Avant-propos
Chers lecteurs, chers lectrices, tout d'abord je vous remercie d'avoir choisi de lire mes petites chroniques pour me soutenir dans ces malheureux événements de l'année passée.
Cet ouvrage réunit tous mes récits écrits sur Twitter dans la période du 15 septembre au 31 décembre 2017, pendant mon expérience particulière de veilleur de nuit dans un hôtel, plutôt étrange et insolite, des Yvelines.
Ce premier emploi me permettait de payer mon année d'études cinématographique, j'ai juste un petit problème, c'est que je flippe assez facilement dans la pénombre.
J'avais décidé de partager sur Twitter mes angoisses liées à ce nouvel emploi et du coup d'en faire une série, un épisode par nuit passée, à suivre chaque semaine selon les contingences nocturnes. J'écrivais dès que quelque chose se passait ou dès qu'il m'en prenait l'envie. L'idée d'être suivi en direct me rassurait, je n'étais plus vraiment seul. Enfin, un peu quand même, finalement.
J'ai appris que cette façon de raconter des histoires, vraies ou fausses, sur ce site communautaire était une tendance déjà reconnue et qu'on lui avait donné un nom officiel.
Vous avez donc entre les mains ce qu'on appelle tout simplement un Tweetstory, qui ressemble à une sorte de feuilletons, qu'on pouvait suivre, à d'autres époques dans les journaux ou magazines spécialisés.
Un Tweetstory est donc composé de Threads (épisodes), eux-mêmes assemblés de nombreux Tweets. Un Tweet est structuré d'une phrase courte ou de quelques mots de dépassant pas 140 caractères.
J'ai donc dû écrire en fonction de cette contrainte avec des mots simples et en allant à l'essentiel, permettant de rythmer le récit, et en arrangeant la phrase pour qu'elle tienne dans un Tweet. Parfois dans l'angoisse de la situation et dans l'urgence, j'ai utilisé de simples abréviations, ou une structure un peu hachée et forcément un langage parlé en adéquation avec mon jeune âge et l'outil utilisé, c'est-à-dire Twitter.
J'ai décidé de ne pas toucher certains tweets et d'en arranger quelques autres pour une meilleure compréhension, sans dénaturer le style lié à cette façon d'écrire.
Pendant cette période, le nombre de caractères pouvant être utilisé dans un Tweet a doublé, permettant une plus grande aisance dans la structure des phrases. Vers la fin du livre vous en verrez le changement, n'en soyez pas étonné.
Autre chose, j'ai commencé l'écriture à l'épisode 0, c'est-à-dire que ce sont les événements avant la première nuit passée en solo à l'hôtel, une sorte d'introduction et de présentation. Il s'y passe peu de chose, mais ça permet de rentrer en douceur dans le contexte avant la première nuit, déjà affolante.
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture, de préférence nocturne pour mieux en apprécier le caractère traumatisant que j'ai pu y vivre.
Ceci dit, ça va mieux, hein, je suis guéri.
Le veilleur de nuit.
SEMAINE DU 15 SEPTEMBRE
En recherche d'un nouvel emploi le week-end pour payer mes études de ciné. Prêt à travailler la nuit.
J'ai envoyé mes CV un peu partout, une bonne cinquantaine, dans des cinémas parisiens (j'aimerais bien), des restos, des hôtels...
Pratiquement pas de réponse depuis 2 mois, uniquement un hôtel pour travailler la nuit. Je suis pas fan, je vais attendre avant de répondre.
Hôtel des Yvelines, cherche VEILLEUR DE NUIT H/F. 20h/sem. Nous recherchons pour les nuits d'Octobre/Nov suivantes : vendredi/samedi 23h-9h
C'est l'unique réponse que j'ai eu, ce sera peut-être la seule.
Ça correspond ; j'ai p'tet pas le choix, c'est déjà mieux que rien.
Je devrais quand même appeler, mais j'ai un souci: j'ai peur du noir, une vraie flippette. Je trouverais peut-être autre chose d'ici là.
Bon, j'ai appelé: RDV pris demain pour un entretien, 'tain c'est rapide. J'ai pas le choix tant pis, mon école coûte chère.
L'angoisse ; j'aime pas la nuit. Quand j'étais petit, juste sous le plafond de ma chambre, 3 petites créatures aux grosses têtes me fixaient.
Le soir quand j'allais dans ma chambre ou aux toilettes en passant par le couloir, je longeais les murs à tâtons en guettant partout.
Tellement je flippais, ma mère me disait qu'elle me suivait avec ses yeux. Je les imaginais invisibles juste à côté de moi me protégeant.
Mais ça protégeait que dalle, c'était juste des longs yeux blancs comme ceux du loup de Tex Avery ou de "The Mask" avec Jim Carrey.
À chaque fois que je devais traverser un couloir obscur, j'angoissais. Quand tu te retrouves dans le noir, t'imagines plein de trucs ...
... bizarres, chaque bruit, chaque ombre, chaque forme particulière prennent une ampleur plus cauchemardesque, plus angoissante, plus dark.
Même ado, je flippais. En fait j'ai déjà vécu dans un hôtel, bon c'était plutôt une auberge et mes parents ne louaient pas les chambres, ...
... mais tous ces espaces vides sur les 3 étages du bâtiment, entre les deux salles de restos, le bar au plafond haut et sa grande cheminée, ...
