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Bonne lecture 😍
PROLOGUE : ISAAC
- Je suis un homme, pas besoin de te dire ce que j'attends de toi.
CLAC !
La gifle avait retenti, tellement fort, tellement violente que les voisins de palier auraient pu l'entendre.
Il souffla soudain de colère et la plaqua violemment sur la porte de l'appartement avant de lui murmurer d'une voix dangereusement calme :
- Tu viens de signer ton arrêt de mort ! ON NE ME FRAPPE PAS !
- Sinon QUOI ??? tu vas me jeter dehors ? tu vas me frapper à ton tour ? tu vas faire quoi ??? TU VAS FAIRE QUOI ??? tu vas me tuer comme tu as fait avec l'autre ?
Et BOUM !
Une pensée de trop
Une phrase de trop
Une affirmation de trop
Un mot de trop
« L'autre ! »
Elle vient de l'appeler l'autre ! pensait-il en encaissant les moindres effets que ce mot avait eu sur lui !
« L'autre »
Un coup qui avait atterri de plein fouet dans sa conscience. Contre toute attente, il desserra son étreinte et posa ses deux mains sur le mur, le regard vide, livide, loin, mais les yeux plantés dans les siens !
Elle comprit.
- Excuse-moi je... je ne voulais pas dire ça.
Elle était pourtant la seule à lui tenir tête, la seule à ne pas la craindre. La seule qu'elle laissait faire ce qu'elle voulait de sa vie, de lui.
Il se mit à la scruter, incapable de détacher ses yeux d'elle, comme si ses excuses lui faisaient soudain comprendre la personne qu'elle était devenue pour lui... celle qu'elle pouvait être dans sa vie; et ce que son opinion représentait pour lui.
Il prit peur
ELLE
...elle venait de le traiter d'assassin, et d'accentuer le poids de sa culpabilité sur sa conscience.
Elle venait tout simplement de détruire le peu d'humanité qu'elle avait réussi à construire en lui.
Ce peu d'humanité qu'il s'était découvert à l'instant même mais qui venait de partir en fumée après ses mots.
Elle releva la main pour lui caresser la joue, pour faire disparaitre ce voile de tristesse et de désarroi de son visage, mais il l'intercepta, fixant cette main comme si elle risquait de le bruler.
Il la lâcha brusquement et recula.
- Eloigne-toi de moi !
Ceci avait résonné comme un fouet dans la tête de la jeune femme. Une simple affirmation qui avait un sens bien plus complexe. Mais il renchérit.
-eloigne toi de moi, je suis toxique pour toi !
- Je ne peux pas ! Je t'aime trop pour le faire !
Il sursauta, puis se détacha d'elle.
Elle le fixa de ce regard qui arrivait à sonder son âme. Ce regard, cet air qui lui montrait carrément qu'elle arrivait parfaitement à lire en lui comme dans un livre ouvert.
Il s'éloigna encore plus afin d'éviter ses yeux... il avait l'impression de passer au détecteur de mensonge devant elle.
Il s'assit sur le sofa, dans le noir de son salon, de telle sorte qu'elle ne voit pas les expressions de son visage. Et là, toute la douleur de son existence se traduit soudain dans les mots qu'il s'apprêtait à prononcer.
- Je ne veux pas de ton amour, je ne veux tout simplement pas d'amour dans ma vie. Ce n'est pas de ma faute, je n'aime pas ce que l'amour me fait c'est tout.
- Tu MENS... cria t-elle en pleurant
- L'amour m'a rendu faible et il me rend toujours aussi faible, il me rend aveugle, il me perturbe et me déconcentre. Je n'ai plus le droit d'aimer, Je n'ai pas le temps d'aimer... je... l'amour c'est pour les faibles.
Sa dernière phrase avait provoqué un hoquet chez la jeune femme qui murmura : mon Dieu quel genre d'homme es-tu ?
- Le genre d'homme que tu ne pourras jamais contrôler, le genre d'homme qu'il ne te faut pas dans ta vie d'innocente. Je suis trop sombre pour toi, pars ! Va-t'en ! je ne te mérite pas !
Elle éclata en sanglots et sortit brutalement avant de claquer la porte derrière elle. Il savait qu'elle était à l'autre bout de la porte, il savait qu'elle pleurait, oui, il n'avait pas besoin de le deviner, il entendait clairement ses reniflements.
Tic
Tac
Tic
Tac
Tic
Tac
Le tictac de la pendule accrochée sur le mur de cet appartement n'avait pas réussi à déconcentrer une certaine personne.
Isaac !
Il avait toujours son smoking sur lui, souliers huilés et bien cirés, gilet gris assorti à sa cravate. Tout semblait parfait pour cet homme aux abords de cadre accompli, Tout, ou... presque tout, sauf l'état de son esprit et de son cœur à cet instant précis.
Il était là, dans le noir, broyant du noir, mais aussi se remettant à peine de ce qui venait de se passer.
Pourtant il venait d'avoir une promotion !
Oui, il venait d'être sacré plus jeune entrepreneur de l'Afrique de l'ouest avec le plus important trophée du AFRICAN GENDER AWARDS, pour son Age !
Mais ceci ne semblait pas vraiment avoir un quelconque effet sur l'homme qu'il était, ou... sur l'homme qu'il était devenu. Cela semblait être comme une punition pour lui, alors qu'il venait de montrer son vrai visage à la seule femme qui l'avait sauvé, à la seule femme qui avait compris son désarroi.
Il venait de montrer son vrai visage à la seule et unique personne qui arrivait à lire en lui comme dans un livre ouvert, la seule personne qui parvenait tant bien que mal à lui faire oublier ce FANTOME qui le hante !
Il entendit un grand fracas de la porte en bas de l'immeuble lui montrant qu'elle était définitivement partie.
La culpabilité finira-t-elle par le quitter un de ces jours ?
NON!
Sa culpabilité était sa punition ! et il le savait.
