Une fois que le débit qui sort de la bouche de ma mère s'est tari, elle commence à discuter sur le choix de la radio avec mon père.
Je remets mon casque sur mes oreilles en haussant des épaules à l'adresse de mon grand frère qui roule des yeux. Je me concentre donc sur ma musique et lance un nouvel album. Je dodeline de la tête mais me fais réveiller par mon téléphone qui vibre sur mes cuisses. L'écran affiche un nouveau message venant d'Enora. Après les Bahamas, Tahiti ou les Hawaii elle part maintenant à l'île de la Réunion. Certaines personnes sont plus chanceuses que d'autres. J'espère qu'elle pensera à me ramener un ananas. Une fois que mon message lui souhaitant de s'écraser dans l'océan Indien est parti, j'essaye de trouver le sommeil mais le bruit de mon estomac gargouillant m'en empêche.
- J'ai faim, dis-je à l'intention de la voiture.
- Tu as déjà mangé il y a trois heures, se plaint ma mère.
- La sieste ça creuse l'appétit ! On aurait pas du chocolat par hasard ?
- Moi aussi j'en veux bien maman, rajoute Louka.
- Bon d'accord, mais seulement un carré, répond ma mère qui malgré ses nombreuses reproches ne nous refuse presque jamais rien.
J'attrape mon carré avant que Louka ne le mange et l'avale en quelques secondes. Une ou deux minutes plus tard je commence à stresser lorsque je me gratte les bras. Je ne me gratte jamais les bras. Pas depuis qu'on a supprimé les amandes de mon alimentation. De grosses plaques rouges apparaissent et je commence à gonfler au niveau des chevilles. Sérieusement ? Il fallait vraiment que ça m'arrive maintenant ? Je tente de prévenir quelqu'un, de parler, mais comme je m'y attendais, aucun son ne sort de ma bouche. Respirer un grand coup, voilà qui devrait m'aider. Pourtant l'air de parvient pas à mes poumons. J'essaye tant bien que mal de ne pas succomber à l'angoisse mais des vertiges font leur également leur apparition et mon inquiétude se transforme en terreur. Je ne sais vraiment pas retenir ma respiration très longtemps. Quelques secondes tout ou plus. Ma vie tient-elle vraiment à quelques secondes ? Je me penche vers Louka en ignorant Logan qui se trouve pourtant entre nous car je sais qu'il ne remarquerait rien. En tout cas personne ne réagit car Louna dort ou du moins essaye de dormir. Je m'approche tout doucement car mon corps me fait de plus en plus mal et je n'ai qu'une envie c'est m'arracher chaque centimètres carrés de ma peau. J'essaye de prendre mon souffle, mais rien n'arrive à mes poumons. Je commence à me dire que si personne ne me remarque, je ne vais pas tarder à quitter ce monde. Puis, aussi étrange que cela puisse paraître, un petit crachotement sort de ma bouche, suivi d'un peu de bave qui dégouline le long de mon menton.
- Logan, j'essaye de dormir, m'agresse Louka en me prenant pour l'imbécile qui nous sert de petit frère.
Il ouvre les yeux dans le but très probable d'ordonner à Logan de se taire ou il l'abandonne quelque part mais il voit mon état et peste en gueulant. Mon père freine à nouveau et nous sommes tous, encore une fois, projeté en avant. Un concert de klaxons se fait entendre et plusieurs voitures nous dépassent en nous insultant probablement derrière leur vitre. Nous redémarrons lentement et ma mère se retourne pour nous demander de nous taire. Elle voit mon état et crie de nouveau.
- Philippe ! Arrête toi immédiatement sur le bas côté !
