Léa se tenait devant la grande baie vitrée du salon, ses mains tremblantes serrées contre la froideur du verre. Dehors, une pluie fine s'abattait sur le jardin, dessinant des perles sur les feuilles des arbres. Le paysage gris semblait refléter l'état de son cœur. Elle fixait le vide, incapable de détacher son regard de l'horizon, comme si quelque chose allait surgir de cette brume pour l'arracher à la douleur sourde qui la rongeait. Ses pensées tournaient en boucle, chaque image se heurtant à la réalité inévitable.
Derrière elle, elle entendit un bruit, puis des pas lents approcher. Lucas entra dans la pièce, silencieux. Il s'arrêta à quelques mètres d'elle, hésitant, comme s'il ne savait pas quoi dire, ou peut-être ne voulait-il simplement rien dire. Léa ne se retourna pas. Elle n'avait pas besoin de voir son visage pour savoir ce qu'il pensait. La vérité, implacable, la frappait de plein fouet depuis des jours. Elle avait espéré, prié même, que ce ne soit qu'une erreur, une rumeur sans fondement. Mais ce soir, tout était sur le point d'éclater.
« Lucas, combien de temps ? » demanda-t-elle d'une voix cassée, encore plus faible qu'elle ne l'aurait souhaité.
Un silence. Puis, un soupir long et lourd. « Léa... je... je ne sais pas quoi te dire. »
Elle ferma les yeux. Sa poitrine se serra tandis qu'elle essayait de contrôler les battements rapides de son cœur. Elle s'était préparée à cette réponse, mais rien n'aurait pu apaiser la douleur qu'elle ressentait à cet instant précis.
« Dis-moi la vérité, » continua-t-elle, sa voix tremblant légèrement. « Depuis combien de temps ? »
Lucas se passa une main nerveuse dans les cheveux, évitant son regard. « Deux ans, » murmura-t-il finalement.
Léa sentit un frisson glacé lui traverser le corps. Deux ans. Cela voulait dire que tout ce temps, pendant qu'elle se battait pour leur couple, pour leur mariage, il avait déjà une autre femme dans sa vie. Clara. Le nom résonna dans sa tête comme une condamnation. Chaque moment où elle avait cru à ses excuses, à ses absences de plus en plus fréquentes, chaque promesse d'amour éternel... tout cela n'avait été qu'un mensonge.
« Et elle ? » Léa tourna finalement la tête, le visage livide. « Qu'est-ce qu'elle a de plus que moi ? »
Lucas baissa les yeux. Il n'avait pas de réponse à offrir. « Ce n'est pas ça... Ce n'est pas une question de plus ou de moins. »
« Alors quoi ?! » s'exclama-t-elle, la voix soudainement plus forte, perçant le silence tendu de la pièce. « Tu m'as trahie, Lucas. Tu m'as menti. Pendant deux ans ! Comment as-tu pu ? »
Il secoua la tête, comme s'il luttait pour trouver les mots justes, mais ils ne venaient pas. « Je ne peux pas t'expliquer... Ça s'est passé comme ça. C'était hors de mon contrôle. »
Léa éclata d'un rire amer, un rire qui n'avait rien de joyeux. « Hors de ton contrôle ? Tu crois que je vais te pardonner ça ? » Elle se retourna complètement pour lui faire face. Ses yeux étaient brillants, remplis d'une colère froide qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant. « Rien n'est hors de contrôle, Lucas. Tu as fait un choix. Et ce choix, c'était elle. »
Le silence entre eux devint presque insupportable, lourd de non-dits et de regrets. Lucas semblait chercher quelque chose à dire pour atténuer le choc, mais rien ne viendrait combler le fossé qu'il avait creusé entre eux.
Léa s'approcha de lui, le regard fixé sur son visage. « Et maintenant, qu'est-ce que tu attends de moi ? Que je te pardonne ? Que je fasse comme si tout cela n'était rien ? »
Lucas secoua la tête. « Non... Je ne te demande pas de pardonner. Je sais que c'est trop te demander. Mais... » Il inspira profondément, les yeux brillants de culpabilité. « Je ne peux pas continuer comme ça, Léa. Ce n'est pas juste pour toi. Je... je te fais souffrir. »
Le cœur de Léa se brisa un peu plus en entendant ces mots. Elle savait ce qui allait suivre. Les pièces du puzzle s'assemblaient enfin, et la réalité était encore plus douloureuse que tout ce qu'elle avait imaginé.
