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L'héritage sous contrat

L'héritage sous contrat

Auteur:: Moucharaf Owen
Genre: Romance
Le contrat était la première chose. Il n'était pas scellé par l'amour ou la confiance, mais par le fer froid de la dette et la vengeance. Germina Amsellem (née Dubois), ancienne étoile montante de la pâtisserie parisienne, n'était qu'un dommage collatéral. L'homme qui détenait son destin, Gabriel Amsellem, était un titan de la finance, un magnat dont le pouvoir n'avait d'égal que la froideur de son âme brisée. ​Pour rembourser une dette colossale et sauver son rêve, Germina fut contrainte de signer le marché du diable : devenir l'épouse de Gabriel. Ce mariage, initialement une prison dorée et une humiliation calculée, devait servir de paravent à l'empire Amsellem et de pénitence à la femme. ​Mais le magnat, obsédé par le contrôle et rongé par la culpabilité d'un passé tragique, n'avait pas anticipé la résilience de Germina. Derrière sa froideur, elle perçut l'homme seul, l'enfant blessé par la trahison. À travers les mensonges, les manipulations et l'intimité forcée, une vérité brûlante émergea : l'amour. ​Le contrat fut détruit, la bague acceptée par choix, et leur union devint une quête de rédemption mutuelle, scellée par la promesse d'une nouvelle vie. Mais le destin, imprévisible par nature, ne permet pas au maître du contrôle de dicter toutes les fins. ​Le prix à payer pour l'amour absolu et la liberté s'avérerait plus lourd que toutes les dettes. C'est l'histoire d'un empire bâti sur la vengeance, racheté par le pardon, et légué par une tragédie. C'est l'histoire de Germina Amsellem, qui a perdu l'homme, mais a hérité du monde.

Chapitre 1 Chapitre

Le soleil de midi filtrait à travers les vitres de la Pâtisserie "La Fleur Sucrée", jetant des taches de lumière dorée. Mais dans le bureau feutré à l'arrière, l'ambiance n'avait rien de sucré.

​Germina, vêtue d'un tailleur impeccable qui masquait la fatigue de sa nuit, était assise sur le coin du grand canapé en cuir. En face, Clara, son associée et meilleure amie, classait des dossiers.

​- Il s'appelle Thomas, je crois. Ou peut-être Daniel, lança Germina, sans quitter des yeux son café.

​Clara leva les yeux, haussant un sourcil.

​- Qui ? L'homme avec qui tu as... satisfait tes besoins hier soir ?

​Germina sourit, un sourire mince et amer.

​- Peu importe. C'était juste une nuit. Un fantôme. Je l'ai payé pour qu'il parte discrètement ce matin. Elle écrasa le sucre au fond de sa tasse, un geste nerveux.

​- Germina, ça suffit ! Clara laissa tomber ses dossiers. Le bruit claqua comme un coup de feu. Elle se leva. - On parle de quoi là ? De ton entreprise qui fait les plus beaux gâteaux de mariage de toute la ville, ou de ta vie qui devient un gâteau rassis ?

​Germina pinça les lèvres. Elles ne comprennent jamais. Elles voient le succès, pas la solitude.

​- Non ! Tu as le droit d'être heureuse ! s'exclama Clara, adoucissant légèrement sa voix. Elle s'assit à côté de Germina. - C'est le moment d'arrêter cette mascarade de 'sexe sans lendemain'. Tu dois trouver un homme, un vrai, pour construire la famille dont tu rêves.

​Germina retira sa main et se leva, traversant la pièce jusqu'à la grande baie vitrée.

​- Tu crois que je n'essaie pas ? Sa voix était un murmure écorché. - Tu crois que je veux cette vie ?

​Elle se retourna, le regard chargé de désespoir.

​- Le problème, ce n'est pas que je ne veux pas le "meilleur homme". Le problème, c'est que dès que je décide de faire sérieux avec quelqu'un, dès que j'ouvre mon cœur... il m'abandonne.

​Elle s'appuya contre le mur.

