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Le jeu d'amour ruineux de mon patron

Le jeu d'amour ruineux de mon patron

Auteur:: Seren Nightingale
Genre: Moderne
Pendant cinq ans, j'ai mis toute mon âme dans ma carrière et dans mon amant secret, mon patron, Hugo. Mais pour la cinquième fois, il a donné la promotion pour laquelle j'avais tout sacrifié à ma rivale incompétente, Camille. Mon monde s'est effondré quand je l'ai entendu admettre froidement que toute notre relation n'était qu'une « stratégie rentable » pour me garder motivée sans avoir à me payer un salaire de directrice. L'humiliation ne s'est pas arrêtée là. Il m'a physiquement forcée à m'incliner plus bas devant Camille, ravivant une vieille blessure au dos. Quand j'ai finalement démissionné, sa vengeance a été rapide : une affectation sur un site distant, notoirement dangereux. Cette nuit-là, j'ai été brutalement attaquée. Mon appel d'urgence désespéré à Hugo est tombé directement sur sa messagerie. Une notification m'a révélé plus tard pourquoi : il était sur scène à une soirée d'entreprise, chantant un duo d'amour avec Camille pendant que je me battais pour ma vie. L'homme que j'aimais m'avait laissée pour morte. Après avoir coupé tous les ponts et enfin commencé à guérir, il s'est présenté à la porte de mes parents, suppliant mon pardon. Cette fois, je n'allais pas simplement tourner la page. J'allais le forcer à affronter chaque mensonge qu'il avait prononcé.

Chapitre 1

Pendant cinq ans, j'ai mis toute mon âme dans ma carrière et dans mon amant secret, mon patron, Hugo. Mais pour la cinquième fois, il a donné la promotion pour laquelle j'avais tout sacrifié à ma rivale incompétente, Camille.

Mon monde s'est effondré quand je l'ai entendu admettre froidement que toute notre relation n'était qu'une « stratégie rentable » pour me garder motivée sans avoir à me payer un salaire de directrice.

L'humiliation ne s'est pas arrêtée là. Il m'a physiquement forcée à m'incliner plus bas devant Camille, ravivant une vieille blessure au dos. Quand j'ai finalement démissionné, sa vengeance a été rapide : une affectation sur un site distant, notoirement dangereux.

Cette nuit-là, j'ai été brutalement attaquée. Mon appel d'urgence désespéré à Hugo est tombé directement sur sa messagerie. Une notification m'a révélé plus tard pourquoi : il était sur scène à une soirée d'entreprise, chantant un duo d'amour avec Camille pendant que je me battais pour ma vie.

L'homme que j'aimais m'avait laissée pour morte.

Après avoir coupé tous les ponts et enfin commencé à guérir, il s'est présenté à la porte de mes parents, suppliant mon pardon.

Cette fois, je n'allais pas simplement tourner la page. J'allais le forcer à affronter chaque mensonge qu'il avait prononcé.

Chapitre 1

Point de vue de Chloé Dubois :

L'e-mail a atterri dans ma boîte de réception comme une chape de plomb, écrasant la dernière lueur d'espoir qu'il me restait. « Directrice de la Stratégie Numérique – Camille Fournier. » Pour la cinquième fois. Cinq fois que je déversais mon âme dans cette entreprise, dans ce poste, pour être finalement écartée au profit de quelqu'un de moins compétent, de moins méritant. Mes doigts tremblaient en relisant le nom, les mots se brouillant à travers un voile chaud et soudain dans mes yeux.

La frustration avait un goût de cendre dans ma bouche.

Mon téléphone a vibré. Un appel de ma mère. J'ai failli l'ignorer. Dernièrement, ses appels n'étaient que des rappels de tout ce que je ne faisais pas bien – pas mariée, pas installée, toujours à courir après une carrière qui, de toute évidence, ne voulait pas de moi. Mais aujourd'hui, quelque chose avait changé. Une lassitude profonde s'était installée dans mes os, une sorte de capitulation que je n'avais jamais ressentie auparavant. J'ai répondu.

« Ma chérie, toujours pas de nouvelles pour la promotion ? » Sa voix était douce, empreinte de cette inquiétude maternelle familière. « Tu sais, si ça ne marche pas à Paris, il y aura toujours une place pour toi à Lyon. Et peut-être qu'il est temps de penser à te poser, tu sais ? Un gentil architecte, une famille... »

Normalement, je me serais hérissée. J'aurais lancé une défense acharnée de mes choix, de mon ambition. Mais aujourd'hui, le combat m'avait quittée.