« Tu vas partir. » Ce n'était pas une question. C'était une affirmation, une certitude glaciale qui s'insinuait en elle.
Lucas ne répondit pas immédiatement, mais son silence en disait long. Léa recula d'un pas, comme si la distance physique pouvait la protéger de l'énormité de ce qu'il venait d'admettre. Elle le fixa, incrédule. « Pour elle ? »
Il hocha la tête, presque imperceptiblement.
Léa sentit ses jambes fléchir, mais elle se redressa, refusant de s'effondrer devant lui. Elle avait encore une once de fierté, même si son cœur saignait. « Alors c'est ça. Trois ans de mariage, et tout ce que ça signifie pour toi, c'est un souvenir. »
Lucas ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son n'en sortit. Il savait qu'il n'avait pas d'excuse valable. Léa le fixait, ses yeux brillants de larmes qu'elle refusait de laisser couler.
« Va-t'en, Lucas, » dit-elle finalement d'une voix rauque, étouffée par l'émotion. « Va-t'en avant que je ne change d'avis. »
Lucas hésita, mais il savait qu'il n'avait plus sa place ici. Il détourna les yeux et se dirigea lentement vers la porte. Chaque pas semblait lourd, comme s'il pesait sous le poids de ses décisions. Avant de sortir, il s'arrêta, sa main sur la poignée. « Léa, je suis désolé. »
Mais ces mots n'avaient plus de sens. La porte claqua doucement derrière lui, laissant Léa seule dans un silence oppressant. Elle se laissa glisser contre le mur, ses genoux cédant sous elle. Les larmes qu'elle avait retenues éclatèrent enfin, coulant librement sur ses joues. Elle avait tout donné pour cet homme, tout sacrifié pour leur vie ensemble, et il venait de tout piétiner.
Son esprit était en ébullition, chaque pensée plus douloureuse que la précédente. Comment avait-elle pu ne pas voir ? Comment avait-elle pu se mentir à elle-même pendant tout ce temps, croyant que leur amour était plus fort que les difficultés qu'ils avaient traversées ? La trahison était totale, absolue.
Elle se leva finalement, ses jambes encore tremblantes, et se dirigea vers la chambre. Les souvenirs de leur vie ensemble la frappèrent à chaque pas : les rires, les moments complices, les promesses murmurées dans l'obscurité de la nuit. Tout cela n'était plus qu'un mensonge, un mirage. Elle ouvrit la porte de la chambre à coucher et s'avança vers le placard. D'un geste brusque, elle commença à vider ses affaires, jetant vêtements et objets sur le lit. Elle ne voulait plus rien qui puisse lui rappeler Lucas. Plus rien de cet homme qui l'avait trahie.
Elle se laissa tomber sur le lit, épuisée, son regard fixé sur le plafond. Les larmes continuaient de couler, mais à mesure que la nuit avançait, une étrange sensation de calme s'installa en elle. La douleur était toujours là, mais elle laissait place à quelque chose de plus froid, plus déterminé. Léa savait qu'elle devait reprendre le contrôle de sa vie, reconstruire ce qu'il avait détruit.
La pluie battait toujours contre les fenêtres, mais à l'intérieur de Léa, quelque chose venait de changer. Elle se releva, essuya ses larmes et se regarda dans le miroir. « C'est fini, » murmura-t-elle à elle-même. « C'est fini, Lucas. »
Le silence de la maison n'était plus aussi oppressant. Il était désormais porteur de promesses. Des promesses de renouveau, de liberté. Léa n'avait plu » peur du vide. Ce vide, elle allait le remplir de nouvelles choses, de nouvelles ambitions. Lucas l'avait brisée, mais il ne pourrait plus jamais la détruire.