​- Je n'ai besoin de rien ! L'argent, je l'ai. L'entreprise, je l'ai. Je ne demande que de l'amour. Et quand ils réalisent que l'amour ne s'achète pas, que je suis juste une femme avec un cœur à prendre, ils partent. Sans exception.

​- C'est pour ça que je fais ça ! C'est moins douloureux de coucher avec un inconnu que d'ouvrir la porte à une nouvelle trahison. Il faut que tu comprennes. Ça n'a rien à voir avec l'argent d'aujourd'hui. C'est plus vieux, Clara. C'est la première fois qu'on m'a appris que j'étais une mauvaise monnaie d'échange. C'était bien avant que Papa ne parte. Assieds-toi. Il faut que je te raconte l'histoire de Samuel...

​Germina prit une profonde inspiration et se rassit.

​- Samuel... c'était il y a sept ans. J'avais dix-huit ans. Papa était encore là. J'étais insouciante.

​Elle décrivit sa rencontre, le début de leur relation où il lui faisait croire qu'il la voyait pour elle. Elle se souvint du surnom ridicule et tendre : "mon petit trésor."

​- Après six mois, il a commencé à parler de ses "projets qui n'aboutissaient jamais". Il me demandait de lui prêter ma voiture pour des rendez-vous d'affaires. Puis de l'argent. 'Juste pour payer une dette', 'pour lancer un petit investissement'. Je lui donnais tout, Clara. Mon compte d'épargne. Je me disais : C'est la preuve de mon amour. Si je l'aide, il verra que je suis la femme qu'il lui faut.

​La gorge de Germina se serra.

​- Papa a fait des recherches. Il m'a appelée un soir et m'a mis sous les yeux des documents. Samuel n'était pas un conseiller. C'était un escort de luxe qui changeait de cible dès qu'il avait vidé ses comptes. Il était fiancé à une autre femme riche.

​Germina se leva et versa un verre d'eau. Ses mains tremblaient.

​- Papa m'a montré une carte de vœux qu'il avait écrite à cette autre femme. Il l'appelait... "Mon petit trésor." J'étais juste une autre source de revenus. Il m'a tout pris, Clara. Et au lieu de s'excuser, il m'a téléphoné pour me dire que je l'avais ruiné, et que je ne trouverais jamais personne pour m'aimer juste moi.

​Germina vida son verre d'un trait.

​- C'est là que mon cœur s'est brisé. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je préfère payer des hommes sans âme pour une nuit que de laisser un autre Samuel entrer dans mon cœur et le dévaliser.

Germina venait de finir son verre d'eau, le silence s'installant, lourd de sept années de souffrance refoulée.

​Clara, les yeux embués, ne dit rien pendant de longues secondes. Elle se leva, contourna le bureau et s'assit juste à côté de Germina sur le canapé en cuir, si près que leurs épaules se touchaient. Elle lui prit la main et la serra fort, un geste de soutien silencieux qui valait mille mots.

​- Oh, ma Germina... souffla Clara, la gorge serrée.

​Germina la regarda, les yeux brillants, non pas de larmes, mais d'une rage contenue.

​- Tu comprends maintenant ? murmura-t-elle. Ce n'est pas un caprice, c'est une armure. Chaque homme qui s'approche me rappelle qu'on ne m'aimera jamais que pour le carrosse qui m'entoure.

​Clara soupira, et son regard se fit à la fois maternel et ferme.

​- Écoute-moi bien. Ce Samuel, c'était une ordure. Un parasite. Et il n'était qu'un. Tu ne peux pas laisser un seul mauvais gâteau te faire croire que toute la pâtisserie est ratée. Tu auras le meilleur, Germina. Je le sais. Peut-être que ce n'est pas le moment, peut-être que ton heure de gloire n'a pas encore sonné.

​À ce mot, quelque chose se brisa dans le regard de Germina. Un rire amer et sec lui échappa.

​- « Heure de gloire » ? Elle retira violemment sa main de celle de Clara et se jeta en arrière dans le fauteuil en cuir, le dos frappant le dossier. Le cuir grinça.

