La nuit avait depuis longtemps englouti la demeure Venturi lorsque les aiguilles de l'horloge dépassèrent minuit. Dans la chambre plongée dans l'obscurité, Alyssa dormait d'un sommeil si profond qu'elle ne percevait plus le moindre bruit autour d'elle. La fatigue accumulée au cours de la journée avait finalement eu raison de ses dernières forces. Elle n'aspirait qu'à une chose : fermer les yeux, oublier pendant quelques heures ses inquiétudes et profiter d'un repos tranquille.
Mais son sommeil fut brutalement interrompu.
Une masse pesante s'abattit sur elle, comprimant son petit corps contre le matelas. Alyssa ouvrit aussitôt les yeux, le cœur battant à tout rompre. Dans l'obscurité, elle distingua une silhouette familière penchée au-dessus d'elle. Puis elle croisa deux iris d'un bleu éclatant qui la fixaient avec une intensité difficile à déchiffrer.
Elle n'avait pas besoin de lumière pour savoir qui se trouvait là.
Elle aurait reconnu cet homme entre mille.
Son odeur, la chaleur de son corps, la façon dont il respirait, jusqu'à la manière dont ses doigts la touchaient... Tout chez lui lui était devenu terriblement familier au cours de ces trois années de mAlyssage.
- Pourquoi portes-tu encore une culotte ? demanda-t-il d'une voix sombre. Je t'ai pourtant dit de ne pas en porter lorsque tu te couches. Tu sais très bien que je veux que tu sois prête pour moi dans notre lit.
Un frisson parcourut Alyssa.
Elle ne souhaitait jamais provoquer sa colère. Pourtant, ce soir-là, elle n'avait tout simplement pas eu la force de penser à ce genre de choses. Elle avait été épuisée, nauséeuse et tellement faible qu'elle s'était contentée de rejoindre son lit dès qu'elle en avait eu l'occasion. Elle s'était endormie presque immédiatement.
Malheureusement, son état ne semblait pas constituer une excuse valable aux yeux de son mari.
Aiden Venturi n'était pas un homme auquel on pouvait facilement tenir tête.
Dans l'ouest de l'Italie, son nom suffisait à faire baisser les voix et à imposer le silence. Il dirigeait un puissant empire criminel tout en étant à la tête de Venturi Enterprises. Sa fortune était immense, son influence presque impossible à mesurer et son apparence, malgré la froideur qui émanait constamment de lui, attirait les regards partout où il allait.
Mais personne ne se laissait tromper par son charme.
Aiden était dangereux.
Extrêmement dangereux.
Ceux qui avaient eu le malheur de le provoquer ne recevaient généralement pas de seconde chance. Une balle dans la tête pouvait constituer la dernière réponse accordée à ceux qui osaient franchir ses limites.
Et Alyssa le savait mieux que quiconque.
Elle avait peur de lui.
Leur union n'avait jamais été fondée sur l'amour. Il ne s'agissait même pas d'un mAlyssage choisi librement par les deux époux. C'était une alliance arrangée selon une vieille tradition familiale, décidée par le grand-père d'Aiden.
Alyssa était orpheline. Quelques années auparavant, elle avait sauvé la vie du vieil homme, un événement qu'il n'avait jamais oublié. Il avait été profondément touché par la simplicité de la jeune femme, par sa bonté et par son absence d'ambition intéressée. À ses yeux, elle représentait exactement le genre de femme qui pourrait devenir une épouse convenable pour son petit-fils.
Aiden, lui, avait refusé catégoriquement.
Mais son grand-père n'était pas un homme habitué à entendre le mot non.
Il avait menacé de déshériter Aiden et de lui retirer tout ce qui devait lui revenir : son immense fortune, Venturi Enterprises et même le contrôle de l'empire mafieux familial.
Face à une telle menace, Aiden avait fini par céder.
Il avait épousé Alyssa.
Seulement, accepter le mAlyssage ne signifiait pas accepter son épouse.
Depuis le premier jour, il la regardait comme une femme qui avait trouvé le moyen de profiter de la situation. Dans son esprit, Alyssa avait certainement compris qu'épouser un Venturi lui permettrait d'obtenir une vie luxueuse sans avoir à fournir le moindre effort.
Il ne manquait jamais une occasion de lui rappeler ce qu'il pensait d'elle.
Cette nuit-là encore, son regard froid parcourut son visage avec une dureté qui lui serra le cœur.
Alyssa détourna légèrement la tête.
Elle connaissait déjà ce regard.
Elle connaissait aussi la distance qu'il mettait entre eux, même lorsqu'il était physiquement proche d'elle.
Aiden se pencha davantage, son corps brûlant contre le sien. Ses gestes étaient directs, possessifs, et Alyssa se raidit aussitôt. Elle n'était pas préparée à ce rapprochement brutal et son corps, déjà affaibli par les derniers jours, réagit avec une sensibilité douloureuse.
- Bon sang... tu es trop sèche, marmonna-t-il avec irritation.
Alyssa serra les lèvres.
- Combien de fois faut-il encore te rappeler de prendre une douche avant de dormir ? poursuivit-il d'un ton méprisant. Tu sens la transpiration et les épices. On dirait que tu as passé la journée entière entourée de nourriture.
Chaque remarque s'enfonçait dans son cœur comme une lame.
Pourtant, rien de tout cela n'était nouveau.
Pendant trois ans, Alyssa avait appris à vivre avec les reproches, les humiliations et le mépris d'Aiden. Elle avait fini par comprendre qu'il ne l'aimait pas. Malgré tout, une petite partie d'elle continuait à s'accrocher à une pensée qu'elle savait probablement insensée.
