Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Sci-Fi > Le maître du jeu
Le maître du jeu

Le maître du jeu

Auteur:: FLEUR FLORIDE
Genre: Sci-Fi
Dans la vie il y a ce qui est et ce qui devrait être, il y a la forme et le fond. On est la rose mais elle porte des épines, peut-être plus pointues ou moins pointues mais elle en porte quand même. Quand la pauvreté, la cupidité, le meurtre et la vengeance se croisent on vit un enfer luxieux où le sang est source de breuvage. Mais n'oubliez pas: il y a toujours la justice et l'injustice. Une oeuvre écrite par Plume légère

Chapitre 1 Chapitre 01

Chapitre 1: les frasques de ma vie

Armel...

Ding Dong ! Ding Dong ! Toc Toc ! Gboun Gboun ! Clac Clac Clac !

C'est respectivement le bruit de la sonnerie puis de la porte d'entrée qu'on toque, frappe, cogne avec je ne sais quel objet, mais ce n'est sûrement pas une main humaine.

Voix furieuse depuis l'extérieur : Armel Elli, je sais t'es là. Ouvres cette porte ou je te jure que je la défonce !!

Je me tourne vers la miss que j'étais en train d'embrasser langoureusement (honnêtement, je n'ai aucune idée de son prénom) qui me lance un coup d'œil paniquée.

Miss : qu'est-ce qui se passe ? Qui ça peut être à cette heure ?

Moi : je vais vérifier (louchant sur ses belles boules) ne bouge surtout pas.

Elle me regarde pas trop convaincue, mais acquiesce tout de même. Je sors du lit dans mon plus simple appareil et vais chercher un bas de jogging dans l'armoire que j'enfile avant d'aller vers la porte que j'ouvre avec précaution.

Moi ébahi : Debbie ?? Que fais-tu là ?

L'agent de sécurité (derrière elle) : monsieur, je n'ai pas pu...

Debbie (lui criant dessus) : toi la fermes ! (se tournant vers moi) Où est la pute que t'as embarqué ici ?

Moi faisant l'étonné : hein ?

Elle bondit sur moi alors que j'use de toutes mes forces pour caler la porte.

Debbie : pousse là ouais ! Ce n'est pas pour toi que je suis venue, mais pour la pétasse qui se tape mon mec.

Moi calmement : je ne sais pas ce que tu viens chercher, mais tu ne vas rien trouver. Je suis seul ici !

Debbie (rire jaune) : toi ? Seul ici la nuit ? Lol laisse-moi seulement passer que je vérifie ça de moi-même.

Elle me bouscule et se glisse dans l'entrebaîllement de la porte comme une furie sans que je n'ai le temps de réagir, je soupire et me passe la main sur la tête en refermant la porte. Je la vois foncer vers les escaliers en faisant un boucan pas possible. Mais frère, il n'y a pas à être agressive comme ça pour une meuf. C'est amusant cinq secondes, mais il est 4 h du matin en fait. Pufff et dire que je m'apprêtais à faire mon troisième round avec la miss qui m'a fait du rentre-dedans cette nuit pendant la fête pour célébrer mon bac.

Debbie (ouvrant et refermant les portes en haut) : hooo la pute je sais que tu es là, viens qu'on règle ça tout de suite et maintenant.

Je dévale les escaliers deux à deux et vais à sa rencontre. Quand j'arrive, je l'empoigne par derrière et la saisit à bras le corps. Elle s'est mise à se débattre dans tous les sens.

Moi doucement : hey bébé arrête, il n'y a personne ici comme tu peux le constater.

Debbie : constater ? Je n'ai rien constaté encore ! (serrant les dents) Laisse-moi passer s'il te plaît ! Laisse-moi passer.

Elle le dit en m'envoyant un coup de coude que je bloque d'une main. Elle en profite donc pour se dégager brutalement de mon emprise puis se met à déambuler dans le couloir en grandes enjambées. Je la suis dans deux autres chambres qu'elle fouille de fond en comble. Lorsqu'on accède à celle que j'occupe avec la miss, je me mets devant la porte pour l'empêcher de passer.

Debbie : c'est ici qu'elle est hein ?

Moi : non !

Debbie (très en colère) : si !!! Fais de l'air, je vais y entrer.

Moi : pas avant que tu te calmes !

Debbie : me calmer ? Tu me demandes de me calmer ?

Elle lève le genou replié qui se retrouve dans mon entrejambe.

Debbie : là, je suis calme !

Je m'empare de mes joyaux et pars dans un hurlement de douleur pendant qu'elle se rue à l'intérieur.

Debbie : c'est à ton tour pétasse, vient me voir. Vient me dire ce que tu fous à coucher avec le mec des autres.

Elle reprend son inspection et moi, je la suis en boitant. Elle regarde sous le lit, dans la salle de bain, l'armoire où elle finit par la retrouver.

Misère !!

Debbie : sors d'ici pétasse !

La miss : arrêtes tu me fais mal, et je ne suis pas ta pétasse .

Debbie la tourne de sorte à ce qu'elle lui fasse face avant de lui mettre une claque.

Debbie : déjà tu te tais ! Ici c'est moi qui parle.

J'ai juste le temps de m'interposer avant que la miss ne réplique.

Moi : les filles, vous n'allez quand même pas vous battre ?

Debbie (essayant de lui envoyer un autre coup de poing) : laisse-moi corriger cette pétasse, voleuse de mec va.

La miss : si c'était ton mec, je ne serais pas ici à passer la nuit avec lui !!!

Debbie : lol tu n'as rien compris. Lui, il est comme un porc. De temps en temps, il faut qu'il aille traîner son museau dans la boue.

La miss et moi parlons en même temps.

Moi (lui faisant de gros yeux) : hey là tu m'insultes carrément !

La miss vexée : c'est moi la boue là ? C'est moi la boue ?

Debbie la pointant du doigt : oui toi, avec les brindilles de balai qui te servent de pieds...

Pafff !

C'est le coup-de-poing que viens de lui envoyer la miss comme un éclair. Je n'ai rien compris, Debbie s'est retrouvée à terre comme du n'importe quoi. La miss porte son poing à sa bouche et souffle dessus.

La miss : sa mère ne l'a pas circonci pour toi seule idiote !

Debbie prend quelques minutes pour se relever et fonce sur elle pour riposter, je fais vite de me mettre entre les deux.

Moi : les filles arrêtez de vous battre, tout ça n'est qu'un malentendu ridicule. C'est à moi que vous devez vous en prendre. Debbie, toi t'es ma copine depuis les couches, elle c'est juste hier que ça a commencé. C'est une aventure d'une nuit.

La miss (visiblement vexée) : hey...

Moi : façon de parler miss.

Debbie rappant : tu entends ça négresse ? Tu n'es que son aventure de cette nuit ! Gneugneu...

La miss : il a dit que ça a commencé, et faut que je te dise qu'avec ton attitude de chienne mal baisée là tu n'es pas partie pour finir avec inh.

Debbie (fonçant sur elle pendant que je la retiens) : parle-moi bien pétasse, espèce de pute de Dékon.

La miss : weh j'assume, faut être belle pour faire le trottoir.

Moi (criant pour me faire attendre) : MAIS TAISEZ-VOUS À LA FIN !! (silence) Vous allez continuer ça jusqu'à quand ?

Debbie : c'est elle là...

Moi la coupant net : Debbie, tu rentres chez toi.

Debbie (croisant la main sous la poitrine) : il n'est pas question que je te laisse avec cette pétasse.

La miss : pétasse toi-même !

Moi (passant mon regard entre les deux) : shuutttt uuppp ! (à la miss) Toi vas t'habiller, je te ramène chez toi.

Debbie : tu ne bouges pas d'ici ! C'est ton pied mon pied.

La miss : il n'ira nulle part avec toi.

Moi : bon puisque personne ne veut m'écouter, je vous laisse régler ça entre vous.

Je fonce vers l'armoire et prends le haut que je trouve en premier. Je vais ensuite chercher téléphone, tablette et clé de voiture tout ça pendant qu'elles sont là à se chamailler. Je m'éclipse tout doucement et c'est lorsque j'arrive au pied des escaliers que je constate qu'elles m'ont suivi.

Debbie : mais tu vas où ? Attends !

Moi : si dans cinq minutes vous êtes encore là l'agent de sécurité se fera une joie de vous virer à coup de matraque. Moi, je rentre chez moi (le domicile familial).

Le reste, je n'entends même plus, parce que je viens de démarrer. Je sors de la villa, une des garçonnières de mon père à Bè pour Golf (quartiers). C'est pour des broutilles pareilles que ma mère m'a interdit de ramener mes copines chez nous et je dois dire qu'elle a bien vu. Le boss allait faire ma fête aujourd'hui.

En parlant de fête, hier c'était la mienne. Je viens de décrocher le bac et avec mention s'il vous plaît ! Ma mère a tenu à le célébrer dignement parce qu'il faut le dire personne ne s'y attendait, même pas moi même. J'ai rendu tout le monde fier en tout cas, bon sauf mon père. Mais bon lui, c'est normal. Il trouve qu'avec mes 20 piges, je devrais lui ramener une licence ou ne serait-ce qu'un diplôme universitaire comme mes frères à cet âge.

