L'ouvrage étant l'aboutissement de l'esprit de l'auteur, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.
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Le projet fou
En région parisienne, au cœur de l'hiver, Jean Charles d'Avignon, cinquante ans, un mètre quatre-vingt-cinq, brun, avec une fine moustache surmontée par des lunettes cerclées d'or, erre dans le centre commercial Vélizy 2 dans les Yvelines. Il déambule lentement car il réfléchit au courrier des Finances Publiques qu'il a reçu ce matin. Un rattrapage sur trois ans qui représente une forte somme d'argent lui est demandé. Il faut dire qu'il avait espéré y échapper en maquillant les comptes de son entreprise, dans l'espoir de payer moins que prévu. Ils sont, avec son épouse, propriétaires du « CROTALE » un club sado-maso situé à quelques kilomètres de son domicile en forêt de Chevreuse.
Le « CROTALE » est leur bébé et ils y passent tous les week-ends. Ils y organisent des soirées spéciales où se côtoient de nombreuses personnes triées à l'avance. Il faut être membre pour recevoir les invitations et cela se fait par le parrainage de personnes déjà inscrites. Il cherche à faire rentrer de l'argent pour asseoir leur place dans la bonne société. Avec Marie Louise, sa femme, ils forment un couple en vue dans le monde un peu glauque du sadomasochisme de la région parisienne.
La somme demandée correspond aux sommes non déclarées et à l'amende qui va avec. Tout en marchand le long des magasins de la galerie commerciale, il pense au moyen de remédier à cette échéance qui le met mal à l'aise. Il faut à tout prix trouver une solution à ce problème de façon à se renflouer pécuniairement.
En passant devant un bar, il se dit que boire un café bien chaud lui ferait du bien. Il entre et s'assoit à une table derrière la baie. Le serveur vient s'enquérir de sa commande.
- Un café s'il vous plaît.
- Bien monsieur.
En attendant sa boisson, il s'efforce de ne pas réfléchir. Lorsque la consommation est là, il prend la tasse entre ses mains pour les réchauffer tout en soufflant pour refroidir un peu la boisson brûlante. Il savoure l'exquis breuvage et peu à peu, il se remet à songer à son problème. Que faire pour gagner de l'argent facilement et pouvoir le garder à l'abri des impôts ?
Le temps s'écoule lentement, il se lève et sort après avoir réglé sa consommation. Tout à l'heure, il est passé devant un cinéma et il se dit que ce serait un bon moyen de se vider la tête. Il retourne sur ses pas et s'arrête pour regarder l'affiche. « Gladiator » avec Russell Crowe ; Un bon film d'action au programme. Il entre, paye sa place et va s'asseoir dans la salle obscure où le film va commencer dans une quinzaine de minutes. Les yeux fermés, il attend. Ici, il fait chaud alors il ôte son pardessus et le plie sur ses genoux. La musique change, le film va débuter. Il ouvre les yeux et se concentre sur l'écran.
Deux heures trente-cinq après, les lumières s'allument et les spectateurs se lèvent pour gagner la porte de sortie. De retour à son véhicule, il s'empresse de déverrouiller les portes et s'engouffre à l'intérieur, à l'abri du vent froid qui souffle sur le parking. Là, dans l'habitacle, il essaye de mettre ses idées en place car le film lui a révélé une idée qu'il a encore du mal à organiser. Des combats de gladiateurs feraient de bons spectacles qui rapporteraient de l'argent. Mais ils existent déjà dans des parcs d'attractions, alors il faut trouver quelque chose qui ne s'est jamais déroulé. Et si on organisait de vrais combats du style qui vont jusqu'à la mort. Ce serait nouveau et rapporterait encore plus d'argent. Mais il faudrait maîtriser des garçons costauds et ça ne serait pas facile. Alors, à la place il faudrait prendre de jeunes filles, cela faciliterait les choses. Sur son visage, un large sourire fait place à la mine chagrine qu'il se traîne depuis le matin et il commence à voir se dessiner un plan d'action. Des combats de jeunes filles seraient plus faciles à mettre en place et au XXIesiècle, cela ne s'est jamais vu, et ce depuis presque deux millénaires, il tient son plan. Heureusement qu'il a eu l'idée d'entrer dans ce cinéma. Il est aux anges et a hâte d'en parler avec son épouse.
