L'histoire se répète, foudroyant destin. Malédiction ou fatalité ? Perdue dans mes pensées, j'entends de loin, bien qu'elle ne soit très proche, une voix qui semble appeler mon nom.
-Madame AMETI, madame AMETI. Répétait la voix.
Je n'arrivais pas à émettre un son ou bouger le moindre petit doigt pour signifier ma présence dans cette salle. Je suis présente de corps mais mon esprit est si loin.
Je sens une main tapoter mon épaule si tendrement, comme si son propriétaire avait peur de me blesser. De toute façon, qui ou qu'est ce qui pourrait me faire plus mal que ce que Marc-Aurel m'a fait ? J'ai tout donné à cet homme, ma vie, mon âme, mon corps, mon cœur, tout de moi...
Comment a-t-il pu être aussi méchant avec moi ? Pourquoi cela m'arrive-t-il ? Et pourtant, j'ai pris toutes mes précautions. J'ai mis les garde-fous pour ne jamais me retrouver dans une pareille situation... A croire que ce qu'on refoule du plus profond de notre être finit par nous retrouver, telles des forces contraires qui s'attirent.
-Madame AMETI ! Insistait la voix.
Je sentis une tape qui se veut plus forte sur mes épaules.
Enfin, je reprends conscience et constate que j'étais dans la salle d'attente du service de gynécologie de la clinique « Mont d'OLYMPE ».
- Excusez-moi docteur, dis-je. Je...
Je me tus, ne sachant quoi dire.
Sans s'attarder dessus, il me fait un sourire et m'invite à le suivre dans son bureau.
Je me lève de mon siège et fais deux pas à peine quand, sans le vouloir, mon regard tombe sur un couple assis un peu plus loin. L'homme avait une de ses mains sur l'épaule de sa partenaire et la seconde tenait la main de cette dernière. Leurs visages reflétaient la paix, l'amour et le bonheur. Comme je les envie ! J'aurais aimé continuer par être heureuse de la nouvelle qui m'emmène ici.
Pour ne plus faire trop attendre le docteur BACA, je détourne mon regard de ce couple, non sans pousser un soupir de tristesse.
Enfin je pénètre ce bureau. J'avais toujours pensé qu'en un pareil moment, je franchirais le seuil de cette porte accompagnée de celui à qui j'aurais remis mon cœur. Je me disais que j'aurais un visage semblable à celui de ce couple. Jamais je n'aurais imaginé qu'en un tel jour, j'aurais cet air perdu et désolé que j'affiche en ce moment.
Je referme la porte derrière moi et avance jusqu'au siège que le docteur me désigne par un geste de la main. Il attend que je prenne confortablement place et après de brèves salutations me demande l'objet de ma consultation.
-Je suis enceinte. Lui dis-je, le regard ailleurs.
-Ah ! Toutes mes félicitations, Madame.
Je ris intérieurement au lieu d'en pleurer. Ces félicitations en d'autres circonstances, m'auraient rendu heureuse. Mais, en ce moment, je m'en veux tellement pour n'avoir pas su protéger cet enfant. Je m'en veux de n'avoir pas pu empêcher l'histoire de se répéter. Mais, il n'est pas tard et je suis dans ce bureau précisément pour remédier à cette situation. Il est impératif que j'empêche l'histoire de se répéter...
-Madame AMETI! Êtes-vous avec moi ? Demanda le médecin.
-Oui Docteur, je suis avec vous.
Une fois encore, je me suis laissée submerger par mes soucis.
-De combien de mois êtes-vous enceinte ?
-Un mois et demi voire deux, je ne sais plus trop. Répondis-je.
-Bien ! Reprit-il. Nous allons vous faire faire quelques examens pour...
-Non docteur, je veux avorter. Le coupai-je d'un trait.
-En êtes-vous certaine ? Je croyais que, enfin... N'est-ce pas pour tomber enceinte que vous avez subi un traitement?!
-Les choses ont changé docteur. Répliquai-je dépitée.
Il me lance un regard plein d'interrogations mais s'abstient de tout commentaire par respect pour ma vie privée.
-Nous allons quand même faire une échographie pour déterminer l'âge exact de la grossesse. Aussi, je vous suggérerai un temps de réflexion d'une semaine pour y voir plus clair, en ce qui concerne cette décision d'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse).
Des flots de larmes se mettent à couler de mes yeux. Je sors un mouchoir dans mon sac pour les sécher.
-Calmez-vous madame !
Je redouble les pleurs à tel enseigne que le médecin se lève de son siège pour occuper celui à côté de moi. Il hésite un instant mais finit par poser une main sur mon épaule.
-Ivanny, permettez-moi de vous appeler par votre prénom. J'ai été témoins de votre enthousiaste et détermination à vouloir tomber enceinte le plus tôt possible. Vous respiriez une joie de vivre que j'ai admirée la première fois que vous êtes entrée dans mon bureau. J'ignore ce qui a bien pu se passer, aussi ne voudrais-je pas le savoir mais, sachez que quoi qu'il se passe, cet enfant reste une bénédiction. Je ne cherche en aucun cas à influencer votre décision. Elle reste en toute circonstance la vôtre et doit être libre de toute contrainte ou pression. Seulement, ne vous mettez pas dans cet état et ne prenez pas une telle décision parce qu'un idiot quelque part vous aurait brisé le cœur. Ce bébé est le vôtre, c'est vous qui le portez, c'est vous qui connaitrez le bonheur de le sentir bouger en vous, c'est vous qui le ferai venir dans ce monde.
-Docteur...
-Ne dites-rien, rentrez chez vous et revenez demain pour l'échographie.
J'acquiesce de la tête tout en continuant par essuyer mes larmes.
-Vous sentez-vous capable de rentrer toute seule ?
-Oui, je suis venue en taxi et je rentrerai par le même moyen.
-Parfait ! Alors, rentrez chez vous prendre un bon bain, manger un bout et dormez. Demain est un autre jour.
-Merci docteur BACA.
-Je vous en prie.
* *
*
Je franchis la porte de mon appartement et m'écroule au sol après avoir refermé derrière moi. Je n'ai qu'une envie, celle de pleurer. Pleurer pour évacuer toute cette amertume, cette douleur et cette colère qui remplissent mon être.
Tous les souvenirs de mon enfance refont surface et je suis encore plus déterminée à mettre un terme à cette grossesse. Instinctivement je pose la main sur mon ventre que je caresse avec amour.
