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Le voisin

Le voisin

Auteur:: SKORE
Genre: Romance
SYNOPSIS Brigitte est une épouse et mère dévouée qui ne fait économie d'aucun effort pour garder son foyer à flots, malgré les récurrentes intempéries. Mais avec un mari dont l'attention se fait chaque jour un peu plus élusive, le sentiment de pédaler dans la semoule s'installe, elle finit par craquer. Dans son trouble émotionnel, une épaule et une oreille attentive s'offrent à elle, elle ne rechigne pas à s'y appuyer et à y trouver consolation. Elle réalise assez vite que certaines voies ne doivent jamais être empruntées.

Chapitre 1 01

1. Brigitte

(Aimez avant lecture et laissez un commentaire après)

Il est 10h lorsque mon mari gare le véhicule sur le parking de la belle demeure à deux niveaux dont la construction s'est achevée récemment. Les débris qui trainaient, les sacs de ciment et le matériel de construction qui encombraient la grande cour lors des visites antérieures ont été enlevées, tout est maintenant propre et j'adore ce que le paysagiste a fait avec le jardin. Les travaux ont duré 2 ans et maintenant que l'habitation est enfin prête, j'ai hâte d'y aménager car ceci est une zone de la ville que j'ai toujours beaucoup appréciée du fait de son calme et de sa proximité à l'école des enfants.

La maison dans laquelle nous vivons actuellement est également à nous, Franck et moi y avions aménagé peu de temps après notre mariage. Avec la venue des enfants et le progrès social, nous avions jugé bon d'acquérir ce terrain où s'élève aujourd'hui ce bijou, une habitation qui nous procure largement plus d'espace et qui est plus à l'image de notre situation actuelle. Mon mari étant lui-même architecte, il en a dessiné le plan. Sublime, ma fille aînée qui a 9 ans est la première à sortir du véhicule pour aller en exploration, ses deux frères Alex et Maxime qui ont respectivement 7 et 5 ans s'empressent de lui emboiter les pas comme à leur habitude.

- Papa, la piscine est plus grande ici ! s'extasie ma fille, les étoiles plein les yeux.

- Oui oui, je sais combien tu aimes t'amuser dans l'eau et j'ai tenu à ce que le bassin soit plus vaste ici, réplique mon mari en désembarquant.

Je désembarque également mais reste près de la voiture d'où je regarde mon mari Franck aller rejoindre nos enfants. Avec un petit sourire flottillant sur mes lèvres, je les regarde qui discutent gaiement, ils s'en vont ensuite faire le tour du jardin. Il a toujours été un très bon père, mon Franck. De nous deux, je suis le parent strict, il est celui qui passe à nos enfants presque tous leurs caprices. Ils l'ont mis dans la bouteille, comme il aime lui-même le répéter avec un sourire attendri. Il est aussi un bon mari. Très bosseur, responsable, pourvoyeur, ambitieux, il voit grand et cherche toujours à se surpasser. Malheureusement, comme c'est toujours le cas sous ce soleil, il y a bien un revers à toutes ces belles qualités...

Des propriétés, nous en avons pas mal dans la ville. Je dis « nous » car même si 80% de l'argent investi est à mon mari, je considère que ce qui est à Franck est à moi car non seulement nous sommes mariés sous le régime communautaire, j'ai aussi eu à apporter ma pierre à l'édifice de plusieurs manières. À ce stade, nous avons à notre actif quatre complexes résidentiels sécurisés avec des appartements modernes que nous faisons louer. Avec le taux de criminalité qui atteint chaque année des cimes inquiétants, plusieurs préfèrent maintenant vivre en communautés clôturées comme les nôtres, pour plus de sécurité. Nous nous sommes assurés d'en construire pour les nantis et les moins nantis, afin de couvrir toutes les bourses. Je suis d'ailleurs à la tête de l'agence immobilière qui gère ces propriétés.

Je m'éloigne du véhicule lorsque Franck qui a fini de faire le tour du jardin avec les enfants me signifie d'un signe de la main de les rejoindre. Nous faisons tous les cinq notre entrée dans la demeure qui sent bon le neuf et en faisons l'exploration dans une ambiance bon enfant. Après avoir travaillé quelques années pour une entreprise de construction de la place, mon mari a décidé d'ouvrir sa propre boîte appelée « Pioche construction ». Le début n'était pas très rose, mais il s'en sortait avec quelques contrats ici et là. Le mariage de sa grande sœur à un membre influent du gouvernement a ouvert des nouvelles portes, des plus gros contrats se sont mis à pleuvoir et cela a radicalement changé notre situation financière. Nous avons pu acquérir des terrains, construire et nous offrir des voyages hors du pays. Le téléphone de Franck sonne, il s'excuse et va parler dans une autre pièce. Voulant savoir qui a appelé, j'abandonne Sublime et ses frères qui débattent sur qui aura telle ou telle autre chambre, j'avance à pas feutrés vers la pièce où il a trouvé refuge pour répondre à l'appel et tends l'oreille. Une chose que mes ainées m'ont interdite de faire pas mal de fois.

Mais c'est simplement plus fort que moi.

J'arrive à capter quelques bribes de sa conversation, mon cœur s'affaisse quand je comprends qu'il parle à une autre. À voix basse, il promet d'être à « leur rendez-vous ». Il poursuit, disant à son interlocutrice qu'elle aura intérêt à reproduire toutes les vidéos coquines qu'elle lui a envoyées. Il rit doucement et murmure un :

- Petite diablesse. Je vais te chauffer, tu vas voir.

