Chapitre 1 :
Les premiers rayons du soleil perçaient à travers les arbres, baignant la clairière d'une lueur douce et dorée. Diane, perchée sur une vieille branche d'un chêne centenaire, observait silencieusement les mouvements gracieux de la nature autour d'elle. Elle avait toujours trouvé un étrange réconfort dans cet endroit isolé, où elle pouvait se retrouver seule avec ses pensées. Mais ce matin-là, elle n'était pas venue pour réfléchir. Elle attendait.
Un bruissement de feuilles la fit sourire. Elle n'avait pas besoin de regarder pour savoir que c'était lui. Ses pas, bien qu'alerte et légers, étaient immédiatement reconnaissables. Il avait toujours une façon particulière de marcher, comme s'il portait déjà sur ses jeunes épaules les lourdes responsabilités de sa destinée.
« Tu es encore en train de rêvasser, Diane ? » lança-t-il d'un ton moqueur tout en s'approchant.
Elle leva les yeux pour rencontrer son regard et lui fit un sourire amusé. Il se tenait là, un peu essoufflé, les cheveux ébouriffés et les joues rosies par sa course. Il semblait déjà si fort, même à cet âge. Sa présence lui donnait toujours cette étrange sensation de chaleur dans la poitrine, une étincelle d'émotion qu'elle n'arrivait pas tout à fait à comprendre ni à contrôler.
« Je t'attendais, c'est tout, » répondit-elle, un brin provocatrice. « Si quelqu'un ici prend son temps, c'est bien toi. »
Il plissa les yeux, l'air faussement vexé. « Si je savais que tu me voulais à tes côtés si tôt, j'aurais couru plus vite. » Ses yeux brillaient de malice.
Elle leva les yeux au ciel pour masquer son embarras. Chaque échange entre eux se déroulait comme une danse soigneusement chorégraphiée, où chacun connaissait parfaitement son rôle, ses répliques et même ses silences. Elle était son amie la plus proche, sa confidente, sa partenaire de jeu. Mais elle savait que pour lui, elle n'était rien de plus que cela. Un sentiment amer qu'elle tentait de refouler à chaque fois qu'il s'immisçait dans son esprit.
Ils passèrent des heures à parler et à rire ensemble, partageant des histoires, des espoirs, et des rêves. Il rêvait de devenir un jour un chef respecté, de protéger leur meute et d'honorer l'héritage de ses ancêtres. Elle, quant à elle, ne parlait jamais de ses rêves. Elle craignait qu'ils révèlent ce qu'elle tentait de cacher au plus profond d'elle-même.
L'après-midi avançait doucement quand il se tourna vers elle, une étincelle dans les yeux. « Aujourd'hui, c'est le jour où mon père va m'annoncer officiellement comme son successeur. Je serai officiellement l'alpha en devenir. »
Diane sentit son cœur se serrer, un mélange de fierté et de tristesse s'installant en elle. Bien sûr, elle savait que ce moment arriverait. Depuis qu'ils étaient enfants, tout le monde savait qu'il deviendrait un jour l'alpha. Mais aujourd'hui, ce rêve prenait une dimension réelle, une dimension qui laissait entrevoir un futur où elle resterait à jamais dans l'ombre, toujours proche sans jamais être tout à fait à ses côtés.
« Alors, tu seras bientôt un grand chef, hein ? » dit-elle en essayant de garder un ton léger, même si sa voix trahissait une pointe de mélancolie.
Il fronça les sourcils, comme s'il sentait quelque chose d'inusuel dans son ton. « Eh, tu seras toujours là, Diane. Tu sais bien que je ne pourrai jamais y arriver sans toi. »
Elle lui sourit doucement, mais à l'intérieur, elle sentait une douleur sourde. Oui, elle serait toujours là pour lui. Elle avait toujours été là, prête à tout sacrifier pour lui, à taire ses propres désirs pour voir les siens se réaliser. Mais elle savait que, pour lui, elle ne serait jamais autre chose qu'une amie d'enfance, une complice.
Quand le crépuscule tomba, ils se dirigèrent ensemble vers le village de la meute, où la cérémonie se préparait. Des torches illuminaient l'endroit, et tous les membres se rassemblaient, un mélange d'excitation et de solennité flottant dans l'air. Diane resta en retrait, observant la scène avec un mélange de fierté et de résignation.