-Mon pauvre bébé, même si j'ai pris la décision de te tuer, saches que je t'aime. Je t'aime tellement que je veux t'éviter de vivre tout ce que j'ai vécu dans mon enfance. Je ne veux pas que tu ressentes le poids des haines de toutes ces personnes qui t'accuseront de ce que tu n'as jamais fait et jamais voulu. Je ne veux pas qu'un jour, tu vois sur un papier « né des œuvres avec »... tandis que d'autres seront désignés comme « des enfants légitimes nés de l'union de... ».
Consciente que la voix ineffable de cet enfant me demandait, « Maman, qu'ai-je fait pour mériter un tel sort ? N'ai-je pas droit à la vie ? » La décision d'y mettre fin à cette vie devient de plus en plus forte. Mon pauvre bébé...
Non, toi tu ne seras pas l'enfant illégitime, l'enfant d'une infidélité, le fruit des mensonges et de la méchanceté d'un homme égoïste. Non, je refuse que tu vives tout ça.
Je pleure toutes les larmes que mon corps peut produire en cet instant, la douleur me perçant le cœur comme une épée qu'on y enfonce. Je m'allonge à même le sol et me replonge dans les douloureux souvenirs de mon enfance.
*
Vingt-deux ans plus tôt
Ce jour-là, comme toute petite fille insouciante de mon âge, six ans pour être exacte, je jouais avec ma poupée nommée Lila devant la porte de notre petit appartement. Nous habitions une cour commune de six ménages, si je m'en souviens bien. Trois femmes débarquèrent à la militaire et demandèrent d'après ma mère chez une de nos voisines qui n'hésita pas à leur montrer notre porte. La femme de mon père était au front et aidée des deux autres, elles avaient insulté et battu ma mère, la traitant de voleuse de mari et de sorcière. Elles la mirent nue et la trainèrent dans la poussière piquante de la cour. N'eut été l'intervention des voisins, peut-être aurait-elle perdu la vie.
J'ai assisté à cette scène, impuissante et horrifiée qu'elles ne s'en prennent à moi également, ne comprenant absolument pas ce qui se passait à l'époque.
Enceinte alors d'un autre enfant qui jamais n'avait pu voir le jour, c'était en fait ce jour-là que ma mère découvrait que l'homme qu'elle fréquentait depuis près de sept ans était marié à une autre.
Il ne lui avait jamais réellement appartenu. Elle s'était laissé bernée par cet homme qui lui jurait amour et lui faisait miroiter une belle cérémonie de mariage dès qu'il aurait assez d'argent.
Monsieur était marié depuis quinze années, aussi bien devant le maire qu'à l'église. Il avait une vie différente de celle qu'il faisait croire à ma mère. Une belle maison, quatre beaux enfants, une voiture et un bon boulot. Et pourtant, il ne venait chez nous qu'à moto, une vieille Mate qui aurait connu des jours meilleurs. Il disait qu'il était en quête d'emploi stable et qu'il se débrouillait avec de petits jobs à Lomé la capitale. Nous vivions à Atakpamé, une ville à l'intérieure du pays à plus de cent trente kilomètres de Lomé, tandis qu'il vivait la belle vie avec sa famille à Lomé. C'était donc en toute confiance que ses longues absences n'éveillaient pas le moindre soupçon chez la pauvre femme amoureuse qu'était ma mère.
Dieu seul sait jusqu'à ce jour comment maman Salomé, la femme de mon père, avait eu à découvrir notre existence et débarquer avec sa petite armée.
Après ce jour, il n'y a plus jamais eu de relation entre mes parents mais j'étais là et il devait s'en occuper. Malgré moi, j'ai dû faire la connaissance de mes frères et sœurs. La grande famille de mon père était alors divisée, certains soutenant ma mère et d'autres la méprisant. Les derniers étaient bien plus nombreux que les premiers.
Le calvaire nous avait embrassé quand il lui avait imposé de s'installer à Lomé, sous la menace de ne plus s'occuper de moi. La ville est grande mais elle était devenue trop petite pour ma mère et maman Salomé qui ne manquait aucune occasion pour l'humilier.
Les quelques fois où j'étais allée dans la maison de mon père pour les vacances, j'avais droit à être traitée de la fille de la sorcière, la bâtarde, l'enfant de malheur et j'en passe. Les amies de ma belle-mère ainsi qu'elle-même ne rataient aucune occasion pour me rappeler que j'étais le fruit d'une infidélité, la cause d'un chagrin d'amour, l'instigatrice d'une blessure ouverte à jamais dans le cœur.
J'étais l'enfant de la discorde, celle à cause de qui les disputes ne cessaient...
* *
*
Des coups frappés à ma porte me déconnectent de mon voyage vers mes souvenirs. Je me lève péniblement du sol et vais ouvrir la porte. Marc-Aurel se tient devant moi, plus élégant que jamais. D'un teint noir ébène, il fait un mètre quatre-vingt cinq. Son corps est la représentation physique de la tentation, il en prend grand soin en faisant beaucoup de sport. Sur son visage ovale, des yeux en amande, des lèvres charnues et un nez européen lui confèrent un de ces charmes qui m'a fait sauter mes barrières construites avec soin.
Nous nous jaugeons du regard quelques secondes. Il caresse son menton dépourvu de barbe et essaie de franchir le seuil de la porte que je maintiens fermement.
-Que veux-tu ? Le questionnai-je d'un ton agressif.
Il prend le temps de poser sa main sur le cadre de ma porte avant de daigner me répondre, l'air insouciant.
-Nous devons parler Yvanny.
-De quoi donc ?
-Tu le sais bien, de ta grossesse et de nous!
-Déjà, il n'y a plus de « nous ». Tout a bien été clair Marc. « Je ne veux pas d'autres enfants à part ceux que j'ai avec ma femme. Si tu veux le garder, je lui donnerai bien évidemment mon nom mais ne t'attends pas à ce que je m'implique à cent pour cent dans sa vie ».
C'était bien tes mots? J'ai compris et je te décharge de la lourde tâche qu'est celle de supporter mon enfant.
-Yvanny ! Tentant de me caresser le visage
Je recule d'un pas et il en profite pour rentrer dans l'appartement.
-Sors de chez moi Marc-Aurel. Je ne le répéterai pas deux fois ! Criai-je, hystérique.
Il ne s'en formalise pas et va s'asseoir sur mon canapé de toute son audace, posant une jambe sur l'autre.