Peut-être qu'un jour, il changerait.
Peut-être qu'un jour, Aiden finirait par voir autre chose en elle qu'une épouse imposée.
Peut-être qu'un jour, il l'aimerait.
Alyssa savait que cet espoir était fragile, mais elle n'arrivait pas à l'abandonner complètement.
Elle pinça les lèvres afin de retenir les paroles qui lui brûlaient la gorge. Elle aurait voulu lui demander pourquoi il venait toujours la chercher alors qu'il prétendait la détester. Elle aurait voulu lui rappeler qu'il fréquentait régulièrement des femmes magnifiques lors des soirées mondaines et qu'il pouvait parfaitement aller chercher auprès d'elles l'attention qu'il semblait désirer.
Mais elle ne prononça rien.
Parce qu'elle savait qu'Aiden Venturi n'était pas un homme qu'on provoquait impunément.
Il était plus prudent de garder le silence.
Pourtant, quelque chose d'étrange se produisit.
Alors qu'il venait de l'accabler de reproches, Aiden enfouit soudain son visage dans le creux de son cou. Il inspira profondément, comme s'il cherchait instinctivement à retrouver son parfum.
Alyssa resta immobile.
Ses paroles étaient froides, mais ses gestes racontaient une histoire différente.
Elle sentit ses doigts parcourir lentement sa peau. Son souffle chaud effleura sa gorge, et une vague de sensations contradictoires traversa son corps. Elle tenta de rester silencieuse, de ne rien laisser paraître, mais la proximité de son mari et la façon dont il la touchait finirent par ébranler sa résolution.
Un soupir lui échappa.
Puis, sans même réfléchir, elle prononça son prénom.
- Aiden...
Tout s'arrêta.
Le silence qui suivit sembla encore plus lourd que l'obscurité de la chambre.
Aiden releva lentement la tête.
Ses yeux bleus se plantèrent dans les siens.
- Qu'est-ce que tu viens de dire ?
Sa voix était basse.
Trop basse.
Alyssa sentit sa gorge se nouer.
- Je... je suis désolée, monsieur Venturi.
Elle baissa aussitôt les yeux.
Elle avait commis l'erreur qu'il lui avait formellement interdit de faire.
Aiden lui avait expliqué dès le début qu'elle n'avait pas le droit de l'appeler par son prénom. Pour lui, seuls les membres de sa famille et ses véritables amis bénéficiaient de ce privilège.
Alyssa n'en faisait pas partie.
- Voilà, déclara-t-il froidement. Pour toi, je suis simplement monsieur Venturi.
Ses paroles glacèrent Alyssa.
Puis il ajouta quelques mots cruels qui lui firent détourner davantage le visage.
Elle sentit ses yeux picoter.
Elle détestait la manière dont il pouvait la faire se sentir insignifiante avec seulement quelques phrases.
Elle voulait le repousser.
Elle voulait lui demander pourquoi il revenait chaque nuit vers elle s'il la trouvait aussi déplaisante.
Mais elle resta silencieuse.
Aiden continuait pourtant à la regarder avec une expression indéchiffrable. Son visage ne révélait aucune émotion claire. Pendant quelques secondes, Alyssa eut même l'impression qu'il la contemplait avec une intensité presque troublante, comme si elle était différente de toutes les autres femmes.
Cette impression disparut dès qu'elle tenta de l'interpréter.
Aiden n'était pas amoureux d'elle.
Elle ne devait jamais oublier cela.
Pourtant, malgré tout ce qu'il disait, il revenait chaque nuit.
Chaque nuit.
Même lorsqu'elle était épuisée, même lorsqu'elle n'était pas en état de supporter ses exigences, il cherchait sa présence.
Et lorsqu'il l'embrassait, son comportement ne ressemblait absolument pas à celui d'un homme indifférent.
Ses lèvres s'emparèrent des siennes avec une intensité presque affamée. Son baiser était exigeant, brûlant, impatient, comme s'ils avaient été séparés pendant des années alors qu'en réalité, ils partageaient le même lit presque chaque nuit.
Cette contradiction rendait Alyssa folle.
Comment pouvait-il la mépriser autant tout en semblant incapable de passer une seule nuit loin d'elle ?
Elle ne comprenait pas.
Si elle ne connaissait pas Aiden, elle aurait pu croire qu'un sentiment plus profond se cachait derrière ses gestes.
Mais elle le connaissait.
Aiden Venturi était réputé pour sa cruauté. Il n'avait jamais montré la moindre faiblesse. Son cœur semblait aussi froid qu'un bloc de glace et personne n'avait réussi à franchir les murs qu'il avait construits autour de lui.
Il n'était jamais tendre.
Jamais.
Alyssa s'était habituée à sa brutalité et à son tempérament autoritaire, mais cette nuit-là, quelque chose était différent.
Son corps ne suivait plus son rythme.
Elle avait mal, elle se sentait faible et la fatigue lui pesait jusque dans les os.
Lorsque les mouvements d'Aiden devinrent plus rapides, la peur la submergea.
- Attendez, monsieur Venturi !
Il s'arrêta brusquement.
Son regard se fit immédiatement méfiant.
- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Alyssa prit une inspiration tremblante.
- S'il vous plaît... soyez plus doux ce soir.
Un rire bref et sans chaleur lui échappa.
- Qu'est-ce que cette nuit a de particulier ?
Alyssa hésita.