Ceci n'est pas la première fois que je découvre qu'il me trompe, mais la douleur qui émerge à chaque fois est toujours fraiche. Je croyais qu'au fil du temps et à force de conseils, je viendrais à m'y habituer et à faire abstraction. La douleur demeure cependant la même. Tranchante, écrasante. Je me demande toujours comment font les femmes qui arrivent à banaliser les infidélités de leurs maris, au point où celles-ci ne les dérangent plus. Je regagne la pièce où j'ai laissé les enfants aussi silencieusement que je l'ai quittée et me compose une mine gaie, afin de ne pas laisser transparaitre mes émotions. Franck revient une dizaine des minutes plus tard, j'évite son regard, préférant me concentrer excessivement sur les enfants.

Le tour de la demeure terminé, il nous amène au restaurant, c'est notre rituel de tous les samedis. Pendant que nous nous repaissons, il me fait gaiement la conversation et joue à Papa-poule avec les enfants, alors que je sais qu'après ici, il pondra une raison pour aller rejoindre celle avec qui il me trompe actuellement.

Avant, je le confrontais lorsque je découvrais ses tromperies. Cela ne contribuait qu'à ruiner l'atmosphère à la maison, ce qui affectait les enfants. Car même si je m'assurais de le faire dans le secret de notre chambre, loin de leurs regards, les enfants savent capter quand quelque chose ne va pas. Le plus difficile était que, lors de ces confrontations, Franck s'assurait de me faire un gros gaslighting, quelque chose dont il a fait un art lorsque pris. Il manipulait la situation de manière à me faire douter de mes découvertes, me faisant me sentir comme une folle, une excentrique qui prenait plaisir à inventer des histoires rien que pour le harceler. Il se mettait en colère et me disait comment il se pliait en quatre pour être un bon mari et un père présent, que voulais-je de plus ? Pourquoi l'accuser de ce qu'il n'avait absolument pas fait ? C'était à la fois horripilant et épuisant comment il réussissait à faire émerger de la culpabilité, alors que c'était moi l'offensée dans le scénario. Une fois, j'ai fait secrètement installer sur son téléphone une application espionne qui enregistrait ses appels, car avec les captures des messages, il disait que c'était le Photoshop. Lorsque je lui ai fait écouter les échanges avec sa bimbo, il a répondu que ce n'était pas sa voix. J'ai rejoué l'enregistrement, il a continué à dire calmement que ce n'était pas lui, qu'il ne parlait pas comme ça. J'ai cru devenir folle. J'avais à chaque fois l'impression de me battre contre des moulins à vent.

Etant quelqu'un de naturellement discret, les seules personnes à qui j'ai eu à parler de ce problème qui persiste sont ma mère et ma marraine. Leurs conseils :

« Arrête de fouiner et de l'espionner, ce n'est pas bien, ce n'est pas ça ton travail. Te quereller tout le temps sur ce problème fera qu'il s'éloigne. Les hommes aiment la paix. »

« Brigitte, il faut regarder le film 'War Room' à chaque fois que tu sentiras ta foi vaciller, ok ? C'est un très bon film. Je t'envoie le lien pour visionner en ligne. »

« Tu ne t'attendais quand-même pas à ce qu'il soit un ange ! Toute femme a quelque chose qui lui cale au cou concernant son mari. Ta part, c'est l'infidélité. Prie ! »

« Fais-toi plus douce, concentre-toi sur ses qualités qui sont de loin plus nombreuses, innove dans la chambre et surtout, prie beaucoup pour lui. Il finira par changer. »

« Il y a un nouveau programme à l'église cette semaine. Le thème c'est : Femme vertueuse, sois la sentinelle de ton foyer. On va apprendre des nouvelles techniques sur comment être une très bonne femme debout et sur le dos. Tu ne dois pas manquer. »

J'ai mis en pratique les conseils car j'aime Franck qui est mon premier et mon dernier, je ne me vois pas le quitter. J'ai même instauré le dialogue afin d'essayer de le conscientiser, mais après dix années de mariage et trois merveilleux enfants, monsieur n'a pas changé de ce côté-là. Et bien qu'il s'arrange de manière à bien cacher ses écarts, je finis toujours par les découvrir, même quand je ne veux pas. J'ai développé un sixième sens qui me permet de faire la différence entre ces périodes où il me trompe et celles d'accalmie. Pendant ces saisons où il est sur une proie, il a tendance à redoubler de soin sur son apparence et multiplier les raisons pour être dehors et rentrer tard. Tu le verras tout le temps bien sapé, coiffé, parfumé, se raser les poils pubiens chaque semaine et garder ses téléphones en mode silencieux.

Après le restaurant, nous regagnons notre domicile. Une heure plus tard, comme je m'y attendais, monsieur me sort qu'il doit se rendre chez un de ses clients, et qu'il se pourrait qu'il rentre tard. Par la fenêtre de notre chambre à coucher, le cœur pris dans un étau douloureux, je le regarde monter dans la voiture, mettre le moteur en marche et quitter l'enceinte. Pourquoi diantre n'ai-je pas encore réussi à arrêter d'être aussi affectée par cette facette de sa personnalité, après toutes ces années ?

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Chapitre 2 02

2. Franck

(Aimez avant lecture et laissez un commentaire après 😘)

La première fois que j'ai découvert cette facette de Franck, j'étais enceinte de notre deuxième enfant. J'étais presqu'à terme et l'instinct de nidification, que je n'avais pas expérimenté avec ma première grossesse, s'était manifesté avec force. Malgré la présence de l'aide-ménagère, je n'arrêtais pas de nettoyer et de tout ranger, c'était presque compulsif. Ce fut lors de cette crise de nettoyage que je découvris que Franck avait un autre téléphone dont j'ignorais l'existence ; il le cachait dans un compartiment secret derrière un tiroir dans son bureau, un code empêchait d'avoir accès au contenu. Voulant connaitre ce qu'il y avait là-dedans avant son retour du travail, je m'étais rendue à un centre en ville où il y avait des spécialistes en déverrouillage de téléphones. Ces jeunes gens étaient des pros qui pouvaient faire sauter les codes de n'importe quel appareil, peu importait sa provenance et sans poser de questions.