Le soleil se couchait lentement derrière les arbres, teintant le ciel d'un rose orangé. Léa, assise sur le bord de son lit, observait distraitement les derniers rayons filtrer à travers les rideaux. Sa chambre était devenue méconnaissable depuis qu'elle avait entrepris de retirer tout ce qui lui rappelait Lucas. Les photos de leur mariage, leurs souvenirs de vacances, même les petits objets du quotidien qu'il avait touchés. Tout avait été soigneusement empaqueté et relégué au grenier.
Ses yeux se posèrent sur le cadre vide qu'elle avait laissé sur la table de chevet. C'était là que leur photo de mariage trônait autrefois. Le sourire qu'elle avait sur ce cliché semblait aujourd'hui appartenir à une autre femme, quelqu'un de bien plus naïf. En détournant le regard, elle sentit une boule se former dans sa gorge. Elle n'avait plus pleuré depuis cette nuit où Lucas était parti. Elle se refusait de sombrer à nouveau dans la douleur, mais la blessure était encore à vif.
Tandis qu'elle se perdait dans ses pensées, son téléphone vibra sur la table à côté d'elle. Elle regarda l'écran et reconnut le nom de Sophie, sa meilleure amie depuis l'enfance. Hésitant une seconde, elle finit par décrocher.
« Allô ? » Sa voix était un peu rauque, comme si elle n'avait pas parlé depuis des heures.
« Léa ! » La voix de Sophie résonna avec enthousiasme à l'autre bout du fil, apportant une vague de chaleur inattendue. « Comment tu vas ? »
Léa soupira. « Ça va... Enfin, aussi bien que possible, tu vois. »
« Je me doutais bien que ça n'irait pas fort. Écoute, je pensais justement passer te voir ce soir. J'ai pris une bouteille de vin. On pourrait parler, ou juste ne rien dire du tout si tu préfères. Qu'est-ce que t'en dis ? »
Léa esquissa un sourire malgré elle. Sophie avait toujours cette manière de rendre les choses moins lourdes, plus faciles à gérer. Elle savait exactement quand pousser, quand écouter, et quand se taire. « Ça me ferait du bien, oui. Viens, j'ai besoin de parler de tout ça. »
« Parfait, j'arrive dans quinze minutes. Prépare les verres, je m'occupe du reste. »
Léa raccrocha, se sentant un peu plus légère. La présence de Sophie était la seule chose qui pourrait la tirer momentanément de cette torpeur. Elle se leva, se dirigea vers la cuisine et sortit deux verres à vin. Elle ne savait même plus à quand remontait sa dernière soirée tranquille avec une amie. Ces derniers mois avaient été un tourbillon de stress entre son travail et ses efforts désespérés pour sauver son mariage. Maintenant, tout cela semblait loin. Ce n'était plus qu'un champ de ruines dont elle devait s'extraire.
Quelques minutes plus tard, la sonnette retentit. Léa ouvrit la porte et accueillit Sophie dans une étreinte chaleureuse. « Merci d'être venue. »
Sophie se défit de son manteau en souriant. « Tu sais bien que je suis là, toujours. Et pour ce soir, pas de pitié. On boit, on rigole, et on oublie cet idiot de Lucas, d'accord ? »
Léa hocha la tête, un mince sourire se dessinant sur ses lèvres. « D'accord. »
Les deux femmes s'installèrent dans le salon, chacune avec son verre de vin. Sophie ouvrit la bouteille avec expertise et versa le liquide rouge foncé dans leurs verres. Un silence confortable s'installa pendant un moment, alors qu'elles dégustaient les premières gorgées.