Elle ne savait pas comment lui expliquer ce qu'elle ressentait.
- Je ne me sens pas bien.
Sa voix était si faible qu'elle ressemblait presque à un murmure.
Aiden lui saisit alors le menton et l'obligea à relever la tête.
Pendant une fraction de seconde, Alyssa crut apercevoir quelque chose dans ses yeux.
De l'inquiétude ?
Peut-être.
Mais l'expression disparut si rapidement qu'elle se demanda si elle ne l'avait pas imaginée.
- Encore un de tes nouveaux stratagèmes ? demanda-t-il en plissant les yeux.
Alyssa ne répondit pas.
Elle n'avait ni la force ni l'envie de se défendre.
Son silence sembla seulement accroître l'impatience d'Aiden.
Pourtant, contre toute attente, ses gestes finirent par devenir moins brusques.
Il ralentit.
Il prit davantage de précautions.
Il chercha même à lui faire oublier la fatigue qui pesait sur elle, tandis qu'Alyssa restait volontairement distante. Elle refusait de lui donner la satisfaction de voir qu'il pouvait encore provoquer une réaction chez elle.
Mais son propre corps la trahit.
Malgré elle, ses défenses s'affaiblirent peu à peu.
Elle détestait cette faiblesse.
Elle détestait le fait qu'une simple caresse d'Aiden puisse encore troubler ses sens alors que son cœur, lui, était rempli de blessures.
Plus tard, après de longues heures, Aiden finit par s'allonger à côté d'elle, visiblement épuisé.
Alyssa resta silencieuse.
Elle attendit quelques instants avant de poser doucement une main sur son épaule et de le faire rouler sur le côté. Il était trop lourd pour qu'elle puisse le déplacer davantage, et elle n'avait plus suffisamment de forces pour essayer.
Mais alors qu'Aiden semblait déjà sombrer dans le sommeil, Alyssa resta éveillée.
Une autre pensée lui nouait l'estomac.
Depuis plusieurs jours, quelque chose n'allait pas.
Elle avait constamment la nausée.
Son appétit avait changé.
Son corps semblait étrangement différent.
Et surtout, ses règles n'étaient pas venues.
Au début, elle avait voulu croire qu'il ne s'agissait que du stress ou de la fatigue. Mais au fond d'elle, elle connaissait déjà la réponse.
Ce matin-là, elle avait fini par faire un test.
Elle se souvenait encore de la manière dont ses doigts avaient tremblé en tenant le petit bâton blanc.
Deux lignes.
Elle était enceinte.
Cette vérité avait bouleversé tout ce qu'elle croyait savoir sur son avenir.
Une immense joie avait d'abord traversé son cœur.
Puis la peur avait immédiatement suivi.
Et après la peur, l'incertitude.
Elle allait avoir un enfant.
L'enfant d'Aiden Venturi.
Mais comment allait-elle lui annoncer ?
Dès le commencement de leur mAlyssage, Aiden avait été catégorique : il ne voulait jamais avoir d'enfant avec elle.
Alyssa ignorait même précisément à quel moment elle avait oublié de prendre sa pilule. Elle ne se rappelait plus quand cette erreur avait pu se produire. Tout ce qu'elle savait, c'était que ce petit être grandissait désormais en elle.
Elle posa instinctivement une main sur son ventre encore parfaitement plat.
Son cœur se serra.
Elle avait peur de la réaction d'Aiden.
Peur qu'il la rejette.
Peur qu'il considère cette grossesse comme une nouvelle complication imposée à sa vie.
Pourtant, malgré toutes ses craintes, une minuscule lueur d'espoir refusait de mourir.
Et si, cette fois, Aiden la surprenait ?
Et s'il accueillait cette nouvelle différemment de ce qu'elle imaginait ?
Et si cet enfant pouvait faire naître quelque chose entre eux qu'ils n'avaient jamais réussi à construire seuls ?
Alyssa ferma les yeux.
Pour la première fois depuis longtemps, elle osa imaginer un avenir différent.
Un avenir où elle ne serait plus simplement l'épouse imposée d'Aiden Venturi.
Un avenir où leur maison résonnerait des pas d'un enfant.
Un avenir où, peut-être, leur famille pourrait enfin devenir une véritable famille.
Elle savait que cet espoir était fragile.
Elle savait aussi qu'elle risquait d'être cruellement déçue.
Mais cette nuit-là, tandis qu'Aiden dormait à quelques centimètres d'elle, Alyssa posa doucement sa main sur son ventre et s'autorisa malgré tout à croire que cette grossesse pouvait représenter bien plus qu'une simple surprise.
Peut-être était-ce le commencement d'une nouvelle vie.
Peut-être leur offrirait-elle une seconde chance.
Et, quelque part au fond de son cœur, Alyssa espéra qu'Aiden serait capable de voir dans cet enfant non pas une erreur, mais une possibilité de changer leur destin.
Un rayon pâle commençait à filtrer entre les rideaux lorsque des coups répétés contre la porte tirèrent Alyssa de son sommeil. Encore prisonnière de ses rêves, elle entrouvrit difficilement les yeux, mais la sensation d'un bras puissant encerclant sa taille la réveilla immédiatement. Son souffle se bloqua lorsqu'elle réalisa qu'elle était fermement maintenue contre un corps chaud et solide.
Elle n'eut pas besoin de réfléchir longtemps pour identifier son compagnon de lit.
Aiden.