... les couloirs plutôt austères menant aux chambres, tout ça n'était pas très engageant pour aller aux toilettes à l'autre bout, la nuit.
Et si elles étaient occupées, il fallait descendre ce vieil escalier en bois craquant pour utiliser celles du bas en évitant les souris.
On en retrouvait déchiquetées par les mâchoires en fer des tapettes, avec les intestins ouverts et cette odeur de méthane et de putréfaction.
On prenait le petit dej' dans la plus petite salle du resto, c'est la seule qu'on allumait.
Du coup j'imaginais toujours un cambrioleur caché dans un coin sombre, prêt à nous sauter dessus, ou un animal, un monstre ou un fantôôôme.
Cette auberge se situait dans un village paumé en pleine cambrousse de la Beauce face au cimetière. Ambiance chelou.
Pour aller au lycée, ma mère m'emmenait à la gare en voiture sur les routes de campagne, tôt le matin avec beaucoup de brouillard.
Là encore, j'avais les chocottes, j'imaginais des créatures qui sortiraient de la brume pour nous attaquer, nous dévorer comme au cinéma.
Encore dernièrement, un truc étrange se produit quand je me promène seul en ville la nuit, les lampadaires s'éteignent sur mon passage ...
... puis se rallume derrière moi, c'est space. Bref tout ça pour dire que je ne suis peut-être pas fait pour ce taf, mais il faut bien que je taf.
Bon, quoiqu'il en soit, rendez-vous demain avec le patron de l'hôtel.
J'ai cherché sur Google Earth, c'est un hôtel excentré de la ville, se trouvant dans la zone industrielle, à côté des champs.
Bon, je reviens de l'entretien qui s'est plutôt bien passé. Le patron est un peu rustre avec sa carrure de rugbyman.
Mais c'est ce que j'appelle un vrai patron. Il m'a présenté sa femme, petite, menue, plus sèche et même un peu froide.
Du coup je commence une petite formation en soirée la semaine prochaine avant de faire ma première nuit le dernier week-end de septembre.
Faut que j'achète chemise, costard, cravate. Ah, la poisse.
Ensuite, il m'a fait visiter les lieux.
C'est une décoration plutôt champêtre, on se croirait sur le plateau de "chasse et pêche", plutôt chasse que pêche d'ailleurs.
Avec des trophées de chasse, des têtes de gibiers empaillées accrochées aux murs, des photos d'ambiance, c'est mignon, c'est cosy.
L'hôtel est composé de deux étages, de 63 chambres, d'une salle de restaurant, de véranda/terrasse, bar, et d'un espace conférence de 120m².
Mon travail consistera à surveiller tout cet espace, faire la réception et le nettoyage du sol, des chiottes et la plonge restante.
Hier soir, j'ai fait ma petite formation à l'hôtel de 17 à 21H. Ça s'est plutôt bien passé. C'est le retour qui a été plus flippant !!!
Comme je devais attendre 1H un train, j'ai décidé de faire du stop pour rentrer chez moi. Normalement on met une demi-heure en voiture.
Un vieux couple a eu la gentillesse de me prendre dans leur vieux tacot puant sans siège à l'arrière. J'étais assis sur une boite trop haute
Du coup, j'ai fait le voyage avec le cou plié touchant le plafond. La poisse.
J'ai compris d'où venait l'odeur de renfermé.
C'est leur chien qui dort à l'intérieur, il avait l'air de bien m'aimer, même un peu trop. Sa tête était un peu proche de la mienne. LA RAGE
Sa bave abondante dégoulinait sur ma veste, mon pantalon et ma main. Non j'adore les chiens, et il avait l'air gentil, mais là c'est abusé.
Bon, le pire arrive après. Ils me laissent au premier village, j'étais soulagé.
Je continue de marcher sur le bord de la route.
Beaucoup de voiture passent sans s'arrêter. Puis une camionnette ralentit. Les deux jeunes à l'intérieur ont l'air chelous ; délit de faciès.
J'accepte quand même, ils me disent de monter à l'arrière. Aucun siège, rien pour s'asseoir, je reste debout me tenant à ce que je peux.
J'y vois une hache, une tronçonneuse, rien de rassurant. Puis sur la route, le conducteur fait des zigzags me ballottant de droite à gauche.
Ça avait l'air de les amuser de me voir perdre l'équilibre. Ça m'amuse moyennement, je leur demande de sortir.
- T'inquiète, on te ramène.
- Je préfère descendre.
- Qu'est-ce qui y a ? On te fait peur ? Dit le conducteur d'un air brut. On te ramène je te dis.
Je ravale ma fierté.
Les coups de volant sont plus violents, les secousses plus dangereuses, je m'étale parterre. Ils éclatent de rire. Bon je reste accroupi.
Plus loin, le véhicule semble sortir de la route principale, je réussis à me relever pour voir où on va. On s'engage sur un chemin boisé.
- On va où là ? Arrêtez-moi là, ça ira.
- Ta gueule, c'est bon, on fait juste un détour.
Là, je m'inquiète.
Le chemin est tout cabossé, le véhicule sursaute violemment. Je suis projeté de haut en bas, puis le freinage est sec m'envoyant à l'avant,
... puis à l'arrière, complètement sonné, mais content que ça se finisse. Moins content, reprenant mes esprits, quand j'analyse la situation.
