La douleur était la dernière chose dont je me souvenais, une douleur si intense qu' elle déchirait mon âme.
Ligotée sur une chaise en fer dans le froid mordant du désert barbare, mes poignets et mes chevilles à vif, je me mourais.
Mon propre fiancé, Louis, m' avait trahie. Mon frère, Henri, avait murmuré que c' était pour Sophie, ma propre assistante, avant de me livrer à cette fin horrible.
J' avais été envoyée ici en mariage forcé, un sacrifice "politique" masquant une sordide vengeance. Mon crime ? Avoir modestement réprimandé Sophie le jour de mon anniversaire pour avoir volé ma robe impériale et s' être pavanée avec.
J' avais crié de rage, j' avais supplié qu' ils me sauvent, mais leurs rires cruels résonnaient comme le glas de ma mort.
Tout le monde me dénigrait, m' accusait d' être capricieuse. Jusqu' à mon dernier souffle, une pensée brûlait en moi : si seulement je pouvais revenir en arrière, je ne leur montrerais aucune pitié.
L' obscurité m' a engloutie. Puis, une lumière.
J' ai ouvert les yeux pour me retrouver dans le grand salon de mon palais, ma peau intacte, vêtue d' une simple robe en soie. Une servante s' est inclinée : « Joyeux anniversaire, Votre Altesse. »
C\'était le jour même. Le jour où tout avait basculé. Je n' avais pas rêvé de ma mort ; c' était un avertissement. Une seconde chance.
Alors, quand j' ai vu Sophie, au centre de la pièce, danser sous le lustre en cristal, portant MA robe impériale, le même sourire triomphant sur ses lèvres, la rage qui montait en moi était froide, précise, mortelle.
Cette fois, elle n' allait pas s' en tirer.
La douleur était la dernière chose dont je me souvenais, une douleur si intense qu'elle semblait déchirer mon âme.
Le froid glacial de la chaise à porteurs en fer me mordait la peau à travers mes vêtements en lambeaux, et les cordes rugueuses, que mon propre fiancé Louis avait nouées de ses mains, coupaient profondément dans mes poignets et mes chevilles.
Dehors, le vent des terres barbares hurlait, et les rires cruels des hommes de la tribu résonnaient comme le glas de ma mort.
« C'est pour Sophie, » avait murmuré Henri, mon frère, son visage tordu par une haine que je n'avais jamais vue auparavant.
Louis se tenait à côté de lui, silencieux, son regard fuyant le mien, mais je pouvais voir la satisfaction cruelle dans le pli de ses lèvres.
Sophie. Mon assistante.
Tout ça pour Sophie.
J'avais été envoyée ici, en mariage forcé, juste après qu'Henri soit monté sur le trône suite à la mort de notre père. On m'avait dit que c'était pour une alliance politique, un sacrifice nécessaire pour le royaume.
C'était un mensonge.
La vérité était plus simple, plus sordide. Ils se vengeaient. Ils se vengeaient parce que, le jour de mon anniversaire, j'avais réprimandé Sophie. Je l'avais humiliée, disaient-ils.
Son crime ? Elle avait volé ma robe, une pièce magnifique commandée spécialement pour moi, et l'avait portée pour danser au centre de la salle de bal, volant toute l'attention.
Pour cette simple réprimande, ils m'avaient livrée à cet enfer. J'ai subi des tortures que les mots ne peuvent décrire, chaque jour étant une nouvelle descente dans l'abîme, jusqu'à ce que mon corps brisé finisse par abandonner.
Alors que ma vision se brouillait et que le dernier souffle quittait mes poumons, une seule pensée brûlait dans mon esprit : si seulement je pouvais recommencer, je ne leur montrerais aucune pitié.
L'obscurité a tout avalé.
Puis, une lumière.
Une musique douce flottait dans l'air, familière et chaleureuse. Le parfum des lys, mes fleurs préférées, remplissait la pièce. J'ai ouvert les yeux, confuse.