-Enfin, ça ne t'a pas suffi de me briser le cœur comme tu l'as fait ? Il faut maintenant que tu me fasses chier ? Repris-je, au bord des larmes.
-J'en ai marre Yvanny. Tu ne seras ni la première, ni la dernière fille à qui cela arrive. Arrêtes de te comporter comme une petite fille et viens t'asseoir pour qu'on trouve une solution à ce problème.
-J'hallucine ! Tu es un criminel Marc-Aurel.
-Je suis fatigué Anny. Finissons avec cette histoire le plus tôt possible, chacun de nous ne s'en portera que mieux.
-Je regrette chaque minute et chaque seconde partagé avec toi, tu n'es qu'un égoïste et un salop !
-Tout ça tu me le répètes depuis une semaine déjà. Viens t'asseoir et discutons comme deux adultes. Dit-il en haussant le ton.
Je me rappelle de ces mots doux qu'il me sortait, de ce jour où il s'était mis à genou devant moi pour me déclarer sa flamme. J'avais vérifié son annulaire qui était dépourvu d'alliance. Je l'avais fait poireauter des mois pour me convaincre de son amour. Il était toujours disponible et m'appelait à n'importe quelle heure. Nous nous affichions n'importe où sans que je ne décèle une quelconque angoisse dans son attitude. Après cinq mois, il parlait de bébé et de mariage. Nous avions fait nos bilans de santé pour laisser tomber le préservatif. J'étais sur mon petit nuage jusqu'à ce que sa femme débarque sur mon lieu de travail, il y a sept jours de cela...
Je le regarde et une envie de meurtre s'empare de moi. Une voix intérieure m'ordonna de prendre le vase posé sur la table centrale et de lui briser la nuque avec. Pour éviter de succomber à cette pensée criminelle, je sors de l'appartement.
* *
*
Marc-Aurel me saisit le bras et me ramène en arrière, m'empêchant ainsi d'ouvrir le portail. Je lui administre une gifle avec une force qui me surprend.
-Ok, c'est comme tu voudras ! dit-il le visage bouffi de colère.
Il précipite ses pas vers l'appartement et en ressort deux minutes après, muni de sa clé de voiture. Il me dépasse sans un mot et claque le portail après lui.
Je me laisse choir une fois de plus sur le sol, sans me soucier de me brûler la peau parce qu'il est très chaud. Je le refroidis par endroit, avec mes larmes qui coulent telle une rivière. La douleur est insupportable. J'aime cet homme comme jamais je n'ai aimé dans ma vie. Je me voyais finir ma vie avec lui.
C'est dans cette position que Coralie ma voisine du dessus vient me trouver. Prise de panique, elle se met à hurler, croyant que j'étais inconsciente. Elle m'aide à me relever et me conduit chez moi. Seules mes larmes répondent à ses questions pour s'enquérir de mon état.
Elle m'aide à m'allonger sur le canapé, met la climatisation en marche et disparait dans ma cuisine. Une odeur agréable de chocolat embaume la pièce quelques instants plus tard. Coralie revient avec deux tasses fumantes et les pose sur la table centrale. Dans mon état, je ne me fais pas prier pour vider la tasse de chocolat chaud en un rien de temps. Coralie me regarde sans rien dire, la sienne entre les mains.
-Ça va ? Finit-elle par me demander
Je secoue la tête. Mes larmes qui s'étaient asséchées le temps d'un court instant reprennent de plus belle. Elle quitte son siège pour le mien et me prend dans ses bras. Je me laisse aller et vide mon corps de toute liquide lacrymale. Elle ne fait que me tapoter l'épaule mais ce geste me réconforte d'une manière inattendue. Nous restons ainsi jusqu'à ce que le sommeil m'emporte.
Je me réveille avec le ventre qui gargouille et la tête qui cogne comme le tambour des « Kotokoli », une ethnie de la région centrale du Togo dont la danse traditionnelle est rythmée par des tambours aux sons herculéens.
La pièce est plongée dans le noir, me faisant réaliser que j'avais dû dormir très longtemps. Je me lève avec peine et titube jusqu'à l'interrupteur pour faire jaillir la lumière. Je cherche mon sac à mains du regard et le retrouve sur la table à manger. J'y cherche mon calmant contre les maux de tête. Une bouteille d'eau était posée sur la table alors je prends aussitôt mon médicament.
J'avance jusqu'à la cuisine sans avoir la force de me faire à manger. Le frigo est presque vide puisque je n'ai pas encore fait les courses. Je m'empare d'un pot de yaourt et vais me poser sur le canapé pour le déguster.
Des coups sont frappés à ma porte cinq minutes après. Je vais ouvrir et c'est Coralie qui est là avec un gros plat en main. L'odeur de la sauce pour accompagner l'igname pilée communément appelé « foufou » s'en échappe.
-Entre s'il te plait. Lui dis-je en cédant le passage.
Elle va poser le plat sur la table à manger.
-Vas déjà te laver les mains, le foufou n'aime pas trop attendre.
Je m'exécute et mange avec appétit. La viande de mouton est si tendre que mes dents n'ont pas grand-chose à faire.
La vie est pleine de surprise, je n'ai jamais été amie avec Coralie, me contentant d'une relation de voisinage sympathique. Elle avait essayé de se rapprocher de moi quand j'ai aménagé ici mais, parce que j'ai su qu'elle sortait avec un homme marié qui l'entretient de surcroit, j'ai planté des bornes entre nous. Aujourd'hui, elle est là avec moi, me soutenant sans rien demander en retour.
-Je te présente mes excuses Coralie. Lançai-je.
-Et pourquoi donc ? Demanda-t-elle surprise.
-Je t'ai jugé sur une situation dans laquelle je pensais ne jamais me retrouver...
Elle soupire, ayant sûrement compris ce à quoi je faisais allusion.
-Tu veux en parler ?
En réalité, je ne sais pas s'il faut le faire. Je suis du genre solitaire qui garde mes peines et mes joies pour moi. A la limite, je partage certaines choses avec ma mère. Sur ce coup, je crois que me vider le cœur ne me fera que du bien mais la peur que ma vie se retrouve dehors me fait me ressaisir. Je ne la connais pas assez.
-Je vis une terrible déception. Je t'en parlerai peut-être après mais pour l'instant, je n'ai pas la force de le faire. Me contentai-je de d'avouer.
-Je te comprends ma chère voisine. Sache que je suis là au besoin.
-Merci pour tout, vraiment merci. Le repas est très bon !
