~ Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler ~
C'est en soupirant que j'ouvre mes yeux, la voix aiguë de ma belle-mère remplissant la maison. Ne pourrait-elle pas se taire pour une fois ? Je déteste me réveiller de cette manière-ci.
Après avoir longuement bâillé, je finis par me lever à contrecœur. Je me traîne de force jusqu'à la salle de bain. Je déteste les matins. Je me lave et me prépare pour l'école. Je suis sure que si je n'avais pas le rêve d'aller à l'université pour quitter cette maison, j'aurais déjà arrêté l'école.
J'applique un peu d'anticernes et mon mascara. Je n'aime pas me maquiller, mais il vaut mieux être présentable. Personne ne voudrait voir mes cernes.
Je reste debout devant ma garde-robe. Il serait peut-être temps de faire mon linge. Je n'ai plus grand-chose à mettre. J'opte pour mon dernier jean noir et un haut blanc. J'attrape mon sac et quitte l'étage.
Mon père est assis au bout de la table avec le journal de ce matin en main, comme toujours.
- Tu as pris ton temps, se fâche ma belle-mère en s'adossant contre le plan de travail, tu dois apprendre à te lever plus tôt et à te préparer plus vite. C'est toujours le même cinéma chaque matin.
Je ne prends pas la peine de répondre et m'assois à ma place, en face de mon père. J'étale le dû chocolat sur mon pain et croque dedans. Je ne suis pas d'humeur à me disputer avec elle.
- La moindre des choses aurait été de s'excuser, crache-t-elle.
- C'est moi qui serai en retard et pas toi, la rappelais-je tranquillement, et je ne le suis jamais.
- Tu vas arrêter de faire ta maligne. Tu as vu ça ? demande-t-elle à mon père en se tournant vers lui. Ça commence dès le matin !
- Que puis-je faire si ma fille n'a pas d'éducation ?
Je lâche un soupire en même temps que mon pain. Mes yeux fixent un point derrière lui pour éviter de pleurer. Comment te dire que c'était ton rôle en fait ?
Je me lève et sors en prenant soin de claquer la porte. Le vent me frappe en plein visage, m'obligeant à fermer la tirette de ma veste.
Chaque matin, c'est la même chose. Ma belle-mère qui trouve une raison pour me critiquer et mon père qui lui donne raison sans même prendre la peine de donner son avis.
Depuis la mort de ma mère, rien n'a été pareil. Mon père s'est remarié deux mois après son décès avec cette femme affreuse. Je n'ai jamais compris pourquoi elle me détestait tant. Peut-être est-ce parce que je suis le seul souvenir qu'à mon père de ma mère ? Je n'en sais rien. Je sais seulement que j'attends d'aller à l'université, loin d'ici.
Arrivée à l'école, je recherche Julia des yeux. C'est sans surprises que je la retrouve devant la porte des toilettes. Une habitude que je n'ai jamais compris. Elle m'attend toujours près des toilettes.
- Salut.
- Rose ! Je veux la vérité !
- Tu es belle Julia, rigolais-je.
- Non, non. Cette fois c'est du sérieux, mon maquillage est-il bon ?
Je l'observe attentivement. Fard à paupières brun foncé, eyeliner, une grosse couche de mascara, un trait de crayon sous ses yeux et un rouge à lèvre beige. Elle est beaucoup plus maquillée que d'habitude, mais ce n'est pas moche pour autant. Je ne comprendrais jamais pourquoi elle fait autant d'effort chaque matin pour venir à l'école.
- Tu trouves que c'est beaucoup ? me questionne-t-elle devant mon silence.
- C'est très beau, mais...on est à l'école pas dans un mariage.
- On s'en fout ! C'est un jour sacré !
Devant mon regard perplexe, elle m'explique :
- Un alpha va arriver d'une minute à l'autre.
Je hoche la tête, c'est plus logique. Chaque mois, un alpha arrive accompagner de quelques personnes de sa meute pour trouver son âme sœur. Tout le monde se prépare comme s'il s'agissait de l'évènement de l'année. Ce qui est absurde parce qu'aucun alpha n'a jamais trouvé son âme sœur dans notre petite ville.
- Tu ne comprends pas, continue-t-elle en voyant mon expression blasée. Ce n'est pas n'importe quel alpha. C'est l'alpha ! Personne ne lui arrive à la cheville. Il est le plus fort et le plus cruel qui existe. Imagine être son âme sœur ? C'est simplement génial !
