Le coup de tonnerre tira Sefora de son sommeil si violemment qu'elle s'en mordit la langue. Elle tressaillit au goût du sang dans sa bouche.
Pendant un temps, elle fut prise de panique. Elle n'était pas dans sa grande villa à Brooklyn. À la place, elle se trouvait dans un avion en direction de Samara.
Les lumières ambrées de l'intérieur contrastaient avec les nuages noirs menaçant de l'autre côté de l'hublot.
- Est-on en sécurité? Demanda-t-elle.
À quelques mètres d'elle, le pilote marmonna quelque chose en arabe. Elle ne comprenait absolument rien dans cette langue.
Sefora serra les dents et fit ce qu'elle put pour ne pas sursauter lorsqu'un autre éclair déchira le ciel.
Je savais ce que ce pacte impliquait quand je l'ai accepté, se rappela-t-elle, morose, j'avais bien prévenue à Anna et Cristela que me rendre dans ce pays serait la catastrophe, autant pour ma carrière de mannequin, mais non faut toujours qu'elles fassent qu'à leur tête. Un maudit pacte, un maudit avion, bourgonna-t-elle.
Elle se rappelait aussi de leur conversation de la semaine dernière.
Flash-back.
- Il serait temps que tu respectes le pacte que moi et Cristela avons prévenu pour toi Sefora, lui rappela Anna sa petite soeur.
Sefora continua à limer ses ongles en écoutant Anna d'une oreille distraite. C'est quoi encore cette histoire de pacte?
- Nous voulons que tu séduises un prince, disent les deux soeurs ensemble.
Le téléphone de Sefora tomba et sa lime aussi dans sa tasse de café, sous le coup du choc.
- Tous les hommes te courent après, nous allons bien voir si c'est le cas avec un prince, lui dit Cristela.
- Oui c'est vrai, tu nous affirmes tout le temps qu'aucun homme ne te résiste, alors prouve nous que c'est vrai, continua Anna.
Ses deux soeurs étaient sûrement tombées sur la tête, c'est vrai qu'elle avait demandé à Cristela de se faire passer pour la fiancée du comte Fernández, mais tout de même séduire un Cheikh ne serait pas une mince affaire.
- Séduire un prince! Mais vous vous entendez parler les filles? Jamais je ne ferai une chose pareille, répliqua Sefora.
- Tu m'avais bien demandé de me faire passer pour la fiancée d'un homme que je ne connaissais ni d'Adam ni d'Eve, lui dit Cristela en croisant ses bras, un sourcil arqué.
- Oui! Et te voila mariée avec cet homme et tu as aussi deux enfants de lui, donc c'était plutôt une bonne idée que j'avais non?
Anna souffla.
- Arrête un peu de chercher des excuses tu veux, tu vas respecter ce pacte de gré ou de force, lui menaça Anna gentillement.
- Vous ne pouvez pas me forcer, répliqua farouchement Sefora.
Cristela soupira.
- Alors c'est vrai, t'as beau être la reine de la beauté, tu ne peux pas séduire n'importe quel homme, dit Cris avec l'intention de la taquiner.
Sefo releva ses épaules.
- Et puis même si j'acceptais, quel prince voudrais bien m'inviter dans son palais et que vais je bien faire là-bas?
Anna et Cristela se lancèrent un regard en coin.
Fin du Flash-back.
Et la voila exactement une semaine plu tard en route vers Samara. Ses parents avaient reçu la lettre du Cheikh d'Al-Maël, leur invitant à séjourner dans son palais.
Et puisqu'elle ne pouvait pas rater la séance photo de cet après midi, la famille était partie sans elle. Et avec toute la bonne chance qu'elle avait, elle a rater son vol.
Le cheikh a dû lui même envoyer un avion la prendre. Il serait ironique d'être arriver jusqu'ici pour que son avion soit frappé par la foudre.
Elle serra fermement le portfolio en cuir. Ça allait bien se passer. Alors que l'avion amorçait sa descente, l'esprit de Sefora se projeta vers son rendez-vous avec le Cheikh Qénân ben Ophir Al-Maël.
D'après ce que lui avait dit Anna, il est un roi difficile à satisfaire. Mais il restait un homme et il devait bien finir par craquer pour lui quand même non?
