Mes yeux remplis de larmes, je regarde le Corbillard s'avancer tout doucement. Je ne parvenais pas à y croire mais c'est la triste réalité. Seulement quelques mois auparavant, j'étais témoin au mariage de Charlotte ma meilleure amie et voilà que j'assiste aujourd'hui à son enterrement et à celui de son mari.
Quel terrible chagrin ajouté à une profonde révolte.
La voiture s'arrête. Un silence solennel se fit. Lorsque les cercueils de Charlotte et son mari sont sortis du cercueil, des amis proches s'avancèrent pour les soulever. Je croise ainsi le regard d'un des hommes qui portaient le cercueil de Mario, aussitôt je détourne le regard, ne pouvant pas supporter cette douleur atroce qui m' habite. Lorsque le cortège entre dans l'église, je prends la petite Betty, la fille de Charlotte, dans mes bras. Son petit visage semblait paisible, je devais pourtant accepter la réalité. L' adorable fille de quatre mois venait de perdre ses parents dans un terrible accident. L'image des cercueils de ses parents ne viendra pas la hanter.
Après la cérémonie, simple et belle, le cortège se dirigea vers le cimetière où les derniers hommages furent rendus aux défunts. Puis, la famille et quelques proches furent conviés chez la belle-mère de Charlotte. Sabrina Brown jouait très bien son rôle de maîtresse de maison à la perfection mais ce petit numéro ne me touchait pas. Avec son maquillage intact et ses cheveux blonds parfaitement coiffés. Sabrina s'acquittant simplement d'un devoir mondain. Un verre de vin à la main, elle sillonne de groupe en groupe offrant un savant dosage de sourires et de mines douloureuses à chacun d'eux. L' idée de parler de Charlotte au passé était insupportable et je ne sentais pas la force d' entendre tous ces discours que beaucoup ne manquaient de tenir à son endroit, c'était injuste mais je préférais m' épargner ces tristes propos c'était mieux de protéger Betty loin de cette agitation. La plupart des amis de Charlotte et Mario étaient partis après la cérémonie à l'exception de Scott. Contrairement aux autres invités, il ne discutait avec personne. Adossé au mur, il semblait observer la scène qui s'offrait à lui. Je faisais de gros efforts pour ne pas regarder vers sa direction mais malheureusement nos regards se croisèrent finalement. Savoir que nous étions dans une même pièce me troublait, je me souvenais de ce qui s'était passé avec lui dans le passé la dernière fois que nous étions seuls. Betty se mit à pleurer et je finis par saisir l'occasion pour échapper à ce regard troublant. Lorsque je finis par changer Betty, je retourne au salon et je constate que Mr le séducteur n'est plus adossé au mur avant de pousser un soupir de soulagement, j'entendis une voix masculine qui me fait sursauter.
- Je ne m'attendais pas à te revoir si tôt.
Je me retourne. Scott... Je serre ainsi Betty contre mon cœur de peur qu'il m'échappe.
- Moi non plus.
- Mais qui aurait cru que nous nous retrouverions dans ces circonstances ? Qui aurait pu prévoir un accident si tragique?
- Nous avons tous les deux perdu un être cher. C'est très gentil de votre part d'avoir fait ce déplacement pour leur rendre un dernier hommage.
- C'était là la moindre chose à faire.
Il y eut un silence. Je détourne ainsi le regard car j'étais si mal alaise de le voir de si près.
- J'ai l'impression que la belle-mère de Charlotte s'amuse beaucoup avec cette situation. Dit-il sans dissimuler son dédain.
- Oui je suis plutôt heureuse que le père de Charlotte ne soit pas présent pour voir cela. Si seulement Charlotte pouvait voir ça de là où elle est, elle serait affreusement gênée.
En prononçant ces paroles l'émotion finit par submerger, Scott posa alors sa main sur mon épaule juste pour m'encourager. Malgré cela je sentais une douce chaleur m'envahir, c'était difficile à admettre mais j'aurais aimé qu'il laisse sa main d'avantage. J'ai tant besoin de réconfort mais je savais qu'il était le dernier à qui le demander.
- Désolée, je dois me montrer forte pour Betty mais c'est un peu difficile.
- Ne t'excuse pas. Répliqua-t-il d'une voix douce et pénétrante.
Il regarda ainsi le petit ange Betty s'endormir et effleura sa petite main en continuant :
- Pensez-vous qu'elle soit consciente de ce qui se passe actuellement ?
- Elle n'a que quatre mois, c'est difficile à dire. Elle dort bien, s'alimente correctement ce qui est rassurant. C'est peut-être ainsi parce qu'elle a été habituée que je m'occupe d'elle avant que ses parents ne disparaissent.
