Du même auteur
- L'estocade, Éditions du Panthéon Paris 2015 ;
- Le trésor d'Abbes Bahdoul, Éditions du Panthéon, Paris, 2016 ;
- Assassinat sur ordonnance, Éditions Le Lys bleu, Paris, 2019 ;
- Au secours des dames, Éditions Lacour-Ollé, Nîmes, 2019.
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Sous le pseudo Mossip Bahdkrines
- Les Aventures de Doc Alex(les trois premiers tomes), Éditions Le Lys bleu, Paris, 2020 ;
- Les amours interdites de Jeanne, Éditions Le Lys bleu, Paris, 2020.
Toute unité est au centre ;
Les extrêmes sont divisés ;
Seul le centre est un.
Netsah Israël 1600, Le Maharal de Prague
J'ai lu Les Aventures de Doc Alexde Marc Biencourt. Quel plaisir ! J'y suis entré sur la pointe des pieds et l'ai gardé à pleines mains, sans le lâcher, projetant mon esprit dans ces aventures. Ces trois épisodes successifs d'enquêtes sont dynamiques, très agréables à lire.
Alex Beaucousin, ouvert à toutes les « aventures », même périlleuses, est un héros actuel, ayant le sens de l'engagement et surmontant ses craintes et ses peurs.
Ces romans séduiront les amateurs d'action, de politique fiction et d'enquêtes policières. J'attends impatiemment la suite.
Encore merci, Marc, pour ce cadeau.
Commentaire de Patrick Caron, un lecteur
Prologue
À la suite des aventures vécues au Maroc et en Algérie, durant l'année 2022, qui devaient nous amener, Roger Lhermitte, mon ami Lieutenant-colonel de gendarmerie et moi, à sauver non seulement l'actuel premier Président de l'Europe, monsieur Macron, mais aussi les dirigeants français et algériens d'un attentat à la bombe perpétré à l'aéroport d'Alger, j'avais donc décidé de prendre une retraite bien méritée. D'autant que nous attendions une nouvelle pandémie semblable à celle de 2021 qui avait fait des centaines de milliers de morts dans le monde. La guerre en Ukraine a enfin pris fin sans se mondialiser.
(Voir « Au secours des Dames », tome 3 des aventures du Docteur Alex Beaucousin, dit Doc Alex pour les membres du CNCT, Task force créée par le Président Macron en juillet 2017.)
J'avais repris du service dans l'aéronavale dont j'étais colonel de réserve, médecin en chef, à la suite des accidents d'Alger et, afin d'éviter ma prise de retraite, j'ai été nommé médecin chef des services hors classe, soit l'équivalent d'un général une étoile ! Dès lors, le Président Abdelfattah Al-Mansûr Ben Yûsuf élu brillamment en mai 2022 m'a demandé personnellement de rester à sa disposition pour toute opération nécessitant, j'en suis tout à fait conscient, un investissement personnel financier. L'efficacité de ma petite équipe formée durant ces trois années d'aventures, avec l'aide particulièrement efficace de mon ami Roger, et l'assistance de mes gardes du corps familiaux, Hubert, Hugues, Hervé, Margot et Manuella n'est plus à démontrer. Se joignent à eux, selon le besoin, Fred Masson et Pierre Grimaud de la DMT, sous-direction de la SDPP1, connus durant ma mission à Rabat.
Nous sommes devenus, sans le chercher, le bras armé du CNCT ou plutôt de la présidence pour toutes les missions un peu « particulières ».
Par ailleurs, Nathalie assure la direction de la holding familiale, ALIYA and CO, et nous avons pu évaluer l'importance de la fortune que nous a léguée notre aïeul. (Voir L'Estocade et Le trésor d'Abbés Bahdoul ainsi qu'Au secours des Dames.) Compte tenu des biens immobiliers à Hesdin la Forêt, Paris, Hyères, en Camargue mais aussi nos immeubles de rapport à Lille, Lyon, Toulouse et Bordeaux qui sont évalués à quatre-vingts millions d'euros, nos participations dans plusieurs entreprises françaises et marocaines ayant une valeur peu variable estimée à deux milliards d'euros, il nous reste du trésor de Cannes presque six millions d'euros en or et diamants déposés dans notre coffre. Par ailleurs, notre Prestige 680, basé à Hyères, est évalué à deux millions d'euros. La propriété au Venezuela n'a pas été estimée.