Ce que j'ai vu dans cet appareil après déverrouillage a brisé l'image que j'avais jusque-là de mon mari. Je découvrais un Franck menteur et infidèle. Je le croyais sans poser de questions toutes ces fois où il me disait devoir rester au bureau jusqu'à très tard, pour pouvoir finir des dessins dans le délai avec son équipe. Ou encore ces weekends où il disait devoir se rendre à des sites hors de la ville. Pas un instant n'avais-je imagé qu'il profitait de ces moments pour aller voir ailleurs.

Il profitait de ma confiance en lui pour me faire cocue, et pas qu'un peu.

La jeune femme avec qui il batifolait à l'époque de ma fracassante découverte se prénommait Cynthia. Belle, début vingtaine, étudiante. Une petite vicieuse dont les photos, vidéos et les messages peu catholiques peuplaient le smartphone secret. J'étais choquée de découvrir qu'ils avaient même déjà eu à effectuer des voyages ensemble. Cape Town puis Dubaï. Ces voyages, je me rappelais, étaient pour l'achat des nouveaux matériels pour son entreprise. À mon insu, monsieur avait fait d'une pierre deux coups, business + plaisir, pendant que je l'attendais sagement à la maison.

Je ne comprenais pas pourquoi il ressentait le besoin de rechercher la compagnie d'une autre.

J'étais belle, éduquée et, malgré les grossesses, je prenais soin de moi. La douceur était ce qui me caractérisait même, j'étais une bonne femme d'intérieur et d'extérieur, je le respectais, le soutenais, l'encourageais, savais tenir des conversations intéressantes, j'avais toujours des idées innovantes pour casser la routine et pimenter notre vie de couple, et je ne me refusais jamais à lui. Je ne comprenais donc pas dans quel domaine j'avais échoué pour qu'il me trompe, et de façon aussi suivie.

Nous étions un couple chrétien et allions à l'église, nous assistions d'ailleurs aux programmes de couple qui se faisaient régulièrement. Il savait combien il était important de garder le lit conjugal exempt de toute souillure, mais je découvrais qu'il brisait et rebrisait allégrement nos vœux de mariage.

À son retour du travail, je l'ai confronté, preuve à la main. Une querelle a éclaté, il a sournoisement essayé de retourner la situation, je ne me suis pas laissée faire. Ayant fait le droit avant d'opter plus tard pour la gestion, je savais comment coincer un coupable qui essayait de se défiler. Et lorsqu'il s'est retrouvé à cours d'arguments et dos au mur, il a commencé à me jeter des accusations et des reproches qui n'avaient ni queue ni tête, avant de sortir, sans dire où il allait. Je ne le reconnaissais pas, il me révélait une facette de lui que je ne connaissais pas. Etant enceinte, ma tension artérielle en était affectée, mon petit monde bien rangé s'écroulait et les sentiments qui se bousculaient en moi étaient si désagréables. J'ai emballé quelques affaires et me suis rendue chez mes parents avec Sublime qui approchait les deux ans.

Ma mère m'a accueillie les bras ouverts, m'a écoutée et a séché mes larmes. Elle m'a ensuite prodigué des conseils qui ont défié ma logique. Les hommes ne sont pas comme nous, même ton père que tu vois tout sage là a aussi eu à me montrer des étincelles, mais il est resté un bon mari et un bon père, il me respectait, c'est ce qui comptait. Aussi longtemps que Franck remplit bien ses responsabilités, ce qu'il fait dehors ne doit absolument pas te déranger, Brigitte. Ne va pas fouiner dans ses affaires, ne l'espionne pas.

Travailles-tu pour le service des renseignements ? Es-tu de l'ANR, du FBI ou de la CIA ? Hein ?

Donne-lui son espace, ne l'étouffe pas avec des questions et des accusations. Vouloir tout savoir et tout contrôler ne t'apportera que de la douleur inutile et te volera ta paix. Concentre-toi sur tout ce qu'il fait de bon, et prie beaucoup pour lui, afin que Dieu Lui-même l'assagisse.

Les hommes ne sont pas comme nous hein, Brigitte. Leur sexe pend dehors alors que le nôtre est bien caché à l'intérieur. Donc naturellement, ils ont tendance à faire la chasse, ils sont prédateurs car ils ont une flèche entre les jambes qui doit percer les proies, c'est une nature qui tend à les dominer malgré toute leur bonne volonté, il faut comprendre et beaucoup prier. C'est nous les femmes qui avons découvert que le Seigneur Jésus n'était plus dans sa tombe, tu le sais non ? Une façon de te dire que c'est nous qui devons être les sentinelles de nos foyers, toujours debout dans la prière, tu comprends ? Les petites bêtises ne doivent pas te distraire. Ne permets jamais à la discorde de s'installer inutilement dans ton bon mariage, à cause des petits écarts de Franck. Ce sont des petites choses, tu ne dois surtout pas les laisser t'affecter. Aussi longtemps qu'il te respecte et remplit bien ses responsabilités, multiplie le reste par zéro.

Tout un long discours qui m'a plongée dans une confusion sans pareil.

Je ne comprenais pas comment quelqu'un pouvait te respecter et te tromper en même temps. Ça n'avait pas de sens. M'être fidèle n'était-il pas aussi une de ses responsabilités ? Je devais multiplier le reste par zéro. Et les maladies ? Elles se multipliaient par zéro aussi ? Comment savoir si cette autre jeune femme avec qui il entretenait une liaison avait une bonne hygiène de vie ? Mon mari était-il son seul partenaire sexuel ? Et spirituellement, que me ramenait Franck après avoir couché avec elle ? À ces questions, ma mère a répondu :

- Dieu va te protéger. Trop réfléchir n'est pas bon. Il y a des femmes qui vivent pire dans leurs foyers, ceci est un petit problème. Franck est juste un homme avec un défaut. Tu dois savoir gérer sans faire d'esclandres, c'est cela être une femme mature. Il finira bien par se calmer, ils finissent toujours par se calmer. Les disputes n'arrangeront rien.

