Amélie Dubois, agent infiltrée, avait une mission : venger son père mort des mains de la Pieuvre.
Cette quête la ramena brutalement vers Victor Moreau, l'homme qu'elle avait jadis aimé plus que tout, mais qui la détestait désormais.
Pour les besoins de sa couverture, elle fut contrainte de l'épouser, devenant sa prisonnière dans son château près de Bordeaux.
Victor, aveuglé par la haine après qu'elle l'ait quitté pour le protéger, la soumettait à une humiliation constante.
Chaque soir, il ramenait une femme différente, cherchant à la blesser.
Son ancienne meilleure amie, Chloé, entra en scène, s'installant comme la maîtresse de maison.
Jubilant de sa déchéance, Chloé s'attribuait même les sacrifices qu'Amélie avait faits anonymement pour Victor, comme lui donner un rein ou le sauver d'une avalanche.
Amélie, forcée de maintenir son masque de femme vénale, endurait en silence.
Comment une femme peut-elle supporter d'être à la fois l'épouse et la gouvernante, de voir son amour bafoué et ses actes héroïques usurpés par une rivale sans âme ?
Pourquoi doit-elle se montrer froide et cupide alors que son cœur saigne ?
Le poids de ces mensonges et de la cruauté de Victor est insoutenable, et pourtant, elle ne peut rien révéler.
Jusqu'où Amélie ira-t-elle, sacrifiant son propre bonheur et sa réputation, pour accomplir sa mission et protéger l'homme qu'elle aime ?
Et que se passera-t-il lorsque ce masque tombera, révélant une vérité bien plus douloureuse encore ?
Amélie Dubois a regardé le dossier sur la table. « Mission d' infiltration : démantèlement du réseau de la Pieuvre. » Son père, Jean Dubois, capitaine décoré, était mort à cause d' eux. Tué à Marseille.
Elle a signé.
« Je prends la mission. »
Son supérieur a hoché la tête. « Vous comprenez les risques, Amélie. Vous allez disparaître. Nouvelle identité, nouvelle vie. »
« Je comprends. »
Elle a pensé à son père. Son matricule. Elle allait le réactiver. Un symbole. Une promesse.
« Votre couverture initiale nécessitera un contact avec Victor Moreau. »
Amélie a senti un froid dans son dos. Victor. Son Victor.
L' homme qu' elle avait aimé plus que tout à l' université d' Aix-en-Provence. L' homme qu' elle avait quitté brutalement. Pour le protéger. Le cartel l' avait menacée, elle et son père. Elle n' avait jamais pu lui dire la vérité.
Maintenant, il la détestait. Un magnat du vin, riche, impitoyable. Obsédé par sa vengeance.
La mission exigeait qu' elle se rapproche de lui. Avant sa « fausse mort » programmée.
Un mariage arrangé, une contrainte de la couverture. Juste le temps de brouiller les pistes.
Victor l' attendait au château près de Bordeaux. Son expression était dure, ses yeux pleins de mépris.
« Bienvenue chez toi, Amélie. Ou plutôt, dans ma prison. »
Il l' a traînée à l' intérieur. Le château était somptueux, mais froid. Comme lui.
Chaque soir, c' était la même torture.
Amélie était dans sa chambre, immense et vide. Elle entendait la porte d' entrée. Des pas. Des rires féminins.
Victor ramenait une femme différente. Chaque nuit.
Souvent, elles lui ressemblaient un peu. Des cheveux bruns, une certaine silhouette.
Il le faisait exprès. Pour la blesser.
Elle entendait les bruits à travers les murs épais. Les rires, les murmures, puis le silence lourd.
Elle serrait les dents. Elle ne pleurait pas. Pas devant lui. Pas à cause de lui.
Son secret était une armure. La vérité sur leur rupture, sur les menaces du cartel, sur le danger qu' il courait s' il savait.
Elle endurait. Pour son père. Pour la mission.
Un soir, il est entré dans sa chambre sans frapper.
Il lui a jeté une liasse de billets au visage.
« Tiens. Va m' acheter des préservatifs. »
Son ton était glacial, humiliant.
