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Le mafieux de mon passé

Le mafieux de mon passé

Auteur:: sedamih.15
Genre: Mafia
Maëva pensait avoir définitivement enterré son passé. Jeune médecin spécialisée en gynécologie, avec deux ans d'expérience, elle mène une vie discrète, réglée, presque trop sage. Une existence qu'elle a soigneusement construite pour oublier une seule nuit. Une erreur. Un jeu stupide d'action-vérité. Et cet homme: le plus fascinant, le plus dangereux, le plus inoubliable qu'elle ait jamais rencontré. Cette nuit-là a tout changé. Parce qu'elle en est ressortie enceinte. Parce qu'elle a gardé le secret. Parce qu'elle ne lui a jamais rien dit. Six ans plus tard, alors qu'elle enchaîne une nuit de garde comme tant d'autres, le destin la rattrape brutalement. Maëlys est appelée en urgence pour prendre en charge un patient sous haute surveillance : Viktor Volkovitch, le mafieux le plus redouté de New York. Un nom qui glace le sang de toute la ville. Elle se promet de rester professionnelle. De faire son travail. D'ignorer le passé. Jusqu'à ce qu'elle entende sa voix. La même. Inoubliable. Dangereusement familière. Face à lui, Maëlys vacille. Doit-elle prétendre ne pas le reconnaître et risquer qu'il découvre la vérité par lui-même ? Ou se retirer et fuir, au risque de réveiller une obsession qu'elle sent déjà renaître dans son regard ? Car Viktor n'a rien oublié. Et ce qu'il désire... il le prend. Entre secrets, mensonges, attirance interdite et obsession dévorante, Maëlys comprend trop tard que certaines nuits ne s'effacent jamais. Elles attendent. Et elles réclament toujours leur dû.

Chapitre 1 Prologue

Bonjour a tous et a toutes,

Bonne et heureuse année à vous.

J'espère que vous continuerez l'aventure avec moi et que vous ne cesserez de m'aider à faire vivre ma passion.

Comme vous pouvez le voir, je reviens officiellement avec une nouvelle histoire en cette année nouvelle.

Je préfère vous prévenir, cette histoire sera très...dark, très intense et...

Il y aura des termes et des situations psychologiques, grossiers et vulgaires, mais je tiens à rappeler que ce n'est qu'une fiction et que ça ressort de mon imagination, rien de plus. Alors veuillez ne pas m'en tenir rigueur.

En clair, pour un public très averti.

Je vous souhaite, encore une fois, une bonne année et vous remercie de votre attention.

Je vous souhaite une très bonne lecture.

Maeva.

7h00.

L'alarme déchire le silence pour la troisième fois. J'entrouvre un œil, le temps de confirmer que le soleil est bien levé et que je n'ai pas rêvé l'heure. C'est lundi. Pourquoi le réveil est-il toujours plus cruel le premier jour de la semaine ?

Je suis encore perdue dans le brouillard du sommeil quand ma porte claque. Une petite tornade blonde se jette littéralement sur moi. Diana. Ma source de joie, ce miracle de six ans qui a totalement bouleversé mon existence.

- Maman ! Je suis prête ! Et toi ? C'est la rentrée, je ne veux pas être en retard !

- Je sais, ma chérie, murmuré-je en l'enlaçant. On connaît la règle : "Le jour de la rentrée, il faut arriver les premières pour montrer qu'on est vives et intelligentes." Sinon, les professeurs vont croire qu'on fait la sieste, pas vrai ?

- Oui ! s'exclame-t-elle en sautillant sur le matelas.

- Allez, file. Laisse-moi me préparer. Tu as ton goûter ? Ta gourde ?

- Maman, j'ai tout pris ! Tout ce que tu avais préparé hier soir. Et je ne suis plus un bébé, alors dépêche-toi !

- Je te signale que tu n'as que cinq ans, donc techniquement...

- On va être en retard ! Répète-t-elle déjà à l'autre bout du couloir ?

Fin de la discussion. À peine cinq ans et elle possède déjà ce don pour se faire respecter et obtenir ce qu'elle veut. Parfois, en la regardant, je me demande avec une pointe d'angoisse : D'où tient-elle ce tempérament de feu ?

Quelques heures plus tard, après avoir déposé Diana dans sa nouvelle classe, le calme de l'hôpital remplace le chaos du matin. Je suis penchée sur des dossiers quand Elisa, ma collègue et complice, passe la tête par la porte.

