Soyez les bienvenus à mon école de la vie.
Puisse chaque petite graine germer en chacun de vous.
Leçon 1
Je suis celui qui est
Huit heures moins cinq
La sonnerie retentit au collège Rivoli comme des dizaines de millier de sonnettes d'autres écoles.
Mais pour Manon et Enzo, ce second jour était le véritable premier jour de cours après deux longs mois de vacances et sonnait le glas de la véritable rentrée scolaire.
« Toi tu es encore chez les petits », proclama fièrement Enzo à sa petite sœur qui était encore en primaire.
« Oui, mais moi je serai la plus grande de l'école alors que toi tu en seras le plus petit ! » lui répondit Manon en lui tirant la langue.
« Allons les enfants, dépêchons. On y va Enzo ! »
« Il y a beaucoup de monde sur les routes aujourd'hui ! » lança ce dernier, inquiet d'arriver en retard, la main sur la poignée de la portière avant.
« Tu descends de voiture ici ? » lui demanda Aurélie alors qu'ils arrivaient à peine dans la rue du collège.
« T'inquiète maman, j'y vais tout seul, tu ne vas pas m'accompagner tous les jours devant le portail tout de même. »
« C'est vrai que le premier jour on a bien visité le collège et tu n'en es pas trop loin. Tu te rappelleras où tu dois aller ? »
« Mais oui, t'inquiète ! Bisous ! »
« Hé, tu es peut-être grand mais cela ne doit pas t'empêcher d'embrasser ta mère ! » lui dit Aurélie en lui caressant les cheveux, un peu émue de voir grandir son fils si vite, se mémorisant encore son entrée à la maternelle.
Le petit garçon brun à la bouille sérieuse l'embrassa vite fait sur la joue et se hâta de rejoindre ses copains.
« Il a de la chance lui, il connaît quelques personnes ! »
« Je sais ma puce, mais toi aussi bientôt tu auras de nouvelles copines. »
Sa mère attendit qu'il fût en bonne compagnie pour démarrer et se dirigea vers l'école Prévert afin d'y déposer sa fille.
Depuis qu'ils avaient déménagé, Manon boudait car ils avaient été obligés de la changer d'école alors qu'ils habitaient toujours la même ville. Malgré les tentatives de ses parents auprès du rectorat, rien n'avait pu y faire et Manon se sentait désespérée.
« Bon, on aura le temps nous deux. Tu ne commences qu'à huit heures trente et ton école n'est qu'à cinq minutes en voiture. »
« Oui, mais souviens-toi que le matin il y a de la circulation et que tu as souvent eu du mal à te garer l'année dernière dans notre ancien quartier. »
« Ce n'est pas faux. Mais peut-être que dans ce coin-là de la ville le trafic est plus fluide ! » lui répondit Aurélie qui avait beaucoup de mal à avancer, tant la circulation était dense et lui donnait tort.
Autant Enzo, brun aux yeux vert clair, ressemblait à sa mère, autant Manon était le portrait craché de son père : longue, blonde comme les blés avec de magnifiques yeux bleus.
Pourtant, et curieusement, Manon ne se trouvait pas jolie. Elle se trouvait un peu trop grosse et était maladivement timide.
Elle n'avait que très peu d'amies et entretenait avec elles des relations exclusives qui devenaient problématiques dès qu'une dispute éclatait entre elles. Donc elle en avait peu et avait été obligée de les abandonner. Elle avait détesté ses parents tout l'été quand ils avaient décidé d'acheter cette petite maison dans ce quartier chic de Nice. C'est vrai que leur appartement était devenu un peu étroit mais au moins adorait-elle son ancien quartier et y avait-elle ses points de repère.
« Tu vas enfin découvrir qui est ta nouvelle maîtresse aujourd'hui. Enfin, si elle daigne être là ! »
« Oh maman, ce n'est pas de sa faute si elle est tombée malade juste avant la rentrée ! Ils vont bien trouver une remplaçante ! »
« Ok. Ah voilà une place pour se garer. Il est un peu tôt mais on y va quand même ? »
« D'accord », dit la petite jeune fille de bientôt dix ans et qui n'était pas très enthousiaste de reprendre le chemin de l'école. Enfin, le chemin de cette nouvelle école.
Elles se dirigèrent, toutes les deux, vers l'entrée et Aurélie s'arrêta une fois ou deux pour saluer quelques mamans qu'elle était surprise de connaître, soit par l'intermédiaire de son travail soit par les quelques activités qu'elle pratiquait en dehors du travail et qui lui permettaient de se détendre un peu, ou encore grâce aux copains de son fils.
