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Les filles de l'ombre

Les filles de l'ombre

Auteur:: Beugre Colette
Genre: Loup-garou
Synopsis : Sasha n'a jamais eu le luxe de vivre une enfance paisible. Depuis sa naissance, sa vie a été une fuite incessante. Traquée par ceux de sa propre espèce, elle n'a cessé de courir, de se cacher, de se réinventer à chaque nouvelle destination. Pourquoi ? Parce que sa mère, une sorcière autrefois vénérée, est désormais une fugitive recherchée par les pouvoirs surnaturels du monde entier. Et quand votre mère est mise à prix avec une récompense à six chiffres, la liberté n'est plus qu'un mirage lointain. Mais un jour, épuisée de cette vie de cavale, sa mère décide d'arrêter de fuir. Elle accepte un poste en tant que directrice de la section des Sorcières à Saint Maxime, une école prestigieuse où les êtres surnaturels sont formés à vivre dans un monde qu'ils ne comprennent pas toujours. Pour Sasha, c'est un choc : elle doit intégrer cette école, un lieu où tout est nouveau, où les règles sont bousculées, et où elle doit cacher son identité pour rester en sécurité. Au lieu d'être acceptée dans l'une des sections où elle pourrait enfin se retrouver parmi les siens, Sasha est envoyée chez les Tueurs, une section composée de demi-surnaturels arrogants et dangereux. Entre un groupe de jeunes têtes brûlées qui n'ont d'autre but que de la pousser à bout, un loup-garou lunatique qui semble prendre un plaisir sadique à l'ignorer, et une multitude de créatures surnaturelles plus immatures les unes que les autres, Sasha doit apprendre à survivre dans cet univers où l'hostilité est omniprésente. Mais au-delà de son combat quotidien pour se faire une place, il y a aussi sa mère, dont les accès de colère menacent de détruire tout l'établissement, et ses secrets qui pourraient bien tout faire basculer. Chaque jour, Sasha se retrouve piégée entre l'envie de fuir à nouveau et la nécessité de faire face à ses démons. Dans un monde où l'ennemi peut être aussi bien un camarade qu'un professeur, où chaque décision pourrait signifier la fin de tout, Sasha devra affronter bien plus que sa peur du rejet : elle devra choisir entre garder son secret ou risquer de tout perdre, y compris la dernière chance qu'elle ait de trouver sa place dans un monde qu'elle a toujours cherché à fuir.

Chapitre 1 01

Le moteur de la voiture gronda une dernière fois avant de s'éteindre dans un soupir presque soulagé. Sasha resta figée, la main crispée sur la poignée de la portière, incapable de se convaincre que ce n'était pas encore une étape de plus dans une longue fuite. Le silence qui s'installa n'avait rien de rassurant. Il était dense, pesant, rempli de ces non-dits qui s'accumulaient entre elle et sa mère depuis des années.

Devant elle, la silhouette de Saint Maxime se découpait dans la brume. L'école ne ressemblait à rien de ce qu'elle avait imaginé. Pas de tours brillantes ou de vitraux enchanteurs comme dans les contes pour sorciers. Elle se dressait, austère et immobile, avec ses pierres noircies par le temps, ses fenêtres étroites semblables à des meurtrières, et ses toits déformés par les siècles. C'était un lieu ancien, hanté par ses propres lois. Il n'accueillait pas, il jugeait.

Sa mère descendit la première, claquant la portière sans un mot. Toujours ce silence. Depuis plusieurs semaines, elle parlait peu, comme si l'idée même de se justifier l'épuisait. Elle avançait maintenant vers les grandes portes de fer forgé, droite, digne, les cheveux noués en un chignon sévère. Elle n'avait plus rien de la fugitive qui se dissimulait sous des capuches et des faux noms. Elle redevenait la Sorcière Blanche, la même qui faisait frissonner les Anciens dans les conclaves secrets. Sasha la suivit à contrecœur, le cœur battant, incapable de chasser cette sensation d'être livrée à quelque chose d'immense.

Une cloche résonna quelque part dans l'enceinte. Grave, profonde. Chaque note semblait gratter les murs, réveiller des échos endormis.

L'intérieur de l'école était pire encore. Froid. Organique. Les couloirs semblaient vivants, avec des murs qui chuchotaient, des ombres qui se repliaient à leur passage. Des tableaux accrochés de travers murmuraient dans des langues oubliées. Des escaliers bougeaient à peine, comme s'ils se repositionnaient quand personne ne les regardait.

Des élèves passaient, certains pressés, d'autres traînants, tous marqués par quelque chose de particulier : une lueur dorée dans les yeux, une marque gravée dans la peau, un éclat de voix qui vibrait trop longtemps. Sasha se sentait transparente au milieu d'eux, et pourtant elle devinait que certains savaient.

Elle fut conduite sans explication vers une salle administrative. On lui demanda son nom, puis on lui tendit une enveloppe scellée d'un sceau qu'elle ne reconnut pas. Le papier tremblait légèrement sous ses doigts.

"Section des Tueurs."