Il se faufila dans sa salle de bain, prit une douche rapide, puis se glissa sous ses draps noirs, et entrai dans un sommeil sombre, avec ses démons.
« Bonne nuit Isaac Mohamed Cissé »
7h25
Isaac s'était réveillé en étant un autre homme ! costard sur mesure, cravate bien nouée et gilet bien ajusté. Il mit ses souliers, ses lunettes Ray ban, prit ses clés et jeta un dernier coup d'œil au désordre de son appartement avant de sortir.
Sa Mercedes ML 350 l'attendait au pas de sa porte, et sans un regard pour ses voisins se tenant devant le marchand de pain, Isaac entrait dans la voiture sans manquer d'entendre ce fameux surnom qu'on lui avait alloué et dont il n'était pas forcément fier : Salaud !
Il sourit avant de démarrer en trombe, provoquant un grand amas de poussière derrière lui.
C'était sa réponse à ces losers qui le traitaient de salaud, pensait-il en souriant de plus bel et en appuyant sur la pédale de vitesse.
220 km à l'heure !
C'était sa dose d'adrénaline quotidienne là sur l'autoroute menant vers son entreprise. Et il s'y appliquait tous les jours ! il avait envie de mourir, comme le disaient certains, mais pour lui c'était sa routine matinale, son café du matin !
La grande vitesse !
8h20
L'entreprise SOSETRA était inhabituellement bondée à cette heure de la journée. En réalité 8h était l'heure à laquelle les ouvriers devaient se réunir pour leur shift et leur programmation. Mais cette petite réunion avait été retardée par la responsable du personnel de terrain qui, était arrivée en retard pour la première fois de sa vie ! la seule fois depuis qu'elle avait intégré l'entreprise.
Malheureusement pour elle !
« S'il vous plait, faites votre pointage et partez avant que je... »
« Avant que quoi ? Martine, tu as peur de Mr Lunatique ?
« Qui n'a pas peur de lui ? il ne respecte rien, il se fout de tout et peut te renvoyer sans état d'âme ! »
En réalité elle avait plus peur pour sa punition qu'autre chose.
« Il ne peut pas renvoyer les gens sans motivation ni raison. C'est quoi ça ? on est dans nos droits vous savez »
Martine était juste dépitée d'entendre ces gens parler de la sorte. Elle soupira : il a le droit de renvoyer qui il veut, quand il le veut. Il peut nous renvoyer tous pour ça !! le shift devait être fait avant 8h c'est ce qu'on a tous signé dans nos contrats. Et là il est 8H30 GROUILLEZ VOUS !!!!
Elle ne savait pas sur quel pied danser avec cet homme, mieux valait ne pas le contrarier, pensait-elle en signant le dernier shift du matin. Mais alors qu'elle allait faire l'appel spontané, un parfum familier se fit sentir d'abord avant qu'Isaac ne pénètre dans le hall de l'entreprise.
La seconde qui avait suivi, leurs regards s'étaient croisés. Tout le monde était suspendu à sa démarche assurée. Mais il n'avait prononcé aucun mot !!!!
AUCUN MOT.
RIEN !
Juste un geste, un signe de tête, un ordre pour être clair, intimant à Martine de le rejoindre dans son bureau.
Il n'avait pas besoin de parler, et elle ne se fit pas prier !
Il fallait tout faire sauf le contrarier, pensait-elle en attendant qu'il disparaisse dans le couloir pour se tourner vers les ouvriers : vous voyez ! pfff ! allez-y et faites vous petits sur le terrain, Mr Cissé est tout sauf mère Thérèsa, je vous le dis !
8h40
Les deux mains dans les poches, Isaac scrutait la meilleure vue de son bureau : la plage de la voile d'or. Il aimait ce qu'il voyait et c'était le seul moment de la journée ou il s'apaisait vraiment. Ses démons n'étaient pas portés vers la contemplation de la nature.
Et sans le vouloir son esprit divagua vers son enfance, vers ces jours où sa mère n'avait rien à leur mettre dans le ventre, vers ces jours où, ils avaient été obligés de...
« Je suis désolée je.... »
La voix de martine l'extirpa brutalement de ses pensées sombres. Mais il ne se retourna pas, il lui murmura juste : ferme la porte !
Un ordre !
Martine le savait ! et elle obéit.
Quand Isaac se tourna soudain vers elle, elle semblait trembler... il s'approcha d'elle et sans même la toucher, il arrivait à réveiller ce qui sommeillait chez la jeune femme. Sans résister, elle entoura ses bras autour de son cou : Isaac ne fais pas ça !!!
Il sourit puis la retourna brusquement et la plaqua sur le bureau. Il était derrière elle, sa bouche tout contre son cou. Il lui chuchota : tu sais que je n'aime pas les retards !
- ....
- tu perturbes mon travail avec cette jupe !
- Je ne cherche que ça... JE NE VEUX QUE ÇA.
- Shuuuuuuut.
Il soupira se sentant soudain ridicule mais il aimait bien le jeu qu'il jouait avec cette femme. Il promena sa main jusqu'à sa jupe et découvrit avec grâce qu'elle était juste nue sous son vêtement. Son membre était déjà dressé quand il le sortit et sans un seul mot de plus, il s'enfourra en elle, sans aucune espèce de préliminaires.
Elle gémit.
Quelques minutes plus tard, Martine sortait du bureau du boss comblée.
Ce qu'elle ne savait pas, c'était que cet homme, ce cadre accompli n'était rien d'autre qu'un homme hanté et perturbé. Mais de surcroit un grand salaud qui en aura fini avec elle bien avant qu'elle ne s'en rende compte !
Qui est ISAAC MOHAMED CISSÉ ?
« ISAAC ou le poids de la culpabilité »
Chapitre 1 : Impasse
Le murmure des petites vagues qui s'écrasent sur le rivage n'arrivait pourtant pas à déconcentrer une certaine personne assise en face de la mer.