Son mari la retenait contre lui dans son sommeil, comme s'il craignait qu'elle ne s'éloigne. Cette proximité inattendue la déconcerta. Comment pouvait-il la serrer ainsi alors qu'il passait son temps à lui faire comprendre à quel point il la détestait ? Était-il encore sous l'effet de l'alcool après être rentré tard la veille ? Avait-il, pour une fois, oublié toute la rancœur qu'il nourrissait à son égard ?
Avec mille précautions, Alyssa bougea légèrement afin de pouvoir l'observer.
Aiden dormait encore profondément.
Même endormi, il possédait cette présence imposante qui intimidait tous ceux qui croisaient son chemin. Alyssa se surprit une nouvelle fois à contempler sa beauté presque irréelle. Elle n'arrivait toujours pas à comprendre comment un homme capable d'inspirer autant de terreur pouvait posséder un visage aussi parfait.
Ses épaules larges et puissantes étaient découvertes, ses bras musclés entourant son corps avec la force d'un étau. Les tatouages qui couvraient une partie de sa peau accentuaient encore son apparence dangereuse. Son torse ferme était collé contre son dos, et chaque mouvement de sa respiration faisait légèrement bouger ses muscles.
Ses jambes puissantes étaient mêlées aux siennes, la maintenant prisonnière d'une étreinte dont elle ne savait pas si elle devait se réjouir ou se méfier.
Alyssa poussa un petit soupir.
Puis ses yeux remontèrent vers le visage d'Aiden.
Même après trois années passées auprès de lui, elle trouvait encore ses traits fascinants. Ses yeux bleus avaient toujours été ce qu'elle préférait chez lui, même lorsqu'ils la transperçaient d'un regard glacial. Son front large, son nez droit, ses lèvres naturellement rouges et la ligne nette de sa mâchoire lui donnaient une beauté presque irréelle.
Il aurait pu être une divinité descendue sur terre.
Et pourtant, derrière ce visage parfait se cachait un homme dont le cœur semblait incapable de ressentir la moindre tendresse.
Alyssa se souvenait parfaitement du jour où elle l'avait rencontré pour la première fois.
C'était le jour de leur mAlyssage.
À seulement dix-huit ans, elle l'avait regardé avancer vers elle et son cœur avait immédiatement cessé de lui appartenir. Elle était tombée amoureuse de lui au premier regard, avec cette naïveté propre à ceux qui croient encore que l'amour peut tout changer.
Elle avait alors imaginé que son mAlyssage serait le commencement d'une belle histoire.
Elle avait tort.
Elle avait offert son cœur à un homme qui n'avait jamais demandé à le recevoir.
Pendant longtemps, Alyssa avait pourtant refusé d'abandonner.
Elle croyait qu'avec suffisamment de patience, de douceur et de dévouement, Aiden finirait peut-être par comprendre ses sentiments. Elle espérait qu'un jour, son amour finirait par toucher la partie de lui qu'il cachait derrière sa froideur.
Mais les années avaient lentement détruit cette illusion.
Chaque matin, les journaux et les magazines lui rappelaient l'existence d'autres femmes dans la vie d'Aiden. Les photographies de soirées mondaines le montraient régulièrement avec une nouvelle femme au bras, souriant devant les objectifs ou quittant des événements en compagnie de magnifiques inconnues.
Alyssa avait fini par comprendre.
Elle vivait dans un rêve qu'elle était la seule à entretenir.
Son souhait d'avoir un mAlyssage heureux ne se réaliserait probablement jamais.
Une boule se forma dans sa gorge.
Elle ne voulait pas penser à tout cela maintenant.
Surtout pas alors qu'Aiden dormait paisiblement.
Elle retira donc très lentement les bras de son mari de sa taille, prenant soin de ne pas le réveiller. Elle se redressa ensuite avec précaution et posa les pieds sur le sol.
Elle était encore nue après la nuit précédente.
Le souvenir de ce qui s'était passé lui fit légèrement détourner le regard. Elle attrapa rapidement ses vêtements et les enfila, tandis que les coups contre la porte devenaient de plus en plus insistants.
Alyssa inspira profondément avant d'aller ouvrir.
Les battants coulissèrent.
Derrière eux se tenait MAlyssa, sa belle-mère.
La femme lui adressa immédiatement un sourire qui se voulait compatissant.
Alyssa connaissait déjà cette expression.
Tout le monde savait comment Aiden traitait son épouse. Dans les cercles de la haute société, son mAlyssage malheureux n'était plus vraiment un secret. Elle était devenue cette femme dont les autres parlaient à voix basse, celle qui avait épousé l'homme le plus puissant du pays sans jamais réussir à gagner son affection.
Alyssa avait appris à supporter les regards remplis de pitié.
Parfois, ils étaient même accompagnés de moqueries à peine dissimulées.
- Aiden est-il réveillé ? demanda MAlyssa.
Alyssa secoua doucement la tête.
- Non. Il dort encore.
MAlyssa fronça légèrement les sourcils.
- Oh, mon Dieu. Il risque d'être furieux s'il arrive en retard au bureau.
Elle réfléchit quelques secondes avant de poursuivre :
- Peu importe. Je vais le réveiller. Toi, descends préparer son petit-déjeuner. Tu sais bien dans quel état il est lorsqu'il ne reçoit pas son repas à l'heure.
Elle prit la main d'Alyssa avec une douceur presque maternelle.
Alyssa acquiesça.
- D'accord.
Elle quitta rapidement la chambre et descendit vers la cuisine.
MAlyssa attendit que la jeune femme soit suffisamment loin avant de refermer la porte derrière elle.
Son sourire changea.
Il n'avait plus rien de doux.
