Faustine de Valois aimait Adrien Chevalier depuis dix ans. Depuis le jour où son père avait ramené à la maison ce garçon maigre et silencieux, tout droit sorti de la rue. Il était devenu son frère de nom, mais dans son cœur, il avait toujours été bien plus.
Puis, le soir où il l'a demandée en mariage, elle a surpris sa conversation glaçante avec Amélie Bertrand : leurs fiançailles n'étaient que la première étape de sa vengeance calculée pour anéantir sa famille.
Chaque baiser, chaque mot tendre depuis, n'était qu'un mensonge. Il l'a traitée de malade, de monstre, et a envoyé ses hommes la battre, pendant qu'elle endurait tout, sachant qu'elle n'était qu'un pion dans son jeu cruel. Il a même donné le dernier souvenir de sa mère assassinée à Amélie, celle-là même qui avait orchestré l'incendie qui l'avait tuée.
Elle ne pouvait pas comprendre une telle trahison de la part du garçon qu'elle avait aimé, celui qui avait juré de la protéger. Pourquoi croyait-il les mensonges d'Amélie plutôt qu'elle, plutôt que la famille qui l'avait recueilli ?
Le cœur réduit en cendres, Faustine de Valois a fait un choix : elle allait effacer son identité, disparaître complètement, et laisser Adrien faire face aux conséquences de sa propre haine aveugle.
Chapitre 1
Faustine de Valois aimait Adrien Chevalier depuis dix ans. Tout a commencé le jour où son père a ramené à la maison ce garçon maigre et silencieux, tout droit sorti de la rue, les yeux pleins d'une noirceur qu'elle, héritière parisienne, n'avait jamais vue. Les de Valois l'ont adopté, et il est devenu son frère de nom, mais dans son cœur, il a toujours été bien plus.
Pendant des années, il n'était qu'Adrien, le garçon discret qui la suivait partout, celui qu'elle protégeait et commandait à la fois. Puis, tout a basculé.
Un avocat venu de nulle part s'est présenté un jour. Adrien Chevalier, l'adolescent sans-abri, était en réalité Adrien Sterling, l'héritier perdu d'un gigantesque empire technologique. La nouvelle a été un choc, mais pour Faustine, elle n'a fait que rendre une chose plus claire.
Ses sentiments pour lui n'étaient plus un simple béguin d'adolescente. C'était réel.
Après avoir réglé ses affaires de famille, il est revenu à Paris. Il n'est pas revenu en tant que le garçon silencieux qu'elle connaissait. Il est revenu en homme d'un pouvoir et d'une richesse immenses, un homme qui pouvait avoir tout ce qu'il voulait.
Et il a dit qu'il la voulait, elle.
Il l'a demandée en mariage sous les étoiles, sur la terrasse du toit de leur hôtel particulier, les lumières de la ville scintillant à leurs pieds comme un tapis de diamants. Il tenait une bague qui brillait si fort qu'elle lui faisait mal aux yeux.
« Faustine », a-t-il dit, sa voix basse et sérieuse, « épouse-moi. »
Le cœur de Faustine battait à tout rompre. C'était tout ce dont elle avait toujours rêvé. Depuis dix ans, elle l'aimait, et maintenant, il lui demandait d'être sa femme. Elle a ressenti une joie si pure et si écrasante qu'elle en a eu les larmes aux yeux.
« Oui », a-t-elle murmuré, la voix tremblante. « Oui, Adrien. Bien sûr que oui. »
Il a glissé la bague à son doigt et l'a attirée dans un baiser profond. Un instant, le monde était parfait. Elle allait épouser l'homme qu'elle aimait. Leur vie ensemble commençait enfin.
Plus tard cette nuit-là, incapable de dormir à cause de l'excitation, elle est allée à la cuisine pour un verre d'eau. Elle était sur le point d'allumer la lumière quand elle a entendu la voix d'Adrien depuis le bureau attenant. Il était au téléphone.
Elle s'est figée, un sourire heureux encore sur le visage, prête à entrer pour le surprendre. Mais ses mots suivants l'ont glacée sur place.