Pas le temps de réfléchir ou de réagir, les deux gars sont déjà descendus et ouvrent l'arrière de la camionnette.
Ils me tirent par l'arrière pour m'en sortir et me jeter au sol en rigolant.
- Vas-y, fous toi à poil, enlève ton pantalon.
Oh non, pas ça !
En mode sauvage.
Accroupi, je m'avance sur la terre éclairée par les phares arrière rouges. Les deux gaillards me donnent des coups de pieds.
Restant à terre, je tâte le sol de ma main tremblante qui touche une grosse branche. Je la soulève et je me retourne en frappant très fort.
J'ai touché les jambes du premier qui se retrouve au sol en criant. Puis je me lève entièrement, je prends de l'élan en tournant sur 360°.
J'ai touché la gueule du deuxième qui s'est éclatée contre le véhicule. Lui aussi se retrouve au sol. Levant très haut la branche, je frappe,
... je frappe, encore et encore jusqu'à ce que les gémissements s'arrêtent. Ensuite j'ai pris le véhicule, même si je n'ai pas le permis.
J'ai fait demi-tour, j'ai repris la route principale et je suis rentré chez moi. J'ai garé le véhicule près du camp des gitans de la ville.
Ils le trouveront bien et en feront ce qu'ils voudront.
Sympa la première soirée !
Les prochaines fois, je prendrais le train. Ce sera mieux.
Nuit du vendredi 29 septembre
Il est 20H, il fait nuit, je prépare mes affaires pour aller au taf. Je commence dans 3H à l'hôtel. J'y serais vers 22H30.
Je suis dans le train, direction le taf. J'angoisse déjà rien qu'à l'idée d'être seul cette nuit dans cet hôtel.
Bon ça y est, j'y suis. Devant l'hôtel de l'angoisse houououououou.
Souhaitez-moi bon courage.
Bon voilà, je me retrouve tout seul, ils sont tous parti.
C'est tellement silencieux que ça en devient étrange.
J'ai un peu de taf à faire.
J'ai dû vérifier toutes les portes et fenêtres dont celles des salons.
À côté du bar, une porte donne sur un sas, puis sur un long couloir.
Sur le mur droit du couloir, 4 portes très espacées donnent accès aux petits salons formant un plus grand. Je suis rentré dans le premier.
La lampe torche n'étant pas fournie je me suis engouffré dans l'obscurité cherchant l'interrupteur du bout des doigts. Pas fier.
Ne l'ayant pas trouvé assez rapidement, je suis ressorti très vite.
J'ai respiré un grand coup, j'y suis retourné ouvrant la double porte.
La lumière du couloir entrant, j'étais rassuré, trouver l'interrupteur c'était mieux. J'ai vérifié les portes fenêtres, une à une.
J'écarte les rideaux opaques des fenêtres pour vérifier les poignées.
À mon reflet, je panique, pensant à un rôdeur, c'est con.
Trop sombre pour y voir clair à l'extérieur.
Ma hantise, serait d'être observé comme dans les pires films d'horreur.
Je pense à X-files où un gars comprime son corps pour passer par toutes ouvertures, aération, tuyaux etc. pour s'introduire chez les gens.
Du coup, ça y est je flippe. J'aime bien voir cette série, mais après je longe les murs pour rentrer dans ma chambre chez moi. C'est flippant.
Du coup, sortant du premier salon, je longe le couloir jusqu'à la seconde porte. Mais avant, je vois une porte sur le mur d'en face.
Putain y a trop de portes ici. Bon je tourne la poignée lentement. Y a quoi derrière ? Un petit couloir donnant à l'arrière de la cuisine.
Une autre porte se trouve dans ce petit couloir. Elle donne sur le bar. Un vrai labyrinthe ; on ne m'a pas montré tout ça la dernière fois.
Je retourne à mes occupations. Je progresse à tâtons, guettant toujours derrière moi. Ce couloir résonne, chaque petit bruit est amplifié.
À chaque bruit, je reste bloqué contre le mur. Je regarde des deux côtés.
Je me dis que je devrais voir, à la réception, s'il y a client.
J'y cours, évitant de passer trop près des portes. On ne sait jamais, si quelqu'un en sort pour m'attraper, m'agripper ou je ne sais quoi.
Personne à l'accueil. Porte bloquée pour que personne ne s'infiltre en douce. Personne sur le parking. Ok, je peux y retourner pour 5 min.
Je suis retourné dans le couloir de la mort, m'aventurer dans le deuxième salon en ouvrant les doubles portes. La lueur du couloir est suffisante.
Je préfère ne pas allumer pour ne pas être surpris par mon propre reflet.
Les ouvertures de rideaux se font plus brusques et nerveuses.
J'y découvre une fenêtre ouverte que je ferme aussitôt.
Et si quelqu'un était entré ? Merde, ma progression va se faire plus déstabilisante.
Troisième salon: en ouvrant un rideau furtivement, j'ai surpris un poivrot. On s'est fait peur mutuellement, voyant nos gueules respectives.
Oh putain, il est parti en courant, mais j'ai eu un coup de sang, comme un frisson dans le dos.
En face des 3ème et 4ème portes, des toilettes sont installées, bonne cachette pour un rôdeur. J'inspecte avec précaution comme un flic.