​- Tu es vraiment sûre qu'il y a une « heure de gloire » dans l'histoire de trouver l'amour ? demanda-t-elle, sa voix se chargeant d'une intensité désespérée. Je n'y crois pas ! Si c'était vraiment le cas, cette heure aurait sonné il y a des années, non ? J'ai tout. J'ai de l'amour à donner, de la loyauté à revendre, une vie stable !

​Elle serra les poings, les jointures blanchies.

​- C'est une histoire qu'on raconte aux petites filles, Clara ! La vérité, c'est que l'amour, ce n'est pas une question de « gloire » ou de « timing » ! C'est une question de chance. Et cette chance, elle n'est pas tombée sur moi.

​Les larmes, celles qu'elle avait retenues pendant des années, montèrent enfin. Mais au lieu de pleurer, elle les transforma en fureur.

​- Je suis fatiguée d'être forte ! rugit-elle. Fatiguée de faire semblant d'être indifférente ! J'ai vingt-cinq ans, je rêve d'avoir des enfants, je rêve de préparer moi-même un stupide gâteau d'anniversaire pour mon mari, et je suis piégée ! Piégée par cet argent que Papa m'a laissé, piégée par mon nom, piégée par mon propre cœur de stupide romantique !

​Elle se laissa glisser dans le fauteuil, la tête rejetée en arrière, fixant le plafond comme si Dieu était responsable de son malheur. La posture était celle de l'épuisement total.

​- Dis-moi, Clara. Dis-moi pourquoi la seule chose que je n'ai pas les moyens d'acheter, c'est la sincérité d'un homme ?

​Clara la regarda, le cœur brisé. Elle savait que rien de ce qu'elle dirait ne pourrait apaiser cette tempête. Le désespoir de Germina était un mur infranchissable.

​- Je ne sais pas, ma belle, répondit Clara, la voix douce. Mais je sais une chose : si l'amour n'est pas venu te chercher, c'est peut-être à toi d'aller le chercher, différemment.

​Elle se leva, sachant que la discussion était terminée.

​- Maintenant, respire. J'ai un rendez-vous important. Un client mystère qui a passé la plus grosse commande de l'année pour une fondation caritative. C'est colossal.

​Germina cligna des yeux, sortant péniblement de sa détresse.

​- Une fondation caritative ? Elle fronça les sourcils. Pourquoi on m'a rien dit ?

​- Parce que tu étais occupée à te trouver un Thomas ou un Daniel pour la nuit, répondit Clara, un léger reproche dans la voix. La personne vient demain matin. Un homme, apparemment très sérieux et très discret. C'est une chance, Germina. Tu vas avoir besoin d'occuper ton esprit à autre chose que tes drames.

​Germina soupira. Une nouvelle commande. Encore du travail, le seul refuge qui ne l'avait jamais trahie.

​- Bien, dit-elle, se redressant lentement, le masque de la femme d'affaires reprenant sa place. Dis-lui qu'il est attendu. Je serai là.

​Nous avons maintenant Germina à son point le plus bas, mais forcée de se ressaisir pour le travail.

Chapitre 2 Chapitre 2

Germina, bien que toujours secouée par son propre récit et l'intensité de sa rage, avait enfilé le masque de la directrice.

​- Bien, dit-elle, se redressant lentement. Dis-lui qu'il est attendu. Je serai là. Mais... au fait, reprit-elle, concentrant son regard sur Clara. Cet homme mystère, il a donné sa préférence de gâteau ? Comment le voulait-il ? Le style, la composition ?

​Clara, qui venait de reprendre les dossiers pour les ranger, s'arrêta. Un petit sourire taquin mais plein d'espoir se dessina sur ses lèvres. Elle s'appuya contre le bureau.

​- Il... il a surtout donné son style personnel, si tu veux mon avis. J'ai eu un aperçu au téléphone, mais l'assistante m'a montré une photo rapide pour la vérification du lieu de livraison. Germina, il est... ravissant. Grand. Des cheveux d'un brun sombre, des yeux...

​- Des yeux ? Germina lui coupa la parole net.

​- Oui, des yeux qui promettent une grande sincérité, continua Clara, défiant son amie du regard. Et son costume... on sent la classe, pas le clinquant. Genre, le genre d'homme qui t'ouvre la porte d'une vieille Cadillac et non d'une Ferrari flambant neuve.