Une lueur rusée passa dans ses yeux tandis qu'elle regardait Aiden toujours endormi.
Elle savait parfaitement comment s'y prendre pour lui gâcher la matinée.
Elle fit quelques pas en direction du lit.
Puis quelque chose accrocha son pied.
MAlyssa baissa les yeux.
Son expression se transforma immédiatement.
Sur le sol se trouvait le sous-vêtement déchiré d'Alyssa.
La bonne humeur de MAlyssa disparut en une seconde.
Ses mâchoires se contractèrent.
Elle n'avait jamais souhaité voir Aiden heureux dans son mAlyssage. Depuis qu'Alyssa était entrée dans cette famille, MAlyssa avait multiplié les manœuvres pour créer des conflits entre les deux époux. Elle provoquait des malentendus, déformait les paroles d'Alyssa et présentait toujours la jeune femme sous son pire jour.
Et Aiden la croyait.
Il lui faisait confiance aveuglément.
MAlyssa savait que cette confiance constituait sa meilleure arme.
Elle donna un violent coup de pied au vêtement abandonné, le faisant glisser sous le lit.
Puis, en quelques secondes, elle reprit son expression douce.
Elle s'approcha du lit et s'assit près d'Aiden.
Avec une tendresse parfaitement jouée, elle passa une main dans ses cheveux.
- Aiden...
À peine avait-elle effleuré sa tête qu'il réagit instinctivement.
Sa main repoussa brusquement la sienne.
MAlyssa poussa un petit cri de douleur.
Ce son réveilla immédiatement Aiden.
Ses yeux bleus s'ouvrirent et se posèrent sur elle. La confusion du réveil se mêla rapidement à l'irritation.
- Je suis désolé, Mère. Je ne savais pas que c'était toi, marmonna-t-il.
Même lorsqu'il s'excusait, sa voix restait froide.
Aiden avait oublié comment parler avec douceur.
Trop d'amertume s'était accumulée dans son cœur au fil des années. Il avait construit autour de lui une forteresse si épaisse qu'il semblait désormais incapable d'y laisser entrer l'amour ou la confiance.
Tout avait commencé lorsqu'il était adolescent.
Sa mère l'avait abandonné pour s'enfuir avec son amant.
Aiden n'avait alors que quatorze ans.
Son père, Antonio, dirigeait à cette époque l'empire mafieux de l'ouest de l'Italie. Lorsqu'il avait découvert la trahison de son épouse, il avait retrouvé les fugitifs.
Aiden avait été présent lorsque son père avait fait exécuter sa mère et son amant.
Pour un garçon de quatorze ans, assister au meurtre de sa propre mère avait été un traumatisme impossible à supporter.
Il avait été incapable de la sauver.
Incapable d'empêcher son père de la tuer.
Quelque chose s'était brisé en lui ce jour-là.
Pour survivre à cette douleur, son esprit avait adopté une conviction dangereuse : les femmes étaient toutes susceptibles de trahir et aucune ne méritait réellement sa confiance.
Puis Antonio avait épousé MAlyssa.
Lorsqu'elle était entrée dans leur maison, Aiden avait été contraint de l'appeler « Mère ».
MAlyssa lui avait donné une affection qu'il n'avait jamais reçue de sa véritable mère. Elle s'était montrée patiente, attentionnée et présente.
Peu à peu, le jeune Aiden avait cessé de se méfier d'elle.
Il avait commencé à croire qu'elle était différente.
Il lui avait accordé une confiance totale.
Et à vingt-huit ans, cette confiance était devenue une habitude profondément ancrée.
- Bonjour, Aiden, murmura MAlyssa d'un ton inquiet. Il est déjà tard. Je voulais simplement vérifier que tout allait bien. Tu ne dors presque jamais aussi longtemps.
Aiden se redressa.
- Je suis rentré tard hier. Et je n'ai aucune réunion avant cet après-midi. Je n'avais donc aucune raison de me lever tôt.
Il quitta le lit et attrapa un vêtement avant de l'enfiler.
- Ne t'inquiète pas. Tout va bien.
MAlyssa se frappa légèrement le front.
- Quelle idiote je suis ! J'avais complètement oublié.
Elle marqua une pause avant d'ajouter, comme si elle venait de se souvenir d'un détail important :
- Je pensais que tu serais furieux contre Alyssa après ce qu'elle a fait hier.
Aiden tourna la tête.
- Qu'a-t-elle fait ?
MAlyssa baissa les yeux.
- Elle a dépensé deux millions pour faire du shopping.
Elle prit aussitôt une voix hésitante.
- Mais s'il te plaît, ne sois pas trop dur avec elle. Elle est encore jeune et assez naïve.
Aiden ne sembla pas impressionné.
- Pourquoi serais-je en colère parce qu'elle dépense mon argent ? C'est ma femme. Elle peut dépenser ce qu'elle veut.
La jalousie brûla silencieusement dans le regard de MAlyssa.
Car elle savait parfaitement que les deux millions dépensés la veille n'avaient pas réellement été utilisés par Alyssa.
C'était elle qui avait fait les achats.
Elle utilisait régulièrement la carte bancaire qu'Aiden avait donnée à Alyssa, une carte sans plafond qu'il avait mise à la disposition de son épouse. Ensuite, MAlyssa retournait la situation contre Alyssa et l'accusait d'être une profiteuse qui dilapidait la fortune de son mari.
Mais cette fois encore, Aiden ne réagit pas comme elle l'espérait.
MAlyssa força donc un sourire timide.