Mon père coupe toutes les voies lorsqu'il voit mon état dans le rétroviseur interne et un tonnerre de klaxons se fait de nouveau entendre. À peine sur le bord que Louka sort en courant de la voiture et manque se faire renverser. Les voitures l'évitent mais il a droit à pas mal d'insultes. Ma mère prend une bouteille d'eau dans le coffre et ouvre ma portière. Louka me prend sur une de ses épaules et me pose par terre. Je vois la bouteille d'eau s'ouvrir et se déverser sur moi. Je ne peux rien faire. L'eau me gèle sur place. Les plaques sur mon corps commencent cependant à disparaître mais mon corps doit éjecter l'amande emmagasinée et je me penche sur le côté pour vomir après avoir bu une gorgée d'eau. Après ça, ma mère me tend une bouteille d'eau que j'attrape avant de me lever avec l'aide de Louka. Mon père m'enroule dans une serviette qu'il a pris dans le coffre ainsi que des affaires de rechanges.
- On s'arrête à la prochaine aire d'autoroute pour que tu puisse te changer, m'explique-t-il.
J'avale un peu d'eau que je recrache pour rincer ma bouche et je remonte dans la voiture. Je m'installe contre la fenêtre et Logan réalise enfin ce qu'il se passe autour de lui.
- Pourquoi on s'est arrêté ? C'est pas comme ça qu'on va arriver chez les cousins, soupire-t-il. Et pourquoi tu es toute mouillée Aline ? Touche pas à ma PSP.
- Aline à fait une allergie aux amandes, répond ma mère dans le but qu'il se taise.
- Et elle ne peut pas faire attention à ce qu'elle mange ?
Louka le fusille des yeux et Logan roule des yeux.
- Bon d'accord, je me tais.
- Je suis tellement désolée ma chérie, s'excuse ma mère avec les larmes aux yeux. Je fais toujours très attention à ce que j'achète mais ton frère a tenu à acheter cette plaquette sur l'aire où nous nous sommes arrêtés il y a trois heures.
- Pas de problème, je suis seine est sauve.
Je ferme les yeux pour cacher les larmes qui menacent de pointer leur nez et appuie ma tête contre la vitre en prenant une goulée d'air. La peur qui m'a saisi il y a quelques instants est partie mais la sensation de manquer d'air reste et m'angoisse. Une fois sur l'aire, mon père fait le plein tandis que ma mère achète des gâteaux -sans amande- et que je pars me changer dans les toilettes. De retour dans la voiture, j'ouvre un paquet biscuits et vérifie mon téléphone. Je discute un peu avec Amy avant qu'elle ne me laisse tomber pour Joshua, son copain depuis peu. Je me rendors encore une fois avec la musique dans les oreilles. Quand je me réveille, je ne suis plus très loin de la maison de mes cousins. Je regarde le paysage et tout ce qui entoure la voiture m'émerveille un peu, il faut l'avouer. Depuis ma plus jeune enfance je viens ici, et pourtant je suis toujours étonnée de voir que l'herbe est verte et grasse, les arbres bien haut et le ciel gris comme à Paris. Une fois que j'ai enlevé mon casque j'entends la radio locale annonçant une vigilance orange pour risque de forte pluie. J'envie parfois mes cousins d'habiter dans cette grande maison en bord de falaise mais lorsqu'ils nous racontent tous ce qu'ils doivent faire pour rejoindre la plus petite agglomération à 30 minutes en voiture, je me dis que ma vie n'est pas si mal. En tout cas, ils ont tendance à ne jamais oublier le pain.
- Maman ? Je peux réveiller Louka, demandé-je avec malice.
- Quand on sera arrivé, laisse le dormir. Par contre, tu peux prendre la console de Logan si tu veux, dit-elle avec un infime espoir.
- Non merci, la dernière fois que je me suis lancée dans une mission pareille j'ai fini avec un mal de crâne terrible et la main douloureuse, me justifié-je.
- C'est beau de rêver, soupire ma mère sans grande conviction.
Ne pouvant pas m'amuser un peu à embêter mes frères, je me recentre sur moi-même et les souvenirs que j'ai de ce lieu, les fous rires avec mes cousins ainsi que les bons moments. Au moins avec ça le temps passe plus vite. La maison finit par se dresser devant moi et une fois à l'arrêt mes parents sortent pour commencer à vider la voiture. Je me décide à réveiller mon frère qui a mis une bonne heure pour trouver le sommeil :
- Louka ? Louka ? Réveille toi, chuchoté-je de ma voix la plus apaisante possible.