Le père du héros, un homme imposant au regard pénétrant, se tenait au centre, son fils à ses côtés. D'une voix forte, il annonça que son héritier, son digne successeur, prendrait bientôt les rênes de la meute. Le héros, son ami, son premier amour secret, avançait vers lui sous les acclamations. Diane applaudit avec eux, mais elle sentit les larmes monter malgré elle.
La foule scandait son nom, l'acclamant comme le prochain alpha. Il se tourna brièvement, et leurs regards se croisèrent. Elle se força à sourire, à lui montrer son soutien inconditionnel, même si elle sentait qu'elle s'effondrait intérieurement. Pour lui, elle était une amie précieuse, presque une sœur, et c'était tout ce qu'elle serait jamais. Elle l'avait toujours su, mais jamais la vérité n'avait semblé aussi cruelle qu'à cet instant précis.
Quand la foule se dispersa, elle resta en retrait, incapable de se mêler aux autres. Elle le regarda de loin, le cœur lourd. Il était entouré de sa famille, des anciens, des autres membres de la meute, tous lui témoignant un profond respect. Et elle, qui avait toujours été là, se retrouvait à observer cette scène d'une distance insurmontable.
Il la chercha du regard, et dès qu'il la vit, il s'excusa auprès de ceux qui l'entouraient pour la rejoindre. « Eh, pourquoi tu restes à l'écart ? Viens ! »
Elle baissa la tête pour masquer l'émotion dans son regard. « Je voulais juste te laisser profiter de ce moment avec ta famille. C'est un grand jour, après tout. »
Il sourit doucement, approchant une main de son épaule pour la serrer affectueusement. « Tu fais partie de ma famille, Diane. Tu as toujours été là pour moi, tu m'as soutenu. Ce moment est aussi pour toi. »
Elle sentit son cœur se réchauffer à ces mots, mais une petite voix intérieure lui rappelait qu'elle ne devait pas se laisser emporter. Elle ne devait pas espérer plus que ce qu'il lui offrait déjà.
Ils passèrent le reste de la soirée ensemble, discutant, riant et partageant des souvenirs d'enfance. Mais Diane savait qu'au fond d'elle, quelque chose avait changé ce jour-là. Un morceau de son cœur, fragile et brûlant d'amour pour lui, venait de se briser, doucement et silencieusement.
Lorsqu'il lui raccompagna chez elle, le silence s'installa entre eux. Elle sentait son cœur battre plus vite, comme si chaque seconde marquait un battement douloureux et désespéré.
« Merci pour tout, » murmura-t-il en la regardant intensément. « Je ne sais pas comment je ferais sans toi. »
Elle sentit les larmes monter à ses yeux et détourna le regard pour qu'il ne les voie pas. « Tu n'auras pas à te passer de moi, » dit-elle d'une voix étouffée. « Je serai toujours là. »
Alors qu'il s'éloignait, elle resta figée, le regard fixé sur son dos, réalisant avec une lucidité douloureuse qu'elle serait là, toujours, mais qu'il ne la verrait jamais autrement que comme cette amie loyale.
Chapitre 2 :
La lune brillait intensément dans le ciel étoilé, répandant une lumière argentée sur la forêt qui entourait le village. Diane était assise sur le porche de la petite maison qu'elle partageait avec sa mère adoptive, ses jambes croisées, les bras enroulés autour de ses genoux. Le doux parfum de l'herbe fraîchement coupée embaumait l'air, mêlé aux effluves d'un feu de camp lointain où les membres de la meute festoyaient en l'honneur de la nouvelle désignation du héros en tant qu'alpha.
Le cœur battant, elle attendait avec impatience son arrivée. Il lui avait promis qu'il viendrait, qu'ils partageraient un moment rien qu'entre eux, comme ils le faisaient lorsqu'ils étaient enfants. Ce moment, pourtant simple, la remplissait d'une excitation mêlée d'une angoisse sourde. Elle savait qu'en cette nuit de pleine lune, quelque chose d'irréversible pourrait se produire.
Enfin, elle aperçut son silhouette, se découpant dans la nuit. Il avançait d'un pas déterminé, mais son sourire éclatant trahissait une joie qu'il ne pouvait cacher. Diane se leva, le cœur battant. « Tu es en retard, » lança-t-elle d'un ton espiègle.
