Il y a une tension sourde dans l'air. Assise derrière le comptoir, je laisse mes doigts tapoter nerveusement le bois, comme pour apaiser un instinct primitif qui se réveille doucement en moi. Un regard rapide vers la porte du café ne révèle rien d'anormal. Pourtant, quelque chose me titille, quelque chose que je ne peux pas ignorer. Je remonte légèrement mon masque noir, espérant que l'odeur ambiante me donne un indice, mais rien de particulier n'arrive jusqu'à mes narines.
Le café est calme. Trop calme peut-être. Je me redresse lentement, mes épaules se déroulant avec précaution, tandis que mes yeux balayent la pièce d'un coin à l'autre.
« Anabelle, tu vas vraiment finir par me faire flipper avec ta manie d'être toujours sur le qui-vive », fait remarquer Rie, sa voix m'arrachant à mes pensées. Je lui adresse un regard, tentant de masquer mon trouble en comptant l'argent de la caisse.
« Tu exagères. » Je réponds calmement, mais intérieurement, je continue d'écouter, d'observer. Il y a un bruit, à peine perceptible, venant de l'extérieur. Un animal ? Non, trop irrégulier.
Rie s'approche, attrapant ma tête entre ses mains. « Anabelle, est-ce que tu m'écoutes au moins ? » Son regard insistant plonge dans le mien, mais je reste imperturbable, même si je pourrais la repousser en un instant. Elle est l'une de mes rares amies, après tout.
« Tu pourrais être plus effrayante si t'étais pas aussi... petite », je lâche, un sourire moqueur aux lèvres. Elle grogne, frustrée, avant de relâcher sa prise sur moi. Juste à ce moment-là, le bruit à l'extérieur s'interrompt.
Peut-être que je surinterprète. Ou peut-être pas.
Rose, qui s'active dans la cuisine, lâche un petit rire, ses cheveux blonds virevoltant alors qu'elle vérifie le stock. « Arrêtez de vous chamailler dans *mon* café. Vous faites fuir les clients avec vos ondes négatives », plaisante-t-elle en relevant la tête.
« Il n'y a plus personne ici, on ferme bientôt ! » réplique Rie en ramassant une serviette, avant de se diriger vers Rose. « Et pour info, c'est toujours ton père qui signe les chèques, donc techniquement, ce n'est pas encore *ton* café. »
Rose serre les dents, mais ne répond pas. Elle n'aime pas qu'on parle de son père comme ça, et Rie le sait bien.
Je m'apprête à ranger le dernier billet dans la caisse quand une odeur bien plus forte, bien plus inquiétante, m'envahit. Soudain, mon corps tout entier se tend. L'air devient lourd, chargé d'une fraPetersonnce de santal et de musc. Cette odeur... elle n'est pas humaine.
Je me fige. Mes instincts de survie s'activent à une vitesse vertigineuse. Rie et Rose, elles, n'ont rien remarqué. Je les observe rapidement, me demandant si elles sont en sécurité, si elles ont perçu l'intrus.
« Il est carrément sexy. Genre, niveau Tom Cruise dans *Top Gun*, sexy », murmure Rose, coupant mes pensées. Je me tourne vers la porte. Un homme est entré. Petersonnd, imposant, mais avec une allure détendue.
Rie me pousse doucement. « Allez, va voir ce qu'il veut. C'est encore ton tour. »
Je prends une longue inspiration. Je ne peux pas fuir, pas si mes amies risquent quelque chose. Mon masque bien en place, je me dirige vers lui, chaque pas me semblant plus difficile à faire que le précédent.
« On est fermés », je lance, ma voix plus sèche que je ne l'aurais voulu.
Il sourit, sans être affecté par mon ton. « Je suis là pour récupérer une commande. Je l'ai passée plus tôt. »
Sa voix Petersonve résonne en moi. L'odeur qui l'entoure est douce, presque envoûtante. Pas possible... Est-ce que ça vient vraiment de lui ? Je le fixe, le doute me rongeant. Ce parfum est tellement addictif... Je me surprends à inspirer encore une fois.
« J'ai la facture ici, si vous voulez vérifier », ajoute-t-il, plongeant sa main dans sa poche arrière. Ses yeux, d'un brun profond, ne quittent pas les miens une seconde.
