Loin, très loin dans les profondeurs infinies de l'univers éternel, existait une galaxie riche et prospère, nommée Eyel, un nom illustre donné par l'assemblée des grands sorciers, et qui signifiait dans la langue ancienne – domaine des ailés, car cette galaxie se distinguait de toutes les autres par la beauté et la puissance de cette race.
Les ailés étaient un peuple fier et talentueux au pouvoir destructeur, dont l'astre mère, une planète aussi immense que fertile, portait le nom d'Yzvalthes. Un nom choisi par son créateur, un souverain maudit du corps et de l'esprit, et dont les ailes furent brisées par son propre fils en punition de ses péchés. Ce dernier, devenu empereur à son tour, déversa toute sa magie sur les terres autrefois désertes de la planète pour honorer son père, et ainsi faire perdurer leur histoire.
Et il en fut ainsi.
Et au fil des siècles, Yzvalthes, toujours aussi magique mais d'une modernité éblouissante, était devenu le centre d'Eyel, et au cœur duquel le peuple ailé lui-même avait construit une haute cité qu'il offrit à la famille impériale comme demeure, et depuis considérée par tous comme sacrée.
Mais cet empire, si grand et si omnipotent, suscitant toutes les convoitises des mondes, avait pour rival une nation dont les habitants étaient tous aussi fiers et tenaces, et réputés pour leur formidable maîtrise des éléments : c'était le royaume libre d'Aedor, gouverné par la dynastie des Koroth depuis onze générations. Ces deux grandes nations d'Eyel s'étaient longtemps opposées dans tous les domaines, que ce furent économiques, culturels ou magiques, et avaient toujours cherché à atteindre le sommet ultime de la puissance. Et si les Yzvalthiens gardaient une avance permanente sur les Aedoriens, ces derniers, ne pouvant reconnaître leur défaite et se résigner à la seconde place, accéléraient leur course, améliorant leurs capacités dans le domaine de la technologie et des sortilèges.
Cependant, cette rivalité sans fin et surfaite entre ces deux titans causa des dommages incommensurables aux autres planètes, influençant dramatiquement le mode de vie et l'équilibre de leurs habitants. À tel point que chaque Nation fut contrainte de choisir un camp afin de vivre dans une paix relativement satisfaisante. C'était un ordre de vie basé sur l'injustice, le narcissisme, la haine et l'indifférence - toute la laideur qui pouvait constituer le mal coulait profondément dans les veines de tous les systèmes existants de la galaxie, empoisonnant les esprits et les cœurs de chaque peuple, et les rendant finalement dépendants des ténèbres. L'intégrité, la charité et la sincérité étaient des notions nobles qui semblaient perdre inexorablement leur sens.
Mais bientôt, alors qu'un nouveau jour se levait sur tout Eyel, une nouvelle inimaginable mais réelle se répandit sur les terres et promit de faire entrer la galaxie dans une nouvelle ère, une ère que tous les peuples s'étaient accordés pour appeler " l'aube des temps ". En résumé, Aedor et Yzvalthes, les deux superpuissances de la galaxie Eyel, rivaux séculaires sur tous les fronts, ont finalement accepté de signer l'acte de paix qui rétablirait l'équilibre dans tous les systèmes. Un événement unique et historique qui, après un vote universel, serait réalisé et célébré sur Aedor.
Le nouvel Empereur d'Yzvalthes, cachant son chagrin et ses tourments, se prépara à l'acte de sa vie. Mais avant cela, il devait accomplir une mission très importante et sensible : accompagner son neveu sur la planète Maldeos pour le confier à la grande fondation galactique de Gaazal.
Cependant, à chaque naissance de la lumière et de son pur désir de déployer ses ailes scintillantes pour éclairer chaque être de sa beauté, les ténèbres, tentatrices et destructrices, surgissent à leur tour pour l'éteindre. VARDOG, l'organisation du mal, dirigée par un être aussi puissant qu'insaisissable, avait recruté les êtres les plus sordides que l'on puisse imaginer : traîtres, assassins, faussaires et tous ceux qui vénéraient les ténèbres, et pire, s'assurait de la loyauté inconditionnelle de ces âmes damnées.
Conscients ou non, les clairvoyants pressentirent l'arrivée d'un grand changement, mais cela ne signifiait pas nécessairement un changement pour le mieux.