Même le bruit des enfants qui courent de part et d'autre n'y arrivèrent pas non plus. Il était parvenu jusqu'à cet endroit et s'était rendu compte que la seule et unique chose qu'il voulait était de partir loin, loin de cette vie, loin de ce calvaire, loin de ces monstruosités, loin de tout, absolument tout.
Il souffla douloureusement, enfonçant de plus en plus ses pieds dans le sable fin de la plage de NGAPPAROU.
Comment avait il fait pour en arriver là?
Mais la question qu'il se posait à lui-même était comment avait-il fait pour avoir pu conduire jusqu'à cet endroit et ne se rappeler de rien d'autres que des divagations de son esprit perturbé.
Il regarda encore autour de lui, comme s'il venait de remarquer l'endroit ou il se trouvait. Il soupira cependant et continuai de fixer l'océan. En fait, son cœur avait été enterré six pieds sous terre avec elle, et sa vie ne sera plus jamais ce qu'elle était.
Une lueur passa sur son visage et il se rappela soudain de la dernière phrase qu'elle lui avait dite : promet moi que tu essayeras de contrôler tes accès de colère.
Il lui avait donné son plus beau sourire avant de lui murmurer : je te le promets !
Leur dernière vraie conversation.
Et il était partie, en fait quand il partait ce jour-là, il ne s'était pas douté qu'elle ne sera plus jamais sienne ! il était parti sans savoir que leur première vraie dispute allait les mener dans ce tourbillon de malheurs.
Il secoua furtivement la tête pour ôter cela de sa mémoire, mais tout d'un coup, une horde de douleur l'envahit.
Pourquoi avait il conduit jusqu'à Ngaparou si ce n'était pour oublier ? en réalité, il l'avait fait pour pleurer, il l'avait fait pour s'éloigner et se laisser aller sans que personne ne le voit. Il l'avait fait pour sortir toutes larmes qu'il avait pu gardé au courant de sa vie.
Et là, au milieu de nulle part, il éclata en sanglot tel un enfant. c'est à cet instant là que sa vie avait pris une nouvelle tournure quand il entendit cette petite voix lui murmurer : monsieur ! Mon Dieu vous allez bien ?
Et quand il avait relevé la tête, le visage qu'il avait en face de lui faillit lui faire prendre ses jambes à son cou...
Il essuya rapidement ses larmes puis doucement, baissa la tête, sachant déjà qu'il était en train de délirer. Mais pourquoi elle? Pourquoi précisément elle?
- Je m'appelle Abibatou Zeynab Kébé. Vous allez bien?
Il fronça les sourcils la fixant intensément, n'en croyant pas ses yeux. Mais il prit la main qu'elle lui tendait, essayant de camoufler la surprise sur son visage, et surtout tentant de se convaincre qu'il n'était pas dans un rêve : Isaac Mouhamed Cissé !
Mais il était bel et bien dans un mirage, pensait il.
Puis soudain, le noir total...
*FLASH BACK* Quelques Années plutôt
Il devait être 12h45.
L'horloge tourne, les minutes passent et les heures succèdent aux heures ! La famille Cissé se trouve dans une impasse inexplicable, là, impuissante à ce qui était en train de se passer juste devant leurs yeux. Jusque-là, tout est sous contrôle se disait-elle, jusque-là, elle maitrise la situation pensait Coura Mbaye. Mais plus le temps passait, plus elle se rendait compte avec effroi qu'ils etaient en train d'être déguerpis de leur propre maison, et qu'il n'y avait pas pire humiliation que cela !
Sa petite Dieba, la plus fragile de la famille semblait loin, perdue, et regardait aussi impuissante que sa mère.
Rien ne pouvait être fait, tout a été dit et elle comprenait d'où venait cette terrible décision.
Ibou Cissé !
Comment a-t-il pu leur faire ça ? comment a-t-il pu faire une telle ignominie et laisser ces gens venir les sortir de leur propre maison ? comment... comment....
Toutes ces questions se bousculaient dans sa tête, et elle savait, elle connaissait exactement toutes les réponses, mais l'heure n'était pas aux divagations. Leurs bagages sont en train d'être trainées dehors, et le quartier commençait à les entourer.
Elle s'éloigna doucement et croyant être seule, sortit son téléphone de son petit sac et allait composer un numéro quand Mbarika, une de ses voisines s'approcha d'elle : Wa Coura Mbaye ??? li mom ba diam leu ? Lou khew ? (Coura Mbaye rassure moi tout va bien ? qu'est ce qui se passe ?)
- Ah gnoko guissando deh Mbarika (ah je suis aussi choquée que toi Mbarika)
- Wa lougn la wakh ? (Mais qu'est ce qu'ils-t-on dit ?) expliques moi !
Elle servit un sourire dépité à son amie et voisine avant de s'excuser et de s'éloigner. Elle finit de composer le numéro qu'elle gardait toujours en tête et quelques secondes plus tard une voix de femme se fit entendre à l'autre bout du fil : Allo !!
- Bonjour, est ce que je peux parler à Ibou Cissé s'il vous plait ?
- Il dort rappelle plus tard.
Son cœur faillit se déchirer sur le coup et elle soupira avant de murmurer à son interlocutrice qui n'avait quand même pas raccroché : je sais qu'il ne dort pas, passez-le-moi juste et qu'on en finisse. C'est la dernière fois que je vous appelle de toutes les façons.
La femme à l'autre bout du fil souffla avant de lui demander de patienter.
Elle resta presque deux minutes à attendre craignant un moment que son crédit ne s'épuise, mais contre toute attente, Ibou Cissé, était à l'autre bout du fil quelques instants plus tard, agacé d'avoir été dérangé: qu'est-ce que je peux faire pour toi Coura Mbaye ?
- Ibou, c'est toi qui as envoyé ces huissiers pour nous déguerpir tes enfants et moi ?
Il éclata de rire, au grand étonnement de la jeune femme. Mais elle resta zen réunissant tout le calme qu'elle pouvait avoir, et attendit qu'il finisse de se moquer pour avoir la réponse à sa question. Seulement Ibou Cissé était tellement amusé qu'il ne pouvait même pas s'arrêter de rire.