Je soupire. « Pas besoin. Sous quel nom avez-vous commandé ? »
« Peter », répond-il.
Je fais demi-tour sans un mot, retrouvant Rose et Rie, qui me fixent curieusement. « Il attend une commande pour Peter », je murmure.
« Oh oui, je me souviens », dit Rose en se précipitant vers les boîtes. Je m'arrête près de l'entrée de la cuisine, jetant un coup d'œil discret à l'homme. Il tapote son téléphone, concentré sur l'écran. Rien dans son comportement ne semble menaçant, mais... quelque chose cloche. Mon instinct me crie qu'il y a plus qu'il n'y paraît.
« Elle est en transe, non ? » chuchote Rie, un sourire en coin. Je lui adresse un regard noir.
« Dépêchez-vous », je leur dis, agacée, avant de retourner au comptoir avec les boîtes.
« Tenez », je dis en les posant devant lui. Nos mains se frôlent brièvement, et ce simple contact fait courir un frisson le long de ma colonne vertébrale.
« Merci », murmure-t-il, un sourire au coin des lèvres avant de prendre les boîtes et de sortir.
Je reste figée, le regard rivé sur la porte qui se referme derrière lui. L'air devient soudainement plus léger, comme si le danger était passé.
Je m'apprête à fermer la caisse quand quelque chose attire mon attention. Un portefeuille, laissé négligemment sur le comptoir. Je l'ouvre, et une carte glissée entre les plis retient mon regard. Mes yeux s'écarquillent.
« Non... C'est une blague ? »
Tout avait l'air si calme, si tranquille, que j'en venais presque à me demander si ce sentiment d'alerte n'était pas simplement le fruit de mon imagination. Pourtant, la réalité me rattrape rapidement lorsque je sens entre mes doigts la froide texture du cuir du portefeuille. Je l'ouvre, et les lettres Petersonvées en noir attirent immédiatement mon regard : "Peter Freeman". Mes pensées s'embrouillent. Était-ce volontaire de sa part ? Ou alors est-il tout simplement idiot d'avoir laissé ça là ?
Sans réfléchir, je lève les yeux en direction de la Petersonnde baie vitrée du café. Peter, ou du moins celui que je crois être Peter, est toujours là, installé dans une voiture sombre, garée juste devant. Mon regard retourne à la carte professionnelle glissée dans une des pochettes du portefeuille. « Courtier en bourse, basé à New York », lis-je tout haut. Un touriste ? Ou alors quelqu'un en mission pour affaires ? Peut-être que je devrais simplement lui rendre son bien...
"Qu'est-ce que tu marmonnes, Isa ?" La voix de Rose surgit derrière moi, me faisant sursauter légèrement.
"Ce type là... Peter. Il a oublié son portefeuille." Je tends le portefeuille à Rose, mais avant qu'elle ne puisse le saisir, Rie bondit, tentant de l'attraper.
"Montre-moi ça !" s'exclame-t-elle, mais Rose garde une main ferme sur le cuir, repoussant l'offensive de Rie.
"Regarde, il est toujours là, assis dans sa bagnole," dis-je en désignant la berline noire à l'extérieur. "Tu ferais bien de le lui rendre, il doit s'en apercevoir d'une minute à l'autre." Je leur laisse la tâche de gérer cette histoire pendant que je m'éclipse dans le vestiaire à l'arrière, décidée à ranger mes affaires. Mon tablier est, comme toujours, noué d'une manière presque inextricable, un chef-d'œuvre de Rose. Il me faut plusieurs minutes pour enfin m'en débarrasser et récupérer mon téléphone, prêt à rentrer chez moi.
Quand j'ouvre mes messages, l'un d'eux attire immédiatement mon attention. C'est ma sœur qui me demande de revenir plus tôt que prévu. "Super, comme si je n'avais pas assez de trucs à faire aujourd'hui..." Je jette un coup d'œil à l'horloge. "Bon, les filles, je dois filer. Des trucs de famille. Vous traînez encore là, ou quoi ?" je leur demande, mais mes mots se figent dans ma gorge quand je vois mes deux amies accroupies derrière le comptoir.
"Chut ! Cache-toi !" chuchote Rie avec insistance, me faisant signe de la main.
