-faites-là sortir de cette propriété immédiatement, avait hurlé Arturo à l'un de ses hommes.
-vous êtes sûr de ce que vous demandez patron, je crains que vous ne le regrettiez plus tard.
il le foudroya du regard et ce dernier baissa la tête. il n'aimait pas quand on lui faisait des remarques sur ses décisions et surtout que celle-là était purement personnelle donc personne n'avait son mot à dire. il ne prêta aucune attention à son garde et quitta le hall pour se retrouver sur la terrasse où était son frère.
il avait envie de se défouler et l'envie de reprendre son ancienne lui revenait à chaque fois car avec ça au moins, il avait de quoi passer du bon temps entre sang et hurlements de ses victimes.
-tu es sûr de ce que tu es en train de faire Arturo? je ne voudrais pas que tu le regrettes plus tard. cette femme t'a beaucoup aidé et aujourd'hui tu es plus un homme qu'un mafieux alors tu crois que tu dois faire ce que tu es sur le point de faire?
-vous avez quoi à tous me poser cette question? cette femme m'a trompé et qu'elle soit encore heureuse du fait que je lui ai pas tiré une balle dans la tête pour compenser son infidélité alors si quelqu'un a bien les couilles pour me faire une remarque, que cette personne ait le courage de m'affronter.
Dario ne dit plus rien et vit que l'homme qu'il voyait désormais en face de lui n'était plus Arturo mais plutot le mafieux qu'il était quelques années plus tôt. il garda son silence vu qu'il rêvait encore de construire une famille donc il n'avait pas du tout le courage de se faire tuer.
-précisez-lui de signer les papiers du divorce avant de s'en aller.
-c'est à ce point?
-je t'ai demandé de te taire Dario, je n'hésiterai pas à te balancer mon poing dans la gueule et tu sais parfaitement que j'en suis capable.
rangeant ses affaires avec les larmes qui ne cessaient de couler le long de ses joues, Camila se demandait ce qu'allait devenir sa vie loin de cet homme qu'elle aimait plus que tout. elle l'avait rencontré à son entreprise lorsqu'elle s'y était rendue pour un travail mais ça n'avait jamais été facile surtout lorsqu'elle avait découvert qu'il était un mafieux; elle l'avait aimé et accepté ainsi mais sauf que lorsqu'ils se sont mariés, Arturo avait décidé de tout quitter pour avoir une famille sans encombre et sans problème. après une belle nuit d'amour où elle n'avait pas cessé d'hurler son nom entre des gémissements dû à la puissance des orgasmes que lui procurait cet homme, il était carrément en train de lui demander de quitté son domicile comme s'il ne s'était jamais rien passé entre eux; elle voulait elle aussi comprendre cette histoire mais à le voir, il n'était pas disposé à en parler.
-madame, il demande aussi que vous n'oubliez pas de signer les papiers du divorce.
elle se demandait à quel moment est-ce qu'il avait pu contacter son avocat mais vu ses antécédents de mafieux, ce n'était certainement pas difficile. elle espérait qu'il reprendrait ses esprits très vite et se calmerait mais vu qu'il lui avait demandé le divorce, elle venait de perdre tout espoir.
lorsque son sac fut prêt, elle sortit de leur chambre sans oublier de laisser sa bague qui valait une fortune. elle passa devant le garde qui avait lui aussi une mine triste.
lorsqu'elle traversait la terrasse, elle vit le regard triste de son beau frère. elle savait que Dario pouvait faire quelque chose si Arturo était du genre à vouloir écouter mais cet espoir était aussi vain. Enzo n'était même pas là pour l'aider et cette affaire allait être un calvaire total pour elle.
-tu peux garder la bague, tu pourras la vendre afin de survivre encore quelques jours en espérant que ton amant ait de l'argent pour pouvoir t'offrir cette vie que tu avais avec moi.
elle encaissa son insulte comme une douche froide mais c'était juste impossible qu'elle réplique quoi que ce soit vu qu'elle avait de la chance de partir avec l'esprit dans sa chaire.
elle traversa son portail tout en sentant son cœur se comprimer. elle était sûre que c'était la toute dernière fois qu'elle entendait parler de cet homme aussi terrifiant que la mort mais c'était son amour et elle l'aimait comme ça.
-je pense que tu vas le regretter un jour Arturo.
-un ex-mafieux regretter? ne te fous pas de moi et d'ailleurs, j'avais abandonné la mafia parce que je voulais offrir une vie digne à cette fille mais j'ai constaté que je me suis trompé alors je compte reprendre mes activités.
-et tes entreprises légales tu en fais quoi?
tu sais parfaitement la vraie définition de la mafia Dario. ça n'a rien d'illégal mais sauf que je ne mélange pas ces activités avec ma vie d'homme d'affaire.