- Coura, tu m'appelles pour ça ? ah parce qu'on est venu vous déguerpir tes morpions et toi que tu te donnes le droit de m'appeler pour me déranger ?
- Ibou, j'ai juste besoin d'une réponse : c'est toi oui ou non ?
- Non ce n'est pas moi, ce sont les gens à qui j'ai vendu la maison. S'ils ont besoin de leur terrain madame, eh bien, vous devez partir. Je te l'avais dit, je t'avais dit de quitter cette maison, mais tu n'en fais qu'à ta tête.
- Ay Ibou loula diaral li ? (Ibou est ce que ça en vaut la peine ?) ou vais-je partir avec mes enfants ? avec NOS enfants ?
- Débrouille-toi Coura !!! débrouilles toi comme tu l'as toujours fait. Tu m'as toujours fait comprendre que ces enfants sont TES enfants juste parce que madame arrive à subvenir à leurs besoins sans rien attendre de moi. Et bien il faut continuer sur cette lancée et me laisser en paix.
- Ok je vois où tu veux en venir. Je te comprends Ibou Cissé. Mais vu que c'est comme ça, je sais au moins qu'on ne déguerpit pas un habitant d'une maison sans préavis.
- Oups, faténa (j'ai oublié) madame a fait les bancs ; bon ils m'ont envoyé tous les préavis j'ai dû oublier de vous les donner.
- Espèce de CONNARD tu n'es qu'un CONNARD doublé d'un crétin Ibou Cissé, mais sache qu'un jour viendra où tu payeras tout ce que tu nous as fait, TU ME LE PAIERAS IBOU CISSE TU N'ES QU'UN....
Sa phrase resta en suspens car son crédit venait de s'épuiser. Elle reprit son souffle, essaya de se calmer et y arriva en pensant à ses enfants. Elle soupira avant de se retourner et de voir presque toutes leurs affaires dehors. Si seulement elle pouvait trouver une solution avant que son fils ne revienne de l'école. Si seulement elle pouvait préserver Isaac de tout ça !
Son petit Isaac qui avait à peine 10 tiges.
Elle n'avait cependant aucune issue, elle avait juste besoin d'un toit où dormir le reste elle pouvait s'en passer. Elle ne voulait surtout pas penser à son mari qui fait tout actuellement pour les faire souffrir. Pour l'instant elle pensera à autre chose, elle pensera à comment faire pour ne pas dormir dans la rue.
Tous leurs bagages étaient dehors maintenant et tous les voisins également. Ils regardaient, impuissants face à leur sort. Coura et Dieba étaient assises à la porte pendant que les agents scellaient la maison. Pas étonnant que personne ne veuille les aider, c'était juste impossible.
Ce quartier de Pikine ouest est le reflet de la précarité. La situation des gens qui y habitent ne leur permettait pas de prendre en charge toute une famille et leurs affaires.
La voisine Mbarika s'approcha encore de Coura qui était plus perdue que jamais : Coura Mbaye, il faut réagir, khana amo ay mbok ? (Tu n'as pas de famille ?) où est ibou cissé ? Est-ce qu'il est au courant de tout ça? Tu nous a dit qu'il est en voyage? Alors il rentre quand? Il faut qu'il vous vienne en aide aussi, ce n'est pas facile de subir cela seule.
Coura resta muette et sourde aux propos de Mbarika. Elle était sous le choc, elle n'arrivait à sortir aucun mot de sa bouche et c'est là qu'un de leur voisin qui venait de voir la scène cria à l'endroit des autres : MAIS QU'EST-CE QUE VOUS ATTENDEZ ???? PRENEZ LES AFFAIRES ET QUE CHACUN EN GARDE QUELQUES UNES CHEZ LUI. CA C'EST UN DEBUT DE SOLUTION. ENSUITE DIEBA COURA ET ISAAC POURRONT DORMIR CHEZ MOI EN ATTENDANT DE TROUVER UNE AUTRE SOLUTION. COURA MBAYE EST LA FEMME LA PLUS SERVIABLE DE CE QUARTIER ALORS NE RESTONS PAS LES BRAS CROISES!
ALLEZ !!!!
Et là, le déclic !!!!!
Tout le quartier s'activait à emballer les affaires de la jeune femme qui, incapable de réagir, ne savait plus à quel saint se vouer.
Mais alors qu'un brouhaha se formait devant ses yeux, elle entendit une petite voix derrière elle.
"Yaye, qu'est-ce qui se passe ici ?"
Quand Coura Mbaye se retourna et vit la trémousse de son fils, elle faillit éclater en sanglot. Pourquoi maintenant ? pourquoi devait il rentrer à cette heure-ci ? que doit elle lui dire ? elle se pencha vers lui : écoute bébé on a un petit problème avec la maison. On va dormir ailleurs aujourd'hui en attendant de trouver une solution.
Elle tendit la main à sa fille qui semblait aussi perdue que triste. Mais Isaac se dégagea doucement d'elle : c'est papa hein ??? c'est papa qui est derrière tout ça ??? C'est lui qui nous a pris la maison. Il l'a donné à son autre femme?
- Isaac, s'il te plait... ne dis pas ça, pas maintenant!
- REPOND MAMAN !!! C'est lui ????
Coura baissa la tête, avant d'essuyer une larme qui lui tombait sur la joue. Elle s'était défendue de pleurer et ce depuis qu'elle avait été au courant des malversations de son mari. Depuis qu'elle était au courant qu'ibou Cissé les avait tout bonnement abandonné pour épouser une autre femme. Avait-il besoin de les jeter en pâture à la rue juste pour vivre son idylle avec son autre femme? Pourquoi ne pouvait il tout simplement pas épouser sa deuxième et les laisser en paix? Coura se posait une multitude de questions qui n'avaient pas encore de réponse.
Mais pour l'instant, l'heure n'était pas aux questionnements.