Il ouvre les yeux me regarde bizarrement puis reprend ses esprits.
- On est arrivé, demande-t-il en restant appuyé sur la fenêtre.
- Non, il reste encore deux heures de routes, dis-je en gardant mon visage le plus neutre possible.
- Mais alors pourquoi est-ce que tu me réveilles, t'es chiante Aline. Maman, ajoute-t-il pour se plaindre.
Il me regarde avec un regard de tueur quand il n'obtient pas de réponse puis tourne la tête vers la fenêtre pour se rendormir. À peine quelques secondes plus tard, il ouvre de nouveaux ses yeux et s'exclame :
- Mais on est arrivé !
- Évidemment crétin, sinon maman ne m'aurait pas laissé te réveiller, me justifié-je.
Je n'attends pas qu'il réplique et sors de la voiture. Je prends mes deux valises qui attendent sagement à côté de la voiture et me dirige vers la porte de la maison quand un énorme chien me saute dessus.
- Éclair ! Laisse Aline respirer voyons ! Elle vient à peine d'arriver, s'exclame mon oncle à l'intention de leur chien qui n'en fait qu'à sa tête.
- Coucou toi ! Comment ça va mon beau, hein ? Je t'ai manqué ? Oui oui, je suis bien là, ne t'inquiète pas ! Et si tu allais voir quelqu'un d'autre pour lui souhaiter la bienvenue, non ? Pourquoi pas Louka par exemple ?
J'adore les animaux et c'est réciproque. J'ai toujours voulu un animal de compagnie, de préférence un chien. Malheureusement, un chien dans un appartement parisien serait malheureux, comme me répète souvent ma mère. Alors j'ai abandonné l'idée. Je suis peut-être en adoration devant les animaux mais je ne veux que leur bonheur. Je prends alors Éclair par le collier et le met devant la porte de Louka. Il ouvre sa portière -encore dans le gaz-, sort puis voit Éclair. Il recule mais ne peut s'appuyer que sur la voiture. Je lâche Éclair qui se rue sur lui pour lui souhaiter la bienvenue.
- Aline, hurle Louka avec peur.
- C'est bien moi, je suis heureuse de savoir que tu connais mon nom. Bon j'y vais moi.
Je me dirige vers la maison et dit bonjour à mon oncle qui a suivi l'ensemble de la scène des yeux.
- Comment va ma nièce préféré, demande t-il.
- Ta nièce préféré ? C'est tellement facile de dire ça quand tu n'en as qu'une, m'exclamé-je en faisant semblant de m'offenser. Mais j'apprécie l'attention. Écoute je vais bien, et toi ? Comment te portes-tu ?
- Très bien, et je rigole bien sûr, ce n'est pas parce que j'ai que toi que je ne peux pas te préférer.
- Je ne suis pas certaine d'avoir compris, dis-je en éclatant de rire.
Il rit avec moi avant de se calmer :
- Je crois que tu devrais endurcir notre petit Louka. Éclair n'est pas une mauvaise bête pourtant. Je ne vois pas ce qu'il lui trouve.
- J'ai essayé, mais il reste très peureux quand il s'agit des chiens. Et attention, je ne peux pas parler de ça à ses amis sinon il va se faire charrier, m'exclamé-je en imitant du mieux que je peux la voix de mon grand-frère. Je pose mes affaires dans l'entrée et je vais l'aider.
J'entre dans la maison qui est silencieuse et en ressors pour aller aider l'incapable qui me sert de frère. Il est toujours contre la portière et Éclair se frotte contre ses jambes, comme s'il souhaitait un câlin.
- Oh ! T'es trop mignon Éclair, viens voir Tata Aline, dis-je.
- Enlève moi ce chien de suite. Il va me faire mal, me crie Louka.
- Qu'est ce que je fais imbécile ? De toute façon Éclair ne ferait pas de mal à une mouche. Il n'a jamais fait mal à personne.
