Je m'appelle Éla et j'ai 24 ans. Je suis partie de chez moi il y'a quelques mois, sans laisser de nouvelles à mon épou, l'amour de ma vie. Je porte une grossesse de huit mois déjà.
Un bébé pour un couple qui s'aime à la folie devrait être l'évènement le plus heureux. Mais cela n'a pas été le cas pour nous. Pour mieux comprendre ce qui nous est arrivé, il est nécessaire de se tourner vers le passé.
Cinq ans plus tôt
J'étais ce qu'on appelait autrefois un petit génie. Je m'adonnais à mes études corps et âme. J'avais obtenu mon baccalauréat à 15 ans et j'avais entamé des études supérieures aussitôt. Je rêvais de devenir ingénieur en télécommunications.
Je vivais avec mon père Roger Bayiga et mes deux frère et sœur. J'étais la deuxième d'une famille de trois enfants. Il y avait ma sœur aînée Joy, 20 ans à l'époque et mon petit frère Gabriel 17 ans. Ma mère était décédée quelques années plus tôt de suite d'un accident de voiture.
J'étais la parfaite petite fille modèle. Tout ce qui m'intéressait était mes études et rien d'autre. Je n'aimais pas les vacances et je n'avais jamais eu de petit ami. J'avais néanmoins un meilleur ami, Wallace Nouka était son nom. Je partageait tout avec lui. J'étais en quelques sortes " la fille bizarre" pour les autres car je n'avais pas les mêmes centres d'intérêt que tous ceux de mon âge.
C'était l'été 2015, j'avais validé toutes mes matières avec brio et papa voulait absolument que je me détende et que j'aille passer les vacances ailleurs qu'à la maison. Il s'inquiètait beaucoup pour moi.
Alors qu'on était tous les quatre à table un soir, mon père entama la conversation.
- Éla, j'aimerais que tu te détendes cet été. J'ai donc décidé que tu iras passer deux mois chez ta tante Briget, me dit mon père.
- Mais je n'ai pas envie d'y aller. J'ai déjà d'ailleurs deux stages de prévu dans deux grandes entreprises.
- Tu les feras dans un avenir proche. Pour ce qui est de cet été, tu iras chez ta tante Briget. Si tu n'aimes pas les règles de chez moi, tu es libre de t'en aller.
- Ce n'est pas la peine de me faire chanter papa, j'irai.
- Alléluia! Elle va enfin s'amuser, s'exclama Joy en joignant ses mains.
- Très drôle la sorcière ! Dis je à Joy.
- Papa, Gabriel viendra avec moi?
- Non, tu iras seule, ton frère a beaucoup à faire ici. Vois le bon côté des choses, il y aura avec toi tes deux cousins pour te tenir compagnie.
En effet, tante Briget avait deux fils, Axel et Steeve. Axel avait 17 ans et Steeve 19 comme moi. Ils étaient tous les deux en terminale et attendaient les résultats du Bac. Steeve reprit une ou deux classes au lycée, voilà pourquoi il était encore au lycée avec Axel.
J'adorais ma tante Briget mais je ne la voyais que très rarement quand elle venait nous voir. C'était la sœur cadette de ma maman.
- Ton voyage est prévu pour Jeudi, j'ai déjà réservé ton ticket de train.
- Mais papa, on est mardi. Tu ne peux pas m'annoncer que je voyage dans deux jours comme ça ! Je pensais que j'avais au moins une semaine.
- Tu as la journée de demain pour te préparer.
Monsieur le tiran avait parlé et je n'avais pas mon mot à dire. Je n'étais pas très emballée par ce voyage improvisé mais j'étais loin d'imaginer que dans cette ville, je ferai la plus belle rencontre de ma vie.
Je n'arrivais pas à croire que papa me faisait ça à moi. Qu'est ce qui pouvait leur faire penser à tous que je n'étais pas assez épanouie! J'aimais bien ce que je faisais et ça ne me dérangeait pas de ne pas avoir des vacances. Mes vacances étaient mes études. Malheureusement pour moi, c'était papa qui commandait. J'avais donc intérêt à faire mes valises au plus vite pour ne surtout rien oublier. Pendant que je faisais mes valises, ma sœur Joy vint me retrouver dans ma chambre.
- Puis je entrer? Me dit elle.
- T'es déjà là de toute façon.