Au temps de l'Empire Romain, il existait des joutes entre des hommes mais aussi avec des femmes. Ce seraient «les gladiatrices du XXIesiècle ».
- Super !
Il vient de crier dans la voiture tant cette idée lui paraît excellente. Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ? Enfin, l'essentiel est que l'idée est là et qu'il faudra la peaufiner.
Avant de quitter le centre commercial, il s'achète un téléphone à carte prépayée, un iPhone 4S noir à quatre-vingt-neuf euros, on ne sait jamais, cela évitera de laisser ses coordonnées derrière lui.
Il redémarre en direction de la maison et roule tout en savourant les bienfaits de cette sortie en solitaire. Son épouse qui l'a vu partir sur les nerfs sera ravie de le voir si guilleret. Tous les deux sont complices de tout ce qui se passe pour leur couple. Déjà, ils sont propriétaires d'un club sélect de rencontres très spéciales. Alors, il va lui révéler son incroyable idée et il en est convaincu, ensemble ils la réaliseront.
Le voilà arrivé devant le portail imposant de la propriété, et il s'engage dans l'allée bordée de gros arbres bien taillés au feuillage agité par le vent et qui conduit à la chaumière. Belle et grande demeure du début du XXesiècle, recouverte de chaume, elle incarne bien la bourgeoisie qui en impose aux yeux de monsieur tout le monde.
Après avoir rangé sa Jaguar Type E dans le grand garage à deux places dont les portes s'ouvrent et se ferment avec une télécommande, il pénètre dans la maison. Il fait chaud car la chaudière tourne depuis le début de l'hiver et la vaste cheminée crépite dans le salon. Il aperçoit sa femme qui fait des réussites sur la grande table en bois épais, elle est assise face à la cheminée et les flammes lui font briller le visage.
Henryk Polvosky, le major d'homme et serviteur zélé s'approche pour se saisir du manteau de son patron et va l'accrocher à une patère placée dans le vestibule. Son épouse, Maria, cuisinière et qui fait aussi le service, vient dans le salon pour s'enquérir des besoins des maîtres. Ils sont tous les deux au service des époux d'Avignon depuis leur mariage et leur sont totalement dévoués. Lui d'origine Polonaise, grand, brun avec de grosses moustaches et elle Portugaise, plus petite et brune aussi, ils assurent le service depuis que monsieur s'est porté garant pour Henryk à sa sortie de prison à la suite d'un cambriolage bien des années plus tôt.
Après avoir déposé un baiser sur la tête de sa femme, il va s'installer dans son fauteuil favori légèrement à gauche de la cheminée et commande un verre de whisky Glenfiddich de vingt ans d'âge à cent cinquante euros le flacon, et son épouse un thé à la menthe. Quelques minutes s'écoulent et après avoir été servis, il demande à son épouse, Marie Louise, quarante-quatre ans, brune, un mètre soixante-cinq, de venir le rejoindre dans l'autre fauteuil, situé lui à droite du foyer ouvert qui ronfle. Et là, durant vingt minutes, il lui relate son incroyable idée.
Il est allé se promener dans un centre commercial car il faisait froid, il a traîné, a bu un café, est allé au cinéma et là, après le film, l'idée géniale lui est venue. Il va monter un business qui consiste à faire combattre des filles entre elles jusqu'à la mort. Ce projet va leur rapporter beaucoup d'argent car il y a sur la planète énormément de gens assez barges qui vont être intéressés par ce programme.
Il lui explique ce qui devra être fait pour réaliser cette entreprise. Trouver des personnes pour enlever des filles qui seront entraînées pour combattre dans une arène jusqu'à la mort. Trouver un lieu et une personne qui financera le projet et qui recrutera des spectateurs capables de payer très cher pour assister à un pareil spectacle. Et, après les avoir entraînées, les transporter jusqu'au lieu où sera érigée l'arène. Cela devra être fait loin de France pour éviter les ennuis.