- Tu voudrais être l'âme sœur d'un alpha cruel ? demandais-je incrédule.
- Oui, j'aime trop les psychopathes !
J'éclate de rire. Cette fille est folle. Il n'y a pas d'autre explication possible !
La cloche sonne et nous nous dirigeons vers la classe. Les cours passent à une lenteur époustouflante. Je me contente de fixer la forêt par la fenêtre. J'ai tellement hâte d'aller à l'université. De commencer à vivre pour de vrai. Je souris en me voyant devenir une grande architecte. C'est mon rêve le plus cher.
Soudainement, l'alarme que je déteste tant sonne. Je me lève en soupirant. On se dirige tous vers la cour pour se mettre en rang. Je rigole en voyant James pousser une fille pour être plus près de la porte.
Comme à mon habitude, je me dirige vers la fin. Ce que j'aime le plus pendant ces visites ? Ce sont les regards désespérer des alphas.
- Je sens que cette fois-ci, c'est le bon. Chuchote Julia contre mon oreille.
- Si tu le dis.
- Oh, mon dieu, ils sont magnifiques !
Je tourne la tête vers la porte. Deux hommes rentrent dans la cour par le portail. L'un est blond et plutôt mince tandis que l'autre a les cheveux noirs et est plus large. Je les observe brièvement jusqu'à ce qu'un troisième arrive et se mette entre les deux. L'alpha.
Je reste surprise devant tant de beauté. Julia avait raison, il est à couper le souffle. Une carrure imposante. Sa chemise blanche, déboutonnée du haut, laisse apercevoir les muscles qui se cachent derrière le tissu. Des cheveux châtains bien coiffés. Une démarche assurée. Il transpira la domination.
Mon regard croise celui du bêta aux cheveux noirs, il m'offre un large sourire. Je détourne les yeux et fixe mes chaussures. J'ai un mauvais pressentiment.
Ils chuchotent quelque chose que je ne comprends pas avant que l'alpha ne se mette à examiner chaque personne un par un. Je jette un coup d'œil à Julia qui arrange son décolleté. Je souris en secouant la tête.
Mon regard reste posé sur mes chaussures. Je n'avais pas remarqué j'avais mal lacé mes lacets. C'est ce qui arrive lorsqu'on sort rapidement de chez soi.
J'entends quelques filles le supplier de les regarder à nouveau. Je me retiens de rire en m'abaissant pour refaire mes lacets. Ces filles ne peuvent pas tomber encore plus bas.
Lorsque je finis mon nœud, j'aperçois des chaussures d'hommes devant moi. Oh.
- Regarde-moi, ordonne-t-il de sa voix grave.
Je me mords la lèvre en me levant. Ce n'est que lorsque je suis complètement debout que je me permets de lever la tête.
Mon corps entier reste bloquer, comme s'il venait de me clouer au sol. Je n'avais encore jamais vu des yeux aussi verts. Ils sont d'une intensité...magnifique. Absolument magnifique. J'ai m'impression qu'il me suffirait d'un pas pour tomber dedans et me laisser emporter par...
- oh mon dieu.
La voix de Julia me ramène à la réalité. Je cligne plusieurs fois des yeux en examinant l'alpha, perplexe. Et lorsqu'il prononce ces trois mots, je comprends tout :
- Tu es mienne.
Prise de panique, je tourne la tête vers Julia. Elle hausse les épaules. Ça ne peut pas être vrai ? Je fais un pas en arrière en regardant partout sauf lui. Sans que je m'en aperçoive, mes jambes se mettent à courir. Je cours tout droit jusqu'à arriver vers la forêt.
Je m'arrête un instant pour faire demi-tour et aller dans une autre direction. Quelle idée de rentrer en pleine forêt pour s'échapper à des loups ! Mais je les vois arriver et continue ma course.
Je cours autant que mes jambes le permettent. Mon cœur semble me supplier de m'arrêter, mais ce n'est pas possible ! Je ne peux pas m'arrêter !
Je finis par m'arrêter quelques minutes plus tard. Je me penche en avant contre un arbre, prenant appui sur mes genoux et essai de calmer ma respiration. Je crois les avoir semés.
Mais lorsque j'ouvre les yeux, ses bêtas sont adossés contre les deux arbres en face. Je sens une présence derrière moi et ça m'effraie. Je n'ose pas me retourner.