- Écoute, je sais que tu es fâchée et penses que l'on prend des décisions à ta place. Mais sache que c'est uniquement pour ton bien que papa fait tout ceci. Tu as besoin d'être plus épanouie. Ce n'est pas bon pour une jeune fille de ton âge de toujours rester enfermée dans des bouquins.
- Mais c'est ce que moi j'aime faire, dis-je.
- Tu devrais plus t'ouvrir au monde extérieur, tu ne sais pas ce que tu manques. Et en plus, tu devrais profiter de ta jeunesse maintenant. Ce n'est pas quand tu auras 50 ans que tu voudras t'amuser comme une jeunette de 20 ans. Alors petite sœur, va et amuse toi. Tu verras en revenant que cela n'aura pas été une perte de temps. Tu remercieras papa, crois moi.
- Et si ce n'est pas le cas?
- Alors, tu pourras changer mon nom.
- C'est comme tu veux, mais je te promets que rien ne changera.
Dans toute cette agitation, j'avais oublié d'appeler Wallace pour tout lui raconter. J'étais trop dégoûtée que ma propre famille me fasse cela. C'était mon meilleur ami et peut-être même le seul ami que j'avais sur terre. On partageait toujours tout ensemble et j'avais l'impression que seul lui savait me comprendre. Je l'aimais tellement, il m'écoutait toujours me plaindre en longueur de journée sans jamais dire un mot. Il savait aussi me remonter les bretelles quand il le fallait. C'était ce qu'on appelle un vrai ami.
Le jour J arriva assez tôt et je devais déjà partir. Tante Briget avait été mis au courant de mon heure d'arrivée et était sensée m'attendre à la gare. J'étais à la fois effrayée et en colère car c'était la toute première fois que je voyageais toute seule. Je me rendais dans une ville inconnue chez une tante qui me rappelait tellement ma maman. Tante Briget ressemblait tellement à ma mère, il y avait de quoi car elles étaient sœurs jumelles. J'aimais beaucoup tante Briget mais après le décès de ma mère, j'évitais de la voir quand elle venait nous rendre visite. C'était très difficile pour moi de voir le visage de maman tout en sachant que ce n'était pas elle. Mais ceci, je ne l'ai jamais dit que ce soit à mes frères ou à mon père. Il n'y avait que Wallace qui savait ce que je ressentais vraiment.
J'avais pris avec moi deux valisettes. L'une contenait mes vêtements et l'autre contenait mes bouquins. Il était hors de question que je passe deux mois là bas sans rien apprendre. J'avais fait 6 heures de temps dans le train à écouter de la musique. Quand je descendis du train, je vis tante Briget et Axel me faire des signes de l'autre côté de la gare. Je n'étais pas très enthousiaste mais je devais néanmoins faire semblant pour ne pas les blesser.
Je leur fis donc un sourire à distance et j'avançai vers eux. Soudain, je vis Axel courir vers moi et il prit les deux valises. Faut dire qu'il avait bien grandit depuis la dernière fois.
Si ce n'était que par sa carrure, je ne l'aurais jamais reconnu ce jour là à la gare.
- Bonjour chérie, comment était ton voyage ? Tu as bien grandi. Mais pourquoi es tu si maigre, ton père ne sais pas comment te nourrir ? Est ce que ta sœur est aussi maigre que toi?
Tante Briget me bombardait de questions comme si on ne s'était pas vu depuis des décennies.
- Je vais bien ma tante, mais cesse de me poser tant de questions s'il te plaît, je suis fatiguée.
- Maman, elle a raison tu sais, tu exagères parfois, dit Axel.
- Excusez moi d'être heureuse de voir ma nièce. Et moi qui pensais que la liberté d'expression existait encore dans ce pays! déclara tante Briget en souriant.
L'humour de ma tante avait réussi à m'arracher un vrai sourire. C'est tout en souriant qu'on prit tous place dans la voiture. La maison était à environ 20 minutes de la gare. Donc pendant qu'elle conduisait, ma tante s'arrangeait à ce que je réponde à toutes ses questions.
Nous étions enfin arrivés à la maison et Steeve nous y attendait. Les garçons se chargèrent de transporter mes valises dans la chambre qui m'était attribuée pour mon séjour.