RAS, je ferme la porte, il ne me reste plus que le dernier salon. J'évite de me faire surprendre en écartant les rideaux bras tendus.
Et là, j'entends un gros fracas comme si le poivrot forçait la porte du fond du couloir donnant sur le parking.
Ça recommence quand je me retrouve devant.
Je me suis mis à frapper sur la porte et à gueuler:
- Casse-toi, reste pas là, dégage.
Ça s'est calmé.
Inspection finie, j'ai pu revenir à l'accueil.
Une dame attendait impatiemment à la porte, son mari arrive en furie.
À ma vue, les deux me gueulent dessus:
- Ben alors, on peut rentrer ou quoi ?
- Vous foutez quoi là ? Pourquoi c'est fermé ?
- Ça fait une demi-heure qu'on attend. En allant derrière, je me fais remballer.
- Ah désolé c'était vous à la porte ? J'ai cru que...
Les clients sont montés dans leur chambre et j'en ai profité pour faire une petite vidéo en direct sur FB: (voir la vidéo sur le compte Facebook de "Le veilleur de nuit")
RETRANSCRIPTION de la vidéo:
L'image est toute noire, on entend le veilleur de nuit chuchoter.
La caméra marche pas ! Qu'est-ce qu'elle fait chier celle-là.
Bon je suis en direct ok.
Bon ben voilà, donc là je suis au taf, hein, à l'hôtel.
C'est parti donc, pour une première nuit. Je dois dire que je ne suis pas rassuré, rassuré.
Heu! Tout le monde est parti là, la réceptionniste, le serveur.
Y a le cuisinier qui dort en bas dans la cave, il a une chambre installée en bas. Et les patrons dorment dans leurs appartements, dans une chambre à côté.
À sa façon de parler, on sent le veilleur de nuit inquiet, hésitant, angoissé.
Heuuuuuu, bon voilà, là je suis vraiment tout seul, je commence ce taf de veilleur de nuit.
Donc euh, l'hôtel il est dans la zone industrielle, près des champs. Euh, donc là j'ai commencé à 23H, je suis arrivé une heure avant.
Euh, bon, la décoration, avec ces têtes de gibiers accrochées aux murs là en trophée, et bien, c'est moins mignon la nuit. Je trouvais ça sympa en pleine journée, mais la nuit, là, c'est pas rassurant. Alors, y a une tête de cerf, y a une tête de sanglier, et puis alors, y a un renard là. Alors lui il a une gueule abominable, enfin j'aime pas sa gueule, putain en plus il a une posture d'attaque, euh, non là je... il est positionné sur le petit buffet du restaurant, en plus je vais devoir passer l'aspirateur à côté de lui. Je l'aime pas trop ce renard.
Bon là je suis à la réception, donc l'entrée se trouve à ma droite, derrière sur la droite c'est la salle de restaurant avec une entrée qui donne sur les cuisines. Juste derrière moi c'est le bar sur ma gauche, y a une grande fenêtre qui donne sur le petit jardin et plus loin c'est les champs. Et derrière sur la gauche, c'est l'entrée pour les salles de réception donc, qui donne sur le long couloir, alors j'ai l'impression qu'il fait 100 mètres ce couloir, en fait il doit faire 30 mètres, mais je sais pas il est euh ... bizarre. J'ai dû y aller tout à l'heure pour vérifier les portes, pour voir si tout était bien fermé. Les portes mais aussi les fenêtres, toutes les fenêtres des salons, bon, c'est spécial, c'est plutôt angoissant.
On entend en fond sonore comme des cris d'animaux lointains, le veilleur marque un temps d'arrêt, mais n'y prête pas trop attention, il reprend rapidement sa présentation.
Bon y a un truc que j'aime pas trop c'est qu'il y a des fenêtres partout, de tous les côtés, donc moi déjà je vais éteindre pratiquement toutes les lumières, je me sentirais mieux, c'est-à-dire que j'aime pas qu'on puisse m'observer de l'extérieur, j'aime bien éteindre la lumière comme ça au moins je vois dehors, sans forcément être vu. Parce que bon, là déjà, tout à l'heure, j'ai entendu des bruits, euh... bon des bruits bizarres, bon je pense que ce sont des animaux hein, euh...voilà, bon...
Le veilleur parait perturbé, il reprend ses esprits avant de continuer.
Bon, mon travail consiste donc à surveiller, à réceptionner les gens qui vont arriver dans la nuit, il faut que je fasse du ménage, que je lave par terre, que je débarrasse la salle de restaurant parce qu'il y avait quelques clients en soirée, que je passe l'aspirateur aussi, voilà, euh, et puis au petit matin, je dois préparer le petit déjeuner.
Voilà, je commence à 23H, je termine à 9H, et là en plus, les nuits commencent à se rallonger, donc quand j'arrive à 23H il fait nuit quoiqu'il en soit. Et à cette époque-là, je sais pas à quelle heure se lève le soleil, ça doit être peut-être du 7H, 7H et demi, 8H, donc voilà, ça va être des nuits assez longues.
On entend plus distinctement des cris d'animaux très proches qui ressemblent à une bagarre de chats.
Oh, putain ! C'est quoi ce bruit ? Y a des cris bizarres là dehors, ça doit être des chats ça. (puis pour se rassurer) Oui c'est des chats ça. Je vais voir.
