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Le carrefour de nos différences

Le carrefour de nos différences

Auteur:: YEM
Genre: Aventure
-Pardon, Kassoum, ne me tue pas ! -Si, je vais te tuer aujourd'hui ! Tu me prends pour un idiot, c'est ça ? Où est mon argent ? -Kassoum, s'il te plait, tu me fais mal ! Arrête ! Je n'ai rien volé !

Chapitre 1 Prologue

AU CARREFOUR DE NOS DIFFÉRENCES ...

* Prologue *

-Pardon, Kassoum, ne me tue pas !

-Si, je vais te tuer aujourd'hui ! Tu me prends pour un idiot, c'est ça ? Où est mon argent ?

-Kassoum, s'il te plait, tu me fais mal ! Arrête ! Je n'ai rien volé !

Je tente tant bien que mal de protéger mon ventre, mais un coup violent sur mon visage me fait lâcher prise. Oubliant mon précieux fardeau que je voulais protéger plus tôt, je me cache le visage avec les mains. Une douleur sourde se fait ressentir au niveau de mon nez. Je crois qu'il est cassé, car déjà un liquide rouge s'échappe de chacune de mes narines. Il veut me tuer aujourd'hui, il va me tuer ! Ô Seigneur, pourquoi moi ? J'ai mal. Malgré mes cris, il ne décolère pas. Au contraire, il redouble d'efforts, et les coups pleuvent sans interruption. Quand est-ce que j'aurai du répit ? Quand est-ce que tout ceci s'arrêtera ? Si hier mes cris alertaient les autres habitants de la cour commune que nous habitons, aujourd'hui, tous semblent faire la sourde oreille, et pour cause. Qui souhaite se retrouver dans le collimateur de Kassoum ? Personne, pas même le vieux Moussa qui a essayé à plusieurs reprises de le raisonner.

Quelques minutes plus tard, il m'assène un dernier coup, et se redresse, jetant sur moi un regard froid. Il saisit alors celle qui est aujourd'hui sa compagne depuis quelques mois maintenant, une bouteille de whisky bon marché au liquide cuivré, la porte à sa bouche et sort en dandinant. Je me mets alors à pleurer à chaudes larmes et à crier, mais personne n'accourt. Oh, comme j'aimerais être secourue à cet instant ! Comme j'aimerais que quelqu'un vienne et prenne ma défense ! Mais malheureusement pour moi, je n'ai personne. Je n'ai que Kassoum. Il est mon monde. Je regarde mon ventre arrondi et une grosse larme de chagrin s'échappe de mon œil enflé et noir de sang coagulé. L'espace d'une seconde, ne ressentant aucun mouvement à l'intérieur de moi, je suis prise de panique. Et si tous ces coups avaient eu raison de mon bébé ? Délicatement, je pose ma main sur mon ventre et instantanément, une petite bosse se forme sous mes doigts. Ouf, il va bien, et ce petit instant de tendresse me fait pleurer de plus belle. En fait, je ne suis pas aussi seule que cela, je l'ai lui, mais est-ce pour longtemps ? Avec tout ce que celui qui était mon mari hier et mon bourreau aujourd'hui me fait subir, je me demande si je vais pouvoir tenir.

Vais-je le laisser me traiter comme ça toute ma vie ? Suis-je obligée de rester là, et de subir tout ça ? Depuis que j'ai intégré cette maison, ma vie n'est pas de tout repos, et je pense sérieusement à en mettre un terme. Aujourd'hui et comme tous les autres jours, Kassoum n'a pas été tendre avec moi. Entre les humiliations répétées, les coups, les blessures et les insultes, je me demande encore où je trouve la force pour tenir ferme. Beaucoup me diront de partir. Ce n'est pas l'envie qui me manque mais ...

Alors que j'essaie péniblement de me relever, le voilà qui réapparait à l'entrée de notre petit studio délabré et me bouscule violemment, de sorte que je me retrouve encore à terre. Et, comme l'on peut le deviner, c'est reparti un tour. Pour je ne sais quelle raison, Kassoum s'acharne encore sur moi. Sa respiration de taureau me fait frissonner et les gouttes de sueur qui tombent de son visage vers moi me donne envie de vomir. C'est sans compter sur la forte odeur d'alcool qui s'échappe de sa bouche et de ses vêtements usés. Il est vraiment sale, et fait peine à voir, et à cet instant je me demande comment j'ai pu épouser un homme pareil. Mais avais-je seulement le choix ? Non. Je ferme les yeux, tant pour oublier les circonstances de notre mariage que les douleurs que m'infligent ses coups.