« Ne t'inquiète pas, Amélie. Les fiançailles ne sont que la première étape. »
Sa voix était différente. Froide. Dépouillée de la chaleur qu'il lui avait montrée quelques heures plus tôt. C'était une voix qu'elle ne lui avait jamais entendue.
« Je ne supporte pas de la voir », a-t-il dit, et Faustine a senti l'air lui manquer. « Chaque fois qu'elle me regarde avec ces yeux pleins d'adoration, ça me rend malade. »
Il parlait d'elle.
« Elle et toute sa famille paieront pour ce qu'ils t'ont fait. Je ferai de Faustine de Valois la risée de tout Paris, puis je détruirai tout ce que les de Valois possèdent. Ce mariage est mon moyen d'y parvenir. C'est pour toi, Amélie. Tout est pour toi. »
Le verre d'eau qu'elle n'avait pas encore versé lui parut lourd dans la main, bien qu'il fût vide. Sa bague de fiançailles, autrefois symbole de ses rêves les plus fous, ressemblait maintenant à une chaîne. Le bel avenir qu'elle avait imaginé quelques instants plus tôt s'est effondré en poussière.
Elle a reculé silencieusement de la porte, le corps engourdi. Elle est allée dans sa chambre et a appelé son avocat.
« Je dois annuler mon identité », a-t-elle dit, sa voix plate et sans émotion.
« Mademoiselle de Valois, c'est un processus complexe. Cela pourrait prendre jusqu'à une semaine. »
Une semaine. Faustine a ri, un son sec et sans joie. Une semaine pour effacer toute une vie. Une semaine pour endurer sa fausse affection, sa romance mise en scène, sa vengeance cruelle et calculée.
Elle a raccroché et est retournée dans le salon. Adrien était là, fredonnant un air en lui préparant une tisane à la camomille, comme il le faisait quand ils étaient plus jeunes et qu'elle n'arrivait pas à dormir. Il lui a souri, l'image parfaite d'un fiancé aimant.
Les de Valois avaient adopté Adrien quand il avait quinze ans. C'était un gamin décharné et rebelle qui était passé par le système d'accueil et ne faisait confiance à personne. Faustine, habituée à obtenir ce qu'elle voulait, l'avait déclaré son projet personnel.
« Tu es mon petit frère maintenant », avait-elle annoncé en lui attrapant le bras. « Ça veut dire que tu dois m'écouter. »
Il avait essayé de se défaire de son emprise. « Je ne suis rien à toi. »
Elle avait simplement resserré sa prise, la mâchoire obstinée. « Faux. Tu vis ici maintenant. Tu es à moi. »
À cette époque, elle était une petite peste. Elle lui pinçait fort le bras s'il ne répondait pas quand elle l'appelait.
Il détestait ça. « Ne me touche pas », sifflait-il en repoussant sa main.
Elle se contentait de sourire narquoisement. « Je te toucherai autant que je veux. Tu es mon frère. »
Mais maintenant, des années plus tard, c'était lui qui tendait la main vers elle. Il s'est approché d'elle par-derrière et a enroulé ses bras autour de sa taille, posant son menton sur son épaule.
« Tu n'arrivais pas à dormir ? » a-t-il murmuré à son oreille.
Faustine a tressailli, tout son corps se raidissant à son contact. L'étreinte qui l'aurait ravie la veille lui semblait aujourd'hui une cage. Elle s'est dégagée de lui.
« Je vais bien », a-t-elle dit, la voix tendue. « J'ai juste soif. »
Il n'a pas semblé remarquer sa froideur. « Je t'ai fait du thé. Ton préféré. »
Il lui a tendu la tasse fumante. Elle l'a regardée, puis a regardé son visage. Le visage de l'homme qui l'aimait. Le visage de l'homme qui la haïssait.
Tout Paris pensait que leur histoire était un conte de fées. L'héritière et l'orphelin, des frères et sœurs non biologiques devenus amants. Une romance moderne pour les annales. Ils n'avaient aucune idée que c'était une tragédie.