« Je savais que tu m'attendais. Comment aurais-je pu te faire attendre ? Ce serait un crime, » répondit-il en riant, sa voix résonnant comme une mélodie familière.
Ils s'installèrent près du feu, la chaleur des flammes contrastant avec la fraîcheur de la nuit. Tout en partageant des souvenirs et des rires, Diane sentit la tension dans l'air, une charge électrisante qui ne demandait qu'à exploser. Ils parlèrent de tout et de rien, des rêves d'avenir et des souvenirs d'enfance, mais un fil invisible les liait, un lien qui semblait promettre quelque chose de plus profond.
« Tu sais, » commença-t-il, le regard perdu dans les flammes dansantes, « devenir alpha, c'est plus que je ne l'avais imaginé. C'est une lourde responsabilité. » Il se tourna vers elle, ses yeux brillants de détermination. « Mais je suis prêt. Avec toi à mes côtés, je peux tout affronter. »
Diane sentit son cœur se serrer. Cette déclaration, aussi sincère qu'elle puisse être, faisait vibrer une corde délicate en elle. « Tu seras un excellent alpha, je n'en doute pas, » murmura-t-elle, sa voix tremblante. « Mais n'oublie pas que tu n'as pas besoin d'être seul. »
Il s'approcha un peu plus d'elle, comme s'il cherchait à briser la distance qui semblait les séparer. « Jamais, Diane. Je ne pourrais jamais te laisser seule. » Il marqua une pause, puis ajouta avec un sourire malicieux : « Tu seras toujours ma meilleure amie, ma confidente. »
Les mots lui brûlaient la langue. Comment lui dire qu'elle souhaitait être plus que cela ? Son cœur se serra à l'idée de devoir se contenter d'un rôle d'amie, alors qu'elle désirait tant être celle qui le soutiendrait en tant que compagne.
La conversation continua, mais la tension dans l'air devint palpable. Chaque regard échangé, chaque sourire partagé, les rapprochait un peu plus. La chaleur de ses mains, lorsqu'il effleura son bras, envoya un frisson dans tout son être. Ses pensées se mêlaient à la réalité. Et puis, dans un élan irrépressible, elle se pencha vers lui, les yeux plongés dans les siens, hésitante mais déterminée.
Il lui répondit par un sourire, comme s'il avait anticipé son geste. Elle prit son courage à deux mains et s'approcha encore, leurs lèvres se touchant timidement d'abord, puis avec une intensité qui la surprit. Le baiser se transforma en quelque chose de plus passionné, un mélange de désir et de tendresse. Diane avait toujours rêvé de ce moment, mais la réalité était bien plus puissante que tout ce qu'elle avait imaginé.
Lorsque leurs lèvres se séparèrent, le monde autour d'eux sembla disparaître. Leurs regards s'accrochèrent, et elle vit dans ses yeux un mélange de surprise et d'émerveillement. « Diane... » murmura-t-il, presque à voix basse.
« Je sais... Je ne voulais pas... mais je ne peux plus cacher ce que je ressens, » avoua-t-elle, la voix tremblante d'émotion. « Je t'aime, et j'ai toujours aimé. Cela me fait si mal de penser que je ne serai jamais plus que ta meilleure amie. »
Il se redressa, un air sérieux prenant place sur son visage. « Diane, je... »
« Attends, » l'interrompit-elle, sentant que le moment tournait. « Je sais que tu es devenu alpha, et cela change tout. Peut-être que cela ne devrait pas arriver. Mais je ne peux plus me mentir. J'ai besoin que tu saches. »
Il sembla réfléchir un instant, puis prit une profonde inspiration. « Je ne savais pas... Je ne sais pas quoi dire. » Son regard s'assombrit. « Je veux dire, tu comptes tellement pour moi. Mais... »
Une douleur profonde se fit sentir dans sa poitrine. Elle savait déjà où cela allait les mener. « Mais tu vas avoir une luna. Tu as des responsabilités qui te dépassent. » Les larmes affluèrent dans ses yeux, mais elle se força à rester forte. « Je comprends. »
Il se leva brusquement, faisant les cent pas, passant une main dans ses cheveux. « Ce n'est pas si simple, Diane. Je... j'ai toujours pensé que tu étais... tout. Mais maintenant, tout change. »
Elle se leva également, le cœur brisé. « Ne t'inquiète pas. Ce n'est pas ta faute. Je savais que ce moment viendrait. Je me contente juste de ce que nous avons. » Elle se força à sourire, mais les larmes sur ses joues trahissaient sa douleur.