"Mais qu'est-ce que vous faites ?" Je me penche à leur hauteur, perplexe.
"Il est encore là, ce Peter", murmure Rose, son visage blême.
Je fronce les sourcils. "Et alors ? Il attend sûrement qu'on lui rende son portefeuille, non ?" Elles restent silencieuses, échangent des regards inquiets. "Pourquoi il traînerait comme ça sinon ?"
"Mais pourquoi il n'entre pas le récupérer ?" demande Rie en me tirant sur la manche, l'angoisse dans sa voix.
Je soupire, exaspérée. "Franchement, c'est vous qui agissez de façon suspecte. S'il hésite à revenir, c'est parce qu'il vous a vues vous cacher comme deux gamines derrière le comptoir !" Je me lève, mes mains sur les hanches, et fixe l'homme à travers la vitre. Il est toujours là, le regard perdu, un bras nonchalamment posé sur le volant. Ses traits, autrefois amicaux, semblent maintenant tendus, presque hostiles.
"Je vous le dis, il attend quelque chose... ou quelqu'un," murmure Rie, les yeux plissés.
"Ou bien, il attend simplement qu'on lui rende ce foutu portefeuille !" Je leur fais signe d'arrêter cette mascarade en attachant mes cheveux en une queue de cheval, prête à en finir avec cette histoire.
Rie se redresse enfin, brandissant le portefeuille devant moi. "D'accord, Isa. On va le lui rendre. Mais ne pars pas encore. Attend qu'on ferme boutique, et on t'accompagnera jusqu'à ta voiture. Juste au cas où..." Elle semble sincère, et je ne peux m'empêcher de sourire face à son inquiétude.
"Je vous le promets, je vais bien. Vraiment." Mais je sais que mes mots ne suffiront pas à les rassurer, alors je cède. "Ok, ok. Renversons-lui ce truc, et on verra bien."
Ensemble, nous sortons du café, mes deux amies marchant devant, tandis que je traîne un peu derrière. L'homme abaisse sa vitre lorsqu'il voit approcher Rose et Rie. Il sourit, mais quelque chose dans son expression m'inquiète. Cette route est très fréquentée, il y a des voitures qui passent en permanence, et plusieurs caméras de sécurité sont installées autour. Rien de Petersonve ne peut arriver, n'est-ce pas ? Pourtant, l'atmosphère devient de plus en plus oppressante.
C'est alors que j'entends des pas. Un bruit léger, mais distinct. Je me retourne vivement. Rien à l'horizon, mais l'intuition me dit que quelque chose se trame. Mon cœur s'emballe. Il y a d'autres personnes ici. Je peux presque le sentir.
Pas question d'attendre plus longtemps. Profitant de la distraction de mes amies, je me faufile doucement vers l'arrière du café, là où est garée ma voiture. L'ombre argentée de mon Audi m'attend, coincée entre deux véhicules qui n'étaient pas là plus tôt. Mon rythme s'accélère, la panique monte. Il faut que je sorte d'ici, et vite.
Mais alors que j'atteins presque la portière de ma voiture, un bruit sec fend l'air. Des bruits de pas, rapides cette fois. Ils se rapprochent. Plus nombreux que prévu.
« Merde ! » Je serre les dents, sentant l'urgence me gagner. Ma seule option est de courir.
Le souffle court, je m'arrêtais, haletant dans l'obscurité. Les pas résonnaient derrière moi, toujours plus proches, toujours plus pressants. Comment en étais-je arrivé là ? Une simple soirée tranquille qui avait basculé en une traque infernale.
"Allez, filez-lui dessus, bande d'incapables !" rugit une voix rauque non loin derrière. Je jetai un regard rapide derrière moi avant de m'engouffrer dans un petit sentier boisé, espérant semer mes poursuivants dans la pénombre.
"Vraiment ? Vous n'avez rien de mieux à faire que de courir après moi ?" Je pestai entre mes dents, essayant de garder un rythme constant tout en évitant de trébucher sur les racines qui parsemaient le sol. Chaque foulée me semblait de plus en plus difficile, et leurs pas semblaient toujours à la même distance. "Merde..." grognai-je en apercevant une souche surélevée juste devant. Je bondis par-dessus, atterrissant maladroitement, mais sans perdre l'équilibre.