- Tu es vraiment un mari généreux, mon fils.
Elle laissa passer quelques secondes.
Puis elle ajouta d'une voix presque inaudible :
- Je ne comprends simplement pas pourquoi Alyssa ressent toujours le besoin de flirter avec d'autres hommes.
Le visage d'Aiden changea immédiatement.
- Qu'est-ce qu'elle a fait ?
Ses yeux bleus se durcirent.
MAlyssa fit semblant d'être prise de panique.
- Oh... Je suis désolée. Je n'aurais pas dû t'en parler. Je... je ferais mieux de partir.
Elle recula lentement.
Elle savait exactement ce qu'elle faisait.
C'était devenu un rituel.
Elle lançait une accusation, puis jouait la femme gênée et coupable afin de pousser Aiden à réclamer lui-même les détails.
- Non.
La voix d'Aiden claqua dans la pièce.
- Reste.
MAlyssa s'arrêta.
- Dis-moi ce qu'Alyssa a fait.
Elle soupira comme si elle était profondément embarrassée par la situation.
- Hier, lorsque nous sommes allées faire les boutiques, elle a rencontré un jeune vendeur. Il était plutôt séduisant. Elle a commencé à flirter avec lui.
Elle hésita volontairement.
- J'ai essayé de lui faire comprendre que ce n'était pas approprié. Mais tu la connais... elle ne m'écoute jamais.
MAlyssa n'en dit pas davantage.
Elle n'en avait pas besoin.
La colère venait déjà d'embraser le regard d'Aiden.
Sans poser une seule question supplémentaire, il quitta la chambre d'un pas furieux.
Il descendit les couloirs de la demeure avec une détermination glaciale, tandis que la jalousie et la colère se mêlaient dans son esprit.
Il devait retrouver Alyssa.
Et cette fois, il comptait bien lui faire comprendre une chose : personne ne pouvait se permettre d'attirer son attention lorsqu'elle était son épouse.
Alyssa descendait les marches à toute vitesse, pressée de rejoindre la cuisine afin de préparer le petit-déjeuner d'Aiden avant qu'il ne se réveille. La dernière chose qu'elle souhaitait était de prendre davantage de retard et de provoquer une nouvelle colère de son mari. Pourtant, alors qu'elle atteignait l'escalier, un vertige soudain lui brouilla la vue.
Elle s'arrêta net.
Une main agrippa fermement la rampe tandis qu'elle fermait les yeux, attendant que le sol cesse de tourner sous ses pieds. Depuis quelques jours, ces étourdissements devenaient de plus en plus fréquents. Son corps commençait déjà à lui rappeler qu'un petit être grandissait en elle, même si personne dans cette maison n'était encore au courant.
Alyssa inspira profondément.
Après quelques instants, elle se sentit suffisamment stable pour continuer. Elle descendit lentement le reste des marches et gagna la cuisine.
La demeure Venturi employait plusieurs domestiques, mais leur présence n'apportait aucun réconfort à Alyssa. La plupart avaient compris depuis longtemps qu'Aiden ne se souciait pas réellement de son épouse. Par conséquent, ils ne prenaient guère la peine de la respecter. Ils la regardaient souvent avec condescendance et n'hésitaient pas à la traiter comme une étrangère dans sa propre maison.
Alyssa avait appris à supporter leurs attitudes.
Elle supportait tout.
Les regards.
Les murmures.
Les humiliations.
Le mépris de son mari.
Elle endurait chaque chose parce qu'une petite lueur d'espoir continuait à vivre dans son cœur.
Et désormais, cet espoir avait un visage qu'elle ne pouvait pas encore voir.
Son bébé.
Son enfant.
Même si Aiden ne l'aimait pas, Alyssa, elle, continuait de l'aimer profondément. Elle n'avait jamais cessé de nourrir des sentiments pour lui depuis le jour où elle l'avait rencontré. Cette grossesse représentait donc bien plus qu'une simple surprise.
À ses yeux, c'était un miracle.
Peut-être le résultat de toutes les prières qu'elle avait adressées en silence au destin.
Elle avait toujours souhaité connaître un amour véritable, avoir une famille heureuse et vivre auprès d'un homme qui l'aimerait sincèrement. Peut-être que cet enfant pouvait tout changer.
Peut-être qu'après sa naissance, Aiden regarderait enfin Alyssa autrement.
Peut-être qu'en voyant son propre enfant, il comprendrait qu'ils formaient désormais une famille.
Et peut-être qu'il accepterait de changer pour eux.
Cette pensée lui arracha un léger sourire tandis qu'elle commençait à préparer le repas.
Elle était tellement absorbée par ses réflexions qu'elle ne remarqua pas immédiatement les bruits de pas derrière elle.
Puis deux bras encerclèrent soudain sa taille.
Alyssa sursauta violemment.
La poêle qu'elle tenait lui échappa des mains et tomba au sol dans un fracas métallique. L'huile brûlante éclaboussa sa peau et elle poussa un cri étouffé en retirant rapidement sa main devenue rouge.
Mais la douleur de la brûlure fut immédiatement éclipsée par une autre sensation.
Une odeur lui monta au cœur.
Une odeur qu'elle détestait.
Son estomac se retourna et les nausées qui l'accompagnaient depuis plusieurs jours revinrent brutalement.
Elle reconnut l'homme derrière elle.
- Qu'est-ce que tu fais, Enzo ?!
Elle se dégagea avec force et se retourna.
Enzo Venturi lui faisait face avec un sourire qui la répugnait.