Attends c'est pas là, c'est de l'autre côté. (silence)
Oh putain, c'est quoi ça. (silence)
Oh, y a comme des... y a plein de...c'est comme des yeux rouges ça, y a pleins de petits yeux rouges qui me... qui m'observent, oh j'aime pas ça c'est quoi ? C'est des petites créatures là, dans l'herbe. Putain je vois rien, je vois que des petits yeux rouges là, y'en a plein partout. Oh putain ça bouge, oh non, c'est quoi ça, ça bouge là, y a comme des petits triangles blancs qui sautent dans tous les sens, c'est quoi ça, wah putain. (rire nerveux) Ça me fait pas rire, mais ... pffft ça me fait penser à des petits Schtroumpfs maléfiques là, non, non, non, c'est pas des Schtroumpfs ça j'espère. J'espère que c'est pas des Gremlins non plus, c'est flippant. On se croirait dans un des épisodes les plus flippants de Doctor Who quoi, ouais. (il souffle) C'est quoi cette connerie, putain. Oh putain ça se rapproche, non, non, non, tttt, qu'est-ce que c'est que ça ?
Ah, j'aime pas ça je vois rien, je vois que des petits yeux, je sais même pas ce que c'est.
On entend un bruit étrange et intrigant, comme du bois qui craque.
Qu'est-ce que c'est que ça putain ? Ils sont montés sur le toit, ah non, non, non, ils sont montés sur le toit j'ai l'impression. Ils me font flipper là c'est quoi ça, putain !!! (silence)
Ah, j'aime pas ça. (silence... il souffle) Oh, l'angoisse.
On entend un énorme fracas légèrement étouffé qui semble venir d'une pièce voisine, un mélange de vaisselles et de couverts tombés par terre.
Oh putaiiiiin, c'est quoi cette merde !!!
Le fracas recommence comme si on venait trifouiller dedans.
C'est quoi ce bruit ? (L'intonation de la voix est plus fébrile)
FIN DE LA VIDEO À 9mn52.
Mais le plus flippant arrive sur la fin de la vidéo.
Ces bruits que vous entendez provenaient de la cuisine. Je m'y suis engagé avec une certaine réticence.
Je suis passé par la salle de resto et je dois franchir 2 portes battantes. J'observe d'abord à travers le hublot avec prudence.
Mais je n'ai rien vu, j'avais éteint la lumière. Donc j'ai juste passé la main pour allumer les néons qui clignotent avant de se stabiliser.
Ensuite, je regarde furtivement par le hublot sans rien déceler de dangereux. Je me suis donc engager dans la cuisine en mode SWAT.
Armé d'un balai pour frapper dès que ça bouge. Je n'avais pas vérifié les portes arrière de la cuisine donnant sur les poubelles.
Je progresse lentement jusqu'à l'arrière cuisine. Les portes sont bien fermées à clef. Je reviens sur mes pas au milieu de la cuisine.
Et ce fracas sonore a recommencé juste à côté de moi, à mes pieds. Putain les créatures sont rentrées dans cette machine métallique.
Je ne veux pas l'ouvrir, je préfère reculer, mais j'entends un bruit inquiétant derrière moi, je me retourne nerveusement ...
... guettant le moindre mouvement, en parcourant toute la pièce du regard, je m'aperçois juste que dans mon champ de vision ...
... une énorme tête est apparue dans l'encadrure du hublot. En un centième de seconde je pense distinguer une sorte de taureau qui m'observe.
En y regardant plus attentivement, je me rends compte que ce n'est que mon patron. J'ai dû faire une gueule pas possible. Il est rentré.
Et il me dit:
- Je vous ai fait peur ?
- Euh oui, enfin non, je lui dis de manière soulagée.
- Vous faites quoi là ? Il me dit, curieux.
Et je lui dis que j'ai entendu un bruit assourdissant et que ça venait de cette machine.
- Et vous faites quoi avec ce balai ?
- Ben y a un truc dans la machine, un animal ou je sais pas quoi, mais ça fait un bruit bizarre.
Mon patron s'approche, sûr de lui.
Il pose sa main sur la poignée de l'appareil et me regarde.
Terrifié, j'ai fait un léger signe de tête de gauche à droite, balai à la main.
Bon, il a tiré la porte en me disant calmement:
- C'est des glaçons. C'est une machine à glaçons, pour les boissons.
- Ah d'accord, je connais pas.
Je me suis senti ridicule.
- Ce que vous avez entendu, c'est les glaçons qui sont projetés, cognant la paroi.
Avec lui, je me suis senti rassuré. Retournant à la réception, je lui montre les "yeux rouges":
- Vous avez remarqué ça ?
Il s'approche de la fenêtre et me dit, naturellement:
- Les lapins ?!
Je m'approche pour mieux voir et je comprends mieux maintenant.
Ben oui, les petits triangles blancs, c'est leur queue relevée.
Je réponds au patron tout penaud:
- Oui c'est ça, les lapins.
- Ah ben, vous faites bien de m'y faire penser, qu'il me dit, faut que j'en attrape pour faire un civet.
Ça va, ça se passe bien, sinon ?
- Oui, j'ai répondu ... mais y a beaucoup de bruit ici !!!