Trois ans plus tard, Camila ne pensait plus qu'elle pouvait remettre les pieds en Sicile et pourtant elle était là, prête à confronter l'ex-mafieux qui n'était autre que son ex-mari. Elle n'avait plus jamais entendu parler de lui depuis qu'il l'avait mis à la porte vu qu'il avait menacé de lui arracher la vie si jamais elle revenait mais à ce stade de sa vie, elle n'avait plus de choix que de lui faire face. Tout ne dépendait plus d'elle.
Debout devant cette entreprise, Camila sentait des frissons parcourir tout son corps, elle sentait froid et chaud tout d'un coup et ressentait une envie de faire demi-tour pour rentrer chez elle mais elle était contrainte de saisir son courage et pénétrer dans ce gratte-ciel. Trois ans plus tôt, jamais elle n'aurait imaginé y mettre pied vu ce qui s'était passé mais là, elle était obligée pour assurer sa survie et celle de son bébé.
Elle avait demandé au Père Gérémia, un ex-mafieux qui par miracle s'était converti de lui trouver un travail mais aucune entreprise n'était prête à la recruter sur le coup et elle n'avait nul autre choix que d'aller vers le grand Arturo, l'homme qui autrefois ne la rendait point indifférente.
Ça lui faisait tellement mal de revoir ce mal dominant après tant de temps, elle espérait juste que le fait de penser que tout était déjà enfouie en elle soit vrai dès lors qu'elle sera désormais en face de lui. Elle aurait tout donner pour ne pas mettre pied dans cet endroit mais les propos du père Maurice lui revenait encore dans la tête.
"Camila chérie, tu n'es plus seule désormais pour vivre au jour le jour, pense à Andrea, c'est une enfant et tu sais bien que la maladie ne prévient pas, tu as besoin de ce boulot et qu'est-ce qui te fais croire que Arturo ne s'est pas marié après trois ans? Pense juste à ta fille, tu dois travailler". Elle aurait pu balayer ces paroles d'un revers de la main dans le vent mais non, elle avait désormais un enfant sous sa responsabilité et elle était seule, donc elle n'avait pas droit à l'erreur. Elle ne pouvait pas nier le fait qu'elle avait eu mal lorsqu'il avait évoqué le fait que son ex-mari pouvait être marié.
Elle finit par se convaincre que c'était pour la bonne cause et vérifia son tailleur. Après avoir soufflé un bon coup, elle entra dans le bâtiment et rien n'avait changé même après trois ans constata t-elle. Elle revit encore quelques faces qui lui étaient familières et comme un petit éclair brusque, une minime partie de l'histoire lui revint encore en tête. Elle ne put s'empêcher de se dire qu'il était encore peut-être temps pour elle de s'enfuir mais pour aller où ? Décidément cet homme avait encore gagné.
Elle prit l'ascenseur et par moment, elle souhaitait qu'il n'arrive jamais a cet étage sélectionné quitte à tomber en panne. Plus les secondes passaient, plus elle sentait cette boule se former au tréfonds de son être. Elle avait cru qu'avec ce qu'elle avait vécu les deux dernières années, elle était devenue une femme capable de tout maîtriser mais non, sa situation du moment lui montrait qu'elle avait tout faux et que cet homme restait toujours sa faiblesse ce même sans l'avoir vu, elle paniquait déjà.
Seul le clic de l'ascenseur lui annonçant qu'elle était arrivée à destination la fit sortir de ses pensées. Elle s'empressa de sortir avant qu'il ne la ramène à son lieu de départ. Connaissant parfaitement les lieux, elle n'eut point besoin de l'aide pour arriver devant ce massif de bois noir qui jusque là n'avait non plus changé.
La porte étant entrouverte, elle ne sut s'il fallait encore frapper ou entrer tout d'un coup, elle resta planter devant la porte hésitante lorsque la voix grave d'Arturo résonna de l'intérieur.
"Pas besoin de te donner toute cette peine". Avait-elle entendu.
Malgré cette phrase prononcée avec un semblant de calme, la colère tranchante de cet homme ne passa point inaperçue. Terrifiée à l'idée de rencontrer Arturo de cette nuit là, elle hésita encore sur ce qu'elle voulait car voir cet homme la regarder avec haine fut la chose la plus déstabilisante de toute sa vie. Malgré tous ces sentiments qui ne cessaient de créer le doute en elle, elle finit par entrer sous des pas sourd la tête baissée.
-Bienvenue chez Lombardi Construction.
Que répondre après une phrase aussi sèche sans suite? Même lever la tête fut encore plus difficile et elle la garda baissée. Ce fut un moment de silence qui s'ensuivit, un moment pendant lequel elle entendit cet homme souffler, sans doute d'exaspération.