Ça c'est lui qui le dit, moi je dis que chacun va à son rythme dans la vie, chacun son domaine de prédilection. Il y en a qui excelle dans les études, d'autres dans des métiers divers, moi mon truc, c'est les filles. Enfin, c'est un don que j'ai depuis l'enfance. J'ai une côte d'enfer auprès des filles, et même avec les plus grandes. En disant cela, je ne sous-entends pas que je suis le genre Casanova qui aime séduire tout ce qui bouge, ce que la plupart se tue à penser. Nan, pour ça je peux compter sur mon légendaire charme qui opère tout seul. Avec une once de modestie, je dirai que je suis plutôt le genre BCBG, avec le truc en plus. Du coup, plus chaude les unes aussi bien que les autres, s'arrangent toutes seules pour se retrouver dans mon lit et moi, je ne sais pas briser les cœurs. D'autant plus qu'il y a ce célèbre adage qui dit que « la balle qui vient de l'adversaire n'est jamais hors jeux. »

En arrivant à notre domicile officiel, je gare à la devanture et me faufile dans ma chambre. Je ferme à peine les yeux que j'entends la maîtresse de maison hurler après moi.

Maman : Armel, tu sors bientôt de cette chambre ou tu préfères que je prenne la peine de t'y rejoindre !??

J'ouvre les yeux direct avant de lâcher un long soupir de frustration. Il est hors de question que ma mère s'invite dans ma chambre, c'est trop le bazar ici. Enfin, je suis bordélique de naissance. Ranger me fatigue et personnellement, je me retrouve dans mon bazar. Ce sont les autres que ça dérange.

Mais plus sérieusement elle veut ma mort la daronne. Il est 7h moins le quart, on est samedi et la cerise sur le Kpédigaou (pizza togolaise) j'ai dormi deux heures à peine cette nuit.

Dring dring...

Je me laisse tomber sur les taies d'oreiller en soupirant de nouveau. Apparemment, je n'ai pas fini de baver.

Moi décrochant : bonjour,

Sacha (une autre de mes copines sèchement) : ce n'est pas sûr que ce soit une bonne journée pour toi.

Je soupire avant de répondre calmement.

Moi : je vois qu'on s'est levé du mauvais pied.

Sacha : il y a de quoi non ? T'étais passé où hier ?

Moi (me grattant la tête) : il a fallu que j'aille régler un souci.

Sacha : ah ouais ? Celui qui implique la pimbêche en robe bambou ?

Moi : tu parles de quoi ?

Sacha (haussant le ton) : du fait que tu m'aies abandonné hier à la fête organisée en ton honneur pour filer en douce avec je ne sais quelle bitch !

Seigneurrrrr !!! Je ne vais pas en plus me taper une autre crise de jalousie matinale !

Moi : hey calme-toi, je peux tout expliquer.

Sacha : n'essaie même pas de me mentir, ta sœur t'a vu partir avec la garce qui te tournait autour tout au long de la soirée.

Rappelez-moi de taper la bouche à la balance qui me sert de sœur.

Moi : de quelle garce tu me parles ? Je ne connais pas de garce moi. J'ai dû raccompagner mon frère qui était ivre mort. Il habite Ségbé (quartier) au loin là-bas, j'ai dû rester dormir.

Sacha : ne me prends pas pour une conne Mel, je te signale que c'est ton frère qui m'a escorté (insistant sur les mots) pour pas que je me fasse agresser en pleine nuit.

Moi parlant vite : mon autre frère, lui tu ne le connais pas. Enfin, c'est un cousin mais chez nous on ne fait pas de différence.

Sacha : tu n'as pas honte de mentir matin bonne heure.

Moi : pas du tout bébé (ton conciliateur) si ça te dit, on peut rattraper au calme tous les deux. Hier avec mes parents dans les parages, je ne voulais pas trop m'afficher.

Sacha (parlant plus à elle même) : d'autant plus que nous étions nombreuses.

Moi : hein ? Vous qui ?

Sacha : enfin bref ! Tu disais qu'on allait se voir.

Moi : oui, on va faire le programme dans la semaine.

Sacha : pourquoi pas ce soir ou demain ? Il faut qu'on cause.

Moi : impossible, j'ai des plans avec mon frangin pour le week-end. Mais vas-y on peut causer là tout de suite.

Sacha : je préfère attendre qu'on se voie.

Moi : c'est toi qui vois.

Je consulte mon téléphone qui signale un double appel.

Moi : euh, je peux te rappeler plus tard ? J'ai justement mon grand frère à l'autre bout du fil.

Sacha : hmm, je n'en ai pas fini avec toi !

Click !

Elle raccroche elle-même, ce qui me permet de décrocher sans attendre l'appel ma petite du quartier. Elle c'est la douceur en personne. Rien que sa voix te redonne de la pêche.

Moi (voix suave) : bonjour ma jolie, que me vaut l'honneur ce matin ?

Akila : hello boy, rien de particulier. Je voulais prendre les nouvelles de mon chéri ce matin. On ne s'est pas trop vu hier à la soirée.

Moi : ça, c'est vrai et je suis désolé...

Akila (m'interrompant) : je comprends t'inquiète, c'était ta fête et tu devais t'occuper de tout le monde.

Moi (souriant) : merci pour ta compréhension ma belle et je te garantis qu'on aura notre fête toute la période des vacances durant. À présent que je n'ai plus d'examen à passer, j'ai tout le temps pour toi.

Akila : ça tombe bien parce que je voudrais qu'on discute tous les deux.

Moi : je suis tout à toi ma belle, laisse moi consulter mon agenda et je te reviens.

Akila : d'accord, on s'écrit plus tard ?

Moi : sans faute !

Akila : à plus bé.

Moi : à plus ma belle.

Maintenant que j'ai reçu la dose de motivation qu'il me fallait, je sors de mon lit pour le coin de ma chambre que j'ai aménagé pour ma séance de fitness. Je commence par les étirements, puis un peu de saut à la corde avant de finir par faire deux, trois, trente pompes. Je pense, il faut que je m'achète de vrais appareils de musculature. Je dois être au top de ma forme avant la rentrée universitaire. Pour le moment je n'ai rien décidé de la filière dans laquelle m'inscrire ni de l'endroit où je poursuivrai les études. Je sais juste que je vais beaucoup beaucoup beaucoup m'amuser.

Je termine ma course sous la douche et en ressors très vite pour rejoindre ma mère et ma sœur dans la cuisine.

Maman (m'avisant) : enfin voilà notre étudiant.

Moi (souriant toutes mes dents) : dis-le encore ! Bonjour mama E.

Maman : bonjour mon chéri.

Je m'approche pour lui faire une bise sur la tempe ensuite je l'enlace par derrière.

Moi (risquant une main vers son ventre rond) : bonjour petit frère.

Maman (tapant ma main avec une spatule) : bas les pattes.

Marianne : c'est une fille déjà.

Moi (en la fixant) : tu n'en sais rien ! (à maman) D'ailleurs, c'est quand qu'on découvre le sexe ?

Maman : à la naissance, ton père préfère qu'on ne sache rien cette fois.

Marianne : mais c'est forcément une fille. J'en ai marre d'être la seule fille dans cette maison.

Je souris en secouant la tête et maman la regarde simplement. Quand je pense qu'elle a fait une doléance spéciale à Noël rien que pour ça. Je vais prendre place près d'elle et pique une tartine aux sardines dans son assiette pendant que maman dépose une tasse devant moi.

Marianne : rhoo Armel ! Attends qu'on te serve ta part.

Moi : je ne peux pas attendre, j'ai une faim de loup.

Maman (ton ironique) : la soirée a été torride (me fixant droit dans les yeux) hin Elli ?

Je fais un sourire en coin le regard à peine levé sur elle.

Moi : maman, je n'ai rien fait.

Maman : oui je te crois, quand bien même tu as délaissé ta fête pour suivre cette demoiselle au décolleté vertigineux et aux jambes exagérément longues.

Moi (avec enthousiasme) : tu as vu ça ?

Elle me toise.

Moi : il fallait bien qu'on fête notre réussite comme il se doit.

Elle me toise et tchipe avant de remettre une tartine dans le plat de Marianne et me compose un vrai plateau de petit déjeuné que je dévore en chatant avec Magnime et Djifa (l'une ma belle-sœur et l'autre sa copine, toutes deux mes bonnes potesses) qui m'ont capté sur Houseparty pendant que Sacha me prend toujours en grippe sur whatsapp.

Le problème avec ces filles, elles pensent toutes détenir la clé de mon cœur. C'est vrai qu'avec moi, personne n'est lésé. Je m'arrange toujours pour leur donner de mon temps et de mon attention autant qu'elles sont, mais ohh personne ne m'apprivoise moi. Je suis le seul maître du jeu, c'est moi qui distribue les cartes. On ne me surnommerait pas El Professor pour rien.

Je lève ma tête de l'écran pour répondre au boss qui nous a rejoint depuis toute à l'heure.

Papa : Armel, c'est à toi que je m'adresse.

Moi : le temps d'envoyer ce message papa.

Maman (me grondant) : tu me ranges ce téléphone ou je te l'enfonce dans la gorge.

Je le verrouille et le pose sur la table puis lève mes mains en signe d'apaisement conscient qu'elle en est capable.

Moi : ce n'est pas ma faute si je suis beaucoup sollicité.