Il était le demi-frère d'Aiden et, chaque fois qu'il trouvait Alyssa seule, il profitait de l'absence de son frère pour la harceler et tenter de franchir les limites qu'elle lui imposait.
Alyssa recula d'un pas.
- Je suis ta belle-sœur. Tu n'as pas le droit de me toucher.
Enzo eut un rire léger.
- Ne sois pas aussi froide avec moi, belle-sœur.
Il avança encore.
Alyssa recula instinctivement.
- Aiden est incapable de reconnaître la beauté qu'il a sous les yeux, dit-il avec un sourire malsain. Mais moi, je sais très bien ce que tu vaux. Donne-moi simplement une chance et je pourrai t'offrir tout ce que tu désires.
Son regard parcourut son corps d'une manière qui fit naître une vague de dégoût chez Alyssa.
Elle serra les poings.
- Éloigne-toi immédiatement.
Sa voix tremblait de colère.
- Sinon je vais crier.
Enzo éclata de rire.
- Et qui va te croire ?
Alyssa sentit son cœur s'emballer.
Avant qu'elle ne puisse atteindre la porte, Enzo se précipita vers elle. Il la coinça contre l'îlot central de la cuisine, profitant de sa supériorité physique pour l'empêcher de s'échapper.
- Lâche-moi !
Alyssa se débattit de toutes ses forces.
Elle tenta de le repousser, puis de le frapper.
Enzo ne bougea presque pas.
Lorsqu'il attrapa ses cheveux afin de maintenir son visage, Alyssa poussa un cri de peur.
Elle se sentit complètement impuissante.
Puis une voix grave retentit derrière eux.
- Qu'est-ce qui se passe ici ?
Enzo se figea.
La couleur quitta immédiatement son visage.
- A... Aiden !
Alyssa tourna la tête.
Son mari se tenait à quelques mètres d'eux.
Sa présence imposante suffit à faire reculer Enzo.
Alyssa profita immédiatement de cette occasion pour se libérer et courir vers Aiden. Elle se plaça derrière lui, cherchant instinctivement refuge auprès de son corps puissant.
Elle tremblait encore.
Elle espérait qu'Aiden comprendrait.
Qu'il verrait ce qui venait réellement de se produire.
Mais Enzo fut plus rapide.
Il adopta aussitôt une expression blessée et innocente.
- J'essayais seulement de lui parler, commença-t-il. J'ai demandé à ta femme d'arrêter, mais elle s'est comportée étrangement et a essayé de me séduire.
Alyssa resta bouche bée.
- Quoi ?
Elle sortit de derrière Aiden.
- Il ment !
Sa voix résonna dans la cuisine.
- Je n'ai jamais fait une chose pareille !
Enzo se tourna vers Aiden.
- Pourquoi est-ce que je mentirais ? Pourquoi est-ce que je trahirais mon propre frère ?
Demi-frère, pensa Alyssa avec rage.
Elle avait envie de lui arracher ce sourire du visage.
Elle voulait lui donner une gifle et révéler toutes ses manigances.
Mais lorsqu'elle regarda Aiden, ses paroles moururent avant même de franchir ses lèvres.
Son mari la fixait avec une colère terrifiante.
Ses yeux bleus semblaient brûler.
Il ne cherchait pas à entendre sa version.
Il avait déjà choisi qui croire.
Aiden attrapa brutalement sa main.
- Aiden, écoute-moi...
Il ne répondit pas.
Il l'entraîna hors de la cuisine.
Alyssa trébucha presque en essayant de suivre son rythme.
Ils arrivèrent dans leur chambre et Aiden ouvrit la porte avec violence avant de la faire entrer. Quelques secondes plus tard, la porte se referma derrière eux.
Alyssa recula.
Elle connaissait cette expression.
Elle savait déjà qu'il ne voulait rien entendre.
- Est-ce que je ne t'ai pas suffisamment satisfaite hier soir ? demanda-t-il entre ses dents serrées. Il faut maintenant que tu cherches mon demi-frère ?
Le cœur d'Alyssa se brisa.
- Ce n'est pas ce que tu crois...
- Tais-toi !
Elle sursauta.
- Tu oses encore me répondre ?
Aiden était aveuglé par la jalousie.
Et cette jalousie était alimentée par une haine qu'Alyssa ne comprenait même plus.
Elle aurait voulu lui expliquer qu'Enzo était le véritable coupable. Elle aurait voulu lui dire que son demi-frère profitait de sa confiance et de sa richesse depuis des années.
Mais Aiden refusait de l'écouter.
Pour lui, Alyssa était toujours la femme qui avait été imposée à son existence.
La femme qu'il soupçonnait de vouloir profiter de lui.
La femme qu'il accusait sans jamais chercher à connaître la vérité.
Les paroles qu'il prononça ensuite lui firent l'effet d'un coup de poignard.
Alyssa sentit les larmes lui monter aux yeux.
Aiden était le seul homme qui l'avait jamais touchée.
Le premier.
Le dernier.
Elle n'avait jamais désiré quelqu'un d'autre.
Elle l'aimait malgré tout.
Et sa fidélité envers lui n'avait jamais vacillé.
- Non, monsieur Venturi... je vous assure que je n'ai rien fait...
Sa voix tremblait.
Mais Aiden ne voulait pas entendre.
- Ferme-la !
Son ordre claqua dans la pièce.
Alyssa se tut.
Elle comprit qu'aucune explication ne pourrait atteindre son esprit tant qu'il serait prisonnier de sa colère.
Elle ferma alors les yeux.