- Salut, toi. Ça va ?

- Oui, pourquoi ? Tu ne devrais pas être au bloc ?

- Je sors tout juste. Je te cherchais. D'habitude, tu as déjà salué la moitié de l'hôpital à cette heure-ci. Je me suis demandé si tout allait bien...

- Juste un manque d'énergie, soupiré-je. Couchée à deux heures, je suis de garde demain soir. Je veux juste boucler mes consultations et retrouver mon lit. C'est un argument médicalement valable pour mon manque d'enthousiasme ?

- Presque. Mais je parie qu'il y a autre chose.

Je me tourne vers elle, feignant l'étonnement. Elisa me lit comme un livre ouvert depuis deux ans. On s'est rencontrées lors de notre première année d'internat et notre ambition commune nous a soudées. Elle est devenue ma sœur, la seule à qui je confie Diana les yeux fermés. Ma mère dit souvent qu'elle est l'influence la plus positive de ma vie.

- Vas-y, expose-moi ton diagnostic, docteur.

- Je sais que tu détestes ça, mais... Diana a encore posé des questions sur son père, non ?

Mon silence est son unique réponse. Je lâche mon stylo et me redresse sur mon siège, le regard perdu vers la fenêtre. À chaque rentrée, c'est le même rituel douloureux. "Où est papa ? Pourquoi n'est-il pas là ?" Et je sers toujours le même mensonge : "Il revient bientôt, son voyage est juste un peu plus long que prévu."

Mais Diana est trop vive pour être dupe longtemps. En tant que médecin, je sais l'importance d'une figure paternelle. En tant que mère, je sais que je lui impose un vide que je ne peux pas combler.

- C'est simple, Maëva : soit tu retrouves ce fameux numéro, soit tu lui dis la vérité.

Avant que je ne puisse protester, nos bipeurs s'affolent en une symphonie stridente. Fin de la psychanalyse, retour à la réalité. Elisa a raison, mais je n'ai pas le luxe de m'effondrer. J'ai une carrière à mener et une fille à protéger. Je rejoins l'accueil, vérifie mes messages de l'école - rien, tout va bien - et appelle mon premier patient.

Après quatre heures de consultations intensives, je m'accorde enfin une trêve. J'ai besoin d'entendre une voix familière pour décompresser. J'appelle mes parents.

- Allô ? Coucou, ma chérie.

- Bonjour, maman. Comment tu vas ?

- Très bien, et toi ? Tu es encore au service ?

- Oui, je sors d'un tunnel de cinq patients. La salle d'attente est enfin vide, alors j'en profite pour souffler un peu.

- Je m'en doutais, je te vois d'ici avec ta blouse... Et notre petite Diana ? Sa rentrée ?

- Une star, comme d'habitude. Elle est adorable avec tout le monde. Je crois qu'elle tient ça de toi, parce que moi, je n'ai pas toujours cette patience... Et de ton côté ?

- Ça va, c'est mardi, j'ai pu finir tôt. Je vais me coucher !

- Quelle chance... je vais essayer d'en faire autant.

Le bruit de pas dans le couloir signale la fin de ma pause. Je raccroche après un dernier baiser virtuel et me remets au travail.

La soirée défile. Récupérer Diana, passer en cuisine, le rituel du bain... Je m'assure qu'elle mange bien avant de l'installer sous sa couette pour son histoire préférée. Mais alors que je referme le livre, elle me retient par la manche.

- Maman ?

- Oui, mon cœur ?

- Est-ce que tu as fini par trouver le numéro de papa ? Est-ce qu'il rentre bientôt ?

Mon cœur se serre. Ses yeux sont chargés d'un espoir qui me transperce. Cela fait quatre ans que la question revient, mais cette année, son insistance est devenue un supplice. Que suis-je censée lui répondre ? Je ne peux pas lui avouer la vérité. Je ne peux pas lui dire que je ne sais même pas qui est son père, au-delà d'un nom et d'un souvenir gravé dans le noir.

Chapitre 2 Viktor

La nuit est mon sanctuaire.

Pourquoi?

Parce que c'est dans l'obscurité que le monde devient honnête. C'est le moment où les masques tombent et où il devient bien plus facile de faire disparaître des corps. Dans mon monde, les cadavres s'accumulent comme des trophées de guerre. J'ai passé ma semaine à purger ma liste d'ennemis, mais malgré le sang qui macule mes mains, une seule pensée me dévore l'esprit. Une priorité qui ne me laisse aucun répit.