En effet, le don fait à la famille Bahdoul a pu être dénoncé devant les tribunaux français et locaux.
Cependant, l'inspection de cette propriété reste à faire, car les revenus conséquents que nous en retirons chaque année de plusieurs centaines de milliers d'euros ont une origine qui nous paraît plus que suspecte compte tenu des activités de l'avocat Ben Bahdoul, suicidé à Rabat. Nous allons devoir nous rendre dans ce pays très instable où notre sécurité risque d'être difficile à assurer. De plus, les revenus n'ont pas été versés cette année, ce qui va nous obliger à nous y rendre.
Notre fortune avoisine allègrement plus de deux milliards et demi d'euros, qui nous fournissent un revenu annuel global hors impôts de près de deux cents millions d'euros, de quoi faire vivre toute la famille et financer les nombreux salaires versés à nos collaborateurs. La charge de notre présidente Nathalie, dont le mariage est programmé pour le mois suivant la fin des Jeux olympiques de Paris, est particulièrement complexe. Il a fallu acquérir un immeuble dans le XVIIearrondissement afin de loger les nombreux collaborateurs, notaires, avocats et comptables imposés par la gestion de cette holding. Nous avons racheté les locaux du Conseil national de l'Ordre des médecins en grande difficulté depuis le rapport de la Cour des Comptes de 2019.
Toutefois, la surprise a été de découvrir les raisons qui poussaient le gouvernement marocain à vouloir récupérer absolument Mathilde Dubois, épouse Ben Bahdoul. En effet, elle devait nous avouer qu'elle faisait partie depuis plus de deux ans de la BCIJ, Bureau central d'investigations judiciaires, qui l'avait recrutée juste après son mariage avec Chakib Ben Bahdoul. Elle est membre de la brigade de lutte contre le terrorisme et son époux commençait à la soupçonner et avait décidé, semble-t-il, de l'éliminer.
Un accord entre Paris et Rabat a été trouvé, et Mathilde a obtenu d'être l'officier de liaison avec le CNCT, élevée au grade de lieutenant. Depuis sa nomination, les relations franco-marocaines, dans la lutte contre les djihadistes en particulier, ont pris une toute nouvelle efficacité. Deux attentats ont pu être déjoués à Paris et à Lille, et le réseau venu de Bruxelles a pu être apparemment complètement démantelé. Mais en fait, c'est plus de cent cinquante projets d'attentats qui ont été déjoués depuis 2020.
Ainsi, j'ai repris du service, et je me suis trouvé chargé de contacter, en compagnie de Mathilde, connue des services marocains sous le nom d'Aliya, les services de lutte antiterroriste britanniques afin de tenter de déjouer un attentat menaçant le tunnel sous la manche, selon les informations transmises par Rabat et Washington.
Nous devons rencontrer la Patronne du MI6, Madame Pénélope Older, au SIS building à Londres. Ce service a presque doublé ses effectifs depuis 2020 et revendique plus de trois mille agents, dont les éléments en mission de par le monde en particulier dans le Maghreb et le Moyen-Orient.
Je n'évoque quasiment pas la guerre d'Ukraine dans ce volume n'en connaissant ni la fin ni les conséquences sur l'avenir de l'Europe à la publication de ce roman.
Ainsi commencent mes nouvelles aventures...
Chapitre 1
25 mars 2024
Dans l'Eurostar Paris – Londres
Ce matin, nous avons réussi tout juste à prendre l'Eurostar de 7 h 13.
Installés face à face, Mathilde, Hugues, Margot et moi devons joindre Saint Pancras Station, à 9 h, où devrait-nous attendre le chauffeur de l'Ambassade de France.
Nous devons rencontrer, vers 11 h, la Patronne du MI6, Madame Older, avec qui nous devons coordonner les actions de prévention à mener face au risque très important d'attentat dans le tunnel sous la Manche. Les services secrets américains, marocains, israéliens et belges ont alerté l'Élysée qui a missionné notre équipe comme interlocutrice des Britanniques dans cette opération. Depuis que nous connaissons l'appartenance de Mathilde aux services antiterroristes marocains, nos relations amicales et professionnelles se sont apaisées.