« Alors, Enzo est bien rentré ? »
Elle avait tellement stressé de voir ses enfants intégrer pour l'un le collège et pour l'autre une nouvelle école qu'elle en avait beaucoup parlé essayant d'enrayer ainsi sa culpabilité.
« Oui, impeccable et toi ça se passe bien avec le tien, tu as vu, ils ne sont plus ensemble cette année ! »
« Oui, c'est dommage ! Bonne journée ! Bisous. »
« Bisous, à toi aussi ! »
« Bon on peut y aller là maman ? »
« Oui, oui, ça y est on est arrivé, je te laisse là. »
« D'accord maman. Tu viens me chercher ce soir, hein ? »
« Non, c'est papa qui s'en charge. Bisous mon trésor. »
« Bisous m'man ! »
Aurélie vit sa fille entrer, son cartable à roulettes à la main et la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle fût sous le préau près du panneau « CM2 Mlle Hugh ».
« Au moins, il y a un nom, c'est que la nouvelle est arrivée ! » se dit Aurélie en rebroussant chemin, l'œil rivé à sa montre, se disant qu'aujourd'hui encore elle risquait d'arriver en retard à la seule parfumerie de la ville qui ouvrait à neuf heures et dans laquelle elle travaillait depuis déjà plus de dix ans.
Pendant ce temps, Manon regagnait la rangée où étaient ses camarades de classe déjà alignés deux par deux, tout en se demandant quelle tête aurait sa nouvelle institutrice.
La réponse ne tarda pas à venir et Manon fut agréablement surprise en voyant avancer vers eux une jeune et jolie jeune femme agréablement habillée et plutôt souriante.
« Bonjour, je suis mademoiselle Hugh. Je vous prie de bien vouloir me suivre dans la classe. »
Un brouhaha fit suite au silence qui avait précédé les paroles de l'institutrice mais cette dernière ne dit rien avant de les voir s'installer dans la pièce qui serait la leur, toute l'année durant.
Les dessins des années précédentes avaient été enlevés et les murs étaient étrangement vierges de tout support habituellement en place.
La jeune femme attendit un instant que tous furent installés et commença à parler dans un semi brouhaha de chaises et de rire mêlés.
« S'il vous plaît, puis-je avoir votre attention ? »
Les derniers élèves bavards se retournèrent et le silence se fit.
Manon quant à elle s'était assise à côté d'une fille qui semblait être aussi seule qu'elle et qu'elle avait repérée la veille juste avant qu'ils ne soient tous séparés et dispersés dans des classes différentes afin de pallier l'absence de l'institutrice.
« Bonjour à tous. Maintenant que je me suis présentée, je souhaiterais que vous en fassiez de même. Pour cela, dit-elle en haussant le ton avant que le brouhaha ne reprenne, je vais vous distribuer des cartons que vous plierez en deux et que vous placerez devant vous sur la table. Vous écrirez en noir votre nom et votre prénom, puis en rouge, en dessous, le prénom que vous auriez aimé porter. »
Les enfants se regardèrent interloqués, ne comprenant pas trop ce que la jeune maîtresse voulait dire. L'un d'eux leva la main.
« Oui ? »
« Je ne comprends pas maîtresse, il faut qu'on invente un prénom ? Je peux marquer superman ? »
La classe partit dans un grand éclat de rire général et Mlle Hugh les fit taire en levant le bras.
« Non, vous ne devez pas vraiment inventer mais je pense qu'au fond de vous, vous auriez peut-être envie de porter un autre prénom que celui que vos parents vous ont donné. Alors c'est le moment de vous exprimer. Et si superman est vraiment celui que tu souhaiterais avoir, parce que tu te sens être un super "man", alors tu peux le noter. Mais sache que ce sera ton vrai prénom pour le reste de l'année, dans cette classe tout au moins. Et le temps que je resterai », ajouta-t-elle en baissant la voix si bien qu'ils n'entendirent pas.
« Même quand la vraie maîtresse va revenir ? » lui demanda une autre élève perspicace.
« Je suis aussi une vraie maîtresse mais ta réaction est pertinente. Il sera libre à vous de vous faire appeler par le prénom qui est vraiment le vôtre ou celui que vous préféreriez porter, mais seulement entre vous car cela n'engage que moi, donc je pense que cela ne sera partagé qu'entre vous et moi. »
« Madame, pourquoi fait-on cela ? » demanda un petit rouquin à taches de rousseur que Manon jugea rigolo.