-Merci d'apprécier.
-Tu blagues, j'adore !
Je finis mon plat et bois la sauce jusqu'à la dernière goutte.
-Il faudra me donner la recette, j'aime trop cette sauce.
-Aucun souci ma belle. Je vais te laisser, mon homme doit passer d'un instant à l'autre. Mais si tu veux, nous pourrions passer la soirée ensemble, devant la télé. Histoire de discuter des trucs de fille !
-Je suis là, je ne bouge pas de l'appartement.
Je raccompagne Coralie quand en ouvrant la porte je tombe sur « elle ». Je recule instantanément, prise de peur.
-Bonsoir, lança-t-elle d'une manière arrogante.
Coralie est la seule à lui répondre. Mes mâchoires sont tout d'un coup serrées. Mon instinct éveillé m'amène à refermer la porte en vitesse avant qu'elle n'ait le temps de me verser dessus, le contenu d'une petite bouteille qu'elle cachait derrière son dos. Les battements de mon cœur s'accélèrent comme le galop des chevaux qui sortent de l'écurie.
-Que se passe-t-il ? Questionna Coralie que j'ai bousculée au passage.
L'autre s'est mise à vociférer, me traiter de tous les synonymes du mot « pute » en tapant sur la porte verrouillée comme une folle. Les images de ma mère, battue par ces trois femmes, défilent de nouveau devant mes yeux. Je ne cours pas derrière son mari, je ne serais jamais sortie avec lui si j'avais su. Ça ne lui a pas suffi de me faire un scandale sur mon lieu de travail en me jetant au visage des dizaines de copies de leur acte de mariage ? Va savoir ce que son homme lui aurait dit pour qu'elle se mette à nouveau dans cet état.
Ses insultes ont répondu à la question de Coralie. Elle a tout de suite voulu ouvrir la porte pour se battre avec elle mais je l'ai supplié de la laisser faire.
Nous sommes restées enfermées jusqu'à ce que le silence nous fasse comprendre qu'elle était partie. Coralie a le sang chaud, tout mon contraire. En rouvrant la porte, je vois mon rideau déchiqueté par endroit.
-Eh ma sœur, cette femme est une meurtrière. C'est de l'acide ! Constata Coralie.
Je secoue la tête, dépassée par la situation. Je pense que je ferai mieux de quitter la ville, cette femme peut bien me tuer. Je maudis Marc-Aurel de toutes mes forces. Dès demain, je retourne à l'hôpital me débarrasser de cet enfant. Je refuse qu'il soit à son tour l'enfant illégitime.
Marc-Aurel
Je quitte Yvanny, furieux par son attitude et la gifle qu'elle m'a magistralement donnée. Pourquoi ça doit toujours être si compliqué ? Je tape sur le volant avec rage et finit par me garer sur le trottoir, au risque de causer un accident, avec l'allure vive à laquelle je roulais. J'inspire et expire un certain nombre de fois, un exercice qui a le don de calmer.
Je n'ai fait que lui donner ce qu'elle voulait, pour avoir ce que moi je voulais. La vie est ainsi faite et la fin justifie les moyens dit-on. Je me rappelle de la première fois que j'ai posé mes yeux sur elle. Ses gestes, son sourire, sa démarche, tout chez elle m'a accroché.
Je suis le genre d'homme qui n'attaque pas une cible sans avoir mené ma petite enquête à son sujet. C'est ainsi que par une de ses collègues, j'aurais appris que madame avait une sainte horreur de se faire courtiser par les hommes mariés. Il parait qu'elle aurait humilié devant tout un petit monde, un client de leur banque, aussi important soit-il, parce que le bon monsieur très marié, lui faisait une cour assidue et qu'elle en avait eu marre de ses insistances malgré ses résistances à elle.
Je voyageais pour Kpalimé, une belle ville au cœur des montagnes à cent vingt kilomètres de Lomé avec une « petite », quand le besoin de retirer des sous en plus pour le voyage s'était imposé. C'était un vendredi vers quinze heures de l'après-midi. J'avais alors fait un détour au guichet automatique de la dernière banque sur ma voie, la JEWERLY Bank et la machine avait avalé ma carte, par une fausse manipulation. J'étais allé me renseigner afin d'être dirigé vers qui de droit pour que mon problème soit résolu. C'est ainsi que j'avais été conduit à elle, Yvanny AMETI, la bombe aux jambes de gazelle.
Elle est la chef au service monétique. Elle n'est pas dotée d'une beauté extraordinaire. Mais, elle avait ce quelque chose que je ne saurais expliquer qui m'a séduit automatiquement. En plus de sa façon d'être qui m'obnubilait au fur et à mesure qu'elle me donnait l'occasion de mieux la connaitre.
Je me souviens qu'elle était de dos, rangeant ou cherchant je ne sais pas quoi dans une armoire où étaient rangés des piles de dossiers, quand j'avais fait mon entrée dans son bureau. Matez-moi son derrière, moulée dans sa jupe lui arrivant juste au-dessus des genoux, avec une petite fente qui était faite là pour susciter la curiosité de nous autres! J'en avais presque eu une érection.
Sa démarche droite malgré qu'elle était perchée sur des escarpins avait eu raison de moi.
Calmement et avec un sourire charmant, elle m'avait expliqué qu'elle ne pouvait rien y faire avant lundi et que pour certaines raisons techniques, les cartes avalées n'étaient retirées qu'au lendemain de l'incident.
Mon avantage ce jour-là, facteur déterminant pour la suite des évènements, avait été le fait que je n'avais pas mis mon alliance. Je le mets rarement d'ailleurs en dehors de chez moi, en bon chasseur que suis-je. J'étais alors reparti, tout excité d'être à lundi pour la revoir.
Mon voyage avait été annulé. Nous avions, la petite et moi, finalement passé le weekend dans un hôtel de la place en raison du peu de liquidité que j'avais. Le lundi, tout élégant dans mon costume fait sur mesure, j'avais cogné à la porte du bureau d'Ivanny, muni d'un bouquet de roses et d'une écharpe arrachée dans une boutique de tissus traditionnels. Elle en portait le vendredi donc, je m'étais dit que ça lui ferait plaisir.
J'avais bien suivi son regard sur mon annulaire gauche, dépourvu d'alliance. Elle avait accepté mes présents et nous avions échangés nos numéros personnels. En sortant de son bureau ce jour-là, j'ai alors soudoyé la réceptionniste qui m'avait filé quelques infos sur elle.