Martine, mon épouse, a réussi à cicatriser la blessure affective grave que je lui avais infligée en 2020. Il est vrai que sa petite virée déconfite parisienne a été pour beaucoup à notre pardon mutuel. (Voir L'Estocade.)
Les Jeux olympiques doivent débuter le 26 juillet prochain, ils se termineront le 11 août, sans incident nous l'espérons tous, et tous les services autour du président Al-Mansûr sont sur le pied de guerre depuis plusieurs semaines.
La capitale française et tous les sites où se dérouleront les épreuves sont protégés à l'extrême. Cela, à tel point que les programmes de surveillance aériens et orbitaires prévus pour 2025 à 2030 ont été avancés, aggravant sérieusement le déficit du budget national déjà mis à mal par la pandémie de covid19 de 2020-21, malgré une résilience exceptionnelle de notre économie.
Le programme SORIA (système d'optimisation du renseignement interarmées) est fonctionnel et a été testé avec succès au Sahel et en Afghanistan dans le plus grand secret et avec l'accord des Russes et des Américains. Un grand nombre de drones MALE (drone de moyenne altitude à longue endurance MQ-9 Reaper) a été armé. Les deux satellites du programme Musis européen ont été testés efficacement en déjouant une attaque terroriste en Allemagne il y a deux mois. Un des trois Falcons du programme Cuge a pu être livré dès le mois dernier, il est en cours de validation de ses capacités d'écoute et de collecte des informations en particulier des fréquences de tout objet volant.
Ainsi, la Task force, créée par le président Macron dès juillet 2017, possède des yeux et des oreilles renforcés avant cet évènement mondial qui, par le passé, a parfois été la cible d'attaques terroristes antisémites particulièrement violentes.
Le problème qui se pose aujourd'hui à mes coéquipiers et moi est qu'un attentat sous la Manche va être particulièrement difficile à déjouer, car le tunnel se situe à près de 80 mètres sous la surface agitée de la Manche.
Ceci, bien que depuis les années 2010, l'afflux de nombreux migrants s'agglutinant aux portes du tunnel ait imposé un renforcement sans exemple des mesures de contrôle et de sécurité tant à Sangatte, Calais et Dunkerque, côté français, qu'à Folkestone, du côté britannique.
Nous sommes dans le tunnel depuis dix bonnes minutes, lorsque notre rame ralentit fortement tout en continuant d'avancer au ralenti.
« Qu'est-ce qui's passe », s'étonne Margot, la claustrophobe de l'équipe !
En fait, notre Eurostar finit par s'arrêter complètement.
Après la sonnerie classique, la voix du chef de train nous annonce que notre train est stoppé suite au déclenchement d'une alerte côté anglais. Un camion aurait pris feu une quinzaine de kilomètres avant la sortie de Folkestone. Cet incendie a donc lieu dans la fin de la partie immergée du tunnel,
« Mesdames, messieurs, restez à votre place, nous attendons les informations des cellules de surveillance », nous annonce le responsable du voyage.
Je décide en même temps que Margot et mes deux acolytes de me lever et de me diriger rapidement vers le carré des contrôleurs qui se trouve juste au niveau de la voiture précédente.
« Bonjour, Mesdames, Messieurs, je suis le général Beaucousin du CNCT en mission pour Londres, pouvez-vous me tenir informé de la situation ? ».
J'apprends que notre rame est arrêtée au milieu de la partie immergée du tunnel. Soit à une bonne vingtaine de kilomètres de Coquelles. Un camion serait en feu du côté anglais, mais surtout il paraît que la sortie française est complètement envahie de migrants qui ont réussi à franchir toutes les barrières de protections après que deux énormes véhicules se soient précipités sur les voies ferrées au niveau de l'autoroute A16. Par les brèches faites dans les barrières sécurisées, des centaines de personnes sont descendues sur les voies à l'aide de deux énormes filets de cordes déroulées à partir du parapet du pont comme si les véhicules en tombant sur les rails avaient traîné derrière eux un parachute. La foule surgit de nulle part. Surtout apparemment, les hommes, femmes et même enfants, se sont échappés de plusieurs semi-remorques qui encombrent les voies de l'A16 au niveau du pont enjambant le terminal. Ils se rassemblent à l'entrée du tunnel dès qu'ils ont touché le sol, en courant le long des voies. Les forces de sécurité arrivent à peine sur place et ne semblent pas pouvoir empêcher le blocage des sorties des trois tunnels.