***
Dans l'espace infini, scintillant d'étoiles immortelles, et rempli de planètes de vie, chacune unique en son genre, un vaisseau géant portant un symbole neutre - deux cercles abstraits bleu et blanc se croisant, traversa l'espace et se dirigea vers la colossale planète artificielle de Maldeos.
À l'intérieur du croiseur, des gardes d'élite travaillaient consciencieusement dans une immense salle d'opération. Un garde travaillant sur un écran géant attira l'attention du capitaine du vaisseau.
"Nous sommes à 6 000 octius de la planète Maldeos, monsieur." Annonça-t-il d'une voix neutre et professionnelle. "Nous allons atterrir dans une demi-heure."
Le capitaine fit un signe de tête.
"Bien. Je vais aller informer Sa Majesté."
Mais au lieu de cela, il regarda un instant dans le vide, l'œil vague avant de se retourner et de se diriger solennellement vers le fond de la pièce, se dissipant dans un nuage de poussière scintillante pour rejoindre le plus haut niveau du vaisseau où se trouvait la suite impériale.
Le commandant apparut bientôt avec éclat dans le salon privé et se dirigea avec déférence vers l'être, nonchalamment assis sur un immense siège.
Le chef des gardes personnels s'inclina légèrement et se prépara à prendre la parole lorsque l'expression distante, mélancolique, presque inaccessible de son souverain l'arrêta. Ce dernier portait un costume blanc chatoyant, d'une coupe parfaite, et qui faisait ressortir le contraste entre ses cheveux courts et cendrés et son corps svelte et ferme. Son visage maigre, ni beau ni charmant mais attirant et respectueux, portait des marques de sortilèges presque invisibles. Ses yeux d'un bleu glacial demeuraient pour l'instant vagues, mais ses subordonnés, le commandant y compris, savaient pertinemment qu'ils pouvaient devenir aussi froids et insoutenables que les territoires de glace de l'Empire vénezien. Il était un souverain récent, car il était le cadet d'un frère sage, fort et généreux, qui fut empereur avant lui. Mais lorsque ce dernier mourut, son frère eut enfin le devoir d'accomplir son destin impérial et de monter sur le trône à son tour, obtenant ainsi tout pouvoir sur Yzvalthes et le destin d'un grand peuple. Jiide était conscient d'être plus rigide et intolérant dans sa façon de diriger l'Empire que ne l'avait été son prédécesseur. Il était évident qu'en agissant ainsi, il montrait sans complexe son désir de faire ses preuves et de gagner le respect de son peuple. Il ne savait pas encore si c'était réellement le cas, mais il était néanmoins heureux de constater que, malgré l'ombre considérable de son frère qui continuait de régner sur lui, ce frère qui avait suscité une telle dévotion de tout Yzvalthes, il possédait la capacité et l'envergure pour diriger une nation. Du moins, c'était ce que signifiait pour lui la victoire de l'évènement centenaire qu'ils allaient bientôt célébrer sur Aedor.
"Votre Majesté ?" appela finalement le commandant, avec hésitation. Mais quand il ne reçu aucune réponse, il sentit qu'il devait insister. "Votre Majesté ! Votre ... Majesté !"
Jiide Jeugolk, la tête posée sur le dossier de son trône, contemplant également l'espace profond et lumineux, soupira et répondit enfin.
"Oui ? Pardonnez ma rêverie. Qu'y a-t-il ?"
" Je vous prie de m'excuser pour ce dérangement, votre Majesté, mais je tenais à vous informer que nous sommes à moins de 30 minutes de Maldeos. Nous pouvons même déjà le voir, votre altesse, la cinquième planète à droite, la grise, celle merveilleusement illuminée par le symbole Garvo."
"Je vois", acquiesça le souverain, le visage altéré.
Jiide Jeugolk observa intensément le point lumineux indiqué par le capitaine, intensément illuminé par le grand symbole de Garvo – un dodécagone, dont chaque angle représentant un élément magique entouré de cinq cercles, était un signe créé par un rebelle légendaire portant ce nom signifiant explicitement un signe de paix et de volonté.
"C'est donc le point de non-retour", poursuivit-il avec douceur et amertume.
Soudain, une lueur intense et sublime surprit Jiide et le commandant, et leur fit tourner la tête. Une énorme comète passa près d'eux, émettant des vagues de lumière bleutée et des scintillements extraordinaires dans sa course étonnante et irrésistible.
"Magnifique", murmura Jiide Jeugolk, subjugué.