- On ne sait jamais ! Eh, attends, c'est moi que tu traites d'imbécile ?
Je rigole et attrape me chien par le collier. Louka se décolle de la voiture et en profite pour rentrer dans la maison. Je le suis et quand je rentre, j'y trouve ma tante. Elle est plus jeune que ma mère, mais la fatigue s'accumule sur son visage et sous ses yeux. Elle est vêtu d'un tablier blanc tâché de sauce tomate qui est noué autour du cou et elle s'essuie les mains sur un torchon.
- Aline, comment vas-tu ma belle, me demande-t-elle.
- Tout va bien et toi ?
- Très bien, ne t'inquiète pas pour moi. Tu ne peux pas savoir à quel point Lucie à hâte de te voir. Elle ne parle que de toi depuis des jours.
Comme si elle souhaite prouver sa remarque, j'entends Lucie crier mon nom et descendre les escaliers en courant. En allant trop vite, elle finira par tomber un de ces jours.
- Aline, crie Lucie.
J'ai juste le temps d'ouvrir mes bras, qu'elle me saute dessus. Elle me fait un gros câlin et descend finalement de mes bras quelques instants plus tard. Elle se dirige vers Louka, le prend dans ses bras et dit bonjour à mes parents. Elle ne fait que serrer la main de Logan qui s'en contre fiche.
- Max ! Pourquoi vous avez changé le code wifi, hurle t-il.
- Logan ! T'es enfin arrivé ! Je t'attendais pour jouer à mon nouveau jeu de guerre sur PC, tu vas adorer ! Montes, lui répond Maxime.
Je vois maman et tante Agnès faire une tête de six pieds de long. Elles doivent en avoir marre qu'ils passent leurs temps sur les jeux vidéos.
- Jordan ! Jordan ! Descends ! Y a Aline et Louka, crie Lucie à travers la maison.
- Montez les gars, j'ai la flemme de descendre, nous lance notre cousin depuis le premier étage.
Je ricane, prends mes affaires et grimpe les escaliers. Louka attrape sa valise et le sac contenant les draps avant de grimper à ma suite. Une fois arrivé là haut, je retrouve Jordan et après s'être dit bonjour on en vient très rapidement à la discussion des lits.
- Bon, les deux petits sont dans la chambre de Max, Louka dort avec moi dans ma chambre et tu prends la chambre d'amis Aline, dit mon cousin.
- Ah non ! Pas cette fois, m'écrié-je en effectuant un recul à l'idée de dormir toute seule dans cette pièce.
- Quoi ?
- Il est hors de question que je dorme toute seule dans la chambre d'amis.
- Pourquoi ?
- Pourquoi ?! Mais parce que le plancher grince la nuit, le vent siffle dans les arbres et les volets claquent. On se croirait dans un film d'horreur ! Et puis il fait trop noir, rajouté-je à voix basse.
- Tu as peur du noir, Jordan éclate de rire et il est bien le seul. Non mais t'es grande Aline, tu peux pas avoir peur du noir.
- C'est pas une blague mec, soupire mon frère en posant une main sur l'épaule de notre cousin. Elle me réveille en plein milieu de la nuit pour dormir avec moi.
- Je croyais que c'était passé en grandissant, se dit-il à lui même en arrêtant de rigoler.
- Eh bien, non, répliquais-je sèchement, vexée qu'il se moque de moi à ce sujet.
- En tout cas, bienvenue en Bretagne, me lance t-il.
- Je suis parisienne et je déteste le temps d'ici.
- Sinon on prend le matelas du canapé-lit qu'on met dans ma chambre et vos parents dorment dans la chambre d'amis.
- Alors tu bouges le matelas tout seul, dis-je à mon cousin en croisant les bras, hermétique à n'importe quelle remarque qu'il puisse me faire.
Il me regardent avec un regard désespéré mais je tiens le coup et il doit comprendre qu'il m'a blessé alors avec Louka ils s'occupent du matelas. Je rentre dans la chambre pour installer mes affaires et j'appelle Jordan une fois un peu plus calme.
