Prologue.
«...Toi et moi c'est pour la vie...pour la vie...et a jamais nous sommes unis par ce lien sacre... ne l'oublie jamais Melo... »
Je me levais presqu'en sursaut du lit... encore cette phrase qui me hantait depuis un bout de temps, mais jusque dans mon sommeil à présent pensais-je...
-hum soupirais-je à la fois triste et pensive.
Je me retournais quelques secondes plus tard et regardais le chevet du lit... je regardais SA photo... SA photo que j'aurai normalement du enlever de ce chevet du lit, mais que je n'avais pas pu faire. J'avais encore besoin de la voir...j'avais encore besoin de sourire en voyant cette photo a mon réveil.
Je pris la photo dans mes deux mains et la contemplais d'un air rêveur avant de la serrer très fort contre moi... un acte qui pouvait paraitre débile pour certains, mais je n'avais pas pu m'en empêcher. J'avais d'ailleurs l'impression de pouvoir le sentir en le faisant...le sentir près de moi-même s'il n'était plus la...
-Je t'aime...je t'aime tant mon amour...si seulement je savais murmurais-je
Je restais ainsi près de deux minutes avant de redéposer ce cadre contenant sa photo. Juste à cet instant je sentis mon téléphone vibrer. C'était un message.
Sourire ? Pleurer ? En lisant ce message qui était sous mes yeux ? Je ne sais pas...j'avais juste peur en fait et pour une fois je ne savais vraiment pas quoi faire. J'étais totalement perdue et me demandais ce qui allait arriver à présent.
Trente minutes à cogiter mais toujours sans vraiment une bonne réponse ou une voie pour m'éclairer. Je regardais encore cette photo puis l'horloge a cote qui affichait vingt-trois heures.
Je m'allongeais juste sur le lit et prenais ma peluche que je serrai fort contre moi avant de dormir a nouveau ou plutôt essayer de le faire car le sommeil n'était pas vraiment au rendez-vous aujourd'hui, mais il le fallait parce que demain était un jour ouvrable et j'irai au boulot...
Toc Toc...
-oui c'est ouvert répondis-je
-bonjour miss ça va ? me demanda-t-elle l'air de rien
Si ça allait ? Je ne sais pas vraiment mais je voulais juste donner cette réponse qu'on donne généralement même si en réalité ça ne va pas. D'ailleurs même si j'étais supposée le dire ouvertement je ne pourrai pas car je ne suis pas du genre a me confier ou parler de mes soucis. Pourquoi me demanderiez-vous peut-être ?... je ne sais pas, je ne suis juste pas de ce type de personne qui embête les autres avec leurs nombreux problèmes ou soucis dans lesquels on s' est mis tout seul.
-oui ça va et toi ?
-bien, bien fit-elle en avançant pour m'aider avec la fermeture de ma robe que j'avais du mal à fermer
Je la laissais donc faire calmement
-ça ne coute rien de me demander de l'aide au moins pour ça, si ? demanda-t-elle une fois qu'elle eut fini
-Aïcha... commençais-je sachant ce qu'elle insinuait
-c'est bon t'inquiètes... je ne suis pas venue pour faire palabre ou te forcer à me parler. Je suis juste venue te dire que je filais au boulot
-.........
-à ce soir ma chérie me dit-elle avant de quitter ma chambre
Je la regardais qui s'éloignait jusqu'à ce qu'elle ferme la porte derrière elle. Je pris place sur le lit et soupirai en regardant la porte qui s'était fermée il y'a quelques secondes derrière Aïcha, cette fille gentille et pleine de générosité qui je sais n'appréciait pas mon comportement et le fait que je ne partage pas ce qui me ronge avec elle, c'est ce qui fut la cause de notre petit échange désagréable hier ou je ne m'ouvrais pas à elle qui me demandait ce que j'avais comme problème pour être si triste...
Je dois avouer qu'elle et moi on a jamais eu d'écart de langage, un problème, une dispute ou ce genre d'échange auparavant a part cette nuit d'hier. On s'entend plutôt bien, et pour moi en fait c'est suffisant pour des colocatrices qui vivent ensemble depuis presque trois mois seulement...
-ce n'est pas tout...il faut t'apprêter me dis-je a moi-même comme pour me faire sortir de mes pensées, car oui, je me voyais déjà voyager dans le passe ou je me retrouvais deux semaines plus tôt ou même plus en fait.
Prenant mon sac une fois après m'être légèrement maquillée, je sortais de la chambre pour la salle a manger afin de prendre mon petit déjeuner. J'avais encore du temps devant moi. Contrairement à Aicha je commençais le boulot a huit heures. Je quittais donc la maison dix minutes plus tard.
Alors que je garais ma voiture dans un coin de l'entreprise mon téléphone se mit a sonner.
C'était mon père...cet homme que j'aimais de tout mon cœur et qui peut-être ne serait plus la dans ce monde... mon cœur se serra douloureusement dans ma poitrine alors que cette pensée me traversait l'esprit.
J'étais certes une grande fille et longtemps devenue indépendante mais j'ai toujours autant besoin de mon père a mes cotes et ne plus l'avoir me ferait juste perdre tout repère. Je le savais et le sentais tous les jours.
-allo papa
-ma fille, bonjour
-bonjour papa. Comment vas-tu aujourd'hui?
-bien mais ça devait mieux aller si tu m'avais réveillé quand tu es arrivée ici afin que je puisse te voir
Je souris. J'étais consciente que me voir allait lui faire du bien comme il le dit souvent mais quand je l'ai vu tout a l'heure a l'hôpital en train de dormir, je n'ai pas voulu le déranger.
Ca faisait pratiquement deux mois que mon père était hospitalisé, deux mois que je me rendais tous les jours à l'hôpital avant de venir au boulot le matin ou pendant la pause et aussi le soir avant de rentrer à la maison...
-tu sais que le docteur a dit que tu dois te reposer et qu'on ne doit pas te déranger surtout quand tu dors...
-hum...c'est ce qu'ils disent tous depuis mais est-ce que cela change quelque chose a mon état? Il faut me laisser te voir tous les jours car peut-être que demain je ne serai...
-papa... l'interrompis-je pour ne pas qu'il termine même sa phrase
J'étais moi-même consciente qu'il pouvait partir a n'importe qu'elle moment mais je n'aimais pas quand il le disait...bien qu'un peu pessimiste de nature, une partie de moi espérait qu'il guérirait.
