- Mais alors qu'est-ce que tu veux ?
- Je veux un visa et un passeport pour l'Europe.
- Tu ne veux pas rester avec nous ?
- Je n'ai plus la force de me battre.
- Avec nous, tu ne manqueras de rien, tu auras une villa, des femmes, de l'argent, tu auras un gros pourcentage sur nos richesses naturelles.
- Je le sais, mais je ne serai jamais libre.
- Écoute petit frère, l'Europe n'est pas ce que tu crois, car ce n'est qu'une illusion. Reste parmi tes frères.
- Mes frères... Tu ne peux imaginer le nombre de frères que j'ai tué. Et tout ça pour quoi ? Une villa des femmes et le pouvoir. Depuis l'âge de dix ans, je n'ai connu que la guerre. En restant ici je serais peut-être riche, mais jamais en paix et encore moins libre.
- Et qu'est-ce que tu feras en Europe ? Tu n'as pas de diplôme et pas de qualifications. Les noirs n'auront jamais leur place en Occident, car l'Afrique ne sert qu'à enrichir l'Europe et pour eux tu ne seras qu'un esclave avec une fiche de paie.
- Je m'en moque, ça ne saurait être pire que ce que j'ai enduré, mais c'est tout ce que je vous demande.
Sa requête fut acceptée et le 12 août 1997 c'est en tant que diplomate et un passeport au nom de Francis Ditamba, que son avion atterrissait à l'aéroport de Charleroi. Le nouveau monde comme il l'appelait, n'était pas une illusion mais l'espoir d'une vie heureuse. Tout d'abord, il dut apprendre le flamand et ensuite il s'installa à Bruxelles prêt de l'ambassade du Congo. Ce poste était une planque, une sorte de remerciement pour avoir servi les intérêts de la nation. Avec son statut diplomatique, il parcourut l'Europe et le reste du monde. Londres, Paris, Lisbonne, Prague, en passant par l'Amérique latine. Il rencontra des gens très influents, des avocats d'affaires, des gestionnaires de fortunes, et des directeurs de cabinets ministériels. On ne saurait imaginer que cet homme aurait tué d'autres hommes de sang-froid, car il n'avait pas d'autre choix. Il ne se passe pas un jour où il ne redoute la mort et qu'il paie à son tour un châtiment similaire. Quand il avait quatorze ans, il devait surveiller les mines de diamants, cela fut son premier poste à responsabilité. Mais il abattit d'une balle dans la tête un garçon du même âge que lui car il refusait de ramasser des diamants. C'étaient les ordres. Mais après avoir vécu aux frais de la princesse, l'heure était venue de rendre des comptes. Car le 16 janvier 2001, Joseph Désiré Kabila fut assassiné dans son palais présidentiel. Ce jour-là, Francis se trouvait à Bruxelles quand il apprit la nouvelle. Son téléphone fixe sonna et il eut un mauvais pressentiment. C'était l'ambassade du Congo qui lui demandait de se rendre tout de suite à l'aéroport de Bruxelles, car un vol l'attendait pour Kinshasa. Une voix intérieure lui préconisait de ne pas y aller. Francis a déjà vécu ce genre de situation, pour qu'un chef d'État puisse être assassiné dans son propre palais, soi-disant le lieu le plus sécurisé du pays n'est pas anodin. Il a déjà côtoyé le pouvoir et il sait ce qui se dit en off et qu'on ne peut se fier à personne. S'il retourne au pays tout peut arriver, car en Afrique les gouvernements sont pragmatiques et tout le monde peut être soupçonné puis disparaître. Francis ne se rendit guère à l'aéroport et se ne présenta pas non plus à l'ambassade. Le chef d'état-major qui jadis voulait l'engager en tant que garde du corps fut incarcéré, ainsi que trente autres personnes. Mais les absents ont toujours tort et à son tour il fut accusé de complot et de coup d'État contre le pouvoir. Son passé de mercenaire fut dévoilé par le nouveau porte-parole du gouvernement et son statut diplomatique lui a été retiré. Francis devint un simple clandestin, et un sans-papiers qui cherchait à son tour l'asile politique. Il comprit désormais ce que pouvaient ressentir ses semblables