Tout cela va prendre quelques mois pendant lesquels il va être particulièrement pris afin de tout organiser et il s'en excuse auprès de sa femme. Elle l'a écouté sans l'interrompre et à la fin de l'exposé, elle prend la parole pour lui demander si cette aventure n'est pas trop risquée. Son mari la rassure, il prendra toutes les précautions nécessaires de façon à éviter les problèmes juridiques. La joie de son homme déteint sur elle et elle l'assure de son entière aide à la mise en place de ce nouveau défi.
Elle lui demande, puisqu'il est question de kidnapper de jeunes filles, s'il est possible d'en sélectionner une pour leur fils, Charles Édouard, qui a des problèmes psychiatriques et reste cloîtré à la maison malgré ses vingt-deux ans. Il la rassure, cela est faisable. Il en sélectionnera une lui-même avec son aide. Tous les deux sirotent leur breuvage en attendant l'heure du repas du soir. Ce faisant, ils devisent de la façon de mettre en place cette nouvelle affaire.
D'abord acheter un tableau et des feutres pour lister et mettre dans l'ordre les différentes étapes du projet. Il faudra être très rigoureux afin de ne pas commettre d'erreur dans le déroulement de l'opération. À ce moment, Maria vient leur dire que le repas va être servi dans la salle à manger.
Ils se lèvent et se dirigent vers la pièce attenante où la table est dressée, prête à les accueillir. Henryk est là, debout près de la porte, attendant les ordres. Monsieur lui demande de faire les courses le lendemain et lui tend la liste des achats à effectuer.
Au menu du soir, potage aux champignons, tourte aux épinards et au fromage de chèvre, fromage et dessert. Le repas se déroule paisiblement et ils en profitent pour parler de leur fille, Claire Marie, dix-huit ans, qui est en pension en Suisse, où elle va passer son bac « S » et suit des cours de maintien en société. Elle rentre en faculté de médecine à la rentrée suivante et arrive le lendemain par le train en provenance de Genève direct Paris.
Elle n'est pas au courant des activités libertines de ses parents et ils devront faire attention comme d'habitude en sa présence à ne pas se trahir durant leurs conversations.
Après ce bon dîner, ils retournent au salon pour regarder « des Racines et des Ailes » une émission sur le patrimoine littoral de méditerranée. Tout en regardant l'écran plat extra large ils dégustent, lui une Verveine du Velay et elle, un Génépi. À la fin de l'émission, ils montent au deuxième étage pour saluer Charles Édouard, passent un moment avec lui et redescendent au premier pour gagner leur chambre et se couchent.
À six heures trente, le réveil sonne mais monsieur est déjà réveillé, ou plutôt, il n'a que très peu dormi tant le nouveau projet l'habite à plein temps. Il se lève sans bruit et descend à la cuisine où il trouve Maria en train de faire chauffer du café qui embaume la pièce. Ils se disent bonjour et monsieur ouvre le journal déposé sur la table à son intention. Henryk est allé le chercher avec les croissants, les pains au chocolat et le pain tout frais sortis du four. Monsieur d' Avignon feuillette le quotidien à la recherche des faits divers pour y puiser des idées. Il arrive parfois que des gens fassent des choses qui sortent de l'ordinaire, en bien ou en mal.
À huit heures trente, Henryk repart pour faire les courses demandées par Maria pour la cuisine et par monsieur. Maria a fini de préparer le petit déjeuner pour madame et le fils ; elle leur monte le plateau que chacun prendra dans sa chambre avant de se laver et s'habiller. Marie-Louise descend rejoindre son époux et attendre que leur domestique revienne avec les objets demandés. À dix heures cinq, Henryk est de retour avec le tableau à feuilles et dix feutres de couleurs différentes. Il installe le tableau dans le bureau de monsieur situé à l'arrière de la chaumière, pose le paquet de feutres et ressort pour vaquer à ses occupations. Les époux d'Avignon pénètrent dans la pièce et tirent deux fauteuils de bureau qu'ils placent devant la fenêtre, face au tableau.
Marie Louise s'assoit tandis que Jean Charles se positionne à côté du tableau. Il commence à découvrir une feuille et choisit un feutre noir pour écrire.
Par où commençons-nous ? Ils réfléchissent quelques instants et Marie Louise prend la parole.