Au moment où je crois qu'il en a fini avec moi, il m'assène un coup fatal. Ce coup qui me fait enfin prendre conscience qu'il faut que cet enfer s'arrête. C'est le coup de trop, qui me réveille de ces rêves dans lesquels je le vois changer un jour. Le coup qui s'abat violemment sur mon ventre. Le petit être à l'intérieur s'agite alors tout d'un coup, et une colère sourde s'empare de moi. Kassoum veut tuer mon bébé, mais je le tuerai avant que cela n'arrive. Dans un élan de rage et de ras-le-bol, je saisis le premier objet qui je trouve et l'abat entre ses jambes. C'est une bouteille de vin vide. Le karma, me direz-vous. Alors qu'il se tord de douleurs, je me lève, et lui casse la bouteille sur la tête, de toutes mes forces, et poussant un cri qui vient au plus profond de moi. Kassoum s'écroule alors sur notre matelas usé et ne bouge plus. Néanmoins, je l'entends respirer péniblement.

Il faut que je me dépêche, je n'ai pas beaucoup de temps. Je me précipite vers un coin de la pièce où je range quelques unes des affaires qui me restent. Je plonge ma main dans un grand sac déchiré et la ressors avec six billets de 10.000 francs CFA, le fruit d'une année de dur labeur que je gardais précieusement pour le jour où j'aurai choisi de m'en aller enfin. Je mets les billets dans mon soutien-gorge, mets tout ce qui me reste comme vêtements dans le sac et c'est en courant que je m'échappe de cette maison de malheur, et laissant derrière moi un mari toujours inconscient. Malgré moi, j'éprouve pendant une seconde des remords, mais quand mes pensées se tournent vers le petit être qui pousse à l'intérieur de moi, je me dis que j'ai fait le bon choix, quitte à vivre toutes les prochains jours, voire les prochains mois dans la peur. Il faut que j'évite cela à mon bébé. Si jusqu'ici j'ai toléré les bastonnades de cet homme, oser s'attaquer à lui en étant trop.

-Mais tu vas où comme ça ?!

C'est ma voisine, Kady, qui vient de m'interpeler. Je ne prends pas le temps de lui répondre. Je n'ai pas le temps. Il ne faut pas que Kassoum se réveille et m'attrape, sinon, aujourd'hui c'est ma mort, et celle de mon bébé. Je sors de la cour commune sans jeter le moindre regard en arrière. Je marche vite, autant que je peux, même si mon gros ventre me ralentit. Je marche sans me préoccuper de tous les hommes qui s'arrêtent sur mon passage, et qui quémande quelques minutes de mon attention. Je marche, en gardant en tête mon objectif : il faut que je quitte, non pas juste ce quartier, mais cette ville. Il faut que je parte de Bouaké, et que cette histoire reste derrière moi. Mes yeux me picotent, avant d'ouvrir la voie à de grosses larmes de tristesse qui s'écrasent sur le sol rouge de ce quartier mal famé de la ville, Dougouba. C'est avec désespoir que je remarque que mes pieds sont plus noirs que le charbon. Je me rappelle alors que je n'ai pas eu le temps de prendre une douche depuis que je suis rentrée du travail, Kassoum m'ayant accueillie avec cette bastonnade légendaire. Mais qu'importe ? Même si je sens encore le poisson et que je suis plus sale qu'un cochon, cela doit-il m'empêcher de fuir ? Non. Je partirai d'ici, coûte que coûte.

Après près d'une heure de marche, j'arrive enfin à la gare routière, le front perlé de gouttes de sueur. Je m'arrête une seconde et cherche un repère. Il y a plusieurs pancartes sur lesquelles sont écrits des mots, mais je n'arrive pas à les déchiffrer. Je soupire. Bon gré mal gré, je me dirige vers un comptoir derrière lequel se trouve un vieux monsieur tout dégoulinant de sueur.

-Bonjour Monsieur, je veux un ticket pour ... pour ...

-Pour aller où ?

-Euh ...