-pourquoi tu ne me laisses pas finir de parler me dit-il
-parce que je ne veux pas revenir la dessus...tu es trop pessimiste papa, les docteurs ont dit que tu t'en sortira bientôt, ou bien tout ce que tu veux en réalité c'est mourir?
Il resta silencieux et ne dit aucun mot. Ce fut ce silence qui me fit comprendre que j'avais hausse le ton mais sans vraiment le vouloir
-je suis désolée papa
-ce n'est pas grave...je comprends...je sais que tu as peur Nstele...
Je souris malgré tout en l'écoutant m'appeler ainsi. Lui seul m'appelait par ce nom du village que m'avait donné sa mère a ma naissance, elle est morte quand je n'avais que sept ans à l'époque ou moins, je ne sais plus, mais je garde de très beaux souvenirs de cette dernière...nous parlâmes encore quelques minutes avant que je ne monte les marches de l'entreprise...
-bonjour Madame Nzeli...
-oui bonjour Mercia répondis-je alors que je partais dans mon bureau
Madame Nzeli, c'est comme ça qu'on m'appelait ici à mon lieu de travail ou je suis DRH. Un métier que je regrettais souvent de faire car je n'avais pas toujours le bon rôle dans cette entreprise ou je travaille depuis bientôt un an mais je n'y pouvais rien, je n'avais pas eu le choix que celui de poursuivre ces études-là à cette époque ou d'ailleurs tous pleins de choses se sont passées, des choses qui me rattrapaient a présent...des choses que moi Melodie Orlane Nzeli aimerai partager avec vous aujourd'hui sous forme de récit...
Chapitre 1: La vie de chez nous
-AHHHHH...aieeee...PAPA...snifff...PAPA
-qu'est-ce qu'il y'a Ngabou ?
-je me suis blessée papa...la houe...aie...j'ai mal...je me suis blesséehhhh snifff...
- attends-moi là-bas dit-il aussitôt en se précipitant vers elle
Ma pauvre petite sœur pensais-je en regardant papa qui s'éloignait pour la rejoindre de l'autre cote du jardin avant moi aussi de faire autant...
-non papa ne me mets pas les feuilles la s'il te plait ça pique dit ma sœur en retirant son pied
-roh donne le pied ici fit mon père en attrapant son pied en même temps
-ca va faire mal, mets autre chose, pas ça...sniff...aieee...aie criait-elle en pleurant alors que papa la soignait a base des feuilles qu'il avait cueillit dans un coin du jardin
La blessure était assez profonde, on pouvait apercevoir la chair blanche. J'en avais des frissons. C'est à peine si je supportais la voir se torturer sous la douleur que procurait non seulement cette plaie mais aussi les gouttes de ces feuilles que mettait papa dans la plaie avant de frotter les feuilles...
-maintenant reste juste comme ça, ne bouge pas ton pied dit mon père au bout de dix minutes lorsqu'il eut terminé de soigner la blessure avant de s'éloigner pour reprendre avec la plantation...
Une journée de Samedi qui avait déjà mal commence me dis-je au fond de moi en regardant ma petite sœur qui reniflait de douleur...
Ah ! Si seulement on vivait dans de meilleures conditions... elle n'a que huit ans ma sœur, juste huit ans, et elle est déjà obligée de faire les champs avec nous.
-calme-toi...ça va aller d'accord
-j'ai mal yaya...j'ai mal dit-elle d'une voix tremblante
Elle était si jeune, si petite...Oh Dieu ! Comme j'aurai aimé pouvoir nous sortir de cette galère dans laquelle nous vivons depuis toujours. Mais comment ? Par où commencer ?
Je voulais tant aider ma petite famille que nous sommes et nous assurer un bel avenir, épargner ma sœur de passer par tout ce calvaire dans lequel j'ai vécu, mais je ne voyais aucune issue de secours, vraiment aucune...
Ici au village bien qu'unis c'est un peu chacun pour soi de ce cote, surtout pour des gens qui vivent dans les lieux recules comme nous car tous souffrons et nous battons pour survivre. On peut s'entraider dans quelques petites choses ou la nourriture quand l'autre en manque mais pas tous les jours non plus étant donne que chacun a sa propre famille à gérer.
-tu vas ou ? me demanda ma sœur alors que je me levais brusquement des herbes ou nous étions assises
-je reviens...je vais uriner lui répondis-je avant d'aller assez loin d'elle
Je me mis derrière l'avocatier et essuyais les larmes qui coulaient le long de mon visage déjà...oui c'est pourquoi j'avais préféré me lever, je ne pouvais pas pleurer devant elle. D'ailleurs normalement je ne versait pas de larmes car il me fallait être forte pour ma famille mais là je n'avais pas pu m'en empêcher. J'avais senti ces larmes monter en moi alors que je la regardais souffrir avec cette blessure qu'elle s'était faite à cause de nos conditions de vie...
-ô maman...maman tu nous manques tant. Peut-être que tout serait différent si tu étais restée près de nous... Ngabou n'allait peut-être pas être obligée de nous aider au champ et en plus si jeune...elle est si fragile maman...dis-je
Ma douce et tendre mère, comme elle me manquait. Il ne se passait pas un jour sans que je ne pense à ma mère. Elle s'appelait Annie... Annie... je n'ai eu le plaisir de vivre près d'elle que pendant quatre ans...juste quatre ans... j'étais encore si jeune quand elle nous quitta.
Ça faisait à présent huit ans qu'elle n'était plus, mais elle me manquait toujours autant comme au premier. Il ne nous restait plus que notre père. Cet homme grâce a qui aujourd'hui nous les enfants parlions au moins un peu la langue française car ce dernier s'était battu jusqu'au bout afin qu'on puisse pouvoir intégrer l'école publique, il refusait que nous puissions être comme lui c'est -a-dire illettré ne parlant juste que la langue maternelle.
-ya Orlane, qu'est-ce que tu fais ici?
Heureusement que j'avais séché mes larmes depuis un bon petit moment et que j'étais juste dans une profonde réflexion. Je me retournais vers mon frère...mon petit Christopher ...le jumeau de Ngabou connu ici sous le nom de Ngapika car c'est ainsi qu'on appelle un jumeau chez nous. A l'aine, c'est-à-dire celui qui est sorti le premier on donne le nom de Ngapika et a celui qui vient en dernière position on donne le nom de Ngabou...
-je...je...j'étais venue me soulager en fait... tu as pu livrer les légumes ?