« Très bonne question, jeune homme. Je voudrais, tout le temps que je serai avec vous, que vous sachiez qui vous êtes vraiment. »
« Qui on est ? Mais on est nous ! » dit le premier intervenant déclenchant l'hilarité générale.
« Ça, c'est une allégation qui est tout ce qu'il y a de plus vrai ! Mais ce que vous croyez aujourd'hui, et je peux vous l'assurer, est bien diffèrent de ce que vous allez découvrir au fil des jours, et vous allez être surpris. Allez, maintenant je vous distribue les cartons et je veux que vous preniez le temps de réfléchir. Rappelez-vous que c'est important car c'est comme cela que je vais vous appeler. »
« Et si mon prénom me convient parfaitement, je fais quoi ? » interrogea une petite fille à lunettes.
« Bonne question. Eh bien ! tu le réécris en rouge. »
Manon prit l'histoire très au sérieux et s'interrogea pour la première fois sur le prénom qu'elle portait. L'aimait-elle vraiment ou le supportait-elle ? Est-ce qu'il lui allait bien ou était-il décalé ?
À quoi ressemblaient les autres Manon ?
C'est vrai que toutes celles qu'elle connaissait étaient brunes alors qu'elle était blonde.
Cela lui fit penser qu'elle s'amusait souvent à deviner le prénom des gens qu'elle rencontrait et se félicitait quand elle tombait juste. Elle avait remarqué les similitudes qui existaient entre eux. Pour elle, les Emma étaient douces et belles alors que les Julie étaient sèches et pas très jolies. Les Tom étaient mignons alors que les Yanis étaient insignifiants et cela fonctionnait même avec les vieux prénoms comme ceux de ses parents ou grands-parents : les Alexandre comme son papa étaient grands et avaient de la classe, comme Alexandre Le Grand alors que les Thomas étaient petits et trapus.
Les Aurélie étaient douces et belles comme sa maman et les Stéphanie étaient gaies et enthousiastes. Quant aux Colette, elles étaient carrément moches et... non tous les anciens prénoms étaient moches.
« Lola, j'aurais tellement voulu m'appeler Lola. »
Les filles qui portaient ce prénom lui paraissaient toutes grandes, belles et bien dans leur peau. Elle n'y avait jamais vraiment pensé mais c'est vrai que ce prénom lui allait mieux que le sien.
Elle écrivit donc en noir : Manon Ducos et au-dessous, en rouge : Lola.
Tous attendirent que tout le monde ait fini ce petit travail identitaire et madame Hugh prit la parole.
« Très bien, on va commencer par la gauche. Peux-tu te présenter ? »
« Bonjour, je m'appelle en vrai Jade Sisleau et en faux Clara. »
« Merci Jade », dit la maîtresse interrompant un départ de rigolade.
« Tu as dit "en faux". Considères-tu cependant que le prénom de Clara pourrait te correspondre ? »
« Oui, je crois. »
« Mais tu n'en es pas sûre ? »
« Non, je n'ai pas trop eu le temps d'y réfléchir à vrai dire. »
« C'est normal. Comment ce prénom t'est-il venu à l'esprit ? »
« Parce que la copine de ma sœur s'appelle comme cela et que je la trouve belle. »
Éclat de rire dans la classe.
« Silence, silence. Tu ne te trouves pas belle ? »
« À vrai dire, pas trop. »
Alors qu'elle se trouvait soudainement au bord des larmes, certains enfants la prirent en pitié alors que d'autres étaient sur le point de se moquer d'elle.
« Stop ! » dit-elle avec une autorité toute soudaine qui surprit tout le monde.
« Personne n'a le droit de se moquer de quiconque. Qui sommes-nous pour juger untel ou unetelle ? Je veux que vous sachiez que vous allez tous devoir justifier votre choix et que je n'autoriserai aucune moquerie. Nous devons tous nous respecter les uns et les autres et écouter chacun d'entre nous pour ce qu'il a à dire. Vous verrez qu'ainsi vous vous connaîtrez mieux vous-même et les autres. Alors ma petite Jade, sache que tu as toute l'année scolaire, ou en tous les cas tout le temps que nous serons ensemble pour choisir ton véritable prénom et qu'à tout moment tu peux barrer celui que tu as écrit en rouge et en écrire un autre. C'est pareil pour vous tous, c'est bien compris ? Nous reprendrons demain. »
« Mais maîtresse on peut en essayer plusieurs alors ? » demanda le petit garçon juste devant elle.