Maman : tchhrrrr, tais-toi là-bas ! Ton père a quelque chose à te dire.

Moi (me tournant vers lui) : ah ouais ? C'est flippant ça !

Marianne amusée : ça c'est sûr !

J'éclate de rire en même temps qu'elle, c'est le regard de chien enragé que fit papa qui nous calme direct.

Papa : ta mère et moi tenions à te féliciter une fois de plus pour ton diplôme et... (soufflant) Je vais sûrement regretter ce que je suis sur le point de dire, mais bon quand il faut y aller, il faut y aller.

Maman : chéri vas-y orrhh.

Papa : le fait est que nous avons décidé de t'offrir le voyage dont tu rêves tant.

Maman (me tendant une enveloppe excitée) : une semaine en Côte d'Ivoire.

Je le prends et ouvre l'enveloppe pour voir un billet d'avion et le reçu d'une chambre d'hôtel à Assinie.

Moi (sur le cul) : c'est vrai ??? C'est pour moi ?

Ils hochent la tête.

Moi (les fixant éblouit) : ah là vous parlez les vraies paroles ! (me corrigeant) C'est génial ! (me frottant les mains) Je vais faire ma valise de suite, ça va être une semaine de ouf !

Maman : seulement tu ne me ramènes pas une grossesse.

Moi : je ferai gaffe maman.

Papa : hmmm ! En tout cas profite bien de la semaine parce qu'après ça, ce sera la course aux filières.

Moi fronçant les sourcils : la course de quoi ?

Papa : je t'ai trouvé des stages de vacances, deux semaines maximum par filière. Ça te permettra de choisir ta filière à la rentrée. Tu commences par mon cabinet.

La poisse !!

Moi secouant la tête : ça non, tout sauf ton cabinet.

Papa : essaie d'abord, si ça ne te convient pas, tu as trois autres choix.

Moi : est-ce que ça vaut la peine ? Je sais ce que je veux faire.

Maman (me fixant l'air surprise) : vraiment ?

Moi : euh enfin je trouverai.

Maman : ça m'aurait étonné.

Papa : les filières, c'est un conseiller pédagogique qui les a suggérés en fonction de tes notes, tu n'auras qu'à choisir le domaine où tu te sentiras le plus à l'aise.

Moi : hmmm.

Maman : tu devrais te réjouir, tes frères n'ont pas eu cette chance eux.

Moi (pas du tout content) : You-pieeeee.

Je finis par soupirer. Mon père et son art de rabattre la joie aux autres. J'étais censé vivre ma best life ces vacances et là, je vais devoir les passer en entreprise. Pfff Gorbatchev (ne lui dites pas que je l'ai surnommé ainsi) a encore sévi. Ce n'est pas vraiment un despote, mais parfois il abuse de son autorité paternelle. Il veut faire de nous des hommes exemplaires. Il a déjà deux fils exemplaires, qu'il s'en contente. Moi, j'ai toujours fait ce que je veux et ce n'est pas faute de n'avoir pas essayé de me rendre docile. Il est même allé jusqu'à m'envoyer au printanier, mddrrr c'était amusant quelques années. Mais nan, trop de règles à respecter, trop peu pour moi.

Mes parents, je ne vais pas vous faire la genèse de l'apocalypse de leur vie hein. Ce n'est pas non plus comme si vous les découvrez pour la première fois, vous savez qui ils sont. Juste pour rappel, le boss c'est un avocat dans la cour des grands et ma mère c'est juste une mère quoi. Par contre es el amor de mi vida, c'est l'amour de ma vie. Bien sûr, tous les enfants aiment leur mère à la différence qu'elle c'est mon amoureuse.

J'attends que mon père se lève de table pour faire de même.

Moi : bon je vous laisse, je vais faire un roupillon.

Maman : ok, mais après j'ai besoin que tu m'accompagnes faire des courses.

Je m'arrête brusquement devant la porte et la regarde les sourcils haussés.

Moi : pourquoi moi ? Il y a le chauffeur pour ça !

Maman : je veux passer du temps avec toi avant que tu mettes le cap sur la Côte d'Ivoire.

Moi : lol je pars juste pour une semaine maman, en plus j'ai prévu passer l'après-midi avec les potes.

Marianne : tu n'en as même pas !

Moi (lui lançant un regard en biais) : qu'est-ce que tu en sais ?

Marianne : des tas de choses !

Moi : toi je vais taper ta petite bouche un jour pour que tu apprennes à me respecter. Je suis ton ainée de 7 ans n'oublie pas.

Marianne : 6 ans et demi déjà !

Je fais mine de foncer sur elle, elle court pour se réfugier derrière maman.

Maman : Armel laisse-moi l'enfant.

Marianne me tire la langue.

Moi : lol, maman pour tes courses, tu n'auras juste qu'à appeler Tina (ma belle sœur). Elle sera ravie de t'accompagner.

Maman (me toisant) : un paresseux comme ça, va là-bas ! C'est pour ça que Eddie, c'est mon fils préféré. Il ne rechigne jamais à faire les courses avec moi.

Moi : lui dans son cas, c'est normal.

Maman : qu'est-ce que tu veux dire par « dans son cas » ?

Moi : je voulais dire par là que c'est une chochotte, mais je ne le dirai pas étant donné que ça risque de dérailler. La manière dont tu me fixes en ce moment ne me dit rien qui vaille.

Maman (me montrant une spatule): y a intérêt.

Je me caresse le menton en souriant. Je sors à peine de là que je déverrouille mon téléphone pour consulter mon téléphone. Il y a Debbie qui m'a bombardé au moins dix mille messages. Celle là vaut mieux la laisser se calmer toute seule, je verrai son cas plus tard. Il y a aussi deux appels en absence d'un numéro inconnu que je rappelle aussitôt.

Moi : bonjour, vous avez essayé de me joindre...

Voix de fille m'interrompant : Armel c'est Keyla.

Moi : pardon ?

La dénommée Keyla : la fille d'une nuit.

Moi : ooups ! Miss, je suis désolé pour ce matin et pour t'avoir laissé en plan. La situation dégénérait et...

Keyla : ça va, je ne t'en veux. Par contre, il fallait me dire que tu as une madame pour m'éviter de m'échauffer le matin inutilement.

Moi : qui ça, moi ? Je suis libre comme l'air.

Keyla : ce n'est pas ce que ta Debbiemochetruc laisse entendre.

Moi : elle, bof c'est un peu compliqué. Je t'expliquerai plus tard. Enfin si tu veux qu'on remette le couvert de cette nuit.

Keyla : c'est vrai qu'elle nous a coupés en pleine action.

Moi : weh et je te présente une fois de plus mes excuses. Je compte bien me faire pardonner.

Keyla : ah oui ? En quoi faisant ?

Moi : oui, ça te dirait de prendre l'avion ?

Keyla : quoi ... ?

Moi : si tu es disponible pour une semaine, je t'amène à babi.

Keyla : et comment que je le serai !

Moi : tu es sûr que tes parents ne vont pas poser de problème ?

Keyla : je trouverai quelque chose à leur dire. Tu as bien dit Abidjan ?

Moi : oui ma belle, on va prendre des sièges en première. Tu verras, tu vas kiffer.

Keyla : ce n'est rien de le dire, on part dans combien de jours ?

Moi : dans deux jours.

Keyla (avec une pointe d'excitation dans la voix) : je serai prête !!!

On discute encore un moment ensuite, je raccroche le sourire aux lèvres et c'est avec la même humeur que je me retrouve entre les quatre murs de ma chambre à répondre à une de mes gos qui m'invite ce soir au restaurant. Ce que j'accepte avec bon cœur. Une fois qu'elle ait raccroché, je m'installe confortablement dans le lit pour rattraper ma nuit. Tout en cherchant le sommeil, je me mets à imaginer le genre de semaine que je vais passer sur le sol Abidjanais et surtout en compagnie de miss Keyla. Elle, c'était la fille la plus belle, mais aussi la plus inaccessible de toutes les terminales D jusqu'à ce qu'elle me sorte des mouvements rénaux dignes d'un ventilateur dans ma salle de bain hier soir. L'euphorie du moment, je dirai et ce n'était pas pour me déplaire. Je l'ai donc emmené à la villa pour terminer la soirée en beauté surtout qu'il y avait toutes mes copines au taquet.

Le seul détail qui manque à mon plan, c'est que je n'ai pas le deuxième billet. Enfin je n'ai pas encore, mais je trouverai. Que dis-je ? Je dois trouver.

Vous avez une idée vous ?

No mind, je sais exactement à qui demander.

Devinez donc !

À Dimanche...

Chapitre 2 Chapitre 02

Chapitre 2 : l'autre face

Armel...

Bradley (mon grand frère) : en quel honneur ?

Moi : du bac !

Bradley : je t'ai déjà donné un cadeau.

Moi : considère cela comme un supplément de cadeau.

Il range la pile de dossier qu'il lisait dans un sac à fermoir qu'il glisse dans une armoire avant de s'adosser à son siège, les mains croisées derrière la tête.

Bradley : toi, tu as de ces allures quoi ! Tu ne vas pas te contenter de l'aubaine d'un voyage tout frais payé, non. Il faut toujours que tu en veuilles plus et dans la poche des autres en plus.

Moi : allez vas-y s'il te plaît ? Après ça promis, je ne te demande plus jamais rien.