"En effet, Votre Majesté", admit le commandant, qui était tout aussi captivé.
L'empereur suivit d'un air pensif la formidable trajectoire de l'astre flamboyant, puis prit la parole comme pour lui-même.
"Savez-vous que mon neveu aime les comètes, commandant ? Et d'ailleurs, il les contrôle si facilement que quelque fois cela me désolait. »
Après avoir émis cette remarque, le souverain resta un moment silencieux, comme si une douleur sourde le rongeait avant de conclure.
"Mais j'ai le sentiment qu'il ne le fera plus jamais. Et.... Je suis sûr que malgré la justesse de mes intentions, je nous ai condamnés tous les deux."
Ne comprenant pas le fond du problème, le commandant ne savait que répondre et préféra rester dans un silence prudent, n'acquiesçant que poliment, continuant à observer la comète qui commençait déjà à disparaître en se fondant dans le manteau sombre de l'univers.
"Merci de m'avoir prévenu, commandant. Vous pouvez partir maintenant."
Et avant que ce dernier ne puisse riposter, il le renvoya.
"Votre Majesté", le commandant s'inclina et se glissa discrètement en reculant vers le fond de la chambre, se dispersant à nouveau dans un nuage de poussière brillante.
Jiide Jeugolk ne prêta aucune attention au départ de son fidèle chevalier. Déjà, il regardait vers la porte qui menait à une autre pièce dans laquelle se trouvait quelque chose d'infiniment précieux. Se levant, il se dirigea vers le battant gravé de sortilèges mouvant très particuliers et l'ouvrit.
La seconde suivante, Jiide Jeugolk pénétra dans une grande pièce, dont les trois quarts des murs étaient en verre, offrant une vue splendide sur l'espace. C'était une pièce spécialement conçue pour le bonheur d'un enfant. Enfin, normalement, car à cet instant, et à la grande surprise du souverain, elle était complètement vide. Une grande pièce où seuls le silence et l'abandon régnaient.
"Mais que se passe-t-il ici ?" se demanda l'empereur en avançant prudemment dans la pièce, regardant attentivement dans tous les côtés.
"Oh, étonné, n'est-ce pas ?" Demanda une voix amusée mais quelque peu lugubre.
Le souverain leva immédiatement la tête dans la direction d'où venait la voix et vit l'être qui comptait tant pour lui et qui fut la raison de ce long voyage, lequel était accroupi au plafond, une main y était négligemment posée, et la moitié de son visage cachée par des verres en cristal noirs.
"Oui, toujours." Reconnut simplement l'arrivant en fixant intensément le jeune garçon.
Ce dernier riant brièvement de cette réponse naïve, esquissa un geste léger de la tête puis descendit lentement. À peine ses pieds touchèrent-ils le sol que la grande pièce reprit son aspect initial.
Le sol était recouvert d'une moquette épaisse et douce aux motifs abstraits, des canapés et des fauteuils confortables étaient disposés un peu partout avec art, ainsi que de nombreux coussins colorés, et de magnifiques cristaux magiques, scintillants d'étoiles, étaient suspendus aux plafonds, illuminant la pièce et les milliers de jouets, si divers et sublimes, qui y étaient entassés. Le tout révélait sans équivoque possible l'amour profond que l'on pouvait ressentir pour un enfant. Et à cet instant précis, Jiide contemplait attentivement l'enfant en question. Un jeune garçon d'environ onze ans, souriant et vraiment insolent, grand, mince mais délicat avec des cheveux encore plus cendrés et longs que les siens, et des yeux vert glace, d'une sublimité étonnante rappelant les jeunes feuilles d'une forêt enchantée baignées de rosée. Il portait une tenue rose clair qui accentuait encore plus sa finesse et sa démarche. Et maintenant, il ne faisait que s'amuser, et se moquait même de son oncle pourtant rigide et craint de tous.
" Vous avouez donc sans vergogne ma grandeur et votre totale inefficacité face à cela ! Vous êtes un assez bon souverain après tout, cher oncle."
Après avoir débité ces cruelles inepties, le jeune Esper se retourna et s'éloigna tout en manipulant d'innombrables petits cubes de couleurs et de constitutions différents, et les assembla sur une imposante table en cristal bleu. S'arrêtant devant son jouet en mouvement, il tendit les mains et transforma les cubes de telle manière que ces derniers se transformèrent en un immense champ de bataille miniature occupant toute la table, et sur lequel se déployait maintenant toute une guerre évidemment sanglante. Myrhes se débarrassa de ses verres sombres puis s'agenouilla devant la table et suivit attentivement la bataille sans merci.