-Vas-tu garder la tête baissée toute la journée ou bien tu vas la lever et me parler de la raison de ta venue.
Tout doucement, elle leva la tête et comme elle n'avait pas prévu, son regard s'ancra dans celui de l'homme. Pendant un moment, elle pouvait lire ce sentiment... Non, ne pouvait-elle pas croire, il la regardait avec ce regard d'il y a quelques années, chose qu'elle n'en croyait pas. Lorsqu'elle ferma les yeux pendant un moment pour comprendre, c'est à cet instant qu'elle ne comprit plus rien quand elle les ouvrit. Son regard était devenu si dur et ses pupilles reflétaient de la haine. Des frissons lui parcoururent tout le corps, elle n'en pouvait plus de voir cet homme continuer de la tenir pour coupable après ce qui c'était passé. Des larmes lui montaient aux yeux et elle baissa instinctivement la tête pour éviter de montrer sa faiblesse.
Comment réagir après tant de temps, elle était là devant lui après tout ce temps. Il ne pouvait pas nier ce sentiment qui l'habitait toujours malgré ses nombreuses luttes pour l'oublier, elle avait encore embelli et pris des rondeurs, ce qui la rendait encore plus parfaite au physique, il voulait l'attirer dans ses bras et la serrer tellement fort pour tout ce temps passé éloigné l'un de l'autre mais jamais il n'avait oublié ce qu'elle lui avait fait.
Une femme à qui il avait tout donné, de l'amour, de l'attention, de l'affection, du matériel et qu'il avait même quitté sa vie au sein de la mafia pour elle mais visiblement, elle semblait ne point être satisfaite.
Il avait fait l'erreur quelques jours plus tôt, après son envie de la regarder avec tendresse mais lorsque les images de cette nuit lui revinrent à l'esprit, il ne put sentir que du dégoût à son égard. Il était condamné à devoir la voir chaque jour après les supplications du père Gérémia mais sans lui, jamais il ne lui aurait accordé ce poste.
Elle était là, en face de lui la tête baissée et il savait très bien qu'elle était à deux doigts de pleurer mais cela lui importait peu. Il n'aimait pas la voir aussi faible mais là à cet instant, il s'en fichait royalement d'elle et de ses ressentis. D'un mouvement rapide, il contourna son bureau et alla lui agripper sans aucune douceur les bras. Un cri de douleur ne put s'empêcher de sortir de ses douces lèvres qui sans le nier, Arturo se retenait très fortement pour ne pas les capturer avec le siennes.
- Le... Le père Gérémia... Avait-elle tenté.
- oui a plaider pour ta petite personne qui d'après lui reste inoffensive. Ah les femmes, vous ne cesserez jamais de m'étonner. Jamais je n'aurais imaginé que tu aies encore une once de courage de te pointer ici mais là, J'avais tort. Tu es bien là ma petite princesse, tu es là, devant moi, sans aucune gêne après ce que tu m'as fait. Y a-t-il un mot supérieur au courage pour qualifier cela? Oui je pense, tu as du cran Cam, oui tu en as madame.
-je... Je ne...
- tu quoi? Je te hais t'entends? Je te hais comme on a jamais haï personne, tu me dégoûte plus que tout le sais-tu ? Non. Je te laisse ce poste juste pour le père Gérémia car je ne comprends même pas comment est-ce qu'une femme comme toi a encore besoin du travail.
Ne pouvant supporter ces accusations de nouveau, elle décida de s'en aller toute convaincue que le fait de s'être aventurée dans cet espace n'était qu'une erreur. Elle savait bien que sa réaction ne pouvait être autre que celle qu'il avait eu à son égard. Même malgré les Années passées, rien n'avait changé pour eux deux. Elle avait encore des sentiments pour lui et lui, il la détestait encore plus. Une chose qu'elle ne pouvait plus changer.
Actionnant ses pas, elle arriva très vite dans le couloir sans manquer de tomber sur une dernière personne à laquelle jamais elle ne se serait attendue de voir mais heureusement que l'ascenseur était déjà ouvert, elle s'y engouffrait attendent patiemment qu'il commence à déscendre.
Une fois au rez de chaussée, elle ne regarda pas par où elle allait, tout ce qu'elle voulait c'était fuir pour toujours cet endroit qui jamais ne serait plus chaleureux comme à ses débuts de travail lorsqu'elle s'y rendait. Aucune distance n'existait entre l'amour et la haine avait-elle compris. Cela avait l'impression d'être un seul mot déguisé, et qu'il fallait juste une tierce pour que les masques tombent afin que le vrai visage ne se présente. Ils s'aimaient si fort mais à ce jours datant de trois ans, elle l'aimait toujours pourtant lui non.
Auteure : Fayole Goumgang Wamba.