Partie 1
Héléna
Ils se sont surnommés le Peuple Libre. Des Loups qui vivent ensemble à la lisière de l'humanité sans pour autant s'y mêler. Il y a bien longtemps déjà que notre existence est connu de tous, pour autant, nous n'avons pas tous eu la même réaction. Pour les autres, le plus important reste le groupe, l'ensemble, la famille, comme ils le disent. Ils n'aiment pas côtoyer les humains, à leurs yeux, ils leurs sont inférieur, bien loin de leur statut.
Pour eux, la pureté du sang prime. Le groupe se doit d'être pur, de conserver toutes ces forces, sa puissance. Notre Roi est très clair sur le sujet. C'est lui qui dicte les règles, comme son prédécesseur avant lui. Si on l'écoute, il fait ça pour notre bien, pour nous protéger des humains qui nous ont chassé jadis, mais je doute qu'il n'y ait que ça. J'ai eu longuement l'occasion de l'entendre prononcer des discours, sur le bien fondé de la protection de notre territoire. Sur le fait que les humains sont dangereux pour nous, des créatures assoiffées de sang et de conquêtes qui n'hésiteraient pas à nous disséquer uniquement pour en savoir plus sur nous, sur la manière dont nous nuire.
Personne ne peut contester son autorité. Absolument personne, car bien qu'il y ait des Alphas dans chaque meute, il est le plus grand, le plus fort, celui qui impose sa volonté et que nul n'oserait contre dire. Il en va ainsi dans la hiérarchie des Loups. Le Roi décide et les Alphas font respecter son autorité, portent sa voix afin que tous l'entendent.
Si je connais aussi bien toutes ces règles, toutes ces traditions, c'est que je suis l'une d'entre eux. Je suis née parmi les Loups, j'ai grandis avec eux, jusqu'à ce que je devienne une adulte le jour où j'ai fais la connaissance de ma Louve. Jusqu'à ce jour là, je n'avais jamais fais de vagues, je me contentais de suivre le mouvement, de faire ce qu'on attendait de moi, bien qu'en étant un peu trop curieuse. Travailler pour la meute. Faire ce qu'on me demandait uniquement pour faire en sorte que la meute perdure, grandisse, devienne de plus en plus puissante.
Même si nous autre les Louves, nous n'avons pas un rang inférieur aux mâles, nous avons consciences que c'est sur nos épaules que reposent la responsabilité de faire vivre la prochaine génération. Nous nous devons de trouver notre compagnon et de porter ces enfants. Dans le fond, je n'ai rien contre, après tout, fonder sa famille, avoir des enfants et une personne aimante, une âme sœur. ça n'est sûrement pas la pire des choses, mais voilà, j'aspire à autre chose. à un autre avenir, loin de toutes ces lois. Loin de toutes ces règles qui nous privent de découvrir ce monde extérieur, cet univers emplie de toutes ces nouveautés qui m'étaient inconnu.
Je pourrais vous dire que c'est pour cette raison que je suis partie, que c'est pour découvrir le vaste monde que j'ai fuis ceux de ma race, mais ça n'est pas complètement la vérité. Il est vrai qu'une fois que j'ai fais la connaissance de ma Louve, je me suis sentie attirée par le monde extérieur et ces curiosités. Je voulais voir ce qu'il y avait au delà de nos frontières, savoir comment les humains vivent alors qu'ils semblent si fragile. C'est d'ailleurs à cause de ça que je l'ai rencontré pour la première fois. Car j'avais eu l'audace de m'éloigner de nos frontières sans autorisation, de les passer pour voir de mes yeux ce monde qui nous est interdit.
Bien entendu, je me suis fais prendre. Le Bêta de ma meute m'a surprise alors que je m'éclipsais en pleine nuit et il n'a pas hésité à me livrer à mon Alpha. Même si il en était de sa responsabilité de me punir, il a prit une autre décision, me conduire face au Roi afin de faire de mon cas un exemple pour tout les autres, pour tout ceux qui comme moi, on des envies d'ailleurs, d'autre chose, de découvertes.
Je me suis donc retrouvée, à tout juste dix huit ans, menottée, entourée de mon Alpha et de son Bêta, à attendre le jugement de notre Roi, à genoux comme une vulgaire esclave. Ce que je ne savais pas, c'est que ma vie allait changer du tout au tout ce jour là. Je pensais obtenir une bonne punition, voir des corvées supplémentaires afin que j'intègre où était ma place, sauf que lorsqu'il est entré dans la pièce. Lorsque ce Roi que je vénérais à distance et que je n'avais pas revue depuis ma première transformation est arrivé, j'ai immédiatement compris.