Le reste s'était accompli naturellement, mon charme aidant. Daphnée ma femme était en voyage en ce moment et nos enfants étaient avec sa mère. Ce qui m'avait permis de disposer de tout mon temps pour séduire Yvanny, faire des sorties avec elle, bref, être à son entière disposition.
J'avais dès lors loué un appartement et lui en avais remis une clé dès qu'elle avait commencé par me fréquenter. J'ai joué de mes atouts physiques, notamment ma galanterie et mon savoir-faire sexuel pour la rendre accro.
C'est le genre de fille qui, une fois amoureuse, se voit directement dans une robe blanche, marchant dans l'allée bordée de fleurs de l'église. Elle passait son temps à me dire combien elle avait prié pour tomber sur un homme comme moi. Un qui avait su gagner son cœur par la patience et un dévouement entier, un qui soit surtout célibataire.
Plus les semaines passaient et plus je m'attachais à elle. Au début, je voulais juste me la faire une ou deux fois et disparaitre. Daphnée rentrée entre temps, avait fait en sorte que je ne puisse plus être aussi disponible pour Yvanny. Pour ne pas perdre cette dernière, j'avais dû avancer la carte de fonder une famille et se marier. Le préservatif était déjà un lointain souvenir entre nous. Je lui avais demandé de suivre un traitement pour qu'elle tombe enceinte le plus vite possible après nos pseudos « fiançailles ».
Connaissant son cycle, je faisais toutefois attention mais contre toute attente, la nature m'a prouvé qu'on ne pouvait pas toujours se jouer d'elle. Quand elle m'avait annoncé sa grossesse, j'ai joué le mec très heureux et lui ai dit que j'irai voir les miens vivant hors du Togo, un mensonge en fait, afin que nous venions voir les siens le plus tôt possible. Je ne suis pas le genre qui veuille avoir des enfants de différentes mères. C'est tout un problème à gérer !
C'est ainsi que j'ai trouvé le moyen de faire traîner quelques petites preuves de ma relation avec Yvanny, pour que Daphnée rentre en jeu et que je me débarrasse de cette relation et du fruit qui y a résulté. C'est méchant mais ainsi va la vie qui est une jungle : soit tu dévores l'autre ou tu te laisses dévorer.
J'avais déjà les raisons pour ma défense auprès de ma femme. Le plan était de jouer le mec désolé dans un premier temps avant de me faire passer pour la victime en misant sur la tentation et le diable. Elle se sentirait coupable parce qu'il faut se l'avouer, si j'ai autant pris goût à mes relations extraconjugales, c'est en partie la faute à ses incessants voyages. Bien que cela m'ait toujours arrangé de papillonner de fleur en fleur. Je me rappelle de la scène d'il y a sept jours de cela.
J'avais sciemment laissé la messagerie de mon téléphone ouverte alors que j'échangeais avec Yvanny qui me demandait quand nous pourrions nous voir. J'étais sensé être en voyage.
En remplaçant ma femme dans la douche, naturellement, elle avait jeté un coup d'œil sur mon téléphone alors resté sur le lit. Les brins de conversations que j'y avais laissées ont suffit pour la convaincre que j'avais quelque chose avec Yvanny.
A ma sortie de la douche et comme je m'y attendais, elle m'avait fait une scène, avec cris, pleurs et tout ce qui va avec. J'étais resté silencieux tout le long qu'a duré sa crise avant d'implorer son pardon. Comme prévu, elle ne voulait pas m'écouter, j'ai alors sorti la carte de la victime, l'accusant de m'exposer à la tentation.
-Je n'aurais pas succombé si tu étais à mes côtés, je ne suis qu'un homme après tout ! Après des mois d'abstinence, il faut être Dieu pour ne pas se laisser aller devant un vagin offert ! Lui avais-je crié.
Elle m'a répondu en larmes que je savais pour ses affaires et ses voyages avant de m'engager.
C'est même l'une des raisons pour lesquelles je l'ai choisi elle. Ne pas avoir sa femme à dos tout le temps est le plus beau cadeau de mariage qu'elle m'ait offert.
J'avais fait mon cinéma en prenant soin de sortir les bons mots pour qu'elle se sente le plus coupable possible avant de m'habiller et sortir de la maison en claquant la porte. Bien sûr j'étais revenu quelques heures après pour réitérer mes excuses les plus sincères et faire la promesse de ne plus recommencer. Câlins, mots doux et elle s'est pliée.
Le lendemain, j'ai reçu un appel d'Yvanny en larmes, m'exprimant sa déception. Daphnée lui avait rendu visite au boulot. Je ne m'attendais pas à moins de la part de cette dernière. Mais, elle avait quand même fait fort, en s'y rendant avec des multiples copies de notre acte de mariage. Ah les femmes !
Je m'attendais à une douce collaboration de Yvanny mais apparemment j'ai sous-estimé le poids des mots qu'elle m'a toujours dits.
Je ne saurais tourner la page sans avoir réglé le problème de sa grossesse. Le mieux serait qu'elle avorte ! La gifle de tout à l'heure, je crois que je l'ai bien mérité. Je me sais être un beau salop. Je pousse un soupir de lassitude et redémarre la voiture, en roulant cette fois à vitesse raisonnable.
* *
*
Je retourne au bureau terminer ma journée en pensant à quelle nouvelle stratégie je pourrais adopter pour finir avec cette histoire au plus vite.
Je suis à fond sur un dossier quand la nouvelle stagiaire fait son entrée dans mon bureau. Elle s'habille d'une telle manière que je me demande si elle ne cherche pas autre chose qu'à acquérir de l'expérience professionnelle. Je lui ferai volontiers plaisir en lui offrant gratuitement quelques orgasmes.
Elle pose un porte-document sur mon bureau.
-Ça vient du service informatique. Dit-elle.
-Bien, merci. Répondis-je en la fixant droit dans les yeux.
Je prends le temps de mieux la regarder. Elle est vraiment canon et cette poitrine mise en exergue par son décolleté n'arrange en rien les choses. En tant que directeur adjoint, il me faut peut-être faire instaurer un code vestimentaire à certaines. C'est carrément du viol visuel!
Je me lève de mon siège et fais quelques pas jusqu'à son niveau. Elle me fait un sourire qui me donne le courage de donner une tape sur ses fesses.
-Monsieur SOSSOU ! Ricane-t-elle.
-Tu sais que tu es bandante à mort ? Lui dis-je en me mordant la lèvre inférieure.