- Je les mets où mes vêtements ?
- Troisième et quatrième tiroir de la commode.
- Ça va jamais rentrer.
- T'es pas venue faire un défilé de mode, ça va rentrer sans problème.
- Laisse moi faire Aline, dit Louka. Alors cousin, il faut que tu saches que la valise d'une fille est composée de 80% d'au cas où, et il lui faut au moins une armoire entière pour les 20% restant.
- Putain ! T'as qu'à prendre les quatre tiroirs et tu en laisse un pour ton frère puis tu as les endroits vides de mon armoire, dit Jordan.
- Ok, merci beaucoup, je laisserais mes chaussures dans leur sac, répondis-je.
Pendant que je range mes affaires, les garçons ont fini d'installer mon lit et Louka a rangé sa valise. Tout cela fini, on va chercher Logan et Max devant l'ordinateur et partons faire un billard dans le salon. Les deux équipes opposées sont Louka, Logan et Max contre Jordan et moi-même ici présente. Il faut savoir que je suis totalement nulle au billard ou tout ce qui est sport de précision. Mais le résultat est là, on a gagné !
- Ouaais ! On vous a battu ! Vous êtes tous nul ! Nanani nanère, chanté-je à tue-tête.
- Ah mais t'es une gamine en faite, me crie Max auquel je réponds en tirant ma langue.
- Mais c'est à cause de Logan, se désole Louka.
- Ouais c'est ça, tu crois vraiment que j'ai gagné grâce Aline, rigole Jordan.
- Qu'on a gagné, et je t'emmerde Jordan, dis-je en lui donnant une petite tape sur le bras.
- Moi aussi je t'aime Aline, sourit Jordan dont le rire menace de sortir.
- Les enfants, à table, nous crie notre mère depuis la salle à manger.
Une fois que nous sommes tous installés à la place qui nous a été assignée, Agnès nous raconte le repas qu'elle nous a concocté.
- Alors j'ai fait un sauté de veau, et j'ai pensé à toi Aline, tu as un gratin d'aubergine, et sans amande qui plus est, explique ma tante.
- Merci tata, c'est très gentil d'avoir pensé à moi, lui dis-je.
- Mais de rien ma chérie.
- D'ailleurs Agnès, tu ne sais pas que Aline à fait une crise allergique sur la route, demande ma mère, avide de raconter l'histoire.
- Ah non, raconte moi, renchérit ma tante.
Ma mère lui raconte donc l'histoire avec l'aide de Louka qui corrige les petites erreurs que ma mère y glisse. À la fin du repas, nous montons dans la chambre de Jordan et regardons un film. J'ai réussi à leur faire promettre de ne pas mettre de film d'horreur. Bizarrement, j'ai comme l'impression qu'ils se sont foutu de ma gueule.
Durant les scènes flippantes, j'entends les rires des garçons et me promets de leur faire payer. Je regarde tout de même le film, en me cachant les yeux de temps en temps. Bon d'accord, quasiment durant la totalité du film. C'est déjà pas mal étant donné que je ne supporte pas les films d'horreurs. La preuve, lors d'un rencard je suis sortie de la salle dès le début du film parce que je ne pouvais pas supporter les images d'épouvante. J'ai donc attendu pendant une heure et demi que le garçon avec qui j'avais ce rendez-vous sorte. D'après lui, les places coûtent cher et déjà que je lui avais fait perdre 10 euros il ne pouvait pas en perdre encore. Autant vous dire qu'il n'y a pas eu de deuxième rencontre et que depuis je l'évite dans les couloirs du lycée. Enfin, après ce moment d'apocalypse, nous nous couchons chacun sur notre matelas et discutons, jusqu'à ce que je sombre la première dans le sommeil.
Le matin, mon réveil sonne et j'entends Jordan et Louka grogner.
- C'est quoi cette musique pourri, me demande Jordan en grognant et en se frottant les yeux.
- Mon réveil, je vais courir, recouchez vous, lui répondis-je.