- Y aurait- il un endroit où nous pourrions discuter en privé ? me demanda-t-il.
Je sentais ma gorge se nouer, je m'étais juré de ne plus me retrouver dans un endroit seul avec lui. Il est un séducteur et même si c'était plus fort que moi je me méfiais de son charme ravageur. Je me sentais vulnérable pour faire preuve de froideur. Après tout il m'avait vaincu par le passé, il m'avait embrassé avec une passion qui m'avait laissé chancelante. C'était un souvenir que je devais à tout prix sortir de mon esprit et ce n'était pas le moment d'y penser.
- Il y a un bureau par là. Réponds-je avec réticence.
Je passe ainsi devant lui pour lui indiquer le chemin, il ne me quittait pas des yeux comme s' il me comparaît aux femmes qu'il courtisait, des femmes magnifiques et sophistiquées. Sa dernière conquête étais une femme d'une extrême minceur, avec une chevelure platine et des yeux gris. Mais il était renommé pour changer de maîtresse comme on change de chemise.
Ce mode de vie m'était totalement étranger. Ce qui me semblait le plus important dans la vie se résumait sur trois mots: amour, stabilité et engagement. Et cela, un tel individu comme lui ne pouvait me l'offrir. Il est peut-être beau à couper le souffle mais il n'était pas un homme pour moi. Ma maladroite, et ma stupide intention de l'attirer au baptême de Betty m'a cruellement appris et largement donné de leçon donc il n'est pas fait pour moi ni avant, ni maintenant et ni après. Ce style de vie ne me convient pas.
J'ouvre la porte du bureau et dépose doucement Betty dans son berceau pour qu'elle s'endort paisiblement. Je me tourne ainsi vers Scott. Un rayon de soleil entra dans la pièce, illumina d'un seul coup son visage avec ses yeux sombres, ses cheveux frisés et son visage parfaitement dessiné, il était tellement séduisant que le regarder était presque douloureux. Il referma la porte derrière lui sans faire de bruit. Le silence qui suivit n'en fut que plus intimidant.
- Vous vouliez me parlez ? Demandai-je pour mettre un terme à ce supplice.
- Oui. Nous avons un problème disons plutôt une difficulté à résoudre et je pense qu'il faut le faire plus vite.
En un instant je sentais la peur s'emparer de moi, ce que je craignais était en train de se produire. Il est venu pour me parler de la garde de Betty. Son intention ne faisait pas l'ombre d'un doute. Il veut l'amener avec lui en France et rien ne peut l'en empêcher. Jamais je ne reverrai ma filleule car il est immédiatement riche et très puissant.
- Comme vous devez le savoir nous avons été désigné tous deux tuteurs de Betty par ses parents qui nous ont précédé. Dit-il
Je ne parvenais plus à dire un mot, tout était bloqué en moi.
Quelques jours avant, j'avais pris connaissance du testament de Charlotte et son époux. Ils nous désignaient tous les deux comme tuteur de Betty s'ils venaient à disparaître tous les deux. Savoir que je devais partager cette responsabilité avec Scott m'avait vivement inquiété. Mais l'avocat m'avait signalé que la belle-mère de Charlotte et son nouvel époux avaient l'intention de contester ce testament sous prétexte qu'ils pouvaient donner une meilleure éducation à l'enfant et d'offrir un meilleur cadre de vie. D'après lui, j'avais peu de chance d'obtenir la garde de Betty et le juge prendra sa décision en fonction des intérêts de l'enfant. Non seulement le fait que je sois célibataire aurait un impact sur moi mais aussi le fait d'être sans emploi. Il s'inquiétait de savoir qui a le plus à offrir à l'enfant sur le plan affectif mais aussi sur le plan financier et Sabrina Brown et son époux avaient tout ce qu'il fallait malgré qu'ils approchaient la soixantaine.
- Vous étiez au courant n'est ce pas ? Me demande t-il
- Oui bien-sûr. Je sais tout cela. Mais l'avocat que j'ai consulté m'a appris que j'avais peu de chance de gagner ce procès à cause de ma situation.
- Vous voulez dire que votre situation actuelle est celle d'une femme célibataire sans emploi et de sur quoi avec une étiquette de briseuse de ménage.
La presse s'était récemment chargée de saluer mon mon, dans certains journaux on me présentait comme une baby-sitter prête à tout pour séduire un père de famille. J'aurais aimé contre-attaquer mais l'idée de blesser les enfants d'une famille réputée en révélant au monde entier la bassesse, la perfidie et la cruauté de leur père m'aurait profondément répugné.
- Vous avez bien résumé la situation. Réponds-je. Ce qui m'afflige le plus dans cette histoire c'est que Charlotte aurait eu le cœur brisé à l'idée que sa belle-mère obtienne la garde de sa fille. Elle détestait Sabrina et elle me l'avait encore avoué quelques jours avant son accident.