-oui sinon je ne serai pas la...mais on peut dire que j'ai eu de la chance car Tantine Henriette sortait déjà, elle m'a blâme pour mon retard mais après elle a pris... voici l'argent
-hum fis-je
Les gens qui ont les moyens la se prennent vraiment trop, ils n'ont pas de considération pour les autres et pensent que le fait que nous soyons pauvre fait de nous des esclaves ou des machines qui devraient toujours répondre présents dès qu'ils sonnent... Cette dame au nom de Henriette était bien une bonne cliente a nous mais elle se la pétait juste trop...mais bon, elle avait ce que nous n'avions pas comment ne pas...
-regarde ta sœur...elle dort hein ?...oh fainéante...lève-toi cria Ngapika alors qu'on marchait et qu'il aperçut Ngabou sous l'arbre
Elle dormait...c'est clair que c'était de douleur... Ngapika aimait taquiner sa sœur jumelle ainsi car de nous tous c'est elle qui avait du mal à s'adapter à cette vie que nous menions...elle se plaignait souvent et disait vouloir vivre comme les autres enfants de l'autre village ou l'on partait parfois prendre de l'eau au bord de la rivière. J'étais toujours triste quand elle parlait ainsi mais je lui faisais comprendre que nous notre vie c'était ça et qu'elle devait juste s'y faire comme nous, même si c'était difficile et surtout ne pas envier les autres.
- donc malgré mes cris elle ne se réveille pas....OH FAINE...
-Ngapika arrête...elle ne se sent pas trop bien
-hum comme toujours hein ! Moi aussi je vais commencer a faire comme elle ici...
-elle s'est gravement blessée tout a l'heure avec la houe...
Il se tourna vers moi puis courut vers elle. Je le regardais qui s'était accroupi près d'elle. J'arrivais enfin a leur limite. Elle dormait toujours malgré le fait que son frère tenait légèrement son pied...
-je vais repartir travailler dis-je a l'avis de Ngapika qui ne bougeait pas et avait juste le regard porte sur le pied de Ngabou...
Il acquiesça juste d'un geste de la tête sans détourner le regard. Je repartais donc a mes occupations et essayais de chasser toutes les pensées qui fourmillaient dans ma tête depuis tout a l'heure...
-comment va-t-elle me demanda mon père alors que je passais vers lui
-je ne sais pas trop...elle dort en fait...
-hum soupira-t-il...souvent je m'en veux de vous faire vivre tout ca...c'est de ma faute si...
-papa ce n'est pas de ta faute l'arrêtais-je. Si on ne t'aide pas comment allons-nous survivre ? A toi seul, tu ne peux pas faire tout ça...
-......
-Ngapika est de retour, il a pu livrer les légumes...elle en demande encore pour la semaine prochaine mais exige qu'on soit à l'heure cette fois-ci
-tchuiiipppp fit mon père...comme c'est en bicyclette qu'on se déplace, elle a raison...tchuipp...une mauvaise femme comme ca
Hum ! C'est toujours ce qu'il disait mon père, et j'étais bien d'accord avec lui mais seulement c'était la cliente qui nous rapportait plus d'argent. Ce que cinq ou six personnes nous offrait en achetant nos légumes ou autres plantation elle nous les offrait a elle toute seule.
Mon père repris à planter et je continuais mon chemin pour continuer mon travail...il me fallait finir de planter les cinq autres rangées avant le coucher du soleil.
La journée passa très vite et le soleil finit par se coucher mais il nous restait trois sillons a planter encore mon père et moi. Ngapika s'était joint a nous afin qu'on finisse vite...
Nous rentrâmes des champs aux environs de dix-neuf heures car non seulement le chemin entre la maison et notre chantier était loin mais aussi parce qu'on prenait assez de pause a cause de papa qui portait Ngabou surtout que ce dernier boite déjà de nature...on faisait donc des tours pour porter la petite...
-Ngapika allume le bois pour moi s'il te plait pendant que je vais laver Ngabou
-d'accord Yaya
Je rentrais dans notre petite case puis m'abaissais vers Ngabou et la remuais tout doucement car elle s'était endormie une fois de plus...
-viens je vais te laver comme ça tu pourras manger et dormir...
-je suis fatiguée Yaya dit-elle les yeux mis-clos...la plaie fait mal
-je sais mais tu dois te laver...papa va encore te soigner, il a ramené les feuill...
-non je ne veux pas commença-t-elle en pleurant...je ne veux pas qu'il me mette les feuilles la encore sinon je vais mourir...
-il ne faut pas dire ça Ngabou...tu ne vas pas mourir. Les feuilles la sont celles qui soignent mieux et aussi rapidement...
-....
-viens, je vais te laver... Ngabou ? Insistais-je car elle ne bougeait pas
Elle se redressa en pleurant, puis je la débarrassais de ses vêtements. Une fois l'avoir lave, je l'aidais à s'habiller puis allait vérifier le reste de la nourriture d'hier qui était au feu avant de préparer le plat de demain soir.
-bon appétit dis-je alors que nous étions tous assis sur la natte pour partager le repas
-merci répondirent-ils tous
Je les regardais qui mangeaient avec appétit, surtout Ngapika. Il avait l'air de quelqu'un qui n'avait pas mangé depuis des lustres. Nous n'avions normalement droit qu'à un seul repas par jour, mais parfois on prenait deux quand la récolte était bonne et qu'on payait toutes nos marchandises mais c'était un peu rare quand même...
-Nstele pourquoi tu ne te joins pas a nous ? Me demanda papa
-comme je n'avais pas faim j'ai laissé ma part dans la marmite. Je mangerai après
-ah okay... mais je ne comprends pas comment tu n'as jamais faim alors que c'est le seul vrai repas que l'on a de la journee
-les fruits du champ me remplissent le ventre en fait, j'en ai assez mange dans l'après-midi
-okay...mais il faut manger. J'ai meme l'impression que tu as maigri
Ce n'est pas une impression, j'ai effectivement maigri car comme aujourd'hui je m'etais privee de nourriture. Oui tout a l'heure j'ai menti, c'est toute la nourriture qui était le bol, elle était déjà si petite que je préférai les laisser manger...cette nuit je me contenterai de manger la canne-à sucre avant de me coucher...
Ils finirent de manger, se nettoyèrent les mains alors que je mettais le bol dans le coin de la case ou on gardait nos petites histoires de cuisine.
-Ngabou...
A peine mon père eut prononce son nom quand qu'elle se mit a pleurer...oui elle savait que s'était pour se faire soigner...mais je voyais mon père calmement, il avait vraiment l'air épuisé rien qu'a voir ses yeux...