Le sang se vida de son visage. Sa mère, en face d'elle, resta impassible. Un battement de silence les enferma toutes les deux. Sasha n'osa pas protester. Pas ici. Pas devant ces regards qui semblaient jauger chaque réaction.

Les Tueurs. Pas une section ordinaire. Ce n'était pas un groupe d'élèves particulièrement forts, ni même formés à la chasse surnaturelle. C'étaient des créatures hybrides, instables. Demi-sang, demi-humains, rejetés de toutes les autres sections. Violents. Imprévisibles.

Son dortoir fut aussi sinistre que le reste : un couloir souterrain, humide, où les pierres suintaient de l'eau noire et les portes grinçaient comme des bêtes blessées. Elle déposa sa valise - une simple besace rapiécée - sur un lit métallique aux draps rêches.

Un rire se fit entendre derrière elle. Pas moqueur. Curieux. Presque désolé. Elle se retourna.

Un garçon à la peau mate, aux yeux vert de gris, la fixait depuis l'embrasure de la porte. Un loup-garou. Elle le sentait. Son aura vibrait comme une corde tendue. Il ne dit rien, mais son regard était clair : Tu n'as rien à faire ici.

Puis il disparut.

Plus tard dans la nuit, elle entendit les autres. Des voix, des insultes murmurées, des grognements à travers les cloisons. Une fille pleurait. Un garçon répétait en boucle un nom qu'elle ne comprenait pas. Un silence pesant suivait chaque bruit, comme si l'école elle-même écoutait.

Elle tenta de dormir. Mais Saint Maxime ne dormait jamais.

Et au fond de sa poitrine, sous les couches de peur, une colère sourde commençait à naître.

Le matin arriva sans qu'elle ne l'ait vu venir. Il s'imposa, abrupt, par la lumière blafarde qui filtrait à travers les fentes d'un volet disloqué. Les bruits du couloir revinrent peu à peu. Des pas lourds. Des grognements étouffés. Une porte qu'on claque. On se serait cru dans un pensionnat pour criminels, pas dans une école censée éduquer les êtres les plus puissants du monde surnaturel.

Sasha se redressa lentement, les muscles tendus, les paupières lourdes. Elle n'avait pas fermé l'œil. Chaque bruit, chaque souffle nocturne avait alimenté ses peurs. Pourtant, une part d'elle refusait de flancher. Il était hors de question de donner satisfaction à ceux qui attendaient qu'elle s'effondre.

Elle enfila les vêtements que sa mère lui avait laissés dans sa valise : une tunique noire simple, sans ornement, et une ceinture de cuir. Rien qui ne l'identifie. Rien qui ne la trahisse. C'était toujours comme ça. Pas d'attaches. Pas de noms. Pas d'histoire.

En ouvrant la porte de sa chambre, elle faillit trébucher sur une masse recroquevillée à même le sol. Une fille, aux cheveux roux emmêlés, dormait là, en boule, les bras autour des genoux. Elle portait les marques de griffures anciennes sur les bras et une boucle d'oreille arrachée pendait encore à son lobe. Sasha recula, hésita à dire quelque chose, puis se ravisa. Ici, les règles semblaient floues. Peut-être que cette fille voulait dormir là.

En avançant dans le couloir, elle croisa d'autres élèves. Tous différents. Aucun ne lui adressa la parole. Mais tous la regardaient. Avec méfiance. Curiosité. Mépris.

Dans la salle commune des Tueurs, l'ambiance était glaciale. Une table centrale, en bois noir, couverte de traces de brûlures, de coupures, de symboles gravés à l'arme blanche. Autour, une dizaine d'élèves. Tous marqués. Certains physiquement, d'autres intérieurement. Elle le sentait.

Un garçon se leva quand elle entra. Grand, blond, les yeux bleu acier, et une voix douce, presque trop polie.

- T'es la fille de la sorcière. Pas vrai ?

Sasha ne répondit pas. Elle savait que ça n'était pas une question.

- Elle a vraiment fait exploser le sanctuaire de Kiev ? demanda un autre, assis en tailleur sur la table, un sourire en coin.

- Ils disent qu'elle a maudit trois Hauts-Mages en une seule incantation, ajouta une fille à la peau d'obsidienne, dont les yeux changeaient lentement de couleur.

Ils la fixaient tous, suspendus à sa réaction. Mais Sasha resta immobile, les traits figés. Ne pas réagir. Ne pas leur donner ce pouvoir.

- Elle est muette ? lança une voix grave derrière elle.

Elle n'eut pas besoin de se retourner pour reconnaître le loup-garou de la veille. Il s'assit sur le dossier d'une chaise, un croissant à moitié mâché dans la bouche. Son regard évitait le sien avec soin, comme si l'idée même d'un contact visuel lui était insupportable.

- Laisse-la, Maël. Elle tiendra pas une semaine, de toute façon, murmura la fille rousse qui venait d'entrer. Celle du couloir. Elle lui jeta un regard neutre, sans animosité. - C'est toujours comme ça. On en fout un nouveau tous les deux mois. Ils repartent en larmes, ou sur une civière.

Sasha croisa son regard. C'était la première à ne pas la regarder comme un objet étrange. Mais elle se méfiait. L'habitude.

