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Les Échos du Cœur

Les Échos du Cœur

Auteur:: Orion Fable
Genre: Romance
Liana, une jeune écrivaine passionnée, voit sa vie bouleversée lorsqu'elle rencontre Gabriel, un homme charismatique au passé trouble. Leur histoire d'amour, marquée par des retrouvailles et des séparations, est mise à l'épreuve par les secrets de Gabriel et les doutes de Liana sur son avenir. Alors que son premier livre rencontre un immense succès, elle se retrouve face à un choix déchirant : suivre son rêve littéraire ou écouter son cœur. Quand Gabriel décide de partir, elle croit leur histoire terminée. Mais il revient, prêt à construire quelque chose de solide avec elle. Ensemble, ils fondent une maison d'édition au bord de la mer, réalisant enfin leurs aspirations communes.

Chapitre 1 Chapitre 1

Le vent marin fouettait doucement le visage de Liana tandis qu'elle était assise sur un rocher, juste au bord des falaises, là où les vagues venaient s'écraser en contrebas dans un tumulte assourdissant. Ses doigts, tâchés d'encre, tenaient avec fermeté son vieux carnet en cuir. Elle effleurait la couverture usée, marquée par le temps et les souvenirs. C'était dans ces pages qu'elle versait ses pensées, ses émotions et ses rêves, loin du tumulte du monde.

Le soleil déclinait lentement, teintant l'horizon de nuances dorées et rosées. L'odeur salée de la mer emplissait ses narines tandis qu'elle tournait une page, relisant les derniers vers qu'elle avait écrits la veille. Son écriture, fine et légèrement penchée, dansait sur le papier.

* »Les vagues murmurent des secrets oubliés,

Histoires d'amour et d'âmes brisées.

Elles viennent et repartent sans un bruit,

Gardiennes fidèles des cœurs en exil. »*

Un soupir s'échappa de ses lèvres. Ce carnet représentait tout pour elle. Chaque mot inscrit était un fragment de son âme, un témoignage silencieux de ses espoirs et de ses craintes.

- Encore plongée dans tes pensées, ma douce ?

Liana sursauta légèrement avant de se retourner. Derrière elle, une vieille femme aux cheveux argentés l'observait avec un sourire attendri. Sa grand-mère, Mathilde, une femme au regard empli de sagesse, portait un châle tricoté qui battait légèrement sous l'effet du vent.

- Grand-mère, je ne t'ai pas entendue arriver, répondit Liana en refermant doucement son carnet.

- J'ai appris à marcher sans bruit avec les années, plaisanta la vieille femme en s'asseyant à côté d'elle. Qu'écris-tu aujourd'hui ?

Liana hésita un instant avant d'ouvrir son carnet à une nouvelle page.

- Un poème sur la mer... sur ce qu'elle renferme et ce qu'elle emporte.

Mathilde hocha la tête avec un sourire complice.

- Comme toujours. Tu as le don de capturer l'âme de cet endroit à travers tes mots. Mais dis-moi, as-tu réfléchi à ce que je t'ai dit hier ?

Liana baissa les yeux, jouant nerveusement avec un coin du carnet.

- Tu veux parler de l'édition ?

- Évidemment. Pourquoi hésites-tu encore, Liana ? Ton talent ne devrait pas rester enfermé entre ces pages.

Liana mordilla sa lèvre inférieure. Publier un livre, voir ses poèmes exposés aux yeux de tous... Cela avait toujours été un rêve, mais aussi une peur sourde.

- Et si ça ne plaît pas ? Et si mes mots ne trouvent aucun écho ?

Mathilde posa une main douce sur celle de sa petite-fille.

- Écrire, c'est déjà offrir une part de soi au monde. Ceux qui doivent entendre tes mots les entendront.

Liana hocha la tête, peu convaincue.

- Je ne sais pas... J'aime cette tranquillité, ici. Écrire pour moi, pour nous. Je ne suis pas sûre d'être prête à tout exposer.

Mathilde lui lança un regard empli de malice.

- Peut-être que le destin en décidera autrement.

Un silence s'installa, rythmé par le bruit des vagues en contrebas. Liana ferma un instant les yeux, laissant le vent caresser son visage.

- Tu sais, continua Mathilde, il y a une librairie en ville qui expose parfois les écrits des jeunes auteurs. Pourquoi ne pas y déposer un de tes poèmes ? Juste un. Pour voir.

Liana arqua un sourcil.

- Et me donner en spectacle devant tous les habitants ? Très peu pour moi.