« Alors... » commença Sophie après un moment, en posant son verre. « Parle-moi. Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? »
Léa haussa les épaules, jouant nerveusement avec la tige de son verre. « Il m'a trompée. Avec Clara, sa collègue. Pendant deux ans. »
Sophie leva les sourcils, choquée. « Deux ans ? » Elle posa son verre brusquement. « Mais c'est incroyable ! Comment est-ce que tu ne t'es rendu compte de rien pendant tout ce temps ? »
Léa laissa échapper un rire amer. « Je crois que je ne voulais tout simplement pas voir. Il y avait des signes, bien sûr. Il rentrait tard, il était de plus en plus distant... Mais à chaque fois, je trouvais une excuse pour ne pas affronter la réalité. Je me disais qu'il était fatigué à cause du travail, qu'on traversait une mauvaise période, tu sais. »
Sophie secoua la tête, le regard empli de compassion. « Personne ne peut te blâmer pour ça. On fait tous ça quand on aime quelqu'un. On veut croire que tout ira bien. » Elle posa une main sur celle de Léa. « Mais tu es incroyablement forte, Léa. Tu vas t'en sortir. »
Léa hocha la tête sans grande conviction. « Peut-être. Pour l'instant, je me sens surtout vide. Comme si tout ce que j'avais construit s'était écroulé. »
« C'est normal, » murmura Sophie. « Mais ce n'est qu'une étape. » Elle s'appuya contre le dossier du canapé et leva son verre, un sourire malicieux aux lèvres. « Bon, maintenant, assez parlé de Lucas. Parlons de toi. Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? »
Léa haussa les épaules. « Je ne sais pas trop. Je dois d'abord gérer les démarches du divorce, puis peut-être... Peut-être que je vais quitter la ville. Repartir à zéro ailleurs. »
Sophie fronça les sourcils. « Quitter la ville ? Vraiment ? Tu penses que fuir est la solution ? »
Léa prit une longue gorgée de vin, réfléchissant à la question. « Ce n'est pas fuir. C'est juste que... tout ici me rappelle lui. Chaque coin de rue, chaque endroit où on allait ensemble. Je veux être libre de tout ça. »
« Je comprends, » répondit Sophie doucement. « Mais tu sais, tu pourrais reconstruire ta vie ici aussi. Lucas n'a pas le droit de te voler ça. C'est toi qui décides de ce que tu veux pour ton futur, pas lui. »
Léa baissa les yeux, incertaine. « Peut-être... Mais pour l'instant, tout ce que je sais, c'est que je veux avancer. Peu importe où. »
Sophie hocha la tête en silence, respectant les pensées de son amie. Elle leva son verre à nouveau. « À ton avenir, alors. Où que tu choisisses d'aller, je serai toujours là pour toi. »
Léa esquissa un sourire sincère pour la première fois depuis longtemps. « Merci, Sophie. Ça compte énormément pour moi. »
Les deux femmes continuèrent à discuter, abordant des sujets plus légers, riant de souvenirs communs et des moments de folie qu'elles avaient partagés dans leur jeunesse. Petit à petit, Léa sentit un poids se lever de ses épaules, comme si, ne serait-ce que pour quelques heures, elle pouvait respirer à nouveau.
La soirée s'écoula paisiblement, et Léa réalisa que, même si sa vie avait été bouleversée, elle n'était pas seule. Elle avait des gens autour d'elle qui l'aimaient, qui la soutiendraient quoi qu'il arrive. Cela lui donna une force nouvelle, une lueur d'espoir dans l'obscurité.
Alors que la nuit tombait complètement et que Sophie se préparait à partir, elle serra Léa dans ses bras une dernière fois. « Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais où me trouver. On traverse ça ensemble. »
Léa hocha la tête, ses yeux brillants de reconnaissance. « Merci. Je suis contente de t'avoir. »
Sophie partit, laissant Léa seule dans le silence du salon. Cette fois, ce silence ne la terrifiait plus. Elle se leva, regarda autour d'elle, puis se dirigea vers la fenêtre. Dehors, les lumières de la ville brillaient doucement, comme une promesse d'un lendemain meilleur. Elle sourit faiblement, puis retourna à l'intérieur. Le chemin serait long, elle le savait, mais pour la première fois depuis des semaines, elle se sentait prête à l'affronter.
Le lendemain matin, la lumière du soleil pénétrait doucement à travers les rideaux de la chambre de Léa, baignant la pièce d'une chaleur réconfortante. Elle se tenait devant le miroir, ajustant machinalement son tailleur. La soirée passée avec Sophie lui avait fait du bien, et même si elle se sentait encore un peu fragile, quelque chose en elle s'était réveillé. Elle était prête à reprendre le contrôle de sa vie, à tourner la page, du moins à essayer.
