Partie 1
Aux aurores dans le village de Diakhao sine, je sors de la concession de ma mère qui venait de me donner ces conseils : « Dakar est une ville dangereuse Khady, la vie là-bas est très différente de celle d'ici. Tu peux y rencontrer de bonnes comme de mauvaises personnes, tu peux y emprunter la bonne comme la mauvaise voie, tu peux y devenir une bonne comme une mauvaise personne. Cependant n'oublie pas de garder en tête tes objectifs, à chaque fois que tu seras sur le point de céder aux tentations, souviens-toi que ta vieille mère se réveille parfois sans manger, souviens-toi que ton pauvre père passe ses journées aux champs, et revois cette petite concession dans laquelle nous avons vécu tout au long de notre existence. Nous ne comptons que sur toi pour sortir de cette misère. Ton père a vendu deux ânes pour que tu puisses effectuer ce voyage et avoir les fournitures nécessaires pour l'université, c'est une dette que tu devrais lui payer. Fait de tes études ton loisir, fait de tes cahiers tes amis et fait des hommes tes ennemies. Part ma fille, mes prières t'accompagnent, rien ne te prendra au dépourvu dans cette ville, car ton éducation a fait de toi une personne prête à tout encaisser et le dur travail que j'ai abattu dans la maison de ton père te mettra à chaque fois au-dessus de toutes difficultés que tu pourras rencontrer, je te le jure. »
Ma mère s'était effondrée en larme après ces mots, alors que papa m'accompagne chez ma meilleure amie Ndèye avec qui je dois effectuer le voyage vers Dakar. Nous la retrouvons devant la clôture en paille de leur maison, en compagnie de sa mère, son père, ses frères et sœurs ainsi que ses oncles et tantes. Son grand-père avait fini de formuler des prières pour nous, avant que tout ce petit monde nous accompagne au garage, où nous pénétrons dans le bus en partance pour Dakar.
Nous quittons ainsi notre village pour la première fois. Ce village qui a vu naître mes aïeules alors rois du Sine, dont le pouvoir et la grandeur sont chantés jusqu'à nos jours. Ce village qui a vu se succéder les rois des familles Ngom, Faye, Diouf, et Sène et qui a été témoin de la colonisation ainsi que toutes ses conséquences. Cette grande ville historique dont la grande maison royale rappelle encore l'époque de mes ancêtres. Je m'en allais ainsi de « la capital du sine » où j'ai fait toutes mes études. Lorsque j'ai eu mon BFEM, j'allais poursuivre mes études dans la ville de Fatick, mais le lycée venait d'ouvrir ses portes à Diakhao et je n'avais donc plus besoin de quitter mon village. Ndèye par contre a très tôt arrêté les études parce qu'elle n'était pas trop brillante. Ses faibles notes la décourageaient, sans oublier les coups que lui administraient tous les jours nos enseignants qui ne pouvaient comprendre qu'elle voulait bien apprendre, mais qu'elle en était incapable ; ce qui l'avait donc poussé à laisser la prise. Elle aidait sa mère dans les travaux ménagers surtout qu'ils avaient une très grande famille. Sa sœur qui est femme de ménage en ville les aide financièrement contrairement à nous qui n'avons aucun soutien financier, si ce n'est le champ de mon père et le petit étal de légume que tenait maman au marché. L'agriculture n'étant pas trop enrichissant dans ce pays, il nous arrivait de rester toute une journée sans manger. Heureusement que la mère de Ndèye nous donnait parfois l'excédent de leur marmite.
Maman est amie avec la mère de Ndèye depuis leur tendre enfance et je suis née avec une demi-journée de différence que Ndèye. Nous sommes presque jumelle et nous avons passé toute notre vie ensemble. Elle est certes plus précoce et sociable que moi qui suis toujours calme et timide, mais je sais que je suis plus intelligente qu'elle. Dès l'adolescence Ndèye a commencé à fréquenter des hommes à l'insu de sa mère bien sûr. Malgré que je lui ai dit que son petit ami était un beau parleur, elle ne voulait pas m'écouté. Cet homme était deux fois plus âgées que nous et a profité de l'innocence de Ndèye pour lui prendre sa virginité. Après cela, il ne lui adressait plus la parole. Il lui avait bien dit qu'il n'était pas de sa génération et qu'elle devait le laisser tranquille. Cela a été très difficile pour Ndèye qui était aveuglé par cet homme, mais ça ne l'a pas empêché de continuer à voir d'autres hommes. Sa mère sait maintenant qu'elle a des copains, mais elle dit toujours que sa fille est grande maintenant et qu'elle peut distinguer le bien du mal. Elle demande même à ses plus jeunes enfants de suivre son exemple, je me dis parfois tout bat : « Si elle savait ».
Qu'est-ce que les parents peuvent parfois se tromper sur leurs enfants, moi par contre je n'ai jamais eu de petit copain. Ce n'est pas parce que les hommes ne me courent pas après, mais entre les études et les travaux ménagers, je ne trouve pas de temps libre à consacrer aux garçons. En plus sérieusement, les hommes de ce village ne m'intéressent pas. Certains d'entre eux ne sont pas instruit et me trouve bien trop compliqué et ceux qui sont instruit sont trop hautins et pensent être déjà des maitrisards avec leurs airs d'intellectuelles aguerris. Donc je préfère rester seule, tout en espérant trouver un homme qui me convienne un jour.
Notre bus vient enfin de se garer à la gare routière de Colobane après avoir trainé pendant cinq heures de temps sur la route, s'arrêtant à tous les arrêts. Je suis émerveillé par le monde fou qu'il y'a dans cette gare. Les marchands ambulants déambulent de partout, les vendeurs d'étales s'activent tous dans leurs commerces, les apprentis des bus et car rapide appellent à haute voix les clients en leur indiquant les destinations où ils se rendaient et ceux que je viens d'appeler les « sans utilités » peuplent aussi la gare. Il s'agit de jeunes hommes qui sont là à tourner autour des gens sans que je ne sache ce qu'ils sont réellement en train de faire ici. Par contre les mauvaises odeurs souillent réellement l'atmosphère de cette gare. Il y'a des ordures entassés un peu partout, sans parler de ceux qui soulagent leur vessie dans les coins où il n'y a pas trop de passager.