Franck qui a deviné que je m'étais rendue chez mes parents est passé autour de 20h, arborant la mine innocente d'une personne faussement accusée. Il fallait l'entendre expliquer tristement à ma mère comment j'avais découvert le téléphone que son ami lui avait demandé de garder pour lui. Ce n'était pas son téléphone, c'était à Kennedy.

- Je ne suis pas dans l'affaire de courir derrière les femmes. Si c'était le cas, je ne me serais pas marié, pour être libre de le faire. Tout ce qui prend ma tête, c'est mon travail et ma petite famille. Chaque jour, je travaille très dur pour pouvoir donner le meilleur à Brigitte, à ma princesse Sublime et à l'autre trésor qui est en route.

- Ah mon fils, est-ce que tu as besoin de t'expliquer ? Moi qui suis devant toi là, je sais que tu es un beau-fils exemplaire. Quand on parle des bosseurs et des jeune gens responsables dans ce pays, tu es dedans.

- Merci, maman Feza.

- Ta femme t'aime énormément, et avec les hormones de la grossesse, la jalousie est amplifiée, il faut comprendre. Tu dois simplement la rassurer et calmer son cœur, surtout dans son état hein.

- Je prends bonne note, Maman.

- Vous formez un très beau couple, Dieu même est d'accord. Il n'y a qu'à voir comment Il vous bénit chaque jour. Tu as dit l'autre jour que ton entreprise a encore eu le contrat du gouvernement, pour la construction des écoles publiques à l'intérieur du pays.

- Oui maman.

- Voila. Dieu vous bénit, le diable n'est pas content, il veut profiter pour semer la discorde, surtout qu'il n'aime pas le mariage.

- C'est ce que je disais à Brigitte. Je suis venu la chercher pour qu'on rentre à la maison. En passant en ville, j'ai fait escale au super marché. Je me suis rappelé que maman Feza aime le fromage, le saucisson et le vin rouge, je t'ai pris quelques courses.

- Ah mon fils, merci. Quand je dis souvent que j'ai le meilleur beau fils du pays, les gens osent douter.

- Voici l'enveloppe pour la situation dont tu m'as parlé l'autre fois. Je me suis dit que je devais l'apporter une fois, comme je venais.

- Eeeh Frank. Tends-moi tes mains, que je fasse une prière

Après la fameuse prière de bénédiction, maman s'est écriée :

- Brigitte, ton mari est venu te chercher. Il faut déjà commencer à partir, il se fait tard. Ce n'est pas très prudent de circuler la nuit.

Dans la voiture, aucun de nous n'a parlé. Ce n'est que lorsqu'on est arrivé qu'il a bredouillé des excuses. La tentation s'était présentée à un moment où il était stressé par le travail, mais que c'était fini.

J'ignorais que c'était la première et dernière fois qu'il reconnaissait son tort et s'excusait.

Lorsqu'il s'est fait prendre une seconde fois, une troisième, une quatrième puis une énième fois, même le verbe nier et tous ses synonymes étaient étonnés. Franck niait même avec des preuves devant lui et se mettait en colère jusqu'à asséner des coups de pieds aux chaises et aux lampes de chevet. J'ai depuis arrêté de le confronter et suis les conseils de ma mère et ceux de ma marraine chez qui je vais pleurer ces fois où je me retrouve saturée. Je prie seulement d'atteindre le stade où je pourrai enfin rester de marbre face à ses frasques.

**

- Déposez les tableaux là-bas, merci, ordonné-je aux jeunes gens de l'entreprise de déménagement.

Ils s'exécutent, avant de ressortir chercher les autres affaires dans les camions stationnés dans la cour. On est une bonne semaine plus tard, un samedi, et il est 15h par là. Presque tout a déjà été installé dans notre nouvelle demeure que mon personnel a bien nettoyé la veille. Je vais de pièce en pièce, supervisant comment mes deux aide-ménagères et les deux jeunes femme dont les services j'ai fait appel pour la journée font le rangement. 70% des affaires ici sont neuves, j'ai offert une bonne partie des meubles, appareils et ustensiles de l'ancienne maison à mes employés qui ont beaucoup apprécié ; ils étaient encore en très bon état, même si je m'en étais lassée. J'ai bien sûr demandé à ma mère de choisir ce qu'elle voulait, avant de remettre le reste au personnel de maison. Le déménagement a commencé autour de 8h, je voulais commencer tôt pour vite terminer, et à l'allure où vont les choses, je pourrai me reposer bientôt. Pour ne pas avoir Sublime et sa bande dans les pattes, je suis allée les déposer chez mes parents hier soir, chose qu'ils ont d'ailleurs adoré.