Je n'avais qu'une seule envie et c'était celle de prendre un bain et de me reposer car le voyage avait été long. Mais d'abord, tante Briget se chargea d'appeler papa pour lui dire que j'étais arrivée dans de bonnes conditions. J'entendis papa dire à tante Briget au téléphone : " Prend bien soin d'elle Briget et tâche à ce qu'elle s'amuse, distraits là surtout, elle en a grand besoin". Ils parlaient tous deux de moi comme si j'étais encore une enfant dont on devait prendre grand soin. Qui leur avait d'ailleurs mis dans la tête que j'avais besoin de m'amuser! Et d'ailleurs, qu'appelaient ils amusement ? Moi je m'amusais très bien en étudiant.
Après avoir terminé au téléphone avec mon père, tante Briget continua de me bombarder avec tout un tas de questions.
- Prenez exemple sur votre cousine, adeptes du moindre effort et rendez votre mère fière, s'adressait elle à ses fils.
J'étais assez embarrassée à la place de mes cousins. Mais en voyant leur attitude à tous les deux, je compris qu'ils ne me tenaient pas rigueur de ce que leur disait leur mère. Je dois avouer qu'il y avait une belle complicité entre tous les trois. Les voir ainsi m'avait rappelé ma mère à moi. Mais je n'y pouvais rien, elle n'était plus de notre monde.
Après avoir répondu au questionnaire interminable de ma tante Briget, je demandai à Axel de m'amener dans la chambre qu'ils avaient préparé pour moi. Je pris tout d'abord une bonne douche chaude. Ça m'avait vraiment détendue. Après la douche, je pris mon téléphone et je passai un coup de fil à Wallace. Coup de fil qui d'ailleurs avait duré trente minutes environ. Je m'étais défoulée au téléphone ce soir là. Ensuite, sans même savoir comment, je m'étais endormie.
C'est l'appel de ma tante qui me réveilla. Elle était surprise de savoir que je m'étais endormie.
- Voilà pourquoi tu es aussi maigrichonne, tu ne manges pas assez et dors trop, me souffla ma tante.
- Tu es folle tata, lui dis je.
C'est en riant que ma tante et moi, nous rendions à la cuisine. Tout était déjà prêt et ils n'attendaient plus que moi pour manger. J'avais une faim de loup. En voulant me servir, Steeve me fit signe avec ses yeux. Je compris donc par ce signe que je ne devais pas encore me servir.
- Fais nous une prière, dit tante Briget à Axel
J'avais enfin compris pourquoi Steeve m'avait fait signe. En fait, ils disaient toujours une prière avant de manger chez eux. Chez nous, c'était différent. Il suffisait qu'on soit tous à table pour démarrer les hostilités. Néanmoins, ça bavardait beaucoup pendant le repas, comme à la maison.
- C'est aujourd'hui le lancement des activités de vacances de la ville n'est ce pas? Demanda ma tante.
- Oui et j'ai hâte de m'y rendre pour voir les filles, dit Axel.
- Donc c'est tout ce qui t'intéresse ! Les filles! S'exclama tante Briget.
Je dois dire que j'étais perdue. Je ne comprenais pas de quoi ils parlaient tous et ça ne m'intéressait pas le moins du monde.
- À quoi tu penses, tu viendras avec nous ce soir n'est ce pas? Me dit Axel.
- Où ça ? Lui demandais je.
- Et bien, au lancement des activités de vacances de la ville.
- Ça consiste en quoi? Rétorquais je.
- Et bien, chaque année pendant les vacances d'été, la ville organise plein d'activités dans le but de distraire les jeunes vacanciers. Ceci attire des centaines de vacanciers chaque année.
- Et vous faites quoi comme activités ?
- On fait un peu de tout. Musique, danse, recyclage, et autres.
- Ah je vois, mais je ne suis pas intéressée.
- Minute ma jolie, personne n'a dit que tu devais être intéressée. Tu y participeras un point c'est tout. J'ai promis à ton père que tu t'amuserais ici. Dit tante Briget.
- Mais ma tante...
- Pas de mais ni de si.
Je n'avais donc plus de choix. Leur plan était bien orchestré. Ils avaient tous décidé de me torturer pendant deux mois entiers. J'aurais tout donné pour disparaître ce jour là.
Le dîner finit, les garçons me dirent qu'on avait juste 20 minutes pour se préparer et partir. Je ne voulais pas y aller, je ne savais pas à quoi m'attendre mais je n'avais pas le choix. Chacun alla dans sa chambre afin de se changer. Peu après, c'était l'heure du départ.
Sur le chemin, les garçons n'arrêtaient pas de parler des filles qu'ils rencontreraient ce soir là. Ils avaient hâte de voir de nouveaux visages.