« Il faut que mon équipe puisse rejoindre le tunnel de service, ouvrez-moi la porte nous descendons. »
Le contrôleur le plus âgé refuse notre demande en se référant à son règlement. Je lui montre ma carte d'officier assermenté par le CNCT et lui donne le numéro qu'il peut contacter pour confirmer l'autorisation demandée. Mais voyant les armes sorties par mes compagnons, il obtempère et nous déclenche l'ouverture de la porte côté tunnel de service.
« Vous avez un accès à vingt mètres sur votre droite, je demande le code au chef du train pour ouvrir le sas. »
Munis du sésame, nous nous précipitons vers la porte blindée qui donne accès au tunnel de service. Il en existe tous les 375 mètres, tout le long du trajet. Afin d'éviter l'envahissement du tunnel de secours par les fumées ou gaz toxiques, la pression de l'air y est positive.
À peine traversés les sas, nous émergeons dans le tunnel de service au moment où un wagonnet électrique arrive à notre hauteur. Son pilote semble surpris de nous voir émerger et arrête son engin.
« D'où venez-vous, on est en alerte rouge, le plan Binat est actif – je lui montre ma carte et il réagit instantanément – montez, on retourne vers Coquelles ».
Nous grimpons tous les quatre à bord de son engin électrique qui prend rapidement de la vitesse puisqu'à peine quinze minutes plus tard nous approchons de la sortie dont on aperçoit la lueur au loin.
Mais arrivés à quelques centaines de mètres de la fin du tunnel nous sommes croisés par des dizaines d'individus qui courent vers le fond du tunnel.
Notre navette ne peut plus progresser que quelques minutes avant d'émerger au jour et notre chauffeur doit s'arrêter. Nous essayons de sortir, ce qui n'est pas une mince affaire, heureusement que les portes de notre véhicule s'ouvrent latéralement.
J'interpelle mes coéquipiers « on se retrouve à la sortie ».
Et de nous lancer à contre-courant de la foule qui déferle face à nous. On est obligés de passer le long des parois et on se retrouve quasiment plaqués contre elle, tellement la multitude de migrants s'avance vers les profondeurs des tunnels. La foule est de plus en plus dense.
Nous atteignons enfin la sortie où se trouvent plusieurs CRS en tenue antiémeute, mais qui ne peuvent rien faire pour arrêter la foule.
J'interpelle un officier qui semble désespéré. « Capitaine, je suis le général Beaucousin de la CNCT, nous nous rendions à Londres, où se trouve le PC ? »
Il m'indique du doigt la direction en me criant « on ne peut quand même pas leur tirer dessus, ils nous lyncheraient ». Je l'ai déjà quitté suivi de mes trois coéquipiers qui arrivent à se frayer le passage au vu des armes que nous tenons.
Nous sommes à plus de cent mètres du bâtiment de surveillance, il faut absolument qu'on y arrive.
Une explosion étourdissante nous projette mon équipe et moi de plusieurs mètres sur le talus que nous avons commencé à gravir vers les bâtiments du PC de contrôle. Les dégâts en vies humaines apparaissent au fur et à mesure que les fumées se dissipent. Des centaines de cadavres et de corps hurlants de douleurs forment un terrifiant champ de bataille, véritable charnier.
Nous sommes un peu assourdis tous les quatre par la déflagration. Margot semble la plus touchée, et saigne un peu de l'épaule gauche, nos visages sont gris de poussière, Mathilde s'est déjà relevée, le pistolet automatique à la main, et hurle pour se faire entendre :
« Vite, on remonte, de toute façon on ne peut rien pour eux ». Nous nous relevons et reprenons notre course vers le bloc de béton qui lui n'a pas souffert de l'explosion. Au loin, on entend toutes les sirènes qui résonnent, accompagnées des alertes des ambulances et véhicules de secours qui se dirigent vers l'entrée du tunnel.
La porte blindée qui ferme le bâtiment et protégée par deux CRS qui se relèvent à peine des effets de l'explosion.
« Stop, on ne passe pas », hurle l'un des deux militaires.
Je lui montre mon laissez-passer, il s'écarte pour ouvrir le battant métallique en tapant un code, et nous annonçant dans l'interphone.
« Le général Beaucousin du CNCT arrive avec ses collaborateurs, ils sont blessés ».