​Germina soupira lourdement, agacée que la conversation dérape vers l'inspection de l'homme plutôt que du gâteau. Elle se redressa d'un coup, lissant son tailleur.

​- Je sais où tu veux en venir, Clara. Oublie ça. Ça ne m'intéresse pas. Vraiment. Les yeux sincères, les vieilles Cadillacs... C'est le même scénario, la même fin. Elle fit une moue de dégoût.

​Sans attendre de réponse, Germina s'approcha de l'interphone et pressa un bouton.

​- Mélanie, Olivia, montez s'il vous plaît. Maintenant.

​Quelques secondes plus tard, deux jeunes femmes entraient dans le bureau.

​La première, Mélanie, la cheffe pâtissière, était une femme méticuleuse, âgée d'une trentaine d'années, avec des mains fines qui pouvaient sculpter une rose de sucre avec une précision chirurgicale. Elle était le génie artistique de La Fleur Sucrée. La seconde, Olivia, était plus jeune et s'occupait de la logistique et des commandes. C'était le cerveau pratique de l'atelier.

​- Mélanie, Olivia, j'ai besoin de vous. C'est la commande pour la fondation. Un client mystère a passé la plus grosse commande de l'année.

​Elle attrapa un bloc-notes et traça une liste avec une rapidité déconcertante.

​- Olivia, j'ai besoin d'une liste de ravitaillement, et elle est urgente. Elle lui tendit la feuille. - Tu as : vingt kilos de chocolat Valrhona, les fèves de vanille de Madagascar, cinq douzaines d'œufs de ferme, le beurre d'Isigny, et s'assurer que nous avons assez de pâte d'amande fraîche. C'est pour un gâteau à étages, Mélanie, quelque chose de sobre mais monumental.

​Mélanie haussa un sourcil d'enthousiasme professionnel.

​- La livraison est demain après-midi. Il passera le chercher. Nous devons le terminer vite. On ne se loupe pas sur cette commande. C'est une question de réputation. Vous avez jusqu'à demain matin pour tout préparer. Au travail !

​Les deux femmes acquiescèrent, l'air concentré, et quittèrent le bureau avec la même efficacité qu'elles étaient arrivées.

​Germina se tourna vers Clara, la fatigue et la lassitude reprenant le dessus sur son énergie de façade.

​- Voilà. Problème résolu. Nous allons rentrer. Il se fait tard. Je te dépose chez toi.

​Elle attrapa son sac, son geste final scellant le sujet : elle avait choisi de se plonger dans le travail, son seul sanctuaire, et de laisser le désespoir et les hommes à l'extérieur.

​Clara la regarda sortir, un pincement au cœur. Elle fuit. Mais elle ne pourra pas fuir éternellement.

Germina prit son sac, le masque de la femme d'affaires en place, et quitta le bureau, Clara sur ses talons.

​- Voilà. Problème résolu. Nous allons rentrer, dit Germina, d'une voix qui se voulait ferme. Il se fait tard.

​- Tu t'échappes, hein ? chuchota Clara en descendant l'escalier, juste assez fort pour que seule Germina l'entende. Tu t'enfuis dans le travail dès que ça devient trop personnel.

​- Je ne m'enfuis pas, Clara, répliqua Germina du même ton. Je gère. Ce sont deux choses différentes.

​Elles traversèrent le hall de la pâtisserie, encore animé par quelques employés en fin de service qui s'affairaient aux dernières tâches.

​- Au revoir, Madame Germina !

- Bonne soirée, Patronne !

​Germina répondait d'un signe de tête bref, son regard glissant sur les visages. Elle appréciait le respect, mais le contact humain la fatiguait.

​Elles arrivèrent au parking souterrain. Germina sortit une clé de sa poche. Elle pressa le bouton et un clic-clac puissant résonna, déverrouillant son véhicule. C'était un SUV Maybach GLS 600, noir ébène, dont les chromes captaient la faible lumière des néons. Le véhicule exhalait une puissance discrète et arrogante, à l'image de sa propriétaire.