Nous commencions d'ailleurs à nous impatienter de quitter ce lieu quand j'aperçu la sœur de Ndèye, Bineta qui nous fait signe de loin. Je m'emparai de mon petit sachet où j'avais mis mes habits, avant de traverser la rue pour la rejoindre. « Bienvenu dans la vie mes petites villageoises. » Nous taquine-t-elle, avant d'affréter un car rapide qui passera au quartier Grand Dakar, où elle vit dans une chambre en location qu'elle partage avec quatre autres filles du village. Elles sont toutes des femmes de ménage qui utilisent leurs maigres salaires pour subvenir aux besoins de leurs familles au village. Donc avec leurs maigres revenus, elles louent cette chambre à vingt mille francs dont elles se partagent tous les frais de la location. Cela les permet donc d'économiser assez pour envoyer un peu d'argent au village à la fin du mois.
Par contre, elles ont du mal à couvrir tous leurs besoins dans cette ville où tout est cher d'après ce que Bineta nous a raconté. Je me demande d'ailleurs comment font elles pour être si bien habillées quand elles viennent au village pour assister aux fêtes telles que la Tabaski et la Korité, Où alors les cérémonies familiales. Elles sont toujours mieux habillées que les fonctionnaires, c'est bizarre n'est-ce-pas ?
Bineta étale une grande natte, avant de le couvrir d'un drap : « Voilà vous pourriez dormir ici, la nuit n'est pas longue à votre réveille personne ne saura que vous avez dormi sur une natte pas vrai ? » Venait-elle à nouveau de dire avant de retourner dans la villa où elle travaillait. Elle avait bien raison, car si je ne me trompe pas, elle se partage ce matelas à deux place toutes les quatre et si vous pouviez voir ce matelas ; notre natte n'a rien à l'envier, pourtant on ne pourrait pas le croire. Bineta est une femme pas trop grande mais avec un très jolie visage et de belles rondeurs, s'étant dépigmenté la peau à un point qu'on la confondrait à une blanche. Le tissage en cheveux naturelle qui recouvre ses cheveux est d'une longueur qui égratigne ses fesses et son prix fait environ un an de salaire de Bineta.
Je doute que ses amies soient aussi bien physiquement qu'elle, mais en tout cas si c'est le cas, j'abandonnerais bien les études pour être femme de ménage. Parce qu'après tout elles ne semblent pas être si mal payées que ça. Je pénètre alors dans la salle de bain afin de prendre un bain, quand l'état d'insalubrité de cette toilette me fit ressortir en toute allure. Elles partagent en fait cette toilette avec des guinéens qui tiennent une boutique dans ce qui devrait constituer un garage, ainsi que les autres locataires qui occupaient les autres chambres. Mais on aurait cru que des gens normaux n'habitaient pas cette maison. La toilette est si sale que j'y ai trouvé de petit groupe de verres de terre qui grignotaient sur les scelles laissaient ainsi à l'air libre au bord de la chaise anglaise comme à l'intérieur. (Excusez-moi pour ce tableau dégouttant !) Je pris quelques pièces de mon argent de poche pour acheter du savon liquide et de l'eau de Javel avant de pénétrer dans la toilette que j'avais rendu son éclat en une heure. « D'ici une heure de temps, tu ne reconnaitras pas cette toilette que tu viens de nettoyer petite, c'est une perte de temps de la nettoyer. » Venait de me dire une jeune femme à ma sortie des toilettes. « S'il faut la nettoyer à chaque fois que je devrais l'utiliser, je le ferais madame. » Lui avais-je répondu avant de pénétrer dans la chambre.
Je prie mon bain avant de demander à Ndèye de m'accompagner à l'université pour faire une petite visite, en attendant le lendemain pour entamer la longue procédure de l'inscription dont on m'a parlé. Bineta nous avait grièvement expliqué les bus à prendre pour nous y rendre et nous n'avions pas tardé à les retrouver. Je descendis en face de l'université où je pouvais lire « Centre des œuvres universitaires de Dakar ». Ma fierté fut immense en me voyant dans cet immense espace auquel j'avais tant rêvé pouvoir y accéder un jour. J'étais heureuse d'avoir réussi mon pari et je revoyais toutes les années de galères que j'avais endurées pour en arriver là aujourd'hui. Nous traversons le pavillon A dont l'ancienneté m'avait de suite frappé, de même que le restaurant de l'université qui avait également ouvert ses portes avec la longue file d'étudiants qui attendaient pour y pénétrer.
J'admirais ainsi le campus universitaire, allant des jolis arbres plantés à l'intérieur, aux bâtiments anciens et parfois nouveaux qui l'occupaient, tout en remarquant la forte population estudiantine qui rodait au tour de ce lieu. « Tous ces gens-là cherche la même chose que toi Khady ? Excuse-moi de te décourager mais tes chances de réussite sont vraiment minime ma chérie. » Venait d'ailleurs de lancer Ndèye. « Je suis venue ici pour réussir et je réussirais ma chérie ! » Venais-je à mon tour de lui répondre bien que sa remarque ne m'a pas laissé de marbre. En voyant tous ces gens qui sont ici pour le même but, avoir des diplômes et trouver un emploi, je me demande est-ce que nous pourrions tous réussir. Mais tout compte fait, moi je suis là pour réussir et rien ne pourra me décourager.
Nous arrivons enfin à la faculté de droit où j'ai été admise et ma surprise fut encore plus immense. On aurait cru que toute l'université de Dakar était orientée dans cette faculté. Je terminais donc de me renseigner sur la procédure à suivre pour les inscriptions, quand le portable de Ndèye s'est mis à sonner. S'est Bineta qui finissait son travail et nous demande où sommes-nous pour qu'elle passe nous chercher. Elle arriva quelques minutes après au bord d'une magnifique BMW se garant devant nous, alors qu'on ne pouvait savoir qu'elle se trouvait à l'intérieur vu que les vitres de la voiture étaient teintes en noir. Elle descendit un peu la vitre puis nous dit : « Allez ! Montez mes petites villageoises ! » Nous ne pouvions tout simplement pas en croire à nos yeux : « Bineta ? C'est vraiment toi ? » S'exclame Ndèye, alors que sa sœur nous ordonna de grimper vite dans la voiture car le conducteur ne s'était pas bien garé.