Une heure plus tard, je pousse un gros soupir de soulagement et remercie mes employés qui ont fait le gros du boulot, avant de les congédier. Je peux enfin me détendre, les déménagements m'ont toujours mise sur les dents. Tout a été bien rangé, j'adore le rendu, et je suis certaine que Frank qui est absent et les enfants aimeront aussi à leur retour. Notre chambre à coucher qui est à l'étage s'ouvre sur un balcon avec une vue sur tout l'avant-cour, l'avenue bordée des flamboyants encore jeunes et quelques lampadaires et la rangées des maisons clôturées en face. Ceci est un nouveau quartier et les personnes qui comme nous ont acquis des terrains dans la zone se sont assurés d'y élever des belles habitations. Les lopins de terre ne revenant pas moins chers, seules les personnes ayant un pouvoir d'achat élevé ont pu acheter, ce qui fait que les maisons qui poussent comme des champignons ne sont que luxueuses. C'est la naissance d'un petit Beverly Hills (rires). Je reste un moment debout sur ce balcon qui me plait tant, les mains posées sur les garde-fous, et admire mon nouveau quartier. J'aime la douce brise qui vient de temps en temps souffler sur moi. Je me vois bien passer mes soirées ici, à me lire un bon livre, avec un bon verre de jus en main. La demeure directement en face de la nôtre est également bâtie sur deux niveaux, le style moderne me plait bien, il y a à l'étage un balcon similaire au nôtre. Je sursaute malgré moi lorsqu'un homme y émerge, avec pour seul vêtement sur lui un bas de jogging. Il parle au téléphone en fumant une cigarette. Crâne chauve, imberbe, teint chocolat, il est grand de taille avec un corps musclé qui semble taillé dans du roc. Je suis choquée par la quantité des tatouages sur ses bras et sur une partie de son torse, on croirait un échappé du Yakuza. Moi qui croyais que j'aurai pour voisins d'en face une gentille petite famille, je découvre que je vis en face de monsieur tête de gangster. Bien que je sois choquée par tous ces dessins sur lui qui crient « danger », « bandit », je ne peux m'empêcher de le trouver beau. Dangereusement beau. Il a un charme thug qui m'intrigue. Cette pensée peu pieuse fait monter en moi une petite gêne. Je suis une femme très mariée, depuis quand ai-je des telles réflexions ? Honte à moi.

- Convoitise des yeux, je te chasse ! murmuré-je, tout en continuant quand-même à le regarder.

Je détourne vite le regard lorsque, sans arrêter de parler au téléphone en envoyant la fumée de sa clope partout, il regarde pile dans ma direction. J'ai envie de vite quitter le balcon pour échapper à son regard mais je juge que rentrer immédiatement ferait qu'il croie qu'il m'intimide. Je suis sur ma propriété, je vais faire comme s'il n'est pas là. Je continue mon observation du quartier, m'efforçant de ne plus regarder dans sa direction. La sonnerie de mon téléphone laissé dans la chambre me parvient, je quitte le balcon, soulagée qu'une excuse se soit présentée. C'est Frank au téléphone, il me fait savoir qu'il rentrera tard. Après le site de construction où il a passé plusieurs heures aujourd'hui pour prendre des mesures avec l'équipe, il se voit dans l'obligation de faire un saut au bureau. Je dis juste Ok. Les enfants ne sont pas là, je me sens un peu désœuvrée, je décide donc de faire un saut chez une de mes amies.

Des amies proches, j'en ai deux : Glorette et Arodi. Notre amitié remonte au Lycée, nous nous sommes vues grandir, obtenir nos diplômes, nous marier et faire des enfants. Glorette est femme au foyer. Bien qu'elle ait fait des bonnes études, son mari qui ne supporte pas que quelqu'un d'autre s'occupe de sa progéniture lui a imposé de rester à la maison. Tous les mois, il lui paie un salaire équivalent à ce qu'elle percevait lorsqu'elle était employée d'une banque, avant le mariage. Elle ne pourra regagner le marché du travail que lorsque tous leurs enfants seront à l'école secondaire, dixit son époux. Rester sans rien faire ne l'arrangeait pas, elle a donc lancé un commerce en ligne qui tourne bien. Arodi quant à elle travaille comme agent d'audit pour une compagnie de la place. Toutes les trois, nous avons fait ce que l'on appellerait des bons mariages. Sans être super riches, nos maris gagnent très bien leur vie et aucune de nous n'a eu de problème pour avoir des enfants.

Lorsque je parque dans la cour de Glorette et désembarque, ses enfants viennent m'étreindre en me lançant des « Bonjour Maman Brigitte ». Elle en a trois comme moi, son petit dernier qui a tout juste 3 ans s'agrippe à moi, me signifiant de le porter, ce que je fais. Nous allons trouver leur mère qui est avachie dans l'un des canapés du salon des adultes et regarde d'un œil rêveur une prédication du pasteur Joël Osteen qui passe à la télé. Elle est à son troisième trimestre de grossesse et cela la fatigue énormément, elle se redresse légèrement et me sourit.

- Madame Mayitango en personne.

- Coucou la baleine.

- Ah, fous-moi le camp !

Son sourire se fait plus large lorsqu'elle remarque que je lui ai apporté en bonne quantité des pommes de Cythère et des tondolos (maniguettes) déjà lavées. Les enfants retournent jouer dans leur salon, après avoir pris quelques pommes.

- Hmmm Brigiiiitteuh, si tu savais comment je mourrais d'en manger, dit-elle en mordant dans l'une des pommes.

Elle ferme les yeux et mâchouille gourmandement, ce qui me fait rire.

- Ce bébé a rendu ma bouche amère comme tu n'as pas idée. En tout cas, ceci est la dernière grossesse, je jure.

- Tu as dit la même chose avec la grossesse de Yohan.

- Cette fois, je suis sérieuse. Je suis fatiguée.

- Ethan (son mari) est-il là ?

- Il est sorti pour soi-disant aller s'acheter quelque chose sur la route. Pour bien me convaincre qu'il ne quittait pas le quartier, il est parti de la maison en débardeur, culotte et babouches. Il ne sait pas qu'il y a longtemps que j'ai compris son petit numéro. Tu vas fouiller et découvrir qu'il est déjà en Zambie, seulement avec cette culotte-là et les babouches, dit-elle avant d'éclater de rire.