« Tu as toujours aimé l' argent, n' est-ce pas ? C' est pour ça que tu m' as quitté. Pour un homme plus riche. »
Amélie a ramassé les billets. Sa main tremblait légèrement.
Elle n' a rien dit. À quoi bon ? Il ne la croirait pas.
Elle est sortie, a traversé les longs couloirs. La pharmacie du village était encore ouverte.
L' humiliation la brûlait de l' intérieur. Mais elle gardait son masque d' indifférence.
Elle est revenue avec la petite boîte.
Il l' attendait, un verre de vin à la main. Une femme était assise sur ses genoux, gloussant.
Amélie a posé la boîte sur la table.
« Voilà. »
« Merci, ma chère. Tu es si... serviable. »
Le sarcasme dégoulinait de sa voix.
La femme l' a regardée avec un mélange de curiosité et de pitié.
Amélie a tourné les talons et est retournée dans sa chambre.
Elle s' est assise sur le lit. Les larmes menaçaient de couler. Elle les a ravalées.
Elle se souvenait de leurs jours heureux à Aix. Les pique-niques dans les calanques, les nuits à parler sous les étoiles. Son rire, sa tendresse.
Tout avait disparu. Remplacé par cette haine froide.
Quelques jours plus tard, Chloé Bernard est arrivée.
L' ancienne meilleure amie d' Amélie à l' université.
Amélie l' a vue entrer dans le salon, main dans la main avec Victor.
Un choc. Une douleur de plus.
Chloé. Qui savait tout de leur amour. Qui avait été le témoin de leur bonheur.
Elle était devenue l' une des maîtresses de Victor. Mais elle, elle s' installait.
Chloé l' a regardée. Un sourire en coin. Un mélange de pitié feinte et de triomphe mal dissimulé.
« Amélie, quelle surprise. Victor ne m' avait pas dit que tu étais là. »
Sa voix était douce, faussement amicale.
Victor les regardait, un air satisfait. Il savourait la scène.
« Chloé reste avec nous quelques temps, Amélie. J' espère que ça ne te dérange pas. »
Amélie a secoué la tête.
« Non. Pourquoi ça me dérangerait ? »
Elle a réussi à garder une voix neutre.
Elle a vu le regard de Chloé. Elle savait. Chloé avait toujours été secrètement amoureuse de Victor. Jalouse d' Amélie.
Manipulatrice. Calculatrice.
Elle profitait de la situation. Pour se rapprocher de Victor. Pour enfoncer Amélie.
Le soir, Amélie les entendait. Les rires de Chloé. La voix de Victor, plus douce avec elle.
C' était pire que les autres femmes. Chloé connaissait leur histoire. Chaque geste, chaque mot était une nouvelle blessure.
Victor a dit à Chloé, assez fort pour qu' Amélie entende depuis le couloir :
« Tu te souviens quand Amélie m' a quitté ? J' ai cru que j' allais mourir. »
« Je sais, mon amour. Elle ne te méritait pas. »
La voix mielleuse de Chloé.
Amélie a fermé la porte de sa chambre. Elle s' est appuyée contre, le cœur lourd.
La trahison avait plusieurs visages.
Elle se souvenait. Aix-en-Provence. Le soleil, la jeunesse, l' insouciance.
Victor et elle. Un amour fusionnel, passionné. Ils parlaient de mariage, d' enfants.
Puis les menaces. Des hommes du milieu marseillais. Des photos d' elle, de son père.
« Si tu ne le quittes pas, il mourra. Et ton père aussi. »
Elle avait dû choisir. Le protéger. Briser son propre cœur, et le sien.
Elle lui avait dit des choses horribles. Qu' elle ne l' aimait plus. Qu' elle avait trouvé quelqu' un d' autre, plus riche, plus puissant.
Il l' avait crue. Sa douleur s' était transformée en haine.
Peu après, son père avait été tué. L' enquête officielle avait conclu à un règlement de comptes qui avait mal tourné. Amélie savait que c' était plus complexe.
Victor, lui, avait eu un grave accident de ski dans les Alpes. Une avalanche. Il avait failli y rester.