Mathilde éclata de rire.

- Oh, ma chérie. Un jour, tu comprendras que l'écriture est un acte de courage. Il ne s'agit pas de plaire à tout le monde, mais de toucher ceux qui en ont besoin.

Liana sourit faiblement, effleurant du bout des doigts la couverture de son carnet. Elle savait que sa grand-mère avait raison, mais le pas à franchir lui semblait encore trop grand.

Le soleil avait maintenant presque disparu sous l'horizon, laissant place à un ciel parsemé de teintes orangées et violettes. Mathilde se releva doucement, s'aidant d'une canne.

- Il commence à faire frais. Rentrons, ma douce.

Liana acquiesça, rangeant son carnet dans son sac avant de suivre sa grand-mère sur le chemin de terre menant à leur maison.

Une fois arrivées, la chaleur de l'intérieur les enveloppa aussitôt. La maison de Mathilde était une vieille bâtisse en pierre, remplie de souvenirs et de livres aux pages jaunies. L'odeur de thé et de pain chaud flottait dans l'air, apportant une sensation de réconfort immédiat.

Liana se laissa tomber dans un fauteuil en soupirant tandis que Mathilde s'affairait à préparer une infusion aux herbes.

- Demain, je dois passer chez la voisine pour lui apporter des gâteaux, déclara-t-elle en versant l'eau chaude dans deux tasses. Tu pourrais en profiter pour aller à la librairie, juste pour regarder ?

Liana roula des yeux.

- Tu ne lâcheras jamais l'affaire, n'est-ce pas ?

- Jamais, confirma Mathilde avec un sourire malicieux.

Liana secoua la tête en riant doucement. Elle aimait cette obstination bienveillante chez sa grand-mère.

Le silence s'installa un instant, ponctué seulement par le crépitement du feu dans la cheminée. Liana prit une gorgée de son thé, savourant la chaleur qui se répandait dans son corps fatigué.

Puis, un bruit soudain attira leur attention. Un grattement à la porte, suivi d'un léger coup.

Mathilde échangea un regard intrigué avec sa petite-fille avant de se lever pour ouvrir.

Sur le seuil se tenait un homme en uniforme de facteur, une enveloppe à la main.

- Bonsoir, Madame Morel. Désolé pour l'heure tardive, mais cette lettre est arrivée aujourd'hui et elle portait la mention « Urgent ».

Mathilde prit la lettre, remerciant le facteur avant de refermer la porte.

Elle tourna la lettre entre ses doigts, observant l'écriture soignée qui portait le nom de Liana.

- Pour toi, ma chérie.

Liana prit l'enveloppe avec une certaine appréhension. Qui pouvait bien lui écrire avec une telle urgence ?

Son cœur s'emballa légèrement lorsqu'elle déchira le papier et en sortit une feuille pliée en trois.

Ses yeux parcoururent rapidement les premières lignes, et son souffle se bloqua.

C'était une lettre d'une maison d'édition.

Ses mains tremblèrent légèrement alors qu'elle relisait l'en-tête. Ils avaient lu l'un de ses poèmes, apparemment envoyé par un « admirateur anonyme », et ils souhaitaient la rencontrer pour discuter d'une possible publication.

Elle releva des yeux agrandis vers sa grand-mère, qui l'observait avec une expression à la fois amusée et satisfaite.

- Je crois que le destin a pris sa décision à ta place, souffla Mathilde.

Mais Liana, elle, sentait déjà l'angoisse monter en elle.

Chapitre 2 Chapitre 2

La lettre reposait sur la table, intacte, son enveloppe encore scellée, mais Liana n'osait pas la toucher. Elle avait passé la nuit à la regarder du coin de l'œil, incapable de trouver le courage de l'ouvrir. Chaque fois qu'elle effleurait le papier jauni par la lumière tamisée de la lampe, une boule d'angoisse lui nouait la gorge.

Mathilde était déjà debout depuis l'aube, comme à son habitude, et préparait le petit déjeuner dans la cuisine. L'odeur du café fraîchement moulu embaumait la pièce, se mêlant au parfum sucré du pain grillé.

- Tu comptes la laisser là encore longtemps ? demanda-t-elle en déposant une assiette de tartines sur la table.

Liana releva la tête, l'air perdu.

- J'y réfléchis.

- À quoi bon réfléchir à une lettre que tu n'as même pas encore ouverte ?