« Oui, bien entendu, jusqu'à ce que tu trouves celui qui te correspond le mieux. »
« Et si c'est celui qu'on porte déjà ? » réitéra un enfant.
« Eh bien ! je dirais tant mieux pour toi. »
Les questions fusaient de toute part et certains barraient déjà le prénom qu'ils avaient marqué pour en noter un autre.
« Ne vous pressez pas, chaque jour l'un d'entre vous se présentera comme Jade l'a fait. Vous nous expliquerez ce que vous aimez ou n'aimez pas dans ces choix, celui fait par vos parents et le vôtre. Mais c'est tout pour aujourd'hui. Nous remercions Jade pour le courage de sa participation et nous allons faire un peu de mathématiques. »
Manon respira un peu car elle avait eu peur d'affronter tous ces yeux inconnus mais en même temps, le jeu était plus facile pour elle car comme elle ne connaissait personne elle n'avait aucun a priori.
Leçon 2Le boomerang
À sa grande surprise, Manon était pressée de retourner en classe le lendemain matin. Cette jeune institutrice était certes spéciale mais il fallait dire qu'elle savait susciter l'intérêt de la classe. Elle n'avait rien dit de tout cela ni à ses parents ni à son frère, persuadée qu'ils n'en comprendraient pas la démarche alors qu'elle-même la trouvait intéressante.
Quand son père l'avait ramenée de l'école la veille il avait été agréablement surpris de trouver sa fille souriante alors qu'il s'attendait à la voir en plein désarroi. Il savait que ce n'était pas facile d'intégrer une nouvelle école surtout lorsqu'on était en plus grande section car c'est là qu'on connaissait le plus de gens et qu'on se sentait le plus fort.
« Elle est bien ta maîtresse, ma chérie ? »
« Oui, je l'aime bien. Elle est belle et sympathique. C'est presque dommage que ce ne soit qu'une remplaçante. »
« Tiens, comment peut-elle se prénommer ? » s'amusa à s'interroger Manon.
« Ah bon ? Tant que ça ? Eh bien, elle t'a fait une bonne impression alors ! Et tu as déjà repéré de futures copines ? »
« Non, ça, c'est plus compliqué. »
« Ça viendra mon cœur, ça viendra. En attendant, tu peux appeler tes anciennes amies pour voir comment s'est passée leur rentrée ? »
C'est ce qu'elle fit dès qu'elle fut rentrée après avoir cependant avalé une belle tartine de pâte chocolatée et avoir bien léché la cuiller.
Le soir à table elle demanda l'air de rien à ses parents :
« Comment avez-vous trouvé mon prénom ? »
« Eh bien ! nous n'étions pas vraiment d'accord ton père et moi, à vrai dire. »
« Ah bon, pourquoi ? »
« Moi depuis que j'avais vu le film "Manon des sources" quand j'étais petite, je m'étais promis d'appeler ma fille, si j'en avais une un jour, comme cela. »
« Pourquoi ? »
« Parce que je la trouvais belle. D'ailleurs, tu es blonde comme elle et encore plus belle. »
« Et toi papa ? Tu voulais m'appeler comment ? »
« Moi, je voulais un prénom court avec des "a". Je trouve que cette voyelle est très douce pour une fille. »
« Ah oui et tu voulais m'appeler comment ? »
« Léa, Lina, Louna, quelque chose comme ça ! »
« Lola ? »
« Aussi parce que j'aimais bien une chanson qui parlait de Lola et Lolita », fit-il en lançant un clin d'œil complice à sa femme.
« Et pourquoi maman l'a-t-elle emporté ? »
« Parce que les femmes ont toujours le dernier mot ! » lui répondit son père en riant.
« Eh bien ! moi j'aurais préféré m'appeler Lola », voulut-elle leur dire mais garda cette phrase dans la gorge afin de ne pas blesser sa mère.
C'est donc avec empressement qu'elle regagna l'école le lendemain matin afin de découvrir qui étaient vraiment ses nouveaux camarades de classe avec qui elle partagerait toute une année.
Son frère n'arriva pas à la targuer et après avoir été déposé au collège où il paraissait minuscule à côté des troisièmes, elle fit un baiser à sa mère et se hâta de rejoindre la file d'attente de sa classe où elle salua timidement sa compagne de table, le tout, au plus grand étonnement de sa mère.