- Tu as fini ? demande-t-il agacé.
- Je...je ne peux pas, arrivais-je à articuler en fixant l'arbre devant moi, je ne peux pas venir avec vous.
- C'est dommage que personne n'ait demandé ton avis dans ce cas.
Je me retourne et lui fais face. Il a croisé les bras et me regarde de toute sa hauteur.
- Tu ne peux pas me ramener de force.
- Et qui va m'en empêcher ?
Il a raison. Qui osera dire quelque chose face à cet homme à moitié humain ? Personne.
En pensant que je vais être captive, ne pas aller à l'université, je refuse de coopérer. Je ne peux pas abandonner mes rêves si facilement !
- J'ai une famille, essayais-je gentiment, je vais toujours à l'école. Je ne peux pas tout abandonner et venir avec toi sur un claquement de doigts.
Il hoche la tête. Ah, ce n'est pas si dur finalement. Il semble comprendre. Alors je continue :
- C'est ma dernière année avant l'université. Je planifie de partir loin d'ici. On pourrait peut-être se mettre d'accord sur l'université ? Je serais prête à aller dans un établissement pas loin de ta ville. Et puis, je ne suis pas toujours facile à vivre.
Il me fixe toujours sans rien ajouter. Je crois qu'il va accepter. Il semble être quelqu'un de raisonnable. On ne se connaît même pas. Alors pourquoi voudrait-il que j'aille avec eux ? C'est absurde quand même ?
- Si tu as fini, j'ai hâte de quitter ce village.
- Oui, bien sûr. M'empressais-je de dire content.
- Avec toi, ajoute-t-il.
Ça aurait été trop beau pour être vrai.
- Et si je refuse ?
- Ce n'est pas un problème, j'ai mes méthodes.
- Tu ne peux pas forcer quelqu'un à venir avec toi.
Cette fois, c'est lui qui soupire bruyamment. Il avance d'un pas et je recule. Il ne peut pas me forcer ! Ce n'est pas possible ! Il est hors de question que je parte dans un endroit inconnu avec cet inconnu.
- Je serais toi, j'éviterais de l'énerver. Me conseille un de ses bêtas derrière moi.
Mon cœur bat plus vite. Je regarde partout pour trouver une issue, mais où pourrais-je m'enfuir dans une forêt ? Et avec trois loups en supplément ? Je suis cuite. Je refuse de céder à cet homme qui se croit tout permis !
Il avance et m'attrape le bras. Je me débats pour qu'il me relâche, mais en vain. Il ne bouge même pas en recevant mes coups. On se dirige vers la fin de la forêt.
Des larmes d'impuissance remplissent mes yeux. Je ne peux pas le laisser m'emporter loin de mon monde ! Loin de mes rêves. Loin de Julia !
- C'est assez ! rugit-il en me soulevant.
Mes pleurs augmentent lorsque je me retrouve sur son épaule. Je le frappe dans le dos, criant pour qu'il me lâche. Me débattant autant que je le peux. Il n'a aucun droit de faire ça !
Une fois devant l'école, il me dépose au sol et me bloque entre la voiture et son torse puissant. Je lui donne des coups en hurlant:
- JE NE VAIS PAS VENIR AVEC TOI! ESPÈCE D'ABRUTIS MAL ÉLEVÉE ! AIDEZ-MOI !
Je sens une douleur dans mon bras. En voulant tourner la tête pour voir d'où me vient une telle douleur, je croise le regard de Julia. Ses yeux bleus me regardent tristement. Je lis un « adieu » sur ses lèvres. Non...
Ma tête tourne. Je n'aperçois plus rien. Tout semble bouger autour de moi. Mes paupières deviennent plus lourdes.
Non, je ne veux pas abandonner tout ce qu'il me reste...
~ Parfois il est préférable de ne rien dire et de laisser le silence s'occuper des choses~
Rose
Lorsque j'ouvre les yeux, la première chose que je vois est le plafond. Depuis quand a-t-on changé les lattes en bois pour un plafond blanc ? Je m'étire longuement. C'est alors que les évènements de ce matin me reviennent. L'alpha !
J'observe la grande chambre devant moi. J'ai été capturé par l'alpha ! J'ai été enlevée putain ! Je dois partir d'ici.