Ses oreilles se bouchèrent tandis que l'avion perdait de l'altitude. Ils descendirent sous la couche nuageuse à travers une pluie plus faible.
Elle pouvait désormais voir la silhouette dentelée des montagnes à l'ouest. Samara était un royaume ancien, connu lors de son apogée comme le Joyau des Sables Rouges.
Il avait toujours été riche. Tout d'abord grâce aux turquoises et aux chevaux, puis maintenant grâce au pétrole.
Pourtant, même tout le pétrole de la planète ne pourrait rendre ce pays éloigné accessible au reste du monde.
Le territoire autour du Joyau était connu pour être dangereux et inhospitalier. Il n'yavait que peu de façon de se rendre dans ce pays.
S'il avait fait jour, elle aurait pu voir les fameux sables rouges des déserts qui entourent Samara. Et comme elle avait aussi deviner, son beau frère le comte Arturo Fernández est un ami du Cheikh.
Cristela l'avait bien eu!
Le pilote aboya un avertissement et Sefora s'accrocha alors que l'avion atterissait. Il roula pendant ce qui parut être une éternité avant de finalement s'arrêter.
- C'est ça? Demanda-t-elle au pilote. On y est?
Il lui sourit de toutes ses dents, acquiesçant pendant qu'il s'occupait de l'avion. En quelques instants, il avait ouvert la porte et déployé un escalier en aluminium
Il l'encouragea à descendre avant de retourner au siège du pilote pour continuer la vérification de l'instrumentation.
Bon, j'y vais...
Son sac à main sur l'épaule et son portfolio en cuir coincé sous l'épaule, elle se fraya un chemin jusqu'en bas des escaliers.
Ses cheveux noirs ondulés, avec des reflets bruns, formaient aujourd'hui une tresse parfaite qui tombait presque jusqu'en bas de son dos.
Avec son pantalon noir, son chemisier bleu sans manche. L'effet était plus éclatant encore par ses yeux bleus clairs et les tâches de rousseur recouvrant son nez.
Dehors une pluie battante tombait. Ils s'étaient arrêtés sur un large aérodrome. Il n'y avait aucun bâtiment, à l'exception d'un hangar au bout de la piste d'atterissage.
Sefora se précipita dans sa direction. Avec un peu de chance, il y aurait un endroit où elle pourrait s'abriter. Elle préférait ne pas rencontrer l'escorte qui viendrait la chercher en ressemblant à un chien mouillé.
Au début, elle pensait les cris dut à la tempête. Ensuite, elle réalisa que c'était des appels distincts. Ils résonnaient tout autour, mais à ce moment ils étaient presque sur elle.
L'obscurité de la nuit et la pluie l'empêchait de voir. Elle distinguait des silhouettes sombres qui bougeait autour d'elle, bien trop grande pour être des hommes à pied et bien trop petite pour être des voitures.
Elle était encerclée, et la panique l'envahit. Lorsqu'une silhouette s'approcha trop près, elle l'attaqua de sa main libre.
La chose recula et elle entendit rire. Un autre rire, puis une autre forme s'avança brusquement vers elle. Cette fois ci, elle poussa un cri en sentant des doigts sournois tirer sur sa tresse.
Sefora frappa frénétiquement à nouveau, manquant encore sa cible. Cette fois, elle faillit perdre son précieux portfolio.
Elle le serra fermement contre sa poitrine, regardant aux alentours alors que la pluie ruisselait sur son visage.
Elle pouvait maintenant voir que c'était des hommes à cheval. Elle ne s'était jamais sentie aussi petite et impuissante.
Sous la pluie, dans un pays étranger, encerclée par des hommes riants sur de grands chevaux. Un autre s'approcha, puis son impuissance et sa peur se transformèrent en rage.
Comment osaient-ils la terroriser ainsi? Où était donc la limousine royale qui devait l'attendre?
Cette fois ci, lorsqu'un cavalier s'approcha, elle balança son sac à main par les poignées et fut gratifié d'un choc.
Toutefois, elle avait tort si elle pensait que ça les feraient fuir. C'était comme si elle avait signalé qu'elle voulait entrer dans leur jeu.