qui pouvaient être expulsés de l'Europe et retourner dans leur pays d'origine, ce qui serait vu comme un échec. Car s'il retournait au Congo, il y serait emprisonné, jugé et sûrement exécuté. Il avait essayé de joindre certains contacts qui auraient pu le tirer d'affaire. Mais il n'était plus rentable pour ceux qu'il avait servis auparavant en tant que consultant, quand les Européens ouvraient leurs entreprises sur le continent noir. Dans le monde géopolitique, c'est donnant donnant. Mais dans cette vie, où la survie est une partie d'échecs, il ne lui restait qu'une seule carte à jouer. L'article 15 de l'Afrique « Débrouillez-vous ». Comme je le disais, Francis est un sacré colosse et sa carrure était son atout. Car il devint agent de sécurité dans des petits supermarchés. Un jour, son responsable lui proposa de travailler dans une boîte de nuit, mais payé au noir. Et il accepta aussitôt. Par la force des choses ou du destin, il devint garde du corps de certaines vedettes du show-biz belge. Et ensuite, il créa sa propre boîte de sécurité. Quelques années plus tard, il retrouva des diamants dans ses effets personnels. Après une longue hésitation, il se rendit dans une boutique à Anvers tenue par des juifs. Le vendeur examina la pièce à l'aide d'une loupe, puis le fixa avec un regard suspicieux.
- Comment avez-vous eu ces diamants ?
- Pourquoi ?
- Car ça fait au moins Vingt ans que je n'ai pas vu un tel bijou, c'est un diamant brut. D'habitude, je traite avec des Sud-Africains, mais cette pierre, si je ne me trompe pas, elle est originaire d'Afrique de l'Ouest. La dernière fois, c'était un Libanais qui me l'avait vendue. Il travaillait au Congo et au Liberia.
- Et combien valent-elles ?
- Je dirais entre deux cent cinquante milles et trois cent mille euros.
- Je pense qu'elle vaut beaucoup plus.
- Oui... mais c'est la crise en ce moment. Et je pense que si vous vous faites attraper avec ces diamants, vous risquez de vous attirer des ennuis et moi avec. Là maintenant je n'ai pas de liquide sur moi. Mais je peux vous en donner pour deux cents milles net. On se donne rendez-vous demain à la même heure ?
- Qui me dit que vous n'allez pas appeler la police ?
- Mon cher ami l'argent n'a pas d'odeur et ce qui va dans votre intérêt va aussi dans le mien.
Il avait raison la crise avait frappé l'Europe et l'économie mondiale fleurissait dans les pays émergents comme la Chine, l'Inde ou le brésil.
- Alors qu'est-ce qu'on fait ?
- Allons-y pour deux cent mille.
- Marché conclu. Donc demain !
- Sans faute.
En 2008, la crise des subprimes ainsi que l'industrie automobile américaine entraînèrent tel un effet domino, les banques européennes dans un gouffre financier. Jusque-là, les nations du vieux continent vivaient au-dessus de leurs moyens et face à cette négligence du capitalisme, les gouvernements respectifs s'unirent afin de sauver les banques et les bourses. L'Europe qui était jusque-là l'étendard de la démocratie et du multiculturalisme était face à la réalité de l'immigration. Cette crise qui était au départ une crise économique et sociale se transforma en crise identitaire.
Mais le problème est que l'étranger était pointé du doigt, car on lui reprochait de s'approprier le travail d'un Occidental pur souche et la préférence nationale devint sans vouloir l'argument électoral de la facho sphère. Notre ami Francis sentait que le vent avait tourné, mais plutôt vers l'est ou l'Amérique latine chez les nouveaux riches, dont la croissance ne cessez d'augmenter et offrez ainsi aux pays émergeant un pouvoir d'achat qui leur permettaient de vivre au même rythme que les européens. C'est ainsi qu'avec 200 mille euros en poche et un billet d'avion pour Rio, que débuta pour lui une autre aventure. Il déposa le bilan de sa boîte de sécurité. Et son destin croisa celui des exilés.