La climatisation et la bonne odeur de la voiture nous accueillit, nous éblouissant encore plus. « Chéri, je te présente ma petite sœur Ndèye et sa meilleure amie Khady, se sont-elles que je suis allée chercher ce matin à la gare. Les filles je vous présente mon patron monsieur Sow. » J'étais dans mon état d'étonnement le plus absolu, elle nous dit que cet homme est son patron alors pourquoi l'appelle-t-elle chéri ? Pourquoi son patron la dépose-t-elle d'ailleurs ? Tout cela avait fait un grand brouillard dans ma tête, mais bon ce ne sont pas tes affaires Khady, à chacun sa vie. Le monsieur nous salua ensuite amicalement, avant de me passer le numéro d'un de ses amis qui était professeur à l'université, afin qu'il me facilite les inscriptions. Il l'avait d'ailleurs appelé devant moi, pour lui dire que je passerais le lendemain dans son bureau.
Nous arrivions ainsi à Grand Dakar, où le chauffeur, patron et petit ami de Bineta nous déposa devant notre « maison ». Il lui tend cinquante mille franc tout en lui disant : « C'est pour faire un bon dîné à tes invités. » Ils se mirent ensuite à s'embrasser devant nous sans aucun gène. Oh seigneur ! Je fus tellement gênée que j'ai cherché à ouvrir la portière qu'il a malheureusement verrouillée, alors que Ndèye regardait avec admiration sa sœur. Je ne voyais vraiment ce genre de chose qu'à la télé, qui aurait cru que des gens oseraient faire cela en ville. Maman avait bien raison de dire que les choses ici sont différentes.
Bineta pénètre alors dans la chambre en se dandinant gracieusement devant ses amies qui venaient aussi d'arriver du travail à l'exception de Dioussi qui elle passait la semaine à son lieu de travail et ne revenait que les weekends. D'après Bineta, elle travaille dans une famille où la mère de famille divorcée travaille beaucoup. Donc, les enfants sont tous sous sa responsabilité dans la journée et la nuit aussi, car leur mère est trop fatiguée pour s'occuper totalement d'eux la nuit. Donc elle est comme la deuxième mère de famille et les enfants de sa patronne lui rendent bien cette affection qu'elle leur porte.
Par contre Amy est bien là, mariée à un paysan au village, elle est venue en ville afin de l'aider à joindre les deux bouts. Ses cinq enfants sont encore très petits et ont bien besoin d'une mère à leurs côtés, mais Amy ne semble pas être du même avis que moi à en croire à la discussion qu'elles viennent d'entamer.
-Tu ne demandes même pas après tes enfants Amy les filles viennent du village tu sais ?
- Pourquoi demander après eux Bineta ? Mes enfants sont bien avec mon mari et sa mère, j'appelle de temps en temps pour avoir leurs nouvelles ça suffit non ?
- Hum tu penses ? Ils ont besoin d'une mère tu sais ? Depuis combien de temps tu n'es pas allée les voir ?
- Leur grand-mère est là-bas de même que leur père, moi je leur suis plus utile ici parce qu'au moins je peux leur envoyer de quoi se nourrir.
- Dit plutôt que c'est ton petit ami mécanicien qui t'empêche d'aller voir tes enfants depuis plus d'un an, juste parce qu'il est jaloux de leur père qui est en fait ton mari.
- Oui tu peux bien rabaisser le métier de mon Ousmane, en tout cas, je ne t'envie pas avec ton député qui en fait est le mari de ta patronne qui te considère comme sa propre sœur et te gâte de cadeau à chaque fois qu'elle revient de Dubaï.
- Eh ! Oh ! « Khoulo wouma. » (Je ne me dispute pas). Excuse-moi, je te dis juste que tu devrais aller voir tes enfants, si ça te dérange que je le dise, pardonne-moi.
- Oh les filles vous nous empêchez vraiment de récupérer là, laissez-moi dormir, j'ai travaillé dur toute la journée.
- Ne nous fatigue pas Diarra, tu passes la nuit en compagnie de tes petits amis juste pour avoir des sandwichs de cinq cent francs et tu enchaines au boulot le matin, c'est normal que tu sois claquée à cette heure de la journée. « Sopékoul » (Change).
- Les filles, on se connait bien, personne ne peut faire la morale à l'autre, «faut que jeunesse se passe !
- Ah non, si vous étiez aussi ambitieuse que moi, nous ne serions plus dans la misère, mais vous souillez vos noms pour des hommes qui n'en valent pas la peine. « Boy dé si ale nala gaïndé rey » (Fait en sorte qu'un lion te tue si tu dois mourir dans la jungle).
Elles poursuivent ainsi leur discussion, lorsque le « mécanicien » d'Amy comme le dit Bineta, arrive en compagnie d'un des petits amis de Diarra. Ils participèrent à la discussion pendant un bon moment, tout en fumant comme s'ils étaient chez eux (quel manque de savoir vivre !), avant de se décider à sortir mangé dans la gargote à côté. Bineta nous conduit à son tour dans un restaurant, où nous commandons des pizzas que nous mangeons pour la première fois, puis faire une petite balade dans les environs, avant de rentrer. Aux environs de trois heures du matin, j'aperçu Amy qui vint se coucher au côté de Bineta, puis vers cinq heures du matin, Diarra vint se coucher à son tour.