Ils n'avaient jamais été aussi proches. Elle pouvait sentir l'haleine des chevaux et entendre les appels discrets lancés d'un homme à l'autre.
Il faut courir, pensa Sefora. Je dois atteindre le hangar. Il y a de la lumière, et j'y serai à l'abri. Je pourrai voir...
Elle n'a jamais su par la suite si c'était la chance ou le talent qui lui permirent de percer leurs lignes. Elle prit une profonde inspiration, attendant la meilleure ouverture possible, puis elle s'élança vers le hangar.
La jeune femme entendit le hennissement de surprise d'un cheval lorsqu'elle passa sous son nez, mais ensuite la voie était libre.
Les cavaliers étaient trop stupéfaits pour se lancer à sa poursuite. Leurs cri resonnèrent derrière elle, mais elle avait toujours été rapide.
Elle courut à toute allure vers la lumière et la sécurité du hangar, son sac à main balançant contre ses hanches et son portfolio serré contre sa poitrine.
Je vais y ariver, pensa-t-elle. Mais la situation bascula.
Sefora poussa un cri en étant arraché du sol. L'instant d'avant elle courait sous la pluie, et maintenant elle était soulevé aussi facilement que si c'était un chaton.
Elle eut juste le temps de remarquer la force colossale du bras qui s'était emparé d'elle avant de se retrouver en amazone sur une paire de cuisses musclées.
Un bras aussi dur que l'acier la maintenait proche d'un corps qui dégageait des odeurs de genévriers et d'épices, tandis que l'autre tenait avec désinvolture les rennes.
- Vous avez offert une chasse amusante à ma garde d'honneur, dit une voix douce juste à côté de son oreille. Je suppose que nous vous devons des excuses.
Sefora se demanda ce que le cavalier voulait dire par là, mais ils venaient d'arriver à l'abri dans le hangar. Le bâtiment était grand et illuminé par des lampes blanches intenses.
Voir le cavalier calmer son cheval était comme se réveiller après un mauvais rêve. Il est réel après tout, pensa Sefora, hébétée, ce n'était pas une sorte de terrible cauchemar qui l'avait attrapée.
À la lumière, elle put voir qu'il portait les habits noirs des anciens cavaliers du désert. Lorsqu'il retira son capuchon, elle fut frappée par sa beauté.
Ils avaient des traits carrés avec une élégante férocité. Ce visage aurait pu sembler cruel s'il n'y avait eu cette large bouche sensuelle et ses yeux noirs malicieux.
- Vous vous sentez bien? J'ai peur que nous soyons parfois un peu trop enthousiastes.
Il parlait comme s'il voulait s'assurer que son chien ne l'avait pas effrayée en aboyant alors qu'elle venait d'être chassée tel un vulgaire renard.
Sefora sentit la colère remonter.
- Je ne sais pas à quoi vous jouez, mais j'en ai marre. Avez vous la moindre idée de qui je suis?
L'homme qui l'avait attrapée se pencha sur sa selle, prit d'une curiosité effrontée
- Dites le moi donc.
- Je suis Sefora Gomez, la plus célèbre mannequin de Mexique, et le Cheikh Qénân a envoyé un avion privé me chercher. Je ne sais pas qui vous êtes, et honnêtement, je m'en fiche, mais si le Cheikh découvre que vous me causez des problèmes, il sera très en colère.
L'homme lui envoya un regard de travers, qu'elle ne remarqua pas.
- Vous m'avez terrorisé et vous me devez plus que des excuses. En plus vous n'êtes qu'une espèce de brute!
Il y eut un moment de silence avant que le rire de l'homme ne brisa cet instant.
- Je suis sûr que le Cheikh serait ravi de vous connaître mademoiselle Gomez.
- Je suis sûr que le Cheikh serait ravi de vous connaître mademoiselle Gomez.
- Je ne vois pas en quoi cela vous regarde monsieur.
- J'ai entendu dire que le Cheikh Qénân était protecteur envers les femmes, dit l'homme à cheval d'une voix traînante ne prêtant même pas attention à sa petite pique.
Sefora était si énervée qu'elle postillonnait.