Son téléphone vibra sur la table. C'était un message de sa mère, toujours inquiète de la voir traverser cette période difficile.
**« Bon courage pour ta journée, ma chérie. On est tous derrière toi. N'oublie pas de passer dimanche pour le déjeuner ! Bisous. »**
Léa sourit légèrement en lisant le message. La chaleur familiale lui manquait parfois. Depuis le départ de Lucas, elle avait préféré éviter les rencontres trop fréquentes avec sa famille, ne voulant pas s'exposer à leurs questions, à leur compassion envahissante. Mais aujourd'hui, elle se promit de se montrer plus présente.
Elle quitta son appartement et se dirigea vers l'hôpital. La route lui semblait plus familière qu'elle ne l'avait imaginée. Le bâtiment où elle travaillait comme médecin généraliste avait toujours été un refuge pour elle, un endroit où elle se sentait utile, où elle avait une vraie raison d'être. Pourtant, ces derniers mois, même ce lieu avait perdu un peu de sa saveur. Chaque jour semblait un défi de plus, une bataille pour rester concentrée sur ses patients tout en jonglant avec les émotions ravageuses qui l'envahissaient.
En arrivant à l'hôpital, elle croisa des collègues dans le couloir qui lui souriaient poliment. Personne n'osait vraiment aborder le sujet de son divorce, même si les rumeurs s'étaient propagées rapidement, comme c'est souvent le cas dans un environnement aussi fermé.
Dans la salle de repos, elle aperçut son collègue et ami, Vincent, en train de préparer un café. Il se retourna en entendant la porte s'ouvrir et sourit en voyant Léa.
« Ah, voilà notre super médecin ! » dit-il en lui tendant un gobelet de café. « Comment tu te sens aujourd'hui ? »
Léa haussa les épaules en prenant la tasse avec un sourire reconnaissant. « Ça va. Un jour à la fois, comme on dit. »
Vincent hocha la tête, puis il la fixa un instant, son sourire s'effaçant légèrement. « Tu sais que si tu as besoin de parler, je suis là, hein ? »
Léa soupira légèrement. « Merci, Vincent. J'apprécie, vraiment. Mais pour l'instant, j'ai juste besoin de me concentrer sur le travail. Ça m'aide à penser à autre chose. »
Vincent sembla comprendre et hocha la tête, tout en prenant une gorgée de son café. « C'est une bonne approche. Parfois, il n'y a rien de mieux que de s'immerger dans ce qu'on fait de mieux. »
Léa acquiesça avant de jeter un coup d'œil à l'horloge. « Bon, je vais aller voir mes premiers patients. À plus tard. »
Elle se dirigea vers son bureau, où une pile de dossiers l'attendait déjà. Elle soupira, mais ce n'était pas un soupir d'épuisement. Cette fois, elle sentait une étrange énergie, une envie de se plonger dans ces cas, de retrouver son rythme. Travailler l'avait toujours aidée à trouver une forme d'équilibre, et aujourd'hui ne ferait pas exception.
En feuilletant le premier dossier, elle se plongea rapidement dans les détails médicaux. Son premier patient de la journée était une femme âgée, madame Renard, qui venait pour son suivi habituel. Léa la connaissait bien ; elle suivait sa santé depuis des années.
Quand la patiente entra dans son cabinet, elle la salua d'un sourire chaleureux. « Bonjour, madame Renard, comment allez-vous aujourd'hui ? »
La vieille dame s'installa dans le fauteuil en face de Léa, un sourire fatigué aux lèvres. « Oh, vous savez, ma petite, ça ne change pas beaucoup. Les genoux me font toujours souffrir, et le froid n'arrange rien. »
Léa hocha la tête avec compréhension. « Oui, j'imagine que ça ne doit pas être évident. Nous allons faire un examen rapide, d'accord ? Et je vais voir ce que je peux vous prescrire pour soulager un peu tout ça. »
L'examen se déroula tranquillement, et Léa sentit peu à peu son esprit s'apaiser en se concentrant sur son travail. C'était un refuge, un espace où elle savait quoi faire, où elle pouvait résoudre des problèmes et apporter un soulagement immédiat. Cela lui manquait d'avoir cette certitude dans sa vie personnelle.