Le silence tomba brutalement lorsqu'une porte latérale s'ouvrit. Une silhouette entra. Petite, sèche, avec un sourire qui n'atteignait jamais ses yeux.

- Professeur Argine, annonça-t-elle. Responsable de votre "section." C'est moi que vous détesterez le plus dans cette école.

Un léger rire, froid, s'éleva dans la salle. Argine était l'incarnation même de l'autorité cynique. Rien dans sa voix ne laissait penser qu'elle se préoccupait d'eux. Elle les observait comme on étudie des rats dans un labyrinthe.

- Vous êtes des anomalies, dit-elle simplement. Des erreurs de la génétique ou de la magie. Personne ne vous veut ailleurs, alors vous êtes ici. Et ici, vous apprenez à ne pas tuer.

Un silence dense s'installa. Un élève au fond ricana.

- Tu trouves ça drôle, Florent ? Tu veux retourner en isolement dans la Crypte ?

Le garçon pâlit.

Argine fit claquer ses doigts, et un mince parchemin se matérialisa devant elle.

- Aujourd'hui, évaluation des seuils de contrôle. Un par un. On commence par la nouvelle.

Sasha sentit son estomac se contracter.

- Suis-moi, dit Argine.

Les autres se poussèrent pour la laisser passer, certains murmurant des mots qu'elle ne comprit pas, dans des langues anciennes ou corrompues.

Elle suivit la professeure dans un couloir qui s'enfonçait profondément sous l'école. Plus ils descendaient, plus l'air devenait lourd, saturé de magie ancienne. Des runes vibraient sur les murs. Les marches semblaient éternelles.

Puis, ils arrivèrent devant une porte noire. Sans poignée. Elle s'ouvrit toute seule.

- Entre, dit Argine. Et essaie de ne pas perdre le contrôle. Sinon, tu ne ressortiras pas.

Sasha entra.

Et la porte se referma derrière elle.

Elle resta immobile, les bras le long du corps, le regard accroché à la pénombre opaque qui avalait les contours de la pièce. Il n'y avait pas de lumière, du moins pas celle qu'un être humain aurait pu percevoir. Pourtant, ses yeux s'adaptèrent lentement, captant les fluctuations étranges qui ondulaient dans l'air, comme une brume vivante saturée de magie résiduelle. Tout ici semblait fait pour désorienter, pour forcer celui qui entrait à s'exposer dans sa vulnérabilité la plus brute.

Une pulsation sourde s'éleva, lente, profonde. Elle n'émanait pas du sol ni des murs, mais d'un point précis dans la pièce, comme un cœur battant avec une régularité inhumaine. Un cercle apparut sous ses pieds, gravé de symboles mouvants qui changeaient d'aspect chaque fois qu'elle clignait des yeux. Elle n'avait jamais vu ce genre d'incantation. Ce n'était pas une langue. C'était un appel.

Une voix s'éleva, comme si elle provenait de l'intérieur de son crâne.

- Sors-toi de là. Tu sais ce qu'ils veulent. Tu sais ce que tu caches.

Elle serra les poings. Non. Ce n'était pas sa voix. Ce n'était pas elle. C'était la pièce. Ou l'école. Ou cette chose, cet artefact ou entité ancienne qui l'examinait comme un parasite sous un microscope. Elle se força à respirer lentement, à ignorer les murmures.

Mais ils devinrent des cris.

Des visages surgirent dans l'obscurité, des silhouettes à peine humaines, faites de fumée et de lumière fracturée. Des souvenirs ? Des illusions ? Non. Des fragments d'elle-même, arrachés à son esprit et projetés devant ses yeux comme une torture silencieuse.

Elle vit le visage de sa mère, les yeux fous, la magie déchaînée, les ruines derrière elles. Elle vit le feu. Elle vit la main qu'on avait arrachée à la sienne alors qu'on l'emmenait. Et elle vit ce qu'elle avait fait. Ce qu'elle s'était efforcée d'oublier.

Le cercle s'illumina d'un éclat violent. Une onde de magie jaillit sous ses pieds, la traversa comme un fouet invisible. Elle vacilla, plia les genoux mais ne tomba pas.

- Intéressant, souffla une voix au loin, presque amusée.

Argine. Derrière la paroi de verre qui venait de se révéler, invisible jusque-là, la professeure l'observait, les bras croisés. À ses côtés, une silhouette restée dans l'ombre, plus massive, plus dangereuse. Elle ne vit pas son visage. Mais elle sentit son regard. Comme une lame posée contre sa gorge.

- Vous avez vu ça ? murmura Argine à son interlocuteur. Le sort a tenté de réagir, mais elle l'a contenu. Elle a refusé.

- Ou elle l'a nié. Ce n'est pas pareil.

- Peu importe. Elle est plus stable que prévu. Peut-être même... trop stable.

- Ça pourrait être un problème.

- Ou une solution.

Sasha ne les entendait pas. Ou peut-être que si. Mais tout en elle hurlait maintenant. Sa magie, comprimée, refoulée, menaçait de se briser comme une digue fissurée. Elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas montrer. Pas ici. Pas à eux. Pas à ces gens qui l'avaient enfermée sans explication, qui l'évaluaient comme un monstre potentiel.