- Je ne laisserai pas cette femme et son mari obtenir la garde de cet enfant. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, vraiment tout pour les empêcher d'avoir la garde de l'enfant même celle d'un animal ils ne le méritent pas.
Je sentais mon cœur se serrer et voilà on y est. En quelques instants Scott allait m'annoncer son intention d'amener Betty en France. Comment pouvais-je faire pour éviter cela ? Il y a certainement un moyen mais lequel?
J'avais grandi sans personne pour m'aimer et me comprendre et je ne pouvais pas imaginer Betty endurer la même situation que moi.
- J'ai une solution. Dit-il
- Ah bon?
- Une solution temporaire bien-sûr
- Je vous écoute
- Nous sommes tous deux tuteurs de la petite. C'est une responsabilité que j'ai à cœur d'endosser.
- Je comprends. Comme vous venez de dire nous sommes tous deux tuteurs de la petite et je compte bien remplir ma part de responsabilité.
J'avais fait mon possible de parler avec fermeté mais j'avais plus peur que convaincante. Son regard était si froid et sombre.
- Nous aurons donc à partager cette responsabilité de la meilleure de façon
- Qu'est-ce que vous avez à proposer au juste ? Je vis en Belgique et vous en France. Quel juge accepterait une garde partagée entre deux pays éloignés ? Betty est encore bébé ne l'oublions pas. Le tribunal pensera avant tout à son bien-être.
Son visage se durcit subitement .
- Écoutez Mario était mon meilleur ami et je ne laisserai pas sa fille entre les mains de ce couple de fous. Malgré cela je suis d'accord que le juge leur accorderait la garde de l'enfant
- Je le sais parfaitement.
- Il n'est pas question de s'apitoyer pour autant. J'ai passé tout mon temps à étudier cette affaire de très près et nous sommes perdant si nous ne prenons pas des mesures le plutôt possible.
- De quoi parlez-vous? Venez en au fait
- Comme vous l'aurez compris, j'ai une idée.
- Dites-le. De quoi s'agit-il ?
- Je pense qu'il faut que nous nous marions le plus vite
- Comment...?
- C'est la seule façon de protéger Betty. Si nous nous marions, le juge considéra que nous sommes les meilleurs parents pour elle. Et l'horrible belle-mère et son époux ne pourront s'opposer à nous. Cette solution me semble parfaite.
Je n'en croyais pas mes oreilles, prise de vertiges je me demandais si j'avais mal compris ou si c'était un cauchemar qu'il fallait que je me réveille. Comment pouvait-il me dire de telle absurdité. On se connaissait à peine. Comment pouvait-il me proposer de me marier avec lui? Que se passe-t-il dans sa tête actuellement ? Est-il fou? On ne s'était vu que deux fois en tout et pour tout et ça ne s'était jamais bien passé. Comment supporter un tel personnage ?
- Vous êtes surprise ? Choquée ? Déclare-t-il. C'est compréhensible mais je vous invite toutefois à réfléchir à ma proposition c'est le seul moyen.
- Je suis très riche et capable d'offrir à Betty tout le confort dont elle aura besoin. De votre côté, vous avez l'expérience des enfants. En outre, nous sommes suffisamment jeunes pour être de bons parents de substitution.
- Je n'arrive pas à croire ce que vous me proposez, un tel arrangement, je n'en crois pas mes oreilles.
- Il ne s'agirait pas d'un vrai mariage bien-sûr, si c'est ce qui vous dérange. Nous pourrions chacun mener notre vie comme nous l'entendons. Et il faudra que vous veniez vivre avec moi en France, au moins jusqu'à ce que Betty grandisse et soit capable de prendre ses décisions. À ce moment là nous pourrons reconsidérer notre arrangement et prendre les mesures nécessaires pour y mettre un terme
- Vous voulez que je vienne vivre avec vous?
Après tout il me proposait de contracter un lien qui m'avait toujours répugné au plus haut point. Il tenait à sa liberté plus que tout le monde et il avait toujours décrété qu'il ne se marierait jamais. Mais lorsqu'il avait appris la disparition de son meilleur ami, il avait dû se faire une raison. Pour honorer les dernières volontés de Mario il devait passer outre ses désirs. Après tout leur amitié date de longtemps. Il y a quelques années, au moment où ils avaient dix neuf ans, il avait sauvé la vie de Mario et cette épreuve avait renforcé leur lien. Mario lui a fait un grand honneur en le désignant tuteur de Betty et il voulait se montrer digne de confiance jusqu'à décider d'épouser une femme dont la réputation a été sali.