-mais Ngabou pourquoi tu pleures ? demanda-t-il
-mais tu vas encore me mettre les feuilles la...ça fait très mal papa dit-elle en pleurant
-je sais mais on doit le faire dit-il en prenant les feuilles qui était dans la casserole tout en baillant
Je savais bien qu'il était fatigue mon père
-papa... laisse je vais faire. Va te coucher, tu as l'air fatigue...
-tu es sur ?
-oui répondis-je...tu as besoin de repos
-merci beaucoup maman dit-il en se levant. Bonne nuit les enfants
-merci papa. Dors bien répondîmes-nous
Je pris donc la relève et voyais Ngabou qui essuyait ses larmes a la vue des feuilles. J'avais mal de la voir souffrir ainsi mais il n'y avait pas d'autres moyens pour la soigner. Cinq minutes plus tard je m'avançais donc vers elle alors qu'elle avait déjà enfui son visage contre le torse de son frère, ce dernier lui serrait la main tandis que je versais la, la première goutte provenant des feuilles que j'avais écrasé...trente minutes plus tard, elle s'était calmée...
Je leur racontais donc comme tous les soirs une a trois histoires, et ils s'endormirent l'un contre l'autre sur leur natte. Je les couvrais avec un pagne et les regardais pendant de bonnes minutes ainsi avant moi aussi de me coucher car demain était dimanche et il me fallait être debout a cinq heures...
Chapitre 2: A la rivière
Cocorico Cocorico...
-pas déjà murmurais-je en me retournant
Cocoricoooooooo Cocoricooooooo
Hum le coq la aussi hein ! Je me redressai puis regardai mes cadets à ma droite. Ils dormaient encore...tout comme papa d'ailleurs remarquais-je alors que j'allongeais ma tête pour voir de l'autre cote.
Je sortais de la case et regardais le ciel. Hum il était effectivement cinq heures, ce n'est pas pour rien que le coq la faisait son bruit qui d'ailleurs me réveillait tous les jours.
Prenant le balai de brindille dans un coin de la case, je me mis à balayer la cour. Une fois que j'eus finis je prenais le gobelet puis ma liane afin de me brosser les dents...
-Nstele tu es déjà debout entendis-je mon père murmurer en se redressant alors que je déposais le gobelet
-oui papa...c'est dimanche aujourd'hui
-hum fit-il pensif
-Ngapika va chauffer l'eau a son réveil et faire le Mboita pour ce matin (lecteur congolais de dire le mboita c'est quoi en français moi je ne connais pas deh LOL)
-....
-je le lui ai dit hier... bon je vais a la rivière faire la lessive puis puiser l'eau.
Il soupira juste puis s'allongea sur sa natte.
Je sais que s'il y'avait possibilité il m'aurait dit de rester a la maison, mais qui allait laver nos quelques vêtements ? Demain c'était lundi et tous étions supposés aller à l'école. Mes cadets étaient tous les deux au CP 2... oui pour les huit ans qu'ils avaient ils faisaient la classe de CP2 au lieu de CE 1 car le semestre passe, ils n'étaient pas parti à l'école, faute d'argent.
Le revenu que l'on avait eu ce semestre la n'était suffisant que pour une personne et donc papa avait décidé que ce soit moi qui puisse continuer les cours.
« Toi tu es assez avance et en plus l'ainée. Ta réussite est la nôtre car plus vite tu finiras, plus vite on sortira peut-être de cette galère dont laquelle nous vivons. Nous espérons en toi » m'avait dit mon père.
Oui pour mon père c'était assez clair que c'est moi qui pourrais peut-être sortir mes cadets de cette vie que nous menons, j'étais pour lui comme le chemin. Je voulais tellement qu'il en soit ainsi...mais ici au village même si tu finis les études en fait, il y'a juste trois pour cent de chance sur cent que tu puisses travailler ou même que tu sois sélectionner par l'état pour continuer les études en ville. Je croisais juste les droits pour que l'un des deux marche pour moi. Il me fallait réussir, il me fallait réussir au moins pour ma famille.
-yaya tu vas laver les habits a la rivière entendis-je Ngabou dire alors que je passais avec la cuvette des habits
-oui fis-je en me baissant vers elle tout en passant ma main sur son cou
Toute la nuit elle était brulante, j'avais dû me réveiller près de trois fois afin de lui faire une tisane et mettre un habit humide dur don front. J'étais sur que c'était du a cette plaie...elle était encore un peu brulante remarquais-je triste
-donc je ne vais pas avec toi à la rivière aujourd'hui Yaya?
-tu n'es pas en forme Ngabou et tu le sais. Reste donc couché... toi et moi on ira la semaine prochaine.
-mais est-ce que je vais déjà guérir ? La plaie va finir? J'ai très très mal a la tête dit-elle en me regardant toute triste... Yaya je vais guérir ?
-bien sûr que oui, surtout si tu te laisses soigner comme une grande sans bouder ...n'est-ce pas que tu es grande ?
-oui Yaya...
Je lui fis un sourire qu'elle me rendit puis me levais, mon père était juste calme sur sa natte en train de nous observer. Je suis que dans sa tête il y'avait déjà tous pleins de pensées et même aussi de regret. Je connaissais assez bien mon père pour lire sur son visage et même dans ses yeux.
-à tout à l'heure dis-je tout doucement à l'avis de Ngabou et papa
Ils me répondirent tous les deux par un sourire puis je sortis de la case avec les deux cuvettes que j'avais superpose. Près de quarante minutes plus tard j'arrivais à la rivière. Il y'avait déjà quelques personnes qui avait même déjà commence à faire la lessive et la vaisselle. Ca causait déjà de partout tout en travaillant.
-Mboria be (bonjour à vous) dis-je alors que j'arrivais vers eux devant la rivière
-Mboria we hein (bonjour à toi aussi) répondirent-ils tous
Généralement les gens du village faisaient la vaisselle le samedi mais comme je n'aimais pas trop être en présence de trop de gens et que je faisais les champs les samedis en famille, je venais les dimanches pour faire la lessive et la plus part de temps je me retrouvais presque seule a la rivière. J'aimais ça en fait, rester toute seule dans mon coin dans un petit calme, si bien que je n'avais pas d'amis, mais je m'entendais avec tout le monde. Pour moi c'était ça le plus important. Sourire avec tout le monde et rester polie comme me le disait toujours papa.