Je me joins à son rire, me demandant une fois de plus comment elle fait pour ne pas être dérangée par les incartades de son mari. Elle en parle toujours avec beaucoup d'humour et en rit. C'est certainement parce qu'elle est issue d'un foyer polygamique. Sa mère est deuxième femme. Vivant dans cette atmosphère, Glorette a dû intégrer très jeune qu'un homme pouvait avoir plus d'une femme, voilà pourquoi elle est si en paix ces moment où Ethan déconne. Elle se sait femme légitime, rien ne peut donc l'ébranler, m'a-t-elle dit une fois. Je prie chaque jour de pouvoir devenir comme elle et d'arrêter de souffrir.

Je quitte son domicile autour de 20h. Pendant le trajet, j'appelle Franck, histoire de savoir s'il est encore au bureau, il répond qu'il y est actuellement et qu'il pourra terminer autour de 22h. Après avoir raccroché, l'idée me vient de faire un petit tour à Pioche Construction, juste pour voir s'il y est vraiment.

Une fois sur le lieu, les agents de sécurité à l'entrée m'informent qu'il n'est pas passé. Effectivement, d'où je me tiens, je peux voir que son Amarok à bord duquel il est sorti ce matin n'est pas sur le parking. Au fond, je le savais déjà, mais comme j'ai un côté masochiste, j'ai tenu à me torturer en venant vérifier. Je reprends le chemin de la maison, essayant de me convaincre que je vais bien alors que c'est tout le contraire.

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Chapitre 3 03

3. Solitude

(Aimez avant lecture et laissez un commentaire après 😘)

Franck fait son entrée dans la demeure autour de 2h du matin. Peut-être que je devrais me réjouir du fait qu'il ne découche pas, comme c'est le cas de ses autres collègues dans l'infidélité. Ma marraine m'a conté comment le mari d'une autre jeune femme qu'elle encadre ne passe à la maison qu'en coup de vent. Les jours où il apparait, il s'en va juste soulever les couvercles des plats posés sur la table, goute nonchalamment à un morceau de viande, avant d'aller se laver, se changer et sortir, pour réapparaitre une à deux semaines plus tard. Je fais celle qui dort déjà pour éviter de lui parler. Je l'entends qui se change, puis le mouvement du lit m'informe qu'il s'est allongé.

- Brigitte ? appelle-t-il

- ...

- Brigitte ?

Pourquoi me dérange-t-il ? Je me retourne et lui fais face.

- Oh, tu ne dormais pas ?

Pourquoi m'appelais-tu alors ?

- J'aime comment tout a été rangé. Les bonnes et toi avez fait du bon boulot.

- Merci.

- Désolé de ne pas avoir été là pour t'aider un peu.

- Pas grave.

- Tu iras chercher les petits demain ?

- Oui. Après l'église.

Ceci dit, je lui tourne le dos à nouveau et essaie de m'endormir. Je sens de la colère monter lorsqu'il vient se coller contre mon postérieur et passe un bras autour de ma taille. En quelques minutes, sa respiration se fait lourde et régulière, signe qu'il s'est endormi. Je reste éveillée, le regard rivé sur le mur, essayant de contrôler les sentiments négatifs qui dansent une vilaine sarabande dans ma poitrine. Une envie d'uriner se fait sentir, je me dégage lentement de lui, afin de ne pas le réveiller et vais me soulager dans la salle de bain attenante. En revenant vers le lit, je remarque que l'écran de l'un de ses téléphones posés sur la table de chevet s'est illuminé. Il est en mode silencieux, le nom « NK Plomberie » danse sur le petit écran. Il attribue toujours des tels noms à ses makangu (maîtresses) pour brouiller les pistes. Mademoiselle appelle sûrement pour savoir si son chéri avec qui elle a passé un bon samedi en amoureux est bien arrivé. Au fil des années, j'ai connu des : Bureau Africel, Coin Pizza, Chantier hôpital, Chantier Sud 1, Voda Cabine, Clinique A, Livreur Ngulu, Service client, Fournisseur moellon, JJ Electric, etc. Et quand tu lui demandais pourquoi Fournisseur Moellon ou Chantier Hôpital lui envoyait des photos des chattes et des « Tu me manques », il te sortait un discours compliqué qui te troublait jusqu'à te faire regretter d'avoir fouillé son téléphone. Je vais me recoucher, et bien qu'il soit près de moi, je ne peux réprimer un sentiment de solitude.

Un sentiment qui revient de plus en plus ces derniers temps.

Je ne vais pas être ingrate ou injuste, Franck a plusieurs qualités et m'a beaucoup apporté, mais le fait qu'il ressente tout le temps le besoin d'aller voir ailleurs me fait me sentir chaque jour un peu plus seule. Ses actions ont créé un trou noir qui refuse de se combler peu importe ce que j'y jette. C'est décourageant et déprimant de savoir que le précieux vase, qui ne devait être qu'à toi, est accessible à plein de monde. Chacun y laissant un peu de ses fluides, un peu de son odeur, ses empreintes. Dans ce monde froid et coupe-gorge, je croyais que l'amour était un refuge, un cocon chaud où l'on se sentait en sécurité, un cercle de deux.

Il s'avère que je me trompais.

Je finis par m'endormir et fais un rêve touffu d'où je suis tirée par la sonnerie de mon réveil. En dépit de ma tête qui est un peu lourde, je quitte le lit et vais prendre une douche. Franck dort encore lorsque je regagne la chambre en m'essuyant à l'aide d'une serviette. Je tapote son pied qui dépasse de la couverture, il bouge paresseusement sans ouvrir les yeux. Je tapote avec plus d'insistance, il ouvre les yeux en roulant lentement sur le lit.

- Bonjour chéri ! Lève-toi, on va à l'église.

- Pas aujourd'hui, réplique-t-il, en se positionnant pour bien continuer à dormir.

