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Le cœur fracturé– tome 3 des héritiers du phénix

Le cœur fracturé– tome 3 des héritiers du phénix

Auteur:: Mister fly
Genre: Fantaisie
Le groupe est dispersé, confronté à ses failles intérieures. Kaël et Liora explorent le Sanctuaire d'Aelarn, tandis que Sareth et Thäros suivent la piste des Mnésiens, gardiens du Souvenir. Les résonances se multiplient, et une Entité oubliée commence à se manifester, inversant les échos de la lumière. Sareth, en particulier, affronte son double dans le Miroir de Cendres.

Chapitre 1 Ce que gardent les cendres

Il y eut un souffle.

Pas un vent.

Pas une tempête.

Un souffle ancien, vaste, sans direction.

Un souffle qui ne cherchait pas à caresser ni à détruire - mais à rappeler.

Quelque chose.

Quelqu'un.

Un nom qui n'avait jamais été dit.

Le monde ne changea pas ce matin-là.

Il se souvenait.

La fracture n'était plus béante.

Le Chant ne pleurait plus.

Mais tout était devenu plus fragile.

Comme si le moindre mot prononcé trop fort pouvait rouvrir ce qui avait été scellé par le silence.

Dans les cités, les prières se faisaient plus courtes.

Dans les monastères, on parlait d'un frisson qui parcourait les statues.

Dans les montagnes, les enfants naissaient les yeux ouverts, comme s'ils cherchaient un écho.

Et au fond de certaines grottes... des pierres s'étaient mises à vibrer sans cause.

Ceux qui savaient se taisaient.

Et ceux qui ne savaient pas pressentaient.

Kaël, Liora, Sareth et Thäros n'étaient plus là où on les attendait.

Ils n'étaient plus des héros, ni des porteurs.

Ils étaient devenus ce que le Chant avait toujours voulu :

des échos incarnés.

Non pour parler, mais pour entendre.

Mais au-delà des plaines, dans les terres qu'aucune carte ne portait encore, quelque chose veillait.

Une voix qui n'était pas née du Chant.

Une voix étrangère à l'écoute.

Une voix qui voulait non pas transmettre...

...mais effacer.

Et dans les cendres encore tièdes du monde,

un murmure très ancien s'éleva :

« Ce que vous avez écouté...

...je le ferai taire. »

Chapitre 2 Ce que murmure la fracture

Ils avaient quitté les pierres vibrantes de l'ancienne chambre avec dans les veines une chaleur qui ne venait pas du feu.

Une pulsation ancienne, régulière, lente.

Comme un cœur qui ne serait pas le leur.

Comme un monde qui battrait en eux.

Leur marche les avait conduits vers les hauteurs. Non celles des montagnes - mais des plateaux désertés, là où l'air se raréfie, où la lumière ne pénètre plus avec franchise. Là où les silences prennent forme, et les formes deviennent soupirs.

C'était Sareth qui avait senti l'appel le premier.

- Elle remue, avait-il dit. La fracture.

Kaël avait demandé :

- Tu parles d'elle ? Ou d'elle en toi ?

Sareth n'avait pas répondu. Parce qu'il ne le savait pas lui-même.

La fracture ne s'était pas rouverte. Pas encore.

Mais elle murmurait.

Et ce murmure ne venait ni du sol ni du ciel. Il ne se perdait pas dans les pierres ni ne s'élevait dans les vents. Il vivait dans leurs os. Un chant en creux. Une parole incomplète, que chaque battement de leur sang portait sans jamais la déchiffrer.

Liora était la première à l'avoir formulé à voix haute.

- Ce que nous avons écouté... ce n'était qu'un versant.

Thäros s'était arrêté.

- Tu crois qu'il y a un autre Chant ?

Elle avait hoché la tête.

- Non. Je crois qu'il y a un autre côté du nôtre.

Ils arrivèrent à un couloir de pierre naturel, taillé dans la falaise par des forces oubliées. Un passage sans nom.