Bradley (me jetant un coup d'œil sarcastique) : tu me l'as déjà fait celle là.

Moi : je n'ai jamais été aussi sérieux.

Bradley : Armel, c'est NON !!!

Un non catégorique en plus.

Moi : meuuhhh allez grand, je ne veux pas aller me branler les couilles seul là-bas. C'est l'ennui assuré.

Bradley : eh ben fait avec ce qu'on te donne. Et tu peux toujours te faire des filles une fois sur place. Elles ne te résistent jamais de toute façon.

Moi : perte de temps !

Bradley : lol la petite est bonne à ce point ?

Moi (me caressant le menton le sourire en coin) : c'est rien de le dire.

Bradley : c'est simple attend ton retour pour te la faire. Tu ne peux pas aspirer au luxe dans mon argent.

Moi : rhooo grand tu deviens radin.

Bradley : ce n'est pas le cas, qu'est-ce que tu as fait pour moi qui mériterait que je débourse cinq cent balles pour toi en plus d'avoir couvert tes arrières plus d'N fois ?

Moi : je joue au baby-sitter avec tes gosses.

Bradley : ce n'est pas si cher payé, en plus c'est facile pour toi parce que tes neveux t'adorent.

Moi souriant : c'est un atout précieux dans le métier.

Bradley (il secoue la tête amusé) : tu es vraiment décidé hein (oui de la tête) bon, tu l'auras ton billet...

Moi (claquant mes doigts) : yesssss !!

Bradley : mais il y aura une contrepartie.

Moi : toi tu suis trop les traces de ton père, jamais rien sans rien.

Bradley : ton tour arrive, tu verras que nous avons raison d'agir ainsi. Se faire de l'argent ce n'est guère...

Moi (complétant agacé) : ce n'est guère facile, il ne faut pas le dépenser futilement... (roulant des yeux) Je fatigue à entendre ça tous les jours, dis-moi juste ce que je dois faire.

Il me jette un coup d'œil désapprobateur avant de répondre.

Bradley : tu garderas les enfants le week-end après ton voyage. (précisant) La meute ! (c'est-à-dire ses enfants et ceux de son groupe d'amis)

Moi : hmmm qu'est-ce qu'il ne faut pas faire !

Bradley : tu n'as pas le choix petit. Par contre Magnime sera là pour t'épauler avec les filles, toi tu vas juste t'occuper des garçons.

Moi : comme la dernière fois ?

Bradley : yasss.

Moi : si Magnime est de la partie ça me va. Par ailleurs, on se capte toute à l'heure. Je vais lui en toucher deux mots.

Bradley (regard suspicieux) : j'espère que tu ne calcules pas ma belle sœur ?

Moi : quoi ? Jamais de la vie ! Elle et sa copine sont mes frangines.

Bradley : si tu le dis, même s'il faut que tu m'expliques votre ménage à trois là.

Moi : je leur sers de bouclier.

Bradley : dans quoi ?

Moi (ne voulant pas répondre) : c'est notre truc ! (changeant de sujet) Je viens récupérer le billet quand ?

Bradley : je t'enverrai ça par mail ce soir.

Moi : parfait ! Deal conclut (me levant de ma chaise) je peux maintenant aller voir ma femme et mes enfants.

Bradley : oui c'est ça, va voir ailleurs si j'y suis.

Moi : si je peux emmener une fille avec moi, no problem.

Bradley : see your life ! Petit on sait que tu es jeune et que tu as encore les reins solides, mais apprends à faire une pause de temps à autre.

Moi : c'est le but de ma démarche avec la miss, une semaine rien qu'elle et moi sans la marmaille.

Bradley éclatant de rire : parce que c'est elles la marmaille maintenant ? (je hoche la tête) C'est l'hôpital qui se fout de la charité.

On rit brièvement.

Moi : toi par contre tu as besoin d'apprendre à être moins accro à ton boulot. On est samedi après midi, tu devrais être en train de gérer le dossier de ta jolie petite femme. Il faut oublier un peu le travail.

Bradley : j'ai un procès lundi et son dossier à elle, je l'ai déjà géré.

Moi lui souriant : là tu parles !

Je lui envoie ma main en l'air dans laquelle il tape. Je me lève ensuite pour lui dire au revoir.

Moi : bon je te laisse grand, les frangines doivent s'impatienter de me voir arriver. On ne fait pas attendre les dames.

Bradley (m'emboîtant le pas) : fait gaffe avec ma belle, je t'ai à l'œil.

Avec la grimace qui va avec.

Moi : lol.

Un mélange d'odeur alléchante de poissons frits et de Kaklo (beignet de banane plantain) nous accueille dès qu'on ouvre la porte. On se regarde avant de hocher la tête en même temps tous les deux pour nous donner le signal.

Moi : le premier qui arrive !

Et c'est parti pour la course vers la cuisine.

Voix agacée de Tina : on ne court pas dans ma maison. Tyler, Tristan arrêtez-moi ça tout de suite ou je vous donne une bonne fessée.

Voix des petits (dans le jardin) : on ne fait rien nous.

Tina : alors c'est ma grand-mère qui...

Elle se tait et soupire bruyamment lorsqu'elle nous voit en train de se bousculer à l'entrée de la cuisine pour passer.

Tina : ça suffit les gamins là, la petite fait sa sieste.

Moi à Bradley : grand laisse-moi passer.

Bradley : toi laisse moi passer.

Tina secoue la tête dépassée.

Tina : et si vous alliez vous poser à table, j'ai déjà servi une partie.

Bradley lui souriant : au nom de Dieu moi, j'ai la meilleure femme au monde.

Tina : tchrrrr tout ça pour de la bouffe.

Bradley : mais non, mais non (pénétrant dans la cuisine) je le pense réellement.

Il y a ce qui me semble un moment de câlin entrecoupé par des rires et des embrassades avec les « arrête les enfants ne sont pas loin ou ton frère peut nous surprendre à tout moment » de Tina par moment. En tout cas, moi je ne vois et n'entends rien tant que je me mets bien avec les douceurs qu'elle a laissées sur la table. Ces deux là donnent le complexe, ils sont trop adorables. J'avoue, c'est mon couple idéal. Avant c'était les parents jusqu'au moment où je me suis rendu compte que mon père est loin d'être un mari modèle. Même jusque là, à l'approche de la soixantaine il n'est pas prêt de l'être. Ça c'est lorsqu'on consacre toute sa jeunesse aux études et au travail et qu'ensuite on ne puisse plus savoir faire la différence entre jeunesse et vieillesse. C'est pour ça que je veux profiter à fond de ma jeunesse comme ça si je me pose, ce sera pour de bons. Je ne vais tout de même pas prendre le gage du bonheur de l'enfant d'autrui et venir la faire souffrir délibérément. Non, j'en ai eu ma dose de voir ma mère souffrir en silence toute ma vie.

Je finis presque le plateau et c'est pendant que je m'abreuve d'un jus de gingembre à l'ananas que le couple me fait en fin l'honneur de sa présence, bras dessus, bras dessous.

Moi (m'essuyant la bouche) : là c'est sûr que j'ai bien mangé, maintenant je vais simplement vous laisser entre vous. (bougeant) Je pense que je suis de trop.

Bradley au tac : en effet.

Tina lui donne une tape discrète.

Tina me fixant : qu'est-ce que tu racontes ? Tu n'es jamais de trop ici.

Moi : c'est gentil. (me levant de table) J'aurais aimé resté un peu, mais je suis attendu quelque part.

Tina : je peux mettre mon doigt à couper que c'est l'une de mes rivales.

Moi sourire en coin : pas cette fois et tu n'as aucune rivale. Enfin pas officiellement.

Tina : c'est censé me rassurer ça ?

Moi : pas vraiment.

On rit tous les deux puis je vais passer quelques minutes avec mes neveux à les écouter me raconter leurs derniers scoops avant de prendre congé. Je m'apprêtais à démarrer quand j'entends Bradley crier à tue-tête,

Bradley : Armel tu es mort dans le film, tu as fini le plateau...

Bon ils vont gérer ça entre eux là-bas moi je suis parti. N'est-ce pas qu'il se gavait d'amour ? Qu'il boive de l'eau fraîche dessus krkrkr.

.......

Je laisse le soin au voiturier de garer ma caisse et pénètre le lounge bar où j'ai rendez-vous avec Magnime et Djifa. Il faut déjà que je vous dise que ce sont seulement mes bonnes grandes. Enfin Magnime c'est parti de l'union entre sa sœur et mon frère puis au fil du temps, j'ai intégré partiellement le groupe d'amis qu'elles forment avec deux autres mecs avec qui ils ont fréquenté. Il nous arrive de chiller ensemble, mais c'est avec les filles que j'ai plus d'affinité. Bon, vous savez ce que c'est. J'avais laissé entendre que je suis pour elles une sorte de bouclier. Je suis en fait celui qui empêche d'autres mecs de les approcher dans certains endroits et quand il le faut, je joue au docteur love. C'est Magnime qui m'aperçoit en premier et se lève en tendant ses bras vers moi.

Magnime : c'est qui ça, mon petit frère par alliance !!

Moi (en la prenant dans mes bras) : ma grande sœur par alliance !

On se fait la bise.

Djifa soupir : de grâce, les gars ne commencez pas.