« Peut-être, Maman, » ai-je murmuré, les mots me surprenant moi-même. « Peut-être que tu as raison. »

Un silence stupéfait à l'autre bout du fil. Ma mère savait que ça ne me ressemblait pas. J'ai raccroché avant qu'elle ne puisse insister, cet aveu inattendu flottant dans l'air entre nous.

Il fallait que je parle à Hugo. Il était le seul qui comprenait vraiment, ou du moins c'est ce que je croyais. Mon patron, mon amant secret depuis cinq ans, le vice-président qui m'avait toujours promis le monde, mais pas tout de suite. J'ai composé un texto, mes pouces planant au-dessus du clavier. « On peut se parler ? Urgent. »

Puis, un mouvement dans le reflet de la fenêtre de mon bureau a attiré mon attention. La porte d'Hugo, habituellement fermée, était entrouverte. Et j'ai entendu des voix. Sa voix. Et une autre, plus grave, masculine. Grégoire Martin, son collègue.

Je me suis penchée, mon cœur battant un rythme nerveux contre mes côtes.

« Alors, Chloé a encore été recalée, » dit Greg, d'un ton compatissant. « C'est dur, mec. Ça fait des années qu'elle vise ce poste de directrice. Et après tout ce qu'elle a fait pour toi, pour la boîte... »

Une terreur glaciale a commencé à s'infiltrer dans mes veines. Ils parlaient de moi.

Le rire d'Hugo, un son sec et méprisant qui a écorché les couches de ma réalité si soigneusement construite. « C'est une stratégie, Greg. Une stratégie rentable. »

Mon souffle s'est coupé. Ma main a volé à ma bouche, étouffant un hoquet.

« Une stratégie ? » Greg semblait confus.

« Garder un talent de haut niveau sans le salaire conséquent de directrice, » expliqua Hugo, sa voix dénuée d'émotion. « Elle est bonne. Vraiment très bonne. Et elle est loyale. Cinq ans, Greg. Cinq ans de déjeuners secrets, de "sessions de stratégie" tard le soir, de mains "accidentellement" frôlées. » Il a ri de nouveau, un son qui m'a tordu les entrailles. « Elle croit que c'est de l'amour. Elle croit que je l'aime. »

Le monde a basculé. Ma vision s'est brouillée, non pas de larmes, mais d'une rage soudaine et aveuglante. Chaque contact, chaque promesse murmurée, chaque moment partagé – tout était un mensonge. Une transaction calculée.

« J'ai magnifiquement exploité ses sentiments pour moi, » a-t-il continué, complètement inconscient de ma présence. « Je l'ai gardée motivée, je l'ai fait travailler deux fois plus pour la moitié de la récompense. C'est brillant, en fait. »

Mon estomac s'est noué. La bile m'est montée à la gorge. Il avait même mentionné les mains « accidentellement » frôlées, ces détails intimes qu'il avait partagés avec moi, les transformant en armes contre mon être même.

Un sanglot guttural m'a échappé, petit et brut. Le son a été avalé par la moquette épaisse de mon bureau, un cri futile d'une âme brisée. La pile de documents soigneusement préparés pour la promotion de « Directrice de la Stratégie Numérique » sur mon bureau – la description du poste, les responsabilités, la grille salariale que j'avais mémorisée – m'a soudain paru grotesque. Je les ai saisis, mes mains tremblant si violemment que les papiers se sont déchirés dans ma poigne. Déchirant, lacérant, les réduisant en confettis, dispersant les preuves fragiles de mon ambition gâchée sur le sol.

J'en avais fini. Pas avec la promotion. Pas avec l'entreprise. Mais avec Paris. Avec cette vie. Avec lui.

Mon esprit a fait un bond en arrière. Sept ans. Sept ans de nuits blanches, de vacances sacrifiées, à tout donner à cette boîte, à tout lui donner. Pour quoi ? Pour être une « stratégie rentable » ? Un pion dans son jeu impitoyable ?