Son fils, du haut de ses 10 ans était plus intelligent que sa grande sœur de 14 ans. Mais le plus triste dans cette histoire c'est qu' Isaac idolâtrait son père, et jamais il n'aurait cru qu'Ibou Cissé serait capable d'une telle chose. En réalité, Coura faisait tout pour que ses enfants ne détestent pas leur paternel, ce qu'elle ne savait pas c'était que son fils savait absolument tout ce qu'il leur faisait subir. Son abandon, son remariage, TOUT !!! Et son estime envers son père fut en chute libre.
Il resta calme cependant et avait suivit les instructions de sa mère. S'il y a une chose qu'il ne voulait pas malgré son jeune Age, c'est de voir de la tristesse dans le regard de l'une des personnes les plus importantes de sa vie. Il faisait fit de tout son ressentiment et aidait sa famille avec les bagages.
La famille Cissé venait donc d'être déguerpie de leur maison et malgré la précarité de la situation des habitants de ce quartier, une famille avait pu les héberger tous les trois pendant que leurs bagages étaient éparpillés de part et d'autre, dans les maisons alentours.
*Cette histoire est une création originale, dont tous les droits sont reservés à Nana Niang. Toute reproduction ou plagiat fera l'objet de poursuites*
Cette nuit-là, Coura Mbaye n'avait pas fermé l'œil. Entourée de ses deux enfants, elle avait pleuré, tellement pleuré qu'elle s'était sentie malade au réveil. Mais elle devait se lever, elle devait se relever, elle n'avait pas le droit de baisser les bras, c'était juste impensable pensait elle. elle devait faire en sorte de trouver un endroit. N'importe lequel, mais que ça soit un endroit ùu ses enfants pourraient dormir et se concentrer sur leurs cours. Elle tenait aux études plus que n'importe qui.
Cette petite véranda qu'un de leur voisin leur avait aménagé était tout sauf confortable ! il faut donc agir, se disait-elle.
---Isaac Mouhamed Cissé----
Elle a pleuré toute la nuit ! je le sais parce que je n'ai pas dormi. Oui, je n'ai pas fermé l'œil. Comment dormir alors qu'on vient d'être chassé de notre propre maison ? comment dormir alors que mon propre père en est la cause ? comment dormir tout en sachant qu'on risquait de passer nos prochaines nuits dans la rue ?
Je me posai toutes ces questions en regardant ma mère aussi calme que sereine donner des instructions à Dieba.
« Tu iras voir ta tante Madjiguene, tu lui donneras ce bout de papier elle comprendra. Elle mettra la réponse dessus et Dieba Cissé TU NE TRAINES PAS OK? »
Ma sœur hocha la tête en signe de oui avant de sortir. Nous étions tous entassés dans un petit débarras de la maison des Camara. Un petit espace ou on avait réuni quelques-unes de nos affaires personnelles.
Je me précipitais pour prendre une douche rapide et me préparer pour l'école. Je pouvais tout regarder sauf le visage triste de ma mère qui faisait de son mieux pour ne pas craquer.
- Ou vas-tu comme ça Isaac ?
Je sursautai devant sa demande : à l'école.
- Hahaha mon fils sa khel ba ngi dem deh. Nous sommes samedi aujourd'hui.
Je soupirai de dépit avant de m'assoir de nouveau à coté d'elle sur la natte où on avait dormi. Elle me sourit de ses dents blanches avant de me tendre la main : approche !!!
Je me mis à côté d'elle et la regardait. Elle était si belle tellement belle que je me demande pourquoi mon père lui a fait ça. Elle avait des dents blanches très blanches, un visage d'ange et surtout, une belle touffe de cheveux que j'avais hérité d'elle d'ailleurs. Elle n'était jamais triste non ! ma mère n'avait jamais mal, elle était souvent pensive mais jamais triste. Etais ce le visage qu'elle voulait nous montrer ? ou juste une carapace ? si non, alors pourquoi ne pleurait-elle jamais devant nous ?
- Tout va rentrer dans l'ordre tu verras.
Elle me berçait de sa belle voix et j'arrivai à fermer les yeux et à penser à un avenir meilleur pour nous tous.
Dieba était arrivée quelques minutes plus tard, essoufflée. Ma mère avait hâte de lire ce bout de papier qui semblait être le retour de ma tante.
Je la regardais qui essayait de camoufler toutes les émotions qu'elle devait ressentir en lisant le message. Mais après lecture elle se leva soi-disant pour aller aux toilettes ;
Quand elle s'éloigna, je pris le bout de papier que je dépliai. Mais avant même de commencer à lire, Dieba me murmura : Isaac tu ne devrais pas lire ça !
- Occupe-toi de tes oignons !!!
On n'a jamais eu de bonnes relations avec ma tante. De toutes les façons, on ne la voyait que très rarement mais elle était toujours aussi désagréable que ma grand mère.
*Cette histoire est une création originale, dont tous les droits sont reservés à Nana Niang. Toute reproduction ou plagiat fera l'objet de poursuites*
Maman lui avait écrit : bonjour Madjiguene je sais que tu ne décrocheras pas si je t'appelle raison pour laquelle j'envoie ma fille. On nous a déguerpie de chez nous, les enfants et moi, et on risque de dormir dans la rue si tu ne nous aide pas. Je sais que je vous ai désobéi dans le passé maman et toi, je sais aussi que vous ne vouliez pas qu'Ibou Cissé entre dans ma vie. Oui vous aviez été les premières à me demander de réfléchir et j'ai refusé de vous écouter. Aujourd'hui je suis en train de vivre tout ce contre quoi vous m'aviez mise en garde. Je te demande juste de m'aider !!! aide moi madjiguene !!!
Mais sa réponse était sèche, courte mais très claire : ma chère sœur, il fallait y penser il y a 15 ans. Bref ! venez tous chez moi avec vos bagages. Mais je te préviens maman est là !
