Nous sommes à Londres, la capitale de l'Angleterre, une nation constitutive du Royaume-Uni.
Dans un appartement superposé, sûrement construit par l'un des meilleurs architectes de Londres, la décoration intérieure et extérieure est à couper le souffle. Les baies vitrées offrent une vue splendide sur la plage, située à un kilomètre. L'intérieur de l'appartement, dont le mot « propre » est insuffisant pour la description, est décoré de manière purement naturelle. Un vaste jardin composé de roses, d'orchidées et autres plantes, bordé de filaos sous lesquels se trouvent des transats face à une énorme piscine en marbre. Le salon, exagérément vaste, est peint en noir et blanc, ce qui lui donne un aspect sombre, agrémenté de collections d'objets anciens et coûteux. Un appartement qui respire le luxe à des kilomètres et qui est habité par Aaron Tolle.
Dans l'une des douzaines de chambres que comprend l'appartement se trouve Aaron, encore endormi, étroitement enveloppé dans ses draps. Sa chambre est encore plus sombre que son salon, et seule la faible lumière de sa veilleuse éclaire la pièce.
Il est là, endormi à poings fermés, Aaron Tolle, qui vient de franchir la trentaine. Vivant à Londres depuis son enfance, son teint métissé s'explique par la peau noire de sa mère et la peau blanche de son père. Soudain, il commence à s'agiter dans son sommeil...
*Point de vue d'Aaron*
Je m'agite dans mon sommeil ! Je me débats une énième fois sans succès. Ils me poursuivent encore et je me retrouve dans le noir à courir pour leur échapper. "Meurtrier", ils n'arrêtent pas d'hurler, c'est insupportable, leurs cris dans mes oreilles. Je cours toujours sans atteindre le bout du tunnel et quand je vois enfin cette lumière au fond, ils me rattrapent, me tirent et m'entourent jusqu'à ce que je ne vois plus rien, et là, je me réveille en sursaut...
« Merde ! » dis-je.
Mes draps se retrouvent brutalement au sol. Mon front perle de sueur et je suis en transe. Tout mon corps tremble comme une feuille au vent. Je me retrouve au sol et rampe jusqu'à mon armoire.
« Ma dose ! » murmuré-je entre mes dents qui claquent.
Il me faut cette foutue dose à laquelle je suis devenu accro depuis près de cinq ans. Qu'est-ce que c'est ? De la drogue que je me faisais injecter dans le corps quand je suis en transe, comme maintenant, vulnérable et faible. J'étais addict à la drogue et c'était mon pansement. Mon foutu pansement qui m'aidait à rester dur comme du fer...
Quand j'ouvre l'armoire, je saisis la boîte contenant les seringues que j'avais préparées et classées moi-même. Je l'ouvre difficilement avec mes mains tremblantes et prends une seringue que je m'enfonce dans le bras pour m'injecter la substance.
« Ahhh, fais chier ! » je hurle au contact de la substance avec mes veines.
Je tremble encore plus, mes veines se dessinent fortement sur mon bras, mon front, mes dents se resserrent, mes yeux s'écarquillent et ma tête se rejette en arrière. Il me faut une seconde dose, alors je saisis la seringue restante et me l'enfonce sans chercher une veine précise. Je tremblote en hurlant sous l'effet de la substance jusqu'à ce que je m'endorme à nouveau.
*Point de vue de Serena*
Je donne un coup à mon réveil en me levant. Il faisait déjà jour et il fallait que je m'apprête. Malgré mes yeux encore endormis, je me lève, enfile mes pantoufles et me dirige vers la salle de bain. Lorsque l'eau froide entre en contact avec ma peau, le sommeil disparaît et je me brosse les dents avant de descendre dans mon petit salon. J'ai déménagé il y a quelques jours dans ce studio composé d'une chambre, d'un salon meublé à moitié et d'une cuisine qui m'a coûté trente mille livres. Ce n'est pas vraiment le luxe, mais cela vaut mieux que le taudis où j'habitais en bas de l'hôtel dans lequel je travaillais à Salford.
J'arrose les pots de fleurs près de la fenêtre de ma cuisine, qui me donne une vue sur le quartier. Elles étaient fanées lorsque j'ai emménagé, mais maintenant elles commencent à renaître.