Ma Louve a aussitôt réagit, faisant automatiquement changer mes yeux de couleurs. Impossible me hurlait mon esprit alors que mon corps lui, se réchauffait déjà rien qu'en étant face à lui. Comment une simple Louve comme moi, sans aucun statut particulier, peut être la compagne du Loup le plus puissant de notre race. Du seul et unique Roi. De celui qui nous gouverne tous.
Je me suis sentie prise au piège, j'ai paniqué. Cet être que je ne connaissais que par ces discours et la crainte qu'il aspire sentait tout comme moi, qu'au fond, nous étions fait pour être ensemble. Il a ordonné qu'on me détache et qu'on nous laisse seul. Je suis moi même un prédateur mais sur l'instant, je me suis sentie minuscule, fragile, une vulgaire proie face à une mort certaine.
- à moi, a t-il dit comme une évidence. Tu es à moi.
Sauf que moi, je ne voyais pas les choses sous cet angle. Je ne peux lui appartenir, c'est impossible. Sa vison des choses, du monde est complètement différente de la mienne. De plus et même si l'âge n'a pas tellement d'importance pour les nôtres, il est plus âgé que moi, de plus de dix ans. Je me souviens encore de sa manière de s'approcher de moi, de ce sourire sur ces lèvres pourtant pulpeuses, de cette démarche, animale, de cette odeur enivrante. Mon corps voulait succomber, sans même se battre, ma Louve, elle était envahit d'un sentiment de fierté sans égale, mais moi, moi, j'avais peur. Peur de me perdre. Peur de n'être au final qu'un simple objet de plaisir. Peur de devenir un ventre sur pattes qui n'aurait pour but que de donner naissance à sa descendance.
- Tu vas rester ici, a t-il dit sans se soucier de même connaître mon prénom. Tu vas rester dans cette maison et devenir ma compagne.
Sa voix était si grave que je me sentais trembler sans pouvoir me contrôler. Trop jeune pour vivre tout ça, trop jeune pour ressentir tout ça, c'est tout ce à quoi je pensais, à ça et à ce que les autres diraient une fois qu'ils le seraient. Car nul doute que la nouvelle allait se répandre, nul doute que d'ici quelques heures, tout les Loups du continent seraient au courant. J'imaginais déjà les messes basses derrière mon dos, les regards sur mon passage alors que tant d'autres Louves auraient aimé être à ma place.
Il a continué à s'avancer en passant sa langue sur ces lèvres. Un long frisson m'a parcouru alors que je l'imaginais déjà me dévorer, m'engloutir pour que je finisse par n'être que son ombre. Je suppose que lorsqu'on est un Roi, on a l'habitude de tout obtenir, de tout avoir rien qu'en claquant des doigts. Seulement moi, je n'étais pas d'accord avec tout ça. Moi, je ne voulais pas me retrouver emprisonnée entre ces griffes. Moi, je voulais simplement vivre ma vie et découvrir ce vaste monde.
Plus il se rapprochait et plus je me tassais sur moi même, terrorisée par sa présence, par ce qu'il désirait de moi. Il a tendu sa main vers moi, pensant probablement que j'allais la saisir mais je n'ai pas pu. En le faisant, je savais que j'allais sceller mon destin et ça, c'était impensable. Inimaginable. Pas comme ça, pas avec lui, le plus grand de tout les Loups, le seul et unique Roi.
Rien qu'à son grognement, j'ai compris que ma réaction ne lui convenait pas. Il aurait certainement aimé que je me jette dans ces bras et même si la douleur était aussi cuisante qu'une lame chauffée à blanc, même si mon cœur battait si vite et si fort qu'il était à deux doigts d'exploser, même si ma Louve m'implorait de réagir, de le suivre, je me suis contentée de me replier sur moi même en baissant la tête.
- Mais à quoi tu joues bordel, tu ne le sens pas? a t-il demandé avec une voix proche de la colère.
Bien sûr que je le sentais. Comment aurais-je pu ignorer ce qu'il se passait en moi, cette attraction si forte, si puissante que j'aurais tout donné pour y succomber, mais mon esprit continuait de tout analyser, de tout envisager. Je crois avec le recul que ça tient du miracle. J'ai réussis à garder la tête froide. J'ai réussis à ne pas flancher, à ne tomber à ces pieds comme l'aurait fait bien d'autres Louves à ma place.