- Qu'est ce qu'un connard mal élevé tel que vous pouvait bien connaître sur le Cheikh?
- Vous n'êtes pas au Mexique miss Gomez, répondit-il calmement, et bien que je vous trouve très charmante, je ne cautionne pas ce genre d'attitude de la part des étrangers sur ma terre.
Il approcha son cheval, un magnifique bai, plus près d'elle. Il tourna avec une précision millimétrique.
Elle pouvait désormais sentir la chaleur de l'animal, et elle crut également distinguer la chaleur du chevalier.
- Vous ne savez pas qui je suis, déclara-t-il. Ses mots semblaient curieusement distant.
- Non je ne le sais pas, affirma-t-elle.
- Très bien.
- Peut être c'est vous l'escorte qui doit me conduire au palais... mais où est la limousine?
- De quel limousine parlez vous miss Gomez? Demanda le chevalier d'une voix amusée.
Ses dents blanches contrastaient avec sa peau mate. Le sourire lui rappelait celui d'un loup en chasse, une bête qui venait de mettre à terre sa proie.
Quelque part derrière lui, ses hommes riaient, mais ils ne représentaient plus rien pour elle désormais.
- Mais il y a au moin une chose dont j'en suis sûr... c'est que c'est vous que le Cheikh a demandé de m'escorter jusqu'au palais.
- En effet, dit-il d'une voix résonnante comme le tonnerre. Je suis sorti pour rencontrer une femme que je devais escorter et m'assurer qu'elle arrive saine et sauve dans le palais du Cheikh. À la place, j'ai trouvé une fort jolie fille qui me manque du respect en me traitant de connard mal élevé.
Sefora se redressa complètement, consciente d'être rouge d'humiliation.
- Je vous en prie, pardonnez notre fâcheuse rencontre, dit-elle de la voix la plus stable.
- Vous diriez ses excuses au Cheikh quand vous le verrez, déclara-t-il. Il avait un ton amusé, mais également incisif. Vous mettez les pieds dans mon pays, me traite par tous les noms d'oiseaux qui passe dans votre esprit. Maintenant vous me parlez de pardon. Je vais vous dire, miss Gomez, ça ne ressemble en rien à une supplication. Vous devriez faire mieux devant le Cheikh quand vous le demanderez pardon.
Le caractère de Sefora s'enflamma comme une traînée de poudre. Le stress et la peur de la façon dont elle avait été chassé plus tôt refirent surface.
Elle devisageait le chevalier, se cabrant tel un cobra.
- Vous suppliez? Vous pensez que je vais m'agenouiller devant vous et devant votre Cheikh comme une esclave? Cher Monsieur je tiens à vous dire que je ne me laisserai pas parler comme si j'étais un jouet amusant! Si c'est ainsi que vous avez abordé tous les autres visiteurs, j'imagine très bien pourquoi votre pays n'a pas beaucoup de touristes. Si vous continuez à me parler comme ça, si vous ne vous donnez même pas la peine de descendre de votre maudit cheval pour discuter convenablement, je vais retourner toute suite à l'avion pour rentrer à Brooklyn et j'en aurai cure de ce que vous inventeriez au Cheikh sur mon absence!
Elle ignora la voix dans sa tête qui lui disait qu'elle ne devait pas parler à cet homme de cette façon. Elle avait sa fierté, et jamais elle ne ramperait devant quelqu'un.
Encore moins devant cet homme qui se prend pour je ne sais qui!
Pendant un moment, elle regarda ses pieds. Le moment s'éternisa, mais le chevalier y mit fin avec un rire sonore, secouant la tête.
- Bien joué, oui bien joué belle femme. J'ai vu des hommes trembler dans leurs bottes juste en croisant mon regard, et vous avez raison: plus d'un est retourné dans l'avion et repartit en direction de leur pays.
Sefora le regarda suspicieusement.
- Je suis fasciné par votre présentation et j'ai hâte d'en savoir plus sur vous.
- Je ne suis pas une femme impressionnée qui peut être effrayée ou brutalisée, le prévint-elle. Je suis ici parce que j'ai été appelé par le Cheikh et uniquement pour cette raison.