C' est à ce moment-là qu' il avait hérité, que sa fortune avait explosé. Il était devenu ce magnat impitoyable.
Et maintenant, ce mariage forcé. Sa vengeance.
Amélie était seule dans sa chambre. La nuit.
Elle a touché son côté droit. Une cicatrice fine, presque invisible.
Après l' accident de Victor, il avait eu besoin d' un rein. Urgent.
Elle était compatible. Elle n' avait pas hésité. Anonymement.
Personne ne le savait. Surtout pas lui.
Il pensait qu' elle l' avait abandonné, trahi pour l' argent.
La vérité était trop dangereuse. Pour lui. Pour sa mission.
Le cartel était toujours là, puissant, menaçant.
Elle devait jouer son rôle. La femme vénale, indifférente.
C' était le seul moyen de survivre. De venger son père.
Et peut-être, un jour, de lui faire comprendre. Si elle survivait.
Victor est entré. Il semblait avoir bu.
« Tu sais, Amélie, parfois je te regarde. J' essaie de voir la femme que j' ai aimée. »
Il s' est approché. Son regard était intense.
« Mais je ne vois qu' une coquille vide. Une actrice. »
Il a cherché quelque chose dans ses yeux. Une faille.
« Dis-moi la vérité. Pourquoi tu es revenue ? Ce n' est pas que pour l' argent. Je le sens. »
Amélie a détourné le regard.
« Tu te trompes, Victor. C' est toujours pour l' argent. »
Sa voix était plate. Elle devait tenir. Pour sa couverture. Pour sa future « mort ».
Il a ri amèrement.
« Bien sûr. L' argent. Ta seule passion. »
Il est sorti, claquant la porte.
Amélie a laissé échapper un soupir. Chaque jour était une épreuve.
Mais elle tiendrait. Pour son père. Pour la justice.
Victor a crié depuis le salon :
« Amélie ! Viens ici ! »
Sa voix était tranchante.
Elle s' est levée, a lissé sa robe simple. Elle est allée le rejoindre.
Il était avec Chloé, sur le canapé. Ils se tenaient la main.
« Chloé a besoin de quelque chose dans ta chambre. L' ancienne chambre d' amis. Va lui montrer. »
Un ordre. Pas une demande.
Amélie a hoché la tête.
« Bien sûr. »
Elle s' est retirée, est montée à l' étage. Elle a attendu Chloé.
Sa chambre actuelle était plus petite, plus austère. L' ancienne chambre d' amis était plus luxueuse. Un autre petit rappel de sa déchéance.
La nuit, les murs semblaient fins.
Amélie entendait tout. Les rires de Chloé. Les murmures de Victor.
Des mots doux. Les mêmes mots qu' il lui disait autrefois.
« Mon amour... Ma vie... »
Chaque mot était une blessure.
Elle mettait un oreiller sur sa tête. Mais les sons persistaient.
La jalousie la rongeait. Une douleur sourde, constante.
Elle se souvenait de leur intimité, de leur complicité.
Maintenant, c' était Chloé qui recevait sa tendresse.
Elle a serré les poings. Elle ne pleurerait plus pour lui. Pas comme ça.
Les jours passaient. Chloé s' installait de plus en plus.
Ses affaires étaient partout dans la chambre principale. Ses robes dans le dressing de Victor.
Elle agissait comme la maîtresse de maison. Donnant des ordres au personnel.
Amélie l' observait. Chloé rayonnait. Elle avait enfin ce qu' elle voulait.
Amélie se sentait épuisée. Émotionnellement vide.
Elle se concentrait sur sa mission. Sur les informations qu' elle devait recueillir.
Le château était un point de passage pour certaines affaires du cartel. Discrètes, mais présentes.
Elle devait être prudente. Chaque geste était calculé.
Victor a organisé une grande fête pour l' anniversaire de Chloé.
Le château était transformé. Lumières, musique, invités triés sur le volet.
Chloé portait une robe de créateur. Des diamants à son cou, à ses oreilles.
Victor ne la quittait pas des yeux. Il la couvrait de baisers, de compliments.
En public. Devant tout le monde.
Il lui a offert une voiture de sport décapotable. Rouge. Garée devant l' entrée.