Erik, mon meilleur ami et bras droit, s'efforce comme d'habitude de briser ce moment de contemplation morbide.

- Tu vas jouer encore longtemps avec l'œil de ce type ? Ce n'est pas une balle de golf, Viktor.

- Pourtant, la trajectoire est parfaite, répliqué-je d'un ton glacial sans quitter ma proie des yeux. Viens, rejoins-moi. Plus on est nombreux, plus on rit, dit-on.

- Notre prochaine cible s'apprête à fuir le pays et toi, tu préfères t'amuser avec les restes d'un homme que tu as dépecé il y a une heure. Je rejoins les hommes. Appelle-moi quand tu seras prêt à redevenir sérieux.

Je finis par lâcher l'orbe sanglant, m'essuie les mains sur un mouchoir en soie et rejoins Erik en consultant mon téléphone.

- Où est-il ?

- Au port. Il a un bateau qui l'attend pour rejoindre son jet privé...

- Celui-là même qu'il a acheté avec l'argent que je lui ai "prêté" il y a trois mois ? Quelle ingratitude. On offre une main, ils essaient de voler l'empire.

- Je n'ai jamais compris pourquoi tu avais été aussi clément à l'époque.

- Ce n'était pas de la clémence, Erik. C'était un investissement. Mais ce Viktor-là est mort il y a six ans.

Et c'était la vérité. Six ans plus tôt, j'avais été assez naïf pour accorder ma confiance à n'importe qui. Assez naïf pour laisser une femme me consumer. Une femme dont le visage et la voix sont gravés au fer rouge dans ma mémoire. Elle m'a offert la nuit la plus intense de mon existence avant de disparaître comme un mirage, ne me laissant qu'un souvenir indélébile : sa virginité.

Depuis, je ne l'ai jamais lâchée. Elle a cru pouvoir se cacher, mais on n'échappe pas à un prédateur de mon espèce. J'ai l'intention de la retrouver. Et surtout, de réclamer ce qui m'appartient : notre enfant.

- J'ai du nouveau concernant ton obsession, lance Erik en montant dans la voiture.

- Mon obsession a un nom, Erik. Et je parie que tu l'as enfin trouvé.

- Maëlys. Jeune gynécologue à l'hôpital de New York. Mère célibataire d'une petite Diana, cinq ans. Elle vit pour son travail et sa gamine. Elle a une meilleure amie, une certaine Elisa, qui lui sert de garde du corps improvisée.

- Bien. Allons d'abord régler le compte de ce traître, et ensuite... direction l'hôpital.

Le moteur vrombit sous une simple pression du chauffeur. Quelques minutes plus tard, le vent salin du port vient fouetter mon visage. Je charge mon arme, ajuste mes lunettes de soleil malgré l'obscurité. J'aime cette atmosphère. Ce vent frais qui porte l'odeur de la peur.

- Attrapez-le-moi.

Je reste adossé à la berline, écoutant les bruits de la traque. Lorsque le signal tombe, je rejoins la cabine du bateau. L'homme est là, à genoux, tremblant. Ses yeux me supplient. Je déteste les supplications. C'est un bruit inutile.

- Alors ? On pensait vraiment pouvoir s'envoler sans dire au revoir ?

- S'il vous plaît, Monsieur Volkovitch...

Je m'agenouille devant lui avec un sourire cruel, posant mon arme sur le sol, juste pour qu'il puisse la contempler.

- Sais-tu comment on m'appelle dans les bas-fonds de cette ville ?

- The Shadow of New York...

- L'Ombre. Précisément. Parce que j'agis là où personne ne voit. Là où personne n'entend. Même tes hurlements seront étouffés par le fracas des vagues. Il est à peine 18h, j'ai toute la nuit pour t'apprendre ce qu'il en coûte de me prendre pour un imbécile.

Sans prévenir, je presse la détente. Sa main explose. Je savoure le son de ses os qui broient et ses cris qui déchirent l'air.

- Oh, ça fait mal ? Je vais essayer d'être plus... créatif.

Je me fiche de sa souffrance ; elle est mon carburant. Je brise son genou d'un coup sec. Derrière moi, Erik laisse échapper un rire sombre.

- Qu'est-ce qui te fait rire ?

- Ta façon de simuler la compassion. C'est presque touchant. Mais si tu veux vraiment le faire durer, j'ai des outils plus... artisanaux dans le coffre.