- Faut pas me faire prier, dit Louka.
Je les laisse dormir, prends mes vêtements et sors de la chambre. J'enfile mon jogging et mon t-shirt dans la salle de bain, me fais un queue de cheval, branche mon téléphone pour la musique et pars de la maison. Je vois Éclair accroché avec sa laisse dans la cuisine. Il me fait des yeux doux et je décide de ne pas le laisser là.
- Bon, viens avec moi, lui lancé-je.
Je prends sa laisse, la tient dans ma main et commence à courir. Il suit mon rythme, et parait vraiment heureux. Il ne m'en faut pas plus, et un grand sourire se colle sur mon visage. Éclair est vraiment parfait, il aboie quand une voiture arrive et m'amène sur le bord pour éviter que je me fasse écraser.
Au détour d'un virage, je vois une voiture, roulant à toute allure, foncer directement dans le fossé. Je prends mon courage à deux mains et me dirige vers l'accident accompagnée par Éclair. Je vois un homme qui a été éjecté de sa voiture. Il est sur le dos, et paraît inconscient.
- Monsieur, monsieur. Si vous m'entendez, bougez un doigt, un oeil, un membre de votre corps, dis-je de ma voix la plus rassurante et assurée possible.
Je me sers des cours de premiers secours que j'ai suivi l'été dernier. Je le mets dans la Position Latérale de Sécurité et regarde si il y a d'autres personnes. Je découvre une femme qui hurle. Merde ! Il faut faire quoi quand la personne est consciente ?
- Madame, madame, est ce que ça va ? demandé-je pour lui montrer que je suis là.
- Mon bébé, mon bébé, mon bébé, mon bébé, hurle t-elle en pleurant.
- Calmez vous, je vais appeler les secours.
Je regarde rapidement la voiture et vois de qui elle parle, un bébé plein de sang sur la banquette arrière. Je prends mon téléphone et compose le numéro de téléphone dont j'ai eu du mal à me rappeler.
- Bonjour, vous êtes bien sur le service de secours, dit une voix féminine.
- Je vous en pris, venez m'aider ! Je sais pas quoi faire, ils vont tous crever, hurlais-je en perdant mon sang froid.
- Calmez vous madame, qu'est ce qui se passe ? Racontez moi.
- Je faisais un footing, quand une voiture me double à toute allure et elle a finit dans le fossé. Je suis allée voir et j'ai vu un homme éjecté. J'ai suivi des cours de secourisme du coup je l'ai mis en PLS car il était inconscient.
- C'est très bien. Où êtes vous ?
- Et puis j'ai vu une dame consciente elle, et je ne sais plus quoi faire. En plus elle hurle : « mon bébé, mon bébé, mon bébé » depuis un bon moment, et il y a un bébé en sang sur la banquette arrière. Je vous en pris, venez m'aider.
- Où êtes vous madame ?
- En Bretagne, je dirais à 15 kilomètres de Roscoff en direction de la Falaise-Nord.
- Bien, j'envoie une équipe qui arrivera bientôt. Restez près de la voiture mais ne touchez à rien. Je reste en contact avec vous.
- Merci.
Après cet appel, je vois que la femme s'est calmé et elle me fixe.
- Vous ! Sauvez mon bébé, sauvez le, il va mourir, me hurle t-elle.
- Calmez vous, il va bien, les secours arrivent.
- Les secours ne vont rien pouvoir faire si il est mort !
- Il va bien, il ne va pas mourir.
Je dis ça sans vraiment savoir si il survivra. Il a l'air d'être en mauvais état et j'ai peur qu'il ne tienne pas. Les secours ne tardent pas et je raccroche avec la dame des secours. Ils veulent m'emmener mais je refuse en donnant comme prétexte que mes parents vont s'inquiéter. Mais j'ai peur. Peur d'être seule avec la femme qui risque de perdre son enfant. Peur d'être seule avec le mari inconscient.