Je n'insiste pas. Je me passe la crème sur le corps et me parfume, avant de porter mes dessous puis la tenue préparée la veille. Je fourre ensuite ma Bible et les autres nécessaires dans le sac à main assorti à mes escarpins et descends à la cuisine. J'y avale à la va-vite un bol de céréales et vais sauter dans mon véhicule. Il est 7h, le premier culte débute à 9h, mais je quitte déjà car j'aime arriver tôt, afin de pouvoir occuper l'un des sièges les plus proches de l'estrade. Les idées un peu ailleurs, je remonte l'avenue en tapant doucement ma cuisse au rythme d'un son du Frère Patrice qui emplit l'habitacle. En m'engageant sur la voie principale, j'ai une crevaison. Mince ! Je parque sur le bas-côté, afin de ne pas obstruer la voie et désembarque. Le pneu pendouille tristement, je maudis intérieurement la chose sur laquelle j'ai roulé et qui l'a mis dans cet état. Pendant que j'évalue les dégâts et réfléchis sur comment me tirer de cette fâcheuse situation, je vois approcher un Wrangler noir, il y a à bord deux hommes. J'ignore pourquoi mon cœur tressaute lorsque je remarque que l'homme covo du balcon est le conducteur. Il ralentit et me lance un bonjour.

- Bonjour, répliqué-je, avec un petit sourire poli.

- Il me semble que vous avez un problème.

- Oui, crevaison.

- Mon ami et moi pouvons aider, si vous voulez.

C'est un étranger. Je le devine par son Français qui, bien qu'il soit impeccable, est très marqué par l'accent Anglais. Je veux décliner sa proposition mais je finis par me dire que ce serait insensé. Je ne veux pas être en retard au culte.

- Merci beaucoup. Vous me sauvez la vie.

Il serre sur le côté, ils désembarquent et viennent vers moi. Il a des yeux intelligents qui me scrutent avec minutie pendant qu'il avance, suivi par son compagnon qui est moins grand mais tout aussi musclé.

- Je m'appelle Ike. Et lui, c'est Desmond.

- Brigitte. Enchantée, répliqué-je, me sentant soudain très timide.

- Très joli prénom, dit-il, me faisant un sourire, son regard rivé dans le mien.

Il a un très beau sourire qui adoucit ses traits durs.

- Merci, dis-je, détournant vite les yeux, pour échapper à ce regard perçant qui fait courir des chatouilles le long de mon échine.

De plus près, il me parait encore plus impressionnant et je reconnais sur lui les effluves d'un parfum Creed que j'ai une fois offert à Franck mais qu'il n'a pas aimé. Sa tenue consiste d'un t-shirt noir qui laisse voir une partie de ses tatouages, sur un pantalon jean et des baskets ; une belle montre en argent enjolive un de ses poignets, je remarque autour de son cou une chaine également en argent mi-cachée par son t-shirt. On sent un homme qui accorde beaucoup d'importance à son apparence.

- Vous avez récemment aménagé dans l'habitation en face de chez moi, n'est-ce pas ? Au numéro 105.

Il m'a reconnue, ce qui m'embarrasse. Il a dû se dire que je le reluquais depuis mon balcon.

- Oui.

- Bienvenue dans le quartier, fait-il avant de se tourner vers son ami qui s'est déjà accroupi près du pneu crevé.

En quelques minutes, ils le changent, je suis très reconnaissante, ils viennent de me retirer une vilaine épine du pied. Il me fait savoir qu'il est le co-propriétaire de Zion Motors. Je connais le lieu, c'est une grande concession automobile au centre-ville. Je passe souvent par-là pour me rendre au travail, il est situé dans un centre commercial à grande affluence. Il me passe une carte de visite, et me demande d'y faire un tour un de ces jours. Je me sens un peu gauche lorsque sous son regard, je remonte dans mon véhicule et démarre, je lui fais un timide signe de la main en guise d'au revoir et fait avancer le véhicule. Dans le rétroviseur, je peux les voir, son compagnon et lui, marcher vers leur auto.

J'arrive à l'église avec un petit retard mais Arodi qui prie dans la même assemblée m'a gardé une place près de l'estrade. J'oublie mes soucis pendant tout le temps que dure le culte, la maison du Seigneur a toujours eu sur moi un effet apaisant. À la fin, je salue quelques personnes dont le pasteur et son épouse, je discute un moment avec Arodi, avant d'aller chercher Sublime et son gang. Ils sont tout excités lorsque nous arrivons à la maison et courent regarder comment j'ai rangé leurs nouvelles chambres. Leur père est debout à notre arrivée, et comme c'est quelqu'un qui a toujours su mettre de l'ambiance quand il est en case, il met de la musique et improvise un barbecue avec ses enfants dans l'arrière-cour. J'ai pour ordre de ne pas participer à la préparation, ils me disent que je dois me reposer après tout le boulot que je me suis tapé avec le déménagement. Assise dans un sièges en plastique, je les regarde s'activer avec entrain. Franck et Alex font siffler sur le grill la viande bien épicée, pendant que Sublime prépare la salade, elle s'y prend très bien en plus, ce qui m'emplit d'une certaine fierté. Mademoiselle a déjà bien aligné sur un grand plateau la mayonnaise, le ketchup et les autres sauces. Maxime, mon petit dernier, est chargé de venir remplir mon verre de jus à chaque fois qu'il se vide, quelque chose qu'il fait avec un dévouement qui me fait rire. Je prends des photos que je publie en statut WhatsApp, avec pour légende :

« Quand mon adorable troupe s'y met »

Plusieurs de mes contacts réagissent. J'ai toujours été des celles qui aiment publier des photos présentant une vie de famille et de couple heureuse. Je suis le genre qui, même pendant ces jours où mon cœur est très lourd vis-à-vis de mon mari, je publie des photos de lui ou de nous deux, avec en bas des textes où je le remercie d'être un bon père, un ami, un confident, un allié sûr. J'adore organiser des séances photos pro de nous, en tenues assorties, pendant les grandes fêtes de l'année, les anniversaires, je célèbre chaque année de mariage, mêmes les pires. Nous célèbrerons d'ailleurs nos dix ans ensemble dans environ un mois. Si quelqu'un se basait sur ce que je publie pour coter ma vie, il dirait que je vis une vie de rêve où tout est joliment ensoleillé : famille, amour, carrière.