Le sourire qu'il lui adressa était à la fois lent et sensuel. Soudain, c'était comme si ce regard sombre pouvait lire en elle.
Nous verrons, voulait dire ce regard. Mais il se contenta de hausser les épaules.
- Comme vous voulez miss Gomez. Nous aurions pu vous envoyez la voiture, mais nous avons été appelé à chevaucher, donc j'ai pensé à vous accueilli ainsi.
- Merci, dit Sefora se demandant si elle n'aurait pas préfèrer la voiture. J'apprécie la courtoisie, monsieur...
- Ophir suffira pour l'instant. Mais vous êtes trempée, frigorifiée et indignée. Nous devons rentrer à la maison maintenant.
Elle commença à demander si une voiture pouvait être envoyée ou si d'autres arrangements devaient être faits, mais elle se sentit soulver à nouveau.
Cette fois elle fut assise correctement sur le cheval, ses cuisses serrées contre les jambes musclées d'Ophir.
Son portfolio était toujours contre elle, et elle sentit les bras du chevalier l'entourer pour prendre les rennes en mains.
- Mon sac à main! Hurla-t-elle sous l'effet de la panique, ce qui fit rire Ophir.
- Un de mes hommes le ramènera. Maintenant, venez, laissez nous vous montrer le veritable coeur de Samara!
Les cris s'elevèrent lorsqu'Ophir éloigna son bai du hangar, tonitruant dans la nuit avec ses hommes derrière lui.
Dehors, la pluie avait cessée et la lune apparaissait derrière les nuages. Le fond de l'air était froid, mais contre son dos le corps d'Ophir était chaud comme la braise.
La lune argentée créait des ombres noires sur le sable, et soudain, Sefora oublia le stress du vol. Tout ce qu'elle ressentait, c'était le vent du désert contre son visage, le bruit sourd de la respiration du bai, et le corps puissant d'Ophir contre son dos.
Elle regarda en l'air pour voir des taches de ciel parsemées d'étoiles. Lorsqu'elle posa son regard sur les dunes de sables, elle put distinguer les silhouettes dansantes des animaux qui vivaient dans le désert inhospitalier.
Elle n'avait pas réaliser que ses cheveux s'étaient détachés avant qu'il ne vienne battre autour de son visage.
Sefora était trop préoccupé par le portfolio dans ses bras pour les attraper, elle les laissa donc voler au gré du vent.
- Bienvenue à Samara, lui murmura Ophir à l'oreille. Le souffle de sa respiration chatouilla sa peau sensible. Elle aurait dû avoir l'envie de reculer, mais à l'inverse elle voulait se pencher un peu plus près.
- C'est si beau, murmura-t-elle.
À la lumière de la lune, elle ne pouvait distinguer que des couleurs argentées et des silhouettes. Lorsqu'elle regarda sur les côtés, les autres cavaliers ressemblaient à des ombres, comme s'ils étaient des esprits envoyés, pour les guider Ophir et elle sur le terrain.
- Mon peuple a traversé le désert pendant six cents ans, avant que l'on ne trouve l'oasis qui deviendrait Samara, murmura Ophir. Durant six cents ans, nous avons montés nos vives montures et nous étions aussi libres les tempêtes du désert.
- Mais vous avez dû être fatigués? Se surprit à répondre Sefora.
Ophir répondit avec un rire léger.
- Peut etre que nous étions fatigués, mais je ne pense pas. Par une nuit telle que celle-ci, belle femme, un cavalier expérimenté pouvait chevaucher pendant des heures. Un homme vraiment béni, un dont le sang ne fait qu'un avec les sables du désert, celui-ci pourrait monter à tout jamais. Non. Quelque chose d'autre nous a appelé à Samara.
Il était à moitié en train de raconter, et à moitié en train de la séduire. Sefora pouvait le sentir. Elle le sentait à la nature envoûtante de sa voix, et à la façon dont les battements de son coeur reflétaient les siens à travers son propre corps.
- Qu'est ce qui vous a appelé à Samara? Demanda-t-elle doucement.
- Le désir. Le mot avait été murmuré intimement à ses oreilles. C'était la façon dont il lui aurait parlé s'ils avaient été des amants couchés dans un lit, et cette pensée la fit frissonner.