Mathilde s'essuya les mains sur son tablier, puis croisa les bras en fixant sa petite-fille avec ce regard perçant qui lui était propre.

- Ça pourrait être une opportunité, Liana.

- Ou bien une désillusion, murmura-t-elle en triturant le coin de la nappe.

La vieille femme soupira en secouant la tête, puis elle s'assit face à elle, posant une main douce sur son bras.

- Ma chérie, tu as passé toute ta vie à écrire ces poèmes. Si quelqu'un a pris la peine de t'écrire, c'est qu'il a vu quelque chose en toi. Tu ne peux pas vivre éternellement cachée derrière tes doutes.

Liana resta silencieuse un instant, puis, dans un mouvement lent, elle tendit la main et prit enfin l'enveloppe. Son nom était inscrit à l'encre noire, en lettres nettes et élégantes. L'expéditeur : **Éditions Lemoine & Fils, Paris.**

Son cœur s'accéléra. Paris. Une vraie maison d'édition. Comment avaient-ils eu accès à ses poèmes ?

Elle déchira le bord de l'enveloppe avec précaution, puis sortit une feuille de papier épais. Ses yeux parcoururent rapidement les premières lignes.

* »Mademoiselle Morel,

Nous avons eu l'opportunité de découvrir vos écrits grâce à une recommandation anonyme. Vos poèmes nous ont particulièrement touchés par leur sensibilité et leur profondeur. Nous aimerions vous rencontrer afin de discuter d'une éventuelle publication... »*

Liana sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. Quelqu'un avait envoyé ses poèmes sans lui en parler.

- Eh bien ? demanda Mathilde avec impatience.

Liana releva les yeux vers elle, incapable de formuler une réponse claire.

- Ils veulent me rencontrer, murmura-t-elle.

Sa grand-mère sourit, satisfaite.

- Voilà une excellente nouvelle !

Mais Liana ne partageait pas son enthousiasme. L'excitation s'accompagnait d'un vertige étrange, un mélange d'appréhension et de peur.

- Grand-mère... je ne suis pas sûre d'être prête.

Mathilde posa sa main ridée sur celle de Liana et la serra doucement.

- La vraie question, ma chérie, c'est : en as-tu vraiment envie ?

Liana ne répondit pas tout de suite. Elle ne savait pas.

Plus tard dans la matinée, alors qu'elle marchait en direction du petit café du port où travaillait sa meilleure amie Camille, elle ne cessait de rejouer la scène dans sa tête. Qui pouvait bien avoir envoyé ses poèmes ?

Le vent marin fouettait son visage tandis qu'elle avançait sur les pavés irréguliers du centre-ville. L'odeur des embruns se mêlait aux effluves de café et de pain chaud provenant de la boulangerie voisine.

Elle poussa la porte du café et fut aussitôt accueillie par la voix enjouée de Camille.

- Tiens donc, la poétesse en personne !

Liana leva les yeux au ciel en esquissant un sourire.

- Pas si fort, Camille...

- Quoi ? Tu devrais être fière de ton talent !

Camille, brune aux cheveux bouclés et au sourire éclatant, était l'incarnation même de l'énergie et de l'enthousiasme. Elle portait son éternel tablier bleu et jonglait entre les tables avec une aisance naturelle.

- Installe-toi, je t'apporte un chocolat chaud, déclara-t-elle avant de disparaître derrière le comptoir.

Liana s'assit à sa place habituelle, près de la fenêtre, et sortit la lettre de son sac. Lorsqu'elle revint avec la boisson fumante, Camille posa le regard sur le papier et haussa un sourcil.

- C'est quoi, ça ?

Liana prit une inspiration avant de la lui tendre.

- Lis.

Camille s'empara de la feuille et parcourut le texte rapidement. Plus elle avançait, plus son sourire s'élargissait.

- Bordel, Liana ! C'est énorme !

Elle s'assit en face d'elle, les yeux brillants.

- Attends... « recommandation anonyme » ? Qui a pu envoyer tes poèmes ?

- J'en sais rien.

Camille fronça les sourcils en réfléchissant.

- Tu n'as jamais laissé traîner ton carnet quelque part ? Quelqu'un aurait pu tomber dessus...

Liana secoua la tête.

- Non, je fais toujours attention.

Camille posa la lettre sur la table et croisa les bras.

- Peu importe qui l'a envoyée, c'est une chance incroyable. Tu vas dire oui, hein ?

Liana hésita.

- Je... Je ne sais pas.

- Comment ça, tu ne sais pas ?!