Les invités applaudissaient.
Amélie était dans un coin, observant. Une ombre.
Elle portait une robe simple, sombre. Personne ne faisait attention à elle.
Elle voyait la pitié dans les yeux de certains invités qui la reconnaissaient. L' ancienne Mme Moreau.
L' humiliation était publique. C' était ce qu' il voulait.
Plus tard dans la soirée, Chloé l' a trouvée sur la terrasse.
« Tu es bien silencieuse, Amélie. Tu n' as pas l' air de t' amuser. »
Son ton était faussement compatissant.
« Je ne suis pas d' humeur à faire la fête. »
« Je comprends. Ça doit être dur pour toi. De voir Victor si heureux... avec une autre. »
Amélie n' a pas répondu. Elle regardait le jardin illuminé.
« Tu sais, Amélie, tu ne devrais pas lui en vouloir. Il a tellement souffert quand tu l' as quitté. »
Chloé s' est approchée. Sa voix était basse, confidentielle.
« Je l' aime depuis l' université, tu sais. J' étais là pour lui quand tu es partie. J' ai ramassé les morceaux. »
Amélie s' est tournée vers elle.
« Je ne savais pas. »
« Bien sûr que non. Tu étais trop occupée avec... tes nouvelles conquêtes. »
Le venin dans la voix de Chloé était palpable.
« Victor a failli mourir, après ton départ. Son accident de ski... c' était terrible. Il était si seul, si brisé. Il m' appelait la nuit, en pleurant. Il parlait de toi. Même dans sa haine, il y avait encore de l' amour. »
Amélie a senti une pointe de douleur. Elle ne savait pas ça.
Elle pensait qu' il l' avait oubliée, haïe, et c' est tout.
Chloé a continué, sa voix plus dure.
« Il t' obsède encore, tu sais. Même s' il te méprise. C' est pour ça que je te déteste. Tu es toujours là, entre nous. »
Amélie a froncé les sourcils.
« Qu' est-ce que tu racontes ? »
« Après son accident, il a eu besoin d' un rein. J' étais là. Je lui ai donné le mien. »
Chloé a touché son côté, un air de sacrifice.
Amélie a été secouée. Un rein ? Chloé ?
C' était impossible. C' était elle, Amélie, la donneuse. Anonyme.
Chloé mentait. Éhontément.
« C' est pour ça qu' il est si attaché à moi. Nous partageons quelque chose de... vital. »
Le sourire triomphant de Chloé.
Amélie a compris. La manipulation. Le mensonge.
Chloé avait volé son sacrifice.
Chloé s' est rapprochée encore. Presque un murmure.
« Laisse-le-moi, Amélie. Il est à moi maintenant. Tu l' as eu, tu l' as jeté. C' est mon tour. »
Elle a regardé Amélie droit dans les yeux.
« Donne-le-moi. C' est le plus beau cadeau que tu puisses me faire. Pour mon anniversaire. »
Amélie a senti un frisson. La demande était absurde, cruelle.
Mais elle a vu la détermination dans les yeux de Chloé. Et elle a pensé à sa mission.
Peut-être que si Victor la croyait complètement indifférente, si Chloé était solidement installée...
Elle a soupiré.
« Prends-le. Il est à toi. »
Les mots sont sortis, froids, détachés.
Un poids énorme s' est abattu sur elle. Le destin était scellé.
Chloé a souri. Un vrai sourire, cette fois.
« Merci, Amélie. Tu ne le regretteras pas. »
Oh, si. Elle le regrettait déjà.
Quelques jours plus tard, le drame.
Amélie descendait le grand escalier du château.
Chloé montait. Elles se sont croisées.
Soudain, Chloé a crié. Elle a basculé en arrière. Elle a dévalé plusieurs marches.
Elle gisait en bas, gémissant.
« Amélie ! Pourquoi tu m' as poussée ? »
Amélie était figée. Elle ne l' avait pas touchée.
C' était une simulation. Une accusation.
Victor est arrivé en courant. Il a vu Chloé. Il a vu Amélie en haut des escaliers.
La fureur a déformé son visage.