Je prépare rapidement un sandwich que je déguste avec un jus de pomme en relisant le mail que j'ai reçu hier. Un sourire de satisfaction s'étire sur mes lèvres en pensant qu'ils ont accepté mon dossier. Après six mois d'attente, j'ai été appelée pour un entretien aujourd'hui et je ne le manquerai pour rien au monde. Il me faut ce poste dans cette entreprise, Sun & Fils. Cette entreprise unique d'import-export en plus de la fabrication de véhicules, de motos, ordinaires et de luxe, réalise des milliers de bénéfices par jour. Cette entreprise est dirigée par Aaron Tolle, le célibataire le plus convoité de la ville, qui apparaît dans presque toutes les revues et dont l'image se retrouve en couverture de plusieurs magazines de mode.
Mon regard sur l'horloge me ramène à la réalité. Il faut que je sois à l'heure, surtout pour mon "plan". Sans plus attendre, je me prépare et me mets sur mon trente-et-un. J'opte pour une jupe sur mon collant transparent qui couvre tout mon pied, une veste noire assortie et des talons aiguilles. Il le faut pour être éligible à ce poste d'assistante personnelle.
Je n'ai qu'une petite voiture ordinaire que j'ai achetée en crédit-bail, alors je monte à bord en direction de l'entreprise Sun & Fils, qui n'est qu'à trente minutes de mon studio. J'avais bien analysé avant d'emménager ; il fallait que je sois proche de cet endroit. Je n'ai pas dépassé les trente minutes avant de me garer dans le parking de l'entreprise. Elle est immense, une grande entreprise en R+20. Au lieu de sortir, je reste encore sur le siège. Je dois exécuter le "plan" et il n'est pas encore arrivé, ou du moins, je n'ai pas encore vu sa voiture...
Mes lèvres s'étirent quand je vois enfin sa voiture. Je sors de la mienne et marche en direction de l'entreprise.
« Oh mon dossier ! » cris-je en me retournant.
Je le vois venir, Aaron Tolle, cet homme... mais je fais exprès de me concentrer sur mon téléphone et, comme prévu, cela se produit... Je lui rentre dedans.
« Oh mon Dieu, je suis vraiment désolée, monsieur, je n'ai pas fait exprès, » dis-je faussement désolée.
Les rumeurs étaient vraies, il était si froid qu'il ne m'a pas répondu, malgré le fait qu'il soit là, debout à me regarder. Je me penche pour ramasser les deux papiers qui se sont envolés de ses mains et les lui tends.
« Veuillez m'excuser, je suis tellement stressée à l'idée de passer un entretien dans cette grande entreprise que je n'ai pas fait exprès. Pardonnez-moi, » je continue, toujours avec un regard désolé.
Mais il prend calmement les papiers des mains, ajuste sa veste luxueuse et me dépasse en laissant flotter dans l'air son parfum masculin Mosuf, qui sent le luxe malgré sa distance croissante.
Il est donc vraiment impénétrable comme le disent les rumeurs. Cela va être amusant, mais le plus important d'abord est d'obtenir le poste. Je dois devenir l'assistante personnelle du milliardaire Aaron Tolle.
**Point de vue d'Aaron**
Lorsque mes pieds touchent le sol de mon entreprise, « Bonjour, monsieur Tolle » sort de la bouche de tous mes employés présents à l'accueil. Un hochement de la tête suffit pour répondre à toutes ces têtes, bien qu'ils ne soient pas tous présents. J'ai plus d'une cinquantaine d'employés, et il n'y a qu'un quart d'entre eux qui occupent l'accueil. Les connaissais-je ? Sûrement pas, je connais uniquement le directeur de chaque département de cette entreprise. Une entreprise que j'ai héritée de mon père et que je dirige depuis près de cinq ans : Sun & Fils, la première entreprise de fabrication de véhicules et consorts. La seule et unique entreprise qui réalise des milliers de bénéfices par jour, avec un chiffre d'affaires entrant dans les milliards. Je ne dirigeais pas n'importe quelle entreprise, et c'est la raison pour laquelle je suis respecté dans toute cette ville, et parfois vénéré, sans vouloir me vanter.