Andy et Cassandra se plaisaient à Rio et ils avaient rapidement pris leur marque. Pour eux, Francis représentait une sorte de guide et à chaque fois qu'ils allaient dans son bar, ils en profitaient pour discuter avec cet homme fort sympathique, serviable et par-dessus tout jovial. Il leur donna conseil sur les endroits à ne pas fréquenter, et de ne pas porter de bijoux trop brillants et surtout de ne pas avoir l'air de touriste, car Rio reste malgré tout une ville très dangereuse. Le brésil n'est pas le pays que l'on croit, avec ses plages de sables fins et ces filles qui se pavanent avec leurs strings ficelles sur de la samba en longueur de journée. C'est aussi un pays qui baigne dans la corruption et le crime organisé. Il y a aussi des inégalités entre les noirs descendants d'esclaves, enfournés dans les favelas et qui n'ont que le football ou la musique comme ascenseur social. Les blancs vivent près des centres-villes avec des emplois honorables, comme avocats, notaires ou médecins. Même la plage de Copacabana n'est qu'une légende exotique, loin des cartes postales que l'on accroche sur nos frigidaires et qui nous font rêver. Mais les Cariocas sont des gens décomplexés, et peu importe leur corpulence, ou leurs statuts sociaux. Ils vivent et ils chantent.
Un soir, Andy et Cassandra se rendirent dans le bar de Francis. Il portait sur lui le maillot collector du grand Milan AC, qui correspondait aux mêmes couleurs que celui du Flamengo, le plus grand club de Rio selon les flamengistes. Un homme l'interpella et lui demanda d'où venait ce maillot, mais ils ne comprenaient toujours pas le portugais mélangeant l'espagnol et le français en finissant ces phrases par la lettre O. Cet homme était accompagné de sa fille qui heureusement chantait la langue de Molière.
- Il vous demande juste le club de votre maillot.
- Milan AC c'est un grand club italien.
L'homme qui l'interpella s'appelait Paolo et sa fille Jamie lui traduisait en français les mots de son père. Sachez qu'à Rio n'importe qui peut vous raconter n'importe quoi, et cela n'importe quand. Les Cariocas vous racontent leurs vies sans aucune gêne, car ils n'ont pas cette méfiance à l'égard de celui qui ne leur ressemble pas. Ce nouveau mode de vie convenait parfaitement à Andy et peut être que son agoraphobie s'estomperait dans ce nouvel environnement. Paolo avait dépassé la cinquantaine, c'était un homme fin et élancé avec une démarche légèrement bancale. Il y a cinq de cela, il avait fait un accident de moto et ce drame le handicapa à vie. Il se considérait comme un miraculé touché par la grâce de Dieu. Il était responsable d'un orphelinat et sa fille qui était pédopsychiatre l'aider régulièrement dans son travail. Andy n'était pas habitué à ce qu'on l'aborde de cette façon et il avait pour habitude de fuir le regard des autres et de couper court à chaque conversation. Jamie avait le regard de son père, un regard qui sourit et qui donne envie de faire de même et de rendre la politesse. Il fut séduit par l'approche de cette femme et par se regard qui ne le juge pas. Ils firent connaissance et au fur et à mesure du temps ils s'apprécièrent. Et c'est ainsi qu'un nouveau groupe se forma. Mais la proximité de Jamie envers Andy déplut légèrement à Cassandra. Les exilés malgré leur âge n'ont jamais connu l'amour et notre cher Andy n'est guère un homme délicat et pourtant il brûlait d'envie de lui exprimer quelque chose. Pendant cette période, ils ne s'étaient jamais rapprochés et dans leur demeure, ils faisaient souvent chambre à part. Andy émettait une certaine distance mais cela n'était rien d'autre que de la timidité avec la peur de la décevoir. Cassandra percevait cela comme une gêne, peut-être qu'à ses yeux, elle n'était encore qu'une prostituée. Une fille facile qui n'avait pas d'autres choix que de le suivre, afin de survivre. Ils étaient deux âmes parallèles attendant un signe ou un geste de l'autre. Et rien de tel qu'une rivale potentielle pour révéler un sentiment qu'elle n'avait jamais connu jusqu'à lors et ce fut la jalousie. De retour chez eux, Andy avait pour habitude de s'isoler dans un coin du jardin, essayant temps bien que mal de finir le roman de Tolstoï. Mais Cassandra l'avait suivi, déterminée à crever l'abcès.