Moi : nous sommes dans un pays libre à ce que je sache.

Magnime se décale pour me faire de la place entre elles. Je m'assois et me tourne vers Djifa qui fait sa mine des mauvais jours.

Moi à elle : ok dis tout à tonton Armel.

Magnime sourit et elle grimace ce qui ressemble à un sourire. Une serveuse arrive à ce moment là avec le cocktail qu'elles m'ont commandé d'avance et de la chicha destinée à Djifa.

Moi plissant les yeux : jeune fille depuis quand tu fumes ce genre de bêtise ? Ça ne fait pas joli joli une fille qui fume.

Djifa haussant l'épaule : ça me détend.

Je plisse les yeux que je tourne vers Magnime dans le genre « tu m'expliques ? ».

Magnime : c'est pour ça que je t'ai fait venir, elle nous fait une déprime. Jean-Jacques (son petit ami) a cassé avec elle.

Moi : oww oww !

Djifa (lancée) : un lâche, il n'a même pas été capable de me le dire en face. Il m'envoie un texto avec l'émoji « dans les vapes » (ton scandalisé) un émoji !

Moi : c'est pour ça que tu te mets dans cet état là ?

Djifa (faisant les gros yeux) : Armel, c'est quatre années de ma vie perdues. Quand je pense qu'il m'a couru après pendant plusieurs années à me chanter combien il était différent des autres hommes.

Moi : en même temps ce n'est pas comme si tu en as vu d'autres inh, euhh enfin.

Magnime me lance un regard réprobateur qui me fait taire.

Djifa (continuant) : je lui ai tout donné (comptant du doigt) de mon être, mon temps, mon argent, ma confiance ! Vous vous rendez compte ? Je lui ai fait confiance.

Moi (roulant des yeux) : les femmes ! Toujours à se victimiser et incriminer les hommes quand c'est fini. C'est jamais votre faute hein ?

Magnime (sur un ton de reproche) : Armel tu n'aides pas là !

Moi calmement : je suis certain qu'il y a eu quelque chose qui l'y a poussé. Il ne peut pas se lever un bon matin et prendre cette décision alors qu'il vient de te présenter à sa mère.

Magnime hochant la tête : pas faux.

Elle se contente de soupirer.

Moi : bon, ce n'est pas l'heure de chercher le pourquoi du comment...

Djifa d'un trait : je lui ai parlé de Marc (son fils, enfin c'est compliqué).

Magnime et moi la fixons les yeux et la bouche ouverts.

Moi : tu as fait ça ?

Elle hoche lentement la tête.

Magnime : non puce mais pourquoi ?

Elle soupire et se met à claquer ses doigts.

Djifa : il le fallait, j'ai ressenti le besoin d'être honnête avec lui. Je me devais de l'être après qu'il m'ait présenté à sa mère et je dois avouer que c'était la première fois pour moi de me sentir aussi à l'aise de parler de ce pan de ma vie.

Moi : et tu as bien fait, quoique tu aurais dû le faire il y a longtemps.

Djifa (remuant la tête) : je n'étais pas prête, cet enfant, je commence à peine à l'assumer. Au fait, je n'ai jamais su quelle place il devait occuper dans ma vie. Il y a quelques mois encore, je le considérais comme mon petit frère. (prenant son souffle) C'était mon subterfuge pour ne plus penser à cet avènement horrible et voir ma mère lui faire subir toutes sortes d'atrocités depuis sa plus tendre enfance ne me disait absolument rien jusqu'à ce qu'on a failli le perdre...

Elle s'interrompt et cligne plusieurs fois des yeux, je crois pour refouler les larmes qui commençaient à briller dans ses yeux.

Djifa : ... cette réalité est bien trop transcendante. Marc est mon fils, qu'il soit de mon (voix tremblante) père...

Là, elle se prend à sangloter amèrement. Je la prends par le bras et la ramène contre moi en lui frottant doucement le bras. Magnime nous rejoint de l'autre côté et entreprends de lui masser le dos. Elle pleure un moment avant de reprendre.

Djifa : j'avais cru qu'en lui avouant que j'ai été violée par mon père à douze ans et que de ce viol est né un enfant, il ferait preuve de compréhension et m'apporterait un soutien sans me juger. (essuyant une larme à l'œil) Je me suis bien fourvoyée (sanglots) il m'a dit que je le dégoûtais ainsi que toute ma famille (hoquetant) toutes sortes d'horreur.

Il y a un blanc pendant lequel on la laisse pleurer en silence. C'est Magnime qui reprend la parole lorsqu'on la sent plus calme.

Magnime : je suis désolée chérie.

Djifa (sourire pâle) : ne le sois pas, ce n'est pas de ta faute.

Moi : ça va, tu tiens le coup ?

Elle acquiesce de la tête en se redressant.

Moi : c'est bon de l'entendre, on va dire que c'était un moment de faiblesse.

Elle sourit et Magnime lui tend un mouchoir en papier.

Moi : écoute tu as été brave tu sais, comme jamais. Si ton Jean-Jacques là ne peut pas faire preuve de compassion après tout ce que tu lui as raconté, c'est qu'il ne vaut pas la peine que tu souffres pour lui.

Magnime ton enjoué : yeah vas-y prêche !!

Moi : lol (sérieux) je ne vais pas te demander de zapper dessus parce que je sais à quel point, il était important pour toi. Toutefois la Fafa qui déprime et qui fume de la chicha, je veux que tu la laisses ici dans ce bar. Je veux voir Fafa, celle qui a la joie de vivre. Toi, tu es la fille des montagnes et crêtes de Badou (ville) la ville qui donne le tournis, à faire pâlir plus braves et vaillants hommes comme moi.

Djifa (pointant un doigt menaçant sur moi) : heiy n'en profite pas non plus.

Moi hilare : au moins ça marche.

Tout le monde rit.

Moi : maintenant tu sais ce qu'on va faire ? (non de la tête) Nous allons t'accompagner faire le plein de glaces et de tes bonbons préférés puis tu iras pleurnicher dans ta chambre ce soir. MAIS ! Demain, je veux que tu passes dans un centre d'esthétique et qu'après tu me tapes tes plus belles snap, du tic toc sur whatsapp, bref tu vas mener ta best life. Du moins en apparence.

Magnime : weh j'aime bien l'idée, elle est subtile.

Djifa : ok mais... (recommençant à se tortiller les doigts) on n'est pas encore la fin du mois et...

Moi comprenant : t'inquiètes c'est moi qui invite.

Djifa (sourire lumineux) : c'est que toi tu sais comment me faire plaisir. (passant son regard de Magnime à moi) Merci beaucoup les amis, je me sens beaucoup mieux là. Et toi le petit coquin, quand je pense que c'est toi le gamin ici mais c'est fou l'impact que tu as dans nos vies. Nous avons toujours plus besoin de toi que toi de nous.

Moi : tant mieux si je peux servir, on y va ?

Magnime : le temps de régler la note (posant une liasse de billets sur la table) c'est fait allons-y.

Moi (lorsqu'on arrive à la voiture) : avant qu'on y aille (elles stoppent leurs gestes et me regardent) on se fait toujours un chill en teub n'est-ce pas ? Vous me l'avez promis.

Elles en synchro : attends la fin du mois !

Moi : ça c'est même quel genre de grandes sœurs vous faites ? Vos autres sœurs ont des sugar daddy et tout, ça ne vous dit rien inh ?

Magnime : tsuiipp !

Djifa : pousse là-bas, sugar daddy mon œil.

Je m'installe au volant amusé, elles s'installent à leur tour et nous mettons le cap sur le Champion (supermarché) où elles font les emplettes à leur guise. On arrive au rayon frais et je décide de prendre des flans feuillets pour mon amoureuse, c'est son dessert préféré en ce moment. Je prends aussi des glaces pour Marianne tout en cherchant une au chocolat et à la cannelle pour maman. Juste au moment où je parviens à la trouver, une main plus habile que moi vient me l'arracher.

Moi : hoo, c'est à moi ça.

Voix de fille : beh plus maintenant.

Je me relève prêt à en découdre avec la personne lorsque je tombe sur l'une des merveilles du monde pour ne pas dire LA merveille du monde. Mon visage se détend d'un coup.

Moi (me raclant la gorge) : tu peux la prendre, je vais fouiller pour voir si je trouve une autre.

Elle (haussant l'épaule) : tant mieux.

Elle tourne les talons avant que je puisse ajouter autre chose. Je suis sa progression jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans un autre rayon. C'est l'arrivée des filles qui me sort de ma contemplation.

Djifa (me poussant le menton narquoise) : fermes ton clapet, tu vas avaler une mouche.

Magnime riant : vraiment ! Toi, on ne peut pas te laisser une seconde sans que tu ne te retrouves avec une fille.

Moi en ce moment, j'étais comme dans une dimension parallèle. La fille revient dans mon champ de vision cette fois en compagnie d'un monsieur qu'elle appelle pépé.

Moi (la dévorant du regard) : elle est canon !

Djifa ton agacé : avec toi, elles le sont toutes.

Elles passent le reste du temps des courses à me charrier à propos. Je les laisse chacune chez elle plus tard. Quand j'arrive à la maison, je vais à la recherche de maman que je retrouve dans leur chambre.

Moi (passant ma tête par la porte) : je peux ?