-Comment se porte la famille me demanda l'une des femmes du village
-tout le monde va bien répondis-je poliment
Elle me sourit puis continuait de faire sa vaisselle. Hum fis-je en moi-même « tout le monde va bien », comme si c'était vrai. J'espérai juste que Ngabou allait déjà beaucoup mieux.
Il est bien vrai que les cours débutaient ce lundi mais je doute qu'elle puisse pouvoir y aller à moins qu'elle ne soit plus brulante mais là aussi je devrai donc la porter jusqu'à l'école. La durée du trajet entre l'école et le village était d'une heure au maximum. J'avais un peu hâte de pouvoir commencer les cours car je passais en classe de sixième.
Je déposais donc mes deux cuvettes et ne tardais pas à me mettre au boulot. Comparée aux autres que je trouvais ici et qui je sais allait bientôt quitter la rivière, je n'avais pas trop d'habits à laver car déjà on n'en a pas assez. La plupart des habits que j'avais à nettoyer ce matin étaient les dons que nous avons reçus le vendredi matin.
Chaque année surtout quand l'on approchait de la rentrée scolaire, les gens du village qui vivaient dans de meilleures conditions envoyaient les articles qui ne leur servaient plus. On en recevait souvent de la ville aussi comme avant-hier vendredi. Il y'en avait vraiment assez pour tout le monde. Nous étions tous heureux de pouvoir avoir de nouveaux habits.
On nous avait annoncé ce même jour que d'autres habitants de la ville comptaient venir en visite ici et nous apporteraient aussi de la nourriture. J'étais si contente et espérais qu'on aurait au moins quelque chose de bon. Comme on pourra manger le matin et le soir... la dernière fois que nous mangeâmes ainsi remontait à onze mois. La vie est si dure...si dure...
-aaaaaaaaaaahhhh lome pugue we maza hein (je vais aussi te mouiller) entendis-je un enfant dire en riant et criant tout aussi bien
Je relevais ma tête. Il y'avait des enfants dans l'eau qui s'amusaient dans la rivière tandis que d'autres les rejoignaient dans l'eau complètement nus comme des vers. J'aimais particulièrement ce moment et cette vue. Je pensais a Ngabou et Ngapika qui en temps normal allait être tous les deux dans l'eau de la rivière en train de s'éclabousser et rire aux éclats...mais bon...ce n'est pas le moment de penser mais de travailler...
-ma fille on se voit dimanche me dit une femme du village dix minutes plus tard
-d'accord tantine
Tous ceux que j'avais trouvés ici étaient à présent partis, certaines personnes venaient mais juste pour faire la vaisselle et prendre de l'eau... d'autres se lavaient aussi un peu plus loin.
-bonjour entendis-je dans mon dos près de cinq minutes plus tard
-oui bonjour répondis-je en continuant de laver les habits
J'avais fini avec ceux de papa, Ngabou et Ngapika, il ne restait plus que les miens que j'avais entame depuis un bon petit moment et étais déjà sur le point de finir.
-vous saluez quelqu'un en retour sans même vous retourner ?
C'est vrai ça en plus. Il n'a pas tort, pourtant je sais bien qu'on ne salut pas quelqu'un en retour sans le regarder...mais j'étais tellement pressée de finir la lessive...en plus celui me parlait en français contrairement a tous ceux qui étaient la.
-je m'excuse dis-je donc en me retournant vers lui. Bonjour
Il me sourit juste. C'était un beau garçon remarquais-je mais son visage ne m'était pas vraiment familier. Pas que je connaissais tout le monde dans le village mais je connaissais en fait ceux-là qui se rendaient à la rivière. Et pour quelqu'un du village il était bien habille quand même. Il devait faire partie de ces gens riches là ou d'un autre village...Bref ! Peu importe, ce ne sont pas mes oignons...
Je me retournais et continuais donc ma lessive. Je sentais son regard sur moi mais je faisais celle qui ne voyait rien. Mais au bout de cinq minutes je craquais, il était toujours debout et me regardait avec insistance...
-y'a-t-il quelque chose que je peux faire pour vous ? Demandais-je gentiment
-peut-être bien... me permettre d'être votre ami...
Hein ? Il sort d'où celui-là?
-...d'ailleurs arrêtons même de nous vouvoyer...
En plus il parle si bien la langue française avec un bel accent. C'est clair que c'était un gosse de riche...ce n'est pas tout le monde qui parlait bien cette langue ici, moi je la parlais car j'ai appris dur et longtemps. Les gens du village trouvait cela si difficile et même un peu inutile si bien qu''ils se lassaient vite d'apprendre le français.
-pourquoi se tutoyer si on ne se connait pas ? Fis-je donc
-on va faire connaissance en fait dit-il en avançant vers moi. Je me nomme Eric et vous ?
Je le regardais stupéfaite. Qui lui a dit que j'avais besoin de faire connaissance avec lui ? Moi les amis je n'en voulais pas. Je suis bien comme je suis en plus papa dit toujours que l'amitié entre une fille et un garçon n'existe pas. Que je devais être prudente car j'étais devenue une « femme ».
-Excusez-moi, mais je ne suis pas intéressée répondis-je poliment avant de me remettre à travailler
-vous êtes si belle l'entendis-je dire
Je me retournais puis le dévisageais de bonnes minutes. Hum encore les garçons qui cherchent les filles là ? En tout cas je suis habituée à ça, c'est fréquent ici et je sais toujours quoi faire d'eux...
-vous n'êtes pas venu ici pour faire de la causette, si ?... je ne sais pas pour vous mais moi j'ai du travail. Ce serait gentil de votre part de me laisser poursuivre ma tâche...
-quel caractère, même pas un tout petit merci pour le compliment ?
Si je n'étais pas polie, je l'aurai renverse l'eau de la rivière depuis, je n'aimais pas qu'on m'indispose ou me dérange quand je travaille, ca me rend nerveuse, surtout par un fils de riche...ces gens sans cœur qui pensent que nous les pauvres sommes leurs esclaves ou ne valons pas la peine...
-ce n'est pas grave dit-il en prenant place près de moi alors que je ne lui donnais aucune réponse
-je ne vous ai pas invité à prendre place près de moi le fis-je remarquer poliment
-c'est quoi ton prénom ma biche
Ma quoi ? Que je suis un animal maintenant?
-Rebecca ?, Sophie...non peut-être bien Angelica car tu es comme un ange...
-......
- je t'aime déjà tu sais
-......
-... je peux faire de toi ma femme si tu veux, surtout que je cherche deja...