Elle serra les dents, planta ses ongles dans sa paume jusqu'à sentir le sang perler. Ce n'était pas la douleur qui l'apaisa. C'était le contrôle. Le rappel que c'était elle, et personne d'autre, qui décidait. Ce pouvoir, il était à elle. Pas à cette école. Pas à Argine. Pas à l'ombre qui la fixait.

Le cercle s'éteignit d'un coup, comme si la pièce elle-même avait abdiqué. Le silence revint, pesant, écrasant.

La porte s'ouvrit.

- Tu peux sortir, dit Argine d'un ton neutre.

Sasha mit quelques secondes à bouger. Ses jambes tremblaient, mais elle marcha avec la lenteur digne de ceux qui refusent d'être vaincus.

Lorsqu'elle sortit, elle croisa le regard de l'ombre. Et elle sut. Ce n'était pas un professeur. Ce n'était pas un élève non plus. C'était autre chose.

Un observateur.

Quelqu'un que sa mère aurait reconnu.

Et qui venait peut-être de comprendre ce que Sasha ne savait pas encore elle-même.

Chapitre 2 02

Le couloir était vide. Trop vide. Pas un bruit, pas une voix, pas un souffle d'air pour troubler la parfaite immobilité des murs. Sasha avança, les pas résonnant comme des battements de cœur précipités, chaque écho lui rappelant qu'elle était encore en vie, mais terriblement seule dans cet instant suspendu.

Ses doigts tremblaient encore. Pas de peur. D'adrénaline. De colère peut-être. Ou des deux. Elle s'efforçait de reprendre le contrôle, de ramener son esprit à des considérations plus simples, plus tangibles : marcher, respirer, ne pas penser. Mais les images gravées dans la pièce refusaient de s'effacer. Chaque souvenir, chaque murmure la hantait encore, comme si la magie avait creusé un sillon sous sa peau.

Lorsqu'elle tourna à l'angle, elle faillit percuter une silhouette massive. Un bras se tendit, l'attrapa par les épaules pour l'empêcher de tomber.

- Tu devrais faire attention, murmura une voix grave.

C'était lui. Le loup-garou du groupe des Tueurs. Le lunatique. Celui qui ne parlait jamais, qui disparaissait des dortoirs sans explication et qui la regardait toujours comme si elle représentait une énigme à résoudre.

- T'es partout toi, grogna-t-elle malgré elle.

Il ne répondit pas immédiatement. Son regard glissa sur son visage, s'attardant une seconde de trop sur ses yeux rougis. Il savait. Ou il pressentait. Ces types-là, ceux qui vivaient dans l'instinct, dans les odeurs, dans les vibrations du corps... ils sentaient tout.

- Ils t'ont fait passer l'Épreuve, dit-il enfin.

Elle détourna les yeux.

- Et alors ? Ça te regarde ?

- Non. Mais eux, oui.

Il fit un geste vague en direction du plafond, comme pour désigner l'ensemble de l'école, ses couloirs, ses secrets, ses pièges.

- Tu ne devrais pas leur montrer que ça t'atteint.

Elle haussa les épaules, passa à côté de lui sans le regarder.

- Merci du conseil, loup solitaire. Mais je n'ai pas l'intention de leur montrer quoi que ce soit.

Il la suivit sans bruit, son pas parfaitement fluide malgré sa carrure.

- Tu sais ce qu'ils cherchent chez nous ? Il n'attendit pas sa réponse. Des fissures. Juste ça. Les petites brèches où ils peuvent s'insinuer, tirer, déformer, tester. Si tu craques, tu n'es plus utile. T'es une menace. Et ils éliminent les menaces.

Elle s'arrêta. Lentement, elle tourna la tête vers lui.

- Pourquoi tu me dis ça ?

- Parce que tu m'as l'air plus dangereuse que tu le crois.

Elle soutint son regard. Un long silence s'installa entre eux. Pas hostile. Pas tendre non plus. Juste cette tension étrange, comme une corde tendue entre deux âmes qui se reconnaissent sans savoir pourquoi.

Puis il se détourna.

- J'te laisse. Si tu veux éviter les fouines, ne prends jamais le couloir des statues après minuit. Elles ne sont pas que décoratives.

Il s'éloigna sans bruit. Sasha le regarda disparaître, sans comprendre pourquoi son cœur battait un peu plus vite qu'il ne devrait. Était-ce la magie résiduelle ? L'effet de l'Épreuve ? Ou quelque chose d'encore plus profond, de plus dérangeant ?

Quand elle entra enfin dans sa chambre, elle s'effondra sur son lit sans même retirer ses bottes. Le plafond lui parut immense, comme si le bâtiment tout entier retenait son souffle autour d'elle. Elle ferma les yeux.

Et dans l'ombre de ses paupières closes, elle vit à nouveau la silhouette qui l'avait observée derrière la vitre.

Et un mot s'imposa dans son esprit. Un mot qu'elle n'avait jamais entendu, mais que son sang semblait reconnaître.

