L'ouvrage étant l'aboutissement de l'esprit de l'auteur, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.
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Le voyage
Six heures sonnent sur le smartphone de Didier, ça annonce le lever pour être prêt à sept heures précises, les filles se demandent si elles vont partir nues ou habillées, elles attendent les ordres. Les garçons viennent avec les sacs de vêtements des filles et les distribuent, une paire de chaussures, un pantalon et un sweat, c'est tout, mais c'est déjà bien. Pour voyager, elles seront plus à l'aise mais en attendant ça leur fait drôle de sentir à nouveau le tissu contre leur corps, ça frotte et c'est gênant. Elles n'étaient pas si mal sans rien sur le dos, sur le bateau seront-elles vêtues ou non ? Les garçons ne peuvent pas répondre car ils ne savent pas la réponse. Lorsque le bruit de la lourde porte qui coulisse se fait entendre, elles n'osent plus bouger, elles sont tétanisées par ce départ, le grand cadran de l'horloge qui marque tous leurs faits et gestes voit les aiguilles tourner à grande vitesse, ça leur fait peur de plus en plus. Hélène et Véronique demandent à aller aux toilettes car elles ont mal au cœur, et à peine arrivées devant les cuvettes elles s'agenouillent et vomissent le petit déjeuner. Heureusement que ça ne s'est pas produit au dortoir, avec les odeurs elles y seraient toutes passées. Didier les observe et il voit les visages crispés, fermés, anxieux, il comprend la situation, elles crèvent de trouille, ça se voit. Lydie est en train de prier un Dieu auquel elle ne croit pas, d'autres le font aussi, mais pour celles pour qui la religion ne veut rien dire, quelles échappatoires pourront-elles trouver ?
Monsieur et Nana apparaissent enfin à la porte du dortoir, ils sont souriants et disent bonjour au groupe des filles qu'ils retrouvent vêtues cette fois. Les maîtres donnent des ordres aux gars pour qu'ils libèrent les prisonnières une à la fois et qu'ils refixent le bout de la chaîne dans le camion sur les barres de bois horizontales qui servent à accrocher les meubles durant les déménagements. Ainsi fixées, les chaînes retiennent bien les filles qui ne pourront pas s'enfuir, entravées qu'elles sont par une cheville à la paroi de la camionnette. Cinq d'un côté et cinq de l'autre pour stabiliser la caisse, dans les virages il ne faudrait pas que ça bascule, ce serait la crise avec les filles à l'intérieur. Les hommes font le tour du hangar pour tout éteindre puis ils ferment la grande porte et grimpent dans l'habitacle du camion. Trois devant et quatorze derrière, ça pèse mais le moteur répond bien aux sollicitations et le véhicule s'ébranle pour une virée de sept cent soixante-quinze kilomètres. Dans la camionnette, les rafraîchissements et les sandwichs sont à disposition, il ne faut pas se trouver déshydraté dans ce petit habitacle sous le soleil de fin juin.
- Le départ effectif débute à sept heures neuf exactement, nous sommes dans les temps, annonce monsieur. Allez, Yves, conduisez-nous à bon port s'il vous plaît.
Et les voilà partis pour un grand périple à réaliser dans des conditions extraordinaires, surtout ne pas faire d'infraction avec tout ce monde à l'arrière et plus grave, des filles kidnappées, il ne faut pas tomber sur un contrôle. Les heures s'égrènent sur la montre digitale du tableau de bord et chaque fois que les chiffres indiquent une heure de plus, monsieur souffle un grand coup, ça les rapproche de la destination. Il compte huit heures pour être rendu à la plage des Tamaris, lieu désert, surtout la nuit, entre Carro et Sausset les Pins, proche de la petite commune de Sainte-Croix ; c'est situé entre Martigues et Marseille, sur la côte Méditerranéenne. En fait, avec le trafic routier et les bouchons liés aux travaux, ils arrivent sur place à dix-sept heures vingt-trois. Après avoir vu la mer, ils découvrent le yacht ancré à peu de distance de la plage, ils sont contents, le lieu de rendez-vous a été facile à trouver. Garé face au bateau, Yves fait des appels de phare pour se signaler et après un temps d'attente ils voient arriver une petite navette électrique qui vient s'échouer sur le sable. Un homme en descend, il est grand et parfaitement vêtu et il vient directement vers monsieur d'Avignon.