-bon sang vous ne pouvez pas me laisser tranquille ? M'énervais-je presque sous tout ce bruit qu'il faisait depuis un bon moment. J'ai du travail à terminer moi
-oh doucement là. Ce n'est pas comme si je te veux du mal... tu n'es même pas aussi belle que ça et tu devrais peut-être te trouver chanceuse qu'un homme comme moi prenne la peine de t'approcher dit-il en se levant tout en faisant mine de s'épousseter
Que y'avait quelle poussière sur lui ? Ou bien il ne s'assied pas sur la pierre dans son village là-bas ? Tchuipp, homme gonfle comme ça... Je savais seulement, les gens riches sont remplis d'orgueil mal place, et puis il me parle de chance soit disant parce qu'il est venu vers moi...
-je n'ai pas demandé à ce que vous puissiez venir vers moi. Maintenant laissez-moi, et allez-vous faire des amies ou vous trouver une femme de votre rang, car moi, jamais vous ne m'aurez pour l'un ou l'autre.
Il me sourit...c'était un sourire plein d'arrogance.
-ah bon ? On verra bien dit-il d'un air de défi avant de se retourner et partir
On verra quoi ? Tous les autres garçons du village m'avaient déjà fait sortir celle-là, donc je n'avais pas peur de lui... je finissais de faire la lessive. Puis remplissais la cuvette d'eau...
Ngapika était supposé être la déjà pour prendre le linge que j'avais nettoyé. C'est toujours ce qu'on faisait car je ne pouvais pas porter et le linge et la cuvette d'eau.
Au bout de quinze minutes d'attente je décidais donc de me mettre en route pour la case...je mis la cuvette d'habits sur ma tête et commençais donc à marcher, a peine je fis quatre pas que j'aperçue Ngapika au loin. C'est mon frère donc même à des kilomètres je ne peux que le reconnaitre...surtout dans sa grande marinière qu'il portait la...
-ya Orlane cria-t-il en courant des qu'il m'aperçut ... Ya Orlaneeeeehhhh ...ehhh Yayaaaaa...
Le ton sur lequel il m'appelait puis cette manière de courir m'interpellèrent. Sa voix paraissait même enrouillée. Je hâtais mes pas avec la cuvette que j'avais sur moi...
Quand la distance qui nous séparait n'était plus assez longue, je remarquais des larmes sur son visage. Mon cœur se mit à battre a l'instant alors qu'il continuait de crier mon nom. Je déposais vite la cuvette à terre et courrais vers lui en disant
-Ngapika qu'est-ce qu'il y'a ? Qu'est-ce qui ne va pas
Il s'arrêta devant moi, sa respiration était haletante, il transpirait de partout...
-Ngapika dis-je en le secouant par les épaules, y'a quoi ? Pourquoi tu pleures ?
-c'est Ngabou...elle...est...sniff... Ya Orlane...sniff...elle...
Non pas ma sœur... pas ma petite sœur...
-elle est quoi Ngapika ? Demandais-je le cœur battant alors qu'il pleurait et reniflait en même temps
Chapitre 3 : La ceremonie
«...Elle...elle est en train... de mourir, papa ne sait pas quoi faire »...
« Elle est en train de mourir»... «...mourir »
J'entendais cette phrase retentir dans ma tête comme s'il y'avait de l'écho, elle sonnait et résonnait dans ma tête alors que je courrais comme une folle en direction de la case oubliant même mon frère derrière moi.
La seule pause que j'eus à prendre fut quand j'arrivais devant la parcelle, ma respiration était très forte et haletante, ma gorge était tellement sèche que j'avais l'impression d'étouffer et manquer d'air en meme temps mais je ne fis pas attention et forçait de marcher car mes pieds étaient tout faible et ne me portaient presque plus.
Je remarquais qu'il y'avait des gens autour de la case, lorgnant depuis le dehors l'intérieure. J'eus peur tout d'un coup, ce genre de rassemblement autour d'une case il y'en a que quand il y'a un très grand problème, un décès ou une maison en feu...
Je pensais alors que le pire était déjà arrivé, mais je me retenais de pleurer malgré la peur qui me remplissait, me faufilant dans ce monde qui était regroupe je longeais ma tête et voyais Ngabou qui tremblait de partout alors que son corps était raide et sa respiration irrégulière.
Je rentrais donc totalement dans la case et allait plus pres d'elle. Il y'avait juste papa qui a ma grande surprise ne faisait rien.
-papa qu'est-ce qu'elle a demandais-je en m'agenouillant vers elle.
Son teint était bleuâtre, je me sentis trembler à l' instant ne comprenant pas ce qui se passait. C'était ma première fois de voir une telle chose.
-mais qu'est-ce que vous faites encore tous ici entendis-je une voix de dame dire. La personne que je vois encore autour de cette case ou même de cette parcelle, je la bloque pour toujours ici ajouta-t-elle d'une voix menaçante
Je reconnaissais cette voix. Je la connaissais parfaitement bien, c'était celle de maman Helenga, celle qui avait fait...accoucher maman...celle qui...qui avait tenté de maintenir maman en vie mais avait échoué pensais-je douloureusement.
Elle s'approcha avec toutes formes de feuilles et d'herbes qu'elle déposa près de Ngabou sans même me porter un regard me faisant juste signe de m'eloigner.
-j'ai fini avec la maison, je passe a ta fille dit-elle en notre langue maternelle avant de maintenir fermement la tête de Ngabou
Finit avec la maison ? Qu'est-ce que ça voulait dire? J'avais envie de parler mais n'arrivais pas. Je n'arrivais pas à dire un mot surement parce que j'étais sous le choc... voir ma sœur avec ce teint bleuâtre était non seulement traumatisant mais me glaçait aussi carrément le corps.
Pendant dix minutes papa et moi étions non loin de maman Helenga qui avait fermé les yeux tout en murmurant des choses à peine audible. Quelques secondes plus tard elle les ouvrit puis se mit à verser des trucs sur le corps de Ngabou et parlait une langue différente de celle du village...tantôt c'était un peu comme du charabia tantôt cela paraissait être une autre langue... J'en étais confuse
-papa que fait-elle lui demandais-je... et qu'est-ce qu'elle dit ?
Mais mon père resta silencieux et regardait juste fixement Ngabou. C'est à ce moment que Ngapika arriva...je l'avais vraiment oublie derrière, le pauvre était essouffle.