- D'abord choisir l'équipe qui va opérer les enlèvements. À quoi penses-tu ?
- Trois hommes, un chauffeur, deux hommes et une jeune femme pour servir d'appât. En même temps, il faut le local où enfermer les filles et les entraîner.
Au fur et à mesure qu'il parle, il transcrit les paroles sur le papier. Il a une jolie écriture, régulière, arrondie et penchée à droite. On lui a déjà dit qu'il avait une écriture un peu féminine et qui montre un esprit tourné vers le futur. Il en est très fier.
Après l'équipe de base et le local, il doit penser à la ou les personnes qui serviront à l'entraînement des combattantes. En même temps, il faut trouver le sponsor qui va financer le projet et recruter les spectateurs qui vont payer la place leur permettant d'assister aux combats. Ce sont ces personnes qui vont rapporter l'argent aux époux. Et beaucoup d'argent ; il pense faire payer deux cent cinquante mille euros la place. Avec simplement dix personnes, cela représente deux millions cinq cent mille euros. Et il en espère bien plus. L'affaire du siècle qu'il ne faut surtout pas louper.
Pendant qu'il écrit leurs idées, il continue à réfléchir à tous les aspects de cette entreprise. Trouver le matériel pour garder les filles, celui pour les entraîner, celui pour les combats et aussi pour le transport hors de France. Avoir l'autorisation pour construire une arène où pourront être gardées les filles et combattre devant un public avide de sensations fortes. Il faut également trouver une banque dans un paradis fiscal et qui ne déclare rien au fisc Français.
Déjà, trois feuilles sont remplies de la belle écriture de monsieur. Il est maintenant onze heures quarante et il va être l'heure de déjeuner. Il se dirige vers le salon et sonne Maria pour commander un apéritif. Un whisky et un Martini Rosso. La cheminée ronfle dans l'âtre et ils se laissent bercer par la douce chaleur de la pièce et celle de la boisson. Comme chaque jour, à douze heures, ils s'avancent vers la salle à manger où tout est déjà prêt pour le repas. En repoussant la chaise où vient de prendre place son épouse, il lui glisse à l'oreille que dans l'après-midi il va chercher sur Internet un possible sponsor. Alors, elle sera libre pendant ce temps.
Le repas est toujours aussi bon avec de la truite fumée au citron d'Italie, un pigeonneau aux petits pois, du fromage et des fruits en dessert.
Après être sorti de table, monsieur embrasse sa femme et va dans son bureau tandis qu'elle se cale dans son fauteuil près de la cheminée pour lire un roman d'aventures qu'elle a pris dans la bibliothèque, bien fournie, héritée des parents de son époux.
Monsieur s'assoit devant son ordinateur et pianote sur le clavier dans Google : « télécharger un logiciel pour masquer l'IP de mon ordinateur ». Il a pensé que ce serait bien mieux de masquer son adresse Internet donc son adresse personnelle. Il sélectionne : télécharger un logiciel VPN gratuitement (Virtual Private Network soit Réseau Privé Virtuel) En quelques instants, le logiciel est chargé et paramétré. À partir de ce moment, il sait qu'il peut naviguer en toute tranquillité, il ne sera pas repéré. Il retourne dans Google et tape sa question : « Où organiser des combats de gladiatrices dans un pays du Golfe ? » En quelques instants, une liste de réponses s'affiche à l'écran. Il fait défiler les différentes réponses et en choisit une qui semble correspondre à sa recherche. On y parle d'un pays du Golfe, de sa population, de son climat et de ses dirigeants. Tout en lisant le texte qui s'offre à ses yeux, il note certaines informations qui l'intéressent sur un bloc-notes. Les noms, les adresses électroniques et les lieux dont il pense qu'ils pourront lui être utiles. Il fait de même avec deux autres réponses et il se retrouve avec une page remplie d'informations.
Après avoir pris le Grand Atlas mondial sur une étagère, il le feuillette et trouve la page qui correspond au premier choix inscrit dans le carnet. Le pays se trouve en bord de mer, cela facilitera le transfert des filles par voie maritime et offrira un gage de sécurité ; moins de contrôles que par la route et moyen de s'échapper rapidement en cas de problème. Après avoir bien repéré les lieux, il revient s'asseoir devant l'ordinateur et va sur sa messagerie. Là, il sélectionne : « écrire un nouveau mail ». Il tape la première adresse inscrite sur son carnet et continue avec le texte à expédier.