En fait, où est-ce que je veux aller ? Je ne connais rien d'autre que Bouaké. J'y suis née et j'y ai grandi. Comment avais-je pu envisager entreprendre un voyage sans même connaitre la destination que je voulais atteindre ? Face à mon regard perdu, le caissier reprend, visiblement agacé et de mauvaise humeur :

-Écoute, ma chérie, je ne vais pas attendre pour tes beaux yeux. Moi je vends des tickets pour Abidjan. Si cela ne te convient pas, pousse-toi que je serve les autres clients.

Je regarde derrière moi et me retrouve nez à nez avec une femme d'âge mûr, qui me regarde sévèrement. Prise de panique, je dis rapidement :

-Ok, un ticket pour Abidjan.

-5000 francs.

Je sors un billet de 10.000 francs de mon soutien-gorge et le tend au caissier qui le prend avec dédain.

-C'est le car qui est juste là, dit-il en me donnant ma monnaie. Il part dans une heure.

Je le remercie et sors du rang. Je cherche du regard un endroit où m'asseoir et aperçois ce qui peut être considéré comme une douche, sauf que ce n'est pas couvert. Je m'y dirige et après avoir posé mon sac, je prends le tuyau jaune qui fait office de robinet. Je verse de l'eau sur mes pieds, et essaie de les laver tant bien que mal. Un filet d'eau noir s'écoule alors vers le siphon. Je me lave aussi le visage, les aisselles, et le cou. Même si j'ai pour habitude de travailler dans un endroit insalubre, je déteste la saleté et les mauvaises odeurs. Une fois ma toilette terminée, je coupe l'arrivée d'eau et me relève. Je me sens fraiche. Mais alors que je veux prendre mon sac, je me rends compte qu'il a disparu. On me l'a volé !

-Eh Dieu ! Je m'écris en mettant les mains sur ma tête.

Moi qui n'avais déjà pas suffisamment de vêtements, me retrouve sans rien. Les larmes me montent aux yeux et je les essuie rageusement. Heureusement pour moi que j'ai gardé le ticket de bus et ma petite fortune dans mon soutien-gorge. Si je n'avais pas fait cela, j'aurais été obligée de retourner à la cour, et là, Kassoum m'aurait assassinée sans état d'âme.

D'un pas mal assuré, je me dirige vers le chauffeur du car, à qui je tends mon ticket.

-Combien de bagages ?

-Je n'en ai pas Monsieur.

-Hum. Allez-y.

Je monte dans le car et m'assois sur le premier siège de la rangée de gauche, côté fenêtre. Je pose ma tête sur la vitre et alors que le véhicule démarre tout doucement, je ne peux m'empêcher de réfléchir : ai-je fait le bon choix ? Que m'arrivera-t-il une fois sur place ? De quoi vivrais-je ? J'ai entendu dire qu'il y a beaucoup de travail à Abidjan. Peut-être que j'aurai la chance d'en trouver un dès mon arrivée ?

Toutes ces questions ne me quittent pas, au contraire, elles m'assaillent d'avantage, et pour cause : je suis en route pour Abidjan, une ville inconnue, au sein de laquelle je ne connais personne, sans affaires et avec seulement 55.000 francs CFA en poche. Comment vivra la petite villageoise que je suis, qui ne sait ni lire, ni écrire, et qui plus est attend un enfant dont le père est la source de sa fuite vers l'inconnu ? Que me réserve ce voyage ? Que vais-je devenir ?

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Nouvelle histoire, nouveaux challenges. On aime et on partage !

---à suivre------------------

Chapitre 2 02

#Chapitre 1

-Bonjour beau gosse, moi c'est Sandra, et toi ?

Je tourne la tête et tombe sur une belle jeune fille qui me regarde avec des yeux amoureux. Elle porte ce que je crois être une robe, mais qui ne cache pas grand-chose de son anatomie. Assise comme moi sur l'une des chaises hautes du bar de cette discothèque populaire d'Abidjan, elle a croisé ses longues jambes dorées et je peux apercevoir un petit triangle blanc sous sa robe. Décidément, elle est prête à me prendre dans ses filets.

-Alexandre.

-Je peux t'appeler Alex ?