​Germina tira la lourde porte. L'intérieur était un sanctuaire de cuir beige cousu main et de boiseries précieuses. Elle s'installa au volant, le cuir souple glissant sous ses doigts. Le volant, épais et gainé, lui donnait un sentiment de maîtrise totale – une sensation qu'elle recherchait désespérément ailleurs que dans sa vie sentimentale.

​Clara s'installa à côté, bouclant sa ceinture.

​- Alors, sérieusement, tu penses que l'homme de la fondation est un vieux barbu excentrique ou un jeune idéaliste ? demanda Clara, cherchant un sujet léger.

​- Tant qu'il paye le gâteau à temps, je m'en moque, répondit Germina en démarrant le moteur. Le V8 s'alluma dans un grondement profond et maîtrisé.

​Elle sortit du parking avec une précision impeccable.

​Le trajet se déroula dans un calme relatif jusqu'à ce que Germina prenne, presque inconsciemment, l'itinéraire qui traversait les quartiers les plus animés de la ville, ceux où les « services » étaient monnaie courante.

​- Pourquoi tu prends cette route ? C'est plus long, demanda Clara, fronçant les sourcils.

​Germina haussa les épaules, les yeux fixés droit devant elle.

​- Plus d'action. J'aime bien l'énergie de ce coin.

​Son regard dériva alors. La voiture passa lentement devant l'entrée d'un club huppé. Accoudé à un mur de pierre, un homme attendait. Il portait un simple t-shirt moulant. Son torse était un chef-d'œuvre de muscles sculptés, sa peau luisante sous l'éclairage public. Il y avait dans sa posture une assurance brute, une indifférence presque insolente.

​Germina sentit le besoin familier, cette pulsion de contrôle et de gratification instantanée, la démanger.

​- Wow... lâcha Germina, sa voix à peine un murmure. Il n'a pas l'air d'un escort habituel, celui-là...

​- Germina ! Arrête ça tout de suite ! Sors de cette rue ! s'exclama Clara, les yeux rivés sur la route. Concentre-toi sur le volant et ramène-nous à la maison. Il se fait tard, tu as une grosse commande demain.

​Germina cligna des yeux, comme tirée d'une transe.

​- Tu as raison. C'est bon, je suis là. J'ai vu.

​Elle accéléra légèrement, passant l'homme au torse impressionnant, mais l'image était gravée dans son esprit.

​Quelques minutes plus tard, elles arrivèrent devant l'immeuble de Clara. Germina s'arrêta.

​- Bonne soirée, ma belle, dit Clara en la serrant brièvement. Rentre directement chez toi, s'il te plaît. Repose-toi. Demain, on a du boulot au service.

​- Oui, ne t'inquiète pas, répondit Germina. Je rentre.

​Clara descendit et ferma la portière. Germina attendit, fixant la silhouette de son amie jusqu'à ce que la porte de l'immeuble se referme. Elle fit un signe de la main à la fenêtre du salon de Clara, puis se laissa retomber sur le siège en cuir.

​Le moteur tournait au ralenti. L'image de l'homme au torse musclé revint, puissante.

​Juste une nuit.

​Une seule nuit pour éteindre cette voix en moi qui hurle. Une nuit où je donne les ordres, où je contrôle.

​Elle leva son poignet pour regarder l'heure sur sa montre sertie de diamants. 22h15.

​- Il se fait tard, murmura-t-elle pour elle-même.

​Mais la décision était déjà prise. Ce n'était pas l'heure qui importait, c'était le besoin. Elle allait y retourner. Trouver cet homme, ou un autre.

​Au même instant, à l'étage, Clara s'apprêtait à entrer dans sa salle de bain. Elle s'approcha de la fenêtre pour la fermer, son regard se portant naturellement vers la voiture de Germina. Pourquoi est-elle toujours là ?

​Clara s'apprêtait à faire demi-tour et à redescendre pour interroger Germina. Mais avant qu'elle ne puisse bouger, les phares du Maybach s'allumèrent. Le véhicule fit un demi-tour rapide et repartit dans la direction opposée, celle du quartier des tentations.