Entendant les pas de ma mère, je repliais le bout de papier avant de le remettre à sa place et quand je rencontrais le regard de ma sœur, j'en conclu qu'elle aussi avait lu le message. Au moins elle et moi étions d'accord sur une chose : il nous sera impossible de vivre avec notre grand-mère qui ne nous a jamais considéré comme ses petits-enfants. Mais à ce stade avons-nous notre mot à dire ?
Maman était revenue les yeux tout rouges, mais elle avait comme une nouvelle détermination. Elle sortit quelques pièces de son portefeuille qu'elle tendit à ma sœur : vas nous acheter à manger pour le petit déjeuner on part chez tata Madjiguene !!!
Elle se tourna vers moi : approches bébé ! Lo beug ndeké tay ? veux-tu des omelettes de chez nabou ?
- Mais c'est chère maman !!!
- Ce n'est pas grave chéri. Dis-moi juste et je...
- Non maman je préfère du pain et du thon.
Elle me sourit avant de se tourner vers Dieba : et toi mon amour qu'est ce que tu veux manger ?
- La même chose qu'Isaac.
- Ok alors court le temps qu'on range tout ton frère et moi. Allez Isaac lève toi, on se prépare.
- Et toi maman, tu ne manges pas ? lui demanda Dieba au pas de la porte
- Non ma chérie je prendrai juste du quinquéliba et le père de Souleymane dit qu'il va nous en apporter dans quelques minutes. Achète juste pour ton frère et toi.
Quand ma sœur sortit, elle se tourna vers moi et me demanda de m'approcher d'elle. Je le fis, mais la tête baissée, elle me caressa les cheveux !
- Mon fils, écoute, tout ça ce n'est rien, absolument rien. C'est juste une mauvaise passe et je sais que ta tante madjiguene vas nous aider ok ? alors ne fait pas cette tête !!!
- Et toi yaye, ça va ?
Ma question avait l'air de la surprendre. Mais, Elle hocha la tête en signe de oui et sans difficulté, je la voyais refouler ses larmes. Je me blottis tout contre elle en me promettant une chose !!! je lui sècherai ces larmes un jour, je ferai en sorte qu'elle ait le visage le plus heureux de la planète, mais surtout, je ferai payer mon père, oui, IBRAHIMA KHALIL CISSE PAIERA POUR TOUT LE MAL QU IL A FAIT A MA MERE.
Chapitre 2
*Isaac Mouhamed Cissé*
Nous avons fini de nous installer chez ma tante. Je ne suis venu dans cette maison qu'une seule fois, et la deuxième, est le jour où je dois y vivre.
Ironie du sort.
On nous avait donné une chambre tout près de la sortie. C'est à croire qu'ils ne veulent pas voir nos tronches, pensais-je en souriant.
Notre arrivée s'était faite de manière si sobre et personne n'était sorti nous accueillir si bien que je me demandais si vraiment des gens vivaient encore dans cette grande maison.
Cependant, nous avons un toit, et c'est l'essentiel.
- Tu penses à quoi ?
La voix de ma sœur m'avait interrompu dans mes pensées.
- à rien de spécial. Dieba, dis-moi, tu penses que maman est en train de se disputer avec tata et grand-mère ?
- Je ne sais pas Isaac, j'espère que ce n'est pas le cas. Tu as faim ? maman dit que si nous avons faim on peut prendre l'argent qui est dans la commode.
- Non je n'ai pas faim !
Je me levai et me mettais sur le lit.
Je regardai encore autour de moi et tout était bien rangé. Malgré l'étroitesse de cette chambre, nos affaires avaient fini par y tenir.
La pièce se trouve dans une partie de la maison très éloignée des autres pièces.
Elle avait servi de débarras, avais-je entendu dire.
Mais ce qui m'étonnait était autre chose. En réalité, ma tante est une femme extrêmement riche, une femme qui ne ménage aucun effort pour se faire énormément d'argent. Pas de mari, juste deux filles et un garçon : Oureye, Astou et Babacar Kane.
On n'avait pas vraiment d'affinités et je ne les avais pas vus depuis notre arrivée.
Ils ne se mélangeaient pas à nous pour être honnête.
Il était 20h et toujours pas l'ombre de ma mère. Elle discutait avec sa famille certes, mais j'avais besoin d'elle, besoin de l'avoir à côté de moi, besoin de sonder son visage pour connaitre ses humeurs.
Je me levai doucement avant que Dieba ne m'interrompe : tu vas ou Isaac ?
- Chercher maman !
- Mais pourquoi ? tu es débile ou quoi ? elle dit qu'elle ne veut pas être dérangée. Reste ici !
- Je ne resterai pas ici. Ces deux femmes ne l'aiment pas donc je ne...
« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? »
Ma mère venait de faire irruption dans la pièce, souriant en même temps.
Je bégayai
- Je croyais que...
- Mais non Isaac, Madjiguene est ma sœur, et ma mère aussi éprouve du plaisir à me voir ici. Il fallait juste qu'on règle certains détails pour qu'on puisse nous installer définitivement. Alors qu'est ce que vous voulez manger ?
Dieba se racla la gorge : euh maman, je pensais qu'on allait manger avec les autres.
Ma mère soupira puis nous regarda à tour de rôle : il faut que je vous débriefe sur le comportement à tenir dans cette maison !!!
C'est là que je compris que toute notre vie allait vraiment changer et ce à tout jamais !
J'écoutais ma mère nous dire ce qu'il fallait faire ou pas. Je l'écoutais nous interdire de nous approcher de tante Madjiguene et de sa famille. Chose que je ne comprendrai jamais. Mais j'acquiesçai et Dieba aussi. De toutes les façons, à en croire ce qu'elle raconte, on sent clairement qu'ils ne nous aiment pas, mais bizarrement, cela faisait énormément de bien de le savoir, pensais-je en décidant de me concentrer sur mon cahier de géographie.
Ainsi donc, on faisait tout pour nous, le petit déjeuner, le déjeuner et le diner. Et 5 jours passés dans cette maison où je ne voyais pas l'ombre de l'autre famille ;
J'avais fini par croire qu'on vivait seuls jusqu'à ce samedi, où tranquillement, prenant le petit déjeuner ensemble, on entendit un bruit de pas venant vers notre chambre.