Tout le monde m'appelle ainsi alors qu'elle ne se gêne surtout pas. Elle dégage un parfum fruité bon marché. Ses hauts talons semblent avoir connu des jours meilleurs. Quant à ses cheveux, ce sont de longues mèches noires ondulées qui lui descendent jusqu'aux hanches. Son teint est très clair, et dans la pénombre de cette boite de nuit, l'on peut se méprendre sur son authenticité. Pourtant, lorsqu'elle tend sa main pour prendre le verre de vin qu'elle a commandé, je peux apercevoir des traces noires au niveau de ces phalanges. Elle aurait pu me plaire, si elle était naturelle. Selon mes amis, il n'y a plus de femmes noires à Abidjan ; toutes rejettent leur peau d'ébène en se mettant en danger pour avoir le teint de ces stars américaines qu'elles adulent parmi lesquelles figurent en tête de liste Kim Kardashian.

Pourtant, même si physiquement j'ai connu mieux, je me dis que je peux bien terminer la nuit avec elle. Son décolleté est tellement plongeant que je n'ai pas besoin de me pencher pour voir la naissance de ses seins. Ah les ivoiriennes ! Sans lui dire un mot, je laisse trois billets de 10.000 francs sur le bar et me lève. Elle comprend ce que j'attends d'elle, et me suis, elle aussi sans broncher. Nous nous faufilons entre les différents fêtards qui, non fatigués d'avoir fait la fête toute la nuit, se trémoussent encore sur la piste de danse.

Lorsque nous sortons du « Dancing Place » - nom de la boite de nuit - c'est une pluie orageuse qui nous accueille. Nous courrons jusqu'à ma voiture. Je vois qu'elle peine à suivre le rythme avec ses talons aiguilles mais ne fais rien pour l'aider. Je déverrouille ma Qashqai grise rapidement et m'introduis, suivie par la prétendue Sandra. Elle est trempée de la tête aux pieds, et dans la pénombre je peux voir que sa robe, qui déjà est moulante, laisse maintenant entrevoir ses dessous. Ça sera du tout cuit avec celle-là, me dis-je en démarrant. Nous quittons le parking en silence.

Sandra essaie de faire la conversation, mais je n'ai pas vraiment envie de parler avec elle. Je ne discute pas avec les putes. Je couche avec elle et c'est tout. Elle pose sa main sur ma cuisse, et tous mes muscles se contractent. Tout à l'heure, toute son assurance la quittera, car c'est moi qui vais commander. Je vais la faire pleurer de plaisir et elle en redemandera encore.

Après dix minutes de route, je me gare devant une grande bâtisse. Sur une enseigne lumineuse il est écrit : « Ivoire Hôtel ». Je l'invite à descendre.

-On ne va pas chez toi ?

Lol. Elle croyait vraiment que j'allais la faire entrer chez moi, dans mon antre, ma grotte, mon repère ? Quelle naïveté ! Aucune femme n'a le droit d'entrer chez moi, et aucune n'y a mis les pieds depuis ... Bref. Je chasse de mon esprit ces pensées qui veulent se faufiler et me refocalise sur Sandra.

-Descends, je lui dis simplement.

Elle parait surprise par la dureté de ma voix mais obéît. Nous entrons dans l'hôtel qui est un endroit très luxueux. De grands luminaires accrochés au plafond éclaire la salle et illumine le sol marbré. La décoration est raffinée. Des tableaux représentants divers endroits touristiques de la Côte d'Ivoire sont accrochés aux murs peints en beige et rouge. Elle devrait s'estimer heureuse que je l'emmène dans un endroit pareil. Je peux parier qu'aucun de ses clients n'a pu lui faire une telle faveur.

Lorsque le réceptionniste me voit, il me gratifie d'un large sourire :

-Bonsoir Monsieur Princeton.

-Bonsoir Charles. Comme d'habitude.

-Entendu.

En un temps record, il me donne une carte portant le numéro 24. La même depuis toujours. Nous nous dirigeons vers l'ascenseur qui est déraisonnablement spacieux, et montons jusqu'au 10e étage. A peine avons-nous mis les pieds dans cette chambre que je prends Sandra par la taille et commence à l'embrasser. Elle essaie de me repousser mais je tiens ferme. Elle finit par se laisser faire et répond à mon baiser.