Je suppose qu'il a vécu les choses autrement mais pour moi, le silence a semblé durer des heures, des heures entières, jusqu'à ce que son Bêta ne finisse par arriver.
- Je veux qu'on lui prépare une chambre. Place des gardes devant sa porte. Personne n'a le droit de l'approcher ou de lui parler à part moi. Tu diras aux Louves de donner ces repas aux gardes, se sont eux qui lui apporteront. Est ce que je me suis bien fait comprendre?
- Parfaitement mon Roi.
Durant ce court échange, je n'ai pas prononcé le moindre mot, je n'ai pas bougé d'un seul millimètre. Je suis restée immobile tout en sachant qu'il n'allait pas m'oublier aussi facilement. Son Bêta m'a attrapé par le bras et m'a tiré à sa suite. Je n'avais aucune idée de l'endroit où on m'emmenait. Tout ce que je savais, c'est que j'étais terrorisée et je me suis mise à pleurer sans pouvoir me retenir. Quelques minutes plus tard, je me suis retrouvée enfermée dans une chambre. Seule, dans un lieux inconnu. Seule avec la crainte de le voir passer le pas de cette porte qui n'était pas la mienne.
J'ai attendu, assise sur le lit. Laissant les heures glisser lentement, refusant de toucher au repas qu'on m'a apporté, luttant pour ne pas m'endormir une fois la nuit tombée. Jusqu'à ce qu'au petit matin, il vienne me voir. Je ne sais pas si il l'a fait volontairement, mais il avait changé de style de vêtements, pour un look un peu plus décontracté. Jean, tee-shirt, baskettes. Je dois avouer que je l'ai trouvé vraiment beau ainsi habillé, mais après m'être mordu la lèvre pour ne pas craquer, je me suis renfermée sur moi, imaginant déjà le pire.
- Est ce que tu as eu le temps de te faire à l'idée? a t-il demandé comme si ça pouvait être le cas.
Il n'obtient que mon silence en réponse. Un silence qui voulait déjà en dire long. Un soupire s'est échappée de ces lèvres alors qu'il s'est assit à mes côtés. J'avais l'impression de sentir sa chaleur, de la percevoir comme si elle était palpable.
- Je n'avais pas imaginé que ça se passerait comme ça, a t-il dit. J'imaginais que le jour ou je trouverais enfin ma compagne, elle serait heureuse, j'imaginais qu'elle se serait empressée de me le faire savoir.
J'avoue que pour ma part, je n'avais pas encore envisagé tomber sur mon compagnon, ni même pensé à la vie que nous aurions. Et pourtant, alors que je venais juste de passer à l'âge adulte, je devais bien admettre que la vie venait de choisir pour moi et que oui, je venais de trouver mon compagnon, mon Roi, le seul que je n'aurais jamais envisagé avoir.
- Est ce qu'on peut au moins parler un peu, a t-il demandé d'une voix plus douce qui m'a fait frissonner.
Parler? Mais parler de quoi? Du fait qu'aucun de nous n'avait la même vision des choses, de la vie, du monde. Je me souviens avoir ouverts la bouche pour lui répondre sans qu'aucun son ne puisse sortir de ma gorge. Qu'est ce que ça aurait changé? Un homme tel que lui, un Roi tel que lui ne se plie certainement pas à la volonté des autres, sous aucun prétexte. ça n'est pas en faisant des compromis qu'il a réussit à accéder à ce trône.
- Je ne te marquerais pas de force, a t-il ajouté probablement pour me rassurer.
Une part de moi avait envie d'y croire, vraiment. Pourtant, au fond de moi, une petite voix me murmurait que ça ne serait pas aussi simple. Que nous serions incapable de rester ensemble, dans la même maison, sans céder, sans succomber à l'appel de la chaire, de notre destin.
- On pourrait peut-être faire connaissance. Parler de nos vies, de nos familles respectives, histoire d'en apprendre plus sur l'autre? Qu'est ce que tu en penses? a t-il demandé comme si il venait de trouver la solution à notre problème.