La voix de Camille Fournier, guillerette et venimeuse, a percé ma torpeur. Elle venait sûrement d'entrer dans le bureau d'Hugo. « On dirait que quelqu'un boude encore à cause de ma promotion, Hugo. Franchement, il y a des gens qui ne savent pas perdre avec élégance, n'est-ce pas ? »

J'ai entendu le murmure apaisant d'Hugo. Puis Camille de nouveau, sa voix dégoulinant d'une fausse pitié. « Je veux dire, ce n'est pas ma faute si Chloé n'a tout simplement pas l'étoffe d'une directrice, n'est-ce pas ? Le talent reconnaît le talent, après tout. »

Les mots étaient comme des poignards, mais ils ne transperçaient plus mon cœur. Ils rebondissaient simplement sur un bouclier de glace nouvellement formé. Je le voyais enfin pour ce qu'il était. Un profiteur. Un manipulateur. Il avait toujours joué le rôle du mentor bienveillant, de l'amant compréhensif, murmurant sur « l'équité » et la « méritocratie » lorsque je soulevais des inquiétudes sur ma carrière.

« Ton heure viendra, Chloé, » avait-il dit, ses yeux si sincères, sa main pressant doucement la mienne sous la table de conférence. « J'ai juste besoin de régler quelques obstacles politiques. On est une équipe, tu te souviens ? Toi et moi. »

Une équipe. Quelle blague. J'avais été le soldat dévoué, il était le général sacrifiant ses troupes pour sa gloire personnelle. Toutes ces années, toutes ces réussites – doubler les sources de revenus, optimiser les flux de travail, lancer des campagnes à succès qui étaient maintenant créditées à d'autres – ont défilé devant mes yeux. Récompenses, reconnaissance de l'industrie, témoignages de clients... rien de tout cela n'avait compté pour lui. Rien de moi n'avait compté.

Je me suis souvenue d'innombrables nuits passées à trimer pendant qu'il « réseautait » avec des clients, souvent avec le père de Camille. Je me suis souvenue des querelles internes avec Camille, de son sabotage mesquin, et de la manière désinvolte dont il les écartait. « Ignore-la, Chloé. Concentre-toi sur ton travail. Il parle de lui-même. »

Mon travail parlait de lui-même. Il hurlait mon talent, mon dévouement, mon effort pur et simple. Mais il n'avait pas écouté. Il n'avait vu que mon utilité.

Un calme glacial s'est installé en moi, remplaçant le choc initial. L'épuisement, l'anxiété rongeante qui avait été une compagne constante pendant des années, m'a soudain semblé écrasante. Mon corps me faisait mal, une protestation silencieuse contre le fardeau émotionnel que j'avais porté.

Puis, mon téléphone a de nouveau vibré. Un texto d'Hugo. « Hey, tu es libre ce soir ? Je suis désolé pour la promotion. Parlons-en. Dîner ? Chez moi ? »

Une minuscule, traîtresse étincelle d'espoir a vacillé en moi, rapidement éteinte par l'enfer rugissant de sa trahison. Il pensait qu'il pouvait encore me mener en bateau. Il pensait que j'étais encore à sa merci.

Il avait tort.

Chapitre 2

Point de vue de Chloé Dubois :

La lueur d'espoir, née du texto d'Hugo, ressemblait maintenant à une blague cruelle. Mes pieds traînaient sur la moquette moelleuse alors que j'approchais de son bureau, le son des sanglots théâtraux de Camille devenant plus fort à chaque pas. Je me suis arrêtée devant la porte entrouverte, ma main planant sur le métal froid.

« C'est tellement injuste, Hugo ! » se lamentait Camille, la voix pâteuse de fausses larmes. « Tout le monde me regarde comme si je ne le méritais pas. Comme si Chloé était tellement meilleure que moi ! »

« Chut, chut, ça va, ma chérie, » apaisait Hugo, sa voix un grondement bas et réconfortant. « Ne les écoute pas. Tu l'as mérité. Tu le sais. Et je le sais. »

Mon estomac s'est contracté. Je l'imaginais lui caressant les cheveux, son bras autour d'elle. Les mêmes mots apaisants, le même contact doux qu'il avait utilisé sur moi d'innombrables fois après une réunion de direction particulièrement brutale, ou quand j'étais stressée par un projet. « Tu es incroyable, Chloé. Ne laisse personne te dire le contraire. »

Combien de fois avais-je pleuré auprès de lui, épuisée et démoralisée après avoir été minée par un collègue masculin ou méprisée par un client ? Et combien de fois avait-il simplement écouté, hoché la tête et offert des platitudes creuses ? Pas une seule fois il ne m'avait vraiment défendue. Pas une seule fois il ne s'était battu pour moi. Il m'avait juste laissée porter le poids, puis avait offert un mensonge enrobé de sucre pour me garder dans le rang.