Bon, après ça j'ai travaillé quand même. Passé l'aspi hyper bruyant, la nuit, lumières éteintes, frôlant le renard, ça fout les jetons.
On entend rien, juste le souffle de l'aspi et uniquement les yeux pour guetter autour de soi un éventuel mouvement des animaux empaillés.
Que d'émotions pour cette première nuit. Bon là je suis crevé, j'arrive chez moi je vais dormir pour repartir en forme au taf ce soir. A+
Nuit du samedi 30 septembre
Ok, je suis seul, je peux tweeter un peu et vous raconter 2, 3 trucs.
Ce soir, en arrivant à l'hôtel, les flics étaient là. Deux voitures l'une derrière l'autre. J'ai pensé direct que c'était pour moi,
... pour la story du stop dans le Tread 0. Pas du tout, c'est juste 4 flics qui font leur ronde de nuit en passant prendre un café.
Apparemment, ils passent souvent, ils sont cools, ils nous racontent des histoires de flics. On se croirait dans un Tarantino.
Ceci dit, ils m'ont foutu la pétoche, les cons. Ils m'ont raconté ce qui était arrivé à un autre veilleur quelques années plus tôt.
- Fais gaffe quand même, une fois on en a retrouvé un, attaché au billard de l'entrée, il est resté cul nu en l'air toute la nuit.
- Non, vous dites ça pour me faire peur.
- Je t'assure, il avait une queue dans le...
- Une queue ?
- ... de billard.
Oh les cons, ils étaient sérieux en plus. C'est toujours le même billard qui se trouve devant la réception en allant vers les chambres.
Comme ces flics sont appréciés, les employés restent un peu plus tard que prévu, diminuant ma nuit. Tant mieux.
Je profite de leur présence pour fermer toutes les portes et fenêtres des salons. Ça fera ça en moins et je n'y retourne plus de la nuit.
Puis quand ils sont partis, tout le monde a suivi. Je me suis senti bien seul. J'ai éteint toutes les lumières sauf la réception.
Le week-end, les chambres sont moins pleines qu'en semaine. C'est plus tranquille. Les clients de la semaine se déplacent pour le travail.
Alors que le week-end, c'est plutôt la détente.
Il y a un bowling et une boite de nuit plus loin, j'y vois d'ailleurs leurs néons colorés.
Je commence mon taf en passant l'aspi dans le resto pas trop tard, comme ça je suis plus tranquille. Plus tôt c'est fait, mieux c'est.
Comme dans certains films et légendes, j'ai l'impression que toutes les choses bizarres se passent à partir de minuit.
Même si je pense qu'il y a plus de noctambules et d'insomniaques qu'il y a 20 ou 30 ans, à cause des nombreuses chaînes télé et d'internet.
Et que toutes les créatures maléfiques, les monstres, vampires et fantômes y trouvent de moins en moins leurs places.
Mais cette idée reste implantée dans ma tête. L'ambiance, la résonance nocturne et le vent animant les arbres amplifiant cette impression.
Bon je n'ai toujours pas confiance en ces trophées empaillés et surtout pas en ce renard.
C'était la même ambiance dans "Psychose" !
Mais je fais avec, tant pis. Pareil pour les craquements du toit et la machine à glaçons. Quand on sait ce que c'est, y a plus de problème.
Je fais même coucou à mes copains, les petits lapins magiques. Sont trop mignons finalement. Quand je pense que le patron veut les bouffer.
Oh putain, il m'arrive un truc énorme. Une meuf vient de descendre en chemise de nuit...trans-pa-rente. Truc de ouf.
Elle a rien en dessous, elle a un problème dans sa chambre, elle veut que je la suive. Je vous raconterais ;)
Alors voilà ce qui s'est passé. D'abord je la vois s'approcher de la réception en chemise de nuit très courte, pieds nus, jambes nues.
Une petite métisse, naturellement bronzée, toute mignonne. J'y voyais les aréoles foncées de ses mamelons à travers le tissu.
Ses seins gigotaient à chacun de ses pas. Plus bas je pouvais distinguer un fin gazon délicatement tondu.
Impressionné, je la regarde tendrement. Elle semble connaître le pouvoir qu'elle a sur les hommes. Elle avait l'air à l'aise et sûr d'elle.
Avec son large sourire, elle m'indique qu'elle a un souci avec la télé dans sa chambre.
- Ah oui, quel est le problème ?
- Je ne sais pas, ça ne fonctionne pas. J'y connais rien, ce serait mieux que vous veniez voir, m'a-t-elle dit d'un air mutin.
- OK, j'arrive.
Du coup elle se retourne et commence à avancer, me montrant ses petites fesses musclées aux formes arrondies bien dessinées.
- Attendez ! Je vais juste fermer la porte et vérifier un truc.
J'en ai profité pour tweeter vite fait.
Puis je la suis, je m'engage dans les escaliers, face de la réception.
Elle m'attendait sur la deuxième volée de marches, face à moi avec un pied sur une marche plus haute que l'autre, me laissant apprécier son entre-jambe.
- C'est bon ? Me dit-elle.
- Je suis là.
En montant derrière elle, les yeux plus bas que son postérieur, je rêvais devant sa vulve.
Là, je me suis dit: "C'est chouette de travailler la nuit dans un hôtel. Dès le premier week-end je vais déjà niquer. "
On monte au premier étage. On rentre dans le couloir de gauche jusqu'à la 4ème porte de droite.