"On va t'avoir, princesse ! On est partout !" ricana une voix. Je pivotai à temps pour apercevoir une silhouette imposante surgir des ténèbres. Sans réfléchir, je saisis son bras avant qu'il ne puisse m'attraper et, d'un mouvement brusque, je le fis basculer vers moi. Son corps lourd se déséquilibra et, d'un coup bien placé, je l'envoyai s'écraser au sol.
"Prends ça !" murmurai-je, essoufflée, tandis que l'homme gémissait, le nez ensanglanté.
"Jean ! Bordel, elle est plus coriace que prévu !" hurla une autre voix. Je ne pris pas le temps de vérifier. Je profitai de l'occasion pour reprendre ma course effrénée.
La forêt était dense, les arbres s'élevant comme des ombres imposantes tout autour de moi. Chaque bruit, chaque craquement de branche me faisait sursauter. Mon cœur battait la chamade, mais je devais garder la tête froide.
Un autre homme apparut, bloquant mon chemin. Il avait une carrure impressionnante, ses yeux brillaient d'une malice effrayante. "On va se calmer, petite," dit-il d'une voix mielleuse, avançant vers moi. "On veut juste discuter..."
"Dégage !" criai-je en me préparant à l'affronter. D'un mouvement rapide, je fis un pas sur le côté et, avant qu'il ne puisse comprendre ce qui se passait, je lui envoyai un coup de pied en plein visage. Son corps bascula en arrière, et je me ruai sur lui pour le frapper à la tête, le laissant inconscient sur le sol.
Je ne pouvais pas continuer ainsi. À ce rythme, je finirais par m'épuiser, et ils étaient bien plus nombreux que moi. Il fallait que je trouve un moyen de les semer. En courant, j'arrachai mon foulard et le jetai au sol, espérant les induire en erreur. Puis, sans ralentir, je me glissai sous un épais buisson.
"Cache ton odeur", me rappelai-je les conseils de mon père. Je m'agenouillai et commençai à frotter de la terre sur mes vêtements. "C'est ta première défense", m'avait-il dit un jour. L'ombre de ce souvenir fit monter un goût amer dans ma bouche. Si seulement il était encore là...
Une branche craqua non loin. Je me figeai, retenant mon souffle. Deux silhouettes passèrent à quelques mètres de ma cachette. Ils cherchaient activement, mais ne semblaient pas m'avoir repérée.
Quand l'air redevint calme, je repris ma course, plus discrète cette fois. Mon sac frottait contre mon dos, alourdissant chacun de mes pas, mais je n'osais pas m'en séparer. Tout ce que je possédais d'important était là-dedans.
Soudain, je sentis une main ferme saisir la lanière de mon sac et me tirer violemment en arrière. Je perdis l'équilibre et tombai lourdement contre un tronc d'arbre. Un homme blond, bien plus Petersonnd que moi, se tenait au-dessus de moi, un sourire cruel sur les lèvres. "On t'a eue, princesse. Pas la peine de résister, tu vas venir avec nous."
"Jamais", sifflai-je entre mes dents en lui plantant mon coude dans les côtes. Son sourire se tordit en une grimace de douleur, mais il ne lâcha pas prise. "Tu vas payer pour ça", murmura-t-il, se penchant sur moi. Je ne lui laissai pas le temps d'agir. Je levai mon genou et le frappai violemment dans l'entrejambe. Il hurla de douleur, me libérant enfin.
Je bondis en avant, récupérant mon sac, et repris ma course vers l'avant, sans me retourner cette fois. Je savais qu'ils étaient toujours derrière, mais le bruit de leurs pas se faisait plus distant. Si je pouvais juste tenir encore un peu...
"Anabelle ! On sait que tu es là ! Pas la peine de te fatiguer, tu n'iras nulle part." Leur voix me glaçait le sang. Comment connaissaient-ils mon nom ? Et pourquoi me poursuivaient-ils avec autant d'insistance ? Rien ne faisait sens, mais une chose était claire : ils n'abandonneraient pas facilement.
Devant moi, à travers la noirceur, j'aperçus une clairière. Le sol s'ouvrait sur une falaise abrupte. Je m'arrêtai net, mon cœur battant à tout rompre. Une chute d'une telle hauteur était synonyme de mort certaine. Mais je n'avais plus le choix. Ils arrivaient.