- Non, pas cette fois. J'ai un rendez-vous que je ne manquerais pour rien au monde.

Je termine le travail avec une efficacité brutale. J'écrase sa main sous ma botte, saisis sa tête pour briser ses cervicales d'un coup sec, puis je loge une balle dans son crâne, deux dans la poitrine et trois dans les reins. Pour finir, j'évide ce qui lui servait d'yeux.

- C'est fini. On bouge.

Je range mon calibre, essuie les éclaboussures sur mon visage et prends le volant de la voiture. Erik s'installe à mes côtés.

- Donne moi l'itinéraire pour l'hôpital.

- Reçu. Au fait, t'es-tu assuré que...

Le reste de sa phrase se perd dans un chaos de métal froissé. Le monde bascule. Le fracas des vitres qui explosent, le hurlement du toit qui racle le bitume alors que la voiture fait plusieurs tonneaux.

Puis, le silence. Un silence de mort.

Mais je sens encore le sang battre dans mes tempes. Je suis vivant.

Je jette un coup d'œil a cote de moi, Erik, et ensuite, autour de moi.

Avant de m'évanouir.

Chapitre 3 Maeva

Une dose massive de caféine coule dans mes veines, mais rien ne semble pouvoir dissiper le pressentiment toxique qui me tord les boyaux. Dans le couloir, je croise Elisa. Elle rayonne, un contraste frappant avec la grisaille de mes pensées.

- Tout va bien ? Tu as l'air... survoltée.

- Je passe la journée au bloc ! s'exclame-t-elle avec un sourire victorieux, presque carnassier.

Elisa est une créature étrange : donnez-lui un scalpel et un patient à recoudre, et elle devient la femme la plus heureuse du monde. Sortez-la de sa salle d'opération, et elle se transforme en une statue de glace au regard de prédatrice.

- Je vois. Profite bien alors. Je ne prends la garde qu'à 22 h, j'espère que le calme régnera d'ici là.

- Et Diana ? Comment elle va ?

Je lève les yeux au ciel, sentant une pointe d'agacement mêlée à l'angoisse. Elle m'a posé la question il y a une heure. Si elle insiste, c'est qu'elle sonde le terrain miné de mes émotions.

- Elisa, tout va bien. Elle est à l'école. On gère, toutes les deux.

- Tu as fini par chercher son num...

Nos bipeurs hurlent à l'unisson, une plainte stridente qui brise la conversation. On échange un regard tendu avant de sprinter vers les urgences. L'air devient soudain lourd, saturé d'une odeur métallique de sang frais, de pneus brûlés et d'antiseptique.

Le chaos nous accueille. Plusieurs brancards défilent à toute allure, escortés par une phalange d'hommes aux visages de pierre, leurs costumes sombres tranchant avec la blancheur aseptisée des couloirs. Une femme, Emma, nous suit en pleurant, les mains maculées de suie.

- J'étais juste à côté... un camion les a percutés de plein fouet... Trois voitures... C'était un carnage...

- Calmez-vous, Emma, ordonné-je en essayant de masquer le tremblement de mes propres mains. Une infirmière va s'occuper de vous. Vous êtes de la famille ?

- Non, mais... j'ai reconnu le premier homme. Celui qui est conscient. C'est Monsieur... Volkovitch.

Le nom claque dans l'air comme une détonation. Je me fige, le souffle coupé, le cœur battant contre mes côtes comme un oiseau en cage. Je confie les autres blessés à Elisa et m'éclipse pour ajuster mon masque chirurgical, une barrière de tissu dérisoire contre la panique qui menace de m'asphyxier.

Quand je reviens derrière le rideau de box, une voix s'élève. Une voix profonde, habitée par une vibration rauque et autoritaire qui me hante depuis six ans. Mon sang se transforme en glace. Non. Pas lui. Pas dans ma ville. Pas dans mon hôpital.

J'écarte le plastique d'une main moite. Elisa s'occupe d'un homme inconscient sur le premier lit. Sur le second, un homme est assis, impérial malgré le sang qui tache sa chemise. Il n'est que légèrement blessé au bras, mais son aura sature la pièce. Ses yeux, deux lames d'acier poli, s'ancrent immédiatement dans les miens. L'impact est brutal, presque physique.

- Bonjour... Je suis le Docteur Rocher. Je vais m'occuper de vous. Laissez-moi prendre vos constantes.

- Je vais bien, Docteur, répond-il.