Je laisse mon numéro de téléphone et rentre en courant du plus vite possible à la maison. J'ai le visage blanc et une envie de vomir et même Éclair semble comprendre que ce que nous venons de vivre est grave. Je passe par l'arrière de la maison pour rejoindre la table du petit déjeuner dans le jardin. Tout le monde rit, mais quand ils voient ma tête ils se taisent.
- Ça va Aline ? demande mon oncle d'un air inquiet, énonçant à voix haute la question que tout le monde se pose intérieurement.
Je secoue la tête et raconte l'histoire. Les adultes sont choqués, mais paraissent fiers de moi. Je demande à changer de sujet, et mon oncle me propose de lui montrer mes progrès en boxe. J'ai découvert ce sport grâce à lui, et il veut constamment voir mes progrès. On était allé voir un match et j'avais adoré. J'ai pris un cours et j'ai de suite accroché avec ce sport. Du coup il adore me voir boxer, et il assiste à tous mes exploits.
- Tu as appris quoi depuis cet été, me demande mon oncle.
- À me défendre contre deux adversaires, lui répondis-je.
- Eh bien, pourquoi pas contre Jordan et Louka ? Ils ont la même carrure.
Ils ont l'air de comprendre l'idée qui me passe par la tête car tous les deux secouent négativement la leur. Dommage pour eux que je ne leur laisse pas le choix.
- Je peux mettre un casque ? demanda Louka.
- Pourquoi, lui dis mon oncle.
- Je ne veux pas abîmer mon beau visage.
- Quel beau visage, dis-je en me moquant de lui.
- Je vois qu'on a pas le choix, rajouta Jordan.
- C'est exact, dis-je le sourire au lèvre, essayant d'oublier la dernière heure.
Ils se résignent et s'installent en face et derrière moi. Parfait. Ils jettent un poing tout les deux en même temps. Je me baisse, et m'allonge sur le sol. Louka s'accroche de toutes ses forces à mes chevilles et menace de les broyer. Les images de la voiture s'écrasant dans le fossé me reviennent à l'esprit. Jordan fait de même avec mes poignets. Les cris de la femme résonnent dans mes oreilles. Je me tortille pour essayer de me libérer. Le sang qui macule le corps du bébé et ses pleurs incessants ne me quittent plus.
- Concentre toi sur le combat, m'ordonne mon oncle en écho à mes pensées.
Le combat. Je dois les mettre au tapis.
- Eh ben dis donc ma vieille, il y a des progrès à faire, ricana mon cousin.
- Ne parle pas trop vite, lui répondit mon oncle.
Mais c'était trop tard. Jordan ayant relâché la pression sur mes poignets je me retourne sur moi-même et donne un coup de pied dans le ventre de Louka qui tombe au sol. Je mets un poing dans le ventre de Jordan et m'avance sur Louka qui s'est relevé, je vais pour lui mettre un coup à la tête quand je sens la présence de Jordan dans mon dos et lui donne un coup de coude dans la mâchoire. Il recule et je frappe de mon poing le plus rapidement possible sur la tempe de Louka afin qu'il tombe à terre. Je pose un pied sur son torse, et pose mes mains sur le cou de Jordan qui se tient toujours prostré sur le sol.
- Fin du jeu, annoncé-je avec une pincé d'euphorie.
- Bravo Aline ! Tu peux les lâcher maintenant, dit mon oncle.
Je les laisse et m'allonge immédiatement sur le sol. J'avais raison car ils se tapent l'un contre l'autre en essayant de m'avoir. Ils abandonnent après cet échec.
- Tu n'y vas pas à moitié dans tes coups, se plaint Jordan.
- J'aime pas les films d'horreurs, lui répondis-je.
- Tu as beaucoup progressé depuis la dernière fois, dit mon frère.
- Tu l'aurais vu si tu étais venu me voir à mes compétitions, lui répondis-je en m'énervant au quart de tour.
- Tu sais bien que j'étais occupé !
- Occupé oui, avec des filles.
- Bon on se calme les gars, dit Jordan en essayant d'éviter la dispute qui était quant à elle, inévitable.