"Et que fais-tu maintenant, mon bébé ?" demanda Jiide avec tendresse.
Myrhes leva un instant ses yeux étonnamment clairs vers l'empereur, puis retourna sur son champ de bataille où la guerre éclatait dans toute son horreur.
"C'est évident, mon oncle", répondit nonchalamment son neveu. J'ai reproduit la guerre de Boyok.
"Boyok ?"
"Oui !" acquiesça le jeune héritier, concentré sur la bataille miniature. Tu ne t'en souviens pas? Le roi du Sud qui convoitait les eaux pures du Nord, se distinguant ici avec ses guerriers courageux et fous dans leurs armures d'or scintillantes. Et le roi du Nord qui voulait obtenir et exploiter les mines d'or du Sud, dont l'armée est en armure rouge sang. Ils sont donc partis en guerre.
Jiide rit d'un air moqueur en suivant lui aussi la bataille sanguinaire qui se déroulait férocement dans une chambre d'enfant perdu au milieu de l'espace.
" C'est assez pathétique ", jugea-t-il légèrement en s'avançant vers la table en verre, et en s'asseyant en face de son neveu lequel était si beau et si princier mais dont la nature incontrôlable et complexe le terrifiait complètement sans qu'il puisse l'admettre. Alors pour essayer de le convaincre qu'il n'avait pas peur, il continua à parler naturellement.
"Pour ma part, mon chéri, je préfère de loin le conflit de Kioppe."
"Kioppe ?" Myrhes releva, surpris.
"Oui, Kioppe", confirma le souverain. Le souverain au pouvoir de glace, qui s'est défendu à merveille contre ses assaillants cupides, et qui pour cela, a été capable d'anéantir et geler la moitié de sa cité par un sortilège secret et très puissant, comme une explosion magique, afin de préserver l'autre.
Myrhes cligna des yeux, portant ses doigts à ses tempes, concentré.
"J'avais entendu quelque part que la légende n'était pas authentique. Que le souverain avait des motivations plus sombres et plus radicales en utilisant cette magie interdite."
"Qui sait en effet", l'empereur haussa les épaules et continua. "Cependant, vrai ou faux, cela n'empêche pas les gens, espions, traqueurs ou chercheurs en tout genre d'y croire et de tenter de rechercher ce pouvoir terrible."
"Pour l'utiliser à leur tour pour leur propre profit". suggéra Myrhes sur un ton moqueur. "Enfin, s'ils parviennent un jour à le découvrir."
À ces mots, Jiide fronça légèrement les sourcils et sourit.
"Oui, mais dites-moi, vous semblez bien dédaigneux quand vous parlez de mon conflit préféré !".
"Bien sûr que oui !" s'exclama le prince d' un geste vif, comme s'il parlait d'une évidence.
"Et pourquoi cela ?"
"Eh bien, je ne sais pas pour vous, mon oncle", commence-t-il, toujours ironique. "Probablement, êtes-vous réellement ouvert à ce genre de... choses finalement. Mais je n'aime pas ces combats ou autres types d'affrontements, où le vainqueur est déjà décidé à l'avance !"
D'abord stupéfait, Jiide Jeugolk finit par éclater de rire.
"Vraiment !"
Son rire redoubla à nouveau, ce qui provoqua une moue boudeuse insupportable chez son neveu bien-aimé. Ce dernier, d'ailleurs, continua fièrement.
"Oui ! Je pense que c'est un peu trop facile. Et ce n'est pas la peine de se moquer de mes concepts. Parce que je ne sais pas où est le plaisir du jeu si le résultat est déjà évident. C'est comme quand on vous annonce la fin d'un livre que vous avez passé des jours entiers à lire sans interruption. Pour ma part, cela me donne envie de changer ce qui ne va pas."
En entendant ces derniers mots, mais surtout le ton de la voix, le souverain trembla imperceptiblement et tout amusement disparut de son visage et de son esprit. Il serra les lèvres un instant, puis reprit, cette fois avec un sourire artificiel.