Oui, j'aime présenter au monde une façade très lisse.

Seules ma mère et ma marraine sont au courant de la plaie contre laquelle je bataille et qui depuis des années me fait couler beaucoup de larmes. Glorette et Arodi savent aussi mais pas en profondeur, je m'assure de ne pas trop leur exposer cet aspect vulnérable de ma personne.

Lorsqu'ils terminent avec les préparations, nous mangeons dans une ambiance festive. À un moment, pendant que je regarde mes enfants savourer à belle dent leurs burgers faits maison, Frank passe un bras autour de mes épaules, pose un baiser sur ma joue et me murmure un je t'aime.

- Je t'aime aussi... malgré tout, répliqué-je, tournant la tête pour pouvoir le regarder droit dans les yeux.

- Bri, pourquoi as-tu la vilaine manie de ruiner les bons moments pour rien ? Tu m'aimes malgré quoi ?

Je ne réponds pas, me contentant de reporter mon regard sur mes enfants.

Autour de 21h, je mets les petits au lit après douche et brossage de dents, je prie avec eux avant d'aller préparer leurs lunch boxes et toutes leurs petites affaires pour demain. Je vais ensuite préparer la tenue que je porterai au bureau demain. Je tiens toujours à essayer mes tenues la veille, pour savoir comment je m'y sens, avant de tout poser dans un coin. Décider de la tenue le matin me met toujours en retard et me cause beaucoup d'anxiété. Avant, je préparais également une tenue pour Franck, mais monsieur trouvait toujours à redire sur mes coordinations, j'ai jugé bon d'arrêter. Une fois que tout est organisé pour demain, je vais me doucher.

À ma sortie de la salle d'eau, Franck est encore dans la pièce aménagée comme bureau où il a dit devoir s'occuper de quelque chose. N'ayant pas sommeil, je vais sur le balcon et prends place dans l'un des sièges que j'ai fait mettre là. Mon regard baladeur va un moment se poser sur le balcon du voisin d'en face. Les lumières sont allumées, signe qu'il est encore réveillé. Y vit-il seul ? Je sursaute lorsque je sens des mains se poser sur mes épaules. Franck s'est approché sans un bruit.

- Tu m'as fait peur.

Sans dire un mot, il cueille mes lèvres et m'entraine dans un baiser passionné qui, ajouté à ses caresses, m'enflamme. Nous rejoignons la chambre où il remplit son devoir d'époux, me faisant atteindre comme toujours des cimes qui me laissent pantelante. Bien que je n'aie pas de modèle de comparaison, vu que c'est lui qui m'a déflorée et m'a tout appris sur le sexe, je me dis à chaque fois, sans l'ombre d'un doute, que ses performances sont bien au-dessus de la moyenne car il arrive à me faire vibrer, toutes les fois qu'il me touche. La béatitude qui m'enveloppe après les doux corps à corps m'envoie droit dans les bras de Morphée.

*

Comme à l'accoutumée, je suis la première à me réveiller le jour suivant. Après une prière, je vais réveiller les enfants. Et pendant que Sublime et Alex qui sont déjà indépendants se lavent puis s'habillent sans mon aide, je m'occupe de Maxime. Une fois prêts tous les trois, ils vont manger leurs céréales en suivant un programme matinal sur une chaine locale; je les laisse et vais prendre une douche. Franck se joint à moi et, avec une fougue que je ne lui connaissais pas, me prend contre la vitre de la cabine de douche, faisant outrageusement trembler mes genoux. Il me donne tellement de plaisir que j'en arrive à oublier la douleur qu'il m'a causée.

Deux heures plus tard, j'arrive au bureau de très bonne humeur. Après avoir briefé ma petite équipe sur ce qui doit être fait cette semaine, je fais personnellement un tour dans l'un des complexes résidentiels dont une partie du mur de clôture s'est écroulée, œuvres de la camionnette d'un locataire ivre. Pendant que j'y suis, je demande au concierge de renvoyer dans le groupe WhatsApp du complexe le pdf des règlements d'ordre car il m'est parvenu que certains locataires se plaisaient à étaler leurs linges sur les gardes fous des balcons, ce qui est interdit et passible d'amendes. Des tels agissements dévaluent la propriété. Je regagne le bureau et découvre que Franck a fait livrer du chocolat et un bouquet des roses. Un sourire étire mes lèvres quand je les hume, le cœur enveloppé d'une agréable chaleur. Sur la carte rattachée au bouquet, il dit m'aimer et promet d'être toujours là pour moi et nos enfants qui sont les précieux fruits de notre amour. À midi, il passe me chercher pour qu'on aille manger.

*

Les semaines qui suivent, il me sert la même belle sauce. Il rentre tôt, me couvre des petites attentions et organise des sorties surprises en amoureux. Et, surprise des surprises, lui qui ne me publie presque jamais en story s'assure de poster au moins une photo de moi tous les jours, accompagnée des mots comme :

« Ma très belle épouse »

« Brigitte Kapalay épse Mayitango »

« Ma perle rare »

«La prezo de Selah Properties »

« Bri ou lorsque l'intelligence, la douceur et la grâce décident de ne faire plus qu'un »

« Mama ni Mama »

Peut-être que mes prières ont enfin été exaucées. Il a finalement eu « le grand déclic » dont m'ont parlé maman et ma marraine. Les hommes infidèles finissent toujours par l'avoir à un moment, elles ont dit. Un espoir commence à naitre dans mon cœur, même si j'ai peur de le laisser bourgeonner complètement.

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