Elle fit un geste dramatique de la main, manquant de renverser la tasse de Liana.

- On parle d'une maison d'édition parisienne, Liana ! Ce n'est pas juste un petit concours local !

Liana passa une main dans ses cheveux, troublée.

- Ça me fait peur. Et si je ne suis pas à la hauteur ?

Camille roula des yeux.

- Arrête ça. Depuis le temps que je te connais, je sais que tu es douée. Tes poèmes sont magnifiques.

Liana serra la lettre entre ses doigts.

- Mais et si...

- Pas de « et si », coupa Camille fermement. Si tu ne tentes pas, tu le regretteras toute ta vie.

Liana baissa la tête, mordillant sa lèvre inférieure.

- Et si je me ridiculise ?

- Alors tu apprendras et tu avanceras, comme tout le monde. Mais franchement, je doute que ce soit le cas.

Camille lui donna une légère tape sur la main.

- Écoute-moi bien. Tu as deux options : soit tu laisses passer cette opportunité et tu passes le reste de ta vie à te demander ce qui aurait pu se passer, soit tu prends ton courage à deux mains et tu fonces.

Liana soupira, jetant un regard vers la lettre posée sur la table.

- Et si je dis oui... ça voudrait dire aller à Paris.

- Exactement.

Liana sentit une vague d'émotions contradictoires la submerger. Quitter son village, son confort, sa routine. Était-elle vraiment prête à ça ?

Camille vit son trouble et posa une main sur la sienne.

- Je sais que c'est effrayant, mais c'est aussi une opportunité en or. Et puis, tu n'es pas obligée d'accepter tout de suite. Tu peux aller les rencontrer, voir ce qu'ils te proposent. Rien ne t'engage à signer un contrat sur-le-champ.

Liana acquiesça lentement.

- Tu crois que je peux le faire ?

- Je n'ai jamais cru en quelque chose d'aussi fort, répondit Camille avec un sourire sincère.

Liana sentit un petit frisson lui parcourir l'échine.

Elle prit une profonde inspiration et serra la lettre dans sa main.

Mais une question restait en suspens, une question qui ne cessait de la hanter.

Qui, dans l'ombre, avait envoyé ses poèmes sans lui en parler ?

Chapitre 3 Chapitre 3

Le vent soufflait plus fort que d'habitude ce matin-là, soulevant des tourbillons de sable sur la place du marché. Liana avançait d'un pas lent parmi les étals, troublée par les événements des derniers jours. La lettre de l'éditeur ne quittait plus son esprit, et malgré les encouragements de Camille, un doute persistant s'accrochait à elle comme une ombre.

Elle s'arrêta devant l'étal du boulanger, observant les miches de pain dorées et les viennoiseries croustillantes. Mathilde lui avait demandé d'acheter quelques brioches pour le petit déjeuner, mais son esprit était ailleurs.

- Mademoiselle Morel ?

Elle sursauta légèrement en entendant son nom prononcé d'une voix grave et posée.

Lorsqu'elle se retourna, ses yeux se posèrent sur un homme qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Grand, élancé, vêtu d'un manteau sombre qui tranchait avec les couleurs vives du marché. Son regard, d'un bleu profond, était à la fois perçant et calculateur. Il portait une légère barbe de quelques jours et ses cheveux châtains étaient soigneusement coiffés en arrière.

- Oui ? répondit-elle, méfiante.

L'homme esquissa un léger sourire, mais il n'avait rien de chaleureux. Plutôt une politesse maîtrisée, presque mécanique.

- Je suis Gabriel Lemoine.

Liana sentit son estomac se nouer. Ce nom...

- Lemoine, comme dans « Éditions Lemoine & Fils » ?

- Exactement.

Il sortit une carte de visite de la poche intérieure de son manteau et la lui tendit. Elle l'attrapa d'une main légèrement tremblante et lut les inscriptions : **Gabriel Lemoine – Directeur éditorial.**

Elle releva la tête, un peu décontenancée.

- Vous êtes... ici ? En personne ?

- Vous n'avez pas répondu à notre lettre. J'ai pensé qu'un déplacement serait plus efficace qu'une attente interminable.

Liana resta silencieuse. Un éditeur de Paris avait fait tout ce chemin pour elle ? C'était insensé.

- Je vous dérange peut-être ?

Elle croisa les bras.

- Pour être honnête, oui. Je ne m'attendais pas à... ça.

Gabriel haussa un sourcil, visiblement amusé.