"Je dois dire que vous avez des arguments assez convaincants et assez radicaux. A tel point que j'oscille entre les deux camps. Aussi, j'avoue que la plupart du temps, prédire la fin d'un combat est ennuyeux. Mais parfois, quelques rares et terrifiantes fois, c'est plutôt merveilleux et... soulageant de savoir que l'on va gagner à coup sûr. Mais je suis aussi parfaitement conscient que vous devez être la dernière personne capable de comprendre cela, précisément à cause de ce que vous êtes. Et il est facile pour vous de condamner ceux qui pensent ainsi."
"Si vous le dites." dit le prince avec une moue agaçante et méprisante.
"Quel enfant difficile et même insupportable", pensa l'empereur avec une grimace intérieure, tout en le contemplant de plus belle. Certes, à première vue, son neveu était d'une clarté exemplaire, presque magique, s'il pouvait se permettre le mot dans cette description, tant sa beauté et sa présence, alliées à une délicatesse masculine, enchantaient et attiraient les gens, tout en les intimidant et en les empêchant de s'approcher trop près. Mais probablement plus que quiconque, le souverain actuel savait que derrière cette façade naturelle, enveloppée de magnificence, se cachait un jeune homme, certes, mais tellement imprévisible, cruel et presque insensible. S'il n'avait pas vu de ses propres yeux ce dont il était capable, il ne l'aurait pas cru lui-même. Le pire, c'est qu'il ne s'en cachait même plus. Mais ce fait ne s'était-il pas vérifié inlassablement au fil des siècles, que les monstres envoûtaient toujours plus les êtres que les saints ?
Adouci, et, oui, il l'admettait humblement, étonné, Jiide Jeugolk tendit la main et caressa la joue de Myrhes.
"Et vous maintenant, mon chéri !" demanda-t-il en le regardant droit dans les yeux. "Pourquoi vous intéressez-vous tant ce maudit conflit Boyok ?"
Bien que je puisse déjà facilement deviner la réponse, pensa le souverain en lui-même. Myrhes regarda son oncle et lui fit comprendre qu'il était conscient de ses pensées.
"Eh bien, je suis assez intrigué de voir jusqu'où la luxure et la dépravation des êtres peuvent mener les gens. Pour une simple chose sans âme possédée par leur royaume voisin, et pour le simple caprice d'obtenir ce qu'ils veulent, deux dirigeants ont conduit leur propre peuple à une telle destruction et perdition."
Jiide haussa les épaules.
"C'est ainsi que le monde est fait, mon chéri. Là où il y a de la vie, aucune perfection n'est possible. Tout doit toujours être déchiré entre le bien et le mal. Et il n'appartient qu'aux êtres de choisir lequel des deux côtés prendre, et lequel par ailleurs, je parle de choix, change tout le temps. Et comme vous l'aviez probablement déjà découvert, vous aurez plusieurs occasions de faire de même. C'est aussi simple que cela."
Malgré son scepticisme, et connaissant parfaitement la nature de son jeune neveu, l'empereur essaya néanmoins de mettre dans le ton de sa voix, du sérieux, de la solennité et une volonté de convaincre. Mais lorsqu'il eut terminé sa courte leçon de vie, il fut intrigué par l'insondable expression de Myrhes. Il fronça les sourcils en demandant,
"Qu'est-ce qu'il y a, mon ange ? Quelle est cette chose qui semble vous déranger autant ?"
S'appuyant sur son bras, l'ange pinça ses lèvres, l'air pensif, avant de parler,
" Pour moi, ces deux dirigeants ne méritaient pas de l'être. Alors pourquoi leurs peuples respectifs n'ont-ils pas essayé de les destituer de leurs trônes ou au moins de les punir pour leurs actes barbares et inutiles ?"
" Quelqu'un de votre âge doit probablement se poser cette question. " Jiide répondit en souriant, un peu moqueur. " Et cela, malgré votre prodige. Pour vous, la vie n'est faite que de noir et de blanc, aucune autre nuance n'aurait jamais le droit d'altérer la perfection. Mais vous savez, la vie n'est pas comme ça. Elle est réelle. Et le temps, mais surtout l'expérience, vous le feront comprendre bien assez tôt. "
Tout en parlant, le souverain remarqua que son neveu devint froid et droit, se mettant même à briller lentement, de manière à terrifier quiconque, et à cet instant, l'empereur le fut.
"Par ombre", dit-il avec une douceur si trompeuse, "vous voulez dire qu'il y avait d'autres raisons pour lesquelles ces rois se sont battus, je veux dire autres que celles, égoïstes et évidentes."
"Ce n'est pas nécessairement vrai, mais c'est une option", poursuivit prudemment le souverain.