Je réajuste encore ma veste, qui s'était froissée après l'incident avec cette fille aux grosses joues. Elle avait l'air d'un véritable hamster à côté de moi, et son expression inquiète et stressée me donnait l'envie de lui pouffer au nez. Elle était si fade, mais elle m'avait rappelé que j'avais un entretien à passer avec de nouvelles recrues. J'ai tenu à le faire moi-même cette fois, pour m'assurer de choisir quelqu'un qui mérite le poste convenu. J'ai été obligé de licencier une dizaine de vauriens qui nous avaient fait perdre de l'argent. Et surtout, je voulais m'assurer de choisir moi-même mon assistant(e) personnel(le). L'ancienne a démissionné parce qu'elle n'en pouvait plus de travailler avec moi. Apparemment, je la surchargeais et cela l'empêchait de bien s'occuper de sa famille. Je lui payais quand même deux cent mille livres pour un travail à plein temps, même pendant le week-end et les congés. Deux cent mille livres, c'est beaucoup pour un travail aussi simple... Enfin, pas si simple...
Lorsque j'appuie sur le bouton de l'ascenseur pour fermer la porte, des cris parviennent jusqu'à mes oreilles.
« Non, attendez-moi ! »
C'était une voix féminine qui courait vers l'ascenseur sur des talons aiguilles qui claquaient fortement sur le sol, attirant l'attention de tous. Avant que l'ascenseur se referme, elle réussit à pénétrer à l'intérieur, toute essoufflée à côté de moi, courbée, avec ses mains sur ses genoux, laissant tomber ses cheveux bouclés. C'était la même fille, la fille aux grosses joues, le hamster.
Je reste dans ma posture, droit comme un poteau électrique, sans émettre le moindre commentaire sur sa mise en scène. Pourquoi diable me mettait-elle dans cette situation ? Voulait-elle me séduire afin de passer à l'entretien et obtenir un poste ? Cette pensée me fait rire intérieurement. Si c'était vrai, alors elle n'avait aucune chance. Quand même pas une fille de petite taille, et de surcroît avec de grosses joues toutes rouges comme des tomates. J'étais plutôt fan des filles aux longues jambes raffinées, exactement comme des mannequins. Mes pensées se raccourcissent lorsqu'elle me parle.
« Vous allez à quel étage ? Je vais au dix-huitième. Je suis venue pour un entretien et j'espère obtenir ce boulot. Vous allez à quel étage, monsieur ? »
Fidèle à moi-même, je reste muet et me penche pour appuyer sur le bouton qui mène au dix-huitième. J'allais au vingtième, dans mon bureau, pour préparer les documents nécessaires pour l'entretien. Néanmoins, une phrase sortie de sa bouche me fait retourner.
« Oh, vous allez aussi au dix-huitième ? Vous êtes donc venu pour un entretien. Ça paraît cool, je pourrais moins stresser en votre présence, même si je ne vous connais pas, mais nous pouvons nous familiariser. J'ai remarqué que vous n'êtes pas du genre bavard, mais je m'appelle Serena Will et je suis encore désolée pour l'incident de tout à l'heure. »
Je regarde sa main tendue devant moi et fronce les sourcils, que je relâche automatiquement pour ne pas montrer mon étonnement. Ne savait-elle pas qui j'étais ? Elle a déposé un dossier dans une entreprise sans connaître l'identité du PDG ? Non, mais quelle ignorance. Son sourire disparaît lorsque je détourne mon regard d'elle sans saisir sa main.
« Vous êtes si grincheux, c'est abusé, dit-elle en grimaçant. Je me suis pourtant excusée... Ou peut-être que vous me voyez comme une concurrente ? Enfin bref, je...
_ Voici le dix-huitième étage, sortez, dis-je froidement afin qu'elle se taise. »
Je m'attendais encore à la voir hâlée, mais au lieu de ça, elle a froissé son visage et s'est mordu la lèvre avant de sortir puis de me faire face.
« Bah, et vous, c'est quoi votre nom ? me demanda-t-elle. »
Sans répondre, j'appuie sur le bouton vingt et l'ascenseur se referme. Qu'est-ce qu'elle est insupportable, celle-là. Je me demande à quel poste elle désire être prise. Serena Will !!! Je verrai dans la liste de ceux qui ont été appelés pour l'entretien.
**Point de vue de Serena**
Mon plan était parfait et je souris victorieusement lorsque les portes de l'ascenseur se referment. Je craignais de ne pas être prise à cause de ça, mais je faisais confiance à mes capacités et à mes compétences. J'avais fait des études dans l'une des universités d'Oxford avant de rentrer pour travailler dans un hôtel. Ça, par contre, ne figurait pas dans mon CV.