Nous traversons en courant le long couloir qui mène à la salle de commande du tunnel. Il y règne un vent de panique marqué des sirènes d'alerte de tous les systèmes de contrôle.
Les quelques personnes présentes nous regardent à peine à notre arrivée, elles sont toutes en ligne avec un interlocuteur invisible. Les échanges sont inaudibles car hurlés dans les microphones.
En pénétrant, armés, dans cette vaste pièce vitrée sur trois de ses côtés, nous provoquons quelques secondes de paniques, mais je hurle en brandissant mon badge officiel « pas de panique nous représentons la Task force de l'Élysée, nous prenons le commandement des opérations ».
Chacun reprend sa place.
« Reprenez votre poste, qui est le responsable ici ? »
Une femme d'une quarantaine d'années, assez élégante dans son uniforme d'officier, se dirige vers moi et me saluant
« Je suis le lieutenant Carine Marchand de la PAF, de permanence de ce côté du tunnel, à vos ordres mon général, nous avions été informés de votre présence vers Londres ».
Elle me décrit précisément la situation qui nous apparaît comme désespérée.
Deux rames d'Eurostar sont arrêtées dans le tunnel, la nôtre, et une navette côté descendant.
Les services d'incendie sont entrain de contrôler le camion en feu dans une navette montante quelques kilomètres devant notre train.
Il a été décidé de ne pas évacuer les passagers des trois trains actuellement dans le tunnel. Le problème le plus grave est de porter secours aux nombreux blessés des explosions apparemment provoquées par un Kamikaze ou plusieurs. L'information n'est pas remontée encore vers le PC. Il faut arrêter le flux de migrants qui continue à se répandre dans les deux tunnels et le tunnel de service, le nombre ne cesse d'augmenter par l'arrivée de nouveaux camions qui déversent leur cargaison au niveau des ponts de l'autoroute. Près de dix mille personnes ont envahi la zone ferroviaire, certaines portent secours aux blessés, mais la majorité continue leur course vers l'Angleterre. Les secours viennent d'arriver au niveau des explosions, car selon les informations qui arrivent, trois terroristes se sont fait exploser, un à chaque orifice des tunnels.
Renseigné, je contacte enfin la CNCT à Paris
Chapitre 2
Lundi 25 mars vers 10 heures
PC du plan BINAT
Coquelles
Je viens d'avoir le préfet Auguste le Brion, coordinateur national du renseignement, et il a été décidé avec l'accord du président Al-Mansûr de faire intervenir le Corps de réaction rapide France cantonné à la citadelle de Lille pour freiner et tenter d'arrêter le flux continu de migrants. Ils semblent arriver de plus en plus nombreux sur le site malgré la triple explosion qui aux dernières estimations a fait parmi eux, environ deux cent cinquante morts et plusieurs centaines de blessés qui restent très périlleux d'exfiltrer du site, malgré le vol ininterrompu des Hélicoptères du SAMU et de la sécurité civile venus en renfort de toute la région.
L'accès à l'entrée du tunnel est déjà habituellement assez difficile pour les véhicules de secours, mais il est rendu encore plus périlleux de la présence de cette foule qui a envahi, avec femmes et enfants le nœud ferroviaire qui précède le « Chunnel » pour les Anglais. Un poste de commandement des forces de secours est en cours d'installation sur la vaste zone herbeuse située au-delà de l'autoroute et d'où peuvent atterrir et décoller les nombreux hélicoptères qui emportent les blessés les plus gravement atteints, vers les hôpitaux de la région.
Plusieurs blocs chirurgicaux sont également en cours d'installation, et les premiers éléments du Corps de réaction rapide sont arrivés sur le site et en particulier le général Albert Karaabjier qui commande l'unité. Je peux passer le commandement des opérations à mon collègue et je décide avec son accord de descendre vers les tentes mises en place sur le champ entre les voies ferrées afin de donner la main aux soins des blessés.
Mes deux équipiers Margot et Hugues restent auprès du PC de commandement pour faire la liaison entre Paris et nous, Mathilde m'accompagne compte tenu de son expérience des soins.
J'ai pu avoir Martine, rue du Bac, pour la rassurer, elle me confirme que tous les journaux des chaînes de télévision en continu et autres essayent de glaner des informations, mais les équipes de journalistes sont tenues à l'écart du lieu de l'attentat. Au moins, la configuration des lieux permet d'isoler les opérations de sauvetage.