On s'était tous arrêtés car pas vraiment habitués à avoir de la visite. Et soudain, Tante Madjiguene était au pas de notre porte, nous regardant avec mépris.
- Bonjour Coura, je peux vous parler ?
- Oui bien sûr, les enfants levez-vous et dites bonjour à votre tante.
Mais ma tante se précipita pour nous stopper dans notre élan : non non ce n'est pas la peine, je voulais juste vous parler d'une chose. Coura, il faut que Dieba participe de temps en temps aux tâches ménagères.
- Bien sur cela va de soi, ses sœurs Oureye et Astou...
Elle l'interrompt : non je parle de Dieba Coura, Dieba tout court. Après avoir mangé tu vas voir Rokhaya la bonne elle t'apprendra des choses et tu pourras te rendre utile. Lança-t-elle à l'endroit de Dieba. Celle-ci baissa la tête, l'air prise de haut.
Ma mère ne répondit pas. Mais ma tante continua : et Isaac aussi peut se rendre utile, le jardin et les herbes derrière la maison...
- Madjiguene Isaac à juste 10 ans et il....
- Coura, da nga faté lignou wakhtané wone wala ?
(Coura tu as oublié notre compromis il le me semble ?)
Ma mère baissa la tête et ma tante de continuer.
En fait, je n'écoutais plus ce qu'elle disait me contentant tout simplement de fixer ma mère, de la sonder comme j'avais l'habitude de faire.
- .... Tu m'écoutes Isaac ?
Je me tournai pour lui faire face, plantant mes yeux dans les siens ! elle s'arrêta net de parler comme si elle avait reçu une douche froide.
Elle détourna aussitôt le regard alors que je la regardais. Elle se tourna vers ma mère.
- Madjiguene, on fera tout ce que tu voudras inchalla ! ne t'en fais pas !
- Tant mieux alors !
Elle sortit comme elle était entrée me mettant dans une colère noire.
***PVE***
La vie de la famille Cissé dans cette grande et belle maison allait leur couter cher. Mais avaient-ils le choix ?
La vie suivait son cours cependant et ils furent obligés de se conformer aux règles de Madjiguene Mbaye. Plus de nouvelles de leur père et d'ailleurs ils n'en demandaient pas vraiment.
Coura avait un petit travail de ménagère dans un quartier huppé de la ville. Tous les jours, elle se rendait à fann hock et se chargeait du ménage de plusieurs appartements en même temps pendant que ses enfants allaient à l'école.
Elle rentrait toujours très fatiguée et comme elle n'avait pas de cuisine pour préparer à manger, elle faisait en sorte d'acheter deux plats de riz, emballés dans deux barquettes et ils pouvaient manger tous les trois.
Pour le diner, c'était simple. Des menus pas trop compliqués. Du couscous avec un peu de lait, du pain parfois, acheté à la boulangerie, accompagné de lait caillé. Et quand arrivait la fin du mois, ils pouvaient prétendre à un poulet entier qu'ils mangeaient avec appétit.
Coura regardait ses enfants avec amour !!!! tous les soirs, elle s'assurait de leur donner mille et une raisons de continuer à se battre. Et elle le réussissait très bien.
En effet, leur vécu dans la maison devenait de plus en plus dur. Et à chaque fois qu'ils étaient confrontés à de telles difficultés, Dieba et Isaac pensaient à ce que leur mère leur disait tous les soirs.
Dieba elle, avait de réelles difficultés à allier ses études et les travaux ménagers. Elle faisait de son mieux mais ne le réussissait pas. Au début, Coura avait compris que les filles de sa sœur participeront également à l'exécution des tâches domestiques, mais elle ne se doutait pas que sa fille à elle seule faisait : le petit linge de Oureye, Astou et Babacar, la vaisselle de toute la maison ainsi que quelques autres commissions entre le marché et la boutique. Sans compter une domestique qui faisait tout pour lui rendre la vie impossible.
Isaac quant à lui ne se pliait pas aux exigences de la grande royale, comme il aimait l'appeler. Il s'occupait de ses cours et rien d'autre.
Cependant, maman Coura n'était pas au courant de tout ce que sa fille vivait dans cette maison jusqu'au jour où, un peu malade elle avait décidé de ne pas aller travailler.
Bien sûr, Isaac et Dieba étaient à l'école laissant Coura seule. Mais alors qu'elle se reposait tranquillement, elle entendit la voix de Rokhaya, la domestique, à la fenêtre de leur chambre : « laisse ça Banna, après avoir fait le linge tu n'as pas besoin de nettoyer, Dieba le fera après »
« Ay Rokhaya, laissez cette petite se reposer. Elle est une écolière et j'en suis sûre qu'elle n'est pas concentrée à l'école à cause de la façon dont vous l'acculez ! »
- Occupe-toi de tes oignons Banna. C'est sa tante qui m'a donné des instructions claires. Cette famille ne peut pas vivre ici gratuitement, alors il faut qu'ils mettent la main à la patte.
Coura était tellement peinée qu'elle en avait pleuré toutes les larmes de son corps. Elle était ainsi restée sur cette position pendant un bon bout de temps avant de se lever et de se décider à prendre une douche. Il fallait qu'elle réfléchisse à leur sort, il fallait qu'elle trouve un moyen de sortir ses enfants de cette maison. Mais comment ? se demandait elle en sirotant son café froid.
*Cette histoire est une création originale, dont tous les droits sont reservés à Nana Niang. Toute reproduction ou plagiat fera l'objet de poursuites*
Elle était moralement épuisée, et avait juste une envie de vivre une vie tranquille avec ses mômes ; Mais elle se rendait bien compte que ce n'était pas chose facile, se disait-elle.
- Bonjour maman !