- Elle vous plaît ?
- Qui ça ?
- Jamie !
- Non pas du tout.
- Pourtant vous avez passé toute la journée avec elle. Vous vous confiez à elle ?
- Non je ne me confie pas à elle. Vous remarquerez que je fréquente aussi son père. Qu'est-ce qui se passe Cassandra ?
Il se leva de sa chaise et posa son roman sur la table.
- Je ne sais pas... Vous ne me regardez pas, et je pense que c'est Jamie qu'il vous faut pas moi. Elle arrive à vous cernez, elle vous fait du bien avec sa sensibilité, son accent et sa culture générale, moi je ne sais pas y faire et d'ailleurs je me demande ce je fais ici.
Il s'approcha d'elle et lui prit la main.
- Quand vous m'avez rejoint à la gare de Lille, je n'en croyais pas mes yeux. Je pensais ne jamais plus vous revoir. Je m'en voulais de ne pas avoir été assez convaincant. Mais maintenant, vous êtes là et c'est le plus important.
- Vous souhaitiez que je sois votre auxiliaire de vie, mais vous m'évitez tout le temps. Je me sens inutile.
- Vous êtes ici parce que vous n'aviez pas le choix, parce qu'à Lille on vous aurait tué.
- Je crains que vous vous lassiez de moi, que du jour au lendemain, vous ne trouvez plus grâce en mes yeux et que votre proposition n'était qu'un moment d'euphorie passagère, parce que votre vie avait subitement changé.
- Parce que c'est notre destin Cassandra. Vous aurez beau me répéter mille fois la question, je vous donnerai mille fois la même réponse. Votre présence me procure un sentiment étrange, je ne ressens que de l'affection pour vous. Je sais que d'autres vous payaient en échange de galipette. Moi je vous paie en échange de votre compagnie. Vous êtes la seule personne avec qui je puisse être naturel. Je sais que ça à l'air insensé mais je vous avais prévenu Cassandra que je souffrais d'une pathologie et que je supporte très mal les lieux publics, les restaurants, les centres commerciaux. Et puis vous êtes apparue, sachez que votre regard Cassandra me canalise et vous m'avez envoûté. Je suis désolé de m'isoler, mais seulement j'ai peur de vous montrer ma vraie nature. Et moi aussi je crains que vous vous lassiez de moi.
- Alors je veux voir le vrai Andrew Kayser. Et j'aimerais savoir ce que vous attendez vraiment de moi.
- Que vous deveniez mon ami, ma partenaire, ma camarade. Je n'ai jamais eu d'amis car j'ai toujours été en décalage avec les êtres humains, et je suis parfois à contretemps, mais avec vous c'est différent. Les jours ne comptent pas et c'est tous les jours dimanche.
- Je l'entends mais je peux mourir à tous moments et une pauvre innocente à était sûrement tuée ma place. Il m'est impossible de retourner en France, car je suis condamné à l'exil et une fois de plus je dépends d'un homme.
Il saisit de nouveau ses deux mains, colla son front contre le sien et il effleura le bout de son nez, du bout de ses lèvres et vice versa.
- Cassandra.
- Oui Andy.
- J'ai quelque chose de très gênant à vous demander ?
- Vous voulez coucher avec moi ?
- Non... disons que c'est beaucoup plus subtil que cela.
- Dites toujours.
- Voulez-vous m'épouser ?
Cassandra se mit à rire aux éclats.
- Vous trouvez ma proposition absurde ?
- Non, je trouve cela surprenant, avec vous je peux vraiment m'attendre à tout.
- Vous avez maintenant un aperçu du vrai Andrew Kayser. Un homme marginal et parfois surprenant. Laissez-moi vous expliquer la raison de ma demande Cassandra, voyez cela comme une aventure.
- Mais vous ne m'aimez pas. Tout va si vite pour moi et vous savez ce que vous risquez si vous m'épousez ?
- Oui et nous ne sommes à l'abri de rien ma chère, raison de plus pour rester prudent et la prudence n'est pas une faiblesse. Je veux simplement vous protéger.
- Pourquoi voulez-vous me protéger ?