On rentre dans la chambre. La télé est allumée, la neige en noir et blanc crépite sur l'écran. La métisse s'installe sur le lit.
La première chose que je regarde, c'est l'antenne débranchée de sa prise. "Oh la coquine"
Je m'engage difficilement sous la télé.
- On n'y voit rien. Je trouve pas le trou.
- Vous le trouverez peut-être plus facilement par ici.
Je la regarde intrigué au moment où j'enfonce la prise mâle dans la femelle.
Comme par hasard, la télé était branchée sur la chaîne pornographique. Tout était bien préparé. J'hallucine.
Là je me dis, c'est le moment. Et là, un grand black bien barak sort de la salle de bain.
Je change de chaîne direct.
Et je me lève, restant dos au gars pour qu'il ne voit surtout pas mon érection.
- Voilà, c'est réparé, j'ai dit d'un air couillon.
Je suis redescendu, extrêmement déçu, vous imaginez bien. Je me suis fait avoir comme un bleu.
Bon je suis dans la merde là. Je flippe grave. J'ai fait rentrer un mec pensant que c'était un client.
Mais en fait non, il cherche du taf et il ne veut plus partir. Il ne me lâche pas. C'est un malade. Il est juste devant moi.
C'est un type de la cinquantaine, visage anguleux avec petites lunettes, il est nerveux.
En le faisant entrer, je lui demande le numéro de sa chambre. Il me dit:
- Ah non, je venais juste pour savoir si vous cherchiez un cuistot.
- Vous cherchez du travail à cette heure-là ?
- Y a pas d'heure, et puis j'ai eu raison puisque vous êtes là.
- Oui, mais le patron n'est pas là, il faudra revenir en journée monsieur.
J'ai voulu lui forcer un peu le pas.
Mais il ne veut pas partir.
- Vous voulez une chambre ?
- Non ça va, je vais rester là.
- Soit vous prenez une chambre, soit vous partez.
- Je vais prendre une boisson au bar.
- À cette heure-là le bar est fermé, monsieur, on ne sert que les clients de l'hôtel.
- Allez je vous raccompagne.
Je pose ma main sur son dos dans l'idée de le pousser vers la sortie.
Il a réagi nerveusement.
- Hé, on ne me touche pas ! Qu'il me dit.
- Je ne vous ai même pas touché, je vous demande juste de sortir.
- Non, mais je suis bien ici.
Bon, j'ai pas voulu l'énerver, il me paraissait trop bizarre.
Il fallait que je travaille, que j'aille à la plonge de la cuisine, mais je ne voulais pas le quitter des yeux.
Je commence à me déplacer.
- Vous allez où ? Qu'il me fait.
- J'ai du travail moi.
- Ok allez-y, moi je reste là.
Il se prend pour qui lui ?
- Vous restez là, vous ne bougez pas ?
- Non, non, je bouge pas.
J'ai fait ce que je devais faire.
J'ai fait vite, mais il a disparu, je ne le vois plus. Soit il est parti dans les chambres, soit il se promène dans le couloir des salons.
J'ai allumé les lumières pour ne pas être surpris, mais il a quand même réussit.
Il s'est glissé derrière moi pour se montrer discrètement.
Putain il m'a foutu les jetons. Je sais pas d'où il sortait en plus.
Du coup, on est resté au bar.
J'avais une bouteille d'eau en verre d'1,5 litre à portée de main, au cas où.
S'il s'approche: BLA BLA BLA dans la gueule !
Et là, il est devant moi, il me raconte sa vie que je n'écoute pas vraiment, et il me dit:
- Mais je suis guéri.
Quoi, il est guéri de quoi, j'ai pas suivi. J'ai pas envie de lui faire répéter.
Il sort une feuille de sa poche.
- Je suis guéri, c'est marqué là. C'est le médecin qui l'a dit. C'est ma feuille de psychiatrie, mais y a rien à craindre, je suis guéri.
En effet, y a rien à craindre... non non... rien du tout. Je reste plutôt sceptique.
Je crois qu'il s'est trompé sur le diagnostic.
Et depuis, on reste assis face à face, lui sur un fauteuil, moi sur le canapé. Je lutte contre le sommeil.
Si je m'endors, il va me trucider. En plus, j'ai mal au ventre, j'arrête pas de lâcher des gaz. J'aurais pas dû manger la peau du poulet.
Je dois aller aux chiottes, mais si je le laisse tout seul, je ne sais pas ce qu'il va faire, où il va aller, s'il m'attend à la sortie.
J'ai pas envie d'appeler les flics devant lui, il peut s'en passer des choses avant qu'ils arrivent.
Là je tweete en scred, il se doute de rien.
Mais putain, ça fait déjà 2H qu'il est là. J'ai bientôt le petit dej' à préparer.
Désolé pour l'attente, je vais bien, j'espère que vous ne vous êtes pas trop inquiété, ce n'était pas mon intention.
Mon téléphone n'avait plus de batterie, je n'ai pas ramené de chargeur.
Du coup quand le taf s'est terminé, je suis rentré chez moi pour dormir, tellement j'étais crevé.
Cette nuit m'a épuisé, ce fou furieux a pris toute mon attention, il a épuisé toute mon énergie.