Sa voix est un murmure dangereux, une caresse de papier de verre sur ma peau nue. Je sens le regard d'Elisa brûler sur moi. Elle a perçu le changement d'atmosphère, cette électricité statique qui nous lie soudain. Je termine les soins mécaniquement, mes doigts frôlant sa peau brûlante, tandis que mon esprit hurle, prisonnier du souvenir de cette nuit de débauche.

- Elisa, je peux te...

- Il faut qu'on parle. Maintenant, me coupe-t-elle.

Elle m'entraîne de force dans la salle de repos et verrouille la porte d'un geste sec.

- Qu'est-ce qui se passe ? murmuré-je, les yeux écarquillés. Le personnel rase les murs, les infirmières refusent d'approcher ce box. C'est quoi ce cirque ?

- Maeva, le chef est passé en personne. Il est blême. Les ordres sont clairs : respect absolu, aucune question, on leur donne les clés de l'hôpital s'ils le demandent.

- Pourquoi ? C'est qui ce type ? Un sénateur ?

- Pire. Tu as déjà entendu parler de The Shadow of New York ?

Un frisson violent me parcourt l'échine. L'Ombre de New York. Un prédateur milliardaire dont le nom n'est prononcé qu'à voix basse dans les ruelles sombres. Un homme qui traite la vie humaine comme une monnaie d'échange.

- Bien sûr. Mais quel est le rapport avec...

Je m'arrête net. Ma bouche devient sèche comme du parchemin. La réalisation me frappe avec la violence d'un impact frontal.

- Lequel d'entre eux ? balbutié-je, l'esprit en lambeaux.

- Ton patient, Maeva. Celui au regard de loup. C'est Viktor Volkovitch.

- Oh mon Dieu... Non...

- Quoi ? Qu'est-ce que tu as ?

- C'est lui, Elisa. L'homme de l'action-vérité. L'homme de cette nuit-là. C'est lui.

Les mots s'échappent dans un sanglot étouffé. Elisa me saisit les poignets, le visage déformé par l'effroi. Parmi les huit millions d'âmes de cette ville, le destin a ramené le père de ma fille directement sur ma table d'examen.

- Tu es certaine ? Six ans ont passé...

- Sa voix... On n'oublie pas le timbre de l'homme qui vous a brisée pour mieux vous reconstruire le temps d'une nuit. Jamais.

- Écoute-moi, Maeva. Respire. Je vais chercher Diana et je la mets en sécurité. Toi, tu retournes là-bas. Tu revêts ton masque de marbre. Tu ne cilles pas, tu ne montres aucune émotion. Sois juste un médecin parmi d'autres. Tu peux le faire ?

- Oui... Je vais le faire.

Je ressors dans le couloir, le visage figé dans une expression de neutralité factice, alors que mon âme hurle de terreur. Après un appel fébrile à l'école, je me dirige vers la chambre privée où Viktor a été transféré.

J'entre. Le silence est oppressant. Soudain, le clic métallique de la serrure derrière moi me fait sursauter. La chambre est plongée dans une pénombre sépulcrale, les stores ont été tirés. Le lit est vide.

- Vous revoilà enfin, Docteur Rocher.

La voix surgit de l'angle mort, juste derrière mon épaule. Je me fige, chaque pore de ma peau réagissant à sa proximité immédiate. Une chaleur prédatrice émane de lui, m'enclavant dans son ombre.

- Monsieur Volkovitch ? Où est... où est votre associé ?

- Il a repris ses esprits. Mon monde n'aime pas les lits d'hôpital.

- Très bien... Dans ce cas, mon examen est terminé. Vous semblez hors de danger. Je vais vous laisser...

Je fais un pas vers la sortie, le cœur au bord de l'explosion, mais avant que ma main ne frôle la poignée, je sens la morsure glaciale d'un canon d'acier entre mes omoplates. Le froid du métal pénètre mes vêtements, me clouant sur place.

- On ne bouge plus, Maeva, susurre-t-il contre mon oreille. Sa respiration est un souffle chaud qui fait frémir les mèches de mes cheveux. Nous allons quitter ce bâtiment. Sans éclat, sans cri. Tu vas marcher à mes côtés comme si nous étions de vieux amis.

- S'il vous plaît... Je ne comprends pas...

- Tu comprends très bien. Un seul geste déplacé, une seule tentative d'alerte, et je te troue le dos avant que la sécurité ne puisse cligner des yeux.

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