Pourtant, entre deux souffles, elle me chuchote : « Je veux prendre une douche d'abord. » Je la lâche et elle court dans la salle de bain. Seul, j'enlève ma cravate, puis ma veste, déboutonne ma chemise et ôte mes chaussures. Je me serre une coupe de champagne et la boit d'un trait. Je fouille ensuite dans mes poches et prends mon téléphone. Deux messages de maman. Je la rappellerai demain. J'avance lentement vers la baie vitrée, une main dans ma poche, l'autre tenant toujours la coupe de champagne. La position de la chambre me permet de voir toute la ville, qui brille de mille feux. Abidjan ville lumière, disent-ils. Je suis surpris dans ma contemplation de la capitale par une personne qui m'enlace par l'arrière. Je me retourne et tombe sur une Sandra nue. Son corps est encore mouillé et chaud. A la lumière et sans maquillage, elle est beaucoup moins belle mais a des formes là où il faut, et c'est tout ce qui compte pour moi.

Comme des affamés, nous commençons à nous embrasser, et sans autre forme de procès, nous passons le reste de la nuit à visiter chaque pièce de la suite avec nos ébats. Sandra est bonne, et cela me donne d'avantage de l'énergie. Nous passons une bonne heure à assouvir nos désirs respectifs, avant de nous écrouler sur le grand lit moelleux. Automatiquement, Sandra passe la main autour de ma taille mais la repousse violemment et sort du lit, en direction de la salle de bains.

-Mais ... mais qu'est-ce qu'il y a ?

Pour toute réponse, je lui claque la porte au nez. Je prends une douche rapide et sors. Lorsque je reviens dans la chambre, Sandra ne dort pas. Au contraire elle est assise, le drap enroulé autour de la taille.

Lorsqu'elle voit que je commence à m'habiller, elle dit :

-Tu t'en vas déjà ? Je croyais qu'on allait rester au lit toute la journée.

Je me retiens pour ne pas éclater de rire. Comme ces filles peuvent-être naïves parfois. Moi, Georges-Alexandre Princeton, passer la journée avec cette fille là ? La bonne blague. Je sors de ma poche une liasse de billets et les pose à son chevet. Avec ça, elle pourra se consoler. Il ne doit pas avoir moins de 100.000 francs CFA.

-C'est quoi ça ?

-De l'argent, ça ne se voit pas ?

-Mais ... tu me prends pour qui ? Je ne suis pas une prostituée !

-Pourtant tu couches bien le premier soir, non ? Sans même me connaitre. S'il te plait, prends cet argent et tais-toi !

Je lui dis tout ceci en la regardant dans les yeux, ce qui l'énerve d'avantage. Elle semble offusquée par mon geste. Peut-être qu'elle dit la vérité ?

-Je ne suis pas une pute, merde ! Je suis une fille bien, tu m'as plu et je croyais ...

-Qu'on allait se marier et avoir beaucoup d'enfants ? Dis-je en éclatant de rire.

C'est à chaque fois la même chose. Je rencontre une fille en boite, je l'emmène ici, et elle croit qu'on est fait l'un pour l'autre. Est-ce à cause de ma voiture, de mon argent ou de mon teint métissé qu'elles sont aussi « folles » de moi ? Surement. J'ai entendu dire que les ivoiriennes aiment les métis, voire les blancs. Pauvres d'elles. Si elles savaient réellement qui j'étais, elles prendraient toutes leurs jambes à leur cou. Enfin bref.

Je laisse Sandra faire des protestations dans mon dos et je sors de la chambre. Je salue d'un signe de tête Charles et me dirige vers ma voiture en allumant une cigarette. La pluie n'a pas cessé de tomber. Je démarre en trombe en direction de la Riviera. Il est bientôt six heures du matin et le soleil se lève peu à peu sur Abidjan. Les rues encore vides, et pas totalement éclairées. Je roule à vive allure sur le pont Félix Houphouët Boigny pendant qu'Arafat DJ chante « Jonathan » dans le lecteur MP3. Un classique.

« Jonathan éééééééh Jonathan ! Malélo Mamziki ! Malélooo Mamziki ! »

Je bouge la tête en chantonnant. La chaussée est pleine d'eau, mais cela ne m'empêche pas de rouler à vive allure. J'ai hâte de rentrer chez moi et de me mettre au lit. J'ai sommeil.

A un moment, je perds le contrôle du volant et frôle le trottoir. A cet instant, mes pneus balaient un filet d'eau qui stagnait et qui s'écrase sur le trottoir. Heureusement qu'il n'y avait personne là, sinon je lui aurai donné une sacrée douche. Pourtant, en regardant mon rétroviseur, il me semble apercevoir une forme.