L'idée aurait pu être bonne, mais je savais déjà qu'aucun de nous n'aurait pu se contenir très longtemps. J'aurais certainement cédé la première, capitulée en me pliant à sa volonté. Puis perdu dans toutes ces sensations, je l'aurais sûrement laissé me marquer, le laissant ainsi m'emprisonner derrière des barreaux dorés.
- Peut-être que tu as encore besoin d'un peu de temps? a t-il dit d'une voix emprunte de mélancolie.
Il n'y a rien de pire pour un Loup d'avoir son âme sœur à porté de main sans pour autant être en mesure de l'atteindre. Bien entendu, il était plus fort que moi, il aurait pu me contraindre, me forcer à faire de moi sa compagne officielle, mais si il l'avait fait, il savait que même avec le temps, même après des années, j'aurais été incapable de l'aimer.
La douleur a été aussi intense pour moi que pour lui quand il s'est levé. Ma Louve le voulait tellement qu'elle était inconsolable et je crois que lorsqu'il s'est éloigné de moi pour poser sa main sur la poignée de la porte, mon cœur s'est brisé.
- J'ai du travail. Je dois te laisser mais je reviendrais et j'espère que la prochaine fois, je pourrais au moins entendre le son de ta voix, a t-il ajouté avant de me laisser.
J'aurais aimé lui répondre, lui dire tout ce que j'avais sur le cœur, lui expliquer que je n'avais rien contre lui, absolument rien, mais que je n'étais simplement pas prête, pas encore et peut-être même jamais, car si il est Roi, ça aurait fait de moi sa Reine. Une Reine sans plus aucune liberté. Une Reine tenue par des obligations. Une Reine avec bien trop de responsabilités.
Je suis restée assise sur le lit encore de longues minutes jusqu'à ce que complètement épuisée, je finisse par m'endormir. Une fois réveillée, je me suis mise à faire les cent pas, à tourner en rond par manque d'activité, jusqu'à ce qu'il revienne le soir, sans obtenir plus de résultats. Durant trois jours, il est venu me voir tout les matins et tout les soirs, essayant de parler avec moi sans comprendre que cette proximité ne faisait que m'effrayer d'avantage.
Le quatrième jour, j'ai tout d'abord été surprise de ne pas le voir venir au petit matin, avant d'en être presque soulagée. La lutte avec ma Louve était intense et épuisante, pour chacune d'entre nous. Sans avoir rien d'autre à faire, j'ai passé la journée face à la fenêtre à regarder à l'extérieur, toutes ces Louves lui faire des courbettes, attendre un regard de sa part, un sourire, une attention, un geste. Le soir venu, je me suis couchée en attendant que le sommeil arrive et c'est dans la nuit que les choses ont prit une toute autre tournure.
Il s'est glissé dans ma chambre pendant que je dormais. J'ai mis quelques minutes à comprendre qu'il était là mais quand j'ai ouvert les yeux, quand je l'ai vue avec l'éclat de son Loup dans le regard, j'ai su, que la patience n'était pas sa plus grande qualité. Il empestait l'alcool. Avec le recul, je me dis qu'il a sûrement bu ce soir là uniquement parce qu'il souffrait autant que moi. Il n'était plus maître de lui même. Le Loup en lui prenait petit à petit le dessus sur sa raison.
Il s'est approché de moi, d'une démarche peu assurée. Je pouvais voir ces crocs luirent sous l'éclairage de la Lune. J'ai replié mes jambes contre ma poitrine. Ma respiration s'est accélérée, j'aurais aimé fermer les yeux, mais j'avais peur de le faire, peur de ce qu'il allait me faire. Il s'est jeté sur moi et a attrapé mes poignés pour les plaquer contre le matelas. Malgré sa présence et ma crainte grandissante, je me souviens avoir tremblée en percevant son odeur dissimulée sous celle de l'alcool. Il était si fort, si puissant et moi totalement désarmée. Il s'est allongé sur moi de tout son être, m'écrasant presque sous son poids. Je me rappelle m'être débattue, avoir tenté de le repousser en vain. Alors, comprenant que j'étais loin de pouvoir rivaliser avec lui, je l'ai supplié. Pour la première fois depuis que j'étais arrivée chez lui, je lui ai parlé, pour l'implorer de me laisser.
- Ne fais pas ça, je t'en supplie. Ne fais pas ça.