Les larmes commencèrent à couler silencieusement le long de ses joues.
Elle ne pouvait que subir la situation, le cœur écrasé par une accusation qu'elle ne méritait pas.
Elle aurait voulu que quelqu'un comprenne.
Elle aurait voulu qu'Aiden la regarde véritablement, au lieu de voir uniquement l'image que MAlyssa et Enzo avaient construite dans son esprit.
Dans son cœur, Alyssa criait.
Elle demandait silencieusement à Dieu combien de temps elle devrait encore supporter cette vie.
Combien de temps faudrait-il avant que cette douleur cesse ?
Et surtout, combien de temps avant qu'Aiden comprenne enfin qu'elle ne l'avait jamais trahi ?
Pendant ce temps, dans le couloir, MAlyssa observait la scène avec une satisfaction difficile à dissimuler.
Elle avait vu Aiden découvrir Enzo avec Alyssa.
Elle avait vu la colère de son beau-fils.
Elle avait vu la manière dont il avait entraîné sa femme jusqu'à leur chambre.
Tout s'était déroulé exactement comme elle l'avait espéré.
Un sourire satisfait étira ses lèvres.
Elle savait qu'Alyssa n'avait rien fait.
Elle savait parfaitement qu'Enzo était celui qui l'avait agressée.
Mais cela n'avait aucune importance.
Tant qu'Aiden continuerait à croire que sa femme était coupable, MAlyssa aurait gagné.
Elle descendit les escaliers avec légèreté.
Cependant, son sourire disparut dès qu'elle aperçut Enzo dans la cuisine.
Son fils semblait encore nerveux.
MAlyssa le regarda sévèrement.
- Qu'est-ce que tu comptais faire, Enzo ?
Le jeune homme haussa les épaules.
- Je voulais seulement...
- Si tu désires cette femme, sois assez intelligent pour agir sans te faire prendre, le coupa MAlyssa. Tu dois comprendre qu'Aiden est dangereux. S'il découvre ce que tu fais réellement, il pourrait te tuer sans hésiter.
Enzo eut un sourire arrogant.
- Ne t'inquiète pas, mère. Je suis bien trop intelligent pour me faire attraper.
MAlyssa le fixa quelques secondes.
Puis un sourire complice apparut sur leurs visages.
Ils savaient tous les deux qu'ils jouaient avec le feu.
Mais ils avaient également une raison précise de prendre autant de risques.
Enzo était le fils de MAlyssa et d'Antonio, né de leur relation secrète.
À l'époque, Antonio était encore marié à Teresa, la mère d'Aiden.
MAlyssa avait nourri une haine profonde envers Teresa et avait voulu se débarrasser d'elle. Mais au lieu de laisser apparaître ses véritables intentions, elle avait élaboré un mensonge soigneusement construit.
Elle avait fait croire à Antonio que Teresa le trompait.
Elle avait ensuite présenté sa fuite avec son amant comme la preuve ultime de cette prétendue trahison.
Antonio, aveuglé par la rage, avait retrouvé Teresa et son compagnon.
Et devant Aiden, encore adolescent, il avait mis fin à leurs vies.
Après cela, Antonio avait épousé MAlyssa.
Enzo avait grandi dans cette nouvelle famille, à seulement quelques mois d'écart avec Aiden.
Mais contrairement à Aiden, il n'était pas l'héritier légitime de l'empire Venturi.
Tout revenait légalement à Aiden.
C'était lui qui devait hériter de la fortune familiale, de Venturi Enterprises et du contrôle de l'organisation mafieuse.
Enzo n'avait donc qu'une seule possibilité.
Attendre.
Selon les règles établies dans leur famille, si Aiden atteignait l'âge de trente ans sans avoir d'héritier, Enzo pourrait alors revendiquer ses droits sur l'empire.
Il pourrait récupérer ce qu'il considérait comme lui appartenant.
Le pouvoir.
La fortune.
La mafia.
Tout l'empire Venturi.
Et MAlyssa ferait tout ce qui était nécessaire pour l'aider.
C'est pourquoi elle s'était acharnée à détruire le mAlyssage d'Aiden et d'Alyssa.
Chaque mensonge creusait un peu plus le fossé entre eux.
Chaque accusation diminuait les chances qu'ils construisent une véritable famille.
Et maintenant qu'Alyssa était enceinte sans que personne ne le sache encore, le danger pour leurs plans devenait plus grand que jamais.
Mais MAlyssa ignorait toujours la vérité.
Elle ignorait qu'un enfant grandissait déjà dans le ventre d'Alyssa.
Un enfant qui, s'il venait au monde, pouvait anéantir toutes leurs ambitions.
Alors qu'Aiden se laissait consumer par la jalousie, MAlyssa et Enzo échangèrent un dernier regard complice.
Ils étaient convaincus que leurs mensonges finiraient par atteindre leur objectif.
Ils pensaient pouvoir empêcher Aiden d'avoir un héritier.
Ils pensaient pouvoir séparer définitivement les époux.
Et si les malentendus continuaient à s'accumuler, il était possible qu'Aiden ne découvre jamais la vérité à temps.
Soit Alyssa finirait par être rejetée de sa vie.
Soit, poussé à bout par les mensonges, Aiden commettrait l'irréparable.
Dans les deux cas, MAlyssa et Enzo estimaient que leur avenir était assuré.
Ils ne savaient pas encore qu'un petit miracle se trouvait déjà au cœur de cette guerre familiale, et que la vérité sur la grossesse d'Alyssa risquait de bouleverser tous leurs plans.