- Le désir?
- Oui. C'est le désir qui a appelé mes ancêtres à l'oasis verte. C'étaient des hommes du désert, des enfants du vent et de la tempête, ils ne pouvaient être stoppés. Ils ne pouvaient être sédentaires. Ils étaient faits pour chevaucher éternellement, mais quand ils ont posé leurs yeux sur la verte Samara, le désir à emprisonner leurs coeurs. Soudain, le temps d'un battement de cils, ils furent changés. Retenus. Ils sont devenus des Samariens et le sont restés depuis ce jour.
Sefora réalisa qu'elle avait retenu sa respiration lorsqu'il parlait. Les bras du chevalier était serré autour d'elle, et elle songea aux hommes qu'il décrivait.
D'un moment à l'autres, ils furent transformés. Ils devinrent autre chose que ce qu'ils étaient, et le résultat de cette histoire d'amour fut l'unes des villes les plus belles et les plus riches du continent.
- Étaient-ils en colère? Se surprit-elle à demander. Sa voix n'était plus qu'un faible murmure. Avaient-ils peur d'être devenus si différents de ce qu'ils avaient été?
Il resta silencieux pendant un long moment. Elle pouvait entendre le vent, le cri d'un oiseau du désert, le souffle régulier du bai, mais Ophir restait muet.
Sefora se sentit anxieuse. Peut être était ce une insulte de mentionner la peur à ce cavalier, de sous entendre que ses ancêtres n'étaient pas si braves.
Elle était prête à s'excuser, mais il se mit à parler.
- Je pense qu'ils l'ont été, dit-il. Ils ne connaissaient que le désert, la tempête et les vents impitoyables. Et là ils se retrouvaient face à quelque chose de différent. Quelque chose d'indulgent, à la végétation luxuriante. Bien sûr qu'ils ont dû être terrifiés. Peut être ont-ils progressé avec leurs cimeterres dégainés et leur chevaux en formation de bataille. Cependant, je pense que ça n'a pas duré longtemps. Finalement, le désir à été plus fort qu'eux. Et maintenant, me voilà, avec tout mon peuple. Nous sommes des Samariens, et nous aurons toujours le meilleur.
La manière dont sa langue avait caressé le dernier mot provoqua une vague de chaleur directement dans le corps de Sefora.
C'était comme s'il l'avait foudroyé au coeur de son échine.
Cet homme est dangereux, pensa-t-elle, consternée. Au même instant, elle pensa j'ai envie de lui.
Elle évacua cette pensée rapidement. Elle se força à se concentrer sur ses mots plutôt que sur la façon dont il était serré contre son dos ou celle dont ses bras puissants enveloppaient son corps.
- Ces fils du désert, ils ont peut-être été attirés par le désir mais on dirait qu'ils sont restés par amour, fit-elle remarquer. Le désir s'estompe mais l'amour reste.
Le rire d'Ophir semblait ravi. Pendant un instant elle eut l'impression que ses lèvres carressèrent le lobe de son oreille.
Elle n'en était pas sûre, mais cette sensation s'envola avant qu'elle n'ait eut le temps de s'en assurer.
- Vous avez peut être raison. Peut être que leurs yeux ont été conquis, puis leur coeur. Qu'en est-il de votre coeur, alors?
Sefora cilla.
- Mon coeur?
- Hmm. Que faut il pour capturer votre attention? Que faut il pour vous attirer jusqu'à ce que vous regardiez en l'air et songiez que vous avez été changée à tout jamais?
La bouche de Sefora s'ouvrit puis se referma.
- Vous ne pouvez pas me demander ça, déclara t-elle finalement. Vous êtes un employé du Cheikh. Je ne suis pas ici pour vous. Vous ne pouvez pas me demander ce genre de choses.
Le rire d'Ophir se teinta de notes légèrement cruelles. Auparavant, elle était consciente de la force de son corps, maintenant elle ne pouvait y échapper.
Il avait la force de l'acier trempé, et ça l'excitait tout en lui faisant un peu peur.