Je reprends mon air serein et prends place là où la réceptionniste m'a indiqué. Nous étions si nombreux pour l'entretien, et j'espère être la seule à postuler pour le poste d'assistante personnelle.
Je n'ai pas fini de penser lorsqu'une fille de la même tranche d'âge que moi pénètre la salle, habillée de manière extrêmement sexy, voire vulgaire. Toute la salle la fixe des yeux, mais elle marche avec fierté et détermination sur ses longs talons aiguilles. Ne me dites pas qu'elle est venue pour un entretien, elle aussi ?
« Bonjour, j'espère que personne ici n'a postulé pour le poste d'assistante personnelle ? Je suis une bombe, et seule moi pourrai avoir ce poste, juste un avertissement pour mes concurrentes, dit-elle avant de s'asseoir.
_ Tu penses que tu pourras obtenir le poste avec cet habillement, ma chère ? lui demande un homme de la trentaine.
_ Quel patron ne désire pas une assistante personnelle sexy ? répond-elle sous des éclats de rire.
_ Je te plains, tu n'as aucune idée de ce qui t'attend à ce poste. Aaron Tolle ne s'intéresse pas aux filles comme toi, à mon avis. Et puis, tu sais pourquoi l'ancienne assistante a démissionné ? Elle était surchargée de travail, ma chère, dit une autre fille plutôt classe. »
Elle ignore les propos de tous ceux qui essayaient de la ramener à la raison. Moi, par contre, je n'essaie pas d'ouvrir la bouche. Je ne la voyais en aucun cas comme une concurrente, car j'étais sûre qu'une grande entreprise comme celle-ci ne prendrait jamais des employés sans cervelle. Cette fille était là seulement pour séduire Aaron Tolle, mais moi, j'étais venue pour faire plus que ça.
La porte s'ouvre et il entre : Aaron Tolle. Tous ceux qui étaient dans la pièce se lèvent, et moi, j'hésite à le faire. La réceptionniste me fait de gros yeux et je me lève finalement avec un regard faussement étonné.
« Comme vous le savez, vous êtes tous ici pour un entretien, un entretien qui sera dirigé par notre PDG, monsieur Aaron Tolle, dit la réceptionniste. »
Je hoquette de surprise et fais tomber mon dossier alors que tous les regards se posent sur moi. Il le fallait pour lui montrer que j'ignorais vraiment qui il était. Il me jette un coup d'œil froid, et je ramasse mon dossier, feignant de trembler. La réceptionniste continue.
« Bien, nous allons débuter. Il n'y a que deux personnes ayant postulé pour le poste d'assistante personnelle. Vous passerez en dernière position. »
C'était ce qui arriva. Tout le monde était passé et il ne restait que la fille vulgaire et moi, qui avait essayé de me faire parler pendant les deux heures d'attente.
Lorsque notre tour arrive, elle part en première sans oublier de me lancer une pique. Mais trente minutes plus tard, deux gaillards passent devant moi et entrent dans la salle, et en sortant, je les vois avec la fille vulgaire, qui avait le visage tout rouge. Elle était à deux doigts de pleurer et je me retiens pour ne pas éclater de rire. J'avais une chance d'avoir ce poste, alors je me lève et pénètre dans cette salle où tout va se jouer.
Il était là, adossé dans son fauteuil, ses verres
lui donnant une allure posée et incroyablement belle. Sur ce point, je ne pouvais le nier, il était comme les rumeurs le décrivaient, mais je ne devrais pas m'attarder sur ces détails insignifiants.
« Je suis vraiment désolée, monsieur, pour tout ce que j'ai pu dire ce matin. Je vous jure que je ne savais pas que c'était vous le PDG de l'entreprise. Vous n'êtes pas grincheux, ce n'est pas vous, c'est moi-même. Je suis vraiment désolée, je peux m'agenouiller si vous voulez, dis-je presque en pleurs.
_ Je déteste quand on bavarde dans mes oreilles, tu peux te taire, oui, et t'asseoir ? me répond-t-il froidement. »
J'obéis pour ne pas aggraver la situation, et il me fixe durement droit dans les yeux. Je sens mon âme se transpercer par son regard, mais je me résigne à baisser les yeux et nous nous fixons jusqu'à ce qu'il brise la glace.