- Vous n'êtes pas facile à impressionner.

- Et vous, vous êtes trop sûr de vous.

Un court silence s'installa entre eux, rythmé par les bruits de la place du marché. L'odeur du café et du pain chaud semblait en décalage total avec la tension qui flottait dans l'air.

Gabriel glissa les mains dans les poches de son manteau et jeta un regard autour de lui.

- C'est un charmant endroit. Très différent de Paris.

- C'est ce qui me plaît ici, répondit-elle sans réfléchir.

Il reporta son attention sur elle.

- C'est aussi ce qui transparaît dans vos poèmes. Une certaine... authenticité.

Liana se crispa légèrement.

- Vous les avez vraiment lus ?

- Évidemment. Sinon, je ne serais pas venu.

Elle serra les poings, mal à l'aise à l'idée que cet homme, un parfait inconnu, ait eu accès à ses pensées les plus intimes.

- Je ne suis pas sûre de vouloir les publier.

Gabriel inclina légèrement la tête.

- Pourquoi ?

- Parce qu'ils sont à moi, murmura-t-elle.

Il haussa un sourcil, intrigué.

- Et alors ?

Elle le fixa, troublée par sa façon directe de poser des questions.

- Ils sont personnels.

- Tous les écrivains publient des textes personnels. C'est ce qui fait leur force.

Liana détourna les yeux.

- Je n'ai jamais cherché à être publiée.

- Peut-être. Mais quelqu'un, ici, pense que vous en valez la peine.

Elle sentit son cœur se serrer. Cette question la hantait depuis la réception de la lettre. Qui avait envoyé ses poèmes ?

Gabriel observa sa réaction avant de reprendre.

- Je ne suis pas venu vous forcer la main, Liana. Mais je crois sincèrement que vous avez quelque chose de rare.

Elle sentit son regard s'adoucir, mais elle ne voulait pas céder aussi facilement.

- Vous dites ça à tous les auteurs que vous voulez publier ?

Il sourit légèrement.

- Non.

Un silence pesant s'étira entre eux. Liana savait qu'elle devait dire quelque chose, mais tout en Gabriel lui semblait déroutant. Son assurance, sa manière d'analyser chaque mot, chaque réaction... Il lui donnait l'impression d'être mise à nue sans son consentement.

Elle finit par croiser les bras.

- Admettons que j'accepte de discuter... Qu'attendez-vous exactement de moi ?

- Rien de plus que ce que vous êtes prête à donner. Une rencontre, une conversation honnête sur ce que vous souhaitez pour vos poèmes.

Liana hésita.

- Et si je ne veux rien de tout ça ?

Gabriel haussa légèrement les épaules.

- Alors je repartirai à Paris, et vous continuerez à écrire dans votre carnet sans jamais savoir ce que vos mots auraient pu devenir.

Son ton n'avait rien d'insistant, et pourtant, il parvenait à semer en elle un doute insidieux.

Elle soupira profondément.

- Très bien. Mais je ne promets rien.

Gabriel hocha la tête, comme s'il s'attendait déjà à cette réponse.

- Je ne vous demande rien de plus.

Il jeta un dernier regard autour de lui, appréciant l'ambiance paisible du marché, puis sortit une nouvelle carte de visite.

- Voici mon numéro. Appelez-moi quand vous serez prête.

Liana prit la carte et la glissa dans la poche de son manteau sans la regarder.

- Je vais y réfléchir.

Gabriel esquissa un léger sourire.

- J'espère que vous le ferez.

Puis, sans un mot de plus, il tourna les talons et s'éloigna dans la foule, la laissant avec une étrange sensation d'inconfort.

Liana resta là un long moment, serrant la carte de visite entre ses doigts.

Cet homme était un mystère, et il venait de bouleverser tout ce qu'elle pensait avoir planifié.

La lettre trônait toujours sur sa table de nuit, à côté de son carnet en cuir. Depuis son échange avec Gabriel, Liana n'avait cessé de tourner en rond, pesant le pour et le contre. Son instinct lui criait de refuser, de rester fidèle à son mode de vie paisible, loin du monde de l'édition et de ses contraintes. Mais une autre voix, plus sourde, plus insistante, lui murmurait qu'elle ne pouvait pas fuir éternellement.

Elle s'était enfermée dans sa chambre une bonne partie de la matinée, relisant encore et encore les termes du contrat envoyé par Gabriel. Rien ne semblait excessif ou contraignant, pourtant elle avait du mal à se résoudre à signer.

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