Sur les parois, des stries.

Pas des écritures.

Mais des griffures de sons.

Des ondes figées. Comme si le Chant, à un moment, avait frappé les roches avec une telle force qu'il en avait laissé des cicatrices visibles.

Kaël s'en approcha.

Il posa sa paume contre l'une d'elles.

Et il entendit.

Un cri.

Un cri sans voix.

Un cri avant le Verbe.

Quelque chose d'originel.

Quelque chose que le monde avait refusé d'écouter la première fois... et qui revenait.

- Elle souffre, murmura-t-il.

- Qui ? demanda Sareth.

- La fracture.

Ils campèrent dans une alcôve creusée à flanc de pierre.

Le soir venu, le murmure se fit plus clair. Non plus dans leurs corps, mais dans l'air même.

Et cette fois... il forma des mots.

Pas dans une langue connue.

Pas en arcane.

Mais dans ce que Thäros appela une langue inversée : des pensées retournées, des vérités qui ne se livrent que si l'on accepte de renoncer au sens.

Liora s'endormit en les écoutant.

Dans son rêve, elle marchait dans une plaine blanche. À chaque pas, le sol chantait. Mais chaque note était une question. Et elle ne savait répondre qu'en pleurant.

Kaël ne dormait pas.

Il observait les ombres.

Et dans une faille au-dessus d'eux, il vit une silhouette.

Pas un ennemi.

Pas un dieu.

Une attente.

Sareth, lui, rêva d'Ellmira.

Mais elle ne parlait plus.

Elle l'écoutait.

Et cette écoute lui faisait mal.

Au matin, le murmure avait laissé une trace.

Un signe brûlé dans la roche.

Un cercle.

Fendu au milieu.

Et en son centre... un œil sans pupille.

- Ce n'est pas une menace, dit Thäros.

- C'est un appel, répondit Kaël.

- C'est un retour, murmura Liora.

Ils se remirent en marche.

Et à mesure qu'ils avançaient, le sol sous leurs pieds devenait plus fragile.

Moins stable.

Moins réel.

Comme si quelque chose en-dessous les attendait.

Comme si la fracture... n'avait jamais été refermée.

Et alors qu'ils atteignaient le sommet du plateau, Sareth s'arrêta net.

Ses yeux se voilèrent.

- Je l'entends, dit-il.

- Qui ? demanda Kaël.

Sareth se tourna lentement.

- La voix d'avant le Chant.

Et dans le ciel, fendu soudain par une lumière grise, un écho monta.

Pas un cri.

Pas un chant.

Mais un rappel.

Quelque chose venait.

Quelque chose qui ne voulait pas guérir.

Quelque chose qui voulait ouvrir plus encore.

Et le monde, dans sa fatigue,

trembla.

Chapitre 3 La nuit sous les voix

La nuit tomba sans prévenir.

Pas comme une obscurité ordinaire, douce ou lente.

Elle tomba d'un seul coup, comme une coupure dans le monde, un effacement. L'ombre n'avait pas envahi le ciel : elle l'avait dévoré. Et dans ce noir qui n'était ni absence de lumière ni sommeil, ils comprirent que la fracture n'était plus sous terre.

Elle était partout.

Et elle écoutait.

Kaël leva les yeux vers ce vide insondable. Il n'y avait ni lune ni étoiles. Mais il y avait... des voix. Innombrables. Suspendues dans l'air, comme des souffles pris au piège d'un son qu'aucune bouche ne prononce. Elles n'étaient pas hostiles. Mais elles jugeaient.

- Nous sommes dans la nuit du Chant, murmura-t-il.

Liora hocha lentement la tête.

- Pas celle du sommeil. Celle... de l'épreuve.

Autour d'eux, les roches se taisaient. Même les insectes, les bruissements, les craquements ordinaires de la vie s'étaient retirés.

Rien ne bougeait.