« Non, Alex, tu es juste fatigué », me dis-je. Je continue ma conduite sur une vingtaine de mètres avant de faire marche arrière. Je veux en avoir le cœur net. S'il y avait quelqu'un, je veux bien m'excuser, et si possible, lui donner de l'argent. L'argent résout tout.

Arrivé à l'endroit précis, je me félicite d'être revenu. Il y avait bien quelqu'un, et cette personne est immobile. J'espère que je ne lui ai pas fait de mal ! Je gare et descends précipitamment de la voiture. C'est avec surprise que je tombe sur ... une femme. Elle est frêle et tellement affaiblie que lorsque je m'approche d'elle, elle se laisse tomber dans mes bras. Je la regarde de plus près et remarque qu'elle est enceinte.

-Mais bon sang, que faites-vous là, à une heure pareille, et sous la pluie ?!

Elle ne répond, mais se contente de gémir.

-Madame, vous m'entendez ?

Toujours pas de réponse. Cette fois, ses yeux se ferment et son corps est pris de convulsions. Merde ! Je la soulève immédiatement et la pose sur la banquette arrière de ma voiture. Je monte rapidement à ma place et démarre en trompe. Direction la PISAM (Polyclinique Internationale Sainte Anne-Marie). De temps en temps, je lui jette un coup d'œil. Elle est toujours inconsciente. J'espère que je ne l'ai pas heurtée.

Cinq minutes plus tard, j'arrive à l'hôpital, et cours chercher quelqu'un. Un groupe de quatre infirmiers arrive muni d'un brancard. Ils la posent dessus et se dirigent vers la salle d'opération. A mesure que nous nous approchons du bâtiment, la lumière éclaire son visage.

-Merde !

Ce que je vois me glace le sang. Elle porte une sorte de robe en pagne sans manche et beaucoup trop grande pour son corps mince. Plusieurs endroits de son corps sont remplis de bleus. Son œil par exemple est enflé, et sa lèvre inférieure fendue. Plusieurs questions se bousculent dans ma tête. Purée, qui est cette femme et que faisait-elle là ? Mais surtout, qui a bien pu lui faire autant de mal?

À suivre....

Chapitre 3 03

Chapitre 2

Lorsque j'ouvre les yeux, c'est pour voir un regard froid qui me scrute comme si j'étais un animal d'une espèce rare. Un homme que je ne connais pas se tient debout, au pied du lit, les bras croisés sur la poitrine. Il ne bouge pas, mais je peux voir, à la veine qui bat sur sa tempe gauche qu'il n'est pas content d'être là. D'ailleurs, « là » c'est où ? Où suis-je ? L'espace d'une seconde, je suis prise de panique. Et si cet homme m'avait séquestrée ? Comment cela est-il arrivé ? Je ne me rappelle plus de rien. C'est le trou noir dans mes pensées. Devinant mes pensées, il me dit :

-Vous êtes à l'hôpital.

Rien de plus, rien de moins. Juste cette voix dure, sèche qui retentit encore dans ma tête. L'hôpital ? Pour quoi faire ?

-Quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Mon bébé ! Dis-je en touchant mon ventre, tremblante. Il ne semble pas avoir diminué, alors j'ose croire que tout va bien.

-Non, vous n'avez pas accouché, vous vous êtes évanouie et je vous ai envoyée ici pour que vous receviez des soins. Vous pourrez sortir d'ici quelques heures.

-Oh ...

Je ne sais pas trop quoi dire, mais le point positif, c'est que je commence à me rappeler ce qui s'est passé. Le voyage, long et pénible. L'arrivée à Abidjan, une ville que j'avais sous-estimée. La longue marche vers je ne sais quel lieu, où me reposer et commencer ma nouvelle vie. La pluie qui s'est abattue sur moi sans crier gare. La fatigue, le froid, la faim et tout le reste. Cet homme est arrivé à point nommé pour me sauver. Sans lui, que serais-je devenue ?

-Merci de m'avoir sauvé la vie. Je ne ...

-Ok, me coupa-t-il.

Pourquoi est-il aussi froid ? J'ai rarement rencontré un homme pareil. Même Kassoum, malgré le fait qu'il me battait, était plus chaleureux que l'individu en face de moi. Kassoum ... Qu'est-il advenu de lui ? Comment avait-il réagi quand il a su que j'étais partie ? Et s'il cherchait à me retrouver ? Et s'il finissait par le faire ? Mon Dieu, je n'aurais peut être pas dû ...