Elle s'est souvenue à nouveau de la demande en mariage. Le tour en hélicoptère au-dessus de la ville scintillante, le toit couvert de milliers de roses blanches, la façon dont il s'était agenouillé devant elle. Il l'avait regardée avec une telle intensité, un tel feu dans les yeux.
« Faustine », avait-il murmuré, la voix chargée d'émotion, « je t'aime depuis si longtemps. »
Il l'avait embrassée alors, un baiser si passionné qu'il l'avait laissée sans souffle. Cela semblait si réel.
Elle avait été complètement dupée.
Cette nuit-là, elle s'est réveillée à nouveau, une terreur glaciale l'envahissant. Elle est sortie de son lit et s'est de nouveau tenue près de la porte du bureau. Sa voix s'est de nouveau échappée, cette fois mêlée d'un venin qui lui a retourné l'estomac.
« Oui, Amélie, je te le promets. Bientôt. Une fois que j'aurai tout, je la jetterai comme une ordure. Tu es la seule que j'aie jamais aimée. »
Elle n'avait pas besoin d'en entendre plus. Elle est retournée furtivement dans sa chambre et a pris son téléphone. L'e-mail de confirmation de son avocat était là. Le processus pour effacer Faustine de Valois avait commencé.
Son cœur, qui avait brûlé si vivement d'amour pour lui, n'était plus qu'un tas de cendres froides. Tout était un mensonge. Son amour, sa demande en mariage, leur avenir.
Il ne l'aimait pas. Il aimait Amélie Bertrand, la fille de leur ancien régisseur.
Et il n'était avec Faustine que pour la ruiner. Pour se venger de quelque chose qu'elle ne pouvait même pas comprendre.
Elle a regardé son reflet dans la fenêtre sombre. Sa famille, son nom, son héritage. Il voulait tout détruire. Elle ne le laisserait pas faire. Si le prix à payer pour protéger sa famille était son propre cœur, sa propre existence, alors soit.
Elle jouerait son jeu pendant encore une semaine.
Le lendemain matin, il l'a trouvée regardant par la fenêtre. « Qu'est-ce qui ne va pas, Faustine ? Tu sembles distante. »
Sa voix était remplie d'une fausse inquiétude.
Elle s'est tournée vers lui, forçant un petit sourire. « Je réfléchissais. Quand as-tu réalisé que tu m'aimais, Adrien ? »
Il lui a souri en retour, un sourire parfait et étudié. « Au moment où je t'ai revue après toutes ces années. Ça m'a frappé comme une tonne de briques. J'ai su que je ne pouvais pas vivre sans toi. »
Le mensonge était si lisse, si facile. Ça la rendait malade.
Elle a hoché lentement la tête. « Je vois. »
« Je fais venir Amélie plus tard », a-t-il dit nonchalamment. « Elle est si excitée pour le mariage. J'ai pensé qu'elle pourrait t'aider avec une partie de l'organisation. »
Le sourire de Faustine n'a pas vacillé, mais à l'intérieur, elle a senti une partie d'elle mourir. La dernière semaine avait commencé.
Amélie Bertrand est arrivée, l'air d'une fleur fragile sur le point de se faner. Elle portait une robe simple et pâle et serrait un petit sac à main comme si c'était une bouée de sauvetage. Ses yeux étaient grands et larmoyants quand elle a vu Faustine.
« Faustine », a-t-elle murmuré, sa voix à peine audible. « Je suis si heureuse pour toi et Adrien. »
« Vraiment ? » a répondu Faustine, la voix sèche. « Je ne savais pas que nous t'avions invitée. »
Adrien s'est immédiatement avancé, passant un bras protecteur autour des épaules d'Amélie. « Faustine, sois gentille. Amélie est notre invitée. »
Amélie s'est blottie contre lui. « Ce n'est pas grave, Adrien. Je sais que Faustine ne m'a jamais aimée. Je n'aurais pas dû venir. »
« N'importe quoi », a dit Adrien, son ton se durcissant en regardant Faustine. « C'est l'anniversaire d'Amélie la semaine prochaine. Je veux lui organiser une fête ici, pour la présenter correctement à nos amis. »
Il utilisait leur maison pour mettre en avant sa véritable amoureuse, juste devant sa fiancée. L'audace était à couper le souffle.