​Clara comprit immédiatement. Un soupir lourd d'inquiétude lui échappa. Elle l'a refait. Elle prit son téléphone. Je devrais l'appeler, la raisonner...

​Mais elle savait que cela ne servirait à rien. Germina était déjà en chasse, cherchant son beau gosse pour une nuit d'oubli payant, cherchant à anesthésier la douleur de Samuel.

Chapitre 3 Chapitre 3

Le Maybach de Germina s'arrêta brusquement, les freins grinçant à peine. Elle était de retour sur les lieux, face à l'homme au torse musclé qu'elle avait aperçu plus tôt. La fenêtre électrique glissa vers le bas. L'homme se tourna.

​Germina coupa le moteur, puis ouvrit sa portière et sortit, sans même attendre une seconde. Son ton était sec, d'une efficacité glaciale. Elle ne voulait pas de discussion.

​- C'est à combien la nuit, Monsieur l'escorte ?

​L'homme, visiblement surpris par l'agressivité de la question et le luxe de la voiture, mit un instant à répondre.

​- Disons... mille cinq cents euros, Mademoiselle.

​Germina ne cilla pas. Mille cinq cents euros- une somme considérable, mais un détail insignifiant pour l'héritière.

​- C'est bien. Ça marche. Monte, s'il te plaît.

​Elle ne lui laissa pas le temps de répondre. Elle remonta dans le Maybach. L'homme, l'air indéchiffrable, ouvrit la portière passager et s'installa. Aucun des deux ne parla pendant le trajet. Germina ne s'intéressait pas à lui ; il n'était qu'un moyen, un corps pour éteindre la douleur. Il était inutile de faire connaissance, ce n'était que pour quelques heures.

​La voiture entra dans la propriété isolée de Germina. La villa était moderne, toute de verre et d'acier, mais l'intérieur était imprégné d'une chaleur luxueuse.

​Elle ouvrit la porte et entra. L'air était saturé du parfum d'ambre et d'orchidée vanillée, l'odeur réconfortante qu'elle avait choisie pour masquer la solitude. Dans le salon, le sol en marbre clair reflétait les lumières douces.

​Elle jeta son sac à main sur un canapé blanc en velours, avec un bruit sourd et indifférent.

​- L'étage, dit-elle simplement, indiquant l'escalier hélicoïdal en verre et fer forgé.

​Elle monta les marches rapidement. Arrivée en haut, elle se retourna, s'attendant à le voir juste derrière elle.

​Il était toujours en bas, debout dans l'entrée. Il n'avait pas bougé, son visage était neutre, presque distant.

​- Mais pourquoi tu ne montes pas ? lança-t-elle, une pointe d'agacement dans la voix. Ce n'est que pour une nuit, il n'y a rien de plus.

​L'homme cligna lentement des yeux, enfin prêt à répondre.

​- Je ne suis pas chez moi, dit-il, sa voix étonnamment calme et grave. Je ne m'introduis nulle part sans y être invité. Et ce n'est pas le tarif qui me donne un droit sur votre intimité.

​Germina fut désarçonnée. Il ne jouait pas le jeu habituel du mercenaire empressé.

​- Comment tu t'appelles ? demanda-t-elle, essayant de reprendre le contrôle.

​- Gabriel.

​- Gabriel, répéta-t-elle. Joli nom.

​Elle descendit les deux dernières marches qui la séparaient de lui. Elle s'approcha lentement, son regard scrutant son corps impeccable. Elle porta son doigt à son torse, commençant par effleurer la peau sous son t-shirt.

​- Et tu as un très beau corps, Gabriel. Vraiment très propre.

​Elle descendit le long de ses abdominaux sculptés. Sa main s'aventura plus bas, sous la ceinture de son pantalon, son geste étant un ordre, une prise de possession. Elle le saisit, cherchant à provoquer une réaction, à le réduire à un simple objet de désir.

​Gabriel la laissa faire, mais son regard restait fixe, une étincelle de faim traversant seulement ses yeux. Il attrapa son visage d'une main puissante et la tira vers lui. Le contact fut électrique.