-ah voila dit-elle en se retournant vers Ngapika avec un léger sourire...viens, viens te mettre à cote de ta sœur et ferme les yeux en la tenant fort. Les choses iront plus vites ainsi continua-t-elle de dire en notre langue maternelle que je croyais être la seule langue qu'elle parlait car c'était bien la seule langue parlée dans le village.
Ngapika la regarda d'un air étonné, se tourna vers moi puis papa qui regardait Ngabou de la même manière. Ça devenait inquiétant.
-tu viens ou tu préfères que ta sœur jumelle puisse mourir?
Sans même attendre une seconde de plus Ngapika alla s'agenouiller près de Ngabou et fit ce que demandait la femme. Tous les deux fermèrent les yeux. Voir tout cela me mettait mal à alaise sans trop savoir comment et pourquoi.
Elle reprit a parler je ne sais quelle langue puis prendre les feuilles qu'elle versait, elle faisait tout un tas de chose sur ma sœur.
Au bout de cinq minutes je vis le corps de Ngapika se raidir puis Ngabou se calmer avant que n'ouvre Ngapika les yeux en se tenant le front. J'avais l'impression d'avoir manqué un épisode, pourtant tout se passait devant moi.
Ma sœur s'était certes calmée mais nous regardait comme si elle ne nous connaissait pas. Elle nous regardait avec étonnement, comme si elle se demandait qui nous étions. Je pris peur à l' instant et partais vers la femme...
-qu'est-ce que tu lui as fait demandais-je donc affolé...c'était quoi tout ce que tu disais et ces trucs que tu lui crachais dessus
-....
-Ngabou ? Ngabou tu m'entends ? Ngapika tu m'entends ?
-oui répondit ce dernier en s'assaillant calmement mais l'air un peu lointain
Je le regardais un petit moment puis me retournais vers ma sœur alors que papa regardait à présent maman Helenga en froncant les sourcils.
-Ngabou dis-je en la touchant tout doucement, est-ce que tu m'entends ?
-Ngabou ? fit-elle dans un murmure, toi tu es qui ?
-eh tara meh fis-je en me tenant la tête...pa...papa qu'est-ce qui se passe ?
-calme-toi un peu enfin dit maman Helenga d'un air las... ton père ne peut pas parler pour l'instant, ta sœur a juste perdue connaissance, mais elle ira mieux bientôt. Elle faisait une crise « d'épilepsie », on va appeler ça comme ça, comme c'est ce qu'ils veulent nous faire croire, et j'ai arrêté ça, elle pouvait en mourir si je n'étais pas arrivée à temps
-épi quoi? C'est quoi ça ?...
-ton père va t'expliquer si tu veux mais plus tard...moi j'ai pleins d'autres choses a faire me répondit-elle avant de se lever et demander à mon père de la suivre dehors
Je vis alors mon père se lever avec peine tout en tenant son pied et marcher en le tenant, poussant des petits gémissements de douleur. Je ne comprenais plus rien. Je ne sais pas pourquoi mais je me levais quelques secondes plus tard et partais dans un coin de la cabane ou je pouvais les apercevoir.
La dame remettait des trucs a papa, plus une bouteille remplis de quelque chose qui ressemblait a une poudre grise, puis une autre ou il y'avait une substance verte. Elle renversa quelque choses autour de lui puis lui donna quelque chose a marcher qu'il cracha quatre fois dans quatre direction de la cour, à sa gauche, à sa droite, derrière et devant...
-ya Orla...
-chut fis-je en me retournant vers Ngapika pour lui demander de rester calme parce que je voulais écouter ne fus qu'un petit truc car mon père parlait enfin.
-Ngabou, elle m'a reconnu...
Je me retournais vers mon frère puis me précipitais vers eux...
-Ngabou, tu me connais ?
Elle fronca les sourcils puis parut triste un moment.
-mais oui Yaya, comment je ne vais pas te connaitre ?
-.....
-pourquoi vous me demandez ça?
-.......
-et puis j'ai faim... continua-t-elle de dire l'air de rien
Je la regardais sans rien comprendre, mais au bout de quelques secondes je me dis que ce n'était pas la peine de chercher a comprendre maintenant.
-tu n'avais pas fait le Mboita comme je t'avais demande ? Demandais-je a Ngapika
-si, on a tous mange ça le matin...
-d'accord ou est ma part ?
-là-bas dit-il en désignant du doigt
Je l'envoyais chercher mon bol puis redressais légèrement Ngabou contre moi pour lui donner à manger, elle paraissait fatiguée malgré tout... Ce ne fut que dix minutes plus tard que vint mon père, mais les mains vides. Ou étaient donc ses choses que maman Helenga lui avait remises ?
Il vint vers nous puis pris place sur la natte près de nous avant de demander à Ngabou comment elle se sentait.
-papa qu'est-ce qui s'est passe tout à l'heure ? C'était quoi tout ça ?
Il me regarda puis soupira juste. Etait-ce une réponse ca ?
-papa ?
-je vais tout expliquer mais après Nsele.
Je n'étais pas du tout d'accord sur le fait qu'il me demande d'attendre, car tout ce que j'avais vu m'intriguait. Trente minutes plus tard je quittais la case avec mon frère pour la rivière. Ngabou allait mieux et je l'avais soigne sa plaie que je croyais fortement être la cause de son état quand mon frère m'annonçait qu'elle mourrait, mais il y'avait apparemment autre chose...
Une fois a la rivière, mon frère récupéra la cuvette d'habits après m'avoir aidé à mettre la cuvette d'eau sur la tête. Nous rentrâmes ainsi avant lui et moi de faire des tours pour remplir les deux tonneaux et trois bassines qu'on avait pour conserver de l'eau.
Apres cela je fis le manioc. J'en faisais toujours chaque deux semaine du mois pour en vendre. Je les remettais à une femme du village qui vendait au grand marche du village. Ça marchait vraiment bien et rapportait quand même. C'est avec cet argent qu'on avait acheté les fournitures scolaires et une paire de sandale a chacun de nous pour cette année scolaire.
-Nsele...Nsele... entendis-je alors que je me sentais être secoue tout doucement
-hum
-Nsele il faut te réveiller maintenant s'il te plait.
-.....
-Nsele ? Je sais que tu es fatiguée mais tu dois t'apprêter pour aller à la ceremonie, les gens de la ville seront bientôt tous réunis autour du feu...
J'ouvrais brusquement les yeux... Zut ! Je m'étais endormie sans même m'en rendre compte... Je me redressais donc aussitôt de la natte que j'avais étalée dehors quelques heures plus tôt alors que je faisais des balais de brindilles à vendre.