Devant le regard suspicieux de mon « sauveur », je lutte contre les larmes qui veulent se frayer un chemin hors de mes yeux. Non, je ne dois pas pleurer. Je m'étais promis que cette nouvelle vie serait différente de la précédente, et j'étais bien décidée à y arriver. Même si je ne savais pas vraiment par où commencer, où aller, où vivre, et que faire.

-Votre nom ?

-Rose.

-D'où venez-vous ?

-Bouaké, plus précisément d'un village qui s'appelle ...

-Que faites-vous là ?

-Je ... je ...

Il me regarde intensément alors que je cherche mes mots. Suis-je obligée de lui dire ce qui m'a poussée à fuir ma ville natale pour celle-ci ? Dois-je lui raconter mon histoire ? Je crois que oui, car à la tête qu'il fait, je sais qu'il attend des réponses.

-Je suis venue à l'aventure.

Cette réponse suffit pour le calmer, car déjà, il détourne les yeux de moi, prend sa veste et se dirige vers la sortie.

-Le médecin m'a fait comprendre que vous avez eu beaucoup de blessures et d'hématomes sur le corps. Je préfère ne pas savoir comment vous vous êtes fait ça. De toute façon, ce n'est pas mon problème. C'est votre vie. J'ai fait ma part en vous emmenant ici, tout le reste ne me concerne pas. Sur ce, excellente journée et bonne chance pour votre vie. Les frais médicaux ont déjà été payés.

Il ouvrit alors la porte, et sans trop savoir comment, un cri sortit de ma bouche :

-Monsieur !

En fait, c'était une supplication. Lorsqu'il avait ouvert cette porte, j'avais l'impression d'être seule au monde. Cet homme est la seule personne que je « connaisse » à Abidjan, et malgré moi, j'ai encore besoin de son aide pour trouver ne serait-ce que du travail, où un lieu où dormir. Et je ne pense même pas avoir suffisamment d'argent pour payer cette chambre d'hôpital.

Il se retourne vivement vers moi, et sa veine à la tempe recommence à battre frénétiquement.

-Quoi ?

-J'ai besoin d'aide ... Je viens d'arriver à Abidjan, et je n'y connais rien, ni personne, et ...

-Je ne peux rien faire pour vous, désolé.

-Mais ...

-Madame, vous auriez dû penser à cela avant de vous aventurer sur cette terre inconnue. Ne dit-on pas que qui part loin doit ménager sa monture ? A vous de vous sortir de votre merde.

-Vous n'êtes pas obligé d'être aussi méchant ...

Les larmes que j'avais jusque là retenues roulent le long de mes joues, sans que je ne m'y attende. Je suis sûre qu'il se dira que je pleure pour l'amadouer, alors qu'il n'en est rien. Et d'ailleurs, je pense que je n'aurais pas besoin d'un homme aussi désagréable que lui pour m'aider. Qu'il parte, je me débrouillerai, même si cela ne semble pas facile.

-Je ne suis pas méchant.

-Vous l'êtes. Mais peu importe, vous pouvez vous en aller. Je me débrouillerai. Au revoir, dis-je, en me détournant, le visage tourné vers la fenêtre, comme pour cacher mes larmes.

Je l'entends soupirer, puis sortir de la salle en claquant la porte. Là, je laisse libre court à mes pleurs. Ma vie à la capitale commence mal, très mal ...

************************************

« Tu es trop dur, Alex ». J'ignore cette voix qui me moralise et sors de l'hôpital en allumant ma cigarette. Qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre ? Je ne suis pas mère Térésa pour aider tous ceux qui sont dans le besoin. Je donne déjà beaucoup d'argent à des associations caritatives pour leurs missions, c'est suffisant.

Dehors, la pluie a cessé. Il est presque onze heures, et je peste intérieurement d'avoir dû passer tout ce temps à l'hôpital. Je déverrouille ma voiture et monte rapidement. Avant de démarrer, je décide d'appeler maman, avant qu'elle ne me fasse une crise.

-Allô, maman.

-Hum, l'enfant de quelqu'un ! Depuis hier que je cherche à te joindre ! Tu étais où ?

-J'étais occupé, maman.

-Dans les boites de nuit avec les filles de joie, c'est ça ? Pff.

-Maman ...