- Car si je ne le fais pas personne ne le fera pour vous. Et je m'en voudrais s'il vous arrivait la moindre chose. Si je vous demande de m'épouser... c'est que j'ai l'intention d'adopter un enfant.
- Pardon ?
- Vous m'avez bien entendu. Paolo m'a dit qu'en étant marié, il y avait plus de chance d'adopter un enfant.
- J'ai l'impression que vous vous servez de moi, cependant cela veut dire que je serais maman ?
- Oui.
- Ça en fait des évènements en si peu de temps. Ça fait combien de temps qu'on se connaît ?
- Je dirais cinq mois.
Elle se déchaussa et alla s'installer sur le canapé et Andy se mit à ces côtés.
- Vous avez des pieds magnifiques, un regard envoûtant et une voix captivante. Je vous aime Cassandra et j'en suis navré. Je sais que je ne suis pas le genre d'homme que vous avez l'habitude de côtoyer. Mon but est de m'assurer que vous ne craignez plus rien. À partir de ce soir. Je vous considère comme mon ami. Est-ce que vous vous débrouillez bien avec un ordinateur ? Car je ne comprends rien au wifi et toutes les installations qui vont avec et j'aimerais que vous vous occupiez des billets d'avion, des réservations d'hôtels et puis n'hésitez pas à faire du shopping ou du yoga, ou apprendre à jouer un instrument. Il faut vous réinventer. J'aimerais aussi faire le tour du monde, pas comme un touriste mais un comme un témoin de la vie. Mais seul je n'y arriverai jamais, parce que j'ai beaucoup de mal à me concentrer et j'ai ce besoin constant d'être captivé par quelque chose. Sachez aussi que je ne supporte pas l'ennuie, mais Dieu merci je vais beaucoup mieux depuis que j'ai changé d'environnement.
- Cassandra ?
- Oui Andy.
- Est-ce un crime d'aimer sans condition ? Sans rien demander en retour ? Vous m'offenseriez si vous doutiez de mon affection. Car je ne peux qu'être entier avec vous. Je vous l'ai déjà dit. Je me fiche complètement que vous ayez été un désir tant partagé. Croyez-moi sur paroles Cassandra, vous méritez d'être heureuse.
- Mais j'ai tellement peur. Je n'ai pas le droit de vous mêler à tous cela. Et s'il me retrouve que feriez-vous ?
- Il ne vous retrouvera pas. Ici, vous êtes en sécurité. Quand nous serons bien installés, ma mère nous rejoindra. Je pense que nous étions destinés à nous rencontrer. Vous n'allez pas me croire mais la veille de notre départ, Tony Cassera s'était rendu dans le bar de mes parents.
- Ah bon, mais comment est-ce possible ? Comment le connaissez-vous ?
- Le soir de notre rencontre, je vous avais dit que Sabri voulait acheter le commerce de mes parents. Mais mon beau-père refusa son offre, ensuite Tony leur fit des menaces pensant qu'ils auraient pris peur. Mais ce soir-là, ma mère fut plus déterminée que jamais et il prit congé.
- Alors indirectement vous êtes...
- Mêler à votre destin. En revanche, il y a une question que je n'arrête pas de me poser. Où étiez-vous quand vous avez quitté l'hôtel ?
- J'ai essayé d'aller voir Sabri.
- Pourquoi ?
- Afin de lui démontrer que je n'avais rien avoir avec tout ça et que jamais je ne le dénoncerai.
- Et vous l'avez vu ?
- Non j'ai eu très peur. Alors je suis rentré chez moi, je me suis teint les cheveux en blonds. J'ai préparé ma valise en espérant vous revoir le lendemain. Une des escortes girls disait que Victor me chercher.
- Qui est Victor ?
- C'est l'homme de main de Sabri, un homme hyper dangereux, un ancien soldat serbe, qui a combattu aux côtés de Milosevic, d'après ce que j'ai entendu. Andy, je pense sincèrement que vous n'êtes pas de taille face des gens comme Victor. Et je m'en voudrais s'il vous arrivait quelque chose. Vous... vous êtes à part, inconscient. Vous êtes aveuglé par votre philanthropie, comme un innocent... dans ce monde brut.