Il m'arrive encore de revoir cet instant en rêve et de m'entendre lui répéter ces mots inlassablement. Mais lui, il s'est mit à grogner pour toute réponse, à grogner si fort que je me suis mise à pleurer sans pouvoir me retenir. Je me dis que le déclic est peut-être venu de là, de mes larmes qui dévalaient mes joues, de mes cris alors que j'implorais la déesse de la Lune de me libérer de ce fou, de ce Roi. Il s'est redressé et m'a longuement regardé avant de me lâcher et de s'asseoir sur le bord du lit en se prenant la tête dans les mains.
Je l'ai regardé, l'ai entendu soupirer et prononcer des paroles que je n'ai pas pu comprendre. Et puis, sans que je ne sache vraiment pourquoi, je crois que j'ai eu pitié de lui, j'ai eu mal de le voir ainsi, si perdu, regrettant ce qu'il venait de faire.
- Je suis désolé, a t-il dit. Tellement désolé. Te savoir ici alors que tu me rejettes est si douloureux. Tu refuses même de m'adresser la parole, de me regarder. Mon Loup te veux et moi aussi. Mais je ne veux pas te faire de mal, je ne veux pas que tu souffres à cause de moi. Dire que je pensais que le jour ou je rencontrerais ma compagne, je serais le Loup le plus heureux du monde et regardes moi, regardes ce que j'ai faillis te faire. Je vais devenir fou si ça continue ainsi. Complètement fou. Je ne pourrais pas me retenir éternellement, je ne pourrais pas rester à distance en attendant que tu te décides à accepter le fait que nous sommes fait l'un pour l'autre.
J'ai mis quelques secondes à comprendre le sens de ces mots, à imprimer ce qu'il essayait de me dire. Alors, je lui ai parlé et nous avons eu notre véritable première conversation.
- Je suis trop jeune, ai-je dis. Beaucoup trop jeune pour de telles responsabilités. Un Roi mérite une Reine, ce que je ne suis pas.
- Je ne suis pas née Roi, j'ai appris à le devenir, a t-il répondu.
- Mais tu avais déjà de l'expérience. Tu étais un Alpha avant de devenir notre Roi. Je suis à peine une femme, j'ai découverts ma Louve il y a seulement quelques mois. Je ne pensais pas rencontrer mon compagnon si vite et jamais je n'aurais imaginé qu'il soit mon Roi.
- Alors qu'est ce qu'on fait? Je ne peux pas faire comme si tu ne représentais rien. Je ne peux pas faire comme si je ne savais pas qui tu es faites pour moi.
- Tu es vraiment prêt à faire de moi ta Reine? ai-je demandé.
- Bien sûr, a t-il répondu en se tournant vivement vers moi gagné par l'espoir.
- Alors répond à ma question. Comment est ce que je m'appelle?
J'ai lu la surprise dans son regard. Il ne s'attendait pas à ce que je lui demande ça. Puis la peine a envahi ces yeux, la peine et la douleur. Il venait de comprendre son erreur. Qu'importe que la déesse de la Lune nous ait choisit pour vivre ensemble, il aurait du s'intéresser à moi, me questionner sur des choses aussi basique que mon prénom, plutôt que de me considérer comme acquise.
- J'ai l'impression de t'avoir perdu alors que tu n'as jamais vraiment été à moi, a t-il soufflé en baissant la tête.
- Les êtres vivants ne sont pas des possessions. Je ne suis pas un bien ou un objet mais une personne. Je crois que je souffre autant que toi de cette situation. Je sens, je sais que tu es mon compagnon, ma Louve m'implore de te laisser nous approcher mais je ne peux pas faire ça. Je suis bien trop jeune. Je n'ai même pas eu le temps de vivre, d'apprendre à découvrir ce monde et ces habitants.
- Est ce que c'est ce que tu cherchais à faire quand tu t'es éloignée de ta meute?
- Je veux voir ce qu'il y a au delà de nos frontières. Voir comment vivent les humains. Découvrir les différences qu'il y a entre eux et nous. Il y a tellement de choses que j'aimerais faire. Tellement de choses que j'aimerais voir.
- Tu veux aller dans le monde des humains, a t-il demandé surprit.
- Je sais que tu ne les apprécies pas. J'ai entendu tes discours et tes mises en gardes à leur sujet, mais oui, c'est ce que je veux, c'est ce que je souhaite.
Durant plusieurs minutes, le silence est retombé. Je crois qu'il a pesé le pour et le contre et c'est alors qu'il m'a fait une proposition.