Mes premières heures à Dakar venait ainsi de s'écrouler sur une note assez négative. Cette ville dont j'avais tant rêvé est en fait plongée dans une grande insalubrité, ma case au village n'a rien à envier à cette maison R+1 dont Ndèye n'a pas arrêté de me faire les éloges, l'université qui est la raison de ce grand voyage n'est en fait pas aussi encourageant avec tous les étudiants qui l'occupent et ces filles avec lesquelles je dois vivre alors. Je les estimais car je croyais qu'elles gagnaient leur vie honnêtement alors qu'en effet, leurs métiers de femmes de ménage, n'est qu'un voile qui recouvre de longues histoires. Que vais-je devenir dans cette jungle que Bineta appel « la vie » seigneur ?
Partie 2
Un doux vent de fraîcheur était venu taquiner nos corps en ce petit matin d'hiver à Dakar. Je n'avais comme couverture que le petit drap que maman m'avait remis et la fraîcheur a été beaucoup plus forte qu'elle durant toute cette première nuit que j'ai passé dans cette capitale. Déjà que je n'ai pas dormi de la soirée, c'est qu'à l'aube que j'ai pu fermer l'œil, lorsque la fraîcheur m'a encore tiré de mon sommeil. Toute la chambre ne tarda pas à se réveiller d'ailleurs car s'était déjà l'heure d'aller au travail. Bineta et Amy ont pris leur bain en même temps afin de gagner du temps, avant que ce soit le tour de Diarra, puis moi et Ndèye. Dès que je posais les yeux sur les toilettes, je m'emparais à nouveau de mon arsenal de nettoyage, pour rendre plus supportable ces lieux. « Tu ne pourras pas continuer à nettoyer les toilettes à chaque fois que tu devras les utiliser Khady, se sont ses utilisateurs qui ne sont pas propre. » Disait Ndèye, alors que je ne lui répondais pas. Je ne vais pas utiliser des toilettes insalubres, s'il faut me transformer en femme de ménage pour cela, je le ferais.
Nous finissons toutes de prendre nos bains, avant de nous diriger chacune vers son lieu de travail. Nous avions d'ailleurs affrété le même bus car toutes les filles travaillaient dans le quartier de Fann, alors que moi je me rends à l'université qui est également basée non loin de ce quartier. A peine que nous descendons du bus, Bineta se dirigea chez ses patrons en compagnie de sa sœur qui devrait y prendre sa place, pendant qu'elle serait la nouvelle gérante de la boutique que sa patronne vient d'ouvrir en ville. « Ndèye, ces gens-là sont très riche. Tu as vu tout ce que j'ai rien qu'en les côtoyant ? Alors essaye de te montrer le plus sage et le plus respectueux possible. La patronne est très idiote, elle ne verrait pas le démon sous ses yeux, elle chante partout qu'elle me préfère à ses propres sœurs alors que je couche avec son mari sous ses yeux. Donc voilà un peu le genre de personne... » Finissait Bineta lorsque Diarra lui coupa la parole : « Oulla !!! Quel sage conseil d'une grande sœur à une petite sœur. Ne soit pas surprise si ta sœur emprunte le même chemin que toi. » « Mêle-toi de tes affaires Diarra. Ce qui m'étonnerait ce serait que Ndèye prenne un chemin autre que celui de sa chère sœur. Car il faut bien nourrir l'entreprise familiale pas vraie petite sœur ? » Répondit Bineta en lançant un rire complice à sa sœur.
Elles poursuivirent leur route, alors que j'attendais l'ami du patron de Bineta, qui devait m'aider avec la tumultueuse épreuve de l'inscription à l'université. La secrétaire me faisait patienter ainsi que d'autres jeunes étudiants venu certainement pour la même raison que moi. Il arrive enfin sur les lieux et demande à me prendre en premier.
-Bonjour, mademoiselle, monsieur Sow (le patron de Bineta) est un très bon ami à moi et je porte un grand intérêt aux étudiants qu'il m'envoie. Tu t'appelles comment ?
- Je m'appelle Khadidiatou.
- Vous avez un joli prénom, mais je préfère quand même vous appeler Khadija. Ça vous plairez ?
- Euh oui pourquoi pas. (Comme si je pouvais dire non. Khady, Khadidiatou, Khadija, « yeup béne la, nama diapalé rek » c'est la même chose tant qu'il m'aide. »
- Bon charmante Khadija, moi on m'appelle monsieur Diagne mais tu peux m'appeler Diagne, je vais tout d'abord te donner ce certificat médical déjà visé, tu n'as qu'à remplir les parties vides, ensuite je me charge de l'inscription.
Eh bien, il est speed lui ! Ne puis-je m'empêcher de dire tout bat. Bien que sa façon de m'appeler ne me plait pas trop de la part d'un homme qui pourrait en plus être mon père, mais j'imagine que c'est juste un comique tout comme moi qui adore faire rire aux gens. Je fini de remplir le papier médical qu'il m'avait remis certifiant que j'avais fait la visite médical comme tous les étudiants et que j'étais bien portante. Je lui donne ensuite tous les papiers nécessaires pour l'inscription, puis au moment de lui donner la somme requise, il m'arrêta.
-Non mais tu fais quoi là ? Oh ma toute belle, il ne faut pas me frustrer toi aussi. Penses-tu que je vais te laisser payer si peu d'argent ? Ou c'est parce que tu ne comprends toujours pas ce qui est entrain de t'arriver ? Tu es en face de ton passeport ou si tu veux même de ton visa à l'université. Tout ce dont tu auras besoin, tu pourras compter sur moi. Et pour tes finances, sache qu'à partir d'aujourd'hui tu n'auras plus besoin de t'en occuper, je prendrais tout à ma charge.
(Tout ? Il veut dire que je n'aurais plus besoin de dépenser un rond ? Mais pourquoi ferait-il cela pour une personne qu'il vient à peine de rencontrer ?) Ne puis-je quand même m'empêcher de me demander avant de dire avec une voix légèrement timide.
-Je ne peux vraiment pas accepter cela. Je ne suis rien et personne devant vous, alors je ne vois pas pourquoi vous devriez faire tout cela pour moi ?