« Nous avons tous grandi ensemble », a poursuivi Adrien, avec une fausse gaieté dans la voix. « Nous sommes une famille. »
« Oui, une famille », a répété doucement Amélie, puis elle a fait un pas vers Faustine. « Faustine, je sais que nous avons eu nos différends. J'espérais... j'espérais que tu pourrais me pardonner. »
Avant que Faustine ne puisse répondre, Amélie a fait quelque chose d'extraordinaire. Elle s'est laissée tomber à genoux.
« S'il te plaît, Faustine. Pardonne-moi. Je veux juste que nous soyons tous heureux. »
C'était une performance digne d'un prix. La pauvre fille victimisée, suppliant le pardon de la cruelle héritière. Faustine a senti une vague de colère brûlante.
Amélie a levé les yeux, noyés de larmes, et a jeté un coup d'œil à Adrien. C'était un appel silencieux pour qu'il la sauve.
Adrien s'est précipité et a relevé Amélie. « Amélie, qu'est-ce que tu fais ? Tu n'as pas à faire ça. »
Il l'a tenue près de lui, lui caressant les cheveux alors qu'elle sanglotait contre sa poitrine. Puis il a tourné son regard furieux vers Faustine.
« Regarde ce que tu as fait », a-t-il sifflé. « Ne peux-tu pas montrer une once de compassion ? Sa famille a tout perdu à cause de la tienne. Son père a perdu son travail, et ils luttent depuis des années. »
Faustine le regarda, déconcertée. « De quoi parles-tu ? Son père a pris sa retraite avec une pension complète. Mon père lui a donné une prime généreuse. »
« Ne mens pas, Faustine ! » La voix d'Adrien était tranchante. « Amélie m'a tout raconté. »
« Et tu la crois ? » La voix de Faustine s'est brisée. « Tu la crois elle plutôt que moi ? Plutôt que ma famille, qui t'a recueilli ? »
« Arrête ! » a crié Adrien. « Arrête d'être si cruelle ! »
L'esprit de Faustine vacillait. C'était l'anniversaire de la mort de sa mère la semaine prochaine. L'anniversaire de sa mort dans un incendie sur leur domaine. Un incendie qui avait consumé la personne la plus importante de sa vie.
Et il voulait organiser une fête pour Amélie.
« Dehors », a dit Faustine, sa voix basse et tremblante de rage. « Tous les deux, sortez de ma maison. »
Adrien la regarda comme si elle était un monstre. « Faustine, je ne sais pas ce qui te prend. »
Il a essayé de prendre sa main, mais elle l'a arrachée. Il essayait de l'apaiser, de maintenir son complot de vengeance sur les rails.
« Calmons-nous tous », a-t-il suggéré, sa voix s'adoucissant dans ce faux ton doux qu'elle méprisait maintenant. « Pourquoi ne pas nous asseoir et en discuter ? »
« Je pars », a gémi Amélie, l'interrompant. Elle s'est éloignée d'Adrien, son visage un masque de tragédie. « Je ne fais que causer des problèmes. »
Elle s'est retournée et a couru hors de la pièce, ses sanglots résonnant dans le couloir.
Sans une seconde d'hésitation, Adrien a couru après elle. « Amélie, attends ! »
Faustine est restée seule dans le grand salon, le silence résonnant à ses oreilles. Il avait toujours fait ça. Il avait toujours couru pour la protéger.
Elle s'est souvenue de leur adolescence. Un groupe de garçons d'une école rivale l'avait coincée, se moquant de la richesse de sa famille. Adrien, qui était encore maigre et petit pour son âge, s'était jeté sur eux sans réfléchir.
Il avait été son ombre à l'époque, son protecteur. Il se battait pour elle, encaissant des coups qui lui étaient destinés sans jamais se plaindre. Il se tenait devant elle, son petit corps un bouclier, et fusillait du regard quiconque osait la regarder de travers.
Il avait eu un œil au beurre noir et une lèvre fendue ce jour-là. Il avait passé tout le combat à s'assurer qu'elle n'était pas touchée.