Asynde.

Et elle sut que ce nom-là changerait tout.

Le lendemain matin avait un goût de fer et de poussière. Sasha s'éveilla en sursaut, le souffle court, le cœur battant dans ses tempes comme un tambour de guerre. La lumière blafarde filtrait à travers les rideaux tirés, et pendant quelques secondes, elle crut encore être prisonnière de l'Épreuve, encore enfermée dans ce cercle de silence où ses propres souvenirs la poignardaient de l'intérieur. Mais ce n'était qu'un rêve. Un résidu. Une trace.

Elle resta là, figée, incapable de bouger. Le mot résonnait toujours dans son crâne. Asynde. Aucun professeur, aucun élève, aucun livre n'avait jamais mentionné ce nom. Elle l'aurait juré. Et pourtant, c'était comme une lueur dans l'obscurité, une clé enfoncée dans une serrure rouillée, prête à faire basculer des portes interdites.

Elle se redressa lentement, les muscles engourdis, l'esprit embrumé. Dans le miroir fendu de sa chambre, son reflet paraissait plus pâle, plus cerné. Il y avait quelque chose dans ses yeux... une lueur qui n'y était pas la veille. Comme si une part d'elle-même s'était réveillée sans permission.

Lorsqu'elle entra dans la salle commune des Tueurs, les regards se tournèrent aussitôt vers elle. Certains pleins de méfiance, d'autres de curiosité perverse. Mais le plus dangereux, c'était le silence. Celui de ceux qui savaient. Ceux qui avaient vu. Ceux qui, désormais, attendaient sa chute.

Une silhouette s'approcha d'elle. Ce n'était pas le loup. C'était une fille. Grande, fine, les cheveux noirs coupés au ras du crâne, les yeux d'un bleu presque blanc. Son uniforme était parfait, comme s'il avait été cousu directement sur elle.

- Sasha, c'est ça ? dit-elle d'une voix douce mais tranchante.

Elle acquiesça sans répondre. L'autre sourit.

- Moi c'est Maëlys Vernan. Assistante de section. Officiellement. Officieusement, on dira que je m'assure que personne ici ne joue un double jeu.

Elle se pencha légèrement, comme pour lui confier un secret.

- Et toi, tu as l'air d'aimer les masques.

Sasha se força à ne pas réagir.

- Je suis juste une nouvelle, rien de plus.

Maëlys rit doucement, mais son regard restait fixe, glacial.

- Bien sûr. C'est ce qu'on dit tous. Au début.

Elle recula, croisa les bras derrière son dos.

- Tu devrais faire attention à ce que tu dis dans ton sommeil. Parfois, les murs écoutent. Et parfois, ils parlent.

Et elle s'éloigna comme une ombre, laissant derrière elle un frisson d'incompréhension. Sasha resta debout, pétrifiée. Elle avait parlé dans son sommeil ? Non. Impossible. Mais si...

Plus tard dans la journée, au détour d'un couloir bordé de vitraux sombres, elle surprit une conversation entre deux professeurs. Ils ne la virent pas. Elle était restée dans l'ombre, silencieuse.

- ...elle ne le sait pas encore. Mais si le nom a ressurgi, alors il est déjà trop tard, disait l'un d'eux.

- Et sa mère ? Elle était censée effacer toute trace. On lui avait confié cette mission précisément pour ça.

- On ne peut pas effacer ce qui fait partie du sang.

- Tu penses que c'est elle ? La dernière ?

- Je pense... que ce nom ne revient jamais sans raison.

Puis le silence. Le bruit de pas qui s'éloigne. Sasha resta figée, le cœur au bord de la gorge.

La dernière ?

Elle sortit à l'air libre comme on quitte un piège. Le vent caressa son visage, mais rien ne pouvait dissiper l'angoisse qui, désormais, se lovait dans son ventre comme un serpent.

Elle était suivie. Elle le sentait. Plus encore : elle était observée. Par les élèves. Par les professeurs. Par quelque chose de plus ancien encore, de plus enfoui.

Et quand elle tourna les yeux vers la forêt qui bordait l'école, elle crut apercevoir, là-bas entre les arbres, deux yeux rouges, brillants, immobiles.

Le nom revint. Encore.

Asynde.

Et cette fois, il n'était plus seulement un mot.

Il était une présence.

La nuit tomba sans douceur. À Saint Maxime, les couloirs semblaient se refermer sur eux-mêmes dès que le crépuscule s'installait. Les vitraux lançaient sur les pierres des reflets mouvants, comme des âmes piégées entre les dimensions. Sasha ne ferma pas l'œil. Elle resta là, assise dans son lit, les bras entourant ses jambes, fixant l'obscurité comme si elle espérait y trouver une réponse. Ou une faiblesse.

Ce mot, ce nom, ce poison : Asynde. Il revenait en boucle dans son crâne, pulsant comme un avertissement. Et ces regards sur elle, les paroles murmurées entre deux portes, les silences appuyés... tout s'enchaînait avec une logique qu'elle ne maîtrisait plus. Elle ne comprenait rien, mais tout en elle hurlait que quelque chose se préparait. Quelque chose de plus grand, de plus ancien qu'elle.