J'étais debout, non pas dans une cage de fer froide, mais dans le grand salon de mon palais. La lumière du soleil filtrait à travers les hautes fenêtres, illuminant la poussière qui dansait dans ses rayons.
Mes mains... elles étaient lisses, sans aucune marque de corde. J'ai touché mon visage, mon cou. Ma peau était intacte, sans la moindre cicatrice. Je portais une simple robe de jour en soie, propre et confortable.
Qu'est-ce que...
Une servante est passée en s'inclinant.
« Joyeux anniversaire, Votre Altesse. »
Mon anniversaire.
Mon cœur s'est mis à battre à tout rompre. J'ai regardé autour de moi, paniquée. Les décorations, les invités qui commençaient à arriver, l'orchestre qui s'accordait... tout était exactement comme dans mon souvenir.
C'était le jour même. Le jour où tout a basculé.
J'étais revenue.
Les souvenirs de ma mort, la douleur, la trahison, tout était si vif, si réel. Ce n'était pas un rêve. C'était un avertissement. Une seconde chance.
Mon regard a balayé la foule, cherchant les visages de mes bourreaux. Et puis, je l'ai vue.
Au centre de la pièce, sous le grand lustre en cristal, Sophie dansait. Elle portait ma robe. La robe impériale, tissée de fils d'or, d'un bleu si profond qu'il rappelait le ciel nocturne, une création unique réservée à la princesse héritière.
Elle tournoyait, gracieuse, son visage rayonnant d'un triomphe mal dissimulé, savourant les regards admiratifs des invités qui ne savaient pas qu'elle n'était qu'une usurpatrice.
Dans ma vie passée, j'avais été choquée, puis furieuse. J'avais crié, j'avais fait une scène, ce qui lui avait donné l'occasion de jouer les victimes.
Pas cette fois.
Cette fois, la rage qui montait en moi était froide, précise, mortelle. Je ne ressentais plus l'humiliation ou la colère impulsive, seulement la certitude glaciale de ce que je devais faire.
J'ai redressé les épaules, sentant le pouvoir de mon statut royal revenir en moi, non plus comme un fardeau, mais comme une arme.
J'ai avancé de quelques pas, ma voix résonnant dans le silence soudain qui s'était fait autour de moi.
« Gardes. »
Deux gardes en armure se sont immédiatement approchés, attendant mes ordres.
Mon regard était fixé sur Sophie, qui s'était arrêtée de danser, le sourire figé sur ses lèvres.
« Venez, » ai-je ordonné d'une voix claire et sans appel. « Arrachez-lui cette robe. »
Un murmure choqué a parcouru l'assemblée.
Je les ai ignorés, mon attention entièrement concentrée sur la silhouette tremblante de mon assistante.
« Qui est-elle pour oser porter une robe impériale ? »
Le silence dans la salle de bal était total, si lourd qu'on aurait pu l'entendre tomber. Tous les regards étaient tournés vers moi, puis vers Sophie, qui se tenait figée au milieu de la pièce, le visage blême.
Les gardes ont hésité une seconde, visiblement surpris par la brutalité de mon ordre.
Sophie a été la première à réagir, utilisant la tactique qui lui avait si bien réussi dans ma vie précédente. Des larmes ont immédiatement rempli ses yeux, et elle est tombée à genoux, le tissu précieux de ma robe s'étalant autour d'elle comme une flaque d'encre.
« Princesse... Votre Altesse, pardonnez-moi ! »
Sa voix était un sanglot pitoyable, conçu pour briser les cœurs les plus durs.
« Je... je ne voulais pas vous offenser. La robe était si belle, je voulais juste l'essayer un instant. Je ne pensais pas que vous arriveriez si tôt... »
Elle pleurait, le corps secoué de spasmes, une image parfaite de remords et de peur. Dans ma vie passée, cette scène avait suffi à retourner la moitié des invités contre moi, me faisant passer pour une princesse capricieuse et cruelle qui humiliait une pauvre servante innocente.
Mais ses larmes ne m'atteignaient plus. Je ne voyais que le venin qui se cachait derrière.