Après avoir terminé avec madame Renard, Léa consulta plusieurs autres patients, chacun avec des problèmes variés. Cependant, vers midi, alors qu'elle s'apprêtait à prendre une pause, elle reçut un appel inattendu.
« Docteur Léa Mercier, » répondit-elle en décrochant.
« Léa, c'est Lucas. »
Le simple son de sa voix fit l'effet d'une claque. Elle resta figée, son cœur battant soudainement plus vite. Pourquoi l'appelait-il ? Il était parti depuis des mois, sans chercher à la contacter, et voilà qu'il osait refaire surface comme si de rien n'était.
« Qu'est-ce que tu veux ? » répondit-elle, la voix plus dure qu'elle ne l'aurait voulu.
Il y eut un silence à l'autre bout du fil, comme s'il cherchait ses mots. « J'ai besoin de ton aide. Ce n'est pas pour moi, c'est pour Emma. Elle est malade. »
Léa ferma les yeux un instant, essayant de contenir la colère et la douleur qui bouillonnaient en elle. Emma... Celle qui avait détruit son mariage, celle pour qui Lucas l'avait laissée.
« Tu plaisantes ? » Sa voix tremblait légèrement, mais elle se força à garder le contrôle. « Tu oses me demander de l'aide pour elle ? »
« Léa, je sais que c'est beaucoup te demander, » reprit Lucas, la voix tendue. « Mais elle est très malade, et elle a besoin de soins que seul ton hôpital peut lui offrir. Je suis désespéré. »
Un silence lourd s'installa entre eux. Léa serra le combiné si fort que ses jointures blanchirent. Elle savait qu'elle était une professionnelle, qu'elle avait un devoir de soigner les malades, peu importe qui ils étaient. Mais cette demande... c'était autre chose. Cela touchait une partie d'elle-même encore trop fragile, trop brisée.
« Donne-moi le dossier médical. » Les mots sortirent avant qu'elle ne puisse les retenir. « Je verrai ce que je peux faire. »
Lucas soupira de soulagement. « Merci, Léa. Je te l'enverrai tout de suite. »
Elle raccrocha sans un mot de plus, les mains tremblantes. Que venait-elle de faire ? Pourquoi n'avait-elle pas simplement refusé ? Elle s'adossa à son fauteuil, fixant le plafond comme si elle espérait y trouver une réponse.
Sophie l'avait prévenue de ne pas replonger dans le passé, de ne pas laisser Lucas reprendre pied dans sa vie. Mais face à la souffrance d'une autre personne, même celle qui avait contribué à sa propre chute, elle ne pouvait pas rester de marbre. Ce n'était pas dans sa nature.
Elle savait que cette décision allait la hanter, mais pour l'instant, elle devait rester professionnelle. Les émotions devraient attendre.
Léa se tenait dans son bureau, fixant l'écran de son ordinateur. Le dossier médical d'Emma était ouvert devant elle, mais les mots se brouillaient sous ses yeux. Sa concentration l'avait abandonnée. Depuis l'appel de Lucas, elle avait l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds. La réalité, qu'elle avait tenté de maintenir en équilibre depuis la rupture, s'effondrait à nouveau.
Elle inspira profondément, cherchant à refouler la vague d'émotions qui menaçait de la submerger. Ce n'était qu'un patient comme un autre, rien de plus. Du moins, c'est ce qu'elle essayait de se dire. Mais au fond d'elle-même, elle savait que ce n'était pas le cas. Emma n'était pas une patiente ordinaire, et Lucas n'était plus un simple visage du passé. Ils faisaient tous partie d'un Passé de sa vie qu'elle aurait préféré oublier.
Soudain, la porte de son bureau s'ouvrit doucement, et Vincent passa la tête dans l'entrebâillement.