Maman : tu es déjà là.

Moi (mettant le sachet en évidence) : je t'ai ramené tes desserts préférés.

Maman souriant de toutes ses dents : c'est vrai ?

Je m'approche du lit où elle est allongée en hochant la tête, je m'assois à côté d'elle et lui tend le sachet.

Maman : merci fiston, c'est quand tu es cet Armel avenant et prévenant que tu es mon fils préféré.

Moi : lol je n'ai pas besoin d'être ton fils préféré. Du moment où j'ai une place dans ton cœur, ça me suffit largement. Ton amour me suffit.

Maman : qui a dit que je t'aimais ? Tu me donnes trop du fil à retordre.

Moi : ce sont les risques du métier.

Elle rit pendant que je la regarde intensément.

Moi : qu'est-ce que tu es belle maman quand tu ris.

Elle arrête de rire et se met à me scruter du regard.

Maman : dis-moi, tu veux combien ? Ou qu'est-ce que je dois encore plaider auprès de ton père ?

Moi : rires maman, je suis sincère. Cette grossesse te rend super belle.

Maman (l'air sceptique) : ummhh huumm merci.

Moi : je suis un peu plus sérieux, je te trouve belle et bien gardée. Mais cependant préoccupée, je dirai plus embarrassée.

Maman levant le sourcil : tu crois ?

J'acquiesce lentement.

Maman (caressant son bidon) : tu sais, tomber enceinte à mon âge ce n'est pas tout miel tout sucre tous les jours.

Moi : j'imagine, tu tiens le coup ? (elle hoche la tête) C'est dans quelques mois, ça va aller vite.

Maman : oui, merci mon chéri.

Moi : c'est moi, je vais te laisser te reposer un moment. Je dîne au restau ce soir, tu veux que je vous ramène quelque chose ? Comme ça, tu n'auras pas à préparer ce soir.

Maman : oui bien sûr, ça me serait d'une grande aide. Ton père ne dîne pas avec nous ce soir de toutes les manières.

Je la fixe un sourcil levé, on parle tous les deux en même temps.

Nous : réunion d'affaires !

Maman : tu sais ce qu'il en est.

Moi : sans commentaire, bon je vais y aller.

Maman : d'accord, soit prudent.

Moi : comme toujours !

J'attends d'être à la porte pour ajouter.

Moi : dis maman (elle a le regard dans ma direction) tu pourrais peut-être intercéder pour moi auprès de papa pour qu'il me file l'une de ses cartes pour le voyage. La gold de préférence.

Maman : je savais qu'il y avait quelque chose derrière toute cette gentillesse. (secouant la tête) Toi tu es vraiment l'enfant de ton père.

Moi : une meilleure version de lui en tout cas.

Maman secouant vigoureusement la tête : non la pire !!

Moi (faussement indigné) : tu ne penses même pas ce que tu dis.

Maman avec conviction : oh que si !!

.......

Je me retrouve à attendre mon vol sur l'esplanade de l'aéroport avec Bradley et maman. Je suis leur discussion d'une oreille distraite étant occupé à échanger avec Keyla qui patiente dans la salle d'attente. C'est la voix dans l'interphone qui met fin à tout ça.

Bradley : on dirait que c'est l'heure.

Moi : on dirait oui (pendant qu'on se fait une accolade) tu veilles sur la vieille.

Bradley : je le ferai, amuse-toi bien.

Moi : vite fait.

Je vais vers maman qui me sert à l'étouffée. Je me redresse et essuie sa larme sur la joue. Elle est dans cet état depuis que nous avons quitté la maison, à croire que je vais au front. Lorsqu'elle consent finalement à me lâcher, je leur fais un dernier au revoir de la main et fais volte face vers le hall d'entrée pendant qu'ils vont dans la direction opposée. À un moment de ma progression, j'entrevois le reflet de la fille d'hier à travers la porte vitrée. Je me retourne sur le coup et la vois en pleine conversation avec le même monsieur et une dame. Je bloque quelques secondes face à elle espérant attirer son attention et comme j'ai une bonne étoile, elle avance vers moi avec le monsieur qui lui sonne d'appeler son grand ami pour obtenir un rendez-vous ou quelque chose du genre. J'attends que le monsieur fonce à l'intérieur pour lui parler.

Moi : c'était bien la glace choco-cannelle hier ?

Elle : forcément, son goût est unique.

Moi : ma mère trouve aussi.

Elle lève le sourcil, mais n'émet pas de commentaire.

Elle : tu voyages, n'est-ce pas ?

Moi : malheureusement oui.

Elle : et bien si tu ne veux pas rater ton vol tu dois te bouger sur le champ.

Moi : euhhh...

Sur ce, elle s'en va sans autre formes de procès. J'encaisse ma déchéance et vais retrouver Keyla qui commençait à s'impatienter.

Keyla : mais qu'est-ce que tu faisais ?

Moi : désolé, un contretemps. (me saisissant de son sac à main) on y va ma belle ?

Keyla : oui, je suis toute excitée.

Moi : moi aussi.

Chapitre 3 Chapitre 03

Chapitre 3 : je l'aime quand même

Debbie...

Lorsque j'arrive dans la concession de mon grand-père, il est 23 h passées d'une quarantaine de minutes. Talons au bout des doigts et sac à main accroché sur le même bras, je fonce vers le bâtiment que je partage par moment avec mes grands-parents à pas de loup. Une fois dans ma chambre, je me dirige vers le lit sur lequel je me laisse choir les pieds endoloris et le corps en compote, mais satisfaite de ma journée. Je sors l'enveloppe faisant office de mon bulletin de paie et recompte les dix billets de dix mille francs que j'éparpille sur le lit comme le font les riches sur les réseaux sociaux. C'est le seul moment où je peux me permettre de jubiler devant cet argent dûment gagné parce qu'à coup sûr dès demain à la première heure, ils vont se dissoudre comme le sel dans l'eau. Je soupire à l'idée et me mets à les départager mentalement quand je perçois comme des pas dans le couloir. Je les range dans mon sac juste au moment où ma mère débarque, mon petit frère de trois mois calé sur sa hanche.

Maman : pas la peine de les ranger, je viens prendre ma part avant que tu te mettes à les dilapider.

Moi soupirant : dada (mère) bonsoir. Oui, je vais bien. Ma journée s'est bien passée, merci de le demander.

Dada : épargne-moi tes sarcasmes Déborah ! Toi, je t'ai remarqué inh, à chaque fois que tu ramènes de l'argent dans cette maison, tu deviens insolente.

Moi : ce n'est pas de l'insolence !

Dada : bien sûr ! Il n'y a qu'un enfant insolent pour prendre de haut sa mère de cette façon.

Je lève les yeux et la regarde outrée. Je reprends en prenant des gants.

Moi : dada moi, je passe mes journées à me battre sans relâche. Je suis au four et au moulin à la fois pour vous offrir une vie décente à toi et mes petits frères. Regarde comment je suis toute maigrichonne, je n'ai presque plus de vies. Bon moi ce n'est pas grave hein. Dans l'absolu ça ne me dérange pas de m'occuper de vous. En revanche, j'attends que vous me réserviez un accueil plus chaleureux que ça le soir quand je rentre à la maison. Moi ici, jamais on ne me demande si je vais bien, jamais on s'inquiète pour moi. Tu vois dada dehors, c'est la jungle. Tu ne saurais imaginer le nombre de coups bas que je subis avant de franchir à nouveau le seuil de cette maison. Alors je te demande seulement d'être moins...

Dada m'interrompant : moins quoi ? Moins tyrannique, acariâtre, maltraitante ou tous les autres qualificatifs acerbes que tu utilises souvent pour me vilipender auprès de ta grand-mère ?

Moi (la tête baissée) : je voulais dire (hésitante) que... Querelleuse.

Dada en colère : répète un peu ce que tu viens de dire.

Moi :...

Dada : RÉPÈTE JE TE DIS !!

Je sursaute en même temps que le bébé. Elle lui caresse le dos pour le rassurer avant de le ramener bien contre elle.

Dada : parce qu'en plus de tout ça, je suis une querelleuse ?

Moi : euh, je n'ai pas dit ça.

Dada : oui, sûrement que je n'ai pas bien entendu.

Elle claque son index trois fois.

Dada : maintenant écoute-moi bien jeune-fille, ce n'est pas parce que tu me donnes quelques miettes que tu vas me manquer de respect à chaque fois, compris ? Toi, est-ce que tu peux me rembourser le coût de ta vie ? De ton éducation ? Des nuits blanches quand tu étais bébé ? Je n'ai pas besoin de te rappeler que si tu es là aujourd'hui, c'est grâce à ma souffrance d'hier donc tout ce que tu me donnes ce n'est qu'une compensation. Qui plus n'est rien à côté des 30 h que j'ai dû écumer pour sortir ta grosse tête de mes entrailles !!

Mes épaules s'affaissent, je me tiens la tête entre les mains en appui contre mes cuisses en me disant « Et c'est reparti ! »

Dada dans sa lancée : enfant impoli ! Tout ça, c'est ton père (voilà, on y est) si seulement il n'était pas aussi lâche et tout autant perfide. Un vaurien qui ne sait qu'extorquer d'honnêtes personnes...