« Je cherche une personne capable de m'aider à monter une entreprise de quelque chose qui ne s'est jamais déroulée de par le monde depuis des siècles. Quelque chose ayant trait aux jeux du cirque de la période Romaine et uniquement visible par quelques privilégiés capables d'allonger une forte somme d'argent. Si vous êtes intéressé, merci de répondre dans les plus brefs délais »
Après ces recherches, il se dit qu'il doit attendre la réponse avant d'envoyer d'autres messages car il ne pourra pas répondre à plus d'un interlocuteur à la fois au risque de mécontenter les personnes qui auraient accepté et ne seraient pas choisies.
Il éteint l'ordinateur et va rejoindre son épouse au salon. Il la retrouve endormie, son livre ouvert sur ses genoux. Il prend le livre et le pose sur la table basse, la regarde un instant, va se servir un verre de whisky et part à la cuisine. À cette heure, Maria n'est pas encore là, alors il s'installe sur sa chaise près de la table et sirote son breuvage qui lui procure toujours le même effet, une douce chaleur lorsqu'il avale une gorgée et la sensation de se détacher de son corps qui l'envahie.
Dans la cuisine règnent de bonnes odeurs de nourriture avec la cocote en fonte rouge qui mijote sur la cuisinière. Il soulève le couvercle et hume le délicieux fumet qui s'en échappe. Un bœuf bourguignon qui sera vraisemblablement accompagné de pâtes, ils aiment bien les tagliatelles, ou de pommes de terre. Ils vont se régaler ce soir, comme toujours ; Maria leur mitonne de la cuisine savoureuse qui s'allie bien avec les saisons. En été des salades et des grillades, en hiver des plats en sauce, des châtaignes grillées. La cheminée sert souvent pour faire aussi des pommes de terre à la braise enroulées dans des feuilles d'aluminium, des lapins rôtis ou des poulets fermiers. Lorsque Maria fait une potée ou un pot au feu, elle met la grande marmite dans la cheminée pour donner le goût de fumée au plat.
Quinze heures trente, il se lève content de lui mais un peu anxieux en attendant la réponse à son message. Il est un peu rassuré de savoir que le logiciel VPN lui assure une absence totale de repérage de son ordinateur, mais il reste néanmoins encore un peu fébrile. Il pense avoir une réponse demain et donc il retourne au salon où il retrouve son épouse devant la télévision. Il lui raconte ce qu'il a fait depuis deux heures et se dit optimiste sur le déroulement de l'opération « gladiatrices ».
À ce moment, Henryk arrive de la gare avec à bord de la voiture Claire Marie, qui revient à la maison pour les vacances de février. Elle embrasse ses parents, discute un moment du voyage qu'elle a fait, et se dirige vers sa chambre au deuxième, escortée par Henryk qui porte les bagages. Les parents se retrouvent seuls et ensemble ils regardent l'émission de jeu qui s'affiche à l'écran, mais sans enthousiasme, leur esprit étant entièrement tourné vers le nouveau projet. Le foyer crépite et de petites étincelles s'envolent sous le manteau de la cheminée. Le temps s'écoule lentement bercé par le feu et le tictac de l'horloge comtoise placée derrière eux. Elle est vieille de cent ans et se trouve dans la famille depuis lors.
Enfin, le moment de prendre l'apéritif arrive et Maria vient s'enquérir de leurs désirs. Un whisky sec et un Martini on the rocks. Monsieur explique à sa femme que si le message obtient une réponse positive ce serait parfait mais qu'il a encore d'autres adresses mail en réserve pour le cas où ce ne serait pas le cas, on ne sait jamais.
Jean Charles dit qu'il attend le lendemain pour aller regarder les réponses à cause du décalage horaire, comme cela il est sûr d'avoir un retour. Il est de bonne humeur et cela se voit dans son comportement. Sourire aux lèvres, gestes décontractés, voix agréable, tout montre qu'il est heureux. Et par conséquent, madame aussi.