Au petit matin, un morceau de parchemin attendait sur son bureau. Elle ne l'avait pas entendu glisser. Aucun bruit. Juste cette feuille, posée là, tremblante sous une brise invisible. Dessus, une simple phrase, tracée à l'encre noire :

« Tu ne peux pas fuir ce qui t'a conçue. »

Elle mit une seconde à respirer. Une autre à se lever. Elle déchira le papier, mais trop tard : les mots s'étaient imprimés en elle. Un avertissement. Ou une menace.

En classe, ce fut pire.

Le professeur de Magie des Traces, un vieil homme à la peau cireuse nommé Maître Léonard Tavas, s'arrêta devant elle en plein cours. Il n'avait jamais daigné la regarder depuis son arrivée. Cette fois, il la fixa longuement, comme s'il lisait au travers d'elle.

- Mademoiselle Dorne, dit-il lentement, savez-vous pourquoi certaines lignées ont été effacées de l'histoire magique ?

Sasha ne répondit pas. Elle sentit tous les regards converger.

- Parce qu'elles étaient trop puissantes pour être laissées libres, poursuivit-il, les yeux toujours rivés aux siens. Elles ont été dispersées, dissimulées... parfois même assassinées. Mais parfois, une branche survit. Une pousse ignorée. Et là, tout recommence.

Il se détourna brusquement, sans autre explication. Mais Sasha avait compris. Il parlait d'elle. Ce n'était pas un hasard. Ce cours, cette phrase, ce regard. Il savait.

À la pause, elle voulut confronter sa mère. Mais celle-ci était introuvable. Le bureau de direction, vide. Personne n'avait vu Mélina Dorne depuis l'aube.

Elle tourna en rond pendant des heures, le souffle court, l'angoisse dans la gorge comme un nœud. Elle tenta même d'interroger Maëlys, qui la congédia d'un simple sourire.

- On m'a toujours dit que les enfants devraient poser moins de questions quand leurs mères ont trop de choses à cacher.

Et elle s'éloigna.

C'est le loup qui la trouva, plus tard, alors qu'elle s'était cachée dans la serre abandonnée, celle que plus personne n'utilisait depuis l'incendie de l'an dernier. Il n'y dit pas un mot, ne fit aucun bruit. Mais Sasha sentit sa présence. Il la fixait, là, debout entre les plantes calcinées.

- Pourquoi tu me regardes comme ça ? cracha-t-elle, la voix plus fragile qu'elle ne le voulait.

Il haussa à peine un sourcil, puis murmura :

- Parce que j'ai déjà vu ça. La peur de devenir ce qu'on déteste.

Elle recula.

- Tu ne sais rien de moi.

- Non. Mais je sais lire les ombres. Et les tiennes... elles n'ont rien d'ordinaire.

Il fit un pas, elle fit un bond en arrière.

- Reste loin de moi.

Mais il s'arrêta là, les bras croisés.

- Tu devrais apprendre à choisir tes alliés avant qu'il ne soit trop tard.

Puis il quitta la serre comme il était venu. Silencieux. Insondable.

Sasha, elle, resta seule, au milieu des ruines végétales, avec le goût amer d'une vérité qui commençait tout juste à gratter sous sa peau.

Ce soir-là, elle fit un rêve. Ou plutôt... une vision.

Elle se voyait, plus jeune, dans une forêt. Sa mère lui criait de courir. Mais derrière elle, il n'y avait rien. Pas de poursuivants. Seulement des murmures. Des voix chuchotant son nom. Et au centre de la clairière, une femme vêtue de noir. Les yeux bandés. Elle tendait la main vers Sasha.

Et dans l'air... cette voix, grave et douce à la fois :

« Asynde... réveille-toi. »

Sasha se réveilla en hurlant. Et ce soir-là, elle comprit que ce n'était plus une fuite.

C'était le début d'un appel.

Chapitre 3 03

Le lendemain, l'atmosphère à Saint Maxime semblait plus lourde, comme si l'air lui-même s'était alourdi d'une menace invisible. Les couloirs étaient déserts, mais Sasha ressentait la présence de chacun. Les yeux dans les ombres. Les murmures dans les recoins. Chaque regard semblait charger l'air de suspense, comme si une tempête se préparait sans que personne ne l'ose évoquer.

Les classes étaient devenues un terrain de jeu silencieux. Le professeur de potions, Madame Eloise, une sorcière d'apparence calme, mais à la langue acérée, n'avait cessé de la fixer toute la matinée. À chaque fois qu'elle levait les yeux de son chaudron, elle croisait son regard. Ce n'était pas une coïncidence. Elle savait. La question qui se posait à présent, c'était : jusqu'où tout cela irait-il ?

Sasha ne pouvait plus ignorer les signes. Tout, dans l'école, était une énigme. Même les événements les plus anodins semblaient reliés. Comme un jeu de domino qui s'effondrait sans prévenir. Mais à quoi jouait-on ici, exactement ?