Décidément. J'ai vraiment la réputation d'être un fêtard coureur de jupons. Mais bon, je n'ai pas à me plaindre, c'est un peu ça ma vie, depuis ... Pff.

-Quoi « maman » ? Est-ce que je mens ? Tout ça c'est ton père. S'il m'avait laissée te frapper plus souvent, tu ne serais pas cet homme là aujourd'hui !

-Arrête de me parler de lui !

-Que tu le veuilles ou pas, il demeure ton père, alors ...

-C'est pour me parler de lui que tu m'appelais, c'est ça ?

-Alexandre, tu vas m'arrêter ces manières là avec moi. Je t'appelais seulement pour prendre de tes nouvelles. Mais comme tu es de mauvaise humeur comme d'habitude, je te laisse.

Clic. Elle m'a raccroché au nez. Et c'est toujours comme ça avec elle. À chaque fois nous nous disputons, et ça part en cacahuète. Cette journée commence très mal.

J'allume une deuxième cigarette, et aspire la fumée et ma fait ressortir nerveusement. Je répète l'opération et commence à me calmer petit à petit. Je mets le contact de la voiture et démarre. Je roule doucement en direction de chez moi. Au niveau du quartier des deux-plateaux, je m'arrête à un feu rouge, et, alors que j'attends patiemment que celui-ci devienne vert, une femme d'âge moyen vient se poser à ma fenêtre en quémandant quelques pièces pour son rejeton. À cet instant, je ne peux m'empêcher de penser à Madame Rose. Pff pourquoi ? Je ne la connais même pas. Je ne sais pas pourquoi je devrais m'inquiéter pour elle.

« Si tu l'aides pas, elle risque d'avoir des problèmes. » Me dit encore ma voix intérieure. « Tu sais les hommes d'Abidjan sont plus dangereux que ceux de Bouaké, elle risque de se faire encore amochée. »

Je serre les poings sur le volant, au point que les bouts de mes doigts deviennent blancs et douloureux. Je ne peux pas recevoir de femme chez moi. Je ne veux pas ... Depuis ce qui s'est passé avec Ingrid, les choses ne sont plus les mêmes. Elle n'a pas le droit d'entrer chez moi. Je ne veux pas.

Pourtant, lorsque le feu passe au vert, j'appuie sur l'accélérateur et tourne le volant à gauche. En moins de 5 minutes, j'arrive sur place. J'entre dans la chambre avec grand fracas, et face à son air effaré, je lui dis :

-On y va. Je vous accorde un mois, UN SEUL MOIS, et après cela, vous vous débrouillerai. La colocation se fera selon MES règles. Et vous n'imaginez pas combien j'en ai. Nous aurons l'occasion d'en parler.

Elle ne répond rien mais se précipite pour s'habiller, avant de s'arrêter et de se tourner vers moi :

-Pouvez-vous me laisser seule ? J'aimerais m'habiller et vous ...

Je la regarde quelques secondes sans comprendre, puis sors en grommelant. Des corps de femmes nues, j'en ai vu de plus beaux et sans grossesse en plus ! Alors je ne sais pas ce qu'elle cache. Mais bon, si ça peut lui faire plaisir.

Elle sort quelques minutes plus tard dans sa grosse robe en pagne. En 2017 il y a encore des gens qui portent ce genre de tenues ? Elle a la tête baissée comme un enfant pris en faute.

-Je suis prête.

Je la devance et elle me suit. Nous arrivons dans le parking, et elle semble impressionnée par la voiture.

-C'est ça votre voiture ?

-Oui.

-Elle est grosse.

-Oui.

-On dirait un camion.

Je me mords les lèvres pour ne pas rire. Cette fille est vraiment une villageoise. Je me demande comment elle va réagir en arrivant chez moi. Elle monte et nous démarrons. J'allume alors ma cigarette, la troisième de la journée. Je souffle dans la voiture un grand nuage de fumée. Elle toussote.

Merde ! Je suis en présence d'une femme enceinte ! Et je fume comme une cheminée ! Elle me regarde avec un drôle d'air et bizarrement je me sens mal à l'aise. Pff. Je descends la vitre et jette la cigarette. Voila. Elle entre à peine dans ma vie et déjà elle veut changer mes habitudes. « Entrer dans ma vie » ? Est-ce réellement ça ?

Je ne crois : nous allons juste cohabiter. Rien de plus. De toute façon, que peut-il arriver avec une villageoise comme elle ?

À suivr.....

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