Aussitôt le financeur trouvé, il s'attaquera à la mise en place de tous les paramètres de l'entreprise. Henryk vient annoncer le service du soir, alors ils posent leurs verres vides et gagnent la table dressée en leur honneur. Claire Marie se trouve déjà à sa place et regarde les couverts en argent qui brillent sur la nappe blanche immaculée. Ça la change de l'internat où la vaisselle est en acier inoxydable.
Ce soir, asperges à la vinaigrette, aspics d'œuf et jambon, bœuf bourguignon et macaronis, ça change, plateau de fromages et fruits de saison. Les rations sont copieuses et les convives affamés, aussi ils n'ont guère le temps de parler tant ils savourent la bonne chair.
À vingt heures, ils sont au salon où ils regardent les informations sur la deuxième chaîne. La neige tombe en abondance cette année et cela perturbe la circulation dans de nombreux départements. La vigilance et toujours de niveau élevé face au terrorisme et les gens sont moroses en ce mois de février. Le porte-parole du gouvernement annonce que les réformes entreprises seront bien menées à terme et ça chagrine une bonne partie de la population. Mais de toute façon, quelles que soient les personnes au pouvoir, la population subit les directives et fait le dos rond.
Après les infos, un peu de pub avant de passer au programme de la soirée. Et ce soir, il y a un bon film sur CANAL+, « l'école buissonnière » de Nicolas Vanier. Ils s'installent confortablement dans leurs fauteuils et s'apprêtent à passer un bon moment devant cette comédie dramatique.
À la fin du film, comme chaque soir, ils grimpent jusqu'au deuxième et vont passer un moment avec leur fils. Celui-ci refuse de descendre au rez-de-chaussée et de se mêler aux habitants de la maison. Alors il faut faire avec et respecter ses désirs en le laissant vivre dans le studio de la maison sous les toits. L'autre partie du deuxième étage et réservée à sa sœur, Claire Marie, lorsqu'elle est là. Et pour l'instant, elle a dit à ses parents qu'elle a décidé de faire médecine à Paris à la rentrée prochaine et de rester au domicile de ses parents le temps d'avoir un logement bien à elle.
En ressortant de chez leur fils, ils passent devant l'antre de leur fille où ils entendent une douce musique zen. Le père frappe à la porte et ouvre après avoir entendu l'autorisation d'entrer. La demoiselle est en pyjama, allongée sur le grand lit, en train d'écrire une lettre pour une de ses camarades de lycée qu'elle a quitté la veille. Au lycée privé où elle est en Suisse, pas de portable alors elles ont l'habitude d'écrire. Les parents demandent s'ils peuvent rester un moment pour discuter. Claire Marie arrête la musique avec la télécommande, range son écritoire et s'assoit sur le lit ; les parents se posent sur le canapé en face du lit, ils sont heureux du retour de leur progéniture. Pendant une demi-heure, tous les trois se racontent des anecdotes de ses derniers mois ou ils ont été séparés. Claire Marie parle des cours de philo, d'histoire du monde, des longs exposés sur les différentes religions, des soirées entre filles à la cafétéria, des sorties le dimanche pour aller au bourg et retrouver les garçons. Elle pose des questions sur son frère qu'elle ira voir le lendemain après une nuit de repos ; Comment va-t-il ? Y a-t-il des changements depuis leur dernière entrevue à Noël ?
- Eh bien, malheureusement, non. Toujours la même routine, à savoir, bonne nuit, le soir. Il passe son temps devant la télévision ou à ses jeux vidéo.
Ces problèmes l'isolent du monde, il n'y a rien qui l'intéresse, c'est navrant ! Peut-être que s'il rencontre une fille, il sortira de son mutisme.
La conversation s'étire encore et les parents, après avoir embrassé leur fille, repartent dans leur chambre du premier. Ils discutent un peu en se déshabillant et se lancent dans de folles étreintes.
Jean Charles d'Avignon a encore des difficultés pour s'endormir alors qu'il entend à côté de lui, le souffle régulier de son épouse. Il espère avoir une réponse, et surtout positive, à son message, ce qui serait prometteur pour la suite des opérations. Après avoir entendu sonner deux heures à l'horloge du salon, il s'endort enfin d'un sommeil lourd, car cela fait deux nuits qu'il a peu dormi.