À la sortie des cours, elle chercha de nouveau sa mère. Mais, encore une fois, elle était introuvable. Mélina Dorne, la sorcière fuyante, celle qui avait décidé de revenir sur le devant de la scène, était encore une ombre. Sasha se rendit au bureau de sa mère, espérant y trouver une trace, une piste qui pourrait éclaircir la situation. Mais ce qu'elle y trouva la fit frissonner.

Le bureau était en désordre. Des papiers éparpillés. Un dossier ouvert, dont les pages semblaient avoir été délibérément retournées. L'un d'eux attira son attention : un ancien parchemin froissé, marqué d'une empreinte rouge, comme un sceau. Il y avait quelques mots griffonnés en marge, à peine lisibles. Mais, à son toucher, la sensation de chaleur qui s'en échappait fit battre son cœur plus vite.

Elle s'empara du papier, l'examina avec hâte. L'encre commençait à s'effacer, mais elle parvint tout de même à lire une phrase, ou plutôt une adresse :

"Le Cimetière des Légendes, à minuit."

Le lieu sonnait étrange. Un cimetière, ici, dans ce monde où les créatures surnaturelles semblaient se cacher des regards humains ? Et pourquoi sa mère avait-elle noté cela ? Un appel à un rendez-vous clandestin ?

Sasha ne savait pas quoi penser, mais l'urgence la poussa à agir. À minuit, elle serait là.

Au soir tombé, après des heures d'angoisse et de préparation, elle se glissa hors de sa chambre, dans les ténèbres du couloir désert. L'école était plongée dans un silence mortel, comme si l'endroit lui-même retenait son souffle. Elle se dirigea vers l'entrée principale, mais ce n'était pas par là qu'elle devait passer. Non. Elle connaissait un autre chemin, un passage secret qui menait au vieux cimetière situé non loin, à la lisière de la forêt.

En traversant l'espace de l'école, ses pas résonnaient comme des éclats de verre. Chaque bruit semblait amplifié par la nuit. Lorsqu'elle arriva au cimetière, il n'y avait aucune lumière, aucun signe de vie. La végétation semblait avoir tout englouti, et les pierres tombales tordues étaient recouvertes de mousse et de lierre.

Elle s'avança prudemment, scrutant l'obscurité. À un moment, elle pensa voir une silhouette se dessiner dans l'ombre des tombes. Un homme grand, aux yeux rouges qui brillaient dans la nuit. Le loup.

Il ne dit rien, mais il était là, comme un spectre attendant l'arrivée de la proie. Sasha ne le quitta pas des yeux.

- Tu me suis, maintenant ? dit-il enfin, d'une voix aussi calme que glaciale.

Elle acquiesça sans un mot.

Ils marchèrent ensemble jusqu'à un mausolée en ruine, à l'apparence imposante. Le sol était jonché de pierres brisées, comme si l'endroit avait été le théâtre de nombreuses luttes invisibles. Un frisson parcourut Sasha en entrant. Elle se sentait observée, comme si l'air lui-même était chargé d'une énergie ancienne, prête à la dévorer.

Il n'y avait personne d'autre. Ou du moins, elle ne voyait personne. Puis, soudainement, elle entendit des bruits derrière elle. Des murmures. Elle se retourna, mais il n'y avait rien. Le loup l'avait disparue dans l'ombre.

- Ici, dit une voix faible et rauque qui venait du fond. Tu n'es pas venue pour rien, Sasha Dorne.

Elle s'avança lentement, les mains tremblantes, et lorsqu'elle arriva à l'endroit indiqué, une silhouette apparut dans la pénombre. Cette fois, ce n'était pas le loup. C'était Maëlys, toujours aussi calme, mais ses yeux étaient marqués par une profondeur d'ombre inquiétante.

- Tu sais ce qui t'attend. Les mots sortirent de ses lèvres avec une certitude qu'elle n'avait jamais entendue auparavant.

Sasha s'arrêta. Les battements de son cœur semblaient couvrir les bruits de la nuit. Elle avait l'impression d'avoir fait un pas de trop. Une révélation approchait, et l'inconnu s'apprêtait à l'engloutir.

- Asynde, murmura Maëlys. Ce que tu cherches à fuir depuis le début. Ce que tu dois accepter maintenant.

Sasha sentit ses jambes fléchir. Une secousse parcourut son corps, comme si le sol sous ses pieds était en train de se dérober. Mais elle se redressa.

- Je suis prête.

La nuit sembla s'épaissir autour d'elle. Chaque parole prononcée par Maëlys semblait sceller une partie de son âme dans une vérité qu'elle ne voulait pas accepter. Asynde... ce mot résonnait dans sa tête comme un glas. Elle avait l'impression que chaque syllabe la frappait de plein fouet, comme si elle venait de découvrir un secret qui la liait à son propre destin, un secret qu'elle n'avait jamais cherché, mais qu'elle ne pourrait désormais plus fuir.

Maëlys s'approcha d'un pas silencieux, ses yeux brillant d'une lueur énigmatique, presque irréelle.

- Tu cherches à comprendre, n'est-ce pas ? dit-elle doucement, comme si elle lisait dans les pensées de Sasha. Mais la vérité n'est pas quelque chose que l'on peut saisir à volonté. Elle se dévoile, ou elle engloutit. C'est à toi de choisir.