Quand ce fut fini, il s'était tourné vers elle, du sang coulant de sa bouche, et ses premiers mots avaient été : « Tu vas bien, Faustine ? »
Elle avait pris son visage dans ses mains, le cœur lui faisant mal pour lui. Il était son garçon féroce et loyal.
Quand avait-il changé ? Quand sa loyauté avait-elle si complètement basculé vers Amélie ?
Faustine a laissé échapper un rire amer. Peu importait quand. C'était arrivé. Le garçon qui aurait pris un coup pour elle était maintenant l'homme qui resterait là à la regarder brûler.
La fête pour Amélie était une affaire grandiose. Adrien n'avait reculé devant aucune dépense. Il avait transformé la salle de bal en un pays des merveilles de fleurs et de lumières scintillantes, tout ça pour présenter la fille du régisseur à la haute société parisienne.
Amélie se tenait en haut des escaliers dans une robe sur mesure, une vision de beauté sage. Elle a souri timidement alors qu'Adrien prenait sa main.
« Est-ce que je suis bien, Adrien ? » a-t-elle demandé, sa voix douce et pleine d'une fausse insécurité.
C'était une performance, et tout le monde y croyait.
Les yeux d'Adrien s'adoucirent en regardant Amélie. C'était un regard d'une tendresse authentique, un regard qu'il n'avait jamais accordé à Faustine, pas même lorsqu'il l'avait demandée en mariage.
« Tu es magnifique, Amélie », dit-il, sa voix une caresse grave. « Plus belle que n'importe qui ici. »
Faustine sentit une douleur aiguë dans sa poitrine, mais elle la repoussa, la remplaçant par une fureur glaciale. Elle s'avança vers eux, ses talons claquant bruyamment sur le sol en marbre.
« Tiens, tiens », dit-elle, sa voix dégoulinant de sarcasme. « Si ce n'est pas l'invitée d'honneur. Tu es bien mise, Amélie. Pour une fille de domestique. »
Les mots étaient cruels, et elle le savait. Mais la vue d'eux deux ensemble, ressemblant tant au couple parfait, avait fait voler en éclats son sang-froid.
Le visage d'Adrien se durcit, ses yeux se transformant en glace. Il regarda Faustine avec un dégoût pur. « Excuse-toi auprès d'elle. Maintenant. »
Amélie tira sur son bras, les yeux se remplissant de larmes. « Ce n'est rien, Adrien. Faustine est juste contrariée. Je comprends. »
Elle se tourna vers Faustine, une image d'innocence blessée. « On était amies avant, Faustine. Tu te souviens quand on était petites ? On partageait tout. »
« Oh, je me souviens », dit Faustine, sa voix dangereusement basse. « Je me souviens que tu voulais toujours ce qui était à moi. Tu avais même un surnom pour Adrien, n'est-ce pas ? 'Adri'. »
L'utilisation du surnom enfantin était une pique délibérée. C'était un nom que seule Amélie utilisait, un symbole de leur histoire secrète et partagée.
Faustine vit une lueur de triomphe dans les yeux d'Amélie avant qu'ils ne se remplissent à nouveau de larmes.
« C'est toi qui m'as offert cette robe, Adri », dit Amélie en s'adressant à lui, touchant doucement le tissu de sa robe. « C'est ma couleur préférée. »
Le sang de Faustine se glaça. Elle reconnut le modèle. C'était l'un des siens, un croquis de son portfolio privé. Un modèle qu'elle n'avait montré qu'à Adrien.
Elle se souvint d'Amélie essayant de voler ses croquis de design à l'université, prétendant qu'ils étaient les siens. Faustine avait été furieuse.