Six heures trente, il éteint le réveil rapidement pour ne pas réveiller sa femme. Et la routine s'installe comme tous les jours. Il va à la cuisine lire son journal du matin et boire un bon café noir en mangeant un croissant et un pain au chocolat. Il est tendu ce matin car il y a l'angoisse d'aller lire ses messages Internet. À huit heures, après avoir parcouru toutes les pages du quotidien, il se décide enfin à aller prendre sa douche et s'habiller avant de se rendre dans son bureau.
Installé sur son fauteuil, il met en route son ordinateur et l'écran. Une fois prêt, il clique sur l'icône de son fournisseur d'accès. À l'écran s'affichent les nouveaux messages de ces dernières heures. Fébrilement, il fait défiler tous les mails en les lisant l'un après l'autre. Au deuxième écran, il lit un message signalant que c'est une réponse à son annonce.
Il se cale dans son siège et clique pour visualiser le mail. Quatre lignes de texte anéantissent son espoir, la réponse est négative. Grosse désillusion. Mais il avait anticipé un refus et se disait qu'il avait encore d'autres cartes à jouer. Il prend un moment pour se ressaisir et passer à l'étape suivante. Le carnet est sur la table, il l'ouvre à la page où sont notées les adresses électroniques qu'il a sélectionnées précédemment et tape la deuxième. Il a mis en mémoire le texte au cas où, heureusement. Il le charge est clique sur envoyer. Bien, maintenant il faut patienter jusqu'au lendemain. Il se retourne face au tableau pour voir les différentes étapes du projet inscrites sur les feuilles noircies de sa belle écriture. Il les a en mémoire mais cela lui fait gagner un peu de temps avant d'aller expliquer à son épouse, l'échec du matin.
Il se lève et part à la cuisine avaler un nouveau café qui est gardé au chaud sur la cuisinière à bois. Tout en buvant son breuvage, il fait un semblant de prière car il n'est pas croyant mais cela lui fait du bien. Enfin, il se décide à remonter à la chambre pour expliquer à sa femme le déroulement de ses démarches. Réponse négative, nouvelle tentative et attente de vingt-quatre heures.
Pour anticiper une réponse positive, il e dit qu'il va aller sur le terrain, glaner des informations sur les lieux où il pourra trouver les filles dont il aura besoin. Dix pour les combats et une pour son fils. Il doit les choisir sportives pour offrir de bonnes prestations lors des joutes dans l'arène. Jeunes et belles pour attirer de nombreux spectateurs ; Plus il y en aura, plus il gagnera, alors il faut un panel de choix à présenter au public avide de combats sanglants. Il fera une affiche avec la photo en pied de chacune des filles pour appâter la clientèle, comme celles des cirques où sont représentés les différents numéros.
Il doit suivre le listing du tableau, aller dans des piscines, des gymnases, des cours de tennis, et faire sa sélection en notant scrupuleusement toutes les informations dans son carnet ; Cela servira à l'équipe des « pourvoyeurs » à faire leur travail. Il a noté les adresses des lieux où il est susceptible de trouver les élues pour ses jeux du cirque version XXIesiècle.
D'abord, aller à la piscine Michel Beaufort à Bondy en Seine Saint-Denis, c'est loin de chez lui pour se préserver des risques relatifs à l'opération ; Il a choisi des lieux à l'opposé des Yvelines où il réside et il a son club, le « CROTALE ».
Le soleil brille mais il fait froid en ce mercredi de février. Jean Charles d'Avignon marche d'un pas pressé en direction de la piscine qu'il aperçoit au coin de la rue. Il sait, car il a noté sur Internet, que ce jour-là, comme toutes les semaines, il y a entraînement de natation pour l'équipe féminine de la commune de Bondy. Il rentre et paye sa place en tant que spectateur dans les gradins situés d'un côté du bassin. Il ôte son pardessus car il fait une chaleur humide dans le bâtiment très bien éclairé par des projecteurs et un alignement de baies vitrées. Les voix et les cris des enfants qui jouent dans l'eau du grand bassin et de la pataugeoire résonnent dans l'air du vaste local.