En les entendant parler ainsi, je me disais que ce soir, je serai aussi un nouveau visage pour une centaine de garçons. Est ce que tous pensaient comme mes cousins, seul le temps me le dirait. J'étais très effrayée mais je n'en avais pas l'air. Je me demandais ce qui m'attendait. Est ce qu'un garçon essayerait de m'accoster ce soir ou même un autre soir? Et si c'était le cas, que devrais je dire? Mais pendant que j'étais perdue dans mes pensées, Axel posa sa main sur mon épaule.
- Ne t'inquiètes de rien petite sœur, je serai là pour veiller sur toi. Et si un malheureux s'avise de t'approcher, je lui donnerai un bon coup, me dit il.
- Retire ta main de mon épaule minus, je peux me protéger toute seule. Et je suis plus vieille que toi je te signale. C'est moi qui te protègerai des filles. Dis je à Axel en souriant.
- C'est ce que tu penses , quoi que tu dises, tu es sous notre responsabilité et nous veillerons sur toi. Rétorqua Steeve.
Pendant qu'on marchait en bavardant ainsi, je ne croyais pas ce que je voyais. Il y avait devant moi une foule de personnes. C'était donc de ça que les garçons parlaient. Tant de monde s'était déplacé pour cette occasion. Et moi qui pensais qu'il ne s'agirait que d'une centaine de personnes tout au plus. Pendant que j'étais là à admirer la foule, mon téléphone sonna et c'était mon petit frère Gabriel. Je lui avais dit que je le rappellerais car je ne pouvais pas bien l'entendre avec tous ces bruits.
Aussitôt que je raccrochai, je me rendis compte que j'étais toute seule. Mes cousins avaient disparu. C'était donc comme ça qu'ils comptaient me protéger, en me laissant toute seule ainsi. Je me mis donc à marcher dans le but de les retrouver. J'aurais bien pu leur téléphoner mais avec tous ces bruits, on ne s'entendrait sûrement pas. Pendant que je marchais au milieu de la foule, quelqu'un marcha sur mes pieds.
- Aïe ! Mais faites attention vous m'avez marcher dessus ! Dis je
- Je suis vraiment désolée, répondit la personne.
C'était un garçon. Il était très mignon mais n'avait pas l'air méchant non plus. Je le su quand il se baissa pour essuyer ma chaussure avec un mouchoir.
- C'est pas la peine, lui dis je en retirant mon pied.
- Si, ça l'est. Je répare juste le tort causé. En passant, moi c'est Fayel.
- Éla
Il me tendit la main et je serrai la sienne en retour.
- C'est ta première fois ici n'est ce pas?
- Comment l'as tu su?
- Et bien, je connais toutes les jolies filles du coin mais ton visage m'est étrangé.
Moi, une jolie fille! C'était la blague de l'année. Il n'y avait que mon père et Wallace qui me disaient que j'étais jolie. Mais ça me faisait rougir de savoir qu'un garçon si mignon me trouvait jolie. J'étais restée là, devant lui, perdue dans mes pensées. En fait, je ne savais pas quoi dire, je ne savais pas quoi répondre à son compliment.
- Alors, t'es venu avec qui? Tu sembles être perdue. Me dit il encore.
- Je suis là avec mes cousins, Axel et Steeve. Mais je ne sais comment je les ai perdus dans cette foule. J'essaie de les retrouver depuis quelques minutes déjà.
Soudain, tous le monde se dirigea vers l'immense salle devant laquelle on se trouvait tous.
- Il est l'heure. Me dit Fayel.
- L'heure ?
- Oui, l'heure d'entrer. La cérémonie débute dans quelques minutes. Je connait bien tes cousins et je suis sûr qu'ils entreront aussi. Viens avec moi et nous les chercherons du regard dans la salle, quand tout le monde sera assis.
- Allons y donc.
Je le suivis sans aucune contrainte et volontairement. Il ne me semblait pas être dangereux. Et en plus, il disait connaître mes cousins. Cette salle était tellement grande! On aurait dit le gymnase de mon université.
Fayel eu l'idée de nous faire asseoir derrière, tout au fond. Car ainsi, on aurait une meilleure vue et plus de chance de retrouver mes cousins. Pendant qu'on était assis, toute la foule se calma quand arriva un homme avec un micro. C'était sûrement l'organisateur de tout ceci. Il chauffa d'abord bien la foule et remercia la présence de tous. Je dois avouer que je n'avais pas compris la moitié de ce qu'il disait car j'étais occupée à chercher mes cousins.