- Vraiment, belle femme? Je pense que vous vous trompiez. Vous êtes à Samara maintenant, et même si nous allons de l'avant avec le reste du monde, nous gardons ici les vieilles traditions. Sachez que je suis le Cheikh Qénân ben Ophir Al-Maël, descendant directe d'Ahmed de la Tempête. Mes paroles font office de loi à Samara depuis que je suis monté sur le trône il y a neuf ans, et je peux vous demandez tout ce que je veux. Il y a aucune porte qui me soit fermé dans ce pays, et, Sefora vous êtes très loin de Brooklynn.
Alors c'était lui le Cheikh en personne? L'homme qui était venue la chercher?
Oh mon Dieu, non mais qu'est ce que j'ai fait?
Sefora avait cru penser à un simple cavalier, quelqu'un de bas étages sinon elle ne lui aurait pas parler ainsi!
Les mots du Cheikh étaient sinistre, et ils touchèrent une corde sensible au plus profond du coeur de Sefora. Elle aurait dû été terrifiée, et peut être qu'elle l'était, mais au lieu de cela, il y avait autre chose.
Quelque chose dont elle ne pouvait pas examiner de trop près. Il avait raison, elle était loin de Brooklynn, et en chevauchant le long des routes du désert sous la lune argentée, elle savait qu'elle n'avait jamais été aussi loin de chez elle.
Mais peut importe où elle était, elle n'allait pas plier devant cet homme, et elle releva la tête, même si elle tremblait un peu.
- Vous pouvez demander ce que vous voulez, dit-elle avec dignité, mais tant que j'en ai pas envie, je n'y répondrais jamais.
Quénân rit à nouveau, un rire profond et amusé. Un instant, il se mêla aux autres sons du désert. Il en faisait partie, réalisa Sefora, et c'était une partie de lui.
- Vous avez de la chance que je sois un dirigeant qui apprécie ces femmes avec de l'esprit. J'aime qu'une femme puisse me regarder dans les yeux et me dire ce qu'elle a dans la tête, qu'elle me combate jusqu'à ce qu'elle succombe inexorablement à ce que nous voulons tous les deux.
- Ce que vous voulez tous les deux? Vou avez une haute opinion de vous même.
Sefora aurait voulu se modre la langue. Les mots lui avaient échappé, et maintenant elle aurait tout donné pour les retirer.
Heureusement, Qénân chosit de rire.
- Bien sûr. Ici, c'est moi qui gouverne et mes mots font la loi. Vous pouvez pensez ce que vous voulez, belle femme, parce que vous êtes à Samara, et quoi que vous choisissiez de faire ou de dire, je reste le Cheikh.
Ils chevauchèrent sous la lumière de la lune, et bientôt, les lumières de Samara furent visible à l'horizon. Contrairement à l'éclat violent des villes auxquelles Sefora étaient habituée, Samara était illuminé de lampes bleues qui reflétaient la lumière des cieux.
- Je suis fière de ces lumières, mentionna Quénân, elle capture la lumière du soleil la journée et nous en font profiter la nuit.
Sefora regardait la manière dont le palais royal semblait sortir du sable. C'était un bâtiment manifique construit entièrement en pierre blanche.
Le sable du désert l'avait poli, jusqu'à ce qu'il brille de mille feu et les dômes en forme d'oignons qui coiffaient les tours scintillaient à la lumière des étoiles.
Si près du palais, elle se sentit envahie d'une vague de fatigue intense. Elle était debout depuis presques vingt heures, depuis qu'elle était à Brooklynn.
La longue traversée l'avait épuisée. Bien qu'elle essayait de s'asseoir droite, elle s'affalait sur Qénân, laissant sa force la soutenir.
Elle n'en prit conscience que lorsqu'ils s'arrêtèrent dans les étables. Elle savait que Qénân la retenait doucement lorsqu'il descendit du bai et à la façon dont il la porta dans ses bras.
- Je vais l'amener dans sa chambre, l'entendit-elle dire.
Une partie d'elle lui dit qu'elle devrait se méfier de ça, mais l'autre partie, épuisée après un long vol et sa mésaventure dans le désert, prit le dessus.
Déjà ses paupières étaient lourdes, et pendant qu'il la portait le long des murs blancs illuminés de cette même lumière bleue elle sombra dans un sommeil profond.