Sasha déglutit difficilement. Elle aurait voulu crier, fuir, mais quelque chose dans le ton de Maëlys, quelque chose dans la tension palpable de l'air autour d'elle, la clouait sur place. Le loup, qui n'avait toujours pas bougé depuis qu'elle était arrivée, observait la scène dans un silence presque funeste. Ses yeux rouges brillaient toujours, mais ils étaient fixés sur Maëlys. Une lueur d'attente, de calcul, semblait se lire dans ses pupilles.

- Tu sais ce que cela implique, Sasha, continua Maëlys en approchant encore. La lignée d'Asynde est marquée par le chaos, par la destruction, par la fin de cycles immémoriaux. Et toi, tu portes ce fardeau en toi. Le savoir t'a été transmis, comme une malédiction.

Sasha, les poings serrés, sentit sa gorge se serrer. Asynde n'était pas un simple mot, pas une simple histoire ancienne. C'était une réalité. Une destinée. Une malédiction.

- Pourquoi moi ? balbutia-t-elle, sa voix brisée par l'émotion. Pourquoi est-ce que ça doit être moi ?

Maëlys s'arrêta un instant, la scrutant, puis son visage se ferma, comme si une porte se refermait sur un monde qu'elle ne voulait plus montrer.

- Parce que tu es la dernière. La dernière héritière. La dernière chance.

Elle se tourna soudainement vers le loup, qui la suivait du regard, et d'un simple mouvement de la main, un geste presque imperceptible, fit apparaître un vieux livre dans les airs, flottant entre eux. Les pages du livre tournaient lentement, comme sous l'effet d'une brise, et s'arrêtèrent sur une page marquée par une étrange lumière.

- Tu es née dans ce monde pour raviver ce qui a été éteint. Pour donner vie à un ordre ancien. Et cette magie qui t'habite, cette énergie sauvage que tu ne contrôles pas... c'est elle qui décidera du sort de tous ceux qui t'entourent.

Le vent se leva alors, une bourrasque soudaine qui fit frissonner l'air, comme si le monde réagissait à cette déclaration. Le loup avança d'un pas. À cet instant, Sasha comprit que tout ce qu'elle avait vécu jusqu'ici n'était qu'une préparation. Un test, un chemin semé d'embûches pour arriver jusqu'à ce moment. Mais ce moment... c'était la fin de sa fuite.

- Je ne peux pas accepter ça. Les mots sortirent de sa bouche avant même qu'elle n'en ait conscience. Je ne veux pas devenir ce monstre.

Maëlys la fixa longuement, comme si elle mesurait chaque mot, chaque mouvement de Sasha. Puis elle soupira, un soupir lourd de résignation.

- Ce n'est pas une question de choix. Maëlys s'approcha encore, sa voix plus basse, plus intime. Ce que tu es, ce que tu seras... cela a déjà été décidé il y a longtemps. Par ceux qui sont partis avant toi. Par les ancêtres d'Asynde. Tu n'as plus le pouvoir de fuir.

Sasha sentit son corps se raidir. Un frisson d'horreur parcourut ses veines. Elle était piégée dans un destin qu'elle n'avait jamais voulu. Et pourtant, il semblait qu'elle n'avait pas d'autre option que de l'accepter. Ou de tout perdre.

Un grondement sourd se fit entendre derrière elle. Elle se tourna brusquement. Le loup s'était avancé, son corps puissant et musclé se découpant dans l'obscurité, ses yeux perçant la nuit. Mais ce n'était plus le même loup qu'elle avait vu tout à l'heure. Il y avait quelque chose de plus... dangereux. Une colère contenue, une force qui ne demandait qu'à se libérer.

- Tu veux vraiment savoir, Sasha ? La voix du loup était rauque, comme si elle venait du fond des âges. Ce que tu fuis, ce que tu refuses de voir, c'est en toi. Et un jour, tu le libéreras. Parce que, tôt ou tard, tout ce que tu es reviendra.

Sasha se figea. Un poids terrible se posa sur ses épaules. Les mots du loup, les révélations de Maëlys... tout s'enchaînait de manière inexorable, comme un piège dont elle ne pourrait plus jamais sortir.

- Alors, quelle sera ta décision ? demanda Maëlys, les yeux perçants, cherchant à sonder son âme. Fuir à nouveau, ou accepter ce que tu es vraiment ?

Sasha hésita. Le vent soufflait plus fort maintenant, la brume s'épaississant autour d'elle comme une mer déchaînée. Les souvenirs de sa vie passée, de sa fuite incessante, se mélangeaient aux images d'une réalité qu'elle n'avait jamais souhaitée.

Elle prit une profonde inspiration, son cœur battant la chamade. La vérité était là, devant elle, froide et intransigeante.

- Je ne fuirai plus.

Le silence s'installa, lourd, presque suffocant. Le loup inclina lentement la tête, comme s'il avait accepté la réponse. Maëlys esquissa un sourire mystérieux.

- Alors, prépare-toi. Ce n'est que le début.

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