La prise de conscience m'a frappée avec la force d'un raz-de-marée. Il ne s'était jamais vraiment soucié de moi. Jamais. Ni de mes sentiments, ni de mes luttes, ni de ma douleur. J'étais juste une ressource à gérer, un problème à résoudre avec un minimum d'effort.

Un vide creux et résonnant s'est épanoui dans ma poitrine. J'ai poussé la porte, le son résonnant anormalement fort dans la pièce soudainement silencieuse. Le bras d'Hugo, qui avait clairement été autour des épaules de Camille, est tombé instantanément. Camille, le visage marbré mais les yeux immédiatement calculateurs, a reniflé de façon spectaculaire.

Le regard d'Hugo s'est durci, une lueur d'irritation traversant ses beaux traits. « Chloé. Qu'est-ce que tu veux ? » Son ton était froid, accusateur.

Il était agacé que j'aie interrompu sa petite performance.

« Je... je venais juste prendre des nouvelles, » ai-je balbutié, ma voix à peine un murmure, le combat m'ayant soudainement quittée.

« Prendre des nouvelles ? Ou tu es là pour te plaindre de la promotion bien méritée de Camille ? » a-t-il lancé, ses yeux lançant des éclairs. « Parce que franchement, Chloé, ta jalousie devient non professionnelle. Camille a travaillé dur – plus dur que tu ne le penses – et elle le mérite. »

Ma mâchoire est tombée. Plus dur que je ne le pense ? Il me manipulait activement, m'accusant de quelque chose que je ne ressentais même plus, pas après avoir entendu sa véritable évaluation de notre « relation ».

« Je n'étais pas- » ai-je commencé, mais il m'a coupée.

« Non, tu sais quoi ? Laisse tomber. Camille est contrariée. Et franchement, ton attitude n'aide pas. Je pense que tu lui dois des excuses. » Ses yeux me défiaient de lui désobéir.

Mon esprit a rejoué toutes les fois où j'avais défendu ses décisions douteuses, toutes les fois où j'avais rationalisé son comportement, me convainquant qu'il était juste « ambitieux » ou « sous pression ». Quelle pitié. Comme j'avais été aveugle.

Le goût acide du dégoût de soi a rempli ma bouche. Je n'avais plus de force pour me battre. Pas de mots. Juste une lassitude profonde et douloureuse.

J'ai pris une profonde inspiration, réprimant la sensation chaude et amère dans ma gorge. C'était ça. L'humiliation finale. La dernière parcelle de ma dignité allait être arrachée ici, dans ce bureau, devant l'homme qui m'avait aimée – ou fait semblant – et la femme qui récoltait maintenant les fruits de sa tromperie.

Je me suis tournée vers Camille, ressentant un étrange détachement, comme si je me regardais de loin. « Camille, » ai-je commencé, ma voix plate, dénuée de toute émotion. « Je m'excuse. Je... m'excuse si ma présence t'a causé une quelconque détresse. »

Puis je me suis inclinée, un mouvement sec, presque robotique. C'était comme si ma colonne vertébrale était en verre, menaçant de se briser. J'ai maintenu la courbette, attendant une reconnaissance, un signe de soulagement de la part de Camille. Le silence s'est étiré, épais et suffocant.

Puis, une douleur soudaine et fulgurante a traversé le bas de mon dos. La main d'Hugo, ferme et inflexible, s'est appuyée contre mes reins, me poussant vers le bas, me forçant à une courbette plus profonde, plus servile.

« Plus de respect, Chloé, » a-t-il murmuré à mon oreille, son souffle chaud contre ma peau. « Montre-lui que tu es sincère. C'est ta directrice maintenant. »

La douleur a explosé. Ce n'était pas seulement la pression aiguë ; c'était le souvenir discordant. Il y a des années, lors d'un événement client, un ancien employé mécontent avait fait irruption, brandissant une bouteille cassée. Hugo se tenait juste devant moi. Je l'avais instinctivement poussé hors du chemin, encaissant le choc contre une lourde table en marbre. Le bas de mon dos avait hurlé. Il s'était excusé abondamment, m'avait soignée et avait promis de toujours me protéger. « Tu m'as sauvé la vie, Chloé. Je ne l'oublierai jamais. »

Il avait oublié. Ou peut-être, il ne s'en était jamais vraiment soucié.

Maintenant, cette vieille blessure s'est ravivée avec vengeance, le feu se propageant dans mes muscles. Mes jambes menaçaient de flancher.