- Bonjour monsieur d'Avignon, mon frère m'a beaucoup parlé de vous et il m'envoie pour vous escorter jusqu'au lieu des spectacles. Je m'appelle Abd Al Karim et je suis votre serviteur durant le voyage, vous pouvez tout me demander, je me ferai un plaisir de vous satisfaire.
- Merci, c'est très gentil de la part de votre frère et de vous-même, c'est un grand honneur que vous me faites en venant m'accueillir en personne. Je me permets de vous présenter mon équipe, tout d'abord Nadine dite Nana, elle est mon amie, Didier, Yves et Mourad qui sont les gardiens des filles et Arnaud et Gilbert qui les ont entraînés. Venez, je vais vous montrer le groupe qui est dans le camion, des filles de premier choix spécialement conditionnées pour combattre dans l'arène. Monsieur regarde aux alentours pour s'assurer qu'il n'y a personne puis il ouvre légèrement la porte arrière et s'efface pour laisser son hôte découvrir les captives alignées le long des parois. Étant invité, celui-ci s'avance et découvre l'intérieur du véhicule, deux groupes de cinq filles attachées et assises qui attendent d'être transférées à bord
- Vous avez fait du bon travail, je suis ravi, et mon frère le sera aussi je vous l'assure, elles sont encore plus belles qu'en photo, ce sera de grands et beaux spectacles que vous nous avez préparés.
- Je me suis efforcé de faire le maximum pour que les duels soient de qualité et croyez-moi, ce n'était pas facile du tout, il faut les former et les conditionner pour qu'elles acceptent de faire ce que nous demandons.
Monsieur continue :
- Je crois être en mesure d'affirmer que telles qu'elles sont là maintenant, elles ne peuvent être mieux préparées et je suis sûr qu'elles rempliront le contrat que j'ai passé avec elles, à savoir qu'elles peuvent vivre si elles gagnent leurs combats. À elles de bien se battre. Les garçons m'ont rapporté qu'entre elles les discussions allaient bon train et que la leader du groupe les a persuadés de combattre vraiment, pas de faire semblant. Je suis très confiant pour que cette opération soit un succès, les garçons ont fait du très bon travail et les filles sont arrivées à maturité, elles se considèrent comme des gladiatrices, juste au bon moment, comme prévu.
- Je suis enthousiasmé par tant de professionnalisme de votre part, j'avais un doute que le projet soit bien mené à terme mais je vois par moi-même que cela va au-delà de mes espérances, je suis ravi. Dites-moi, à quelle heure faisons-nous le transfert, pour ma part il faudrait attendre la nuit, qu'en pensez-vous ?
- Je suis de votre avis, nous allons attendre ici avec les filles et nous ferons le transbordement vers minuit, à la nuit noire, et comme avec les nuages il n'y aura pas de lune, ce sera parfait.
- D'accord, j'enverrai la navette pour minuit et vous pourrez embarquer quatre à cinq filles avec deux gardiens. La navette a huit places assises, en trois voyages ce sera fini et nous vous installerons dans vos cabines. Demain, nous appareillerons dans l'après-midi pour une semaine de grand large, vous verrez ce sera un beau voyage et nous aurons le temps de faire connaissance. Rassurez-vous, je ne vous demanderai pas de détails sur votre vie privée, je ne dois pas vous incommoder par mes questions. Mon frère a été clair là-dessus, vous êtes libre de raconter ce que vous voulez et ça me suffira. Donc nous nous reverrons dans six heures et une fois à bord nous vous proposerons, pour les dix-sept personnes, une collation digne de ce nom. Comme vous devez avoir faim, ce sera un vrai repas complet, je suppose que vous buvez de l'alcool alors nous avons embarqué quelques bouteilles pour vous et votre équipe.
- Tu vois Nana, il ne fallait pas s'affoler, ils ont pensé à tout pour notre bien-être, tu pourras les remercier une fois à bord.
Les fenêtres et les vitres du camion sont restées ouvertes pour que la brise marine rafraîchisse les captives que les garçons sortent une après l'autre pour aller se soulager derrière la camionnette. À cette heure il commence à faire bon dans l'habitacle et elles peuvent s'allonger pour patienter encore six heures, c'est long mais après ça ira bien mieux, elles auront une chambre, non une cabine on dit sur un bateau, et de luxe en plus alors elles peuvent prendre leur mal en patience.