Moi à moi-même : mais à qui tu trouves quand même le moyen de faire d'autres enfants. Non mais allô quoi ! On vit dans quel monde ? Moi, je ne peux pas comprendre qu'un homme t'abandonne dans la maison de son père pour aller refaire sa vie avec une autre femme et qu'à chaque fois que l'envie lui prend, il vient te pomper des enfants. Et tu le laisses faire, tu le laisse faire pour qu'après ça retombe sur Debbie!! Si seulement il s'en occupait ! Si seulement tu pouvais lui faire tous ces chantages que tu me fais pour qu'il daigne assumer ses responsabilités envers nous. (soupir) Mais, je ne te dirai de tout ceci parce que je suis éreintée et je ne veux pas me faire engueuler ou même me faire bastonner cette nuit pour mon propre argent. (soupir lasse)

Je ressors les billets du sac que je mets en évidence, elle se tait d'un coup.

Moi : combien tu veux ?

Je compte quelques billets que je lui tends.

Moi : tiens cinquante mille, garder ça pour le moment. Je dois solder la dernière tranche de ma scolarité.

Dada (m'arrachant âprement les billets de la main) : cinquante mille ? Ça suffira juste pour le strict nécessaire, les couches et le lait de Etiam (prénom du bébé). Sophie (13 ans) Caroline (7ans) et Junior (3 ans) ont besoin d'une tenue pour leur récital. Sans oublier le fond de commerce de Noémie (17 ans) elle doit se rendre au marché d'agoe demain.

Moi : je verrai ça avec elle-même.

Dada : ok, mais complète moi mes sous pendant qu'on y est.

Je lui remets deux autres billets.

Dada : et moi alors ? Je compte pour du beurre, c'est ça ?

Moi : bon tiens dix mille de plus comme ça, je vais me débrouiller avec vingt-mille.

Dada : tu vas faire quoi avec tout cet argent ? Tu as un autre boulot n'est-ce pas ?

Moi : tu sais bien que je ne touche pas cet argent, c'est pour des cas d'urgences.

Dada : hmmm (claquant la langue) en tout cas si ça ne suffit pas, je sais où te trouver.

Moi (hochant juste la tête) : on va faire ça. Maintenant tu veux bien me laisser dormir s'il te plaît ? Je suis toute fatiguée.

Dada : tu me chasses de ta chambre ?

Moi : loin de moi cette idée.

Dada : j'ai compris, viens faire un bisou à ton petit frère.

Je m'exécute juste pour qu'elle me laisse tranquille. J'attends qu'elle referme la porte pour me laisser tomber sur le lit. Il me reste tout au moins de quoi payer ma visite gynécologique de ce mois, c'est déjà ça.

Franchement dit, je n'en peux plus de tout ça. Dire que je suis à bout est peu dire. En vingt années d'existence, pas un jour ne se passe sans que je ne regrette ma vie. Tous les jours, je subis une mère abusive avec qui la relation se détériore de plus en plus, et en prime un père défaillant qui n'a jamais été présent pour nous. Il y a cinq ans qu'il nous a définitivement quitté pour aller s'installer dans la maison qu'il a construite avec l'une de ses maîtresses. Mais pendant plus de dix ans avant leur séparation, c'était plus que l'enfer. Que de mépris et d'humiliations. Il a toujours été un abominable pingre, doublé d'un combineur sans vergogne. L'ironie, c'est qu'il l'est seulement avec sa famille. Il n'a jamais le moindre sou pour nous, mais dehors il aime bien jouer au Bill Gates surtout avec ses maîtresses.

Très tôt, j'ai dû apprendre à mettre la main à la patte et encore plus à partir du moment où ma mère a décidé de cesser toute activité rémunératrice, selon elle pour le punir du fait qu'il nous a abandonné. Autant dire que c'est nous qui subissons, enfin moi plus que tous les autres. Car Marc Diapena lui ne semble pas le moins du monde préoccupé par notre cause. Ça fait donc cinq ans que j'alterne études et jobs afin de m'occuper de tout le monde et de moi même indirectement.

Je prends une douche et viens me coucher en faisant table rase de tout ça. Demain est un nouveau jour. C'est sur cette pensée que je m'endors pour me réveiller plus tard par la sonnerie de mon téléphone. Je décroche sans vérifier.

Moi : allô.

Voix d'Armel : c'est moi, ne raccroche pas s'il te plaît.

Moi (faisant genre) : toi qui ?

Armel : rhooo Déborah, du genre tu es toujours fâchée ?

Moi : Armel ne te fiches pas de moi.

Armel zen : la bonne nouvelle, c'est que tu sais maintenant qui je suis.

Moi hors de moi : Armel élantohr ! Un gougnafier comme ça ! Toutou ! Agname ! Idiot ! Yakamé hooooo...

Je me défoule sur lui en oscillant entre l'Ewe, le français, le moba, l'anglais, et même le mina pendant une dizaine de minutes au cours desquelles il m'écoute sans intervenir. Ce qui a le don de me calmer un tant soit peu. Je finis par lâcher un grand soupir de frustration.

Moi : je ne sais même pas pourquoi je ne te raccroche pas au nez, mieux te blacklister.

Armel (pas le moindre offensé) : tu m'aimes trop pour ça.

Moi (très remontée) : Armel, bye !

Armel parlant vite : je suis dans ton salon.

Moi : QUOI ?

Armel : hey calm down, il est 1 h du matin. Je disais que je suis dans ton salon, il faut qu'on parle.

Click !!

Je raccroche en rage, ça seulement on va bien parler. Celui-là alors, c'est mon autre lot de soucis. J'avoue que moi-même je ne trouve pas d'explication rationnelle au fait que je sois avec lui malgré tout. Pourtant, des hommes qui me draguent, pour la plupart des hommes de la trentaine et au-delà, avec une situation financière au point et qui sont prêts à tout pour moi, il n'en manque jamais. Je ne suis pas moche du tout, ça je le dois bien aux origines peulh de mon père bien qu'étant moba (ethnie). Sauf qu'Armel, je l'ai dans la peau. Comment ne pas ? Je n'ai connu que lui dans ma vie et ce depuis la maternelle. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne manque pas de charisme. Il se bonnifie avec l'âge, il est intelligent avec une prestance certaine. En même temps, c'est le fils à son père. (sourire) Quand il veut c'est un mec bien, il me couvre d'attentions et de cadeaux. Le seul hic c'est son penchant très poussé pour la gente féminine. Je peux comprendre que c'est de son âge, que je n'ai pas à lui imposer une vie de couple basée sur la fidélité et tout le tralala qu'on se promet au mariage étant donné que nous n'en sommes pas encore là. N'empêche que je trouve qu'il abuse parfois et cette fois, je compte bien lui faire payer son humiliation devant cette pétasse.

Je débarque dans le salon en mode furie et le voir à ses aises décuple ma rage.

Moi : toi dégages de chez moi !

Armel (se mettant debout) : sshhhhuutt n'oublies pas que ta mère et tes frères sont juste à côté.

Moi criant de plus bel : Armel Elli dégage de chez moi !!! Tu disparais pendant plus d'une semaine pour venir t'incruster chez moi en pleine nuit comme un vulgaire voleur.

Armel : je voulais qu'on règle les choses entre nous.

Moi : il n'y a rien à régler, il n'y a plus de nous, Armel. Le foutage de gueule a assez duré comme ça. Va t'occuper de tes putes.

Armel : Déborah tu sais que sans toi, moi je ne suis rien.

Moi : ne m'appelle pas (faisant le signe des griffes avec ses doigts) Déborah en espérant m'amadouer. Ça ne marchera pas cette fois.

Je tiens à préciser que ce n'est pas un Déborah tout simplement comme vous l'avez lu. Le type le prononce avec un accent espagnol s'il vous plaît et sa grosse voix là quand il essaie d'être doux, c'est quelque chose. Bon ça, c'était une parenthèse.

Armel : ah ouais ? (sourire en coin) ça explique pourquoi ton pouls s'est accéléré brutalement.

Je roule des yeux.

Moi (me voulant menaçante) : ne t'avise surtout pas de t'approcher.

Il ne l'entend pas de cette oreille, c'est lorsque je me saisis d'un navire décoratif en bois pour matérialiser ma menace qu'il me prend au sérieux.

Armel : bébé calme toi s'il te plaît.

Moi : hors de ma vue avant que je te l'envoie dans tes burnes.

Armel (ouvrant les yeux) : tu ne ferais pas ça ?

Moi : je ferai bien plus si tu ne sors pas d'ici dans les minutes qui suivent.

Armel : ok ok, je vais te laisser tranquille. Mais laisse-moi dormir ici ce soir je t'en prie. Je ne peux pas rentrer chez moi, je me suis disputé avec mon père.

Moi : il n'y a pas moyen, va crécher dans ses résidences. Ici ce n'est pas l'hôtel.

Armel : il m'a confisqué ses clés et tout le reste.

Moi : ok va chez un pote, du moins tes putes ou tout ce que tu veux. Tu ne dors pas ici ce soir.

Armel : il est presque 2 h du matin.

Moi (croisant les mains sous ma poitrine) : je n'en ai que faire !

Armel ton doucereux : je ne te dérangerai pas promis, je veux juste un endroit où dormir cette nuit. Demain je réglerai mes problèmes avec mon père et je ne t'importunerai plus.