-pardon papa...je ne sais pas comment je me suis endormie ici
-pourquoi tu t'excuses ? Toi aussi t'a besoin de repos, c'est pourquoi j'ai voulu te laisser dormir mais là il est déjà dix-sept heures, le temps d'arriver là-bas...
Je regardais autour de moi puis remarquais que toutes les brindilles avaient été limées, attachées et regroupé dans trois gros paniers en liane.
-c'est toi lui demandais-je
-oui
-mais pourquoi ? Je pouvais le faire...
-tu travailles déjà assez, je dois bien me rendre un peu utile aussi
Je ne dis rien. Mon père s'en voulait toujours de ne pas pouvoir être aussi actif que les autres pères et ne pas pouvoir nous faire vivre dans de meilleures conditions. Je le regardais puis lui fis un sourire de reconnaissance car non seulement il m'avait laissé me reposer mais il avait aussi terminé mon travail.
-Ngapika a déjà enlevé et plie le linge mais il en reste quelques qui n'ont pas séchés par là-bas me dit-il en désignant l'endroit du doigt.
-maintenant va t'apprêter Nsele, tu dois aller à la cérémonie afin de prendre la nourriture qu'on va partager et aussi anime là-bas en chantant ou dansant...ou tu veux raconter une histoire cette fois-ci ?
-papa je ne veux pas y aller, surtout sans vous comme ca
On partait toujours tous ensemble d'habitude...
-moi aussi je voulais bien être la et te voir animer Nsele... dit-il en baissant sa tête tout en portant son regard vers son pied
Je fermais mes yeux comme pour puiser un peu de force. Son pied avait repris a lui faire douloureusement mal depuis cet après-midi et boitait encore plus. Il ne m'avait pas encore donne des explications sur ce qui s'était passe me promettant de le faire le soir avant qu'on se couche.
Quand on partait à la rivière Ngapika et moi, je lui avais demandé de m'expliquer ce qui s'était passe quand son corps se raidit avant qu'il ouvre ses yeux et touche son front mais ce dernier paraissait perdu et jurait qu'il ne savait pas de quoi je parlais. J'avais l'impression qu'il ne se rappelait pas de la scène.
-sois prudente et surtout sage me dit mon père alors que j'étais sur le point de partir
-d'accord papa
-et tu rentres avec Tantine Ernestine, pas seule
Je dis oui d'un geste de la tête, il me fit un sourire...
-a tout a l'heure dis-je a mes cadets
-au revoir Yaya, danse bien là-bas et ramène beaucoup d'argent et beaucoup de nourriture dit Ngabou
Ce n'était en fait que pour cette raison que je partais, c'était mon objectif, mon but que je comptais bien atteindre. Apres un au revoir de la main, je pris mon sachet ou se trouvait du raphia et tout autre choses dont j'allais me vêtir une fois là-bas.
-Ah ! Tu es enfin la Orlane entendis-je
C'est comme ça dans ce village, on m'appelait toujours par mon deuxième prénom, mais j'avais comme l'impression qu'on m'appelait avant par Mélodie...bref !
-oui désolé tantine Yvette, je suis en retard je sais
Elle me fit rentrer dans une grande case ou se trouvait plusieurs filles et garçons de tout âge déjà habillées et maquillées a la manière de chez nous... ils étaient tous beaux.
-s'il te plait Orlane va dans l'autre case prendre les paniers en liane me dit tantine une fois qu'on eut fini de répéter nos scènes avec les autres
Je sortais donc de la grande case pour la petite quand je vis une voiture garer dans la cour sur mon chemin de retour. Je me levais et regardait la voiture avant que ne viennent garer d'autres voitures et un bus. Ici c'est plus les camions qu'on voyait mais pas n' importe où non plus... je souriais en voyant ces belles voitures mais il y'avait une que j'aimais le plus. Elle était blanche ma couleur préférée...les portières de cette voiture finirent par s'ouvrir l'une après l'autre laissant apparaitre un grand Monsieur d'un cote, une dame puis demoiselle et un...un bel homme. C'était des gens de la ville c'est clair...
Je regardais cet homme puis souris. Il était vraiment bel homme remarquais-je encore avec admiration. Il regarda vers ma direction je ne sais trop comment, nos regards se croisèrent et il me sourit, je baissais aussitôt les yeux, ramassais les paniers que j'avais laissé tomber puis me précipitais vers la grande case le cœur battant.
Au bout d'une heure quand la nuit tomba, tout le monde se regroupa au tour du feu. Il y'avait comme toujours un grand nombre de gens qui venaient de part et d'autre du village et surtout tous ces gens de la ville, je ne savais pas qu'ils seraient aussi nombreux cette fois-ci.
J'étais assise derrière les autres filles qui défilaient à tour de rôle. On m'avait placé en dernière position pour jouer mon rôle. J'avais opté pour la danse ou il me fallait chanter au tout début mais avant cela j'avais d'abord un théâtre à faire avec quatre filles et deux garçons...
Le théâtre termine, tous s'éclipsèrent et je restais sur le sol le visage baissé, je le fis remonte au fur et à mesure que je chantais et mes yeux croisèrent ceux d'un homme qui me regardait avec insistance. Je remarquais que c'était celui de tout a l'heure. Je me sentis un peu gêné puis détournais le regard continuant de chanter avant de me lever pour danser au rythme du tam-tam qui se fit entendre...
Au fur et a mesure que je dansais, je voyais le bol qui était devant moi se remplir. Ces gens de la ville payent toujours aussi bien pensais-je tout en dansant contente que le bol soit plein. La chose qui me tiquait et me dérangeait un peu plus était ce même homme de tout a l'heure qui me regardait sans relâche en souriant et avait fait plusieurs tours pour déposer de l'argent alors que je chantais et dansais...
-Orlane tu as si bien danse me félicitèrent les filles a mon passage alors que je me dirigeais de l'autre cote pour me nettoyer un peu car j'avais transpire
-merci les filles
Je continuais mon chemin quand je sentis ma main être saisie par une autre. Je me retournais étonnée et tombais sur cet homme...cet homme de tout a l'heure...cet homme qui n'avait pas cesse de me regarder et remplir mon bol d'argent...cet homme qui n'avait pas cesse de me sourire...
Mon cœur battait vite...
-bonsoir me dit-il sans pourtant lâcher ma main
En d'autres circonstances j'aurai retiré ma main en lui demandant de me lâcher mais là je ne pus le faire et m'entendu juste dire en balbutiant « bonsoir »...