« Tout va bien ? » demanda-t-il avec un sourire inquiet. « Tu sembles un peu ailleurs. »
Léa releva les yeux vers lui, hésitant un instant. Devait-elle lui parler de ce qui venait de se passer ? Vincent était l'un des rares à connaître les détails de son divorce, et il l'avait toujours soutenue. Mais elle n'était pas sûre de vouloir partager cette nouvelle complication avec lui.
« Lucas m'a appelé, » finit-elle par dire, détournant le regard vers l'écran. « Il veut que j'aide sa compagne. »
Vincent entrouvrit la porte un peu plus et s'approcha de son bureau, visiblement surpris. « Sa compagne ? Attends, tu veux dire... »
« Oui, Emma. Elle est malade, et apparemment, je suis la seule à pouvoir l'aider. » Léa laissa échapper un rire amer. « Ironique, non ? »
Vincent s'assit face à elle, ses sourcils froncés. « Et qu'est-ce que tu vas faire ? »
Léa haussa les épaules, résignée. « Ce que je fais toujours. Mon travail. »
Vincent resta silencieux un instant, observant son amie avec un mélange d'admiration et de préoccupation. « Tu sais que tu n'es pas obligée d'accepter, Léa. Personne ne te reprocherait de dire non dans ce cas précis. »
Elle hocha la tête, bien consciente de cela. Mais le problème n'était pas ce qu'elle était obligée de faire. Elle avait toujours été quelqu'un qui faisait passer les autres avant elle-même, même si cela signifiait sacrifier son propre bien-être. C'était une partie d'elle qu'elle avait acceptée, même si, parfois, elle en souffrait.
« Je sais, » dit-elle doucement. « Mais je ne peux pas. Je ne peux pas refuser de soigner quelqu'un, même si cette personne fait partie de ce qui m'a brisée. »
Vincent la regarda avec admiration, mais aussi avec une inquiétude palpable. « Tu es trop gentille, Léa. Ne laisse pas Lucas te manipuler. »
« Ce n'est pas Lucas, c'est elle, » répondit-elle en secouant la tête. « Peu importe ce qu'elle représente, elle reste une patiente qui a besoin d'aide. »
Vincent soupira et se leva, passant une main dans ses cheveux avec un air soucieux. « Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là, d'accord ? On peut se retrouver pour boire un verre ce soir si tu veux en parler. »
Léa esquissa un faible sourire. « Merci, mais je vais m'en sortir. J'ai juste besoin de temps. »
Vincent acquiesça doucement et quitta le bureau, la laissant à nouveau seule avec ses pensées. Léa baissa les yeux vers le dossier d'Emma. Les résultats médicaux étaient clairs : Emma souffrait d'une maladie auto-immune rare qui nécessitait des soins spécialisés. Un traitement difficile, mais faisable. Elle pouvait l'aider. Mais à quel prix ?
Elle se leva brusquement de son bureau et quitta la pièce, sentant le besoin de prendre l'air. En traversant les couloirs de l'hôpital, elle se remémorait les moments passés avec Lucas. Leur histoire avait commencé de manière si intense, si passionnée. Ils étaient inséparables, leurs amis les appelaient même « le couple parfait ». Mais avec le temps, cette perfection s'était fissurée. L'arrivée d'Emma dans leur vie, sous prétexte d'une simple amitié avec Lucas, avait été le début de la fin. Léa s'était persuadée qu'il ne se passerait jamais rien entre eux. Elle avait fait confiance, elle avait espéré. Jusqu'à ce que tout s'écroule.
Elle se retrouva finalement à l'extérieur, dans le petit jardin réservé aux employés. L'air frais lui fit du bien. Elle s'assit sur un banc, ferma les yeux et laissa le vent caresser son visage. Elle devait trouver un moyen de gérer cette situation sans perdre pied.
Son téléphone vibra à nouveau. Un autre message de Lucas.
**« Je t'ai envoyé le dossier complet d'Emma. Merci encore de prendre ça en main. »**
Léa regarda le message sans répondre. Elle n'avait pas la force d'interagir avec lui, pas maintenant. Le simple fait qu'il revienne dans sa vie après tout ce qu'il avait fait était un coup de poignard. Pourtant, elle savait qu'elle ne pouvait pas fuir éternellement.