- Non... je vous arrête tout de suite, la question n'est pas de savoir qui est de taille ou non. Pour moi, tout est une question de conviction et de détermination. La question serait. Êtes-vous à tout pour survivre, sans une goutte de sang, sans égratignure et sans cadavre ? Moi je peux vous aider, mais seulement il va falloir me laisser faire et me faire confiance et arrêtez de douter de tout.
- Je suis désolée, je peux être parfois ingrate. Mais je ne fais confiance à personne. Pour une fois dans ma vie, j'aimerais être autonome et libre.
- Mais vous l'êtes, une fois de plus si vous voulez partir, je ne vous retiendrai pas et je me ferais une raison.
- Oui parce qu'il y a Jamie avec vos yeux qui arrivent à décrypter les intentions d'autrui, elle pourra largement compenser mon départ.
- Je n'ai que de la sympathie pour elle et ce n'est qu'une amie. Vous... vous me plaisez, mais je sais que je ne suis pas votre genre, vous préférez peut-être les hommes virils comme Francis. Car la première fois c'est bien à vous qu'il s'est adressé et pas à moi. Ensuite, vous avez parlé de la Belgique et de pas mal de choses que vous avez en commun.
- Il est comme un ami pour moi et j'ai de l'affection pour lui.
- Vous pourrez très bien le rejoindre dans son bar et travailler pour lui et remplacer Almeida.
- Et pourquoi je ferais ça ?
Cette petite phrase laissa un malaise.
- Je suis désolé, je n'ai pas le droit de vous parler ainsi, c'est indigne de moi. Je suis sûrement jaloux et quand je suis contrarié, je deviens impulsif. C'est dur de ne pas vous aimer.
- Alors vous m'aimez vraiment ?
- Oui mais à ma manière.
- Sachez que je ne voulais pas vous contrarier, mais j'ai ce besoin constant d'être rassuré. Tout comme vous, j'ai aussi mon tempérament, nous avons sûrement envie l'un de l'autre, mais j'ai juste besoin de m'habituer à cette situation. Car tout cela est venu si rapidement que je ne réalise pas encore que je suis à Rio. C'est dingue non ? Je peux vous demander quelque chose à mon tour ?
- Oui ! tout ce que vous voudrez.
- Est-ce que vous pouvez me prendre dans vos bras ? Ça fait un bon moment qu'on ne m'a pas enlacé.
- Vos désirs sont des ordres.
Il l'enlaça chaleureusement sans dire un mot, comme s'il découvrait pour la première fois le corps d'une femme. Un mélange de désir et d'amour et ce besoin inconditionnel de la chérir et de la posséder et de faire qu'un avec son corps. Pendant ce court instant, plus rien n'aura d'importance. Elle oubliera soudainement ce qu'elle fut autrefois. Une gourme sans attache, un corps que l'on pénètre et que l'on jette une fois que le désir n'est plus et que l'on ne regarde plus. Ce fut la première fois que quelqu'un l'a considéré ainsi. Elle lui prit la main et l'entraîna dans sa chambre et il comprit tout de suite ce qu'elle souhaitait. Ce n'était rien d'autre que de la tendresse. Et toutes ces caresses qui parcouraient le long de son corps lui font prendre conscience de ce qu'elle est devenue pour cet homme qui la chérissait. Elle ne pense plus à ce qui pourrait lui arrivait, si jamais on venait à la retrouver. En fermant la porte, elle tourne aussi une page sur son passé. Et sans plus attendre, elle s'abandonna à lui, laissant sa propre vie entre ses mains. La fille de joie fut libérée par un pauvre fou qui l'aimera à la folie. Ils n'étaient plus des exilés mais des amants sans frontière en quête d'amour et de liberté.
- Je ne sais pas d'en quoi je m'embarque, mais je vous demande tout simplement de ne pas me lâcher, mais j'accepterai de vous épousez que si vous m'aimiez. Car je ne peux plus me passer de vous.
- Voulez-vous m'épouser ?
- Oui Andy.
- Mais à partir de maintenant, on se tutoie et je veux plus te voir regarder une autre femme que moi.
- Je te le promets.
- Je suis sérieuse Andy.
- Je te promets d'être à tes côtés quoi qu'il advienne.