« Oh, Chloé, ma chérie, ça va ? » La voix de Camille, écœurante de douceur, m'a ramenée à la réalité. Elle s'est approchée, ses yeux brillant d'une satisfaction malveillante. « Tu as l'air un peu... tendue. »

La main d'Hugo est restée collée à mon dos pendant une autre seconde angoissante, puis il m'a brusquement relâchée. J'ai vacillé, me tenant le côté, ma vision nageant. Ses yeux ont rencontré les miens, un étrange mélange de quelque chose qui ressemblait à de l'inquiétude, mais surtout, un vide glacial.

J'ai ravalé un cri de douleur, me suis redressée lentement, et sans un mot de plus, je me suis retournée et suis sortie du bureau. Chaque pas était une agonie, physique et émotionnelle. Je pouvais sentir le regard d'Hugo dans mon dos, mais je ne me suis pas retournée.

J'ai réussi à atteindre mon box, m'effondrant sur ma chaise. Les larmes sont venues alors, chaudes et piquantes, mais silencieuses. Elles n'étaient pas pour Hugo. Elles étaient pour la femme naïve et pleine d'espoir que j'avais été, la femme qui avait cru en l'amour et la loyauté, la femme qui avait tout sacrifié pour rien.

C'était vraiment fini.

Mes doigts, toujours tremblants, ont tapé deux mots : « Grégoire Martin ». J'ai imprimé le document, me suis dirigée vers son box, et lui ai tendu ma lettre de démission sans un mot.

Chapitre 3

Point de vue de Chloé Dubois :

Grégoire a fixé la lettre de démission dans ma main, son visage habituellement gentil gravé d'incrédulité. Ses yeux, normalement doux, étaient écarquillés de choc.

« Chloé ? Qu'est-ce que c'est ? Tu es sérieuse ? » Il a parcouru le document, puis m'a regardée, le front plissé d'inquiétude. « Tu ne peux pas simplement démissionner. Pas après tout ce que tu as investi dans cet endroit. Tu es inestimable ici, Chloé. Tout le monde le sait. »

Ses mots, destinés à me rassurer, semblaient lointains, comme des échos d'une vie que je quittais déjà. Inestimable ? Pour qui ? Certainement pas pour Hugo, qui venait de me forcer à ramper devant son nouveau projet favori.

« Je suis sérieuse, Greg, » ai-je dit, ma voix plate. Mon regard a dérivé au-delà de lui, à travers la fenêtre, vers la ligne d'horizon lointaine de Paris. Elle semblait étrangère, détachée.

« Mais... pourquoi maintenant ? C'est à cause de la promotion ? Je sais que c'est dur, mais parfois ces choses prennent du temps. Hugo t'apprécie, Chloé. Vraiment. Il est juste... compliqué. » Grégoire essayait de lui trouver des excuses, tout comme je l'avais fait pendant si longtemps.

Hugo t'apprécie. La phrase était une pilule amère. Je me suis souvenue de ses promesses, de ses assurances murmurées lors de nos rendez-vous secrets au fil des ans. « Juste un peu plus longtemps, Chloé. Ensuite, on pourra être ouverts sur nous. Ensuite, tout changera. » Des mots vides. Tous.

Et maintenant, me voilà, presque 30 ans, avec rien à montrer pour mes années de dévotion qu'un cœur brisé, une carrière compromise, et une douleur constante dans le bas du dos. La voix de ma mère de la veille matin résonnait dans ma tête : « Un gentil architecte, une famille... » L'idée, autrefois anathème, ressemblait maintenant à un baume apaisant.

Grégoire a soupiré, un son lourd qui semblait porter le poids de sa propre impuissance au sein de cette machine corporative. Il connaissait les jeux d'Hugo, mais il était impuissant à les arrêter. Il a pris un stylo, sa main tremblant légèrement alors qu'il signait le formulaire.

« Écoute, Chloé, » a-t-il dit, sa voix baissant à un murmure bas, « je vais traiter ça immédiatement. Mais essaie de faire profil bas. Hugo... il ne va pas aimer ça. Fais juste tes deux semaines tranquillement. Évite-le si tu peux. »

Une légèreté étrange et vertigineuse m'a envahie. C'était fait. Les chaînes étaient brisées. Pour la première fois depuis des années, j'ai senti un souffle de liberté pure et sans mélange.