Elle en profita pour repérer qui seraient ses futures copines mais se permit d'attendre un peu ce que les révélations sur chacun d'entre eux allaient donner.
L'institutrice vint les chercher et les amena dans leur classe.
« Bonjour. »
« Bonjour, maîtresse ! » répondirent en cœur les vingt-cinq enfants.
« Avant de commencer notre cours d'histoire, nous allons interroger l'un d'entre vous afin qu'il se présente aux autres. Un volontaire ? »
Un grand garçon, sûr de lui leva la main.
« Mais on te connaît toi ! » cria son copain de gauche.
« Oui, tu le connais peut-être, mais lui se connaît-il vraiment ? » ajouta la maîtresse dans un sourire désarmant.
« Bien. Présente-toi. »
« Je m'appelle Mattéo en faux et Spiderman en vrai », dit-il en riant et en entraînant une hilarité générale à l'exception de quelques filles, dont Manon qui n'aimait pas qu'on se moquât de la maîtresse.
« Parfait Spiderman. Comment tes parents auraient-ils pu choisir ce prénom ? »
« Ben, parce qu'ils regardaient trop Spiderman à la télé pardi ! » l'hilarité de la classe et l'aplomb de l'élève ne semblait pas déranger la professeure.
« En quoi te sens-tu être Spiderman ? »
« Parce que je vole, tiens ! »
« Tu voles ? »
« Oui, il vole, je l'ai vu mettre un paquet de bonbons dans son sac, sans le payer, au supermarché la dernière fois, c'est vrai ! »
« Silence les enfants, silence ! » dut intervenir mademoiselle Hugh face à une classe prise d'un grand fou rire.
« Est-ce que c'est vrai ? » lui demanda-t-elle alors qu'elle le vit pâlir.
« Bien sûr que non, tu vas me le payer toi ! »
Sachant qu'il n'y avait pas de fumée sans feu, elle préféra enchaîner sur un thème qu'elle réservait pour plus tard mais qu'elle mit finalement à l'ordre du jour se laissant le droit de rebondir selon les événements.
« Très bien. Qui peut me jurer dans cette salle qu'il n'a jamais rien pris à quelqu'un sans sa permission ? »
Un silence de mort s'abattit dans la pièce.
« C'est bien ce que je pensais. Il est très facile de se moquer des autres mais en fait nous commettons tous des erreurs. Assis toi Spiderman. Je vais faire une parenthèse. Donc le but est d'apprendre de nos erreurs. Nous venons sur Terre pour quoi à votre avis ? »
Plus personne n'osait ouvrir la bouche.
« Eh bien ? Vous avez perdu votre langue ? Pourquoi sommes-nous là à votre avis ? »
« Heu... Pour apprendre ? »
« Oui, Julien (c'est le prénom qui était noté en rouge). Mais pour apprendre quoi ? »
« L'histoire géo ? » dit en ricanant une grande fille aux allures masculines.
« Certes, il faut connaître ce qu'il s'est passé pour mieux connaître notre histoire. Mais encore ? »
Un grand silence régnait dans la classe :
« Personne ? »
« Ne pensez-vous pas que nous sommes là pour apprendre, entre autres choses à savoir ce que nous sommes venus faire ici et à apprendre de nos erreurs pour mieux évoluer ? Pour cela, nous devons savoir qui nous sommes au fond de nous et si nous commettons des méfaits, savoir en tirer des leçons afin de ne pas les reproduire. Nous avons tous, à notre façon, un jour où l'autre "volé" entre guillemet quelque chose. Volé la parole à quelqu'un, volé sa place, etc. Le but d'une telle erreur, car c'en est une, est de ne pas recommencer et d'en tirer des leçons. Sachez que tout ce que vous faites de bien vous revient et donc tout ce que vous faites de mal vous revient aussi. »
« Comme un boomerang, maîtresse ? »
« Exactement ! Si tu voles, on te volera un jour ou l'autre. C'est pour cela qu'il est important de toujours faire le bien car c'est une loi de la nature. Elle existe et c'est comme cela. Que vous l'ignoriez ou pas, la loi s'applique. Donc autant la mettre en œuvre. Si tu donnes, quelque chose, de l'affection, de l'attention, n'importe quoi, tu le récolteras à ton tour. C'est la loi d'attraction.
Ce genre de loi existe et il vaut mieux la connaître.
C'est comme la loi de la pesanteur, elle existe et c'est comme ça. Quelqu'un sait de quoi je parle ? Toi Spiderman tu es particulièrement concerné par cette loi. Peux-tu nous en parler ? »
« Heu, je ne sais pas trop... » dit-il ayant perdu toute sa superbe.