Mes collègues secouristes m'ont placé avec mon infirmière au « tri » des blessés. Notre poste de secours est submergé, et nous ne pouvons que dispatcher les blessés les plus graves vers la zone de préparation au transport aérien, quant aux autres ils sont orientés vers des tentes qui commencent à se monter depuis l'intervention du CRR. Les militaires arrivent de plus en plus nombreux, tant pour sécuriser la zone, mais surtout pour mettre en place très vite des ponts mobiles pour nous déplacer au-delà des rails qui rendent tout déplacement très difficiles et dangereux. Enfin, des véhicules de transports sont mis à notre disposition et permettent de transférer les blessés vers les tentes de soins, les hélicoptères et les zones d'accueil pour les personnes qui se décident à abandonner leur rêve de gagner la Grande-Bretagne.
Le flux de migrants s'est bien ralenti, les forces de l'ordre ont bloqué les bus et camions contenant des candidats à l'exil. Ces familles sont redirigées par des bus réquisitionnés vers des centres d'accueil, qu'elles ont pour un certain nombre d'entre elles quittés il y a à peine quelques heures.
Mathilde a revêtu une ample blouse verte de chirurgien m'en a passé une également, mais elles sont couvertes déjà de sang et de boue.
Mon portable glissé dans une poche sonne, je le perçois à peine, mais j'ai juste le temps de décrocher.
« Docteur Beaucousin, je vous passe Monsieur le coordinateur – Doc, arrêtez tout de suite de jouer au sauveteur, prenez votre équipe et trouvez-moi ces salopards de djihadistes qui sont encore autour de vous, nous sommes certains qu'ils projettent autre chose dans le tunnel, le président compte sur vous ».
Mon chef me conseille de m'armer plus efficacement auprès du général Karaabjier, et de trouver un véhicule pour remonter dans le tunnel de service jusqu'à notre rame bloquée dans le tunnel ascendant.
« Votre collègue britannique vous y rejoint, il est déjà dans le boyau central et va atteindre l'Eurostar arrêté ».
J'attrape Mathilde par le bras et l'entraîne vers un Serval qui arrive vers nous. Je tends le bras gauche pour arrêter le véhicule, un jeune capitaine de la CRR m'interpelle, mais je ne lui laisse pas le temps de m'interroger.
« Général Beaucousin du CNCT, vous m'emmenez au PC, je dois récupérer mes hommes, je vous réquisitionne, vous aller m'accompagner dans le tunnel. »
Nous sommes déjà hissés à l'intérieur du Véhicule blindé par deux des six soldats embarqués. Ils sont armés du HK16 à canon court, équipés de lance-grenade pour certains.
« Mon général, vous n'êtes même pas armé, je vous donne un pistolet et cinq chargeurs ainsi qu'au lieutenant qui vous accompagne ».
Je refuse car Margot et Hugues ont notre matériel habituel. Je me suis bien habitué au Sig pro 2022, et commence même à m'impressionner durant les séances d'entraînement.
Nous avons repris notre cheminement vers le PC atteint en quelques minutes.
Nos amis nous attendent à la porte en portant nos trois valises d'équipement. Ils grimpent à bord avant même l'arrêt du VBMR. Nous sommes maintenant dix dans le Serval qui prend la direction du tunnel.
« Mon général, d'après nos informations, plusieurs terroristes ont atteint la rame où vous voyagez, cinq selon les vidéos. Mais les contrôleurs pour l'instant ont réussi à les empêcher de grimper à bord ».
Notre VBMR arrive devant l'entrée du tunnel de service.
Nous nous engouffrons dans ce boyau qui rejoint rapidement l'espace entre les deux tunnels ferroviaires. Les phares très puissants de notre engin nous montrent un défilement assez vertigineux des parois percées tous les 375 mètres des portes donnant accès aux voies. Nous croisons deux véhicules électriques d'Eurotunnel qui se collent contre la paroi pour nous laisser le passage.
« Nous atteindrons dans quelques secondes le passage que vous avez emprunté tout à l'heure mon général, vous pouvez vous préparer à intervenir ».
Nous avons enfilé nos gilets pare-balles, Margot et Hugues sont armés du HK416 des forces armées françaises, moi et Mathilde nous contentons de nos PA.