​Le baiser était immédiat, brutal et passionné. Germina sentit le contrôle qu'elle recherchait lui échapper, submergée par une vague de désir qui n'était pas son œuvre, mais la sienne.

​Il la déshabilla avec une lenteur calculée qui augmentait la tension. La première à tomber fut sa veste, suivie de son chemisier de soie qui glissa sur ses bras et s'écrasa silencieusement sur le marbre carrelé. Ensuite, il dégrafa son soutien-gorge qui rejoignit le reste de ses vêtements.

​Il approcha son visage d'elle, ses lèvres douces et tendres suçant les siennes, tirant doucement sur ses cheveux rejetés en arrière. Il passa sa langue autour du contour de son oreille, envoyant des frissons brûlants sur toute l'échine de Germina. Les baisers descendaient, explorant le creux de sa gorge.

​Elle commença à perdre le contrôle, le désir l'envahissait. Elle n'était plus la directrice froide, mais une femme en proie à une vague de sensations trop fortes. Il la souleva sans effort dans ses bras et la porta jusqu'à la chambre, son cœur brisé cédant momentanément la place au besoin.

Gabriel la porta sans effort et la jeta doucement sur le lit immense. Les draps de soie glissèrent sous elle. Il la dominait, sa silhouette musclée se découpant dans la pénombre. L'air, jusque-là parfumé à la vanille, commença à s'épaissir de l'odeur du désir.

​Il s'approcha, son regard plus sombre et possessif. Il se pencha sur elle, utilisant ses doigts pour explorer son corps avec une expertise qui la fit trembler. Il sonda ses zones les plus intimes, la forçant à admettre l'irrésistible envie qui la submergeait.

​- Oui... vas-y... murmura Germina, ses mots se transformant en un soupir urgent. Aaaahh !

​Elle était emportée par le désir, un plaisir qu'elle n'avait pas l'habitude de ressentir avec cette intensité. Gabriel descendit, utilisant sa langue pour explorer sa profondeur, un geste qui fit exploser les sensations. Le jeu avait changé de dimension, prenait une ampleur inattendue.

​Gabriel murmura à son oreille, sa voix rauque :

​- C'est maintenant que ça commence.

​- Fais ce que tu veux de moi cette nuit, supplia Germina, la voix étranglée. J'ai envie de ressentir à jamais ce que je n'ai pas ressenti depuis trop longtemps.

​Il la retourna, la saisissant par les hanches. Son corps s'aligna au sien, son désir puissant se frottant contre elle. Il posa ses mains sur sa tête, tirant doucement sur ses cheveux, tandis que son autre main guidait leur union.

​Le moment de la pénétration fut un choc de sensations. Germina laissa échapper un cri de douceur et de surprise, un son qui n'était pas de douleur, mais de révélation. Les allers-retours de Gabriel étaient féroces et passionnés.

​Soudain, il se retira. Germina, paniquée par la perte du contact, laissa échapper un juron étouffé. Elle le rattrapa avec ses mains, le guidant brusquement vers elle pour le faire revenir dans son intimité.

​Gabriel, sur l'adrénaline, la frappa légèrement sur les fesses, un geste de dominance et d'encouragement.

​- Allez, sale garce ! T'es formidable.

​Il se retira à nouveau, la retourna pour qu'elle lui fasse face, puis la souleva et la déposa près du bord du lit. Il écartela ses jambes et réintroduisit son membre.

​Germina fut frappée par la taille et la vigueur de son organe.

​- Waouh... c'est gigantesque, j'adore, gémit-elle.

​L'acte se poursuivit, le lit devenant glissant sous les fluides du plaisir intense de Germina. Gabriel accélérait, atteignant un point de non-retour. Germina était au summum de son désir, satisfaite et grognant d'extase.

​Gabriel éjacula une partie de sa semence à l'intérieur, puis se retira pour libérer le reste, le sperme chaud jaillissant sur son abdomen puis sur son visage.

​Germina, épuisée, se tourna sur le côté. Gabriel s'effondra à côté d'elle. Leurs souffles lourds et haletants remplissaient la chambre, la seule preuve tangible de la tempête qu'ils venaient de traverser.

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