-Excusez-moi. Répond-elle en me faisant un clin d'œil, avant de disparaitre, non sans balancer de façon provocante son derrière.
-Mince ! M'exclamai-je.
* *
*
Je finis ma journée un peu plus tard que prévu et rentre pour retrouver une Daphnée tendue comme un string assise au salon, le regard dans le vide. Je lui fais la bise sans qu'elle ne se rende compte de ma présence.
-Daphnée ! J'hurle en la secouant.
-Ah chéri, tu es rentré. Sursaute-t-elle.
-Où sont les filles ?
-Chez maman.
-As-tu encore envoyé mes enfants chez ta mère sans même prendre la peine de m'en informer alors que tu es présente et surtout en pleine forme ?
-J'ai commis une grave faute aujourd'hui ! Répondit-elle d'une voix triste.
-Quoi ? Comment ça ? Qu'est-il arrivé à mes enfants ?
-Il ne s'agit pas de nos enfants, mais de ta maîtresse Yvanny.
-Tout d'abord, elle n'est pas ma maitresse. Tu continues avec cette histoire ? Je t'ai dit la main sur le cœur que c'était fini et que je ne recommencerai plus. Cette fille c'est du passé, chérie !
-Je suis désolée mais ce n'est pas si facile. Elle savait que tu étais marié mais cela ne l'a pas empêché de se mettre avec toi en espérant se retrouver à ma place. Il me fallait lui donner une bonne leçon.
Je soupire, dépassé par cette jalousie tenace. La pauvre Yvanny ne savait rien mais ce n'est pas la version que j'ai servi à ma femme.
-Qu'as-tu fait ? Finis-je par demander, m'attendant à une réponse comme, un autre scandale sur son lieu de travail. Quel manque de classe en fait !
-Je suis allée chez elle. Réplique-t-elle calmement.
-Comment connais-tu chez elle ? Dis-je, pris de peur.
-Lomé est petit tu sais, avec les relations et un peu d'argent, on obtient tout ce qu'on veut.
Ça devient dangereux me dis-je. Il aurait fallu de peu pour qu'on se croise là-bas et qu'elle apprenne pour la grossesse.
-Tu es allé chez elle, et ? Reprends-je l'air serein.
-Je lui ai versé de l'acide dessus.
-C'est une blague j'espère. Tu as fait quoi ? Demandai-je les yeux écarquillés.
-Elle a esquivé, heureusement. Je n'ai pas réussi à l'atteindre.
Une immense colère s'empare de moi. Il ne faut pas abuser quand même !
-Non mais tu es folle ? Tu veux aller en prison c'est ça ?
-Je regrette déjà assez mon geste, ne me cries pas dessus en plus Marc-Aurel. Encore que c'est en partie de ta faute !
-Ce n'est pas la peine ! Dis-je dépité avant de la planter là et me rendre dans notre chambre.
Je desserre le nœud de ma cravate et enlève ma veste que je jette sans faire attention à l'endroit où elle atterrit. Je prends place sur le lit, les mains soutenant ma tête qui pèse une tonne en cet instant précis.
Comment-a-t-elle pu agir de façon si cruelle ? Je me demande comment va Yvanny, dans son état en plus. Oh mon Dieu ! Les conséquences de mes actes sont bien plus graves que je ne les estimais.
Daphnée ouvre la porte et avance timidement jusqu'à moi. Elle se met à genou entre mes jambes et pose sa tête sur mes cuisses. Elle se met à pleurer en jurant qu'elle regrettait de s'être comportée de la sorte.
-Il est bien tard pour les regrets, tu ne trouves pas ? Imagine qu'elle porte plainte contre toi. Tu veux ruiner ta vie pour une erreur ?
J'hurle à m'égosiller et elle accentue ses pleurs qu'à un moment donné, la pitié s'empare de mon cœur. Je la relève et la prends dans mes bras.
-C'est bon, c'est fini maintenant. Tout est de ma faute, je n'aurais jamais dû succomber aux avances de cette fille et te causer autant de peines.
Elle n'arrive pas à parler et se contente de pleurer en silence. Je la renverse sur le lit et me place au dessus d'elle.
Je commence par un chaste baiser sur ses lèvres avant de descendre sur sa poitrine, en m'attardant sur son cou. Peu à peu les reniflements font place aux halètements qui sont à leur tour remplacés par des gémissements. Je m'attarde sur ses tétons, la sachant très sensible à ce niveau. Elle ne tient plus sur place et pour mieux la torturer, j'immobilise avec ma main, les siens au-dessus de sa tête. Je lèche, mordille et suce ses tétons dressés et aussi durs que la gomme au bout d'un crayon.
L'excitation atteint son summum quand j'explore sa cave de mes doigts libres, insistant sur son bouton rose gonflé sous le coup de mes caresses. Je mets fin aux préliminaires et lui arrache sa robe avec précipitation. Je me dépouille de mes vêtements et la retourne sur le ventre. Je plonge en elle d'un seul coup et commence la danse la plus vieille du monde.
* *
*
Daphnée dort à poing fermé à côté de moi, repue de plaisir. Je m'éclipse du lit et marche à pas de loup jusqu'à la porte que je prends soin d'ouvrir et de refermer avec le moins de bruit possible. Je récupère mon téléphone au salon et monte me poser au balcon.
Ma conscience, cette alarme, sonne et son chant m'empêche de dormir. Je lance l'appel vers le numéro d'Yvanny et l'annule ensuite avant que ça ne commence par sonner. Après cinq minutes, je refais la même chose sans toujours trouver la force d'aller jusqu'au bout.
Finalement, je réunis mon courage et laisse sonner. Il est quand même minuit dépassé de quelques minutes. Elle ne décroche pas et je me surprends à recommencer encore et encore jusqu'à émettre vingt appels, tous sans réponse.
Daphnée
J'émerge de mon doux sommeil et instinctivement je tâte la place qu'occupe mon mari sur le lit, elle est vide. J'allume la lampe de chevet et regarde l'heure sur mon téléphone posé sur la table. Il est deux heures du matin.
Je me lève et sors de la chambre sans prendre la peine de me couvrir le corps. Il n'y a personne d'autres à part Marc et moi. La domestique dort dans l'une des dépendances.
Je retrouve mon mari à la cuisine, en train de se faire à manger. Quelle piètre femme suis-je parfois ! Je n'avais même pas cuisiné, trop occupée à fulminer ma rage contre cette Yva machin chose. Du n'importe quoi !