« L'essayer ? » ai-je répété d'un ton glacial, avançant lentement vers elle. « Tu ne l'as pas seulement 'essayée', Sophie. Tu l'as portée pour te pavaner devant toute la cour, comme si elle t'appartenait. »
Je me suis arrêtée juste devant elle, la dominant de toute ma hauteur.
« Cette robe n'est pas juste un vêtement. C'est un symbole. Le motif du phénix doré brodé sur la poitrine est réservé exclusivement à la famille royale. En la portant, tu ne m'as pas seulement volé un objet, tu as bafoué les lois de l'empire. »
Ma voix était calme, mais chaque mot était chargé d'une autorité nouvelle, une autorité née de la souffrance et de la mort.
Sophie a levé son visage en larmes vers moi.
« Mais... je ne savais pas ! Personne ne me l'a jamais dit ! Je suis juste une orpheline ignorante, Votre Altesse... Ayez pitié ! »
Pathétique.
« Tu es mon assistante personnelle depuis trois ans. Tu es chargée de mon emploi du temps, de mes appartements, de ma garde-robe. Ne me dis pas que tu ignores les protocoles les plus élémentaires de ce palais. Ton ignorance est un mensonge, et ton mensonge est une insulte à mon intelligence. »
Je me suis tournée vers les gardes, qui semblaient maintenant comprendre la gravité de la situation.
« J'ai donné un ordre. Exécutez-le. Maintenant. »
Cette fois, ils n'ont pas hésité. Ils ont avancé et ont saisi Sophie par les bras pour la relever. Elle a commencé à se débattre, ses pleurs se transformant en cris perçants.
« Non ! Ne me touchez pas ! Princesse, s'il vous plaît ! »
C'est à ce moment-là qu'une voix familière s'est élevée dans la foule.
« Assez ! »
Louis, mon fiancé, s'est frayé un chemin à travers les invités, son visage rouge de colère. Il s'est placé entre moi et Sophie, la protégeant de son corps.
« Jeanne, qu'est-ce que tu fais ? Arrête cette folie ! » a-t-il lancé, me fusillant du regard.
Je l'ai regardé, lui, l'homme qui m'avait ligotée et envoyée à la mort sans le moindre remords. Un frisson de haine pure m'a parcourue, mais j'ai gardé mon visage impassible.
« Louis, ceci ne te regarde pas. Écarte-toi. »
« Ça me regarde ! Sophie est ma cousine ! Tu l'humilies devant tout le monde pour une simple robe ! N'as-tu donc aucun cœur ? Regarde-la, elle est terrifiée ! »
Il a posé une main réconfortante sur l'épaule de Sophie, qui s'est immédiatement blottie contre lui, pleurant de plus belle. La scène était parfaite : le noble chevalier protégeant la demoiselle en détresse contre la méchante princesse.
« Elle n'est pas terrifiée, » ai-je dit froidement. « Elle joue la comédie. Et elle est très douée. »
La mâchoire de Louis s'est crispée. Sa voix est devenue plus basse, menaçante.
« Pense à ta réputation, Jeanne. Pense à notre mariage. Veux-tu vraiment passer pour une tiranne le jour de ton propre anniversaire ? Les gens parlent. Fais attention à l'image que tu donnes. »
Une menace. La même manipulation que la dernière fois. Il utilisait notre futur mariage et mon honneur pour me faire plier.
Dans ma vie passée, j'avais cédé, craignant de paraître déraisonnable, craignant de le perdre.
Quelle idiote j'avais été.
Un sourire glacial a étiré mes lèvres.
« Ma réputation ? Laisse-moi te dire quelle sera ma réputation, Louis. Ce sera celle d'une princesse qui ne tolère pas l'insubordination et la trahison. Quant à notre mariage... »
J'ai fait une pause, savourant le doute qui commençait à poindre dans ses yeux.
« ... nous en reparlerons. Pour l'instant, si tu ne t'écartes pas, je considérerai que tu es complice de son crime. »