Je m'approchai du bord, évaluant rapidement les lianes qui pendaient le long de la paroi rocheuse. C'était risqué, mais je devais tenter ma chance. Je pris une Petersonnde inspiration.
"On t'a piégée, princesse. Fin de la course." Ils étaient à quelques pas derrière moi. Leurs rires résonnaient dans mon dos.
"Pas encore", murmurai-je en attrapant la plus proche des lianes. D'un bond, je me projetai dans le vide, laissant derrière moi leurs cris de surprise.
Je balançai dans l'air, me rattrapant de justesse de l'autre côté du ravin, atterrissant lourdement mais en sécurité. Je jetai un coup d'œil en arrière. Ils étaient encore debout, figés sur le bord de la falaise. Ils ne pouvaient pas me suivre, pas cette fois.
Je ne perdis pas de temps. Sans attendre, je repris ma fuite, mes pieds battant la terre humide alors que je courais vers la route. Le café n'était plus loin. Mon seul espoir était d'atteindre ma voiture avant qu'ils ne trouvent un autre moyen de me poursuivre.
Mais alors que j'approchais de l'Audi argentée, une main glaciale se referma sur ma gorge depuis la banquette arrière.
"Enfin," souffla une voix familière derrière moi. "Tu m'as bien fait courir, Anabelle."
Un grondement sourd éclata au loin, couvrant momentanément le son de mon propre souffle haletant. Mes doigts tremblaient alors que je tentais de ne pas paniquer, les mains toujours agrippées au volant. Une main rugueuse saisit ma nuque avec une force surprenante. Je frissonnai malgré moi, incapable de masquer mon malaise.
"Fais-le," je murmurai, ma voix à peine audible sous la menace pesante du couteau. "Tue-moi, si tu en as le courage."
Un léger rire fendit l'air, moqueur. "Tu te crois maline, pas vrai?" répondit-il d'une voix basse, chaque mot suintant de mépris.
"Je te maudirai," dis-je en serrant les dents, luttant pour respirer sous sa poigne.
Il éclata de rire cette fois, un rire qui fit écho dans l'habitacle étroit. "Oh, ça c'est mignon. Mais tu n'es pas encore digne de ta famille, n'est-ce pas ?" Je sentis son souffle chaud près de mon oreille. "Tu n'as pas encore trouvé ta meute, et ça se voit."
La lame du couteau glissa lentement sur ma joue, jusqu'à s'arrêter juste devant mon œil. "Un autre mouvement, et tu finiras borgne," chuchota-t-il avec une froideur qui me glaça le sang.
J'inspirai profondément, les mains fermement ancrées sur le volant. "Qu'est-ce que tu veux de moi ?" demandai-je finalement, cherchant à garder une certaine contenance.
"Conduis," ordonna-t-il.
Je haussai un sourcil, jetant un coup d'œil furtif dans le rétroviseur. "Tu viens de dire de ne pas bouger. Pourquoi tu ne conduis pas toi-même ?" ironisai-je.
Sa réponse fut un grognement, accompagné d'une pression accrue du couteau sur ma gorge. Je mordis l'intérieur de ma joue pour ne pas crier. Il voulait une réaction, mais je ne lui ferais pas ce plaisir.
"Conduis," répéta-t-il avec plus d'insistance, sa voix rauque. "Et ne joue pas au plus malin avec moi."
Je fis démarrer la voiture en silence, essayant de ne pas faire attention à sa respiration bruyante dans mon cou. Alors que je reculais de la place de parking, je lançai, sans le regarder : "Où sont mes amis ? Vous leur avez fait quoi ?"
Il rit encore, une sonorité glaciale qui me fit serrer les poings sur le volant. "Ils vont bien. On a juste... échangé quelques mots." Il marqua une pause, puis ajouta en murmurant : "J'espérais que tu me rendrais gentiment mon portefeuille. Mais après que j'ai envoyé mes gars après toi, les choses ont pris une tournure différente."
Je tournai à droite, suivant la route sombre, éclairée seulement par quelques lampadaires épars. "Ton plan, c'était donc ça ? Je te rends ton portefeuille, et toi, tu me kidnappes ? J'ai connu des plans plus brillants," répondis-je sarcastiquement, tentant de masquer ma peur.