« Tu es une voleuse, Amélie », dit Faustine, sa voix tremblant de rage. « Ce modèle est à moi. Tu l'as volé, comme tu le fais toujours. »
Amélie haleta et recula, s'effondrant en un tas sur le sol comme si Faustine l'avait frappée. « Faustine, non ! Pourquoi dis-tu ça ? »
Elle rampa vers Adrien, attrapant le bas de son pantalon. « Adri, aide-moi. Elle me fait peur. »
Adrien s'agenouilla, son visage un masque de fureur dirigé contre Faustine. Il aida Amélie à se relever, son contact doux. « C'est bon. Je suis là. »
Il regarda Faustine, et ses yeux étaient pleins d'une haine si profonde que cela ressemblait à un coup physique. « Tu es incroyable. Tu ne supportes pas de voir quelqu'un d'autre heureux, n'est-ce pas ? »
Faustine sentit son cœur se briser en un million de morceaux. Il ne la croyait pas. Il ne la croirait jamais.
Plus tard dans la soirée, elle s'approcha de lui, tenant une petite boîte en velours. C'était une offrande de paix, un dernier effort désespéré. À l'intérieur se trouvaient une paire de boutons de manchette anciens en diamant qu'elle avait achetés pour lui.
« Adrien », dit-elle doucement. « Je suis désolée pour mon comportement tout à l'heure. »
Il prit la boîte sans la regarder. Il l'ouvrit, jeta un coup d'œil aux boutons de manchette, puis se dirigea vers Amélie.
« Tiens », dit-il en lui tendant la boîte. « Un petit quelque chose pour ton père. »
Il avait donné son cadeau, un cadeau destiné à lui, à la famille de la femme qu'il aimait vraiment. C'était un rejet si total, si complet, qu'elle pouvait à peine respirer.
« Ne t'inquiète pas, Amélie », dit-il en se retournant vers elle avec un sourire. « Je t'obtiendrai cet atelier de design que tu as toujours voulu. Tout ce que tu désires. »
Faustine les regarda, une vague de nausée la submergeant. Elle se tourna pour partir, ne voulant qu'échapper à leur étalage suffocant d'affection.
Soudain, il y eut un grand fracas. Une immense sculpture de glace décorative au centre de la pièce était devenue instable et basculait. Elle se dirigeait droit vers l'endroit où se tenaient Amélie et Faustine.
En une fraction de seconde, Adrien bougea. Il se jeta devant Amélie, la protégeant de son corps alors que le bloc de glace massif se brisait autour d'eux.
Il ne regarda même pas Faustine.
Un grand éclat de glace vola dans les airs, frappant durement Faustine sur le côté. La force de l'impact la fit tomber. Elle cria de douleur en heurtant le sol.
Sa vision se brouilla. La dernière chose qu'elle vit avant de perdre connaissance fut Adrien tenant une Amélie terrifiée, lui murmurant des mots de réconfort dans les cheveux, complètement inconscient du fait que sa fiancée saignait sur le sol à quelques mètres de là.
Elle se réveilla dans une chambre d'hôpital blanche et stérile. La première chose qu'elle vit fut Amélie, assise près de son lit, s'épongeant les yeux avec un mouchoir en dentelle.
« Oh, Faustine, tu es réveillée », s'écria Amélie, sa voix pleine d'une fausse inquiétude. « Je suis tellement, tellement désolée. Tout est de ma faute. »
Faustine se contenta de la fixer.
« Si ce n'était pas pour moi, tu n'aurais pas été blessée », continua Amélie, sa performance impeccable.
« Tu as raison », dit Faustine, sa voix rauque. « C'est de ta faute. Tu es une malédiction. Tout ce qui m'est arrivé de mal, c'est à cause de toi. »
Amélie recula, les yeux écarquillés de choc. « Faustine ! Comment peux-tu dire ça ? »
Adrien entra à ce moment-là, son visage un masque orageux. « Comment peux-tu être si cruelle ? Elle est restée à ton chevet toute la nuit, morte d'inquiétude pour toi, et c'est comme ça que tu la traites ? »
« C'est une actrice, Adrien », dit Faustine, regardant au-delà de lui, par la fenêtre. « Et tu es son fan le plus dévoué. »
Il ignora ses paroles. « Tu as toujours été comme ça. Gâtée, égoïste et cruelle. »
Faustine tourna lentement la tête pour le regarder. « Tu as juré un jour que tu me protégerais, Adrien. Tu t'en souviens ? »