« Qui es-tu ? »
Mon cœur tombe dans mon ventre et je tique de surprise. Il est censé me faire passer un entretien, mais pourquoi me demande-t-il qui je suis ? A-t-il une idée... Non... Je dois rester calme...
**Point de vue d'Aaron**
Elle semble embarrassée après ma question, et je me demande bien pourquoi. Elle s'agite et tremble des lèvres en dandinant sur son siège. Je lui avais posé une question banale pour savoir pourquoi elle ne me connaissait pas. C'était très étonnant. De plus, j'ai été choqué de voir son nom parmi les postulants au poste d'assistante personnelle. Celle qui est passée en première, je préfère ne pas évoquer son cas : une sans cervelle, mais quelle bêtise ! Mais alors, celle-ci devant moi, je ne pense pas pouvoir travailler avec une fille aussi bavarde.
« Serena Will, âgée de vingt-quatre ans. J'ai emménagé à Londres il y a à peine deux semaines. J'étais à Salford. »
Je n'écoutais plus le reste de sa phrase. C'était ça, en effet. Elle ne me connaissait pas car elle ne vivait pas à Londres mais à Salford. Néanmoins, elle aurait pu faire des recherches approfondies au lieu de faire ses bêtises comme il y a quelques heures.
« Si vous aviez effectué vos recherches, vous auriez pu vous empêcher de faire ces bêtises ce matin », lui crachai-je froidement.
« Vous avez raison, je vous demande pardon. En vérité, je n'avais pas de téléphone. J'ai déposé mon dossier en ligne avec l'aide d'une amie et donc je n'ai pas pu effectuer les recherches comme il le fallait. J'ai eu ce téléphone il y a trois jours, et ça m'est sorti de la tête. Je ne suis pas si ignorante, vous savez. Un peu bavarde, mais pas ignorante. Je m'en veux énormément », répondit-elle, le visage presque mouillé de larmes.
Elle reconnaît qu'elle a une grande gueule, alors. Elle est très drôle, celle-là. Peut-être que ce ne serait pas si mal de travailler avec elle ? Je vais en juger après avoir évalué ses capacités, même si son CV en dit long. Je n'arrive pas à croire qu'elle a fait ses études à Oxford. C'est un univers de riches, et elle n'a même pas un bon téléphone ? C'est très curieux.
« Bref, parlez-moi de vous », dis-je à nouveau, très professionnel.
**Point de vue de Serena**
Je crois en mes capacités et je sais que je serai prise. J'ai répondu à toutes ses questions, et parfois il me regardait furtivement. Il avait peut-être pensé qu'à cause de mes mises en scène, j'étais une bonne à rien.
« Vous pouvez disposer, nous vous appellerons dans quelques jours », dit-il en fermant mon dossier après avoir noté je ne sais quoi.
« Merci, monsieur. Je vous promets d'être à la hauteur de vos attentes. Merci et désolée encore. »
« Disposez, je vous prie », fit-il en me montrant la porte.
Je me lève de mon siège et fais tomber ma carte d'identité exprès avant de sortir du bureau. Je croise les doigts...
*
Je me gare devant un grand immeuble peint en beige. L'immense bâtiment superposé est un internat composé d'un millier d'enfants. J'entre dans l'internat et me rends au secrétariat.
« Oh, bonjour mademoiselle Serena, soyez la bienvenue. »
« Merci, alors, va-t-il bien ? »
« Bien sûr, il n'a pas arrêté de vous demander ces deux derniers mois. Venez, je vous emmène le voir », répondit la secrétaire avec un sourire.
Je lui rends son sourire et nous prenons l'ascenseur pour nous rendre dans la salle de visite. J'attends alors qu'elle aille dans sa chambre pour me l'emmener. Mon cœur fait de petits battements ; ça faisait deux mois que je ne l'avais pas vu. Depuis que je l'avais transféré dans cet internat à Londres, je ne lui avais rendu visite à cause de mes occupations.
« Maman ! », crie cette douce et tendre voix en courant dans ma direction.
Mon cœur gonfle de joie dans ma poitrine, et je le serre fortement dans mes bras après qu'il m'ait sauté dessus.
« Mon amour, tu m'as manqué », dis-je en parsemant son visage de petits baisers.