Il s'arrêta devant elle, son expression tourmentée. « Je ne veux pas te perdre. J'ai besoin de toi dans ma vie. » Ses yeux brillaient d'une intensité qu'elle n'avait jamais vue auparavant.
Elle s'approcha de lui, prenant une profonde inspiration. « Je veux que tu sois heureux. C'est tout ce qui compte pour moi. » Leurs regards se croisèrent à nouveau, et elle sentit son cœur se fissurer encore un peu plus. « Nous devons rentrer. »
Ils firent le chemin du retour en silence, les mots trop lourds pour être prononcés. Diane marchait à ses côtés, mais le lien qui les avait unis semblait se dérober. Elle avait partagé un moment avec lui, un moment qui resterait gravé dans sa mémoire, mais cela ne suffirait pas. Les étoiles brillaient au-dessus d'eux, mais elles ne pouvaient apaiser la douleur qui grandissait en elle.
Le lendemain matin, le ciel était d'un bleu éclatant, mais cela ne faisait qu'accentuer la mélancolie qui pesait sur son cœur. Elle s'éveilla à la lumière du jour, le souvenir de leur nuit brûlante encore présent dans son esprit. Chaque détail, chaque geste, chaque sourire lui revenait en mémoire, et elle se sentit nostalgique, comme si elle avait perdu quelque chose d'irréversible.
Elle se leva et se prépara, se regardant dans le miroir. Ses yeux étaient rougis par les larmes, mais elle tenta de se convaincre qu'elle pouvait surmonter cela. Elle sortit pour prendre l'air, espérant que le vent frais balayerait ses pensées sombres.
Elle se dirigea vers la clairière, un endroit qui avait toujours été son refuge. La lumière du matin filtrait à travers les branches, et le chant des oiseaux résonnait autour d'elle. Mais cette fois, tout cela semblait vide, presque irréel. Ses pensées étaient accaparées par les événements de la veille.
Alors qu'elle atteignait la clairière, elle aperçut le groupe de la meute rassemblé autour de quelque chose. Une tension palpable flottait dans l'air, et elle sentit une inquiétude grandir en elle. En s'approchant, elle réalisa que c'était une cérémonie, un rassemblement en l'honneur d'un événement important.
Elle se fraya un chemin à travers la foule, son cœur battant à tout rompre. Et là, devant elle, se tenait un spectacle qui fit s'effondrer tous ses espoirs. Le héros, son héros, se tenait là, rayonnant aux côtés d'une jeune femme. Son regard, plein de fierté, se posait sur elle. Diane comprit, avec un choc glacial, qu'il ne s'agissait autre que de sa luna, celle qui avait été destinée à l'accompagner dans sa quête de leadership.
La douleur qui l'envahit était insupportable. Ses jambes faillirent, et elle dut se tenir à un arbre pour ne pas tomber. Ses mains se mirent à trembler, et elle sentit son cœur se déchirer en mille morceaux. Les murmures de la foule résonnaient autour d'elle, mais tout semblait lointain, comme si elle se trouvait sous l'eau.
Elle observa son héros, le regard admiratif de la luna, et une vague de jalousie et de tristesse l'envahit. Elle s'était battue pour lui, pour leur amitié, et maintenant
, elle était réduite à l'ombre de ce qu'elle avait espéré.
Elle recula, tentant de ne pas attirer l'attention. Les larmes roulaient sur ses joues, mais elle ne pouvait pas se le permettre. Elle devait être forte. Mais les souvenirs de leur nuit, de leur baiser, de leur promesse de toujours être là l'un pour l'autre, l'étouffaient.
Alors qu'elle s'éloignait, elle se sentit trahie par son cœur. Comment avait-elle pu croire que ce moment pouvait être le début de quelque chose de plus grand ? Elle avait toujours su que leur destin était scellé, mais son cœur avait refusé d'accepter la réalité.
Elle quitta la clairière, la douleur et la tristesse pesant sur elle comme une ombre, un rappel constant de ce qui aurait pu être, mais qui ne serait jamais. La nuit qui avait apporté de la chaleur dans son cœur était maintenant un souvenir douloureux, un rêve brisé au grand jour. Et là, dans la lumière éclatante du matin, elle se sentait plus seule que jamais.