Monsieur profite de cette attente, imité par Nana pour appeler la chaumière et leur dire que le voyage s'est bien passé et qu'ils sont maintenant à attendre la nuit pour embarquer. Onze heures cinquante-cinq, d'un coup ça remue autour et dans le camion, la navette arrive avec son petit fanal blanc à la proue qui permet de la distinguer, sinon on ne voit pas à plus de cinq mètres, une aubaine pour le transbordement. Si par malheur une personne venait à se promener ou à sortir le chien, il faudrait qu'elle soit collée au camion pour discerner quelque chose.
Les filles sont sorties une à la fois et attachées chacune à son siège sur l'embarcation électrique, et une fois pleine, celle-ci prend en silence la direction du yacht. Au bout de vingt minutes, la revoilà et la deuxième fournée rejoint la première qui est suivie par la troisième. Demain matin, Yves repartira à Marseille pour rendre la camionnette et reviendra en taxi aussitôt après. Le voyage débutera vraiment vers quatorze heures, et après farniente, quasiment rien à faire qu'à prendre le soleil sur le pont, super. Les filles sont désormais attachées à leurs lits et les hommes pour leur porter à manger s'activent sans cesse. L'hôte invite toute l'équipe à prendre un apéritif, lui ne prenant que du thé noir, mais il y a du Ricard et du whisky, du Coca Cola et du Schweppes.
- Vraiment merci pour ces petites attentions qui vont agrémenter la traversée. Je vous préviens que les filles ont un grand appétit, ce sont des guerrières et elles ont acquis un redoutable coup de fourchette, vous pourrez vous en rendre compte par vous-même.
Sur le troisième pont, à l'arrière, il y a un grand espace qui sert de salon découvert, avec des banquettes et tables basses, juste à côté de la salle à manger couverte qui peut accueillir tous les invités résidents à bord. Il y a plusieurs membres d'équipage, tous des hommes, qui circulent autour de l'équipe pour leur proposer des rafraîchissements ; tous prennent un alcool sauf Mourad qui imite leur hôte en prenant du thé, il veut faire bonne figure car en France, il prenait lui aussi de la bière par exemple. Ils sirotent leurs boissons tout en discutant de choses et d'autres, jusqu'à la venue du maître d'hôtel annonçant le service. Le repas se déroule à l'intérieur car il fait frais avec la brise mais sans le soleil, ils sont mieux protégés ainsi. Le cuisinier du bord n'a rien à envier à Maria, ce qu'il propose est digne d'un chef et effectivement, lorsque la conversation vient à parler de lui, ils apprennent qu'il a fait sa formation en France durant des années avant de regagner son pays. Le voyage les a fatigués alors ils s'excusent aux alentours de deux heures et vont dormir dans les somptueuses cabines climatisées. Avant d'éteindre la lumière, monsieur rappelle son épouse pour lui dire à quel point ils sont bien accueillis sur le yacht, dommage qu'elle ne soit pas là avec lui, il enverra des photos au cours de la traversée. La nuit est calme, la mer aussi, alors toute la troupe passe les quelques heures restantes à se reposer tranquillement
L'équipe du capitaine Vianet a sollicité de nombreux contacts pour chercher les filles disparues, toujours rien alors ils ont eu l'idée de passer une annonce dans les médias pour essayer de toucher plus de monde. L'annonce précise qu'il faut donner toutes les informations susceptibles de trouver dix jeunes filles disparues de leurs domiciles. Dans les quarante-huit heures qui ont suivi, plusieurs personnes se sont manifestées dont une jeune femme d'une agence immobilière qui a noté quelque chose de louche pour une location à l'écart des routes et des habitations. Les deux OPJ, Vianet et Clauzon, vont la voir et après avoir discuté avec elle ils sont conviés à la suivre sur le lieu de la location. Ils conviennent qu'effectivement le lieu est désert et pourrait servir à séquestrer plusieurs personnes. Mais le bâtiment est fermé et la porte est épaisse et lourde, il faut une clé pour l'ouvrir. La jeune femme a donné les clés au monsieur qui a loué le hangar et n'en possède pas d'autres. Il leur faut une commission rogatoire signée par un juge d'instruction. Bruno Clauzon appelle le juge de permanence et après accord il cherche sur son smartphone un serrurier et l'appelle pour qu'il vienne ouvrir une porte d'entrepôt à Villepinte, il lui donne les coordonnées et dit qu'il l'attend sur place. Vingt minutes après, le monsieur arrive et, une fois assuré qu'ils sont bien policiers, sort son trousseau de clés et s'affaire sur la serrure. En un rien de temps, l'affaire est résolue et le vantail s'ouvre comme une huître. Il rédige une facture qu'il donne au capitaine Clauzon et repart satisfait du devoir accompli. Les deux policiers pénètrent avec précaution à l'intérieur, ils trouvent des pièces aménagées en lieux de vie, pour un entrepôt cela paraît bizarre et ils découvrent la cuisine avec ses cinq chaises, le dortoir et ses dix couchages, un lieu avec cinq lits et une salle de bain avec des douches et des toilettes.