« Toi aussi, maman. Je pensais que tu allais venir, mais tu n'es jamais venue et j'ai pleuré », répondit-il avec sa voix d'enfant.
« Mon cœur, maman est désolée, okay ? J'ai été occupée, mais je suis là maintenant, et aujourd'hui nous allons la passer ensemble. »
« Je veux habiter avec toi. Maman, tu m'as promis. »
« Mon cœur, tu sais que je serai très occupée et je n'ai pas d'argent pour te prendre une nounou. D'accord, ce week-end, tu vas rester avec moi, ça te va ? Je viendrai te chercher vendredi soir et tu reviendras dimanche soir. »
« D'accord, maman, je t'aime. »
« Moi aussi, mon fils chéri. Allez, viens, je vais discuter des clauses avec la secrétaire. »
Haven me tient par la main sans que son sourire ne quitte son visage. Haven aura bientôt six ans. Mon fils me ressemble comme deux gouttes d'eau, sauf qu'il a des yeux plutôt bleus et de petits cheveux noirs bouclés. Après avoir rempli les formalités nécessaires, nous quittons l'internat pour le centre commercial. Haven était avec moi à Salford, mais je l'avais mis dans un internat public comme celui-ci. Je ne pouvais pas le laisser vivre au bas de cet hôtel. Nous avons été séparés pendant trois ans pendant que j'étais à Oxford. Lorsque je suis rentrée, j'ai repris contact avec lui, et ce n'était pas facile puisque, depuis son enfance, il avait été élevé dans cet internat à Salford sans jamais avoir posé les yeux sur sa mère. Je devais partir étudier grâce à cette bourse... il le fallait... En plus, j'aurais pu me trouver un bon travail à mon retour, mais j'avais d'autres projets... Des projets que je suis en train de réaliser maintenant...
Lorsque nous quittons le centre commercial, j'emmène Haven dans un glacier et nous dégustons nos glaces avec avidité. L'arrivée de Haven a été pour moi un choc, et quand je pense à quelques années plus tôt, je ressens tellement de frustration et de colère me parcourir le corps... Néanmoins, le voir grandir et m'appeler maman est pour moi un pansement.
« Maman, ton téléphone sonne », me dit Haven en me secouant.
Je sors de ma rêverie et décroche ce numéro inconnu qui m'appelait.
« Allô ? Qui est-ce ? »
« Bavarde et négligente », dit une voix au bout du fil.
« Monsieur Aaron Tolle ? », harlai-je faussement étonnée. « Comment avez-vous eu mon numéro ? Ah mais oui, je suis bête, vous avez mon numéro et mon mail aussi. Que puis-je faire pour vous, et pourquoi dites-vous que je suis négligente ? »
« Peut-être que vous avez deux cartes d'identité ? J'en ai une ici sous les doigts. »
« Ma carte d'identité ? Comment ? Oh mince, je l'ai oubliée ! Oh Dieu merci que ce soit vous qui l'ayez trouvée, je passerai en début de semaine pour la récupérer. Je l'ai sûrement faite tomber sans le savoir. »
« Je ne vous appelle pas uniquement pour cela. Vous êtes conviée dans mon bureau en début de semaine, pas uniquement pour récupérer cette carte, mais pour commencer le travail. »
« Je suis prise ? », hurlais-je.
« Lundi à la première heure, vous venez à sept heures précises, et vous êtes engagée. Je vous offre un contrat de trois mois renouvelable si vous faites vos preuves. Cent cinquante mille livres par mois, avec possibilité de recevoir des primes à la fin de chaque mois. Après les trois mois, si vous êtes engagée officiellement, une augmentation sera nécessaire. Je vous envoie par mail toutes les informations nécessaires pour que vous soyez au courant de ce qui vous attend. Dès lundi, vous devez être capable de me détailler mon emploi du temps. Soyez à l'écoute, et j'espère que vous serez moins bavarde... » dit-il en raccrochant sans me laisser la possibilité d'en placer une.
Quelle arrogance ! Très drôle ! Je vérifie mes mails et grande fut ma surprise de voir tout un tas de documents à ma portée. Je n'allais pas toucher cent cinquante mille livres pour rien, apparemment. Mais peu importe, ce n'était pas uniquement pour l'argent que je tiens à entrer dans cette entreprise... C'est beaucoup plus que ça... Beaucoup plus.