En voulant me lever, quelque chose me retient. Je lève la couverture et reste bloquer en voyant un bras sur mon ventre. Oh mon dieu ! Je tourne lentement la tête, craignant d'avoir raison.
Je fixe l'homme étendu sur son ventre, un bras sur le mien. Qu'est-ce qu'il s'est passé bon sang ? Pourquoi dort-il ici, avec moi ? Je dois partir d'ici. Profiter de la situation pour déguerpir.
Je touche délicatement son bras pour le retirer, mais à mon contacte, il resserre son emprise. Alors je change de tactique. Je bouge pour me coucher sur le côté.
- Arrête de bouger ! ordonne-t-il sans bouger
- Lâche-moi alors.
Il soupire en enlevant son bras. C'était aussi facile que ça ? Il suffisait de demander ?
Je ne m'attarde plus là-dessus et me lève d'un bond. M'étant levée trop vite, je suis prise de vertige. Je m'assois sur le bord du lit en fixant le sol. C'est alors que je remarque que je ne porte plus mon jean noir ni mon haut blanc d'ailleurs. Je porte un grand t-shirt blanc qui semble m'arriver à mi-cuisse. Un t-shirt d'homme surement.
Je ne me souviens pas m'être changé. Ni être venu ici. Je ne me souviens de rien, excepté le regard triste de Julia.
Je fixe l'alpha qui dort toujours. Serait-il possible que ce soit lui qui m'ait changé ? J'espère que non.
- Comment se fait-il que je ne porte plus mes vêtements ? le questionnais-je perplexe.
- Pour que tu dormes plus tranquillement, répond-il endormit.
- Je ne me souviens pas m'être changée.
- Je l'ai fait pour toi, admet-il simplement.
Je reste bouche bée. Comment a-t-il pu se permettre de me changer ? Pour qui se prend-il ? J'ignore la gêne et me concentre sur la colère qui nait en moi. Je me lève et le regarde.
- On ne déshabille pas une personne sans son accord ! On appelle ça de le...
- Pour commencer, je ne suis pas PERSONNE, mais TON âme sœur ! me coupe-t-il en s'asseyant sur le lit. Et pour finir, je n'ai pas de comptes à te rendre.
- Pardon ? Je te signale qu'il s'agit de mon corps alors oui, tu dois me...
Quelqu'un toque à la porte, me coupant. Je me tourne vers la porte. Une femme rentre avec un plateau en main. Elle m'ignore et le dépose sur la table de nuit sur ma droite.
- Désirez-vous autre chose ?
- Non, sors.
Elle hoche la tête et quitte la chambre. Je le regarde choquer. Un merci serait de trop ?
Il me tourne le dos et s'étire. Malgré moi, mes yeux parcourent rapidement son dos musclé. Je me rends compte que je ne sais rien du tout de cet homme. Je me retrouve dans la chambre d'un homme, dont je ne connais même pas son nom.
- Tu devrais manger au lieu de me mater.
Mes joues rougissent instantanément. Je détourne les yeux et fixe la nourriture qui se trouve sur le plateau. Dire que je n'ai pas faim serait mentir. Mais...manger reviendra à accepter cette situation. Or, ce n'est pas le cas.
- Non, merci.
- Ce n'était pas une question.
Il contourne le lit et ouvre une porte derrière moi. Une salle de bain. J'examine le plateau. Ces pancakes semblent très appétissants. Et puis merde, il va me falloir de la force pour m'échapper d'ici. Un ventre vide ne m'aiderait pas.
Je m'assois sur le lit et commence à manger. Je prends le petit sachet et l'observe. Du paracétamol.
L'alpha finit par ressortir les cheveux mouillés. A-t-il déjà pris sa douche ? Si vite ?
- Pourquoi y a-t-il du paracétamol ?
- Pour ton mal de tête.
- Je n'ai pas mal à la tête, le contredis-je.
- Tu devrais, dit-il en fronçant ses sourcils.
- Pourquoi devrais-je avoir mal à la tête ?
Ma question est répondue par un souvenir. La douleur au bras. La seringue. Ils m'ont injecté quelque chose. J'arrête de manger et me lève d'un coup, paniquée.
- Qu'est-ce que vous m'avez injecté ?
- Un calmant alors tu vas vite redescendre d'un cran. Sinon, c'est moi qui vais en avoir besoin et crois moi, tu ne voudrais pas voir ça.
Son regard noir me glace le sang. Je m'assois et continue de manger sans rien ajouter. Une fois fini, il me fait signe de le suivre.