Un colonel britannique nous rejoint à ce moment, mais je lui explique que nous avons pris la neutralisation en main et lui propose d'attendre notre retour près du serval.
Le jeune capitaine propose de passer en tête afin d'explorer le sas, avec l'aide de la transmission vidéo du PC, il voit l'intérieur du tunnel où est arrêté l'Eurostar.
« On y va, mon général, les terroristes ne semblent pas soupçonner notre arrivée, par contre on a prévenu le chef de train de notre intervention ».
En fait, il a été décidé qu'au moment de notre assaut, la rame reculerait de quelques dizaines de mètres vers Coquelles le plus vite possible, notre entrée dans le tunnel sera favorisée par le lancement de plusieurs grenades éblouissantes.
En moins de trois minutes, les cinq assaillants sont neutralisés, l'un est juste blessé, on va pouvoir l'évacuer, aucun n'est équipé d'explosifs. Ils avaient tenté de pénétrer dans la motrice en tirant sur les hublots qui ont résisté aux chocs des balles de kalachnikov. Ils étaient à notre arrivée, en train d'essayer de mettre en place plusieurs pains de plastic autour des charnières supposées de la porte de la tête du train. Ils n'avaient pas anticipé la résistance du blindage de la cabine et ont pu être neutralisés sans aucune perte de notre côté. Plusieurs migrants sont arrivés à quelques dizaines de mètres de nous et se sauvent en hurlant à leurs congénères de rebrousser chemin.
« Vous parlez français ? » interroge le capitaine, il n'a comme réponse qu'un crachat et un hurlement « Allah Akbar ». Je retiens le capitaine qui allait lui faire exploser le crâne de la crosse de son arme.
« Mon bonhomme tu vas nous dire qui tu es et quel est votre objectif, je te fracasse les articulations des jambes toutes les trente secondes à toi de voir » et joignant le geste à la parole je lui tire une balle à quelques centimètres de son bassin, nous l'avons assis contre la paroi du tunnel.
« Tue-moi mécréant, fils de pute, le paradis d'Allah m'attend comme mes frères ».
Je tire à nouveau une balle en pleine cuisse, qui ne le fait pas même frémir de douleur. J'abandonne il doit être sous stupéfiants. On n'a pas le temps de palabrer, les spécialistes s'en occuperont. Je fais signe à deux des soldats de l'empoigner et nous rejoignons notre blindé qui a fait demi-tour entre temps. J'espère qu'il n'y a pas d'autres abrutis de ce type dans le tunnel ou parmi la foule descendue sur les voies.
J'ai contact avec le patron de la CRR
« Albert, nous ramenons un prisonnier, deux des hommes surveillent les corps des quatre tués. Un colonel anglais est avec moi, il demande à nous accompagner. Les terroristes n'ont pas de papiers sur eux ».
Le Général Karaabjier me confirme l'envoi de groupes armés dans les trois tunnels pour ramener les migrants qui ont échappé à l'explosion, mais le train en reculant a écrasé plusieurs personnes, dont plusieurs enfants qui n'ont pas réussi à s'écarter. Les secours tentent de les évacuer.
Le bilan des explosions est catastrophique, plus de deux cent quatre-vingts morts et des milliers de blessés dont femmes et enfants. L'incendie du camion côté britannique est jugulé, il a été provoqué par une bombe qui ne semblait pas artisanale, probablement télécommandée. Le chauffeur semble hors de cause, il a été interpellé facilement. Le timing de cet attentat est quasi militaire. Je souhaite que notre prisonnier finisse par se mettre à table.
Pourquoi avoir assassiné froidement autant de personnes, hommes, femmes et enfants qui devaient en majorité être musulmans ?
Quel est le but de cette attaque monstrueuse contre le tunnel ? Pour l'instant, il n'y a pas de revendication.
Nous avons rejoint le PC de commandement de la CRR-France.
« Un Caracal arrive pour vous emmener à Londres, Alex, vous laissez tout votre matériel ici, mais gardez vos PA, c'est d'accord avec les Rosbifs », m'informe le leader de la CRR.
Le nettoyage de la zone va prendre du temps, notre prisonnier est déjà embarqué pour Lille, base du Corps.
Nous allons nous rendre quand même dans la capitale britannique, bien que notre mission se transforme plutôt en débriefing !