Cette fois, montrant carrément sa colère terrible et grandissante, sans aucun doute, le jeune prince ferma les yeux et arrêta la guerre les posa, referma le champ, le tout dans un calme parfait, ce qui était des plus effroyables. Puis, soudainement, il ouvrit ses yeux, qui étaient magnifiquement clairs comme du verre vert, et explosa littéralement de fureur. Myrhes Jeugolk brilla de plus en plus, puis utilisant sa grande magie, il fit flotter tous les objets de la pièce, les modulant autour de lui au contact de sa profonde colère. Il opta maintenant pour sa voix magique.
" Vous voulez donc aussi me dire qu'il y a une bonne raison pour laquelle vous m'envoyez si loin. Loin de notre empire ? Loin de vous ? Une raison que je ne peux pas encore comprendre ?"
Totalement horrifié maintenant par la démonstration de puissance enragée de son cher neveu, Jiide était conscient qu'il devait choisir ses mots avec soin.
" Oui... mais contrairement à ce que vous essayez tant de vous convaincre, ces raisons n'ont jamais été mauvaises. En fait, elles n'ont jamais été prises dans le but de vous faire du mal. Au contraire."
Plus triste et plus furieux que jamais, le jeune prince Myrhes leva la main et manipula impitoyablement chaque objet jusqu'à les broyer avant de les faire exploser. Tous les beaux jouets et cadeaux qui lui avaient été amoureusement et fidèlement offerts étaient réduits à des tas de débris perdus. Il ne restait plus rien de la salle de jeux à part les deux hommes et leur mélancolie. L'enfant, indifférent au chaos qu'il avait créé dans sa fureur, se leva de rage et se plaça devant l'une des immenses parois de verre pour contempler l'espace.
Jiide, bouleversé par la scène, se passa une main nerveuse sur le visage.
"Bébé," commença-t-il, hésitant. S'il vous plaît, ne soyez pas comme ça.
Mais le bébé ne daigna même pas répondre ou se retourner. Alors Jiide en soupirant, secoua la tête, puis se leva pour rejoindre Myrhes et admirer l'espace glorieux à ses côtés. Ils restèrent quelques minutes, aussi silencieux qu'accablés, puis l'empereur se força à reprendre la parole.
" Vous savez, il y a quelques instants, j'ai vu passer une comète, un beau caillou bleu, laissant dans son sillage une grande traînée poussiéreuse et éclatante.
Il rit brièvement avant de poursuivre.
"Cela me rappelle tant de choses. Des choses comme la beauté, la grandeur, la lumière, mais aussi... la brièveté de la vie. En fait, " et il se tut un instant avant de dévoiler sa pensée "c'est vous qui me l'évoquez le plus.
Surpris à son tour, Myrhes leva vivement les yeux vers son oncle.
Bien que conscient de ce geste, ce dernier poursuivit sans détacher son regard de l'espace infini.
"Nous savons tous les deux que vous êtes fort et courageux, sans mentionner votre formidable discernement, mais cela exige inéluctablement en retour un lourd fardeau. C'est votre destin. Et vous êtes celui qui en est le plus conscient."
Puis le souverain baissa les yeux pour affronter le regard de son enfant et conclut.
"Le prix à payer pour la grandeur est terrible, Myrhes. Alors, pour vous aider à faire face à votre destin de souverain, j'agirai toujours en conséquence. Et cette décision de vous renvoyer là-bas en fait partie."
Ces derniers mots étaient clairement empreints de sincérité, mais Myrhes refusait toujours de parler. Cela incita Jiide Jeugolk à insister encore davantage.
" Ces gens sont des êtres vraiment exceptionnels, Myrhes, courageux et justes. Grâce à ces qualités rares et fabuleuses, ils ont pu établir partout, où les pas leurs ont conduit une grande alliance, et sur laquelle ils ont fondé une organisation appelée Gaazal dont le seul but est de combattre le mal. Comme votre père l'a fait toute sa vie. Ils deviendront votre nouvelle famille et prendront soin de vous du mieux qu'ils pourront."
"Prendre soin de moi ?" Myrhes lâcha, cynique, en reprenant enfin la parole.
Puis il se tourna vers son oncle, véritable allégorie de la blessure et de la fierté mêlée.
"Vous pourrez toujours dire ce que vous voulez, que vous fassiez tout pour mon bien ou que ces gens soient les meilleurs de la galaxie, vous ne me convaincrez jamais."