Chapitre 3 :
Les jours passèrent, teintés d'une mélancolie insupportable. Diane se réfugiait dans sa routine, mais tout semblait dénué de sens. Elle s'était éloignée de la meute, se perdant dans le travail et la solitude. Le monde extérieur continuait de tourner, mais pour elle, le temps s'était arrêté depuis ce jour où elle avait découvert que le héros avait choisi sa luna.
Les rires et les célébrations qui résonnaient autour d'elle ne faisaient que renforcer son chagrin. Elle se tenait à l'écart des rassemblements, la tête pleine de souvenirs des moments qu'ils avaient partagés, mais aussi de la douleur qu'elle ressentait maintenant qu'elle savait qu'il ne lui appartenait plus. Chaque fois qu'elle croisait des membres de la meute, elle se forçait à sourire, mais c'était une façade fragile, prête à s'effondrer au moindre souffle.
C'était un après-midi lumineux, mais la lumière n'atteignait pas son cœur. Assise sur un banc dans le jardin de sa mère adoptive, elle observait les enfants jouer, leurs rires résonnant comme un écho lointain de sa propre enfance. Elle s'était souvent demandé si elle serait un jour heureuse, si elle trouverait l'amour, mais maintenant, tout cela lui semblait irréel.
Soudain, elle aperçut le héros au loin, entouré de la luna et de quelques membres de la meute. Son cœur s'emballa, mais elle détourna rapidement le regard. Pourquoi continuait-elle à se faire du mal en le regardant ? Elle savait que sa présence ne ferait qu'aggraver sa peine. Mais quelque chose l'attira, un besoin de comprendre, de voir de ses propres yeux ce qui se passait.
Elle se leva et se dirigea vers le groupe, chaque pas pesant comme une pierre. En s'approchant, elle sentit son cœur se serrer. Ils semblaient si heureux ensemble, sa luna souriant à pleines dents, tandis que lui affichait un sourire confiant. Elle s'arrêta, à quelques pas seulement, incapable de se résoudre à les interrompre.
« Nous avons des nouvelles à annoncer, » dit le héros d'une voix forte, attirant l'attention de tous. Diane retint son souffle, son cœur battant à tout rompre.
La luna, vêtue d'une robe blanche éclatante, se tourna vers lui, les yeux pétillants d'excitation. « Tu es prêt ? »
Il hocha la tête avec assurance. « Oui. Mes amis, je suis heureux de vous annoncer que je vais épouser ma luna. »
Le bruit des acclamations résonna autour d'eux, comme un coup de tonnerre dans son cœur. Diane se sentit vaciller, le monde autour d'elle se brouillant. Les larmes lui montèrent aux yeux, mais elle se força à ne rien montrer. Elle avait toujours su que ce jour arriverait, mais l'entendre de sa bouche était une vérité insupportable.
Elle recula lentement, le cœur lourd. Chaque mot prononcé par le héros résonnait dans son esprit comme une condamnation. Il était perdu pour elle, définitivement. La réalité était cruelle, et elle se retrouva à nouveau piégée dans cette spirale de douleur qu'elle avait tenté de fuir.
Les jours suivants, elle s'enferma davantage. Sa mère adoptive remarqua son changement, mais Diane ne pouvait pas lui parler. Que pouvait-elle dire ? Les mots restaient coincés dans sa gorge, un cri muet qui ne demandait qu'à sortir. Elle se perdait dans ses pensées, dans ses souvenirs, hantée par chaque instant passé avec lui.
Elle se leva un matin, se sentant encore plus fatiguée que d'habitude. La lumière du soleil perçait à travers les rideaux, mais elle ne trouva aucun réconfort dans cette chaleur. Se traînant jusqu'à la salle de bain, elle se regarda dans le miroir, scrutant son reflet. Elle était fatiguée, le visage pâle, les yeux cernés.
Soudain, un malaise l'envahit, une nausée soudaine qui la fit chanceler. Elle s'appuya contre le lavabo, se forçant à respirer profondément. « C'est juste le stress, » se murmura-t-elle. « Tu dois te reprendre, Diane. »
Mais les jours passèrent, et la fatigue ne disparaissait pas. La nausée s'intensifiait, et elle commença à ressentir d'étranges élancements dans son ventre. Paniquée, elle consulta sa mère, prétextant simplement un mal-être général. Sa mère, inquiète, lui conseilla d'aller voir la guérisseuse du village.