Il fait couler de l'eau chaude et constate qu'elle est brûlante, ils ne sont pas partis depuis longtemps, dommage, il y a aussi deux télévisions et de la nourriture en quantité. À la tête des dix lits, ils observent les pitons encrés dans le mur, certainement pour y fixer des chaînes
- Putain, on a trouvé l'endroit où elles étaient retenues mais on arrive trop tard, ils ont filé, mais où ça ? Comment ont-ils fait pour disparaître à nouveau, où sont-ils allés ? Dix lits plus cinq autres, ça fait quinze personnes recherchées, ça ne doit pas passer inaperçu tout de même, alors il faut se bouger le cul. appelle la scientifique pour qu'ils passent le hangar au crible, il doit y avoir des tonnes d'indices, ça nous servira pour retrouver les kidnappeurs. Le capitaine Vianet a pris les choses en main et organise le travail sur place, il renvoie la jeune femme en la remerciant chaleureusement, donne les directives à son copain et lui-même téléphone à son patron pour lui annoncer la bonne nouvelle qu'ils attendaient depuis des mois, ça y est, on tient enfin des preuves du passage des filles et de leurs geôliers. Venez voir ce bâtiment, ils avaient tout aménagé en lieu de vie et de sport aussi, il y a des haltères, des poids à fixer aux poignets et aux chevilles, visiblement ils les ont entraînées mais pourquoi, ça on ne
- D'accord, je vous attends sur place, on a contacté l'équipe scientifique, ils sont en route.
- OK, à tout de suite.
Nana est levée tôt pour ne rien perdre de l'arrivée du soleil sur le plat bord bâbord. Le spectacle est surréaliste, il y a un tel décalage avec le soleil de la Région Parisienne, ici il se réverbère sur l'eau et cela irise la mer. C'est grandiose, telle est son expression lorsque monsieur l'a rejoint sur le gaillard d'avant, il admire lui aussi le panorama qu'il trouve à son tour superbe. Être réchauffée par les rayons de l'astre solaire dès le réveil est tellement nouveau pour elle qu'elle décide de rester encore un long moment sur le pont, avant de rentrer prendre son petit déjeuner. Yves vient leur dire bonjour et part avec la camionnette pour la rendre à Marseille. Après son départ, ils contemplent silencieusement la beauté d'un matin sur la mer, au loin on devine quelques embarcations mouillées à quelques encablures de la plage. Puis ils finissent par réintégrer l'intérieur afin de casser la croûte ; ils font le tour du buffet disposé sur la table centrale et se servent copieusement, tout a l'air très bon.
- Décidément, cette escapade maritime démarre sous de bons auspices, laissons-nous aller à prendre du bon temps tout au long de la croisière de rêve qui nous est offerte.
Monsieur est enthousiasmé par tant de richesses étalées à la vue des invités, c'est un yacht de luxe qui doit coûter très cher ; bientôt, il aura des millions mais ça ne suffira pas pour acquérir un tel joyau, il se contentera de son domaine en Australie avec les diverses activités offertes aux touristes. Après la collation, il demande à Nana de venir avec lui inspecter les cabines occupées par les prisonnières, il faut surveiller qu'elles soient en forme et bien installées pour que le voyage ne soit pas néfaste à ses captives, elles doivent rester au top, à leur plus haut niveau. À deux, ils font le tour des otages, discutent un moment avec elles et leur précisent que pendant la traversée elles auront le droit de venir sur le pont prendre le soleil pendant une à deux heures par jour, à tour de rôle. Ils constatent qu'elles sont bien installées et ne manquent de rien, l'équipage fait le maximum pour approvisionner les détenues en boissons et vivre. À heure régulière, l'équipe passe pour leur permettre de se laver et se soulager, comme elles mangent bien, ça nécessite de nombreuses visites. Dix heures vingt-cinq, Yves revient à bord et tend les papiers du contrat à son patron, tout s'est bien passé, il a trouvé facilement l'agence et cela n'a pris que vingt minutes en tout, le plus long a été le contrôle du véhicule pour l'état des lieux. En revanche, il y a du monde dans les rues Marseillaises, comme à Paris, c'est le souk le plus complet pour se diriger, si tu ne connais pas ton itinéraire, tu ne t'en sors pas. Heureusement, il avait le GPS, ça lui a facilité le trajet.