- Tu es plus jeune que moi, j'en suis conscient, tout comme je peux comprendre que devenir Reine t'effrayes, néanmoins, je ne peux pas renoncer à toi, c'est impossible. Je te propose donc un compromis. Une sorte d'arrangement que nous serons les seuls à connaître. Tu as dix huit ans c'est bien ça?
- C'est ça.
- Que dirais tu de deux ans. Je te laisse deux ans pour que tu découvres le monde des humains. Deux années où je ne ferais rien pour t'approcher. Deux ans, a t-il répété sans que je ne sache si c'était plus pour lui ou pour moi.
- Je ne comprends pas, ai-je répondu.
- Moi non plus, je te l'assure. Mais je ne veux pas te marquer de force. Je ne veux pas que tu me craignes où que tu te sentes prisonnière en ma présence. Je veux que ma compagne soit mon égale et pas une Louve effrayée par le simple fait de me voir. Tu veux découvrir le monde? Alors soit. Vas, vois par tes yeux ce qu'il y a en dehors de nos frontières. Rencontres des humains et fais toi ta propre opinion. Mais dans deux ans, quand tu te seras forgée ta propre expérience, alors je viendrais te chercher. Je viendrais te trouver et cette fois, j'espère que tu seras prête pour devenir ma moitié, ma compagne, ma Reine.
- Et si je ne le suis pas? Si je ne suis pas prête?
- Deux ans. C'est le temps que je t'accorde, a t-il répondu en esquivant ma question.
Mon cœur s'est emballé. Deux ans c'est court mais il m'offrait une chance inespérée. Une chance que peu m'aurait accordé. Deux années de liberté. Deux années pour vivre pleinement loin des contraintes d'une meute. Deux ans pour moi.
- Qu'est ce que tu en penses, a t-il demandé en plongeant son regard dans le mien.
J'ai du me mordre la lèvre pour ne pas me jeter sur lui. Pour ne pas craquer et fondre dans ces bras. Je n'étais pas vraiment certaine que c'était la bonne solution, néanmoins, j'ai hochée la tête pour lui faire comprendre que j'étais d'accord.
- Tu pourras partir demain, a t-il ajouté. Je te donnerais tout ce dont tu as besoin pour ton petit voyage. Argent, vêtements, véhicules, tout ce que tu veux.
- Merci, ai-je répondu en souriant timidement.
- Maintenant que nous sommes d'accord, est ce que tu peux me dire comment tu t'appelles?
- Héléna. Je m'appelle Héléna.
- J'aimerais revenir te voir avant ton départ. La simple idée de savoir que tu seras loin de moi pendant deux ans me fait froid dans le dos, si tu n'y vois pas d'inconvénient, j'aimerais profiter de ta présence encore une fois, même si ça n'est que quelques minutes.
- D'accord, ai-je répondu. Je suis d'accord.
à cet instant, son sourire m'a fait chavirer. Un sourire franc et sincère, un sourire chaleureux et plein de douceur. Je me souviens de cette bouffée de chaleur qui m'a envahit, de ce sentiment d'être importante, unique aux yeux d'une personne. C'est étrange, je crois que c'est au moment ou il a accepté de me laisser partir que j'ai compris qu'il allait me manquer. Ma Louve s'est effondrée alors que je me rappelle avoir placé mes mains sur ma poitrine comme pour empêcher mon cœur brisé d'en sortir.
Il a alors fait quelque chose qui m'a surprise. Il a posé sa main sur ma joue avec une grande douceur ce qui m'a fait sourire sans même que je ne le réalise.
- Tu es vraiment très belle quand tu souris Héléna.
J'ai parfois encore l'impression d'entendre ces mots, ces paroles. Car je sais, qu'elles étaient sincères, vrai et ça je n'en n'ai pas douté une seule seconde. Il s'est penché sur moi et a déposé un unique baiser sur mon front avant de se relever. Aussi surprenant que ça soit, il semblait en meilleur état que lorsque je me suis réveillée. Puis il m'a laissé sans que je ne puisse retrouver le sommeil par la suite.
J'ai passé le reste de la nuit à tourner en rond, pensant à ce dont j'allais avoir besoin. Craignant qu'il revienne sur sa décision. Au petit matin, un garde m'a apporté mon petit déjeuner que j'ai avalé rapidement. Puis une heure plus tard, il est venu me voir et comme promis m'a donné tout ce dont j'avais besoin. Nous sommes restés un moment ensemble. Je savais qu'il faisait tout pour reculer mon départ et je l'ai laissé faire.