Je me lève en même temps de mon siège avant de lui lancer : « Vous êtes très gentil monsieur, mais je ne souhaite pas être plus privilégié que mes camarades, donc je vous remercie pour toute l'aide que vous me proposez, mais je préfère essayer de m'en sortir toute seule. ». Je reprends les papiers que je lui avais remis pour partir, lorsqu'il me retient par le bras.
-Attend s'il te plait, on ne sait pas bien compris. Figure-toi que j'ai des filles de ton âge qui sont aussi dans cette université, donc si je fais tout cela, c'est juste parce que je te vois comme mes filles là. En plus tu as vu le nombre d'étudiants qui m'attendent dehors ? Tout le monde a besoin d'un coup de pousse ici. Je t'en prie, tu peux prendre mon geste comme celui d'un père, ou alors d'un oncle qui souhaite aider sa nièce.
(C'est réellement de la gentillesse alors.) Penses-je après ses derniers mots si rassurant. Je le remercie vivement, avant de sortir après lui avoir donné le numéro de téléphone de Bineta sur lequel il pourra me joindre si besoin il y'a. Il y a au moins des personnes censées dans cette jungle de Dakar et Ndèye pourra également en dire autant avec le bel accueil que sa nouvelle patronne lui a réservé.
En effet dès qu'elle pénétrait en compagnie de sa sœur dans son nouveau lieu de travail, sa patronne prit la peine de bien la mettre à l'aise, avant de la présenter à ses trois enfants parmi lesquels Tapha, son fils ainé de vingt - deux ans qui semblait ne pas remarquer la présence de Ndèye, tellement qu'il était concentré sur son IPod à cette heure déjà. Ndèye n'avait cependant pas manqué de lui lancer un regard bien profond, admirant ainsi le charme et la belle carrure de ce dernier. (Oh qu'ils sont beau les hommes dakarois, je m'imagine déjà entre les bras de ce beau gosse.) pensa-t-elle lorsque tout à coup la voix de sa patronne la tira de ses pensées. « Tu es ici chez toi Ndèye, contrairement à ce que j'avais avec ta sœur, toi je souhaite que tu dormes ici. Au lieu de cinquante mille, tu recevras soixante mille pour ainsi travailler même les dimanches. Tu auras le droit d'aller voir ta sœur les après-midi si tu le veux, mais tache de revenir avant l'heure du diner vingt heures, car c'est toi qui devra le servir. Tu as des questions ? » Elle se mit à hésiter pour parler lorsque Bineta s'exclame : « Non pas du tout. Elle est bien sûr d'accord avec cela. Allez, vient te changer Ndèye, je vais te montrer le travail que tu auras à faire chaque jour. » Elle la tira presque en courant vers la chambre des domestiques, alors que cette dernière ne semblait plus aussi emballait que ce matin.
-Mais pourquoi tu lui as dit que je n'avais rien à dire Bineta ? Je n'ai pas envie de vivre avec ces inconnus, en plus en passant la nuit ici, je ne passerais plus de temps avec vous.
- Ferme-là ! Qu'est-ce que tu vas faire avec nous dans notre maison misérable ?
- N'est-ce pas toi qui disais que vous viviez dans cette grande maison R+1 ?
- Voilà ce que je dis encore de ton ignorance. En comparant ce taudis à cette villa, comment peux-tu choisir cette vielle et sale maison ? Tu as bien pu voir que tout ce que je racontais à propos de cette maison n'étaient que de purs mensonges, car elle n'est ni belle ni grande.
Elle s'agenouille enfin devant sa petite sœur, lui soulève le menton puis poursuit : « Ma chérie, ce monde ne nous a rien offert à part notre beauté. Ces gens sont riches et ont tout ce qu'ils désirent dans leurs vies. Nous travaillons comme des esclaves dans leurs maisons pendant qu'ils se prélassent dans leurs bureaux climatisés. Et en contrepartie, nous recevons quelques miettes et des cris et injures. Alors je te conseille de prendre ta part du gâteau en rendant dingue tous les hommes qui fréquenteront cette villa. Tu gagneras plus rapidement de l'argent ainsi, sans trop d'efforts en plus. Regarde-moi chérie, à nous deux, nous pouvons construire une grande villa pour maman au village, ce qui rendra folles de jalousies ses coépouses, mais pour cela, il va falloir te laissé aller avec les hommes, d'accord ? »
Sa sœur lui envoya un regard perdu, avant de hocher positivement la tête. Elle n'avait pas bien saisie les dires de sœur, mais elle avait juste retenu qu'il fallait bien s'amuser avec des hommes pour s'en sortir. Elle s'empare ensuite de son balai, commençant ainsi à nettoyer la cours arrière où Tapha l'observait pour la toute première fois. Il n'avait pas fait attention à elle lorsqu'elle est arrivée, mais maintenant qu'il l'a remarqué, il se dit intérieurement que leur nouvelle femme de ménage est bien plus jolie que sa grande sœur, cependant concentré sur l'examen qui l'attend, Tapha se remet aussitôt à ses devoirs, chassant ainsi les divagations de son esprit. Alors que de mon côté, je me mets sur les bancs du jardin de la faculté où je recopie les cours que j'ai raté, quand soudain un jeune homme vain se mettre à mes côtés.
-Bonjour mademoiselle, vous êtes nouvelle apparemment ?
Je ne daigne pas lui répondre et continue à recopier le cours que j'avais sous les yeux, mais il poursuit quand même.
-Je m'appelle Habib, je suis en licence de droit privé et toi ?
Je continue à faire comme s'il n'était pas là et me concentre sur ce cours que Mr Diagne m'a trouvé au près d'un de ses étudiants. Ce dernier d'ailleurs arrive comme mon sauveur.
-Eh toi là, que fais-tu ici à importuner cette jeune fille ? Ecoute-moi bien Habib, si je te revois roder au tour d'elle tu auras affaire à moi ok ?
- Calme monsieur, je voulais juste faire connaissance avec elle, vu qu'elle semble ne connaitre personne ici. Mais bon puisqu'elle fait partie des intouchables, sorry !