Je plisse les yeux et relâche la pression désarçonnée par son regard perdu et le ton suppliant de sa voix. S'il en arrive à me supplier, c'est qu'il ne doit pas être bien. Je connais ma personne, plus orgueilleux, tu meurs.

Armel (au bout d'un moment) : juste cette nuit, je t'en supplie.

Moi soupire désabusée : bon d'accord, tu n'as qu'à squatter le canapé. Cependant, au premier chant du coq je veux que tu déguerpisses. Je ne veux pas te voir à mon réveil.

Armel : tu es tellement dure...

Le regard foudroyant que je lui lance l'empêche de terminer sa phrase.

Armel soupirant : je peux avoir une couverture s'il te plaît ?

Je lui lance un autre regard.

Armel : ok ok, laisse tomber. Je vais me débrouiller.

Je le regarde simplement avant de tourner les talons sans plus. J'arrive au vestibule et me tourne en pointant de nouveau le navire dans sa direction.

Moi : je garde ça pour le cas où tu auras la fâcheuse idée de te glisser dans mon lit quand je serai endormie.

Il soupire simplement, je vais me recoucher le cœur en fête. Ce n'est pas tous les jours que j'ai de l'ascendance sur votre type là. Il a toujours le mot pour me mitiger et faire chavirer mon cœur. Je me rendors cette nuit là le sourire aux lèvres, ne me demandez pas pourquoi. Tout ce que je sais, c'est qu'elle ne reviendra pas cette chance donc je compte en profiter au max.

Un peu plus de quatre heures plus tard, j'émerge graduellement de mon sommeil grâce à l'alarme de mon téléphone. Je m'étire longuement avant d'ouvrir mes yeux pour le surprendre qui me regarde fixement comme s'il voulait lire en moi. Je me relève brusquement en ajustant le drap sur ma poitrine.

Armel : bonjour mi amor, tu as bien dormi ?

Moi : qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ? J'ai été clair avec toi, tu ne devrais plus être ici à cet instant précis.

Je le dis en tâtant partout sur le lit à la recherche du navire en bois pendant qu'il fixe un point sur la table. Je suis son regard pour voir un bout de papier avec son écriture en fond.

Armel : j'étais venu te le laisser et je me suis mis à t'observer dormir. Je ne m'en lassais plus. T'es tellement belle quand tu dors. Ton visage est détendu et rayonnant.

Moi (touchée, mais répondant néanmoins) : ok merci j'ai compris, maintenant tu peux t'en aller.

Il me fixe avec insistance un moment, regard que je soutiens en hochant la tête. Il finit par dire d'un air abattu...

Armel : d'accord, je vais y aller.

Il se lève et se dirige vers la porte qu'il atteint avant de se retourner pour me parler à nouveau.

Armel : au fait, le petit-déjeuner est servi ! J'ai pris un peu de tout ce que tu aimes. Je me suis aussi permis de tiédir ton eau pour pas que tu tombes malade. Il a plu des cordes toute à l'heure.

Je hoche juste la tête et le regarde sortir définitivement de la chambre. J'attends qu'il referme la porte d'entrée pour aller vérifier tout ça. Je retrouve en prime, une enveloppe pleine de billets verts que je décide de compter plus tard. Ma mère est si vite arrivée lol. Je la cache dans mon tiroir à sous-vêtements et file sous la douche où je prends un long bain tiède lacté. Je m'embaume ensuite le corps de vicks et mets des vêtements chauds. Si vous voulez tout savoir, je suis une porteuse saine de drépanocytose. Habituellement je vais bien, mais je souffre quelques fois de rhumatismes articulaires quand je stresse ou quand il fait froid.

Je sors de ma chambre maquillée et coiffée pour aller attaquer le petit-déjeuner qui donne l'eau à la bouche rien qu'à la présentation. Ma mère arrive sur ces entrefaites.

Dada chuchotant : bonjour ma chérie, tu as dormi ?

Je lève yeux et la regarde intriguée. Eh beh ?

Dada me souriant : je te salue toi aussi, répond !?

Moi : euh bonjour, oui j'ai très bien dormi. Merci et toi ?

Dada : parle moins fort (pointant un doigt en direction de la chambre) il est toujours là ?

Moi larguée : qui il ?

Dada : le fils de monsieur Elli.

Moi : ah lui ? Non, il est déjà parti.

Dada : ah d'accord (tirant une chaise pour s'asseoir) il nous a gâtés ce matin. Il a remis une enveloppe pleine de billets de craquant à Noémie rien que pour moi.

Moi simplement : c'est bien pour vous.

Dada : qu'est-ce qu'il y a ? On dirait que tu n'es pas ravie.

Moi (balayant l'air de la main) : ce n'est pas nouveau donc.

Dada claquant la langue : en tout cas, tu fais bien de t'accrocher malgré la tension entre ton père et le sien. Je te voyais bien avec son frère, celui qui est aux Etats Unis actuellement. Mais le petit frère n'est pas mal du tout.

Moi choquée : ah dada ?

Dada m'imitant : ah dada quoi ? Ceux là ont toujours vécu dans l'opulence, ma fille laisse-nous en profiter ? Une famille d'enfants qui ont réussi leur vie. L'autre est un avocat et l'un en passe de devenir un grand médecin. (me poussant gentiment l'épaule) Nul doute que ton Armel aussi partira un jour derrière l'eau et reviendra te chercher. Hehehe, j'ai hâte de venir m'occuper de mes petits enfants là-bas !!

Moi (me retenant de rire) : déjà l'autre c'est un greffier, c'est leur père qui est avocat.

Dada : c'est la même chose !

Moi : et si je m'accroche à Armel, ce n'est sûrement pas pour les raisons que tu évoques. Je l'aime sincèrement et c'est justement la tension bête que papa a créée avec son père qui fait que je reste encore dans l'ombre.

Dada : ma chérie retire les paillettes que les feuilletons Novelas ont mi dans tes yeux, l'amour ça n'existe pas. Tout le monde est guidé par l'intérêt de nos jours, sinon tu crois que pourquoi ton père est parti épouser une femme qui a déjà cinq enfants ? (répondant elle-même) C'est parce que là-bas, on ne lui demande jamais rien !

Moi soupire agacée : j'en ai trop entendu pour ce matin, j'y vais. J'ai une longue journée qui m'attend.

Dada : je n'ai pas fini de te parler.

Moi : on reparlera ce soir, je suis en retard pour mon cours.

Je me dirige vers la cuisine extérieure avec l'intention de chercher un emballage pour emporter le reste de mon plateau. Elle me suit.

Dada : trésor quoi qu'il en soit tu es une femme qui a des besoins, en plus l'aînée de ta famille. Moi, tes frères et sœurs comptons sur toi, ne nous déçois pas. Tu as le joker, il ne te reste plus qu'à l'apprivoiser. Et puis démène-toi pour sortir de l'ombre, une fille peut sortir de nulle part et te le ravir.

Moi : ce serait tant mieux !

Dada : tu ne penses pas ce que tu dis ?

Je m'arrête et soupire bruyamment.

Moi : dada Armel et moi, c'est jusqu'à la gare.

Dada (faisant un signe de croix) : AMEN ! Voilà qui est bien dit ma fille chérie ! (me prenant le sac en papier de la main) Laisse-moi t'aider, toi va te chercher un pull-over. Il fait froid dehors.

Moi : je suis déjà assez couverte.

Dada (ton péremptoire) : ehhh va mettre un pull là-bas, moi je ne veux pas faire de séjour à l'hôpital.

Je m'exécute et la laisse à table en prenant le soin d'emporter ma part d'enveloppe avec moi. On n'est jamais trop prudent par ici. Je vais voir les tous petits pour leurs bises matinales. Je règle leurs conflits aux plus grands et leur promets des cadeaux à mon retour. C'est Noémie à qui je promets de remettre son fond de commerce le soir qui m'escorte. Dehors, on tombe sur Armel adossé à la portière de son véhicule.

Noémie (me chuchotant à l'oreille) : Ay, caramba ! C'est moi où il devient de plus en plus croquant ?

Moi (secouant la tête amusée) : lol on dirait un biscuit.

On rigole en passant le portail, lorsqu'on arrive à sa hauteur je me compose furtivement un visage sévère alors que Noémie lui fait la bise.

Moi hautaine : qu'est-ce que tu fous encore ici toi ?

Armel : je me suis dit que ça ne serait pas galant de ma part de te laisser partir au cours à moto alors que je suis dans les parages.

Moi : c'est gentil à toi de vouloir jouer au preux chevalier, mais non merci !

Armel : j'insiste.

Moi : et moi je dis que...

Noémie intervenant : si si elle vient avec toi.

Je lance un regard horripilateur qui passe d'elle à Armel, ce dernier hausse simplement les épaules et passe devant moi pour ouvrir la portière avant côté passager qu'il tient en s'adressant à moi.

Armel : après vous Votre Honneur.

Ce que je fais malgré moi en fixant Noémie genre « toi, je vais régler ton cas ce soir »

Noémie ne relevant pas : passez une agréable journée les zamoureux.

C'est Armel qui répond d'un ton enjôleur. Il fait ensuite le tour pour s'installer au volant, le regard moqueur et un sourire suffisant sur les lèvres. Oui, c'est ça ! Fait bien ton malin, cette fois tu vas confirmer le code tchhhrrrr.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022