D'un sens, ça ne m'a pas déplu, il s'est montré très doux et prévenant, allant même jusqu'à m'accompagner à une voiture, dans laquelle il a déposé un grand sac à dos.
- Comme tu ne sais pas conduire, un Loup va te déposer là où tu le souhaites Héléna. Il ne te suivra pas. Tu as ma parole. Aucun Loup n'essayera de te ramener près de moi. Je te le jure.
- Je te crois. J'ai confiance en toi, ai-je répondu tout en sachant qu'il n'avait aucune obligation de faire ça.
- Tu devrais partir maintenant, avant que je ne sois incapable de te voir t'éloigner de moi.
Je me rappelle la peine dans sa voix et dans son regard. Moi une Louve à peine adulte se retrouvait être l'unique responsable de l'état de notre Roi à tous. Sans même y réfléchir, je me suis dressée sur la pointe des pieds et j'ai déposé un baiser sur sa joue. Un simple baiser mais je savais qu'à ces yeux il était une sorte de promesse, d'espoir.
- N'oublies pas, a t-il ajouté. Deux ans, a t-il dit alors que je montais en voiture.
- Deux ans.
Un simple accord, quelques petits mots qui allaient sceller notre destin à tout les deux. Juste deux mots. J'ai donné le nom d'une ville suffisamment grande pour que je me fonde dans la masse et mon chauffeur m'y a conduite, sans jamais m'adresser la parole. Par moment, je me demande si il savait qui j'étais. Si il était conscient de ce qu'il faisait en m'emmenant dans cette ville. Mais pour être franche, sur le moment, j'étais trop excitée par cette nouvelle aventure à venir pour lui demander quoique ce soit.
Quand nous sommes arrivés sur place, je me rappelle à quel point j'étais émerveillée par tant de nouveautés, par ces bâtiments que je découvrais pour la première fois hors d'un magazine quelconque. Je n'avais pas la moindre idée de ce que j'allais faire, ni même d'où j'allais vivre, mais ce sentiment de liberté fourmillait en moi, me donnait une énergie presque transcendante.
J'ai regardé la voiture partir, mon chauffeur me lancer un dernier coup d'œil. Nous étions en plein mois de novembre. Le froid commençait à se faire sentir même si nous autres les Loups sommes moins frileux que les humains. J'étais sur un trottoir, face un immeuble d'au moins dix étages, un comble pour moi quand on connaît la taille de nos maisons. Ce jour là, j'ai découverts que bien que les humains sont loin d'avoir notre puissance, ils sont ingénieux, astucieux et suffisamment malins pour combler leur manque de force par des créations spectaculaires.
Je me suis retrouvée seule avec mon sac à dos. Seule dans une ville remplit de vie, d'humains. Seule à me demander comment j'allais m'en sortir. J'ai tout d'abord cherché un endroit où me mettre au chaud et j'ai jeté mon dévolu sur un café à la devanture rassurante et réconfortante. Je me suis installée dans un coin, à une table. J'ai alors ouverts mon sac à dos pour la première fois depuis que je l'avais. Il contenait quelques vêtements, visiblement à ma taille, ainsi qu'une enveloppe avec de l'argent liquide et un petit carton portant le nom et l'adresse d'une banque et un numéro de compte inscrit dessus.
Quand la serveuse est arrivée, j'ai mis quelques secondes à savoir ce que j'allais commander. J'ai pris un chocolat chaud. Une boisson que j'adorais lorsque j'étais enfant. à travers la baie vitrée, je voyais toutes ces personnes aller et venir, le visage fermé pour la plupart. Enfermés dans leurs routines sans se soucier du reste du monde. Je suis restée là un moment, à savourer mon chocolat avant d'en commander un nouveau.
J'ai étalé sur la table les quelques affaires de mon sac à dos. Je n'avais rien préparé. Je débarquais dans un monde auquel je n'appartenais pas. Je n'avais nul part où dormir. Nul part où aller. Ma Louve était au plus bas alors que je commençais à réaliser que le rêve que je pensais vivre allait être plus difficile que prévu à réaliser. Mais contre toute attente. Alors qu'elle n'avait aucune raison de le faire, la serveuse est venue me voir. L'heure de la fermeture était déjà dépassée sans que je le sache. Elle s'est assise face à moi et a observé mes affaires sur la table.
- Nouveau départ, a t-elle demandé.