Dans le rétroviseur, je vis ses yeux se plisser, signe qu'il perdait patience. "Le pack Dark Moon ne plaisante pas, Anabelle. Ce n'est pas un simple jeu. Tourne ici," ordonna-t-il en désignant une petite route isolée.
Nous nous enfonçâmes dans une impasse, bordée d'arbres imposants. Il me fit arrêter la voiture, et je sentis son regard peser sur moi alors qu'il me poussait hors du véhicule. "Avance," gronda-t-il, le couteau toujours fermement en main.
En marchant, j'étudiai furtivement les environs, cherchant une issue. Les arbres étaient trop épais pour que je puisse m'échapper discrètement. "Je te préviens," murmura-t-il derrière moi, "essaie quoi que ce soit, et je te tue."
Nous débouchâmes sur une petite clairière, où des bûches usées et des branches noircies indiquaient qu'il s'agissait d'un ancien campement. Il me força à m'arrêter, et je me retournai enfin pour lui faire face.
"Ta famille est puissante," commença-t-il, une note de haine dans la voix. "Mais la mienne... n'est pas à sous-estimer. Le pack Dark Moon est tout aussi fort." Il se rapprocha, ses yeux brûlant d'une colère sourde. "Et je ferai tout pour libérer mon père des griffes de ta maudite famille."
"Ton père ?" murmurai-je, le cœur battant plus fort.
Il serra les dents, ses yeux devenant plus sombres. "Il y a dix ans, ta famille a détruit la mienne. Ma mère n'a pas survécu. Mon père... a été capturé. Je sais que toi, avec tes pouvoirs à venir, tu es la clé pour briser ce sortilège."
Je fis un pas en arrière, la gorge serrée. "J'étais juste une enfant à l'époque," protestai-je. "Pourquoi me mêler de tout ça maintenant ?"
Il m'attrapa par les épaules, son visage proche du mien. "Parce que tu es la seule capable de lever cette malédiction. Le jour de tes dix-huit ans, tu vas recevoir tes pouvoirs, et je vais m'assurer que tu les utilises pour libérer mon père."
"Et si je refuse ?" soufflai-je, tentant de m'éloigner de son emprise.
Son sourire s'élargit. "Alors, je te garderai comme otage jusqu'à ce que tu changes d'avis. Crois-moi, tu n'as pas envie de voir ce que mon pack est capable de faire."
Je frissonnai malgré moi, ses paroles résonnant dans l'air froid de la clairière. Mais alors que je tentais de comprendre ses intentions, une ombre nouvelle se dessina dans les bois derrière nous.
Peter se tenait juste là, son ombre immense se fondant dans l'obscurité qui nous entourait. Il semblait presque irréel, comme une menace à peine palpable, mais son regard... son regard me glaçait le sang. Je tentais de masquer la terreur qui me rongeait de l'intérieur, et c'est à ce moment-là que j'ai lâché, d'une voix qui tremblait à peine : « Tu crois vraiment que j'ai peur de toi ? » Mon ton sec semblait l'agacer encore plus, et je pouvais le voir serrer les poings, prêt à réagir.
Un liquide chaud glissa lentement le long de mon bras. Surpris, je jetai un coup d'œil. Du sang. J'avais été touché sans même m'en rendre compte, et pourtant, Peter restait là, calme, presque indifférent à la situation. Puis, sans prévenir, son pied se dirigea violemment vers le mien. La douleur fulgurante me fit comprendre que ce qu'il venait de faire n'était pas un simple accident. C'était délibéré. Mon esprit tournait à toute vitesse. Si je ne sortais pas d'ici rapidement, j'étais fichu. Le sang continuait à couler, je faiblissais.
Il me fixa, impassible, ses yeux brillant d'une lueur dangereuse. « Tu vas faire exactement ce que je te dis. » Sa main m'agrippa violemment la taille, me forçant à me rapprocher encore. « Sinon, tu perds tout. Ta vie, ta famille. T'as bien compris, hein ? » Je ressentais un mélange de colère et de peur. Il relâcha ma jambe, mais la douleur avait déjà envahi tout mon corps, m'obligeant à tomber au sol. Il jouait avec moi, et je savais que je devais réagir avant qu'il ne soit trop tard.