Et pourtant, tout palpitait.

Une tension sourde, comme un rythme que nul ne commande, vibrait sous leurs pas. Le sol battait comme une veine. Et dans cette pulsation, chaque voix murmurait une part d'eux qu'ils n'avaient jamais avouée.

Sareth fut le premier à chanceler.

- Elle me parle... mais ce n'est pas elle...

Il s'agenouilla, les mains sur les tempes. Les voix s'étaient changées en souvenirs : Ellmira, mais brisée, inversée. Non plus la guide, mais la juge. Une version d'elle qui l'accusait en silence de n'avoir pas choisi plus tôt, de ne pas l'avoir sauvée.

Mais ce n'était pas vrai.

Ce n'était pas elle.

C'était... ce que la fracture voulait qu'il croie.

Thäros ferma les yeux et posa ses doigts au sol.

Il chercha une note. Une seule.

Mais ce qui remonta n'était pas un chant.

C'était une colère.

Une onde sourde, brûlante, saturée d'un refus ancien. Un rejet du Chant. Une cicatrice du monde.

Il comprit : cette nuit était née des voix refusées. Celles qui n'avaient jamais été écoutées. Les chants étouffés, les souffles écrasés, les noms non-dits.

Et elles réclamaient... justice.

- C'est une mémoire, dit-il. Mais sans langage.

- Elle n'a pas de forme, répondit Liora, seulement une faim.

- Elle veut qu'on l'écoute ? demanda Kaël.

- Non. Elle veut qu'on rende ce que le monde lui a pris.

Ils allumèrent un feu. Mais les flammes ne donnèrent pas de lumière. Elles se tordaient, muettes, comme si la nuit refusait de se laisser dissiper. Chaque étincelle s'éteignait aussitôt qu'elle naissait, comme absorbée.

Autour d'eux, les voix continuaient. Des phrases incomplètes. Des mots d'enfants. Des soupirs de morts. Des prières orphelines.

- Et si nous ne les comprenons pas ? souffla Kaël.

Liora s'approcha du feu.

- Alors elles continueront. Encore et encore. Jusqu'à ce que quelqu'un accepte de ne pas comprendre... et d'écouter quand même.

Elle ferma les yeux.

Et se mit à respirer au rythme des voix.

Pas pour les traduire.

Pas pour les arrêter.

Mais pour leur faire une place.

Une note naquit.

Faible.

Tremblante.

Mais vraie.

Une seule voix parmi toutes les autres.

La sienne.

Et alors, dans ce chaos de murmures, quelque chose se produisit.

Un battement.

Un repli.

Un apaisement.

Comme si la nuit, l'espace d'un instant, reconnaissait que quelqu'un, quelque part, écoutait sans juger.

Kaël la rejoignit.

Il posa une main sur le sol.

Et chanta, lui aussi.

Pas un chant de pouvoir.

Un chant de présence.

Sareth se releva lentement.

La douleur n'avait pas disparu.

Mais elle s'était changée en fardeau noble.

Il comprenait maintenant : cette nuit n'était pas là pour les tuer.

Elle était là pour leur apprendre à porter ce qui ne sera jamais réparé.

Thäros écrivit dans le sable une rune ancienne, inversée.

Elle brillait faiblement.

Et dans cette lumière, les visages brisés de la nuit se dissipèrent.

Le jour ne revint pas.

Mais l'obscurité... cessa d'être hostile.

Elle devint une ombre pleine.

Un silence habité.

Un deuil accepté.

Ils passèrent la fin de la nuit ensemble, sans parole, chacun tenant une part des voix.

Et lorsqu'ils se levèrent, ce n'était pas un matin qui les attendait.

C'était un passage.

Une ouverture dans l'ombre.

Et de l'autre côté... une terre qu'aucun d'eux n'avait jamais vue.

Le monde, désormais, savait qu'ils avaient traversé la Nuit sous les Voix.

Et il les attendait.

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