Monsieur propose à Yves d'aller se restaurer en cuisine mais celui-ci lui dit qu'il a mangé avant de prendre le taxi, tout va bien. Entre les tournées pour les captives, vous pouvez faire comme les autres et vous étaler au soleil pour bronzer. À quatorze heures on appareille pour la semaine, on ne pourra plus quitter le navire avant d'être rendu à destination, alors profitons-en au maximum. Yves s'éloigne et monte sur le pont supérieur, enlève son tee-shirt et s'allonge sur d'épais coussins blancs.
Mourad et Didier sont dans le jacuzzi à faire trempette au milieu des bulles, ils rient comme des enfants, eux qui n'avaient jamais testé semblable appareil. Ils trouvent cela agréable et se promettent d'y revenir si le temps est favorable, ce qui semble être le cas d'après monsieur. Celui-ci rentre pour discuter avec leur hôte tandis que Nana prolonge son exposition au rayonnement solaire, elle veut rentrer noire, elle bronze facilement. Ça rendra Noémie et Ingrid vertes de jalousie, elle en sourit à l'avance, elle va profiter longuement des plages offertes par le yacht, elle peut en bénéficier car ils sont peu nombreux à pouvoir le faire. Le repas est servi pour toute l'équipe et ils mangent en compagnie du prince Abd al Karim qui se fait un plaisir de les initier à la cuisine de son pays. Il leur fait goûter du ragoût de poulet avec la traduction en arabe (chititha djedj).
Suivi par de la viande hachée et des pommes de terre (bourek) lorsqu'ils sont en fin de repas on leur apporte des beignets et des biscuits arabes. Monsieur tient à s'exprimer au nom du groupe.
- C'est délicieux, votre cuisine est très raffinée et j'ai fortement apprécié tous ces mets, merci de nous rendre moins idiots.
Le prince rit de bon cœur, il est ravi de leur avoir fait plaisir. Ensuite vient le sacro-saint passage par la case thé, il est servi en levant haut la théière et en laissant s'écouler le liquide brûlant dans la tasse posée sur la table. Pas une goutte à côté, l'odeur de la menthe emplit l'atmosphère et leur donne envie d'y tremper les lèvres.
- Faites attention, c'est très chaud, vous devriez attendre un peu avant de boire ; après nous prendrons la mer pour notre périple, vous verrez comme c'est agréable d'être à bord de ce navire.
- Je ne vous remercierai jamais assez, vous êtes avec votre frère des personnes uniques avec qui j'ai fortement envie de collaborer, je suis comblé d'avoir réussi à rencontrer deux personnes comme vous.
Lorsque la boisson ne fume plus, chacun prend sa tasse et commence à savourer le liquide verdâtre, un vrai régal pour le palais, jamais ils n'ont bu un tel breuvage, ça va bien avec ce qu'ils ont mangé plus tôt. Le capitaine du yacht vient annoncer à son patron qu'il est l'heure de lever l'ancre, celui-ci se lève en s'excusant auprès de ses invités et va s'occuper de donner des ordres aux membres de l'équipage.
Les deux énormes moteurs Caterpillar se mettent à ronronner faiblement puis progressivement la vibration se fait plus perceptible et déjà on voit le sillage fait par le bateau qui avance, il prend de la vitesse et se stabilise lorsqu'il a atteint les vingt nœuds. Monsieur qui est toujours ravi d'apprendre quelque chose est allé voir au poste de pilotage comment se déroule la manœuvre.
- À cette vitesse, nous serons rendus dans huit jours, la météo est bonne et nous allons longer les côtes pour gagner du temps. Nous partons par la Méditerranée en voguant vers le Détroit de Gibraltar, puis nous longerons la côte occidentale de l'Afrique pour passer sous L'Afrique du Sud afin de gagner l'Océan Indien et remonter vers Madagascar puis naviguer jusqu'à destination. À partir de maintenant, vous pouvez vous organiser pour faire sortir les prisonnières à votre convenance. Je pense qu'il faudra les laisser attachées pour éviter tout risque de suicide, qu'elles n'aient pas l'idée de sauter à l'eau.
- Vous avez raison, c'est ce que j'avais pensé aussi, ce serait dommage de perdre des filles pareillement entraînées.