- Je ne vais pas sortir de cette chambre dans cette tenue, refusais-je.
- Dommage, j'avais une belle vue. Se moque-t-il en désignant ma poitrine.
Je baisse les yeux et remarque qu'effectivement mon soutien-gorge noir était plus que visible. Par réflexe, je croise les bras devant ma poitrine et le regarde énerver. Il est culoté quand même !
Toujours avec son sourire moqueur, il me désigne la porte à côté de la salle de bain. Je me dirige vers celle-ci en espérant retrouver mes vêtements de la veille.
Je reste bouche bée en voyant l'immense dressing. Un grand comptoir sous lequel sont placées une centaine de chaussures est placé au milieu de la pièce. Le côté gauche est rempli de vêtements pour homme alors que le côté droit de vêtements pour femme. Le tout éclairer par des lumières LED qui pendant au-dessus. C'est fabuleux !
J'ignore à qui appartiennent ces vêtements pour femme, mais je n'ai pas d'autre choix que de les emprunter. Je prends les premières choses qui me viennent en main, un jean bleu clair ainsi qu'un pull fin noir. Ils me vont parfaitement en plus. Cette femme met la même taille que moi.
On quitte la chambre et marchons dans un long couloir. J'observe attentivement les lieux. J'en aurais besoin pour m'enfuir.
On descend des escaliers nous retrouvant ainsi dans un salon immense. Une baie vitrée sur ma droite donne une vue époustouflante sur la forêt qui nous entoure. Le décor est en bois, mais reste très moderne. Une grande cheminée brûle derrière moi. J'aurais voulu vivre ici, mais dans d'autres conditions. J'ai l'impression d'être dans un des salons des magazines d'architecture que je lisais tant.
Il s'assoit sur le grand fauteuil rouge et je fais de même en veillant à laisser assez d'espace entre nous. Avant qu'il ne puisse parler, je prends la parole :
- Laisse-moi partir. On ne se connait même pas.
- Ce n'est pas un problème, on aurait tout le temps pour.
Je soupire en fixant le sol. Cela s'avère plus difficile que ce que je pensais. Pourquoi tient-il tant à ce que je reste ? Il ne peut quand même pas me forcer à rester ici ? C'est aussi ce que j'ai pensé avant qu'il me ramène de force ici...
- Pourquoi vouloir que je reste ? lui demandais-je. Pourquoi ?
- Parce que tu es mon âme sœur et que ta place est à côté de moi.
Il est hors de question que je reste ici avec cet homme impoli. J'ai encore des études à terminer.
- Je m'appelle Damien, commence-t-il, Justin et Brad sont mes bêtas. Ce sont les seuls que tu dois connaitre pour l'instant.
Je me souviens des deux hommes à côté de lui.
- Je suis l'alpha le plus puissant qui existe, alors méfie-toi. Maintenant qu'on doit vivre ensemble, j'ai des règles. Un : tu ne tentes pas de t'enfuir, on est entouré par la forêt, cela sera débile de ta part. Je sentirais ta présence dès l'instant où tu mettras les pieds dehors. Deux ; tu ne te mêles que de tes affaires. Trois : évite de me poser trop de questions. Quatre : tu ne me désobéis JAMAIS. Sauf si tu es suicidaire.
- Tu me tueras ? osais-je demander.
- Bien sûr que non, répond-il comme si c'était évident.
Je hoche la tête. J'ai cru un instant qu'il me tuerait. C'était bête.
- Je te torturerais jusqu'à ce que tu me supplice de te tuer. Mais je ne le ferais pas.
Me torturer ? J'avale difficilement. La peur refait surface. À quel genre de psychopathe ai-je à faire ? Comment peut-il me promettre de me torturer avec une expression si détachée ? Cette fois c'est sûr, je dois quitter cet endroit.
Julia ne plaisantait pas en disant qu'il était le plus cruel. Je n'en doute plus. J'ai l'impression qu'il s'agit d'une mauvaise blague. Qu'ai-je bien pu faire pour mériter cela ? D'abord les problèmes avec ma famille et maintenant ce psychopathe. Je me demande si mon père a remarqué mon absence ? Je doute que non.