Il laissa sa place à Diagne, s'éloignant avec son pantalon usé sous le poids de l'âge. Diagne me demande ensuite si je me débrouille bien avec ce cours qu'il m'avait trouvé, avant de m'inviter à dîner ce soir. Je refuse au début comme à mes habitudes, puis par peur de le vexer comme tout à l'heure, je finis par accepter.
-Tu vois ces petits étudiants, ils ne font que t'embêter et t'empêcher d'étudier, alors ne vas pas perdre ton temps avec eux et concentre toi sur tes cours. Si tu as besoin de quelques choses c'est à moi que tu dois t'adresser d'accord ?
Je hoche positivement la tête, avant de le quitter pour me rendre chez les Sow afin de voir comment se débrouille Ndèye pour son premier jour de travail. Elle m'accueille dans la cuisine où elle prépare le déjeuner, sans que je manque d'observer qu'il y'a un peu moins d'enthousiasme en elle.
-Il se passe quoi Ndèye ? Tu m'as l'air un peu triste.
- Je suis obligée de passer les nuits ici loin de toi chérie ?
- Oh non ! Tu me laisses seule avec les filles ? Bon ne t'inquiète pas pour moi, je passerai te voir tous les jours ici promis. Prête-moi ton portable s'il te plait, je vais appeler maman.
J'achète un peu de crédit à la boutique, avant de lancer l'appel sur le portable de maman qui décroche après quelques coups de sonneries.
« Allo maman ! Tu me manques tellement maman... J'ai rencontré un ami de monsieur Sow, le patron de Bineta. Il est tellement gentil maman, il s'est entièrement occupé de mon inscription et il dit que je pourrais compter sur lui pour tout ce dont j'aurais besoin ici à l'université. »
« Hum ! Et tout ceci contre quoi en retour ma chérie ? »
« Il le fait par pur gentillesse maman. J'ai douté de lui au début, mais il m'a fait savoir qu'il me considère comme sa fille, en plus du fait que c'est monsieur Sow qui nous a mis en contact. »
« Je veux bien te croire, mais ma chérie ce monde est cruel et pleins d'individus mal intentionnés. Cependant si Dieu verse sur toi tout le bien que j'ai fait pour les gens et dans mon foyer, tu n'auras jamais d'ennuis dans cette vie. Mais garde toujours l'éducation que je t'ai inculqué comme pilier. »
Je raccroche ainsi le téléphone avec maman, avant de poursuivre ma conversation avec Ndèye.
- Oh figure toi que l'ami de Mr Sow est très gentil, il m'a même invité à dîner ce soir.
- Waw ! Toi alors tu es bien rapide ma petite, tu te fais déjà un gros poisson ? Attend au moins ta copine !
- Ey ne va pas t'imaginer des choses, il est juste comme un père pour moi.
- Oui c'est ça, ce n'est pas ton vieux père El hadji Faye qui va t'inviter à dîner. Arrête d'être aussi naïve et grandit un peu.
- Oh Ndèye « danga sof » (tu es chiante) j'y vais moi avant de rater mon cours à force d'écouter tes bêtises.
Je sortis de la cuisine riant toujours aux paroles de Ndèye. Comment un homme aussi âgé pourrait-il s'intéresser à moi ? Rien que cette idée me fait encore plus rire que je ne vis pas le chargeur de l'ordinateur portable qui était branché entre l'entrée de la maison et le petit couloir où était posé l'ordinateur sur une table. Je trébuchai et m'apprêtais à me diriger vers une belle chute, lorsqu'un jeune homme vain me rattraper de justesse. Nos regards se croisèrent intensément pendant quelques secondes avant qu'il éclata de rire. Il se moqua pendant quelques minutes de moi me faisant me sentir tellement ridicule que je ne daigne même pas lui dire en revoir avant de partir, je ne sais pas comment peut-on être aussi bête, ce gars vient d'entrer dans ma liste noire c'est sûr.
Partie3
Il est treize heures à Dakar, toutes les familles s'apprêtent à déjeuner afin que les jeunes écoliers puissent retourner à l'école l'après-midi. Dioussi terminait de mettre la table avant d'appeler les enfants pour prendre le repas. Adja la plus jeune ne tarde pas à arriver sur les lieux, alors qu'Issa est encore dans sa chambre où il surfe sur sa tablette, ne faisant pas attention aux appels de Dioussi qui finit par le retrouver à l'étage.
-Issa, c'est toi qu'on attend pour déjeuner, descend s'il te plait.
- Depuis quand manger est une obligation ? Si tu ne me vois pas descendre, sache que c'est parce que je n'ai pas envie, pas la peine de venir m'embêter !
- Issa ! Depuis quand utilises-tu un langage aussi arrogant ?
- Depuis que je passe ma vie à obéir aux ordres d'une bonne ! Maintenant dégage et ne viens plus me déranger dans ma chambre sans y être invité d'accord !
Dioussi n'en revenait pas d'entendre ce garçon qu'elle a vu naître et à qui elle a consacré toute sa vie lui parler ainsi. Elle travaille depuis dix-huit ans pour cette famille et Issa s'attache d'ailleurs plus à elle qu'à sa mère qui est très fréquemment en déplacement. En effet, travaillant dans les affaires étrangères, Dina passe plus de temps à l'extérieur qu'au Sénégal. Omar (son ex-mari) qui au début supportait bien les absences de sa femme, finit par lui imposer d'arrêter son travail car il ne pouvait plus supporter tous ses déplacements. Les problèmes avaient ainsi commencé entre ces deux jeunes mariés, dont leur fils n'avait que cinq ans à l'époque. Ils n'étaient plus ce qu'on appelait un couple, Dina faisait ses voyages comme son emploie le lui préconisait, et son mari également ne se privait pas de ramener ses maîtresse à la maison pendant les déplacements de sa femme.
Issa alors très jeune, ne pouvait savoir ce qui se passait entre ses parents, mais cette situation mettait la pauvre Dioussi dans une position assez inconfortable. Elle qui était devenue membre à part entière de cette famille, ne pouvait dire à sa patronne ce que son époux faisait derrière son dos par peur d'être la responsable de la séparation définitive de ce couple, et elle ne pouvait non plus parlait à son patron, par peur qu'il lui remette à sa place, elle avait donc décidé d'entamer une discussion avec sa patronne, qui aurait pour but de l'aider à sauver son foyer.