La voix de sa fille la tira de sa léthargie, mais elle se ressaisit et lui murmura : bonjour bébé ! tu as fini tôt aujourd'hui ?
- Euh oui. En fait-on... Euh maman je....
Elle releva soudain la tête ne comprenant pas ce qu'il se passe avec sa fille.
- Qu'est ce qui t'arrive Dieba ????
- En fait maman, j'ai apporté mes notes du premier semestre.
Coura fronça les sourcils. D'habitude, Dieba était si pressée de montrer ses notes pour la simple raison qu'elle travaille bien à l'école. Mais là, elle voyait une sorte de tristesse sur son visage.
- Je peux voir ?
Elle soupira, s'assit à côté d'elle avant d'ouvrir son sac et de sortir une feuille pliée en deux puis la tendit à sa mère.
Quand Coura délia le bout de papier, elle faillit tomber dans les pommes.
- DIEBA ???? C'EST QUOI CA ????
- ....
- 4 en math, 2 en GEOGRAPHIE ??????
- Maman je...
- Mais qu'est ce qui te prend Dieba ????
Des larmes coulèrent soudain sur le visage de sa fille. Coura savait qu'elle ne dira jamais ce qu'elle vivait dans la maison et, elle s'adoucit.
- Parle-moi Dieba. Dis-moi ce qui t'a empêché de bien travailler.
- Maman tu nous a formellement interdit de raconter...
- Cette fois ci je te l'autorise.
La petite essuya ses larmes avant de commencer. Et pendant toute la durée de son récit, Coura avait juste la confirmation de cette bribe de conversation qu'elle avait entendu entre la lingère et Rokhaya. Elle écoutait attentivement et quand elle finit, elle lui prit la main et lui demanda de la suivre.
Bien sûr, son cœur de mère s'était révolté, et elle avait voulu aller régler cela avec sa sœur. Mais sur le chemin, en allant dans cette plus grande partie de la maison, elle rencontra sa mère !
- Loy def fi Coura (qu'est ce que tu fais ici)???? on ne t'avait pas dit de ne pas t'approcher de cette partie de la maison ?
- POURTANT VOUS N'INTERDISEZ PAS À MES ENFANTS DE S'Y APPROCHER DU MOMENT OÙ ILS FONT TOUTES LES TACHES MENAGERES DE CETTE MAISON, OU PRESQUE ....
Mère yakhara !
Une femme aussi méchante qu'aigrie !!!
- COURA MBAYE C'est à moi que tu parles comme ça ? moi ta mère ?
Elle baissa la tête avec une forte envie de pleurer mais au même moment, Madjiguene qui avait surement entendu tout le bruit les avait rejoint.
- Yaye qu'est ce qu'il se passe ici ?
- Ah khana ta sœur, elle se permet de mal me parler et de nous accuser d'être les raisons de l'échec scolaire de ses rejetons !
Coura écarquilla les yeux : ay yaye !!!!
Mais Madjiguene s'approcha dangereusement de sa sœur avant de lui lancer : qu'est-ce que tu as fait Coura ? qu'est-ce que tu nous reproches vas-y je t'écoute.
Mais Coura était juste amusée par le ton que sa sœur avait utilisé pour lui parler. Elle soupira avant de lui répondre de la même façon : Madjiguene, je sais que le fait que je sois ici ne te plait pas, ni à toi ni à notre mère. Je te demande juste de laisser mes enfants en paix.
- MAIS IOW COURA DIMBALIGNOU AK MES ENFANTS. KHANA IOW REK YAFI AM DOM ??? HEIN ???? (fous nous la paix avec tes enfants. Tu penses être la seule à en avoir ?)
Elle sourit à sa sœur et lui murmura : waw Madjiguene, mane rek mafi am dom. Samay dom au moins yarr nalene fimalene wara yarei. Soudoule wone sa diank douma meuss kham metite bi ngene tekk sama dom(oui, je suis la seule à avoir des enfants. N'y étais ta bonne, je n'aurai jamais su le calvaire que vous faites endurer à ma fille) ; elle n'est pas votre boniche encore moins votre esclave.
- VA TE FAIRE VOIR COURA. MANE DOUMA SA MOROM (je ne suis pas ton égale) SURVEILLE TON LANGAGE QUAND TU ME PARLES.
Leur mère s'interposa entre elles avant qu'elles n'en viennent aux mains, mais madjiguene lui jeta à la figure ces mots qu'elle n'oubliera jamais : de toutes les façons, mane ma takh ngene di doundeu, soudoul wone mane si mbedd mi ngene di fanane. Tei war nga santeu sama yaye boubakh nakheté mom moma wakh ma sarakh lene bayilene ngene deuk si keur gui. Imbecile(c'est grâce à moi que vous vivez, n'y était moi, vous alliez dormir à la rue. Et puis, tu dois remercier ma mère car c'est elle qui m'a demandé d'avoir pitié de vous).
Coura n'avait rien dit, elle n'avait rien répondu. Elle s'était juste contentée de prendre la main de sa fille et de l'emmener hors de cet endroit. Et ce qu'elle ne savait pas c'était que son fils avait tout vu et tout entendu. Quand elle entra enfin dans la chambre, isaac les avait devancé dans la pièce. Il lui murmura : ne t'en fais pas maman ! elles vont toutes payer ce qu'elles viennent de te faire subir.
Maman Coura sourit à son fils avant de s'asseoir à même le sol, la tête entre les mains. Ses enfants ne disaient rien, se contentant juste de la regarder puis doucement, elle leva la tête avant de leur souffler : préparez vos affaires on part. prenez juste le nécessaire quand on sera installés, j'enverrai quelqu'un récupérer le reste.
Isaac et Dieba s'étaient donc précipités de prendre leurs affaires personnelles et la nuit tombée, ils avaient quitté cette maison pour une destination inconnue.
La nuit était longue et très terrifiante, mais en sortant de la maison de sa sœur par fierté, Coura Mbaye était loin de se douter qu'elle dormirait sur les bancs du jardin public de la Sicap, avec ses enfants.