Damien quitte le salon sans rien ajouter d'autre. Il a été clair, si j'essaye de m'échapper, il me torturera. Je ne doute pas de ses intentions. Des larmes de haines coulent le long de mes joues. Ce n'est pas possible de devoir vivre ça ? Ma vie est fichue. J'ai été malheureuse pendant 18 ans avec l'espoir de pouvoir m'enfuir et être heureuse. Et me voici capturée par un homme qui pense que le monde lui appartient ! Je voulais simplement être heureuse. Finir mes études !
Mon regard se pose sur la porte d'entrée. Je la fixe longuement. Si je sors, ça sera ma fin. Mais si reste, ça sera aussi ma fin. Rester enfermer ici est une torture mentale.
Peut-être que je suis suicidaire, ou que j'en ai simplement marre que la vie me mette des bâtons sur les roues. J'ouvre la porte, essuie mes larmes et cours vers la forêt. Si j'ai une petite possibilité de m'enfuir, alors je la tenterai.
Je ne m'arrête pas et continue de courir. Mes jambes me hurlent d'arrêter. Mon cœur ne supporte plus une telle cadence. Les arbres défilent rapidement. Mes poumons brûlent.
Je m'apprêtais à ralentir lorsqu'un gémissement bestial retentit. Je continue ma course jusqu'à ce que mes jambes finissent par me lâcher. Je tombe violemment au sol.
Je sens une grosse masse sauter par-dessus mon corps pour se mettre devant moi. Tremblante, je relève lentement la tête. Je retiens ma respiration devant l'immense loup noir. Mes yeux fixent les siens, d'un bleu azur. J'essaye de reculer, mais il sort ses crocs et je m'arrête, effrayée.
- Je ne bougerais pas, tentais-je de le rassurer d'une voix tremblante.
~Rien ne ressemble tant au malheur que la solution~
Rose
Mon corps est pris de tremblement malgré mon cerveau qui m'ordonne de rester la tête haute. Comment camoufler sa peur face à un grand loup noir qui ne semble pas ravi de me voir ? D'un coup, deux autres loups apparaissent derrière lui.
Une simple humaine face à 3 grands loups. Aurais-je la chance de m'en sortir vivant ? Non. Va-t-il me torturer en forme de loup ? Me mordre ? Oh mon dieu ! Je crois que je vais finir par m'évanouir.
Mes yeux ne quittent pas ceux de mon âme sœur. Je n'avais encore jamais vu un loup avec de tels yeux bleu profond. Le loup à sa droite grogne, me ramenant à la réalité. Me rappelant que je suis dans une mauvaise situation.
Damien tourne la tête et lui grogne dessus, me faisant sursauter. Il continue de me fixer. Je suis certaine qu'il se demande de quelle manière me torturer. Je ne veux pas y penser. Qu'est-ce qui m'a pris ? J'aurais dû rester à l'intérieur.
Il me fait signe de me lever. Je hoche la tête et prends appui sur mes mains tremblantes pour me relever. Pas de geste brusque. Je me retourne et me dirige vers la maison, suivie de près par 3 loups gigantesques. Je ne me retourne pas une fois, de peur qu'un d'entre eux décide de se jeter sur moi.
Je suis en train de me faire escorter vers ma prison par 3 loups. Car oui, c'est ce que je suis. Une vulgaire prisonnière. J'ai dû faire quelque chose de mal pendant mon enfance pour que le cosmos se venge aussi férocement.
Arrivée devant la maison, je reste debout à fixer ce lieu inconnu qui me sert de prison. Un grognement me force à rentrer.
Je cours à l'intérieur et monte les escaliers deux par deux. Je retrouve ma chambre et ferme la porte à clé. J'ignore ce qui va suivre. Je préfère rester enfermée ici, à l'abri de Damien. Je marche nerveusement de gauche à droite. La peur coule dans mes veines.
J'arrête de bouger lorsqu'on toque à la porte. Je la fixe. Les battements de mon cœur résonnent dans ma tête. Je ne m'attendais pas à ce qu'il toque à la porte. Serait-ce le calme avant la tempête ?
- Rose, ouvre la porte s'il te plaît.
Je me calme un peu en entendant cette voix qui n'est pas celle de Damien. Elle n'est pas aussi grave.
- C'est qui ?
- Justin, m'informe-t-il, je suis le bêta de Damien.
Je lâche un soupir de soulagement. Ma peur ne disparaît pas, mais savoir qu'il n'est pas là est rassurant. Du moins, pour l'instant.
- Comment savoir si Damien n'est pas avec toi ? demandais-je méfiante.