- Je suis disposée à vous payer chaque année où nous resterons mariés. Je veux bien négocier le montant de ce « dédommagement » avec vous
- Attendez! Vous voulez me payer pour être votre femme ?
- Donnez-moi votre montant. Je veux la garde de Betty et je suis prêt à mettre toute ma richesse pour l'avoir.
- Je crois que vous vous méprenez à mon sujet.
- Ne jouons pas au chat et à la souris, si vous voulez bien. Je suis conscient de ce que représente un tel engagement et un tel déménagement. Mais avec le scandale dont vous avez vécu ce n'est pas une mauvaise idée de prendre le large non?
J'ai dû refouler les larmes qui me brûlaient les yeux. Ainsi tout le monde me croyait coupable des faits qu'on me reprochait. Les calomnies véhiculées par la presse ne m'avaient pas rendu service, c'est indéniable. Bon sang! Je devais savoir comment fonctionnaient les magazines ici.
Cette idée de l'épouser me bouleversait à la seule idée d'y penser. M'imaginer dans le même pays que lui, la même maison était étourdissante. Il était tout mon opposé. Je m'étais ridiculisée une fois en me jetant à son cou pour l'embrasser. Je pense qu'il s'imagine que je le fais avec tous les hommes que je croise sur mon chemin. Le plus difficile est qu'il m'attire toujours. Comment vaincre ce désir de me jeter sur lui une fois encore. Bon sang! C' est là une tentation faite à l' homme !
- Réfléchissez bien ma chère. Vous n'avez pas d'emploi. Et je doute que vous soyez capable d'en avoir un d'assez tôt. Après tout quelle femme souhaiterait que vous gardiez son enfant avec votre réputation de séductrice notoire et une briseuse de ménage.
- Je ne suis pas une séductrice notoire encore moins briseuse de ménage. J'ai servi de bouc émissaire, voilà la vérité. Et personne n'a voulu me croire.
- Franchement, ce que vous faites ne me regarde pas. Ce que je sais, c'est que j'ai besoin d'une épouse et vite. En tant que marraine de Betty vous êtes là candidate Parfaite.
- Je suis étonnée que vous souhaitez épouser une femme avec une telle réputation que la mienne. Vous ne craignez pas que j'exerce une telle influence sur Betty ?
- Je vous ai vu avec elle et je sais que vous l'aimez. Et puis elle est habituée à vous. Je n'ai pas envie que son avenir soit bouleversé une fois de plus. Je ne m'y connais pas en bébé et franchement je ne pense pas que les femmes que je côtoie s'y connaissent. Et en plus ses parents souhaitaient que vous vous occupiez de leur fille, je pense que c'est le plus important.
Si j'acceptais sa proposition, il continuerait à fréquenter toutes ces femmes sophistiquées comme il vient de le dire et il ne s'agirait que d'un mariage de convenance, une union destinée à servir les intérêts de Betty. Sa fortune lui permettait de déployer tous les moyens possibles pour parvenir à ses fins. Quelques mois auparavant, Scott avait pris les rênes de leur entreprise familiale après la mort de son père bien qu'il ne soit pas l'aîné. Son grand frère Antonio était médecin de renommée internationale, il voyageait toute l'année pour ses recherches scientifiques. L'argent dont les deux frères avaient hérité dépassait mon imagination.
À l'âge de dix ans j'avais perdu mes parents et j'avais été conviée à une famille d'accueil. Dans ce nouveau foyer, j'avais mené une existence frugale. L'essentiel ne m'avait jamais manqué mais le superflu n'existait pas. La première fois que j'étais sortie, c'était à l'âge de seize ans pour me rendre à l'anniversaire d'une amie et j'avais réglé mon repas avec quelques billets gagnés grâce au baby-sitting. Quelle différence avec l'existence de Scott qui avait grandi avec une cuillère en argent dans la bouche, il ne manquait de rien, ses vêtements étaient certainement taillés sur mesure, sa montre coûtait plus cher que notre vieille voiture, il avait tout ce qu'il voulait. Tout ceci justifiait toutefois l'expression arrogante qu'il abordait en toutes circonstances.
Je sursaute ainsi à cause du petit cri de Betty qui sortait du berceau.
- Coucou petit ange que se passe-t-il ? Tu as faim mon trésor ?
- Puis-je la prendre dans mes bras?
Je me tourne par la suite avec le bébé, surprise du changement dans la voix de Scott. Il a parlé d'une voix presque hésitante et d'une voix si tendre.
- Mais bien-sûr. C'est aussi votre filleule.
Je lui présente ainsi Betty, il prend doucement la petite contre lui et esquissa un mouvement pour la bercer. D'un air attendri, il déposa par la suite un baiser chaleureux sur la tête de la petite.
Je suis ton nouveau papa. Dit-il avec le sourire.