Mon seul vrai regret est de l'avoir raté. Cette voleuse de mari sans aucun scrupule ne mérite aucune pitié. Il est indéniable que j'ai pris peur après mon geste mais en repensant au fait qu'elle ait couché avec mon homme, j'ai presque envie de la tuer de mes propres mains. C'est dur d'imaginer qu'elle ait pu l'embrasser, caresser son corps, jouir sous ses caresses, merde ! Lui aurait-il fait l'amour comme il me le fait à moi ? J'espère bien que non. Mieux vaut pour moi que je pense à autre chose.
L'ennemi de la femme c'est la femme dit-on. C'est un fait avéré. Nous les femmes sommes en éternelle compétition les unes avec les autres que, certaines d'entre nous prennent le mari de leur semblable pour un trophée à arracher dans le but de prouver je ne sais pas quoi. J'essaie de chasser de mes pensées l'image de cette idiote et recentre mon attention sur Marc.
Je reste plantée contre le cadre droit de la porte à regarder mon homme qui ne s'est pas encore rendu compte de ma présence. Il est vraiment beau mon Marc-Aurel. J'imagine que ce n'est pas tâche aisée pour lui, de résister chaque jour que le bon Dieu fait, à toutes ces femmes qui cherchent à se glisser dans son lit.
Une vague d'émotions me submerge en me rappelant nos débuts. J'ai su qu'il serait le père de mes enfants la première fois que j'ai posé mes yeux sur lui. Il n'y a pas de code pour ça, on le ressent tout simplement et c'est un sentiment indescriptible. C'était à l'Université de Lomé.
Il faut dire que je me suis toujours faite remarquée par mon allure et mon élégance. Encore que je venais au cours en voiture. La plupart des mecs à l'époque avait peur de me draguer. Les rumeurs allaient de bon train, certains disant que je suis la maitresse d'un homme haut placé, d'autres affirmant que je venais d'une famille riche et d'autres encore avançant que je faisais des affaires louches. Je souris à cette dernière pensée. J'aimais bien être le centre d'attention de ces colporteurs. Tout ça parce que je me faisais rare aux cours. C'était en fait pour des raisons de voyage et il n'y avait que mon cercle très restreint d'amies qui le savait. Elles n'arrivaient jamais à la fermer quand les curieux demandaient d'après moi.
Ma mère est une « nana benz ». C'est ainsi que sont surnommées ces vaillantes femmes de mon pays le Togo qui font le commerce de pagnes et qui y ont fait fortune. Elle m'a initié au métier depuis que j'étais au collège, je suis sa seule fille. Après mon Bac, j'effectuais les voyages à sa place et faisais ma propre affaire à côté. Ce qui ne m'a pas empêché de décrocher au moins ma License en économie.
Marc et moi ça dure depuis dix-ans. Il a su par sa patience faire plier mes caprices et m'apprivoiser. Ce qui repoussait les autres l'ont plutôt attiré chez moi. C'est ainsi qu'à la sortie des cours un après-midi vers seize heures, il a bravé les regards dissuasifs de ma bande d'amies et m'a approché pour demander mon numéro. Je le lui ai donné sans hésiter car son courage avait forcé mon admiration.
Il n'a pas eu peur de se faire remballer. J'avoue qu'avec le temps, j'ai compris que c'est quelqu'un d'assez sûr de lui et de son charme.
-Tu rêves debout ? Lance-t-il, me tirant de mes pensées
.
-Oh oui ! On peut le dire ainsi.
-Tu viens manger avec moi ? C'est prêt. Mais pas dans cette tenue s'il te plait, nous risquerons de nous brûler avec le repas.
J'éclate de rire face à sa remarque et retourne dans la chambre enfiler mon peignoir. De retour à la cuisine, il avait déjà mis la table et servi le repas dans les plats. Du riz à la sauce crème au poulet blanc, quel régal !
-Tu excelles en cuisine chéri !
-Quand ma femme passe sa vie entre deux avions, je suis bien obligé. Tu sais que j'ai horreur de manger ce que la domestique prépare. Voilà même pourquoi elle ne passe faire que le ménage quand tu n'es pas là.
-Je vais remédier à cette situation. Je suis en train de tout mettre en œuvre pour ne plus avoir à voyager autant. Ce qui s'est passé m'a fait réaliser beaucoup de choses. Je ne continuerai plus ma formation en Belgique, je trouverai bien quelque chose sur place ou alors je prendrai des cours à distance.
Il se contente de pousser un soupir et de caresser ma main posée sur la table. Nous continuons le repas en silence. Je me sers une deuxième fois, tellement c'est bon. A la fin, je débarrasse et fais la vaisselle tout en préparant de la citronnelle chaude pour faciliter notre digestion. J'avais décidé de suivre une formation en évènementiel car ça me passionne et c'est ce qui m'a amené hors du pays durant six bon mois. Six mois au cours desquels cette femme a jeté son dévolu sur mon mari. Je ne permettrai plus que ça arrive et Marc-Aurel a intérêt à respecter sa promesse.
Je sers le thé dans les tasses et nous allons le déguster au salon devant la télé allumée. Nous discutons des moments forts de notre couple, notamment les naissances de nos deux filles. Je sors même les albums qui nous plongent dans une totale euphorie. Je ne laisserai personne détruire mon bonheur.
Quand nous regagnons finalement le lit, il est presque cinq heures du matin.
A sept heures déjà, Marc était prêt à partir parce qu'il avait des choses à faire au bureau. J'avais quelques rendez-vous aussi alors je n'ai pas traîné au lit. Je dois aller chez ma mère et ensemble nous avons des courses à faire.
J'arrive chez elle vers neuf heures et les enfants ont été conduits à l'école depuis bien longtemps.
-Bonjour maman. Dis-je en lui faisant la bise.
-Bonjour chérie, comment tu vas ?
-Bof, ça peut aller.
J'hésite à me confier à maman sur l'aventure de Marc-Aurel et cette Yvanny. Hier, elle savait tout simplement que j'avais besoin de me retrouver seule avec mon mari. De toutes les façons, elle a toujours aimé garder ses petites filles qui passent plus de temps avec elle qu'avec nous leurs parents.
-Tout va bien ? Me demande-t-elle.
-Oui bien sûr, pourquoi maman ?
-Tu as plutôt l'air souciant !
-C'est la fatigue.
-Ah ça, j'imagine. Se moque-t-elle de moi.