Diane se rendit à l'abri de la guérisseuse, son cœur battant à tout rompre. Elle entra dans la petite maison en bois, l'odeur d'herbes sèches l'enveloppant comme une couverture. La guérisseuse, une femme âgée aux yeux perçants, l'accueillit avec un sourire chaleureux.
« Qu'est-ce qui t'amène ici, ma chère ? » demanda-t-elle, son regard observateur scrutant le visage de Diane.
Diane hésita, puis finit par avouer : « Je me sens souvent malade, et je suis... fatiguée. » Elle baissa les yeux, sentant la honte l'envahir. « Je ne sais pas ce qui ne va pas. »
La guérisseuse hocha la tête, l'air compréhensif. « Viens, asseyez-vous. Je vais faire quelques examens. »
Diane s'installa, le cœur battant la chamade. La guérisseuse commença à poser des questions, prenant des notes et préparant des décoctions. Puis elle posa une main sur son ventre, fermant les yeux.
Après quelques instants qui semblèrent une éternité, la guérisseuse rouvrit les yeux. « Diane, il y a quelque chose que je dois te dire. »
Un frisson parcourut l'échine de Diane. « Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle, l'angoisse nouant son ventre.
« Tu es enceinte, » répondit la guérisseuse, son ton sérieux. « Je le sens. Tu attends un enfant. »
Les mots résonnèrent dans l'esprit de Diane, la laissant sans voix. Un mélange d'incrédulité et de peur s'empara d'elle. Elle secoua la tête, comme pour chasser cette nouvelle terrible. « Non, ça ne peut pas être vrai. Ce n'est pas possible. »
« Je ne me trompe jamais, Diane, » assura la guérisseuse, son regard compatissant. « Prends le temps d'assimiler cela. Je vais te donner des tisanes pour t'aider, mais tu dois être prudente. »
Diane sortit de la maison en bois, l'esprit en ébullition. Elle erra dans le village, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit d'autre que cette nouvelle. Un enfant. Était-ce vraiment possible ? Elle se sentit soudain prise d'un mélange de terreur et de joie. L'idée de devenir mère l'effrayait autant qu'elle l'excitait. Mais la réalité de sa situation s'imposa à elle. Cet enfant serait le fruit d'un amour inachevé, un enfant qui grandirait sans connaître son père.
Elle s'assit sur un banc dans le parc, la tête entre les mains, essayant de trouver du sens à tout cela. La douleur dans sa poitrine se mêlait à une étincelle d'espoir. Peut-être que cet enfant serait une nouvelle chance pour elle, une façon de se reconstruire après cette perte. Mais la pensée de devoir affronter le héros, de lui dire qu'elle était enceinte, lui causait un malaise profond.
Les jours suivants furent marqués par une lutte intérieure. Elle se sentait perdue, tiraillée entre le désir de lui dire la vérité et la peur de le blesser. La lune montait dans le ciel, et chaque pleine lune la rappelait à la promesse d'un amour partagé, désormais devenu une réalité douloureuse.
Elle évita de croiser le héros, se cachant derrière des excuses et des obligations. Mais l'absence de sa présence ne faisait qu'accentuer son chagrin. Elle s'isolait de plus en plus, se concentrant sur son travail, sur la préparation de l'arrivée de l'enfant.
Une nuit, alors qu'elle était allongée dans son lit, elle se mit à rêver de lui. Dans son rêve, il la tenait dans ses bras, son sourire éclatant illuminant la pièce. Ils riaient ensemble, et pour un instant fugace, tout semblait parfait. Mais au moment où elle s'approchait de lui, il se détournait, laissant place à l'image de sa luna, riant et dansant à ses côtés.
Diane se réveilla en sursaut, les larmes aux yeux. C'était une douleur insupportable, un tiraillement entre le passé et le présent, entre ce qu'elle désirait et ce qu'elle savait être la réalité. Elle savait qu'elle devait parler au héros, qu'elle devait lui dire ce qu'elle avait découvert, mais la peur de sa réaction la paralysait.
Chaque jour était un combat, une lutte pour accepter ce qui était en train de se passer. Alors qu'elle se regardait dans le miroir, elle se rendait compte qu'elle était bien plus forte qu'elle ne l'avait jamais cru. Elle portait en elle une vie, un symbole d'un amour perdu, mais également un espoir pour l'avenir