*** Souvenirs
-Madame, j'aimerais bien m'entretenir avec vous au sujet de votre mariage si vous me le permettez bien sûr.
- Tu peux tout me dire Dioussi. Tu sais que j'ai perdu mes parents et que j'étais fille unique. Donc s'il y'a une personne perdu sur cette terre c'est bien moi. Mon mariage s'est envolé en éclat il y'a bien longtemps et je n'ai personne à qui en parler. Tu es ma sœur, mon amie et la seule personne sur qui je peux avoir confiance, alors dis-moi.
- Madame, votre mari a besoin de vous à ses côtés. Je ne dis pas que vous devriez arrêter votre travail, mais prenez au moins une disponibilité afin de reconstruire votre foyer. En cinq ans, je ne vous ai jamais vu prendre un seul jour de congé, votre entreprise vous doit bien ça alors. Essayez de reconquérir votre mari, faites-le pour votre fils et pour votre propre bonheur également, car vous n'avez plus de vie. Avant votre fils ne pouvait pas comprendre ce qui se passait, mais il a dix ans aujourd'hui et il souffre de l'atmosphère de votre famille.
*** Fin souvenirs
Les mots de Dioussi eurent l'effet escompté pour Dina qui appliqua ces conseils à la lettre en prenant six mois de disponibilité qu'elle passa entièrement aux côté de son homme et de son fils. Son mari fut un peu retissant au début, mais son amour fut plus fort que sa colère contre sa femme et ils finirent par se retrouver, allant jusqu'à faire leur second enfant Adja. C'est pour cette raison qu'il y'a cette grande différence d'âge entre Adja et Issa. Cependant après la naissance de cette dernière, les disputes reprirent de plus belles. La communication était devenue impossible dans ce couple, à chaque fois qu'ils essayaient de se parler, ça finissait en disputes houleux où toutes sortes d'animosités se disaient.
Leur fils qui n'était plus l'enfant d'avant commençait à en souffrir énormément et cela se répercutait sur ses notes d'écoles. Lui qu'on nommé le « surdoué », se retrouvait avec des notes catastrophique, ce qui exaspérait ses professeurs qui avaient fini par convoquer ses parents pour leur en parler. Ils décidèrent ainsi de se séparer à l'amiable, afin de ne plus se faire mal, ainsi qu'à leurs enfants qui ne supportaient plus cette situation et ne méritaient pas cette vie que leurs parents allaient leurs imposer. C'est ainsi qu'ils avaient divorcé à l'amiable, pour leur bien et celui de leurs enfants. Dina en a bien sûr souffert plus que son mari, mais leurs enfants n'avaient pas semblés être trop affecté par la situation encore qu'Adja n'avait alors que trois mois.
Dioussi fixa encore un moment cet adolescent qui était visiblement en manque de présence masculine dans sa vie, avant de refermer la porte. Elle retrouva la petite Adja dans la salle à manger où elle l'attendait gaiment, avant d'entamer ce déjeuner qui commençait à refroidir, alors que Bineta et sa patronne étaient au terme de leur déjeuner, dans cette boutique de tissus que la dernière nommée venait d'ouvrir. Mme Sow, du nom de jeune fille Kadia Diallo, est une dame d'une beauté et d'une finesse remarquable. Ses quarante-six ans passés dans ce monde, n'ont en rien vieilli son corps et son dur commerce qui l'oblige à voyager partout à travers le monde pour trouver une bonne marchandise pour sa clientèle, n'a également pas épuisé son visage.
Son joli teint clair et ses traits fins de « pular », mélangé à sa belle taille de guêpe, lui fournissent un charme qui ferait chavirer tout homme. Bien que très belle avec ses jolies rondeurs, Bineta n'a pas le quart de la beauté de cette ravissante femme. Malgré les sommes vertigineuses qu'elle dépense sur les produits éclaircissants, Bineta n'est toujours pas parvenu à avoir ce teint de Kadia qui l'a rend aussi jalouse d'elle.
-Ah Merci pour ce vers de jus Bineta. Tu t'occupes si bien de moi, je ne sais vraiment pas quoi faire pour te rendre tout ce que tu fais pour moi.
- Que devrais-je dire alors madame ? Depuis que je travaille chez toi, tu t'es montrée si gentille avec moi. Je n'ai pas de sens interdit dans ta maison et vous me considérez comme un membre de votre famille, sans compter tous ce que vous faites pour moi, franchement c'est moi qui devrais vous remercier.
- Tu es ma sœur Bineta, tu es jeune, belle, travailleuse et très courageuse, rien qu'à voir ce que tu fais pour tes parents au village, on pourrait savoir à quel point tu es une fille bien. J'attends avec impatience le jour de ton mariage, tu sauras à quel point je tiens à toi. Mais avant tâche de trouver un homme bien et prépare-toi à m'accompagner pour mon prochain voyage.
- Quoi ? Vous... Vous voulez que je vous accompagne où ?
- A Dubaï ma chérie. Je veux te montrer la voie à suivre pour mener ton propre commerce. Tu vas gérer ensuite la boutique pour mieux connaitre le marché, après tu pourras te lancer dans ton propre affaire.
- Mais tu sais bien qu'il me faut beaucoup de moyens financier pour accomplir ce projet ambitieux que vous avez pour moi.
- Si tu me prouves que tu es assez courageuse pour faire des économies avec le salaire que tu gagnes ici, je n'hésiterais pas à y mettre une petite somme pour t'aider à démarrer.
Bineta fit couler des larmes de bonheur. Elle, une fille du village voyager à Dubaï et finir par avoir sa propre boutique, elle ne pouvait tout simplement pas y croire. Elle se mit à remercier Kadia avant de la serrer très fort dans ses bras. « Je vous rendrez cela un jour, je vous le promets. » Dit-elle entre les bras de sa patronne, lorsque son portable se mis à sonner, affichant « MS ». Elle s'empressa pour décrocher, avant de se réfugier à l'arrière de la boutique.