- S'il avait été là, il n'aurait pas attendu que tu ouvres la porte et l'aurait déjà défoncé.
Il marque un point.
- Comment pourrais-je savoir qu'il ne s'agit pas d'un piège ?
- Tu ne peux pas.
Quelque chose dans sa façon de parler m'inspire confiance. Je tourne doucement la clé et ouvre la porte. Il est seul. Je jette quand même un coup d'œil au couloir pour m'assurer que le psychopathe n'est pas là.
Il rentre dans la chambre et rigole en voyant que je ferme à clé.
- La clé ne te sera d'aucune utilité, m'informe-t-il. Si Damien veut rentrer, il rentrera.
- Arrête de rigoler. Ce n'est pas drôle.
- Tu es sur tes gardes comme si ta vie en dépendait, se moque-t-il.
- Ne l'est-elle donc pas ?
Il arrête de rire et m'observe attentivement.
- C'est le cas.
C'est bien ce que je pensais.
- Tu dois descendre, m'explique-t-il.
- Je ne veux pas, refusais-je en m'asseyant sur le bord du lit.
- Il est déjà furieux, j'éviterais d'ajouter de l'huile sur le feu.
Je descends les marches une par une pour profiter du mieux de mes derniers instants de vie. J'en profite pour revivre certains moments dans ma tête. Comme les derniers souvenirs que j'ai de ma mère ou nos moments avec Julia.
Damien m'attend debout, penché contre la cheminée. Son regard est concentré sur les flammes. Il semble calme de dos, cependant, je sais que ce n'est pas le cas.
Quelques personnes sont assises sur le fauteuil. Je reconnais l'autre bêta. Je croise le regard d'une belle blonde. Elle me sourit méchamment avant de me relooker de la tête aux pieds.
- Je t'avais prévenu, commence l'alpha sans se retourner.
Je m'apprêtais à riposter, mais cela ne sert à rien. Hors de question que je m'excuse, alors je lui dis :
- Je...tu ne vas pas pouvoir me garder prisonnière éternellement.
Il se retourne d'un coup et me scrute de ses yeux verts qui semblent noirs tellement ils sont remplis de haine. Je remarque aussi qu'il tient un verre en main qui contient un liquide orange. Du whisky, je suppose.
- Pardon ?
- J'ai dit que tu ne pouvais pas me garder prisonnière éternellement, répétais-je calmement.
Je vois sa colère augmenter. Le verre semble vouloir exploser sous la tension. Cette fois, j'en suis certain. Il va me torturer.
Garde ton calme Rose. Garde ton calme.
- Si je le veux, je pourrai. Tu as bien vu qu'il t'était impossible de t'échapper d'ici. Et dommage pour toi princesse, je compte bien te garder.
Son ton est calme, mais je sens qu'il pourrait hurler à tout moment. Il ne peut pas me kidnapper et m'enfermer en plus. Je ne suis pas son objet. Il n'est pas meilleur que moi parce qu'il est un homme !
- Maintenant, monte dans la chambre, ordonne-t-il froidement.
- Non. Je suis descendu et je ne vais pas remonter tous ces escaliers.
De toute façon, je vais mourir. À quoi bon l'obéir ?
- MONTE !
- NON !
J'entends la blonde murmurer un « elle n'a pas osé ? ». Je sais qu'elle l'a dit exprès. Ce qui a très bien marché. Damien lâche son verre qui tombe par terre et finit brisé.
D'un coup, m tt on dos heurte un mur. Il vient de me plaquer contre le mur. Sa main entoure ma gorge. L'angoisse s'empare de moi. Il ne la sert pas assez pour que je manque d'aires, mais assez pour me faire comprendre qu'il en est capable.
Il finit par me relâcher. De peur qu'il recommence, je me retourne et monte les escaliers, me déclarant vaincu.
Je rentre dans la chambre. Au moment où je comptais m'asseoir sur le lit, Damien rentre d'un coup en claquant la porte. Je me penche en arrière alors qu'il s'approche dangereusement.
- La prochaine fois, je ne serai pas indulgent.
Je m'oblige à lui tenir tête en évitant de détourner mon regard.
Il rentre dans la salle de bain. Lorsque j'entends l'eau couler, je lâche quelques larmes. Je veux rentrer chez moi. Je préfère ma belle-mère à lui. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour en arriver là ?