« Eh bien ! regardez cette craie, si je la laisse rouler avec force sur le bureau, où va-t-elle aller ? »
« Par terre ! » dirent à l'unisson les enfants.
« Oui, elle tombe. C'est ce qu'on appelle la loi de la pesanteur. Elle suit la théorie de la gravitation. Ouvrez vos cahiers verts et notez ceci s'il vous plaît. »
La maîtresse écrivit de sa plus belle écriture la définition de la loi de la pesanteur alors qu'on pouvait entendre une mouche voler et le bruissement des cahiers qu'on ouvrait en silence respectueux.
« C'est la gravitation qui fait que tous les corps de l'univers s'attirent mutuellement. La loi de la gravitation a été énoncée pour la première fois par Sir Isaac Newton en 1684. »
Puis en dessous, écrivez :
« La loi de l'attraction est une loi de la nature ; Elle existe au même titre que la loi de la gravité ».
« Nous développerons cette loi au fur et à mesure, mais en attendant, je veux que pour demain vous m'écriviez un petit texte en m'expliquant quelles conséquences a eu un de vos actes passés. D'accord ? En quelques lignes. »
Les enfants prirent leurs carnets et notèrent le devoir à faire en même temps qu'elle l'écrivait sur le tableau.
« Avez-vous tous compris ? N'ayez pas peur de poser des questions. »
Manon osa lever la main.
« Oui... Lola ? »
« Je ne suis pas certaine d'avoir tout compris au devoir. Il faut expliquer qu'on a fait quelque chose de mal ? »
« Non pas du tout. Je veux que tu me racontes tout d'abord s'il t'est arrivé quelque chose de bon ou de mauvais et que tu recherches ensuite pourquoi cela t'est arrivé à toi et pas à quelqu'un d'autre. Par exemple : un jour, je vois ma voisine m'apporter un gros gâteau. Je me demande pourquoi elle me l'amène à moi et pas aux autres voisins et je me souviens que lorsqu'elle a emménagé je l'avais aidée à sortir des cartons qui étaient coincés dans sa voiture et que je lui avais souhaité la bienvenue. Je lui ai offert mon aide et ma sympathie, elle m'a offert un gâteau et sa reconnaissance. Tu as compris ? »
« Oui merci maîtresse. »
« Bien, revenons à Spiderman. C'est bien ton vrai prénom n'est-ce pas ? »
« Oui maîtresse », dit le garçonnet beaucoup moins sûr de lui.
« Qu'est-ce que fait Spiderman que tu voudrais faire, mis à part voler d'un endroit à l'autre ? »
« Eh bien ! je voudrais sauver des gens. »
« C'est bien ça. Et puis cela met en mouvement la loi dont on vient de parler, qui s'appelle donc la loi d'attraction et dont on reparlera. Mais pourquoi veux-tu aider les gens ? »
« Ben pour qu'ils m'admirent, tiens ! » répondit-il en retrouvant son aplomb.
« Alors, et nous en reparlerons plus tard aussi, c'est ton ego qui parle. C'est dommage, mais nous recherchons tous l'attention des autres. C'est pour cela qu'il faut suffisamment s'aimer pour ne pas avoir à rechercher l'amour de soi dans les autres. »
« Hein ? J'ai rien compris ! »
« D'abord, on dit : je n'ai rien compris et ensuite c'est normal, c'est un peu compliqué mais on reviendra là-dessus ultérieurement. »
Alors que des bavardages reprenaient, la maîtresse leur demanda de sortir leur livre d'histoire et débuta son cours estimant avoir semé suffisamment de bonnes graines pour la journée.
Il ne leur restait plus qu'à germer dans l'esprit de toutes ces charmantes petites têtes.
Quand la sonnette de la récréation retentit, Manon se demanda quelles actions elle avait bien pu faire, de façon inconsciente et qui pouvaient avoir eu de drôles de conséquences.
Mais elle y penserait plus tard, à la maison.
En attendant, elle se dirigea vers les deux filles qui l'attiraient depuis la rentrée.
« Bonjour, je m'appelle Manon et je ne connais personne. Vous voulez bien que je reste un peu avec vous ? »
« Oui, bien entendu. Moi c'est Chloé et elle, c'est Louna »
« Ce sont vos vrais prénoms ? »
Les trois filles partirent d'un grand éclat de rire qui scella une nouvelle amitié naissante.