« Hey mon cœur comment tu vas ? J'ai une bonne nouvelle, figure-toi que « l'innocente » à proposer de m'emmener à Dubaï et de m'aider à mener mon propre commerce. Faudra fêter ça à notre lieu habituel pas vrai ? » Elle discuta encore quelques minutes avec Mr Sow, avant de rejoindre la femme de ce dernier à l'accueil de la boutique. « Apparemment c'est l'heureux élu qui appelait, vu la course de vitesse que tu as fait pour t'éloigner. » Lui dit Kadia d'une voix amicale. « Hum espérons que ça soit lui madame. » Dit-elle un petit sourire aux lèvres, alors que moi je sors à peine de mon dernier cours de la journée dans cette amphithéâtre où une grande partie d'étudiants n'ont pas suivis le cours par faute de place dans la salle.
Je faisais la queue pour prendre le bus qui passait par grand Dakar quand soudain j'aperçue Diagne qui faisait un gros câlin à une jeune fille dans sa voiture, avant que cette dernière n'y descende toute souriante, marchand fièrement vers le pavillon des filles. J'observe encore Diagne qui roule en toute allure vers la corniche au volant de sa luxueuse voiture, la bouche entre-ouverte, ne comprenant pas ce qui venait de se passer, quand Habib vain me dire par dernière : « referme ta bouche, c'est une autre des intouchables qu'il vient de déposer. » Je me retourne, le visage serré, avant de lui lancer : « Ne me parlez pas monsieur, je n'ai pas besoin de votre amitié encore moins de vos blagues idiotes, alors s'il vous plait veuillez m'en épargner. » J'avance en même temps pour pénétrer dans le bus où les passagers entraient un à un pour trouver une place où se mettre pendant le trajet. Je réussis enfin à me poser derrière le chauffeur, pensant que je me suis enfin débarrassé d'Habib, quand je l'entends me dire à nouveau : « Moi Habib alias BIB, je suis au courant de tout ce qui se passe à l'UCAD (université Cheikh Anta Diop de Dakar), je connais tout le monde et je peux te sortir de toutes les situations, donc tu peux m'ignorer tout de suite, mais ça ne va pas durer jeune fille. » Je prends le temps de le défigurer un long moment puis je me mets à sourire comme si on m'avait chatouillé. Sentant qu'il commence à s'énerver, je lui dis : « Mr le recteur de l'UCAD, merci pour ta gentillesse et ta disponibilité, mais tu peux te la garder. »
Il ne répondit plus alors que les questions commençaient à défiler dans ma tête. Etait-ce l'une de ses filles qu'il déposait ainsi ? Ou alors c'est une fille qu'il souhaitait aider tout comme il le fait pour moi ? Non en fait, c'est un coureur de jupon qui ne fait que jouer avec les filles de l'université. J'ai entendu dire qu'il y'en avait beaucoup à l'université et je pris donc ma dernière supposition en compte. Cet homme va m'entendre, s'il pense pouvoir jouer avec ma personne, c'est parce qu'il me connait mal. J'arrive à la maison où je m'allonge directement sur le lit des filles, avant de tomber dans les bras de Morphée qui avait été très dur avec moi la nuit dernière. Quelques heures plus tard, j'entendis Bineta qui me réveille de sa voix aigüe, criant dans toute la chambre.
-Non mais tu vas me laisser dormir, que me-veux-tu Bineta ?
- Lève-toi petite villageoise ! A quelle heure comptais-tu te préparer pour ton dîné ? Il est dix-neuf heurs je te signale.
- Quel dîner ? Je ne sortirais pas avec ce goujat, laisse-moi tranquille s'il te plait.
- La tranquillité ? C'est hors de ce taudis où tu pourras l'avoir jeune fille, allez lève-toi, fait le au moins pour Sow qui vous a mis en rapport et pour moi aussi. Allez vite, il t'attend dehors.
Elle parla encore quelques minutes, avant de me convaincre à y aller, bien que je me dise que je ne devrais pas faire cela. Je finis de me préparer quand j'aperçois les regards horrifiés de Bineta, Amy et Diarra, qui parcourent le long de ma tenue.
-Tu comptes y aller comme ça ?
- Euh... Oui bien sûr, c'est quoi le problème ? Mes habits son sales ?
- Très sincèrement, j'aurais préféré que tu portes un ensemble sale, plutôt qu'un ensemble jogging pour aller à un dîner.
- Oh les filles, ce n'est pas comme si j'allais au palais aussi, c'est juste un repas.
- D'accord, nous allons bien t'apprendre à te foutre de la mode.
Elles me jetèrent aussitôt sur le lit et prirent le soin de me déshabiller en un temps record sous mon fou rire et mes cries. Ensuite, elles prirent une robe de Dioussi qui faisait la même taille que moi, qu'elles m'avaient obligés à mettre, avant de me donner des chaussures à talon compensé, et me filer un jolie sac à main. Bineta se chargea ensuite de me faire un maquillage speed, avant que je ne sois fin prête à partir.
-Eh ! Où comptes-tu emmener ces tresses de grand-mère ? Je te promets que les clients du restaurant te prendront pour une folle. Allez enfile cette perruque et prend ces Bijoux, Diagne t'aidera à les enfiler dans la voiture, il va adorer sentir d'aussi près ce parfum venu tout droit de l'Italie que j'ai vaporisé sur toi.
Je ne fis pas trop attention aux paroles de Bineta qui pensait que tout tournait au tour de l'amour, alors que moi j'allais tout simplement dire ces quatre vérités à cet homme. J'avais pour intension de lui dire dans la voiture que je n'étais pas son toutou, mais après ce changement de look que les filles m'ont fait, j'ai bien envie de sortir, afin de profiter un peu de cette belle tenue. De toute façon, je lui dirais ce que j'ai sur le cœur après le dîner. Je pénètre dans la voiture, m'éloignant ainsi avec Diagne, vers un monde nouveau.