- On peut dire ça, ai-je répondu.
- Volontaire ou forcé?
- Volontaire, je crois.
- Quel âge as-tu?
- Dix huit ans.
- Je me souviens de mes dix huit ans. Je voulais voyager et découvrir chaque pays du monde. J'étais prête à tout plaquer pour partir avec un sac à dos et une bonne paire de chaussures de marches, a t-elle dit en riant.
- Tu l'as fais?
- Partir? Non. La vie est parfois surprenante. Alors que je rêver de voyage, j'ai fais la connaissance d'un homme. Il y a toujours un homme. Un étranger qui parlait bien. Il m'a raconté ces propres voyages et je me suis perdue dans ces récits, suffisamment pour qu'il me mette dans son lit. Il était là pour les vacances avec sa famille. Dans un chalet aux pieds des montagnes. Il est repartit au bout de deux mois et moi j'ai découverts deux semaines plus tard que j'étais enceinte. Je n'ai pas hésité longtemps. Je ne me voyais pas faire autrement que l'assumer. Quand j'ai prévenu son père, j'ai eu la désagréable surprise d'apprendre que tout ce qu'il m'avait raconté n'était qu'un joli mensonge pour réussir à me mettre dans son lit. Il avait déjà une copine, une copine légitime avec qui sa famille le voyait marié. Je n'ai plus jamais eu de ces nouvelles et avec un enfant, adieu les rêves de voyages, vive la réalité des factures et de la vie de tout les jours.
J'ai été surprise qu'elle se livre ainsi avant de comprendre qu'elle voulait me mettre à l'aise, me faire comprendre que je pouvais lui faire confiance.
- Alors dis moi. Où comptes tu aller? a t-elle demandé.
Je n'avais pas de réponses. Je n'en n'avais aucune idée. J'ai attrapé cette enveloppe contenant de l'argent nerveusement. à cette époque de l'année, les jours raccourcissent et la nuit commençait déjà à tomber.
- J'en sais rien, ai-je dis. Je n'en sais rien.
- Tu me rappelles moi à ton âge, a t-elle ajouté en riant. Bon, je te propose pas un palace mais si tu n'as nul part où aller, j'ai une chambre d'amie. Je vis au dessus. Moi c'est Laly, ce café est à moi. Tu peux passer la nuit chez moi, peut-être qu'après une bonne nuit de sommeil, tu y verras plus clair. On récupère mon fils chez la voisine et on se fait une petite bouffe sympas. On pourra discuter un peu si tu veux une fois que James sera couché.
Pas une seule seconde je me suis dis qu'elle me voulait du mal. Cette femme d'une petite trentaine d'années, respirait la gentillesse et la bienveillance. J'ai eu immédiatement confiance en elle. En un claquement de doigts.
- Qu'est ce que tu en dis, a t-elle demandé. Est ce que tu aimerais venir chez moi?
- Oui, ai-je dis si vite que même moi j'en ai été surprise.
- Géniale. Par contre, ça serait super si je connaissais au moins ton prénom. Je vais pas t'appeler miss ou mademoiselle toute la soirée.
- Héléna. Je m'appelle Héléna.
- Alors c'est partie Héléna.
Je l'ai regardé fermer le café. Puis nous avons été chercher son fils. Un petit bonhomme de douze ans, trop grand pour un câlin avec sa mère mais trop jeune pour se débrouiller seul. J'ai assisté à l'étape des leçons ou à ma plus grande surprise, je me suis débrouillée. Puis au repas ou James m'a tellement questionné que j'ai eu du mal à pouvoir manger, puis lorsque nous nous sommes retrouvées seules, toutes les deux, elle a débouchée une bouteille de Rhum et nous a servit un bon verre à chacune. Nous autres les Loups, fabriquons notre propre alcool qui n'a rien à voir avec du Rhum.
Un seul verre a suffit pour que je me livre, pas sur tout bien sûr mais suffisamment pour que ça me soulage. Suffisamment pour que je lui en dise plus sur ma situation. J'ai passé ma première nuit de liberté chez elle. La première sans savoir que cette femme allait me donner une véritable chance de vivre pleinement mon aventure. Elle m'a laissé dormir chez elle jusqu'à ce que je me trouve un petit appartement. M'a offert du travail pour que je le paye et surtout, elle m'a donné de précieux conseils et une amitié qui n'a, encore aujourd'hui, pas de prix.