Je me couche sur le côté gauche du lit, le plus loin possible de la salle de bain et de la bête qu'il renferme. Je prie pour que je me réveille chez moi, dans ma vieille chambre avec la voix agaçante de ma belle-mère.
En me réveillant, je sens un poids sur mon ventre. Je me retourne et fais face à Damien qui dort. Comment ose-t-il dormir avec moi après m'avoir menacé ? À quel genre de psychopathe ai-je à faire ?
C'est surprenant combien il semble inoffensif lorsqu'il dort. Avec ses cheveux en batailles et ses lèvres légèrement entrouvertes, il n'est plus effrayant du tout. Où est passé l'homme qui voulait m'étrangler ?
Ne supportant plus d'être en sa présence, je me lève et me dirige vers la porte. Je tire sur la poignée, mais elle ne s'ouvre pas. Je tire plus fortement, mais encore une fois, elle reste fermée.
- Ne te fatigue pas pour rien, c'est à clé.
Je me retourne. Il dort encore.
- Où sont les clés ? tentais-je.
Bien évidemment qu'il ne répond pas. C'était prévisible. J'essaye d'une autre façon :
- Tu pourras l'ouvrir ?
- Non.
- Pourquoi est-elle à clé ?
- Tu ne peux pas sortir d'ici.
- Et pourquoi ça ? demandais-je en croisant les bras.
Il soupire longuement en se levant. Je ne bouge pas lorsqu'il vient se placer devant moi. Sa main se pose sur ma mâchoire. Je me retiens de lui crier de me lâcher. Il tourne lentement mon visage, comme s'il inspectait quelque chose.
Ne voulant plus endurer son contact, je retourne la tête.
- Ça sera ta punition, m'explique-t-il froidement.
- Ma punition ? répétais-je incrédule. C'est toi qui me retiens prisonnière et c'est moi qui suis punie ?
- Évite de franchir mes limites la prochaine fois. Je suis gentil en choisissant de t'enfermer ici, cela t'aidera à faire de la réflexion. Mais sache que je ne serais plus aussi gentil la prochaine fois.
- Mais j'ai de la claustrophobie! m'exclamais-je.
- La chambre est assez grande, et il y a un balcon si tu dois prendre de l'aire.
Je sens que je suis impuissante face à cette situation, cet homme. Et c'est pour cela que je sens une colère naître en moi. Une colère désespérée.
- Tu ne peux pas m'enfermer ici ! C'est toi l'animal je te signale ! finis-je par crier.
- Fais attention à qui tu parles. Je suis peut-être à moitié animal, mais de nous deux, c'est toi qui es enfermée.
Il sort la clé de sa poche et quitte la pièce sans rien ajouter. Le son du verrou résonne dans ma tête. Il m'a définitivement enfermé.
Je suis sous le choc. J'essaye de me persuader de rester optimiste. Il ne m'a pas torturé, c'est déjà ça. Cependant, c'est trop. Je ne suis pas un objet sur lequel il a un droit.
Les heures passent. Je m'ennuie à mourir. Je suis encore contente qu'il y ait une télévision dans la chambre, même si je ne trouve rien à regarder. Il aurait pu me donner de quoi m'occuper.
Il voulait que je fasse de la réflexion. Sur quoi suis-je censé faire de la réflexion ? Comment je me fais traiter comme un animal ? Même les animaux ne méritent pas ça.
Je sors au balcon et observe la forêt. Qu'est-ce que ce psychopathe fait en ce moment ?
Je souris tristement en me remémorant nos délires avec Julia. Je rigole en me rappelant comment elle avait remis ma belle-mère à sa place lorsque celle-ci lui avait demandé pourquoi elle traînait toujours avec moi. Ma belle-mère était devenue blanche. Je dois l'admettre, j'avais bon.
Une bouffée de chaleur s'empare soudainement de moi. Je prends des bouffées d'airs, mais cela n'aide pas. Je rentre dans la chambre en me frottant la nuque. J'ai dû mal à respirer. Tout ça, c'est de trop. J'ai besoin de sortir de cette chambre. Quitter cette maison.
Je me laisse tomber le long du lit, m'adossant contre celle-ci. J'ai de plus en plus de mal à respirer correctement. Une sueur froide coule le long de mon dos. Je dois sortir d'ici.
Ma tête commence à tourner, j'essaye de me lever et c'est alors que je perds le contrôle.