-Maman, toi aussi !
Nous rigolons toutes les deux et elle me taquine sur ma nuit passé avec mon mari. Je n'avais pas encore pris mon petit-déjeuner alors c'est avec plaisir que je me suis jointe à elle quand son cuisinier a déposé un bon plat de riz aux haricots devant elle. Ma mère ne connait pas nos histoires de café ou de thé. Je me suis bien régalée à faire éclater mon ventre.
Après le repas, j'attends qu'elle s'apprête et nous démarrons pour chez le notaire en premier. Le second tour sera en direction de la clinique le Mont d'OLYMPE.
* *
*
Yvanny
La soirée avec Coralie n'a pu avoir lieu car son homme avait finalement décidé de passer la nuit avec elle. Je me demande comment elle fait pour se contenter de ces instants de bonheur volés. Comment se sent-elle quand il la quitte après l'amour pour aller rejoindre sa femme ? Comment arrive-t-elle à se sentir bien quand sa femme l'appelle en sa présence et que ce dernier lui sort un mensonge sur sa position ? Comme quoi, le choix du cœur n'est pas toujours le bon. Je réfléchis à la vie d'une autre personne alors que la mienne reste insolvable.
Je suis debout depuis une heure du matin et les appels incessants de Marc-Aurel ne m'ont pas aidé à retrouver le sommeil. J'ai été tentée de décrocher, mais je sais que, de ce qu'il me dira, ne sortira rien de bon pour moi.
Ce n'est pas le lieu d'être faible mais je me dois d'être plutôt forte pour moi et mon enfant. Plus tôt hier soir, après l'épisode de la femme de Marc qui a failli me défigurer, j'ai appelé ma mère en larmes en lui racontant la situation. Entre autre, elle est retournée vivre à Atakpamé depuis quelques années. C'est sa ville d'origine et l'environnement lui manquait.
Ses paroles m'ont fait comprendre que je n'avais pas à punir un innocent pour mes erreurs. Car oui, selon elle je suis aussi responsable de la situation. Même si Marc est un menteur et un manipulateur, si je m'étais abstenue de me donner à lui, je ne me retrouverais pas dans cette situation.
En y repensant, j'ai l'impression de me réveiller d'un cauchemar. Toute ma vie j'ai fait attention pour ne pas être prise par ce genre de piège. J'ai vraiment fait de mon mieux pour ne pas que l'histoire se répète.
Ma mère m'a fait réaliser combien j'ai la chance de connaitre la joie d'être mère. Elle m'a dit que les voies de Dieu sont insondables et que tout arrive pour un but. Même si actuellement je ne trouve pas le but pour lequel Dieu a permis que je me fasse avoir par un homme comme Marc.
Je me caresse le ventre et me rappelle de cette nuit folle d'amour que j'ai passé avec Marc. C'est cette nuit-là que le bébé a été conçu. Il m'a fait l'amour d'une telle manière que je me suis sentie comme la huitième merveille du monde. Marc n'est pas mon premier homme, j'ai eu un petit ami au lycée avec qui je me suis séparée en deuxième année à l'université. Il était devenu un vrai Don juan et ne pouvant l'accepter, je l'ai quitté.
Avec Marc, j'ai découvert l'essence même du plaisir charnel. Mes poils s'hérissent en me rappelant de l'effet de ses caresses. Une énorme douleur s'empare de mon cœur et des larmes inondent mes yeux.
Je pleure sans pouvoir m'arrêter. Je le hais mais il me manque. Ses lèvres me manquent, ses caresses me manquent. Pourquoi mon Dieu, pourquoi ?
Je continue de pleurer jusqu'à ce qu'aucune larme ne puisse plus sortir. J'ignore à quel moment le sommeil m'emporta.
Je me réveille vers huit heures avec le ventre criant famine. Je me lève du lit et jette un coup d'œil dans mon miroir qui me renvoie un reflet affreux.
Heureusement que je suis en congé, je ne me vois pas me présenter au bureau avec une mine pareille. Mon visage est enflé à force d'avoir trop pleuré.
Je vais à la cuisine dans le but de me faire des omelettes mais j'abandonne très vite l'idée dès que je casse le premier œuf. L'odeur est tout simplement insupportable.
Je prends du yaourt pour pouvoir tenir et me promets d'acheter des croissants en allant à l'hôpital.
* *
*
Je retourne dans la chambre et ouvre mon armoire pour choisir ma tenue de ce jour. Il me faut refaire ma garde-robe, bientôt aucun de tous ces vêtements se trouvant dans cette armoire ne m'ira. J'opte pour une mini robe ovale, de couleur rouge que je pose sur le lit. Je pose également à côté, les bijoux et les chaussures avant de faire mon entrée dans la salle de bain.
Je ressors de la salle de bain vingt minutes plus tard, toute nue, pour tomber sur Marc-Aurel assis sur mon lit.
-Que fais-tu là ? Comment es-tu rentré ?...
Je pousse un soupir et me rappelle qu'il a toujours mes clés.
J'essaie de cacher ma nudité avec mes mains mais c'est bien peine perdue. Il se lève du lit et avance jusqu'à moi.
-Comme tu es belle, tu me manques Anny.
-Marc ! Je me plains.
Il pose un doigt sur mes lèvres et rapproche les siennes à moins d'un centimètre près. Je me perds dans son regard, je suis comme hypnotisée. J'ordonne à mon cerveau de fonctionner mais il refuse de m'obéir. Je sens juste ma langue s'enrouler autour de celle de Marc et une chaleur du Sahara envahir mon entrejambe. Mes seins ont pris du volume et les pointes sont plus sensibles. Je frôle le bout du paradis quand je sens ses doigts me les titiller.
Il me traine jusqu'au lit et me fait allonger dessus. Très vite, il se débarrasse de sa chemise si bien repassée qu'il jette au loin. Je me mords la lèvre inférieure à la vue de son corps. Ses lèvres prennent possession de mon minou, aidées par sa langue et ses doigts. Je gémis comme un animal blessé, tellement la sensation est exquise.
Je sens la jouissance venir quand l'image de sa femme me jetant au visage les copies de leur acte de mariage me revient en gros plan. Je la revois jetant de l'acide sur ma porte et crie très fort un non alors qu'un violent orgasme me secoue. Le temps que je revienne en moi, Marc était déjà à l'entrée de ma fente. Je referme automatiquement mes jambes et me redresse d'un bond.
-Sors de chez moi !