- Eh bien voilà, nous sommes partis pour une escapade marine d'une semaine, profitez-en bien car en avançant la brise nous rafraîchit, mais là-bas, ce sera bien différent, vous aurez très chaud. Il faudra faire attention à ne pas attraper d'insolation, vous devrez vous couvrir la tête au risque d'être malade. Mais de toute façon, nous avons un médecin, il sera là pendant les combats pour soigner d'éventuelles blessées. Alors il pourra vous soigner le cas échéant, mais rassurez-vous, en faisant attention il ne vous arrivera rien de fâcheux. Et puis les travées réservées aux invités sont sous abri, il y a des tentures qui protègent, il n'y a que les gladiatrices qui seront au soleil. Pour elles, ce sera difficile malgré l'entraînement que vous avez fait avec du chauffage, car dans le désert la température est suffocante, vous verrez tout cela sur place, dans une semaine.
Effectivement, maintenant que le yacht avance, la brise vient fouetter les visages et c'est bien agréable comme sensation. Monsieur va trouver Mourad et Yves sur le pont supérieur et leur demande de commencer à sortir deux filles en les gardant enchaînées, de les placer sur la plage avant et de veiller sur elles. Ils s'éclipsent aussitôt et bientôt Lydie et Sandra sont installées au soleil ; elles doivent plisser les yeux et mettre un bras devant leur visage pour se protéger de la grosse lumière, plus de trois mois sans sortir à l'air libre, ça laisse des traces.
- Elles avaient bien besoin de s'aérer, il faut qu'elles réapprennent à être sous le soleil, elles combattront ainsi alors il faut les préparer. Chaque heure, deux filles sont sorties des cabines et montées sur le pont, on voit qu'elles manquent d'habitude par rapport à la grande clarté, elles seront réhabituées à cela matin et après-midi. Entre deux sorties de captives, il n'y a rien à faire, alors bronzette pour toute l'équipe. En plus de la chaleur supportable de l'extérieur, ils ont la chance d'avoir du personnel qui vient les approvisionner en boissons fraîches régulièrement. Leur hôte a pris monsieur sous son aile et lui fait visiter les quatre ponts du yacht, en lui racontant à quoi servent tous les éléments qu'ils rencontrent au fur et à mesure de leur tournée.
Monsieur d'Avignon est très impressionné par la grosseur des deux moteurs, un à tribord (à droite pour les néophytes) un à bâbord (à gauche) autant dans les cabines et sur les ponts on ne les entend pas, par contre dans leurs locaux c'est différent et la chaleur y est étouffante. Pour fêter le départ, le prince invite toute l'équipe sur le pont supérieur où se trouve la salle à manger et le salon de plein air, juste protégés par une bâche ; être dehors, sans soleil et avec la brise est une sensation qu'un terrien ne peut pas connaître. Et là, tous les sept découvrent un autre monde que le leur, ils sont surpris par ce changement radical d'impression, ils découvrent le plaisir de naviguer. De temps à autre, de gros oiseaux marins viennent tournoyer autour de bâtiment pour voir s'il n'y a pas de quoi manger, puis lassés ils changent de cap et repartent en quête de nourriture. Leurs cris sont stridents et lorsqu'ils sont nombreux cela fait un ramdam du diable, mais en gagnant un peu la haute mer, ce sera moins bruyant. Mais il est tout de même plaisant de voir et d'entendre ces sortes d'oiseaux qu'ils ne connaissent pas ; les mouetteset les goélands, les frégates, les fous, les cormoranset quelques autres encore. Tout un panel sans cesse renouvelé et qui virevolte continuellement au-dessus de leurs têtes. Nana est convaincue que ce voyage initiatique va lui apporter de nombreuses réponses à ses questions, elle est ravie de la tournure que prennent les évènements. Et puis cela fera un intermède agréable aux dix filles enfermées sous leurs pieds, elles pourront voir le soleil au moins deux fois par jour, c'est une bonne chose pour elles. Outre les dix-sept personnes nouvellement embarquées il y a en plus du prince, huit membres d'équipage qui sont chargés du bon fonctionnement du bateau. Ils sont là pour veiller sur les invités, ceux-ci ne doivent manquer de rien et ils s'y emploient avec célérité. Ils parlent tous le Français et il est facile de dialoguer avec eux, l'équipe avait peur de la barrière de la langue mais l'émir a choisi son personnel en fonction pour qu'il puisse communiquer avec les invités.