Donc finalement, j'ai forcément été aux chiottes, j'en pouvais plus. C'est là que mon téléphone m'a lâché.
Je n'ai même pas pu appeler les flics avec, et j'étais bien dans la merde (au propre comme au figuré).
Quand j'en suis sorti, avec précaution, je me disais bien qu'il allait se passer quelque chose.
Déjà, en ouvrant la porte des toilettes, me disant qu'il m'attendait peut-être derrière le mur, j'avance lentement.
Ensuite, je passe la tête bien droite en regardant du coin des yeux dans ma vision grand angle. Rien OK.
Là juste devant, je vois le billard. Je repense à ce que m'ont dit les flics. Les boules !!!
Je me faufile le long du mur jusqu'à la réception en jetant des petits coups d'œil furtifs derrière moi.
Puis je me dirige vers le bar, derrière la réception, lentement pour voir si le psycho est bien resté à sa place derrière le mur.
Je continue ma progression, le mur dévoilant peu à peu son verso jusqu'à le révéler entièrement.
Le mec a disparu. Où a-t-il pu aller, le con ? Je commence par vérifier les petits recoins du bar.
J'ouvre la porte derrière le comptoir donnant sur le petit couloir entre celui des salons et la cuisine.
Je l'ouvre furtivement, comme le ferait un flic, pour surprendre le planqué s'il était derrière. Personne.
Je me faufile dans ce petit couloir m'installant contre le mur d'en face pour garder un œil sur le bar à travers l'encadrure de la porte.
Je respire un grand coup avant d'ouvrir délicatement la porte donnant sur le long couloir. Je m'éloigne un peu.
Dans ces moments-là, on a toujours l'impression que quelque chose va arriver par derrière, mais au moment de tourner la tête ...
... on se dit que finalement ça peut arriver de face, donc on est toujours entre deux feux à ne plus savoir où regarder.
Et d'un coup, comme pour conjurer la peur, je rentre dans le grand couloir en courant et en criant comme le ferait une bête affolée.
Je me plaque de dos contre le mur d'en face. Pivotage de tête droite/gauche. Personne. Silence.
J'écoute un éventuel déplacement, ou une ouverture de porte. Aucun bruit, si ce n'est le craquement du toit ou le vent.
Je retourne dans le petit couloir, fermant la porte derrière moi. Puis au bar, fermant la deuxième porte.
Je reviens à la réception. Je regarde la porte d'entrée qui est fermée de l'intérieur. Donc il n'est pas sorti.
Pas par cette porte en tout cas. Il a pu explorer l'hôtel en allant peut-être dans les chambres. Aucunes clefs ne manquent.
Je vais devoir inspecter tout le bâtiment de fond en comble.
Il m'a dit qu'il cherchait une place de cuistot. Si ça se trouve il est descendu dans la cave pour le tuer et prendre sa place.
Ou alors il veut peut-être prendre la mienne. C'est moi qu'il va tuer en fait, comme ça une place se libère.
Je commence par inspecter la salle de resto, puis les cuisines, ensuite je descends dans la cave non sans inquiétude.
La cave n'est pas rassurante, les néons clignotent en faisant ce bruit d'araignée piégé dans un bocal dont les pattes cognent les parois.
Le plafond est bas, l'air insipide avec une odeur de renfermé, un bruit assourdissant d'une machine frigorifique.
Je ne sais pas comment les employés font pour dormir ici. Une salle de pause sans fenêtre pour le personnel, une réserve fermée à clef ...
... et deux chambres se situant sous la salle de resto. Visiblement, personne ne se cache ici, allez, je remonte vite.
Il me reste les salons et les étages à inspecter. Je commence par les étages. Je cours vite fait dans les escaliers.
Je commence par le deuxième étage. Placé au milieu, je scrute des deux côtés de ce couloir aussi long que celui des salons.
Je descends à l'étage inférieur pour y faire de même. Chaque couloir est terminé par une sortie de secours.
Je ne m'y aventure pas, elles donnent sur l'escalier extérieur.
Je termine par le rez-de-chaussée très rapidement.
Il ne me reste plus que les salons. Mais le problème, c'est qu'en me déplaçant d'un bout à l'autre, lui-même peut se déloger,
... passer par les portes, les couloirs ou contourner un mur. Impossible de le trouver. Il est peut-être rentré dans une chambre ...
... pour tuer un client. Mais je ne le saurais pas avant de partir. Il est là caché quelque part, il peut sortir à n'importe quel moment.
Vers 6H30, après avoir préparé le petit déjeuner en pleine angoisse, je vois les flics arriver. Les 4 mêmes que tout à l'heure.
Je suis soulagé, je leur raconte l'histoire et je leur demande de vérifier les salons et tout le reste.
Rien. Ils n'ont rien trouvé.
Il doit être bien caché, en train de nous observer par une fente, un interstice, une fissure, retenant sa respiration,
... prêt à me sauter dessus quand les flics partiront. Je ne sais pas où il est, mais finissant mon travail, je suis rentré chez moi.
S'ils découvrent un cadavre dans cet hôtel, ils m'en informeront.
En tout cas ce soir je ne travaille pas, je vais pouvoir dormir tranquille. Demain je commence l'école de ciné, ça va me changer les idées.
D'ici le week-end prochain, il sera parti... j'espère.