Mon téléphone a vibré. Un texto d'Hugo. « Chloé, ça va ? Tu avais l'air un peu bizarre tout à l'heure. On devrait peut-être reporter le dîner à ce soir ? Juste nous deux. »

Une lueur de sa manipulation habituelle. Il pensait probablement que j'étais encore blessée par la promotion et tendait la main pour me mener en bateau à nouveau. Mais le charme était rompu. Je voyais clair dans son jeu avec une clarté glaçante.

J'ai répondu : « J'apprécie l'offre, Hugo, mais je vais bien. Et non, merci. J'ai d'autres projets. » Les mots semblaient puissants, une frontière définitive tracée dans le sable.

Plus tard dans l'après-midi, alors que je rangeais quelques affaires personnelles de mon bureau, Camille s'est approchée, un sourire triomphant aux lèvres. « Devine quoi, Chloé ? Hugo vient de me dire qu'il organise un dîner de célébration pour ma promotion ce soir. Tu devrais venir ! Ce sera amusant. » Ses yeux brillaient d'une joie malveillante. Elle voulait remuer le couteau dans la plaie, parader sa victoire.

« Oh, je ne pense pas, Camille, » ai-je dit, ma voix calme, le dos tourné vers elle alors que je triais de vieux dossiers. « J'ai des projets. »

« N'importe quoi ! » La voix d'Hugo a retenti derrière moi. Il devait écouter. « C'est une célébration d'équipe, Chloé. Tu fais partie de l'équipe. Tu dois être là. » Son ton ne laissait aucune place à la discussion. C'était un ordre, pas une invitation.

Un goût amer a rempli ma bouche. Il n'essayait pas de m'inclure ; il affirmait son contrôle, s'assurant que je dépérisse sous le triomphe de Camille. L'ironie de tout ça. Il n'avait jamais célébré mes réussites, jamais une seule fois il ne s'était souvenu de mon anniversaire sans qu'on le lui rappelle. Je me suis souvenue de mon 27e anniversaire, il y a deux ans. J'avais laissé entendre une allusion subtile, espérant quelque chose, n'importe quoi. Il avait été trop occupé lors d'un voyage d'affaires « critique » avec le père de Camille. Il avait envoyé un texto laconique le lendemain : « Joyeux anniversaire en retard. J'espère que tu as passé une bonne journée. »

Maintenant, parce que Camille l'exigeait, il me forçait à endurer sa célébration. Mes sentiments étaient, comme toujours, sans importance. Tout comme il m'avait refusé le droit de faire le deuil de la promotion, il me refusait le droit à une sortie silencieuse et digne. Il essayait toujours de dicter mon état émotionnel, de contrôler mes réactions.

J'ai jeté un coup d'œil à Grégoire, qui observait l'échange avec une expression peinée. Il a subtilement secoué la tête, un plaidoyer silencieux pour que j'évite plus de conflits. J'ai expiré lentement. C'était mon dernier acte de soumission.

« Très bien, » ai-je dit, ma voix à peine audible. « Je serai là. »

Je le traiterais comme un adieu. Un dernier adieu amer à l'entreprise, à eux, et à la fille stupide que j'avais été.

Le dîner fut un tourbillon de sourires forcés et de verres qui tintent. Hugo et Camille étaient le centre de l'attention, riant, trinquant, leurs têtes rapprochées. Ils ressemblaient au couple de pouvoir parfait de l'entreprise. Et je me tenais en périphérie, observant, un étrange sentiment de calme s'installant en moi. Je voyais enfin la vérité. C'était son monde. C'était son genre de femme. Ambitieuse, impitoyable, et totalement dépourvue d'empathie sincère. Je n'avais pas ma place ici. Je ne l'avais jamais eue.

Quelques jeunes collègues, inconscients des courants sous-jacents, se sont penchés. « Wow, Hugo et Camille forment vraiment un duo de choc, n'est-ce pas ? » a chuchoté l'un d'eux, les yeux pétillants. « Ils sont si beaux ensemble. »

J'ai ressenti un étrange sentiment de détachement. Les mots ne m'ont pas piquée. Ils se sont simplement enregistrés comme un fait. « C'est vrai, » ai-je convenu, me surprenant de la facilité de ma voix. « Vraiment. »

Mon accord désinvolte les a fait marquer une pause, une lueur de confusion traversant leurs visages. Puis Camille, rouge de vin et de triomphe, a croisé mon regard. Son sourire s'est élargi, une lueur prédatrice dans ses yeux. « Alors, Chloé, » a-t-elle gazouillé, sa voix juste un peu trop forte, « des développements intéressants dans ta vie amoureuse ? Ou tu attends toujours le Prince Charmant ? »

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